BEAUMESNIL — BEAUMONT
galssant promettait d’égaler un jour ja finesse et le comique si remarquables de l’excellente soubrette mademoiselle Dangeville. La Comédie-Frangaise refusa de se charger de cette éducation, et se nuisit ainsi prohablement a elle-méme, autant qu’elle fut préjudiciable a la jeune Beaumesnil. Ayant renoncé & la Comédie-Francaise, et remplacé les legons de déclamation par des lecons de musique, elle débuta a l’Opéra le 27 novembre 1766, alors que Sophie Arnould y régnait par son talent autant que par le piquant de son esprit. Mademoiselle de Beaumesnil la remplaca dans le réle principal de Sylvie, opéra ou plutét pastorale qui était alors dans sa nouveauté. La débutante fut jugée supérieure au chef d’emploi, qui ne se vengea pas pourtant de cette petite humiliation par un de ces bons mots qui lui étaient familiers, sans doute parce qu’elle regardait la pastorale de Sylvie comme une piéce froide, et qu’elle était bien aise d’abandonner un mauvais role. Sophie Arnould brillait au théatre par le charme passionné de son chant, le bon godt et surtout la noblesse de son jeu; un coup d’ceil jeté sur mademolselle de Beaumesnil put convaincre Sophie que sa rivale n'était pas dangereuse : c’était en effet une jeune personne charmante, point belle, mais trés-jolie , dont les traits étaient agacants , la physionomie mutine, la voix séche et mordante, propre & reproduire les sentiments gracieux , les intentions comiques d’une servante de Marivaux , et nullement les tirades passionnées d’une héroine. Elle aurait été sans doute une soubrette distinguée 4 la Comédie-Frangaise, elle ne fut jamais qu’une actrice médiocre & POpéra, que des maladies graves lui firent quitter en 1781.
Mademoiselle de Beaumesnil, qui a été citée comme une des plus jolies actrices de son temps, était aussi une femme de beaucoup d’esprit, et, puisqu’il faut tout dire, elle joignit la coquetterie a ses autres moyens de séduction. Quané Page vint lui inspirer des pensées sérieuses , elle eut le bon sens d’épouser un avocat qui, sans briller au barreau, se contentait d’étre Phomme d’affaires de la duchesse de Bourbon. Cette place lenrichit, et sa femme, Vex-actrice de ’Opéra, a vécu longtemps dans la familiarité de la princesse, qui aurait vainement cherché dans ses alentours une personne de plus d’esprit et d’un meilleur ton. Mademoiselle de Beaumesnil joignit & tous ces avantages celui d’étre une excellente musicienne : on a d’elle la musique de Tibuille et Délie, acte qui fait partie de l’opéra des Fétes grecques et romaines de Fuselier, représenté en 1784, et celle d’un opéra en deux actes, du marquis de la Salle, intitulé : Plaire, c'est commander, ou les Législatrices , représenté, en 1792, au théatre Montesquieu. Riche et heureuse, ses derniéres années ont été attristées par le soin continuel et exagéré qu’elle prenait de sa santé et la confiance trop absolue qu’elle avait en son médecin, dont elle sollicitait sans cesse les ordonnances. Elle mourut 4 Paris, le 15 juillet 1803. Marie Aycarn.
BEAUMONT, nom d’un grand nombre de villes en France, parmi lesquelles nous citerons :
BEAUMONT-DE-LOMAGNE, chef-lieu de canton dans le Tarn-et-Garonne, avec 4,446 habitants; il s’y fait des draps communs et lainages, C’est la patrie de Fermat.
BEAUMONT-LE-ROGER, chef-lieu de canton dans le département de |’Eure, avec 2,099 habitants; on y fabrique de beaux draps fagon Louviers, des toiles et des calicots; on y trouve des blanchisseries , des tanneries, des mégisseries, une verrerie 4 houteilles. Il fut occupé le 11 décembre 1870 par les Prussiens a la suite d’un petit combat.
BEAUMONT-LE-VICOMTE, chef-lieu de canton du département de la Sarthe, avec 2,234 habitants. Il s’y fabrique des lainages, et il s’y fait un commerce de grains et @oies grasses. Cette ville a été fondée au dixiéme siécle : on y voit encore les ruines du chateau des vicomtes de Beaumont. Elle fut occupée le 14 janvier 1871 par les Prussiens,
BEAUMONT-SUR-OISE, petite ville du département de
Seine-et-Oise, avec 2,560 habitants. On y prépare des fro« mages dits de Brie; on y trouve des fabriques de passementerie et de poterie, une salpétrerie; le commerce consiste en grains et en farines.
