‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 411 sur 488 · BAYEUX — BAYLE · texte numérisé non relu

BAYEUX — BAYLE

pisserie de Bayeux a élé reproduite plusieurs fois ; dans les Monuments de la monarchie francaise, dans \es Antiquités anglo-normandes du Duearel, et dans les Tapisseries historiques d Achille Jubinal et Sansonneiti. CHAMPAGNAC,

BAYLE (Pierre), célébre philosophe frangais , naquit au Carlat, bourg du comté de Foix , en 1647. Son pére, qui était ministre de la religion réformée, fut son premier instituteur; mais tes soins du ministére ne lui ayant pas permis d@achever son éducation, il se vit obligé de recourir & des établissements catholiques pour lui faire compléler ses études. Cette facheuse nécessité devint pour Bayle et pour sa famille une source de malheurs. Il fut envoyé d’abord au collége de Puylaurens, et trois ans plus tard au collége des jésuites de Toulouse : c’est la qu’il acquit cette connaissance profonde de !a scolastique et de la théologie qui plus tard lui donna tant @’avantage dans les disputes qu’il eut & soutenir. Mais il ne se bornait pas a de pareilles études : dés cette époque ses auteurs favoris étaient Plutarque et Montaigne , qui tous deux exercérent la plus grande influence sur la direction de ses travaux et sur la tournure de son esprit, le premier en lui donnant le godt des recherches historiques, le second en développant en lui un penchant au scepticisme qui était déja dans son caractére. Les heureuses dispositions de Bayle et sa passion pour l'étude ayant attiré sur lui Pattention des jésuites ses maitres, ils firent tous leurs efforts pour le faire changer de religion, et en effet au bout de peu de mois ils obtinrent de lui une abjuration solennelle. Mais, tandis qu’ils triomphaient de cette conversion, les parents de Bayle, auxquels cet événement avait causé la plus vive douleur, n’épargnaient rien pour le ramener 4 leur communion, et ils ne tardérent pas a réussir a leur tour. Le nouveau conyerti, ébranlé par des objections qu’on lui avait laissé ignorer, quitta secr’tement Toulouse, et se rendit auprés desa famille, dans le sein de laquelle it abjura le catholicisme (1670 ).

Craignant aprés cette seconde abjuration les persécutions dont il aurait pu étre Pobjet en restant en France, il se rendit en Suisse, ou il passa quelques années, soit a Genéye, soit 4 Coppet, remplissant les pénibles fonctions d’instituteur particulier. Pendant son séjour dans ce pays, il étudia la philosophie de Descartes, qui le dégodta bientét de la scolastique, mais dont il ne tarda pas non plus a se détacher ; c’est aussi a qu’il se lia d’amitié avec J. Basnage de Beauval, qui lui resta constamment attaché jusqu’a sa mort. Au bout de quelques années il se hasarda arentrer en France , et, en s’éloignant des lieux dans lesquels sa double apostasie aurait pu étre connue, il vint s’établir & Rouen , ou il obtint une nouvelle place de précepteur. Peu apres il se rendit 4 Paris, ot il désirait venir depuis longtemps , pour y trouver les ressources littéraires dont il avait manqué jusque Ja. L’éducation des enfants du marquis de Béringhen lui permit de s’y fixer pour quelque temps. En 1675, sur les instances de Basnage, qui étudiait 4 Sedan, Bayle alla disputer au concours une chaire de philosophie qui vint 4 vaquer dans Puniversité de cette ville, et ?emporta de beaucoup sur tous ses rivaux. I! occupa cette chaire avec distinction jusqu’en 1681, époque a laquelle Louis XJV supprima luniversité de Sedan, comme toutes celles qui appartenaient aux protestants. A Sedan, Bayle noua avec le ministre Jurieu, qui enseignait la théolugie dans la méme université et qui avait contribué a Ini procurer sa chaire, des relations qui furent d’abord amicales, mais qui devaient plus tard empoisonner sa vie.

