BAYLE
pratique constante et comme sa méthode : étant donné a attaquer une opinion accréditée de son temps, théologique ou philosophique , trouver quelque vieille opinion bien décriée, presque réduite 4 Pignominie, la reprendre en sousgeuvre, Parranger et la développer; ne pas Pavouer nettement et franchement, mais, & aide de cette opinion remise a neuf et rendue & la circulation, affaiblir Popinion régnante. Cependant, pour étre juste envers lui, il faut convenir qu'il a mis dans le monde, pour son compte, un certain nombre de paradoxes qui lui appartiennent... Mais si ces paradoxes trahissent bien dans Bayle un esprit sceptique, ils ne constituent pas un ensemble régulier, un systéme de scepticisme. Il nous semble en effet que Bayle a plutét pratiqué que professé systématiquement le scepticisme. Du reste, son scepticisme de bonne foi, renfermé dans les bornes de la raison, ne s’atlachait qu’a des points trop réellement controversables. I! portait la méme défiance dans étude de Phistoire , ob il avait trop souvent reconnu pour faux des faits que personne ne songeait & révoquer en doute. Bayle trouyait d’ailleurs quelques avantages pour un auteur dans cette maniére de philosopher. « Le pyrrhonisme est, dit-il , Ja chose du monde la plus commode ; vous pouvez impunément discuter contre tout venant, sans craindre ces arguments ad hominem qui font quelquefois tant de peine... Vous n’étes jamais obligé d’en venir ala défensive; en un mot, vous contestez et vous doutez tout votre saoul sans craindre la peine du talion. »
Quoi qwil en soit, Bayle a rendu de grands services a la philosophie en combattant les préjugés, les erreurs et surtout les superstitions et l’intolérance avec les armes du raisonnement, de l’érudition et d’une gaieté spirituelle. I] a souleyé et agité une foule de questions qui ont exercé la sagacité des penseurs de son siécle, et qui ont donné naisnance A plusieurs ouvrages importants. Toute sa vie n’a été qu’une longue controverse, et il est mort, pour ainsi dire, les armes a la main.
Quoique Bayle ne soit pas 4 proprement parler un incrédule, quoiqu’il déclare en mille endroits qu’il n’attaque la raison que pour forcer les hommes a recourir a Ja foi, il est pourtant vrai que ses ouvrages, son Dictionnaire surtout, ont fourni un grand nombre d’objections aux adversaires de la religion; c’est l'arsena! ou les inerédules du dernier siécle ont puisé leurs plus fortes armes: « Ses plus grands ennemis sont forcés d’ayouer, dit Voltaire, qu'il n’y a pas une seule ligne dans ses ouvrages qui soit un blasphéme évident contre Ja religion chrétienne; mais ses plus grands défenseurs ayouent que dans ses articles de controverse il n’y a pas une seule page qui ne conduise le lecteur au doute et souvent a Vincrédulité. » Boui.ter,
BAYLE ( Gasparp-Laurent ), médecin, né en 1774, au Vernet, village des Pyrénées-Orientales, fut l'un des disciples les plus éminents de cette grande école d’anatomie pathologique qui brilla en France d’un si vif éclat au commencement de ce siécle. Bayle, esprit mystique et sincérement pieux, avait d’abord été destiné a l’état ecclésiastique, auquel il avait cru devoir renoncer plus tard dans la crainte de ne pas en remplir convenablement les nombreux et importants devoirs. Une circonstance fortuite qui l’amena a Montpellier lui révéla en quelque sorte sa vocation pour la science dont il devait étre un jour l'un des plus savants interprétes. Il avait terminé ses études médicales et passé deux ans aux armées, lorsqu’il vint, en 1798, 4 Paris, ou il devint successivement, grace 4 son mérite , aide d’anatomie, et, en 1807, médecin de l’hdpital de la Charité, ou il avait rempli précédemment les fonctions d’interne.
