‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 435 sur 488 · BEAUREPAIRE — BEAUTE · texte numérisé non relu

BEAUREPAIRE — BEAUTE

parts, qu’il suffirait de contenir lennemi par une courte résistance. Le conseil persista dans sa détermination. « Eh bien! s’écria V'intrépide et loyal commandant, je fais le serment de mourir plutot que de me rendre. Survivez, vous, a votre honte et A votre déshonneur, puisque vous le voulez; mais, moi, je reste fidéle & mon serment. Voila mon dernier mot : je meurs libre, » Et il se brila la cervelle. L’ennemi prit possession de Verdun, mais il en fut bientot chassé par Parmée nationale.

L’action héroique de Beaurepaire ne resta pas sans récompense, Les théatres se disputérent honneur de célébrer son apothéose. La Mort de Beaurepaire fut représentée sur les thédtres de la capitale et des départements. La Convention décréta que son corps serait transporté au Pantbéon, et qu'on graverait sur son tombeau cette inscription : « Beaurepaire aima mieux mourir que de capituler avec les tyrans. » Une pension fut accordée a sa veuve, et une section de Paris adopta le nom de Beaurepaire, qui est restée a une des rues du quartier Montmartre. Dorey (de !’Yonne ).

BEAUSEMBLANT. Voyez Larremas.

BEAUSOBRE (Isaac pe ,né a Niort en 1659, mort a Berlin en 1738, se fit dans le siécle dernier une réputation solide par denombreux ouvrages thévlogiques, dont quelquesuns sont encore lus ou consultés avec intérét ou profit, comme sa Défense de la doctrine des Réformés, etson Histoire crilique du Manichéisme, longue digression d’un ouvrage plus vaste, Histoire de la Réformation, qui avait occupé pendant la plus grande partie de sa vie, el qu'il n’eut pas le temps d’achever. Ministre d'une petite ville de Touraine, Beausobre fut foreé de quitter la France, aprés avoir osé briser les scellés qu’on avait apposés sur son temple. II se retira d’aborda Dessau, et s’y fit connaitre aussit6t comme zélé défenseur du calyinisme, comme prédicateur ¢loquent, comme écrivain judicieux, quoiqu’il affectat d’ailleurs une certaine roideur de rin et de caractére, souvent reprochée aux protestants, et surtout aux religionnaires réfugiés. Favorablement accueilli par la cour de Berlin, qui savait s’enrichir de nos pertes et coloniser prés delle la science et Vindustrie francaise, il fut nommé chapelain du roi, inspecteur de Yhospice du collége et des temples frangais. Il fut chargé de publier une nouvelle version du Nouveau Testament , avec Lenfant, qui faisait comme lui partie de la société de sayants réfugiés connue alors sous le titre d’Anonymes. Ce fut la premiére version frangaise faite sur le texte grec par des protestants.

Dans son Histoire du Manichéisme , Beausobre avait fait preuve de connaissances philologiques bien rares a son époque ; mais ses conjectures aventureuses, son mépris pour saint Augustin, daburd sectateur, ensuite le plus terrible adversaire de la doctrine de Manés, comme de toutes les hérésies , et qu'il accusait de ne pas l’avoir comprise, furent vivement censurés par les journalistes de Trévoux, auxquels il répondit longuement dans la Bibliotheque Germanique. Beausobre mourut a Page de soixante-dix-neuf ans, exempt dinfirmités, préchant encore avec tout le feu de la jeunesse, et laissant beaucoup d@ouvrages manuscrits, parmi lesquels une Dissertation sur les livres d’Optat de Miléve, déjA savamment annotés par Dupin, et si précieux pour histoire politique et religieuse de l’Afrique au quatriéme siécle.

Le fils atné de Beausobre, Charles-Louis, ministre a Hambourg, puis a Berlin, a publié une Apologie des Protestants, et le Triomphe del’ Innocence. — Son second fils, Louis, que Frédéric le Grand, qui avait adopté, appelait par comparaison /e petit Beausobre, membre de l Académie des Sciences de Berlin, comme son frére, doué de connaissances variées, mais superficielles, a publié dans les Mercures de 1755 des Lettres sur la Littérature Allemande, des Dissertations philosophiques sur la nature du feu et les différentes parties de la philosophie ; une introduc-

tion générale & l'étude de la politique, des finances, du commerce, etc. T. TOUSSENEL.

