‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 424 sur 488 · BEAUHARNAIS — BEAUJEU · texte numérisé non relu

BEAUHARNAIS — BEAUJEU

A une de ces fastueuses soirées , ’on célébrait Panniversaire de la bonne, de Vexcellente Fanny, par inauguration de son buste : une main ennemie avait placé un billet entre le buste et le piédestal. Un des heureux conviés s’en empara : nul doute que ce ne fit quelque impromptu galant en Phonneur de la belle comtesse. On demande qu’il soit lu a haute voix; tous les regards sont fixés sur le mystérieux billet; un profond silence régne dans le salon; on entend :

Eglé, belle et po&te, a deux petits travers,

Le lecteur, désappointé, s’arréte ; on le presse de continuer : c’était le premier vers dune épigramme fort connue; mais le second pouvait avoir été changé, et le trait satirique remplacé par un madrigal. Le lecteur avait eu le temps de le lire pour lui seul et s’était empressé de déchirer le fatal billet. Rien n’avait été changé; le second vers, qui ne fut pas lu, portait bien :

Elle fait son visage, et ne fait pas ses vers,

L’application était flagrante. Ce petit incident n’apporta pas fe moindre trouble 4 la féte; mais madame Fanny Beauharnais dut étre plus sévére sur le choix de ses invités.

Ses nombreux ouyrages appartiennent par leur genre et par leur style a l’école de Dorat , de Marivaux et de Demoustier. On remarque pourtant dans quelques-uns une certaine élévation de pensées et une observation approfondie des meeurs ef des tendances politiques de ’époque. On a contesté & madame Fanny Beauharnais la plupart de ses ouvrages; on ena attribué une partie 4 Dorat-Cubiéres et a d@autres gens de lettres, qui composaient la société intime de celfe dame. Il est du moins certain qu’elle avait pris rang parmi les notabilités littéraires avant ses premiéres relations avec eux. C’est un probléme dont la solution n’offre plus d’intérét. Elle ne fut pas témoin de la fin déplorable de Vimpératrice Joséphine, A laquelle elle avait voué un amour de mére ; elle mourut 4 Paris le 2 juillet 1813, 4 Page de soixante-quinze ans. Durey (de YYonne). |

BEAUHARNAIS (CLAupge, comte pe), fils de la précédente et cousin de Frangois et d’Alexandre, était officier dans les gardes frangaises. Il épousa d’abord mademoiselle de Marnésia , puis mademoiselle Fortan , fille d’un armateur de Nantes. I] eut du premier mariage Stephanie-Louise- Adrienne, que Napoléon unit en 1806 au grand-duc de Bade Charles-Louis-Frédéric , mort le 8 décembre 1818, sans descendant male. Sénateur titulaire de la sénatorerie d’Amiens , chevalier d’honneur de limpératrice Marie-Louise, grand cordon de la Légion d’Honneur et grand’croix de l’ordre de la Fidélité de Bade, le comte Claude de Beauharnais fut pendant la Restauration élevé a la dignité de pair de France, et mourut le 10 janvier 1819.

Depuis la mort de son mari, la grande-duchesse de Bade, Stéphanie de Beauharnais, réside 4 Manheim. Elle est venue plusieurs fois 4 Paris rendre visite & son neveu Napoléon III, et est morte le 19 janvier 1860. — La fille cadette du comte Claude, Joséphine-Désirée, issue de son second mariage, est mariée depuis le 7 novembre 1832 avec Adrien-Hippolyte , marquis de Quiqueran de Beaujeu.

BEAUJEU (Maison ve). Bérarp I°T ou BERAup, dit aussi Bernard, troisiéme fils de Guillaume II, comte de Forez, eut en partage la seigneurie de Beaujeu, vers 890. On ne saif rien sur lui, ni sur ses successeurs BERARD II (967) et GuicuaRD ou Wicnarn I* (976), si ce n’est qu’ils montrérent une grande libéralité envers labbaye de Cluny. GuicHARD II ne fit pas preuve de moins de condescendance pour le clergé (1060). Humpenr I°* suivit cet exemple (1079). GuicuarD III fut le premier sire de Beaujeu qui eut des biens dans le pays de Dombes. Ces biens et ceux que ses successeurs y joignirent au dela de la Sadne furent longtemps appelés le Beaujolais en la part de Vempire, parce qu’ils relevérent longtemps de l’empereur d’Allemagne. GuicnarD III recut ea 1129, dans son chateau de Beaujeu,

