‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 426 sur 488 · BEAUJEU · texte numérisé non relu

BEAUJEU

de Louis XI était d’autant plus gran‘fe qu’on lui appartenait de plus prés. La princesse Anne, sa fille alnée, semblait avoir échappé 4 celte funeste prévention. Louis XI la préférait & ses autres enfants. Leurs caractéres sympathisaient parfaitement : « Fine femme et déli¢e, dit Brantéme, et vraie image en tout du roi son pére, voire en tout, car elle estoit fort vindicative..., trinquate ( brouillonne ), corrompue, pleine de dissimulation et grande hypocrisie, qui, pour son ambition, se masquoit et se déguisoit en toute sorte. » Louis XI, craignant qu’en lui donnant un époux d’un caractére aussi ferme, aussi entreprenant que le sien, elle ne devint trop puissante, lui avait fait épouser Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, prince debonnaire , pacifique, indolent, sans ambition et sans esprit. Il la laissa vivre 4 son gré & la cour et gouverner sa maison, et se retira dans ses domaines du Beaujolais. S’il edt été susceptible de jalousie, il ne se fat pas éloigné de sa femme. Toute la cour savait qu’elle aimait Louis d’Orléans, devenu plus tard Louis XII, qui épousa depuis la princesse Jeanne, sa sceur cadette. Anne ne lui pardonna jamais cette préférence, et devint sa plus implacable ennemie.

Louis Xf avait, par son testament, nommé sa fille chérie tutrice du jeune Charles, son frére, et lui avait conféré le gouvernement du royaume, sans lui donner le titre de régente. Le duc d’Orléans, premier prince du sang, et le duc de Bourbon, frére ainé du sire de Beaujeu, prétendirent a la régence. Le premier était regardé comme héritier présomptif de la couronue : le jeune roi était d’une faible complexion, et le duc d'Orléans avait pour lui toute la cour. Anne paraissait devoir succomber dans ce conflit. A défaut de force, elle employa la ruse, et attendit du temps le succés de ses projets d’ambition. Elle offrit spontanément aux deux compétiteurs de s’en remettre a la décision des étals généraux. Les deux princes ne pouvaient refuser cet arbitrage sans se compromettre : ils cédérent. L’adroite comtesse ne perdit pas un instant pour s’assurer du duc de Bourbon, son beau-frére. Elle lui fif, comprendre que si les suffrages de Passemblée n’étaient pour elle, ils seraient pour le duc @’Orléans, quil ne gagnerait par conséquent rien & soutenir ses prétentions. Elle employa un dernier argument, qui triompha des serupules du faible vieillard : elle lui offrit ’épée de connétable. Le duc de Bourbon ambitionnait depuis trente ans cette haute dignité.

Anne n’eut plus dés lors en téte que le duc d’Orléans. Elle s’était assuré de nombreux partisans dans ’assemblée, qui confirma le testament de Louis XI; les députés de l’apanage du due d’Orléans furent les seuls opposants. Quant a lui, il devint furieux d’avoir été dupe des ruses et de ambition dune femme qu’il avait dédaignée, et ne put se rendre maitre de son ressentiment. Un jour qu’il jouait a la paume en présence du jeune roi et de sa sceur, la galerie fut consultée sur un coup douteux : Anne de Beaujen jugea contre le duc. « Luy, qui estoit haut la main, et se doutant d’ot yenoit ce jugement, commenga a dire assez bas que quiconque l’avoit condamné, si c’estoit un homme, il avoit menti; et si c’estoit une femme, c’estoit une p..... Ce qu’esfant rapporté 4 madame, V’ayant oui 4 demy, la lui garda bonne, sous un beau semblant; et depuis oncques ne cessa de lui susciter de tels mescontentements , voire attentats sur sa personne, et fut contraint ae sortir de Paris en grande haste, et se sauver. » ( Brantéme, Dames illustres. )