C’est 1a qu’il fit toutes ses recherches @anatumie pathologique, et qu'il rassembla les matériaux de ses deux grands ouvrages ( Recherches sur la Phthisie pulmonaire, et Traité des Maladies cancéreuses). Quoiquel’impulsion donnée par Morgagni edt produit déja d’importants travaux,
BAYLEN 653 Vanatomie morbide n’avait pas encore pris rang parmi les sciences médicales; les lésions organiques étaient simplement subordonnées aux symptOmes, sans méthode dans leur recherche. Dans l’époque qui suit, la tendance aux idées positives se prononcant de plus en plus, et l’anatomie pathologique se constituant en science indépendante, ce sont les symptomes que l’on subordonne aux lésions organiques, lesquelles sont Pobjet d’un examen plus approfondi, et remplacent les causes occultes, mécaniques, humorales, de la vieille pathologie. L’investigation cadavérique tend enfin A devenir la clef de la pathologie. Bayle, continuant, de concert avec Laénnec, Dupuytren, Broussais, les travaux ébauchés de Bichat, applique & Pétude de la plus meurtritre des maladies la méthode rigoureuse du naturaliste. Il décrit les tubercules pulmonaires dans leur mode de production, dans leurs transformations successives , et distingue avec une rigueur inconnue jusque alors dans la science les symptémes propres aux six especes de phthisie que ses recherches anatomiques lui ont fait connaitre.
Avec tous les médecins de cette école, Bayle a encouru le reproche d’avoir négligé V’étiologie , et surtout le traitement, favorisant ainsi cette espéce de fatalisme médical qui fait de Yhomme de art Vimpuissant spectateur des progrés dela cause désorganisatrice. Mais quoi! est-il donné 4 Pobservateur le plus laborieux d’embrasser toutes les faces de la science? ef n’a-t-il pas accompli glorieusement sa tache quand il a approfondi, de maniére a laisser peu de chose a dire 4 ses successeurs, ]’un des points les plus importants de la pathologie? Quand on pense que Bayle est mort en 1815, 4 quarante-deux ans, que ses fonctions de médecin par quartier de la maison impériale, qu’une vaste pratique, ne lui laissaient guére pour le travail que les heures données par d’autres 4 un 1epos nécessaire, on se demandera si beaucoup de vies ont été mieux remplies pour la science et pour ’humanité...
Aux qualités de l’esprit et aux connaissances littéraires qui faisaient de lui un homme fort distingué, notre confrére jcignait ces dons du cceur qui y ajoutent un si haut prix. Une partie deses revenus était consacrée 4 des actes de bienfaisance. I] succomba a la maladie qu’il avait si bien étudiée, dans son pays natal, auquel il était aJlé demander une guérison impossible. Les événements de 1815 précipitérent, dit-on, sa fin. Ses Recherches sur les Maladies cancéreuses ont été publiées en 1834-39 seulement, par son neveu. Ses autres productions sont restées disséminées dans les journaux du temps. D* SAvUcEROTTE.
BAYLEN, ville de 5,000 habitants, dans la province de Jaen (Espagne), sur le Guadalquivir, célébre dans Vhistoire contemporaine par la capitulation aux termes de laquelle, au mois de juillet 1808, le général Dupont de l’Etang mit bas les armes devant les Espagnols, 4 la téte d’une armée francaise forte de 18,000 hommes.
Aprés l’entrée de Joseph: Bonaparte 4 Madrid , le général Dupont fut envoyé, dans les derniers jours de mai, en Andalousie avec un corps de 8,000 combattanfs, a l’effet d’assurer aux Frangais la possession de Cadix. I] passa la Sierra- Morena; battit le 7 juin, 4 Arcolea, les insurgés espagnols; puis se replia sur Andujar, 4 l’effet d’y faire venir de Madrid des renforts, que lui amenérent les généraux Vedel et Gobert ; ce dernier fut, plus tard, remplacé dans son commandement par le général Dufour. Sur ces entrefaites, arriva a marches forcées l’'armée espagnole aux ordres de Castaiios, laquelle, a la suite de quelques engagements trés-vifs, se jeta entre Dupont et Vedel, en faisant croire au premier que son intention était de marcher sur Andujar. Dupont ayant fini par s’apercevoir quel était le véritable but de Castaios, marcha dans la nuit du 18 juillet sur Baylen, ou il rencontra les divisions espagnoles Reding et Coupigny, qu’il attaqua vigoureusement & diverses reprises dans la matinée du 19. Mais il vit bientot l’ennemi déboucher sur ses derritres.