EICT, DE LA CONVERS, — T. Il.

le pape Innocent II, lorsqu’il retournait 4 Rome, d’oi l’antipape Anaclet avait obligé de sortir pour venir chercher un asile en France. Etant tombé gravement malade, il prit habit de religieux & Cluny, et y mourut en 1137. II avait épousé Lucienne, fille de Gui de Rochefort, qui avait d’abord été mariée, ou putét fiancée, vers 1104, avant lage de puberté, au prince , depuis roi, Louis le Gros, et qui en fut séparée en 1107 pour cause de parenté.

Homsent II, fils de Guichard III , lui suceéda et se conduisit @abord avec une extréme licence; puis, frappé de repentir, il alla en Palestine, et entra dans !’ordre des Templiers. Sa femme Alix, fille d’Amédée II, comte de Savoie , sans le consentement de laquelle il avait pris ce parti, le réclama, et obtint du pape Kugéne IJ la cassation de ses yoeux. Sa conversion avait d’abord inspiré de grandes espérances aux moines, au clergé et aux paysans; mais il n’y persévéra pas. Son avidité lui fit entreprendre des guerres injustes et commettre de grandes déprédations, méme sur les biens de ’Eglise. Il se ligua avec Drogon, archevéque de Lyon, et Girard, comte de Macon; puis il attaqua Renaud III, seigneur de Baugé, de Bresse et d’une partie de Dombes, désola ses terres, et fit prisonnier Ulric de Baugé, son fils. Renaud, hors d’état de résister a cette ligue, implora le secours du roi Louis le Jeune, qui interposa vainement son autorité. 11 fallut que, pour la rancon de son fils, Renaud cédat 4 Humbert des terres considérables en Bresse. Sur la fin de ses jours Humbert se retira dans l’abbaye de Cluny, ov il mourut en 1174.

Humbert III, dit Ze Jeune, continua la guerre que son pére avait commencée contre le seigneur de Bresse, et la fit aussi a Pabbaye de Cluny, de concert avec Guillaume II , comte de Chalons, Girard, comte de Macon, et d’autres seigneurs. En 1180 Philippe-Auguste mit fin a leurs déprédations. Humbert III eut la gloire de fonder Villefranche, qui devint la capitale du Beaujolais. Il acquit la seigneurie de Montpensier par son mariage avec Agnés de Thiern. I] mourut vers 1202.

Guicuarp IV, son fils, termina généreusement des contestations qu’il avait avec l’abbaye de Cluny, ef fit une guerre injuste 4 son cousin le vicomte Gui de Thiern. En 1209 il prit part 4 la croisade contre les Albigeois, et alla rejoindre le prince Louis de France (depuis Louis VIII). L’année suivante, ayant été député par le roi Philippe-Auguste, son beau-frere, au pape Innocent III et 4l’empereur de Constantinople, il parlit avec sa femme, Sibylle de Flandre , et revint charge de richesses. En passant par Assise a sou retour, il obtint de saint Frangois trois religieux de son ordre, qu’il amena a Villefranche, od il fonda pour eux le premier couvent que cet ordre ait eu en France. Guichard , toujours déyoué au prince Louis, retourna (1215) avec lui en Languedoc pour reprendre la guerre contre les Albigeois. Il 'accompagna aussi dans son expédition d’Angleterre , et mourut 4 Douyres, en 1216.

Humpert IV, fils ainé de Guichard IV, servit utilement Philippe-Auguste et Louis VIII dans la guerre contre les Albigeois. Ce dernier, avant de quitter le Languedoc, nomma Humbert gouverneur de tout Je pays, titre qui lui fut contirmé par saint Louis. Il se signala par son fanatisme et Ja cruauté avec laquelle il traita dans plusieurs expéditions les malheureux sectaires. Ainsi, aprés la prise du chateau de la Besséde, prés d’Aleth (1227), il fit passer au fil de Pépée su assommer a coups de baton tous ceux qui s’y trouvaient. L’évéque de Toulouse tacha en vain de sauver la vie aux femmes et aux enfants. Baudouin II, empereur latin de Constantinople, étant venu chercher du secours en Occident, le sire de Beaujeu se chargea, l’'an 1239, dele reconduire dans ses Etats. A son retour en France il fut nommé connétable par saint Louis. Apres avoir augmenté ses domaines par diverses acquisitions, Humbert partit avec saint Louis pour ja croisade, Le sire de Joinville fait un grand éloge de

la valeur et de la sagesse qu’il montra dans cette expédioa et une ancienne chronique dit qu'il mourut en 1250, en pte.