Cette ville a eu des comtes particuliers depuis Yves I°* en 1028, jusqu’au transport de ce comté au roi saint Louis par le comte Thibaud, seigneur de Luzarches.
BEAUMONT (Famille pe). Cette maison, qui est divisée en deux branches, celle des seigneurs de la Freyte d’Autichamp , des Adrets et de Saint-Quentin, et celle des seigneurs de Beaumont et de Montfort en Dauphiné, de Pompignan en Languedoc, et de Payrac em Quercy, est originaire du Dauphiné, et remonte & Humbert I de Beaumont, qui vivait en l’an 1080. La premiére de ces branches provient d’Artaud 1V, quien 1326 fit son hommage a Amédée , comte de Genéve; elle a pour rameaux principavx les Pélafol, les Barbiéres, les La Bastie-Rolland et les d’Autichamp. La seconde provient d’Amblard de Beaumont, ministre et confident de Humbert IJ, daupisin de Viennois, mort en 1375. Ce fut lui qui en 1349 détermina ce prince, qui n’avait point @héritier direct, a traiter avec Philippe de Valois de la cession de sa principauté, a la charge de payer ses dettes. Une convention signée 4 Romans, le 29 mars, eut pour résultat labdication de Humbert LI, et le couronnement de Charles, petit-fils de Philippe de Valois. Amblard de Beaumont, sans perdre un seul instant la confiance de l’ancien souverain, jouit constamment du plus grand crédit auprés du nouveau, dont il administra encore les affaires pendant vingt-deux ans. Cette seconde branche de la maison de Beaumont compte, comme la premiére, de nombreux rameaux, entre autres les Pompignan
' de Villeneuve, les Repaire et les La Roque.
BEAUMONT (CuristorHe ve), archevéque de Paris , naquit au chateau de La Roque en Périgord, le 26 juillet 1703. Entré de bonne heure dans les ordres, il devint successivement chanoine et comte de Lyon, évéque de Bayonne , archevéque de Vienne, et en 1746 archevéque de Paris. Jamais peut-é¢tre haute fonction ecclésiastique ne fut plus difficile & remplir que celle-la 4 cette époque. La fameuse bulle Unigenitus, dirigée contre les Réflexions morales du Pére Quesnel, aprés avoir divisé longtemps I’épiscopat francais , avait été acceptée par la Sorbonne et par la majorité des évéques ; mais la conversion était loin d’étre générale : un grand nombre de prétres résistaient encore; plusieurs prélats se montraient réfractaires, et M. de Beaumont, qui, comme archevéque de Paris et proviseur de la Sorbonne, se croyait obligé par devoir a soutenir la bulle, fut entrainé A d’intempestives rigueurs, que tempérait trop rarement la mansuétude évangélique.
Ce n’est pas tout. Pendant que ces débats religieux faisaient rétrograder les esprits jusqu’aux controverses du moyen age, la philosophie langait de toutes parts en avant ses hardis missionnaires, qui réclamaient avec éloquence, avec force, les droits imprescriptibles de la raison humaine. Ici la lutte que M. de Beaumont eut a soutenir fut aufrement vive, autremeut sérieuse. Les cent une propositions de Quesnel étaient tout a fait inoffensives pour la foi chrétienne, comparativement a des livres tels que le Systéme de la Nature, ou le traité de l’ Esprit ; ni les foudres du Vatican ni les censures de la Sorbonne ne purent en arréter la propagation, ni en prévenir les effets. Les philosophes ripostaient aux condamnations par de nouvelles attaques, plus vives encore. Qui ne connait la lettre de Jean-Jacques Rousseau monseigneur Varchevéque? Le prélat résista tant qu’il put; ma!s Ja lutte était inégale. L’orage qui s’amoncelait sur sa téte devint bientot plus menacant par suite de la mésintelligence qui éclata entre le parlement et archevéque, qui fut exile au chateau de La Roque, puis 4 Conflans, et enfin a la Trappe. Sa fermeté ne abandonna pas dans sa disgrace. Le ministere , le voyant résolu & combattre de tous ses moyens