Bayle s’était acquis par l’éclat de son enseignement une réputation teile qu’aussitot aprés la suppression de I’untversité de Sedan, la ville de Rotterdam lui offrt une cnaire de philosophie. Dés qu'il Peut acceptée, il fit donner celle de théologie A son ancien collégue Jurieu, depussedé comme lui. Alors, jouissant dela sécurité necessaire aux travaux de Vesprit , Bayle partagea son temps entre les devyoirs de l’en-

seignement et son godt pour les lettres. I] publia successivement ses Pensées diverses sur la comélte, ou Lettre a M. L. A. D. €., docteur de Sorbonne, ou il est prouvé, par plusieurs raisons tirées de la philosophie et de lathéologie, que les cométes ne sont le présage d’aucun malheur, etc. (Amsterdam, 1681, 2 vol.), ouvrage qu’il avait composé & Voccasion d’une énorme cométe qui, vers la fin de 1680, répandit l’effroi dans toute l’Europe; sa Critique générale de l Histoire du Calvinisme du P. Maimbourg (Amst., 1782), dans laquelle il réfutait les c#omnies de ce jésuite contre les protestants, réfutation & laquelle |’auteur attaqué ne sut répondre qu’en obtenant de Louis XIV Yordre de faire broiler le livre de la main du bourreau; et un Recueil de pieces curieuses concernant la philosophie de M. Descartes (1684), qui renfermait, avec plusieurs morceaux écrits pour ou contre le cartésianisme, une dissertation latine qu il avait composée en 1680 pour répondre aux attaques du P. Valois, jésuite de Caen, contre la notion cartésienne de l’étendue.

En 1684, cédant aux pressantes sollicitations de ses amis, il entreprit la publication @un journal de critique littéraire et philosophique , les Nouvelles de la République des Lettres, qui se répandit bientdt dans toute lEurope, et jouit dun immense crédit. Malheureusement état de sa santé Yobligea au bout de peu d’années (1687) a interrompre cette publication, que Basnage continua. Voltaire, dans ses Conseils & un Journaliste, offre cet écrit comme le premier modéle du style convenable a ce genre. La rédaction de cet ouvrage perlodique mit Bayle en relation avecles personnages les plus distingués de l’époque , et particuligrement avec la reine Christine, qui s’était crue d’abord offensée dans un de ses articles, et qui, bientot détrompée, l’honora de son amitié, et entretint avec lui une correspondance suiyie.

Le bonheur dunt Bayle semblait devoir jouir au milieu de tant de snecés fut troublé année suivante par des chagrins cruels : il perdit successivement son pére et ses deux fréres, dont Vainé, ministre de la religion réformée, expira dans un cachot, victime de ta réyocation de l’édit de Nantes (1685 ). Les persécutions dont les protestants étaient alors objet en France devinrent pour Bayle l'occasion de plusieurs écrits, dans lesquels il attaquait avec une nouvelle force le fanatisme et Vintolérance. En 1686 il publia a cet effet une traduction dune lettre latine que Paéts, l’un de ses protecteurs , lui avait écrite d’Angleterre (Lettre de M. L. V. P. a M. B. sur les derniers troubles d Angleterre, ov il est

| parlé delatolérance de ceux quinesuivent pas lareligion

dominante); et peu aprés il fit paraitre une petite brochure intitulée : Ce que c’est que la France toute catholique sous le régne de Louis le Grand, en réponse aux éloges que l’on prodiguait au grand roi pour la révocation de l’édit de Nantes. Il y peignait sous les plus vives couleurs les cruautés exercées par les or vs de Louis XIV contre les protestants; mais Vouvrage de ce genre qui fit le plus de sensation, ce fut son Commentaire philosophigue sur ces paroles de lV Evangile : Contrains-les d’entrer (Compelle intrare), ou Von prouve par plusieurs raisons démonstratives qwil n’y a rien de plus abominable que de faire des conversions par la contrainte, et o& Von refute tous les sophismes des convertisseurs a contrainte et l'apoloyie que saint Augustin a faite des persécutions (1686).