Il se retira auprés du duc d’Alengon. I] dépendait d’Anne de le faire arréter; mais ce coup d’Etat pouvait avoir les conséquences les plus funestes, et provoquer une guerre civile et une guerre étrangére. Elle se borna a le faire suivre par des agents affidés , qui parvinrent a Je reioindre; ils lui promirent une réconciliation compléte et toutes les garanties qu’il pourrait exiger pour la sdreté de sa personne; mais le duc se souvenait qu'il avait aftaire 4 une femme rusée et vindicative , capable de tout sacrifier a son ambi-

tion et & son ressentiment. Il lui avait fait un affront pus blic; elle disposait de toutes les forces et trésors de I’E tat; elle pouvait céder & la nécessité des circonstances , ajourner sa vengeance, mais non pas y renoncer, I] renvoya sans réponse les agents d’Anne de Beaujeu, et forma une ligue puissante avec ce méme duc de Bourbon, dont Anne avait, dans l’affaire de la régence , acheté la neutralité par Je don de l’épée de connétable, le comte d’Angouléme, les seigneurs de Foix et d’Albret. Le duc d’Orléans, a la téte des troupes de ses confédérés, se présenta devant Orléans , capitale de son apanage. Anne de Beaujeu Vavait prévenu; elle s’était ménagé des intelligences dans cette ville, et les Orléanais lui fermérent leurs portes. Il se replia sur Beaugency. Anne envoya contre lui deux armées, lune commandée par le maréchal de Gié, Pautre par Graville; elle conduisit le jeune roi 4 Beaugency. Le duc d’Orléans, n’osant soutenir une lutte dont le succés ¢tait au moins incertain, envoya des négociateurs 4 la princesse. « Anne estoit naturellement fine et tenoit ferriblement sa grandeur..., on peut méme dire qu’elle ’emportoit sur le roi son pére, et qu’elle estoit plus ferme et moins timide que ce prince, qui rappertoit toute sa politique 4 la défiance et a la ruse. » (Brantéme.) Elle répondit aux députés du duc d’Orléans qu’aprés la faute énorme qu’il avait commise, il ne pouvait plus espérer de grace que dans la clémence du roi. Les députés insistérent pour que laffaire fat déférée au conseil. Anne de Beaujeu y consentit sans peine. Le conseil lui était tout déyvoué, elle dicta Jes conditions qui furent imposées au duc d’Orléans. Le prince se soumif, et les autres seigneurs confédérés obtinrent grace et merci sans condition.

Anne de Beaujeu jouit ae son triompne sans en abuser. Elle voulait illustrer son administration en réunissant la Bretagne a la France. Elle intervint dans les débats du duc Francois avec ceux qu’on appelait les mécontents. Elle fournit 4 ces derniers de l’argent et des troupes. Le duc d@’Orléans, d’abord bien recu 4 Ja cour, avait été bientét obligé de s’en éloigner. Landais, favori du duc de Bretagne, avait attiré le duc d’Orléans dais cette province pour s’en faire un appui. Anne de Beaujeu n’était intervenue dans les sanglants débats des Bretons et de leur duc que pour avoir un prétexte d’entrer en Brefagne 4 main armée. Elle suivit son plan avec plus de persévérance et d’adresse que de loyauté, et finit par s’emparer de la plus grande partie de cette province.

Le sire de Beaujeu prit le titre de duc de Bourbon aprés la mort du connétable, son frére ainé. La nouvelle duchesse voyait 4 regret s’avancer le terme de sa puissance. Elle avait été véritablement reine depuis lamort de Louis XT. Les courtisaus pressaient le jeune roi, Charles VIII, de gouverner par lui-méme; il avait dix-sept ans. La majorité avait été fixée 4 quatorze ans, non pas que Jon crit qu’é cet age Vhéritier du tréne fat capable de gouverner, mais pour prévenir les graves inconvénients d’une régence trop prolongée.

Anne de Beaujeu survecut 4 son frére. Elle avait craint que le duc d’Orléans, son successeur, ne la punit de tous les maux qu’elie lui avait causés. Les courtisans ne manquérent pas, en effet, d’exciter son ressentiment; mais le nouveau roi de France ne voulait pas venger les injures dun duc d’Oriéans, Anne de Beaujeu eut une vieillesse paisible; elle ne s’était pas oubliée pendant sa toute-puissance de quelques années : elle avait enrichi la famille de Bourbon de grands et riches domaines, et c’est a elle que cette maison do:t le haut rang qu’elle tint parmi les Maisons princiéres de France, jusqu’a ce qu’elle eut été elle-méme plaeée sur le tréne aprés la mort du dernier des Valois. Anne de Beaujeu mourut le 14 novembre 1522, au chateau deChantelle, et fut enterrée auprés de son mari, au prieuré de Souvigny (Bourbonnais). Durey (de ’Yonne). |

