BEAUJOLAIS — BEAUJON
proverbe mélé de vaudevilles, JJ y a commencement & tout, et une piéce ornée de chants et de danses, la Fable de Prométhée. Le prologue et le proverbe parurent détestables; mais la piéce eut le plus grand suceés, grace au mérite du style, 4 la pompe brillante et variée de la mise en scéne, aux ballets exécutés par des petits enfants, et aux voix mélodieuses qui chantaient dans les coulisses. Les marionnettes étaient bien faites et assez naturelles, saufle fil d’archal qui les faisait mouvoir.
Mais le public se lassa bientét de ce genre de spectacle et les directeurs , voyant leur salle déserte, étaient & la veille de faire banqueroute. Ils imaginérent une nouveauté qui leur réussit 4 merveille : ce fut de donner de petits opéras-comiques d’un genre neuf. Pour ne pas transgresser la défense de parler et de chanter sur la seéne, des enfants devaient y jouer la pantomime, tandis qu’on parlerait et qu’on chanterait pour eux dans la coulisse. Les premiers essais des deux genres réunis parurent en juillet 1785, et furent exécutés avec fant d’intelligence, d’ensemble et de perfection , qu’ils produisirent une illusion complete. C’étaient : le Viewx soldat, de Desmaillot , musique de Froment, l’un des premiers violons de Opéra; et PAmateur de Musique, paroles et musique du chef d’orchestre Raimond. Tout Paris raffola de cette nouveauté , bien qu’elle fit renouvelée des Grecs. On s’extasiait ; et quelque préyénu que Yon fat, on ne pouvait croire qu'un seul et méme role fat ainsi joué simultanément par deux acteurs. Mais les comédiens italiens , alarmés de ce suceés , jetérent les hauts cris contre ce qwils appelaient une atteinte formelle au privilége exclusif de chanter qu’ils avaient obtenu de Académie Royale de Musique. Leurs plaintes furent si pressantes que dés les premiers jours d’aodt on interdit aux petits comédiens les piéces mélées de chant, et on ne leur permit que les pantfomimes muettes et les bambochades,
Heureusement ils trouvérent dillustres et puissants protecteurs. La défense fut levée au bout de trois semaines, et la Ruse d'Amour, ou UV Epreuve, opéra-comique qui y fut joué le 25 avril 4 Paris, fut encore représentée le 28 septembre a Saint-Cloud , devant la famille royale.
Malgré la difficulté d’établir un ensemble parfait entre les mimes, et surtout les chanteurs et l’orchestre, qui ne pouvaient se voir; malgré le surcroit de dépenses que ces doubles emplois occasionnaient, malgré les frais considérables auxquels donnait lieu la réunion de divers genres, comédies, opéras, pantomimes, ballets, mélodrames, etc., ce singulier spectacle se soutint jusqu’é la réyolution. Mais s'il fut alors dégagé des entraves qui avaient contribué a sa prospérité, il devint un thédtre subalterne ordinaire , et compta bient6t un grand nombre de rivaux parmi ceux que la liberté enfanta. Le dernier coup lui fut porté lorsqu’en 1789 la Montansier, directrice du thédtre de Versailles , voulant se fixer 4 Paris, réussit & les évincer du thédtre du Palais-Royal, dont elle fit acquisition. Les Beaujolais émigrérent sur le boulevard de Ménilmontant , en face la rue Charlot, dans la salle batie en 1784 pour les éléves de Opéra. Mais leur éloignement du quartier de leurs anciens habitués et le voisinage des tréteaux et des parades du boulevard du Temple, mirent le comble a leur infortune. Aprés avoir fermé plusieurs fois dans Je courant de 1790, ils cessérent d’exister a la fin de cette année. Le directeur, le chef d’orchestre, quelques acteurs et la plupart des musiciens , fournisseurs et employés passérent au théAtre nouvellement bati dans la rue de Louvois, dont louverture eut lieu en 1791. Ils n’avaient eu qu’environ six ans d’existence, mais ils laissdrent des regrets et des souvenirs. H. AvpIFFRET,
BEAUJON (Nicotas), né en 1718, & Bordeaux, d’une famille de marchands , fut successivement receveur général des finances de la généralité de Rouen , banquier de la cour, trésorier et commandeur de l'ordre de Saint-Louis, et enfin