Guicnarp V, son fils, lui succéda dans la seigneurie de Beaujeu et dans la charge de connétable. Il forga plusieurs petits seigneurs du voisinage a lui rendre hommage; mais lui-méme dut fléchir & son tour le genou devant Philippe, archevéque de Lyon. Il secourut Charles, comte de Provence, contre ses sujets révoltés, et fut depuis envoyé par saint Louis comme ambassadeur en Angleterre , ou il mourut sans enfants, en 1265.

Isabelle , seeur de Guichard V , veuve de Simon de Semur, et remariée 4 Renaud, comte de Forez, se mit en possession de la seigneurie, qu’un arrét de la cour du roi lui conserva, malgré les réclamations que firent valoir les fils de deux de ses sceurs. En 1273 elle la cédaa Louis, son second fils.

Louis de Forez eut des démélés avec quelques seigneurs voisins , et fit la guerre & larchevéque de Lyon. I] mourut en 1290. Il parait qu’il fut connétable.

Guicuarp YI, son fils, surnommé le Grand, servit avec gloire sous les rois Philippe le Bel, Louis le Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel et Philippe de Valois, desquels (dit la chronique) il fut seigneur chambellan et grand gouverneur. Il termina par des arrangements les guerres que son pére lui avait laissées avec quelques seigneurs et avec les archevéques de Lyon. Jl avait droit de battre monnaie dans la partie de la principauté de Dombes qui lui appartenait, et que les rois de France eux-mémes regardaient comine une souveraineté indépendante du royaume; I} fut fait prisonnier dans une guerre ot il soutint Edouard , comte de Savoie, contre Guigues VIII, dauphin de Viennois (1325), et pour acheter sa liberté ( 1327) il promit de donner une partie des-terres qu’il avait dans le pays de Dombes, dans le Valromey et dans le Dauphiné ; mais aprés sa délivrance i#t refusa de remplir ics engagements qu’il avait pris avec le dauphin, ce qri acvint une semence de guerres entre eux et leurs successeurs. En 1328 il combattit vaillamment a la bataille de Cassel, ot Philippe de Valois triompha des Flamands révoltés contre leur comte. Il mourut en 1331.

Enouarp I*, son fils ainé, lui succéda, « Ce prince, dit une chronique, était fort dévot a la vierge Marie : il mena quantité de gentils-hommes au voyage d’oultre-mer a ses propres cots et dépens, et batailla longtemps contre ceux qui tenoient la loi de Mahomet. » II se distingua en différentes batailles, et surtout 4 celle de Crécy. Sous lui, sa seigneurie s’agrandit encore par de nouvelles acquisitions. En 1347 , apres la démission du maréchal de Montmorency, son beau-frére, il fut nommé maréchal de France. I] fitla guerre 4 Humbert, dauphin de Viennois, et mourut vers 1351, dans un combat qu’il livra prés d’Ardres aux Anglais.

Antoine, fils d’Edouard, lui succéda sous la tutelle de Marie de Thil, sa mére, qu’il perdit en 1359. Plus tard, il soutint la réputation d’habile capitaine que son pére s’était acquise : il ne parait pas néanmoins qu’il ait assisté a la bataille de Brignais, donnée en 1361, contre les grandes compagnies qui désolaient son pays. Mais il se distingua trois ans aprés & la bataille de Cocherel. 1) s’attacha a la fortune de Bertrand Dugueselin, qu'il suivit en Guienne et en Espagne , et mourut sans enfants & Montpellier, on 1374.

Enovarp HU, petit-tils de Guichard V1 par Guichard son pere , seigneur de Perreux et de Semur, tué a la bataille de Poitiers, recueillit la succession d’Anteine, malgré lopposition de Marguerite, sour de ce dermer, et fomme de Jacques de Savoie, prince d’Achaie. En 1376 les ofhciers @’Edouard, assemblés le 22 décembre avee aes bourgeois de la ville de Villefranche dans un cabaret, y signérent une espéce de code contenant les coutumes , immunités et

Page 1