BAYONNE — BAZAS
En 1815, en pleine paix, quinze mille Espagnols, voulant sans doute avoir leur part de la rancon de la France, passérent la Bidassoa, et s’avancerent sur Bayonne. La ville n’avail point de garnison ; les habitants coururent aux armes; huit cents hommes de la garde nationale occuperent les postes avancés; trois cents marins se distribuérent sur divers points pour servir lartillerie. Cette noble contenance imposa aux ennemis, qui n’ostrent accomplir le coup de main qu’ils avaient projeté, et Bayonne conserva sa vieille devise : Numguam polluta (cité toujours vierge). En 1857, la commune de Saint-Esprit a été réunie a la ville. Eug. GAkAY DE MONGLAYE.
BAYONNETTE. Voyes Baionnerre.
BAZAR, mot arabe dont léquivalant en frangais est trafic de marchandises. On appelle de ce nom en Turquie et en Perse les marchés destinés < l’exposition et a la vente des produits. Les bazars orientaux sont les unsaciel ouvert, les autres vodtés et 4 longues galerizs couvertes. Dans les premiers se débitent les objets d’encombrement plutot que de valeur; ils sont en outre affectés a la vente des esclaves. Les seconds, merveilleusement disposés pour la conservalion des marchandises, sont divisés a l’intérieur en compartiments qui forment autant de boutiques d’étalage. La s’échangent les pierreries, les étoffes dor et de soie, les chales de VInde, la poudre Wor, les dents d’éléphant, les plumes d’autruche, les draps de France, etc. On assure, et nous le répétons sans le garantir, que l’on y a parfois trouvé des manuscrils précieux, entre autres Dioscoride, I His’oire naturelle de Pline, et ltinéraire romain, qui figurent aujourd’hui dans la bibliothéque impériale de Vienne. Toutes les villes turques et persanes ont leurs bazars, grands ov petits. Dans les principales, ces marchés sont rmultipliés 4 Vinfini, et presque tous les genres d’industrie ont le leur. Le Misr Cartsché (bazar égyptien), a Constantinople, est spécialement destiné aux marchandises provenant du Caire.
Les bazars ne sont pas seulement un lieu @’étalage et de vente pour les commercants, ils servent encore de but de promenade aux oisifs et de point de rendez-vous. C’est la que le musulman, si concentré dans ses jouissances domestiques, vient chercher quelques plaisirs de vie extérieure. On y cause sur les affaires du jour; on y devise des petits scandales de la cilé et des objets plus graves de
a politique et de la religion. Les bains et les bazars sont en Orient les seuls lieux de laisser-aller et de libres causeries. Les bazars sont presque toujours des monuments publics ; ils font partie du domaine de l’Etat ou de celui du prince, et produisent en général un revenu considérable. Mahomet II fit construire a ses frais, en 1642, le grand bazar de Constantinople.
Le bazar d’Ispahan, le plus beau qu’on connaisse, et dont les proportions sont telles qu'une armée de 15,000 hommes pourrait y manceuvrer facilement, est la propriété du chah, et sa location sert a couvrir les dépenses de bouche de la Maison de ce souverain. Toutefois le plus vaste bazar qu’il y ait en Orient est encore celui de Tauris , puisqu’on n’y compte pas moins de quinze mille boutiques.
Quelques grandes villes de Europe se sont enrichies dans ces derniéres années d’établissements décorés du nom de bazars, dans lesquels on a cherché a réunir sous la main du consommateur le plus grand nombre possible d’industries utiles, afin de lui éviter dans ses acquisitions la peine de tout déplacement fatigant. Louis Reysaup.