BEAUJOLAIS. Celle province de France était bornée au nord par le Charolais et le Maconnais, au midi par le Lyonnais et le Forez, a l’orient par la Sadne » qui la séparait de la principauté de Dombes, et a Yoccident par le Forez, dont elle était presque séparce par la Loire. Son étendue était de 70 kilométres de longueur sur 52 de largeur. Sous les Gaulois, elle faisait partie du pays des Ségusiens , et peut-dtre aussi de celui des Branoviens, qui paraissent avoir été les habitants de la contrée qui depuis fut appelée le Brionnais. Sous Jes empereurs romains, elle appartenait en partie A la cilé de Lyon et en partie a celle de Macon. Il n’existe méme aucun monument ancien qu’on puisse regarder comme propre au Beaujolais. Enlevée aux Romains par les Bourguignons, et & ceux-ci par les Francs, elle passa des Méroyingiens aux descendants de Charlemagne. Elle fut arrachée A ces derniers par Boson, et incorporée dans rfta{ que ce prince se forma sous lenom de royaume de Provence, Aprés Ja mort de Boson, ce pays revint aux rois de France, et fut donné en dot, au moins en partie (955), & Mathilde, sceur du roi Lothaire , lorsqu’elle épousa Conrad, roi de Bourgogne. Les comtes de Forez étaient dés lors en possession du chateau de Beaujeu et de son territoire, et cette baronnie donna son nom 4 la maison de Beaujeu. Villefranche devint dans la suite la capitale du Beaujolais. Ce pays formait une des principales et des plus anciennes baronnies du royaume. « Au royaume de France, dit le Grand Coutumier, il ne souloit y avoir que trois baronnies ; Bourson, Coucy et BeAuseu. » Ony ajouta ensuite Craon et Sully lorsque Bourbon fut érigé en duché. En 1400 le Beaujolais fut transmis & Louis II, duc de Bourbon ; enfin en 1541 Francois I* le réunit 4 la couronne de France. Ce pays forme aujourd’hui !’arrondissement de Villefranche dans le département du Rhéne. Son ancienne capitale, Beawjeu, peuplée de 3,884 habitants, sur l’Ardiére, est un cheflieu de canton du département du Rhéne. °

BEAUJOLAIS (Lovts-Caanves D’ORLEANS, comtene), troisiéme fils de Louis-Philippe-Joseph, duc d’Orléans, et frére du roi Louis-Philippe, naquit a Paris, le 7 octobre 1779. Détenu, A l’Age de treize ans, dans la prison de |’Abbaye avec sa famille, il fut transféré, plus tard, a Marseille, avec son frére le duc de Montpensier. Aprés une détention de trois ans et demi, & laquelle il n’edt tenu qu’a lui d’échapper si par un admirable dévouement il n’ett préféré demeurer auprés de son frére, dont la tentative d’éyasion avait été moins heureuse que Ja sienne, ils furent tous deux déportés sous le Directoire aux Etats-Unis, ov ils retrouvérent leur frére ainé, Louis-Philippe. Les trois princes yoyagérent longtemps ensemble, et revinrent ensuite en Angleterre en 1800.

{uit ans aprés, les atteintes d’une maladie de poitrine déterminérent le comte de Beaujolais 4 chercher un climat plus doux. Il allait gagner la Sicile, avec le duc d’Orléans, quand le mal auquel il était en proie lobligea de s’arréter a Malte, ov il mourut le 30 mai 1808, dgé de vingt-huit ans. Ses éminentes qualités et son aimable caractére l’avaient fait estimer et chérir de tous ceux qui l’avaient connu dans son exil.

BEAUJOLAIS ( Petits Comédiens du comte de). Ce fut pour amuser |’enfance du comte de Beaujolais, le plus jeune des fréres de Louis-Philippe, que son ptre, Louis- Philippe-Joseph , alors duc de Chartres, fit construire au Palais-Royal , qu’on venait de rebdtir, le petit thédtre qui existe encore, ct auquel on donna le nom de thédtredes Petits Comédiens de S. A. S. le comte de Beaujolais. Ces petits coméediens ne furent d’abord que de grandes marionnettes en bois de trois pieds de haut. L’ouverture de leur spectacle eut lieu le 24 octobre 1784 , avec presque autant d’afflaence que celle des théatres Francais et Italien en 1782 et 1783. La salle pouvait contenir huit cents personnes. On ajoua un prologue, Momus, directeur de spectacle; un

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