‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 412 sur 488 · BAYLE · texte numérisé non relu

BAYLE

mais, grace a la protection du comte de Shaftesbury, Bayle échappa encore une fois aux coups de ses persécuteurs. Il se contenta de répondre aux principales critiques dans de nouvelles notes qu’il ajouta & la deuxiéme édition de son Dictionnaire (publiée en 1702, augmentée de prés de moitié, Amsterdam, 2 vol. in-fol.), et surtout dans les £claircissements qu'il plaga a la fin.

Les articles qui donnérent lieu aux attaques les plus vives ou aux discussions les plus intéressantes sont : David, que Jurieu déféra au consistoire; Henri IV,qui fournit 4 Renaudot l'un de ses principaux griefs ; Manichéens , Pauliciens et Origéne , ou il expose avec complaisance le manichéisme, et qui furent surtout attaqués par Leclerc; Pyrrhon et Zénon @ Elée, ov ilreproduit les objections des anciens sceptiques contre la certitude en général, contre la possibilité du mouvement et de ’étendue; Rorarius, ov il combat les principes de Leibnitz, et surtout son systtme de harmonie préetablie.

Aprés avoir achevé la deuxiéme édition de son Dictionnaire , Bayle publia encore quelques écrits, qui presque tous avaient trait aux discussions dans lesquelles il s’était trouvé engagé. Pendant qu’il se livrait avec ardeur 4 ces combats, qui avaient rempli toute sa vie, il contracta une maladie de poitrine qui le conduisit au tombeau; il mourut presque subitement, le 28 décembre 1706, a cinquante-neuf ans ; la veille il écrivait encore.

Tous ceux qui ont parlé de Bayle ont loué ses qualités et ses vertus, tous ont reconnu en lui un vrai philosophe pratique : d’un commerce doux et facile, il opposaif un calme imperturbable aux violentes attaques de ses adyersaires; modeste a l’excés, il ne youlait pas méme mettre son nom a ses meilleurs ouvrages; il était obligeant, désintéressé, d’une chasteté exemplaire, ce qui contraste singuliérement avec la licence qu’on a quelquefois sujet de reprocher 4 ses expressions. Comme Leibnitz, il était infatigable a Vétude, et travaillait quatorze heures par jour. Il n’ayait d’autre défaut qu’une extréme mobilité de caractére , qui nous explique les variations si fréquentes que nous offrent sa vie et ses écrits. Sa maniére d’écrire mérite a la fois des éloges et des critiques. Selon Voltaire, « Bayle est presque le seul compilateur qui ait du godt. Cependant, dans son style, toujours clair et naturel, ily a trop de négligence, trop d’oubli des bienséances, trop d’incorrections. Il est diffus; il fait, &la vérité, conversation avec son lecteur cumme Montaigne , et en cela il charme tout le monde; mais i] s’abandonne a une mollesse de style et aux expressions triviales d’une conversation trop simple, et en cela il rebute souvent l’homme de gott. » Bayle convient luiméme de ses défauts : « Mon style est, dit-il, assez négligé ; il n’est pas exempt de termes impropres et qui vieillissent, ni peut-¢tre méme de barbarismes : je l’avoue, je suis la-dessus presque sans scrupule,» On lui reproche aussi de manquer d’ordre et de méthode : « Il aimait, dit La Harpe, A promener son imagination sur tous les objets, sans trop se soucier de leur liaison. Un titre quelconque lui suffisait pour le conduire 4 parler de tout. » En effet, on retrouve ce vice dans presque tous ses ouvrages, et surtout dans son Dictionnaire, qu’il appelle fort modestement « une compilation intorme de passages cousus 4 Ja queue les uns des autres ».

On s’accorde généralement a reconnaitre Bayle comme le premier des dialecticiens , et 'un des plus grands sceptiques des temps modernes, Peut-¢tre cependant faut-il moditier la seconde partie de ce jugement. « On peut dire que Bayle est plus encore paradoxal que sceptique , dit M. Cousin, comme il est plus érudit que penseur; car il ne parait pas avoir été doué d'une grande fécondité dinvention. Il se met presque toujours derr®re quelque nom ou quelque opinicn, derriére un ordre d’arguments donnés, qu’il excelle & développer, a éclaircir ef A fortifier. Voici sa

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