les nouvelles doctrines , chercha a lui faire donner sa démission, et I’y engagea par offre séduisante des distinctions les plus éminentes de l’Eglise et de ’Etat. Le prélat fut inflexible. La devise dela maison de Beaumont était : Impavidum ferient ruinz. Il y fut fidéle jusqu’é sa mort, arrivée le 12 décembre 1781. { BEAUMONT(Gustave-Aucuste DELA BONINIERE pe), publiciste distingué, est né le 6 février 1802, 4 Beaumont-la- Chartre (Sarthe). Aprés avoir terminé ses cours de droit, il fut nommé substitut du procureur du roi prés le tribunal de premiére instance de la Seine, et perdit cet emploi a la suite de la réyolution de juillet. En 1831 le gouvernement lui confia, ainsi qu’A M. de Tocqueville, une mission ayant pour but d’aller étudier aux Etats-Unis le systéme pénitentiaire. A son retour, on lui rendit la place qu’il avait précédemment occupée au parquet, mais pour la lui reprendre bient6t aprés, en punition de son refus formel de porter la parole au nom du ministére public dans le scandaleux procés de la baronne de Feuchéres. En 1840 le département dela Sarthe le choisit pour député, et il vint alors prendre place a la Chambre parmi les députés de Yopposition, faisant preuve dans toutes les questions politiques de vastes connaissances et d’une grande facilité d’élocution. En 1843 il alla en Algérie, et de retour il publia une brochure intitulée : Etat de la question d’ Afrique. Il prit une part considérable 4 la discussion de Ja loi sur la réforme des prisons, qui resta 4 état de projet. En 1845 il soutint les différentes propositions de réforme électorale qui furent faites, ce qui lui yalut une double élection dans son département. Partisan des banquets, il revendiqua pour les réformistes le titre de conservateurs. « Savez-vous, Messieurs, quels sont les révolutionnaires? disait-il au banquet de Melun. Ce sont ceux qui, en dépit du sentiment public, s’obstinent & refuser les réformes que nous demandons, ef qui, lassant la patience du pays, finiront peut-étre par Virriter, et par provoquer (ce qu’a Dieu ne plaise!) une de ces explosions terribles par lesquelles se manifeste l’opinion nationalé indignée. »
Aprés la révolution de 1848, M. de Beaumont alla représenter la Sarthe dans la Constituante, dont il fut l’un des viceprésidents. Le 1¢* aodt il fut nommé par le général Cavaignac ambassadeur A Londres, et se démit de ses fonctions le jour méme de I’élection dé Louis-Napoléon a la présidence. Toutefois il se rapprocha du pouvoir et accepta du ministére Barrot ’'ambassade de Vienne, qu’il garda jusqu’a la retraite de ses amis (30 octobre 1849). Lorsdu coup d’Etat il fut arrété et détenu quelques jours au fort du mont Valérien. Depuis il ne quitta son patrimoine, ou il résidait, que pour venir prendre part aux travaux de |’Académie des sciences morales et politiques, dans laquelle il était entré en 1841. M. de Beaumont est mort le 2 mars 1866, a Tours. Les ouvrages qui ont fondé sa réputation sont : Du Systeme pénitentiaire aux Etats-Unis, et de son application en France (livre écrit en société avec M. de Tocqueville ; Paris, 1833, 3¢ édition, 1845); Marie ou I’ Esclavage aux Etats-Unis (2 vol., Paris, 1835; 4° édit., 1840); V’Irlande sociale, politique et religieuse (2 vol., 1839 ; 7° édit., 1863). Ces deux derniers livres ont obtenu, en 1840, de l'Institut le prix Montyon. M. de Beaumont a publié une édition compléte des ceuvres de Tocqueville, avec notes et une vie détaiilée de son illustre ami (1861 et suiv., 9 vol. in-8°).
BEAUMONT ( Féxix-Bettator, comte ve) dit de la Somme, sénateur, est né 4 Paris en 1793. Ancien capitaine de hussards, il devint député de Péronne en 1839. L’agriculture a trouvé en lui un défenseur zélé. Il prit part au mouvement réformiste qui amena la révolution de Février.
£lu A l’Assemblée constituante par le méme département, il y faisait partie du comité de agriculture. Il y vota pour deux chambres, pour le scrutin 4 la commune, pour des établissements de crédit foncier, pour la proposition Rateau-