BAZARD (Saint- Amand), l'un des fondateurs du saint-simonisme, naquit 4 Paris, en 1791, dans une riche famille de bourgeoisie. Au sortir du collége, il fut admis dans les bureaux de la préfecture de la Seine, ou il obtint une place a Ja division de loctroi. Garde national, il se distingua, dit-on, sons les murs de Paris, vers la fin de mars 1814, en concourant a reprendre aux alliés les
piéces servies par les éléves de l’école Polytechnique. Vers 1818 il devint le principal rédacteur de P Aristarque, journal qui se faisait remarquer par une opposition assez vive a la politique rétrograde du pouvoir. ‘
Cependant la marche rapide de la réaction poussait le libéralisme dans la voie des complots et des révoltes. Bazard songea W@abord a couvrir les affiliations politiques du manteau de la franc-maconnerie, et a cet effet, il fonda la fameuse loge des Amis de la Vérité, dont il devint le vénérable. Bientot des amis lui apportérent de Naples les statuts du carbonarisme, et ils travaillérent de concert i implanter cette société secréte en France. C’étail en 1821: un an apres la charbonnerie francaise se vantail de compter 200,000 membres, divisés en ventes parliculicres, ventes centrales, hautes ventes et ventes suprémes. Bazard se fit le chef de cette conspiration permanente; on le vil méme souvent se transporter la ob devait éclater quelque tentative. C’est ainsi qu’il visita successivement Lyon, Béfort et les départements de l'Ouest : mais ces efforts n’aboutirent qu’a décimer le parti. Les meneurs restérent prudemment dans Yombre, sé réservant pour des temps meilleurs, tandis quw’une douzaine de leurs plus fanatiques seides payaient de la vie leur participation a des complots ayant pour but de changer la forme du gouvernement. Le bon sens des masses sut bient6t faire justice de la prudente habileté des chefs, et les sociétés secrétes tombérent en dissolution peu apres la chute de la révolution espagnole.
Bazard se demanda alors s’il n’y avait pas une voie mei!leure que les conspirations pour en finir avec le passé. Cette réflexion le rapprocha des premiers disciples de Saint- Simon au moment ot, vers la fin de 1825, ils fondaient le Producteur , journal mensuel; et il participa asa rédaction jusqu’a la disparition de cetle feuille, un an aprés. L’école en était encore a ses travaux de philosophie et d’économie politique. Toute sa métaphysique ne dépassait pas les bornes du monde social, l’organisation et la rétribution du travail. Ses principaux adeptes étaient 4 ce moment, avec Bazard et Enfantin, Buchez, Rodrigues, Péreire, Pierre Leroux, Carnot, Michel Chevalier, efc. Bientét, enivrés par l’encens qu’ils se briilaient réciproquement au nez les uns des autres, nos réformateurs sociaux aspirérent a doter ’humanité dune religion neuvelle, dent leur maitre coimmun, Saint-Simon, devait étre le Christ et eux les apdtres ; religion basée sur la justification de tous les appétits sensuels.
Bazard et Enfantin devinrent les chefs de cette nouvelte évolution de l’école saint-simonienne, qui groupa autour d@’eux une foule d’esprits faux et surtout de yulgaires ambilieux heureux de participer 4 la notoriété de scandale qu’obtenait la nouvelle doctrine el ses prédicants. La révolution de Juillet vint & point pour favoriser le mouvement saint-simonien. Le gouvernement laissa en effet les nouveaux apdtres précher publiquement leurs doctrines, el appeler la femme au sacerdoce définitif. Les badauds coururent a la salle Taitbout entendre précher le co/lége saint-simonien , c’est-a-dire les Bazard, les Enfantin, les Michel Chevalier, les Emile Barrault, les Transon, ete. ; puis vint le jour ot nos apdotres préchérent ouvertement la promiscuilé des femmes. Bazari, qui était marié et pére de famiile, a qui il restait encore quelques préjugés de son éducation chrétienne, s’insurgea alors contre la morale
| reldchée de ses collaborateurs. Un seission éclatante eut
lieu. Enfaniin resta seul acclamé pére supréme ; quant a Bazard, il mourait 4 quelque temps de 1a d’apoplexie, le 19 juillet 1832 , prés de Montfermeil.
Bazard est auteur du second volume de l’ Exposition de
la Doctrine saint-simonienne, et dune traduction de la
Défense de Vv Usure, de Bentham.
BAZAS, ville de France, sous-préfecture de la Gironde, avec 4,766 ames, est située sur un rocher escarpé au pied
duquel coule le Beuve. C’est antique cité des Vasates ; elle devint siége d’évéché au sixiéme siécle; Urbain IT, puis saint Bernard y préchérent la croisade. Sa forte position lui donna un réle important dans les guerres de religion et de la Fronde.
Bazas a une belle église gothique. On y fabrique des cuirs estimés.
