‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 428 sur 488 · BEAUJON — BEAULIEU · texte numérisé non relu

BEAUJON — BEAULIEU

conseiller d’Etat & brevet. Beavjon joignait A une fortune considérable une grande habileté dans les affaires. Son pere, le marchand , avait été assez vain pour payer les fayeurs de la cour et en obtenir cette place de receveur général au profit de son fils ainé. Le puiné avait acheté la charge d’avocat général a la cour des aides de Bordeaux, ou il était plus facile @entrer qu’au parlement.

Pendant une famine qui désola sa ville natale , Beaujon sentendit avec son frére ’'avocat général pour vendre chérement au peuple du bié qu’il avait en réserve. Ce délit public le fit décréter de prise de corps ; mais il parvint 4 assoupir Vaffaire 4 Paris. Ses protecteurs l’associérent & de grandes entreprises : Regnard a dit :

Gagne-t-on cn deux ans un million sans crime ?

Beaujon gagna dix millions aussi vite. Banquier de la cour, il payait & vue les bons du Parc-aux-Cerfs. I] eut un harem comme le maréchal de Soubise. Son bonheur était de marier des jeunes filles dont il était adoré, disait-il , de visiter ces époux assortis, et de s’entendre appeler mystérieuse- ment papa par lainé.

Avait-on sur, fille ou femme jolie,

comme dit La Fontaine, on s’adressait & Beaujon. Il a fait la fortune de deux a trois cents commis.

Sa yanité égalait ses gots d’épicurien : il envoya une montre garnie de diamants au poéte Desmahis, qui l’avait comparé & Lucullus. Sa femme, née Bontemps, étant morte, il la qualifia dans les billets d’enterrement de « trés-haute et trés-puissante dame, épouse de trés-haut et trés-puissant seigneur Nicolas Beaujon , secrétaire du roi et de ses finances de La Rochelle ».

Il ayait pour médecin Bouvard, qui le négligeait. Pour s’en faire mieux soigner il lui assura six mille livres de rente le temps qu’il le ferait vivre. Le docteur fut dés lors si assidu quil en devint importun. A cinquante ans Beaujon se plaignait de ne plus dormir : Bouvard lui envoya une barcelonnette ef deux berceuses. La mode en fut aussitét adoptée par tous les vieillards riches et blasés.

Vhospice qui porte son nom, et qui existe encore au faubourg du Roule, fut fondé et doté par lui avec magnificence en 1784. Ce fut d’abord une école gratuite ouverte a vingt-quatre enfants des deux sexes nés dans la commune du Roule , alors séparée de Paris. Le gouvernement en a fait un hépital. Beaujon avait donné a sa fondation les ferrains, les batiments, la chapelle, les vases sacrés et une somme de

- vingt-cing mille livres de rente, dotation princiére pour le temps. Le testament du célébre financier contenait en outre pour plus de trois millions de legs. 11 mourut a Paris, le 26 décembre 1786, sans laisser d’enfants.

BEAUJOOR (Louis-Avcuste-FELIx, baron bE), né a Callas en 1765, entra, en 1788, dans la carriéve diplomatique, ef fut successivement secrétaire de Iégation 4 Munich

«(1790) et & Dresde (1791), consul général en Gréce en 1794, puis en 1799 consul général chargé d’affaires en Suéde. Plus tard (1802) il devint membre du Tribunat, ou il se fit remarquer par sa sagesse ef sa modération. Il fut élu secrétaire le 21 juin 1803, et président au mois d’octobre suivant. En 1805 Bonaparte, frappé des vues remarquables qui se faisaient remarquer dans le Traité de Lunéville et le Traité d’Aniens, deux opuscules politiques de Beaujour, le norama commissaire général des relations commerciales 4 Georges-Town (Etats-Unis). Cette mission remplie, il revint, en 1814, & Paris, qu’il lui fallut quitter de nouveau en 1816, pour aller prendre possession du consulat général de Smyrne. Chargé l’année suivante de

hs satin générale de tous les consulats d’Orient, il visita les Echelles et les divers établissements francais. De retour

a Paris en 1818, il recut le titre de baron.

