‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 430 sur 488 · BEAUMARCHAIS — BEAUMESNIL · texte numérisé non relu

BEAUMARCHAIS — BEAUMESNIL

et dans la conversation lui apprit qu’il venait d’achever une nouvelle comédie ; ¢’était Je Mariage de Figaro. « Et dans quel temps, occupé comme vous l’étes, avez-vous pu la faire? — Moi, monsieur le comte! je l’ai composée le jour ot les ministres du roi ont eu assez de loisir pour aller tous ensemble & la Redoute. — Y a-t-il beaucoup de reparties pareilles dans yotre coméiie? dit le comte; je réponds du succes. »

Beaumarchais recut au sujet de sa piéce beaucoup de lettres, les unes de félicitations, les autres d’invectives. Les petits théatres d’alors, les grands danseurs du roi, l’Am bigu-Comique, les petits comédiens du comte de B eaujolais, les Variétés, voulurent leur tour avoir des Figaros, et le personnage devint 4 la mode sur la scéne; mais ils ne lui empruntérent que son nom, et le vrai Figaro garda pour lui seul, sans le communiquer a d’autres , le secret de son esprit. Il n’est resté de ces imitations que la pitce des Deux Figaros de Martelli. A Paris , quand quelque chose réussit , la mode en donne le nom 4a mille objets divers : il ¥ eut des robes a la Figaro, des bijoux a la Figaro. Les envieux donnérent 4 un chien le nom de Figaro, et répandirent cette plaisanterie, Beaumarchais répondit que le quolibet du chien n’était qu’un chien de quolibet, et, opposant un calembour a une plaisanterie de mauyais ton, il se tint quitte. Il était en fonds de mauyais comme de bon esprit. Par une singuliére bizarrerie, il y avait dans son talent du mauvais gout et de la naiveté, de la grace

| véritable et de la recherche prétentieuse. Son expression est

souvent entortillée : il fait heurter les mots et les sons les uns contre les autres, il recherche les mémes désinences ; son style parait pénible et travaillé : a coté de cela, il a des tournures pleines de naturel ; il rappelle-parfois le vieux francais, et surtout dans quelques-unes de ses romances et de ses chansons il est plein de simplicité; et cet homme du dix-huitiéme siécle, cet écrivain de mauvais got, prend le ton d’un trouvére des premiers temps.

Ce qui distingue Beaumarchais entre tous les auteurs du dernier sidcle, c’est qu’il a poussé plus que personne les esprits en ayant. Il y eut méme dans sa destinée, comme dans ses écrits, quelque chose de novateur. A une époque ou les rangs se gardaient encore avec une scrupuleuse exactitude, i] sort de la bourgeoisie, arrive 4 la cour, fait une grande fortune, et, commergant et courtisan tout ensemble , envoie des armes a |’Amérique insurgée, en méme temps qu'il décide le ministre frangais & favoriser cette révolte. Voila pour sa destinée. Méme sort pour ses écrits. Simple faiseur de couplets, forcé de plaider pour défendre ses biens, il agite la France entiére avec un procés de quinze louis , et renverse presque une magistrature créée par le pouvoir royal. Puis il fait d’un valet de comédie un personnage politique , et proclame, par la bouche de Figaro , les droits et les prétentions du tiers état aussi vivement que Sieyés dans sa brochure du Tiers, En iittérature, méme godt d’innovations : lisez sa préface du Mariage. Il se plaint de la monotonie de notre thédtre; et ce n’est pas seulement un novateur en paroles, il dit et il fait; il donne la legon dans la préface, et exemple dans la pitce. Beaumarchais sait que Vesprit humain est né pour avancer, et que chacun ici-bas doit chercher a lui faire faire une part du chemin. Aussi il le pousse hardiment en avant. C’est 1a une gloire ou un crime que ne lui pardonneront guére ceux qui marchent en arriére, ceux qui marchent de coté, et enfin ceux qui ne marchent pas du tout. — Saint-Marc Ginarpin, de Acad. Frangaise,

BEAUMESNIL = (Hennierre-Apéiaing VILLARD, connue sous le nom de mademoiselle pe), naquit a Paris, en 1748. Suit qu’eile fat fille d’acteurs, soit qu'elle edt été presqu’en naissant connee A des artistes que leur profes~ sium rapprocnart du theatre, elle joua la comédie a sept ans, et uvec assez de suceds pour que Préville proposat a la Comédie-brangaise de faire élever cette enfant, dont le talent

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