BAZE (Jean-Dipier ), avocat, est né en 1800, a Agen. Inscrit dés 1821 au tableau des avocats de sa ville natale, il brilla bientét au barreau par une élocution abondante et fleurie, par une logique yigoureuse et entrainante. Deux fois il fut élu batonnier de son ordre. Nommé adjoint au maire en 1840, il se retira devant la réaction, et ne conserva que le titre de commandant de la garde nationale, qui lui fut sept fois confirmé. En 1848 comme en 1830, il refusa les fonctions de procureur général qui lui étaient offertes. Proclamé représentant de son département, il fut, a l’Assemblée, membre du comilé de la justice, et vota contre le droit au travail, pour les deux Chambres, pour la vote 4 la commune, pour la proposition Rateau, contre la mise en accusation du ministére du 20 décembre. Orateur du parti modéré, il prenait souvent la parole, et était toujours religieusement écouté.
A la Législative, M. Baze fit partie de la commission de Vinstruction publique et fut nommé questeur. I] appuyait habituellement la politique de la majorité. Bientot pourtant il se sépara du ministére, et vota contre la révision de la constitution. Au mois d’octobre 1851 il présenta avec ses deux collégues la proposition dite des questeurs , et par laquelle l’Assemblée était investie du droit de requérir directement la force armée. Celle mesure qui aurail apporté de graves obstacles aux tentatives de coup d’Etat, ful repoussée aprés une orageuse discussion. Arrété dans la nuit du 1** au 2 décembre, M. Baze fut conduit a la prison de Mazas et quelques jours aprés expulsé du territoire frangais. I] se retira en Belgique, et s’établit 4 Lidge, oui il exerca sa profession 4’ayocat. Bien qu’il edt obtenu ga grace par Vinlercession du poéte Jasmin, son compatriote , il ne voulut pas en profiter et ne rentra en France qu’en 1858. Flu député a Assemblée en février 1871, il se vit presque aussitét réintégré dans ses anciennes fonctions de questeur.
BAZIN DE RAUCOU (Anais), littérateur et historien, naquit 4 Paris, le 26 janvier 1797. Son pére, riche avoué, l’enyoya au collége Charlemagne, ou il fit de brillantes études. Ardent royaliste, il entra en 1814, a l’dge de dix-sept ans, dans les gardes du corps; mais bientot Bazin, quittant l’armée, se mit 4 étudier le droit. Recu en 1818 avocat a la cour royale de Paris, il quitta le barreau aprés quelques succés d’estime, pour se consacrer enti¢rement aux lettres. Mentionné en 1820 a l’Académie frangaise pour l’éloge de Lesage, Bazin obtint en 1831 le prix d’éloquence décerné a éloge de Malesherbes; il fut aussi un des collaborateurs de la Revue de Paris et de la Quotidienne, alors dirigée par M. Michaud, de |’Académie francaise. Il publia, en 1830, un assez faible roman historique dans le gout de ’époque, intitulé : Mémoires d’un cadet de Gascogne, ou la cour de Marie de Médicis, préludant ainsi 4 son grand travail historique, l Histoire de France sous Louis XTIT (1838, 4 volumes) et sous le ministére de Mazarin (1842, 2 vol.). L’Académie, en 1840, décerna a ce bel ouvrage Vaccessit du prix Gobert de mille frances, que Vauteur conserva jusqu’a sa mort.
On a encore de Bazin : Etudes d’ Histoire et de Biographie(1844); Notices sur Sully, Balzac, Henry IV, Bussy- Rabutin, et enfin deux volumes d’études de meurs sous le titre de /’ Epoque sans nom (1833), promenades satiriques d’un fldneur dans Paris, lesquelles peignent ayec finesse aspect des mours de la capilale au lendemain de la réyolution de Juillet. On y trouve la physiologie du bourgeois,
BAZAS — BEARN
du gamin de Paris, etc. , et Pamusante histoire de M. Mayeux, le type grotesque du moment, qui, né le 14 juillet 1789, s’est successivement appelé Messidor-Napoléon-Louis-Charles- Philippe Mayeux; c’est une satire trés-réussie de notre inconstance polilique. Bazin avait inséré dans la Revue des Deux-Mondes deux articles trés-curieux et trés-néeufs sur Moliére. Il mourut le 23 aoft 1850. Voici le jugement que porte M. Villemain sur son Histoire de France sous Louis XUT: « M. Bazin a fait un ouvrage instructif et piquant. Si quelques événements n’offrent pas dans ses récits le pathélique terrible auquel s’attendait Vimagination du lecteur, on n’en doit pas moins apprécier la finesse impartiale de son esprit. Il explique pius qu’il ne peint ; mais une pénétration ingénieuse éclaire tous ses récils. » Bazin avait préparé une édition annotée del Hisloired’ Henriette d’ Angleterre, par M™e de La Fayette, laquelle a paru en 1853. A. Fernuer.