En 1831 la ville de Marseille l’élut député, voulant reconneltre les services que Beaujour lui avait rendus pen-

dant son administration consulaire. Il fut, vers la méme époque, nommé membre correspondant de l'Institut ( Académie des Sciences morales et politiques). Appelé en 1835 a la Chambre des Pairs, oli, comme 4 la Chambre des Députés, il votait avec le ministére, il n’y siégea pas longtemps, étant mort le 1° juillet 1836.

On a de Jui un grand nombre d’ouvrages statistico-politiques, qui tous furent remarqués a leur apparition, parce quwils dénotaient dans leur auteur un homme parfaitement au fait de son sujet , un publicise clairvoyant et modépé : aussi ces divers écrits ont-ils autant contribué que ses services administratifs & lui ménager un brillaut avancement. On remarque dans le nombre : 1° Hapédition d’ Annibal en Italie, et de la meilleure maniére d’attaquer la Péninsuleitalique; un Apercu des Etats-Unis au commencement du dix-neuvieme siecle; une Théorie des Gouvernements (1824, 2 vol.); un Tableau des Révolutions de la France depuis la conquéte des Francs jusqwa Uétablissement de lu Charte; enfin un Voyage militaire dans Vempire othoman (2 vol. avec cing cartes ).

En 1832 Beaujour fonda a Marseille un prix quinquennal de 5,000 fr. en faveur du meilleur ouvrage sur le commerce de cette ville. La méme année il fit une fondation semblable 4 Paris, dans la classe de l'Institut dont il était membre. Ch. pu Rozorr.

BEAULIEU (Buancue DE), jeune Vendéenne, vivement poursuivie par nos soldats, allaif périr dans un des premiers combats de cette déplorable guerre, lorsqu’elle vint se jeter éperdue, pale et tremblante , aux pieds du général Marceau, en criant : Sauvez-moi! Marceau la reléve, la rassure, et les soldats républicains s’arrétert a Ja voix de leur jeune général, qui s’empresse de mettre la prisonniére en lieu de streté et de la confier a une famille républicaine dont Phumanité et le dévouement lui sont connus. Bientét il s’éloigne et vole & Savenay, ou il achéye de mettre les rebelles en pleine déroute. Une loi terrible punissait de mort tout républicain qui aurait épargné un rebelle. Marceau n’avait revu qu’une fois sa belle protégée : c’était 4 une noce, ot il Jui avait donné une rose artificielle. Il est dénoncé : une commission instruit en secret contre lui; sa mort parait inévitable. Le représentant Bourbotte, quwil a arraché des mains des Vendéens , se présente a la commission ; il rappelle les services que son libérateur a rendus a la république; il démontre injustice des poursuites dirigées contre lui : désespérant de convaincreses juges, il se fait remettre les piéces de la procédure et les déchire.

Il avait acquitté la dette de la reconnaissance : il fait plus, il s’associe 4 Marceau pour sauyer Blanche de Beaulieu; leurs généreux efforts sont sans succés. L’asile ov Marceau I’avait cachée ayant été découvert, elle est arrétée, conduite en prison, ef comparait bientét devant le redoutable tribunai. Elle est condamnée & mort. Marceau avait oublié les dangers qui le menagaient, il avait tout tenté pour Varracher & une mort plus terrible; mais son devoir le retenajt loin d’elle, et tandis qu’il sollicifait sa grace auprés des comités du gouvernement, Vheure fatale, la derniére heure allait sonner pour !’infortunée Blanche; elle a remis 4 une main amie sa montre et son portrait pour les offrir au héros dont elle avait pleuré l'absence, et dont elle pressentait les vifs regrets et l’affreux désespoir. Elle pressait sur son coeur cette rose dont Marceau avait, dans un jour de bonheur et d’espérance, orné sa belle chevelure. Bientét ses mains sont attachées; sa téte tombe sous la hache du bourreau, ses lévres serraient encore la fleur chérie. A la nouvelle de sa mort, Marceau fut saisi du plus violent désespoir; il voulait la suivre au tombeau. II se devait a 8a patrte, il vecut pour l’honorer et la défendre. Mais le souvenir de Blanche fut la pens¢e de toute sa vie; il n’en parlait jamais sans verser des larmes d’amour et de respect. Durey (de ’Yonne),