Un pareil ouvrage paraissait ne pouvoir étre que fort bien accueilli dans un pays protestant. Il n’en fut pas ainsi : les protestants , aussi fanatiyues dans leur croyance que les catholques dans la leur, ne voulaient pas entendre parler de tolérance. Malgre la précaution que l’auteur avait prise de garder |’anonyme, Jurieu, qui depuis longtemps voyait d'un wil d’envie les succes de son collegue, saisit cette occasion pour eclater contre lui. Il le combattit d’abord dans un écrit virulent, dont le titre seul dénote clairement l’esprit : Des

droits des deux souverains en matiere de religion, laconscience et le prince, etc.; puis, exaspéré par un nouvel écrit ot il était personnellement attaqaié et livré au ridicule, YAvis important aux réfugiés (1690), quil ne manqua pas d’attribuer 4 Bayle , quoique celui-ci repoussat de toutes ses forces cette imputation calomnieuse, il le dénonga au consistoire de Rotterdam comme étant |’Ame d’une cabale déyouée aux intéréts de la France contre ceux du protestantisme. En vain Bayle réfuta de la maniére la plus plausible, soit par ses écrits, soit par les explications qu’il donna devant le consistoire, les calomnies de son adversaire ; les autorités de Rotterdam, aprés avoir montré pendant quelque temps assez de bienveillance pour lui, et avoir cherché a étouffer Vaffaire , finirent par le condamner a perdre sa chaire ainsi qu’une pension de 500 florins, et lui interdirent méme la faculté de donner des legons particuliéres, croyant sans doute en cela se rendre agréables au stathouder, Guillaume, prince d’Orange, depuis roi d’Angleterre , qui était en guerre avec Louis XIV, et qui poursuivait dans ses états les partisans de Ja France. Dans le cours de cette dispute , Bayle publia d’assez nombreux écrits, qui eurent , comme tout ce qui sortait desa plume, un grand retentissement.

Privé par une sentence inique de ses moyens d’existence, il supporta son sort avec fermeté. Mettant a profit les loisirs qu’il devail 4 ses persécuteurs , il s’occupa tout entier de la composition du vaste ouvrage qui l’a immortalisé, du Dictionnaire historique et critique, qui parut pour la premiére fois en 1697 ( Rotterdam, 2 vol. in-fol., en quatre parties), C’estla premiére de ses productions a laquelle il ait mis son nom; jusque-la, soit par modestie, soit pour éviter les attaques que pouvaient provoquer ses écrils, il avait constamment gardé l’anonyme. En publiant son Dictionnaire , Bayle avait moins pour but de donner, comme le titre pourrait le faire croire, un répertoire complet d’histoire et de littérature, que de compléter ou de critiquer les dictionnaires qui existaient alors, surtout celui de Moreri. I] suivit dans exécution de cet ouvrage un plan assez singulier, qu’il expose ainsi lui-méme dans sa préface: « J’ai divisé ma composition en deux parties : l'une est purement historique, c’est un narré succinct des faits; autre est un grand commentaire, un mélange de preuves et de discussions , ot je fais entrer la censure de plusieurs fautes , et quelquefois méme une tirade de réflexions philosophiques. » De ces deux parties, la premiére forme le corps des articles , tandis que la deuxiéme, incomparablement plus étendue , se compose de notes trés- nombreuses. C’est cette deuxiéme partie qui offre le plus d’intérét; c’est la que auteur donne carriére 4 son érudition, & son scepticisme, et qu’a Voccasion des noms les moins célébres il aborde les discussions les plus profondes sur divers points dhistoire, de métaphysique ou de théologie; il attaque les faits les mieux établis en apparence, et se plait 4 remettre en honneur les sectes les plus discréditées, entre autres celles des athées, des pyrrhoniens et des manichéens.

Le Dictionnaire de Bayle eut encore plus de succés que tous ses écrits précédents; mais si cette publication ajouta beaucoup 4 sa renommée et répara amplement le dommage que lui avait causé la sentence du consistoire, elle amoncela sur sa t¢te de nouveaux orages. L’impression du Dictionnaire fut défendue en France sur la dénonciation de Vabbé Renaudot; plusieurs articles furent vivement attaqués par de nombreux adversaires, surtout par Leclerc et Jacquelot; Vimplacable Jurieu y puisa les motifs d’une nouvelle accusation, et fit commencer contre l’auteur une seconde procédure, qui heureusement n’eut pas pour lui de suites aussi funestes que la premiére. Ayant échoué devant le consistoire de Rotterdam, ses ennemis intriguérent en Angleterre auprés du roi Guillaume afin de le faire bannir de Hollande, corame ennemi de ’Etat et partisan de la France;

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