BEAUMONT — BEAUNE
génie dépensé. Mais il est naturel aussi qu’une assimilation réciproque aussi parfaite que la leur ait résisté 4 toutes les ventatives d’analyse et repoussé toutes les curiosités, Cependant , aprés bien des suppositions , on est arrivé a tenir pour certain que le grave et réfléchi Beaumont, chargé de la conception du plan, de la disposition des scénes, en un mot, de la charpente, laissait au sémillant et facétieux Fletcher le soin d’écrire le dialogue. Fletcher avait plus Wesprit , répéte-t-on sans cesse , et Beaumont plus de jugement. Sans vouloir approfondir cette question , nous nous contenterons de citer une anecdote qui s’y rapporte, et que raconte Wistanley, auteur contemporain des deux amis :
« Accoudés a une table de taverne, ils batissaient prés dun pot d’ale (petite biére) le plan d’une tragédie. Tout a coup Fletcher s’écrie avec chaleur : J take the king’s murder upon me. « Je me charge de l’assassinat du roi. » L’hdtelier, tout fier sans doute d’avoir découvert une conspiration contre la vie de son souverain , court en hate dénoncer les coupables au shérif. Viennent les constables , qui s’emparent des futurs régicides et les conduisent devant le juge. Heureusement ils étaient bien connus pour des hommes loyaux (dans Pacception anglaise du mot), qui ne faisaient de complots qu’en cing actes eten vers. On se borna donc 4 rire de leur mésaventure aprés qu’ils Yeurent expliquée. »
L’époque du mariage de Beaumont n’est pas bien connue ; on sait qu’il eut deux filles, dont l'une vécut jusqu’a un age trés-avancé. Il mourut lui-méme en 1615, avant d’avoir accompli sa trentiéme année. Il fut enterré dans l’abbaye de Westminster. Fletcher mourut 4 quarante-neuf ans, dans la peste qui désola Londres en 1625. Il ne parait pas quwil se soit jamais marié.
Le nombre de leurs piéces de théatre, que nous avons porté a cinquante-trois, doit s’élever, suivant quelques-uns, jusqu’& cinquante-sept. Situations originales, caractéres tranchés, vivacité de dialogue, expression poéfiquement incisive, telles sontles qualités qu’on trouve dans presque toutes ces piéces, mais particulitrement dans celles qui, amendées par Garrick , ont continué a faire partie du répertoire de Covent-Garden et de Drury-Lane. Ce qu’on leur a le plus reproché, c’est un certain cynisme dans les actions et dans les discours des personnages. Si le reproche W@immoralité peut étre adressé 4 nos deux auteurs , ce n’est pas pour quelques expressions triviales , mais plutét a cause de Vhabitude quwils ont de nous présenter trop rarement un honnéte homme, plus rarement encore une honnéte femme.
Les deux piéces de Beaumont et Fletcher auxquelles la vogue a été le plus fidéle sont the Chances (les Coups du Sort), et celle quia pour titre : Rule a wife and have a wife, c’est-a-dire, en termes 4 peu prés équivalents : Avant de prendre une femme, apprenez a la diriger. La premiére n’est guére qu’un amusant imbroglio a la man‘ére espagnole; dans la seconde on voit un homme qui, aprés avoir épousé une certaine Margarita, trés-disposée a se jouer de lui, la raméne par de séyéres lecons au respect de ses deyoirs et & Youbli de ses mauvais penchants Le style de Beaumont et Fletcher, nourri d'images vives et pressées, est généralement incorrect ; mais, dit mistriss InchLald, c’était la mode du temps, i¢ was the fashion of the times. Beaumont a composé seul des poésies lyriques assez remarquables, et ses conseils ont été plus d’une fois réclamés par le célébre Ben-Johnson, dont la fierté connue donne un grand prix 4 cette marque de déférence.
Emile Saussine.
BEAUMONT (M™* LEPRINCE be). Voyes Lepaince.
BEAUMONT (»’EON pe). Voyez Eon.
BEAUMONT (ELIE pe). Voyes Exie pe Beaumont.