BAZIN (Francots-EmmAnueL-Josepa) , compositeur francais, né a Marseille, le 4 septembre 1819. II fit ses études musicales dans cette ville, et en 1834 il vint a Paris suivre les cours du Conservatoire, ok deux ans aprés, il était nommé professeur adjoint. I] avait été plusieurs fois lauréat du Conservatoire et de Académie des Beaux-Arts lorsqu’il obtint, en 1840, le grand prix de Rome. On doit a M. Bazin, en outre de divers morceaux de musique religieuse, plusieurs opéras comiques : le Trompette de Monsieur le Prince, en un acte (1846); le Malheur @étre jolie, en un acte (1847); la Saint-Sylvestre, en trois actes (1849); Madelon, en deux actes (1850); Maitre Patelin, en un acte (1856); le Désespéré (1857); enfin le Voyage en Chine, en trois actes, son plus grand suceés. M. Bazin est, depuis 1848, professeur tilulaire au Conservatoire.
BDELLIUM, sorte de gomme aromatique qu’on recueillait dans l’Arabie et dans }’Inde, et a laquelle on attribuait anciennement les mémes propriéltés et laméme vertu qu’a lamyrrhe. On en connaissait deux espéces principales, V’arabique et la scythique. Il en est parlé dans la Genése et dans Joséphe, ainsi que dans Pline et dans Dioscoride. Elle n’est plus guére employée aujourd’hui que dans la médecine vélérinaire. Son odeur est suave, sa saveur amére; elle se ramollit aisément entre les doigts et devant le feu, se dissout en partie dans l’alcool et plus facilement encore dans l’eau.
BDELLOMETRE,, instrument propre a remplacer les sangsues, et qui fut inventé en 1819 par le docteur Sarlandiére, mais dont l’'idée premiére est due a I’Anglais Withford, qui dés 1816 en proposait l’application. Il consiste en une ventouse de verre garnie d’une petite pompe et de petites lancettes. 11 a Pavantage d’étre d’un emploi plus stir pour la quantilé de sang que l’on veut tirer et il
| permet de la calculer avec plus de précision; son méca-
nisme est en outre réglé pour une plus prompte ou plus lente émission. Cet instrument a depuis été notablement perfectionné par Greefe, Hubschmann, Gelgenkranz, Kidston, etc.
BEARN, ancienne vicomté, principauté et province de France, bornée au nord par la Chalosse , le Tursan et l’Armagnac; au sud par les Pyrénées, qui le séparent de la Navarre espagnole et de l’Aragon; a l’est par le Bigorre, et a Ponest par le pays de Soule et la Basse-Navarre. II avait 96 kilométres de longueur sur 128 de largeur. Il lirait son nom de Beneharnum, son ancienne capitale, citée dans I’Z¢inéraire d’Antonin, mais dont il ne reste au-
| cun vestige. Ce ful Morlaas qui lui succéda, ville ancienne
et célébre par ses monnaies , qui avaient cours dans toute Aquitaine. Dans la suite, les princes de Béarn ayant transféré leur résidence au chateau de Pau, berceaude HenrilV, la ville du méme nom qui s'éleva prés de ce chateau devint le chef-lieu du Béarn a partir du seizidme siécle.