BEAULIEU (Jeay-Prerne, baron pe), l'un des généraux autrichiens les plus distingués du siécle dernier, né, le 26 octobre 1725, avx environs de Namur, et morta Lintz le 22 décembre 1819, 4 Page de prés de quatre-vingtquinze ans, sortait d’une pauvre et obscure famille de gentils-hommes brabangons. fl embrassa dés Vannée 1743 la carriere des armes, et servit avee distinction dans la guerre de Sept Ans, comme aide de camp du feld-maréchal Daun. Aprés !a conclusion de la paix d’Hubertsbourg, il se consacra presque exclusivement dans le sein de sa famille aux arts, aux sciences et 4 I’éducation de son fils. En 1768 on récompensa ses services antérieurs par le grade de co- Jonel. En 1789 il passa général major, et obtint le commandement ‘le quelques troupes destinées a étouffer la révolution brabanconne. C’est dans un combat livré aux insurgés que, voyant son fils unique tomber a ses cétés mortellement blessé : « Mes amis, leur dit-il en s’adressant a ses soldats, ce n’est pas le moment de pieurer, mais de vaincre! » Devenu lieutenant général, et placé en 1792 sur la frontitre des Pays-Bas, Beaulieu se défendit bravement contre les attaques du général Biron, et refoula les Frangais jusque sous les murs de Valenciennes. Ce fait d’armes, le premier des guerres de la révolution , fut suivi de divers succés en Flandre et dans la province du Luxembourg, ou avec 15,000 soldats il soutint un jour les efforts de toute l’armée de la Moselle, commandée par Jourdan.

En 1796 la renommée militaire de Beaulieu lui valut le commandement en chef de l’armée d’Italie. Mais cette faveur fut fatale 4 sa gloire. Tandis que Bonaparte concentrait son armée sur la rividre de Génes, entre Peltri et Finale, attendant tranquillement queson adversaire lui prétat le flanc, Beaulieu, quoique disposant de toutes les ressources nécessaires , différait de jour en jour ouverture de la campagne. Au lieu de suivre Pavis du général en chef de V’armée piémontaise, Colli, qui insistait pour qu’on se portat avec toutes les forces disponibles sur le centre des Frangais, il sut si mal choisir sa position, qu’il laissa un vide entre lui et Colli. Les résultats de cette faute irréparable fureut les désastres de Montenotte, de Millesimo , de Montesimo, de Mondovi et de Lodi. Cette derniére journée décida du sort. de la Lombardie ; et Beaulieu, constamment battu par Bonaparte, dut céder le commandement A Wurmser, que la fortune traita plus impitoyablement encore. Alors Beaulieu quitta le service, pour vivre dans la solitude, ou |’accompagrérent lestime et les regrets de son armée. Retiré prés de Lintz, dans un chateau qu’il avait acheté du produit de ses économies et des largesses de Léopold, il s’y livra & son godt favori pour Vétude et les soins agricoles , mais toujours poursuivi, écrasé sous le poids des souvenirs de la campagne de 1796.

Il est peu de soldats dont la vie ait été éprouvée par de plus cruels malheurs ; son fils tué sous ses yeux, son gendre mortellement frappé a la bataille d’Osterach, ses trois fréres morts aussi les armes A Ja main; sa fortune, sa bibliothéque, son cabinet de médailles et d’antiquités , anéantis par les désastres de la guerre ; enfin, cinquante années de glorieux services effacés par deux mois de revers, telles furent les douleurs qui attristérent la vie dun général estimable sous tous les rapports. Beaulieu a laissé, dit-on, sur ses campagnes , des mémoires restés inédits,

B. SARRANS jeune,

BEAUMANOIR (Jean, sire pe), issu d’une des plus illustres maisons de Bretagne, embrassa avec chaleur la cause du duc Charles de Blois contre Jean de Bretagne, comte de Montfort. Aprés la bataille de La Roche-Derrien. en 1347, il succéda 4 son pére, Robert de Beaumanoir, dans la dignité de maréchal de Bretagne. Il obtint quetques suceés contre les Anglais, et leur prit entre autres places la ville de Vannes; mais son plus grand titre a la gioire est le célebre combat des Trente, En 1354 Beaumanoir fut envoyé en Angleterre négocier |’élargissement de Charles de Blois.

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