BEAUNE, ville de France, chef-lieu d’arrondissement
-de la Céte-d’Or, sur le chemin de fer de Lyon, peuplée de 10,907 habitants, posséde un tribunal de commerce,
un collége et une bibliothéque publique de 42,000 volumes. On trouve dans cette ville des fabriques de grosse draperie et de serges, des raffineries de sucre de betterave , des tanneries, des teintureries, des brasseries, d’importantes pépiniéres d’arbres 4 fruits. Le commerce consiste en grains, et surtout en vins rouges de Bourgogne de premiére qualité que produit la céte Beaunoise (voyez Varticle suivant). Beaune, située au pied d’un coteau dans un pays agréable, est généralement bien batie; ses remparts, plantés d’arbres, forment une promenade charmante. On y remarque, en fait de monuments, V’église Notre-Dame, |’église Saint-Pierre, et un bel hdpital, fondé en 1443.
Cette ville, fort ancienne, fut d’abord un camp romain, ensuite un chateau fort, et enfin, au septiéme siécle, une place assez considérable. Son nom lui vient, selon les uns, de Belenus, |’Apollon gaulois; selon les autres, de la Bellone qui figurait dans ses anciennes armoiries. En 1206 le duc de Bourgogne, Eudes III, lui accorda une charte de commune. En 1220 ils’y tint un concile. En 1401 elle fut aux trois quarts dévorée par un incendie. Apres la mort de Charles le Téméraire, elle prit parti pour Marie de Bourgogne contre Louis XJ, qui lassiégea et s’en rendit maitre en 1478. Louis XII la fortifia en 1502; mais un siécle plus tard Henri IV la fit démanteler. La révocation de l’édit de Nantes chassa de Beaune les calvinistes , qui y faisaient prospérer les manufactures.
Dans la guerre de 1870 cette ville fut un instant menacee pas les Prussiens (19 novembre); mais ils se retirérent a Ja suite d’un engagement avec les francs-tireurs. Elle n’en subit pas moins aprés ]’armistice l’occupation étrangére qui se continua jusqu’a la fin d’octobre 1871.
BEAUNE (Vins de). Sous ce nom on comprend tous les vins que produit la céte Beaunoise. Les meilleurs vins rouges sont ceux de Volnay, Pomard, Beaune, Aloxe ou Corton, Chassagne, Meursault et Savigny. On n’estime en fait de vins blancs que ceux de Montrachet et de Meursault. Ces differents crus sont fins et suaves; mais ils ont besoin d’acquérir une certaine maturité. Au total ils sont inférieurs aux vins de Nuits, et les marchands et les connaisseurs ne rangent les meilleurs vins rouges de Beaune que dans la seconde classe. La céte Beaunoise est la partie de la Céte-d’Or qui s’étend depuis Nuits jusqu’a la riviére de Dheune.
BEAUNE la Rolande, petite ville du département du Loiret, 417 kil. sud-est de Pithiviers, compte 1,962 Ames et fait un grand commerce de safran et de miel du Gatinais. Ses environs furent le 28 novembre 1870 le théatre d’un brillant combat livré par Vaile droite de l’armée de la Loire dans sa marche sur Paris. Le 10° corps allemand, qui occupait Montargis, l’évacua le 25 novembre a l’approche des troupes frangaises (18° et 20° corps) et se retira dans la direction de Beaune la Rolande et de Pithiviers. Les journées du 27 et du 28 furent marquées par des engagements heureux pour nos armes a Ladon, & Maiziéres, 4 Juranville. Le combat livré aux portes de Beaune fut le plus sérieux. Le 18° corps, aux ordres de Billot, y déploya une trés-grande vigueur. « Il délogea l’ennemi de toutes ses positions, dit M. de Freycinet, et fut pendant quelques heures maitre du village de Cotelles. Le corps prussien qui ]’occupait l’évacua précipitamment devant une audacieuse charge de cavalerie conduite par le colonel Renaudot. Mais le prince Frédéric- Charles, qui vint commander en personne, ayant fait soutenir ses troupes par la 5° division d’infanterie et Ja ite di-. vision de cayalerie, rappelées de Pithiviers, nos troupes se retirérent & quelque distance. » Toutefois le prince, ne se trouvant pas en sireté dans la ville, l’abandonna pendant la. nuit aprés avoir fait mettre le feu aux maisons qui fournissaient le plus solide point d’appui.