Lorsque César parut dans les Gaules, le Béarn était ha-
BEARN — BEATON
bité par les Benearni ou Benarnenses nation voisine et alliée des Tarusates , des Bigerri, des Tarbelli et des Vassei. Du temps d’Honorius, ce pays faisait partie de la Novempopulanie. En 477 , Euric, roi des Visigoths , en fit la conquéte. Son fils Alaric If en fut dépouillé, ainsi que de toute l’Aquitaine et du royaume de Toulouse, en 507, par Clovis. Les Vascons ou Basques l’enlevérent aux Francs en 581, et depuis cette époque jusqu’en 819 le Béarn partagea la destinée du duché de Vasconie. Il portait alors le titre de vicomté, ou du moins l’empereur Louis 1e Débonnaire ne youlut y attacher que ce titre, lorsque aprés avoir dépouillé de ses Etats Loup-Centule , duc de Vasconie, ennemi irréconciliable de sa maison, il consentit 4 donner seulement le Béarn (819) & Centule I", second fils de ce duc, Telle fut VYorigine des premiers vicomtes de Béarn, dont le dernier, Centule V , périt le 17 juillet 1134, a labataille de Fraga, perdue contre les Maures d’Espagne. Sa sceur Guiscarde, yeuve de Pierre, vicomte de Gavarret, lui succéda dans la vicomté de Béarn , avec Pierre de Gavarret, son fils. Celuici, fondateur d’une nouvelle race des vicomtes de Béarn, ne démentit pas la gloire que ses aieux maternels s’étaient acquise dans leurs guerres continuelles contre les Sarrasins, et il contribua a délivrer Fraga de leur joug, le 24 octobre 1144. Gaston V de Gavarret, son fils et son successeur en 1153, mourut en 1170 sans laisser d’enfants des deux femmes qu'il avait eues , Béatrix de Fezensac, et Léofas, dite Sancie de Navarre.
Un vieil historien rapporte que Léofas était enceinte a la mort de Gaston V. Son accouchemeni avant terme d’un enfant mort-né répandit la consternation parmi les grands et le peuple. Mille pronostics funestes de guerre civile , de pillages et de massacres surgirent de cet événement. Léofas , hautement accusée d’avoir par préméditation commis cet avortement, fut jugée par le conseil de Sanche VX, son frére , roi de Navarre , et condamnée a subir une épreuve équivalente a un supplice cruel et 4 une mort inévitable. Elle fut précipitée pieds et poings liés du haut du pont de Sauveterre dans le gave qui coule au-dessous; mais, soit que ses liens se fussent rompus, soit que la force du courant lui edt été favorable, on la vit surnager jusqu’a la distance de trois traits d’arc, et s’arréter sur le sable. Dés lors son innocence fut proclamée, aux acclamations de la multitude, et elle fut rapportée chez elle en triomphe. Marie de Gavarret, sceur de Gaston V, hérita des vicomtés de Béarn et de Gavarret, qu’elle porta en mariage, en 1160, 2 Guillaume de Moncade. Les descendants de celui-ci possédérent ce pays jusqu’au 26 avril 1290, date du décés de Gaston VII, dernier vicomte de cette troisiéme race , laquelle a joué aussi un role dans lhistoire. Marguerite, l'une de ses filles, porta le Béarn dans la maison de Foix , qui le transmit a celle de Grailly (1381), d’ot il passa dans celle d’Albret en 1484. Henri IV, qualifié dans sa jeunesse prince de Béarn, du chef de Jeanne d’Albret, sa mére, ne voulut pas, en arrivant au tréne de France, réunir positivement cette province a la couronne. Ce fut son fils Louis XIII qui en 1620 promulgua définitivement l’édit de réunion.
Le Béarn aconseryé jusqu’a la révolution de 1789 ses fors et sa constitution d’états. On n’y distinguait que deux ordres , le clergé et la noblesse, confondus en un seul, et le tiers état. La noblesse avait cinq cent quarante entrées aux états , dont douze anciens barons et quatre plus modernes. Le tiers état ou second ordre était représenté par les naires et jurats de quarante-deux villes ou communautés , dont le roi seul était seigneur. L’évéque de Lescar, ou en son absence !’évéque d’Oléron (les deux seuls éyéques de la province ), présidait ies états, ou se décidaient les affaires de finances et d’administration du pays. Ces assembiées se tenaient tous les ans en vertu dune commission envoy¢e par le roi au gouverneur général ou & son lieute-
nant, qui y représentait Ja personne du souverain pendant DICT. DE LA CONVERS, — T. IL.
