BAUTRU — BAUTZEN
La bataille de Lutzen, gagnée le 2 mai 1813 par l’empereur Napoléon sur Jes Prussiens et les Russes, n’avait eu que des résultats moraux. Elle signalait seulement la résurrection de l’armée francaise , et détruisait en Europe les craintes ou les espérances qu’avaient fait naitre les désastres de la Bérésina et I’épouvantable retraite de Moscou. Mais les alliés s’étaient retirés de Lutzen en bon ordre , laissant fort peu de prisonniers dans les mains de Napoléon, et ne semblaient lui céder le terrain que pour chercher une position plus avantageuse. Ils se bornérent & couper les ponts de la Pleiss, de la Mulda, de ’Elbe, dont ils disputaient a peine les rivages a avant-garde francaise, et se repliérent sur la ville de Bautzen, au dela de laquelle ils avaient élevé des redoutes formidables sur la rive droite de la Sprée. Les escarpements de cette rividre offraient des retranchements naturels; la ville, dont elle embrasse la moilié, avait été crénelée et hérissée de canons et de palissades. En arriére de ses murs, les routes de Lobau, de Reichenbach et de Weissenberg étaient défendues par des coupures et des batteries disposées en amphithéatre sur leurs rampes; et de nombreux mamelons garnis d’artillerie présentaient autant de forts dont les feux croisés plongeaient sur tous les débouchés de la rivitre et sur le nouveau chanip de bataille choisi par Alexandre. Cet empereur avait pris le commandement des deux armées alliées. Renforeé par les nouvelles levées de la Prusse, par les corps de Kleist et de Barclay de Tolly , il comptait cent soixante mille hommes sur sa ligne. Sa gauche était appuyée sur les montagnes de Bohéme , dont elle occupait les défilés; les retranchements que défendait son centre commengaient de ce cété au village d’Hochkirch , couraient parallélement a la route de Lobau , jusqu’a sa jonction avec celle de Reichenbach , formaient un coude au village de Kabschutz, et traversant le chemin de Weissenberg, aprés un développement de 10,000 & 12,000 métres, allaient aboutir aux murs de Burschwitz. La droite de larmée combinée, placée entre les deux Sprées, flanquait Vextrémité de ces retranchements en avant de Gottamelde, occupait le village de Malschwitz, et poussait son avant-garde jusqu’a celui de Klix.
Des historiens militaires ont pensé que Napoléon aurait pu, par une route plus directe, devancer ses ennemis au dela de lElbe, et rendre ces positions inutiles en les y prévenant; mais la possession de Dresde, la nécessité d’y attendre ses renforts et surtout sa cavalerie le déterminérent a suivre les traces des alliés, Leurs dispositions ne lui étaient pas, du reste, inconnues; il savait ot ils avaient formé la résolution de l’attendre, et c’est & Dresde méme qu’il combina le plan de la bataille de Bautzen. Le maré- ~ chal Ney prit le commandement des troisiéme, cinquiéme et septiéme corps et de la cavalerie de Kellermann pour se porter par un détour sur le flanc droit des retranchements de Bautzen et tourner ainsi la droite de l’'armée russe. En méme temps Bertrand et le quatriéme corps, Marmont et le sixiéme, Macdonald et le onziéme, passaient I’Elbe sur le pont de Dresde et marchaient directement sur Bautzen, Macdonald avait, le 12, battu Miloradovitch a Bischoffswerda, et les deux autres l’avaient suivi a travers cette petite ville, dont Jes obus ennemis n’avaient fait qu’un monceau de cendres.
Des le 16 les avant-gardes frangaises étaient arrivées devant les positions des alliés, Le duc de Reggio avait pris avec le douzieme corps l’extréme droite de larmée sur les revers des montagnes de la Bohéme; et les soldats, qui pouvaient considérer a loisir les retranchements qu’ils avaient a emporter, ne concevaient pas Vinaction dans laquelle on les Jaissait. Cette oisiveté de trois jours était causée par la lenteur que Ney avait mise dans son opération, ou plutdt par la longueur du circuit qu'il avait pris pour se porter sur les derriéres de Varmée russe. Napoleon, arrivé le 18 a
larthau, fat étonné d’apprendre que execution de son plan