Ce brillant fait d’armes, dd a des bataillons de mobiles. a peine formés, eut pour résultat d’arréter le mouvement tournant des Prussiens sur la gauche de l'armée. Un décret du 29 novembre déclara que le 18 corps avait bien
mérité de la patrie et éleva son chef au grade de général de hrigade.
BEAUNE (Ftorimonp ve), mathématicien célébre, né a Blois, en 1601, embrassa d’abord état militaire , et acheta plus tard une charge de juge au présidial de sa ville natale, ou il mourut en 1652 des suites d’une goutte si violente, que quelques années auparavant on avait cru devoir lui couper an pied, Ce fut de Beaune qui le premier en France compritla portée de la géométrie de Descartes. I] rédigea des notes dans le but d’éclaircir les endroits de cet ouvrage qui, dans état ou se trouvait alors la science, auraient pu passer pour obscurs, et il soumit ses observations a Descartes lui-méme, avec lequel il avait eu l’occasion de selier en 1626. De Beaune Se proposa surtout de faciliter la résolution des équations numériques, et on lui doit une méthode pour déterminer tes courbes au moyen des propriétés de leurs tangentes. I} y a dans ce genre un probléme qui porte encore son nom, et qui n’a été complétement résolu que par Jean Bernoulli. De Beaune s’occupa beaucoup en outre du perfectionnement des télescopes, et en fabriqua méme, dit-on, de trés-remarquables. Il ne nous reste de lui que deux écrits, qu’on trouve dans |’édifion latine elzévirienne de la Géométrie de Descartes, savoir : 1° Florimundi de Beaune in Cartesii Geometriam Note breves; 2° De xquationum construclione et limitibus Opuscula duo, incepta a Florimundo de Beaune, absoluta vero et post mortem ejus Cdilu, ele,
BEAUPLAN ( Amépéx de). Voyez Rovsszau,
BEAUPRE. On appelle ainsi celui des bas mats d’un navire qui, placé sur l’avant, dans une position oblique ou horizontale, se prolonge au-dessus des flots pour recevoir les voiles triangulaires que l’on nomme les focs. L’inclinaison donnée au mat de beaupré varie selon lespéce des navires. A bord des batiments carrés , tels que les trois-mAts et les bricks, il est incliné de trente-cing degrés par rapport A Vhorizon. A bord des cétes et des lougres, il est tout a fait horizontal, et ilne sert alors qu’é supporter un seul foc. On reconnalt ordinairement & la mer un batiment de guerre au grand angle que forme le beaupré des navires de Etat avec la ligne horizontale, A bord des batiments marchands ce mat est ordinairement moins relevé,
On regarde avec raison le beaupré commela clef de toute la mature ; car c’est sur ce mat que s’appuie par ses élais le mat de misaine, qui lui-méme sert 4 appuyer le grand mat, qui 4 son tour sert d’appui au mat d’artimon. Aussi dans un combat obtient-on un trés-grand avantage sur le navire enneti quand on réussit & couper son beaupré en dedans de Pétai de misaine ; car cette ayarie entraine presque toujours la chute totale de la mature, qui dés lors se trouve privée de son appui primitif,
La vergue que l’on grée transversalement sur le beaupré s’appelle civadiére. Autrefois on établissait sur cette vergue, si rapprochée de la mer, une voile que les coups de tangage du navire avaient pour effet de plonger trés-souvent dans 4 lame; mais aujourd'hui la civadiére n’est guére conservée a bord de nos batiments que pour servir 4 appuyer, au moyen des bras qu’elle supporte, le boute-hors de beaupré contre l’effort que font les focs en recevant le vent du bord des amures.
Dans les anciens navires, on plantait sur l’extrémité extérieure du beaupré un matereau vertical que l’on nommait perroquet de beaupré, et sur lequel on gréait une voile. Mais cet appareil n’est plus regardé maintenant que comme 1n Objet de curiosité, Aujourd’hui on ne se sert méme plus de la contre-civadiére, qui autrefois était la yergue du boute-hors de beaupré,
BEAUPREAU, ville de France (Maine-et-Loire), sur TEvre, avec des tanneries , des teintureries de coton et de laine, et une population de 4,134 Ames, La sous-préfecture a élé transférée 4 Cholet en 1857 et le tribunal de premiére instance en 1859, Cette petite ville de l’ancienne province
ee eee