toute la session. Le premier ordre ayant délibéré sur un objet , les syndics portaient la délibération au second ordre, S’il n’était pas du méme avis , !a constitution voulait qu’il opinat jusqu’a trois fois; alors, si le tiers état persistait dans son refus de participer 4 la mesure , elle demeurait nulle , et il n’en était plus parlé. Le Béarn se composait des cing sénéchaussées de Morlaas, Oléron, Orthez, Pau et Sauveterre, et des trois vallées d’Aspe, de Baretous et d’Ossau. C’est un pays riche en bois et en paturages. Les gaves d@ Aspe, d’Ossau, d’Oléron, de Pau, !’Ourson, le Gabas, l’Arsie, etc., sont les principales riviéres qui arrosent. Le climat y est tempéré dans les plaines et froid dans les montagnes , mais généralement trés-sain.
« Le Béarnais, placé, dit M. d’Avezac, entre le Basque, incontestablement ibérien , et le Bigorrais, probablement gaulois, conserve un type spécial, qui révéle une colunie grecque avec son exquise douceur de langage et sa proverbiale courtoisie. La nomenclature géographique du pays fourmille, d’ailleurs, de noms grecs. Ce furent probablement des Phocéens chassés des bords de la Méditerranée par Vinvasion des hordes kymriques. » Pour la langue et la littérature Béarnaises nous renverrons le lecteur a ’article Despourrins;
En 1790, Je Béarn et les provinces basques furent agrégés pour former le département des Basses-Pyrénées, divisé en trois arrondissements : Orthez, Oléron ef Pau. Les évéchés de Lescar ef d’Oléron sont demeurés fondus dans celui de Bayonne depuis le concordat de 1801. Sa population n’éta en 1695 que de 198,000 4mes. Beaucoup de jeunes genss’ex= patrient chaque année pour aller chercher fortune en Espagne, en Amérique, et revenir sur leurs vieux jours jouir du fruit de leurs travaux dans leur doux pays de Béarn.
BEATIFICATION , acte par lequel le souverain portife déclare qu’une personne dont Ja vie a été marquée par des actes de sainteté siége aprés sa mort au rang des bienheureux , qu’elle jouit du bonheur éternel réservé au juste, et que les fidéles sont par conséquent autorisés a lui rendre un culfe religieux. La béatification différe de la canoe nisation en ce que, dans la premiére, le pape ne fait pas acte d’autorité souveraine, n’agit pas en juge qui décide d’une maniére absolue sur l'état de celui qui est béatifié, mais se borne en quelque sorte 4 permettre aux chrétiens de rendre un certain culte 4 Vobjet de leur vénération sans encourir les peines portées contre ceux qui se livrent a des actes superstitieux , tandis que dans Ja canonisation il prononce en juge, et, comme on dit, ex cathedra, sur état de celui qu’il canonise. Quelques auteurs ne font point remonter Vcrigine de la béatification au dela de Grégoire X ; cependant on ne peut pas douter que Guillaume , ermite de Malaval, en Toscane, ait été béatifié par Alexandre III. Benott XIV, avant d’étre revétu de la tiare, publia en 1734 un volume in-folio sur la béatification et la canonisation.
BEATITUDE, état des bienheureux dans la vie é6ternelle. Les théologiens scolastiques se sont disputés sans fin sur la béatitude objective et sur la béatitude formelle; mais l’apdtre saint Paul dans sa premiére éptftre aux Corinthiens (11, 9) déclare expressément que personne dans ce monde ve peut savoir en quoi consiste cette béatitude, et que cil n’a point vu, Voreille n’a point entendu, la pensée n’a jamais congu ce que Dieu prépare 4 ceux qui Yaiment.
On nomme déatitudes évangéliques les huit maximes qui servent d’exorde au célébre discours de Jésus-Christ sur la montagne, tel qu’il est rapporté dans saint Mathien (v, 3 et suiv.), altendu que ces maximes commencent toutes par le mot latin beati, qui veut dire heureux.
BEATON ou BETHUNE (Davin), cardinal et primat d’Ecosse, le plus ardent et le plus redoutable adversaire de la Réformation en Ecosse, ainsi que de la réunion de ce pays a Angleterre, naquit vers 1494, et descendait dune ancienne famille francaise depuis longtemps ¢tablie en Ecosse. Aprés
avoir étudié aux universités de Saint-Andrew et de Paris , il embrassa , jeune encore, I’état ecclésiastique , et pendant la minorité du roi Jacques V sa rare capacité pour les affaires engagea le régent, le duc d’Arran, a se servir de lui dans diverses missions politiques. Le duc ’enyoya d’abord en France comme ambassadeur, et a son retour il le nomma garde des sceaux (1528). En 1533 Beaton se rendit de nouveau a Paris pour y négocier le mariage de Jacques V avec Madeleine , fille de Frangois I**; mais cette princesse étant venue a mourir, ii lui substitua Marie, fille du duc de Guise, déja veuve, aprés trois ans de mariage, de Louis II d’Orléans , duc de Longueville. Dans ces différentes négociations, Beaton contribua si activement a ¢tablir de bons rapports entre la France et Ecosse, que Frangois I*", reconnaissant, lui accorda des lettres de grande naturalisation avec |’éyéché de Mirepoix, et s’employa méme auprés du saint-siége pour lui faire avoir le chapeau de cardinal.
En 1539, il suceéda a son oncle sur le siége archiépiscopal de Saint-Andrew , et, en cette qualité, il excita le parlement a poursuivre rigoureusement les protestants , qui commencaient déja a étre fort nombreux dans le royaume. Croyant que le voisinage de |’Angleterre mettait en grand péril la cause du catholicisme en Ecosse, il fit manquer le projet d’une rencontre entre Henri VIII et Jacques V, et détermina ce prince a déclarer la guerre a l’Angleterre. Jacques V ayant été tué a ses cdtés a la bataille de Solway, livrée en 1542 contre ’armée anglaise, le cardinal fabriqua un testament qui Vinstituait régent pendant la minorité de Marie Stuart. Mais la noblesse refusa de reconnaitre la validité de cet acte apocryphe, et nomma régent le comte @Arran, en sa qualité de prince du sang royal. Beaton ayant voulu en appeler a la maison de Guise, te nouveau régent non-seulement le fit arréter, mais encore conclut avec Henri VIII un traité aux termes duquel le jeune prince de Galles devait un jour épouser Marie Stuart. Le cardinal ne tarda pas toutefois a sortir de prison, et alors, de concert avec la reine mére, il suscita au régent un rival dans la personne du comte Lennox. Ayant ensuite réussi a s’emparer de la personne de la jeune reine, il contraignit le régent a solliciter une réconciliation avec lui, a déserter le partide lAngleterre et a abjurer, en 1543, le protestantisme. Désormais le régent lui abandonna la direction des affaires , et le cardinal exerga alors de fait la supréme puissance en Ecosse avec autant d’insolence que de cruauté. La guerre lui avait paru le moyen le plus propre 4 empécher toute espéce de relations avec l’Angleterre; mais il dissipa avec tant de légéreté les trésors qui eussent été nécessaires pour la soutenir, que, sans les hostilités qui éclatérent alors entre la France et l’Angleterre, l’Ecosse edt été perdue. En 1545, dans une de ses tournées archiépisccpales, il fit périr de la main du bourreau un grand nombre de protestants , et expulsa de luniversité de Saint- Andrew Knox, si fameux plus tard comme réformateur. Enfin , dans un synode provincial tenu 4 Edimbourg , sous prétexte de réformer les meeurs et la discipline de son clergé, il fit braler en sa présence Georges Wissart, le prédicateur protestant le plus important de ce temps-la. Beaton ne farda pas 4 en porter la peine. En 1546, il fut assassiné par des gentilshommes, ses ennemis, qui le surprirent dans le chateau de Saint-Andrew , qu’il avait fait fortifier, et ot il détenait le fils du régent comme otage. Ce meurtre fut commis a l'instigation de l’Angleterre, qui en récompensa publiquement les auteurs , bien que les motifs qui les avaient fait agir eussent été trés-différents. Le cardinal Beaton fut incontestablement un homme doué de grands talents, plein de zdle pour |’indépendance de \’Ecosse ; mais sa cruauté et la licence de ses morurs l’avaient rendu tellement odieux que personne ne regretta sa fin tragique.
BEATRIX. Ce nom, qui est celui dune sainte nuartyrisée sous Dioclétien , a été porté au moyen Age par plusieurs