BEAUTE. Selon Pkaton, notre Ame posséde en elle Vidée du beau archétype, image de la Divinité, qui possede elle seule la supréme beauté dans son essence. Les choses sont d’autant plus belles qu’elles participent davantage de Dieu. Marsile Ficin, son commentateur, dit que la beauté universelle est comme la splendeur de la face de Dieu. Aristote détinit la beauté ; une réunion des idées de grandeur, d’ordre et d’unité, comme dans la constitution @un animal bien organisé. Telle est & peu prés la théorie développée aussi par le P. André, qui dit que la beauté consiste en régularité, ordre et proportion. Galien établit que les formes sont d’autant plus belles qu’elles remplissent mieux objet pour lequel elles sont destinées : ainsi, la convenance des parties avec leurs fonctions lui parait la supreme beauté. Cependant Aristote et Boéce ont combattu cette opinion, en disant que si l’on faisait l’anatomie du plus beau corps d’une Vénus ou d’un Alcibiade, ce serait un spectacle fort laid pour la plupart des yeux. Les leibnitziens déclarent que le beau est ce qui plait, et le laid ce qui Jéplait : on pyurra toujours leur demander pourquoi tant de choses qui ne sont rien moins que belles, et méme des femmes laides, peuvent avoir le don de plaire (par la grdce, plus beile encore que la beauté, selon La Fontaine). Crouzas , Muise Mendelsohn et d'autres auteurs “ont défini la beaute par Punité d’un tout formé de parties variées, ou l’unité dans la variété.

Wolf et Baumgarten font consister la beauté dans la perfection, laquelle donne naissance aux sensations agréables ; mais Winckelmann demande avec raison la définition de ce qu’on nomme perfection, attendu que le Négre, le Chinois ou toute autre nation se forment des idées trés-différentes de la beauté et de la perfection des traits, puisque chacun attribue la prééminence a sa figure. Le Kalmouk aime plus les traits grossiers et rudement prononcés de sa race que les formes adoucies et gracieuses d’une Géorgienne. Sulzer et Hemsterhuis ont defini la beauté par cette impression qui fait naitre en Vdme le plus grand nombre Widées et de sentiments en un seul sujet. Ainsi, l’étre ou l’objet capable de reunir une foule de vues, d’idées, dans le plus petit espace de temps, sera beau. Sulzer ajoute que la beauté ne consiste pas dans la seule régularité des traits , mais surtout dans expression du sentiment moral de perfection dunt cette forme n’est que l’enveloppe. Le P. Gerdil veut que la vrale beauté soit toujours con qualche maraviglia, accompagnée d’admiration et de qualités mystérieuses qui supjuguent Vesprif.

Hutcheson, tenant aux théories platoniciennes, admet dans nous un sens moral interne capable de concevoir Vidée de la beauté : celle-ci est l’uniformité dans la variété, comme on forme par Vabstraction un théoréme de causes générales tirées de faits particuliers. Smith et d’autres philosophes de ’école Ecossaise ont admis ces mémes principes. Condillac et Burke, partant, au contraire, de lorigine extérieure des idées , soutiennent que la beauté n’est qu’un résultat de certains jugements et d’une association de sensations rapides, plus ou moins agréables, rendues familiéres par Vhabitude. Ils ajoutent, avec le P. Buffier, qu'il y a méme des figures difformes que Paccoutumance nous fait trouver belles, comme certaines modes, qui ensuite paraissent laides lorsqu’elles sont surannées. A cet égard, Métastase et Laborde soutiennent qu'il n’y a pas de beau fixe en musique et en peinture, puisque les airs qui charmaient nos aleux nous causent un ennui insupportable. Enfin , beaucoup d’autres auteurs , suivant les mémes principes, triomphent en citant les diverses opinions que chaque peuple et chaque siécle se forment en divers pays de la beaulé ; par exemple, les anciens Grecs et Romains aimaient dans leurs femmes de petits fronts et des sourcils

qui se joignent, ce qui est encore maintenant le godt des Persans , tandis que les Espagnols préférent un grand front ouvert et des sourcils trés-écartés, Les Mexicains et d’autres peuples d’Amérique recherchent les tétes aplaties, et les habitants voisins du Phase des tétes en pain de sucre, comme les Macrocéphales, cités par Hippocrate. N’était-ce pas la coutume des jeunes filles de se pincer extrémement la taille, presque a s’étouffer, comme au temps de Térence, reddunt curatura junceas?

D’autres onf dit que la beauté n’était que la parfaite proportion des parties. Polycléte avait, dans sa statue dite Canon , établi cette régle de toutes les proportions du corps humain. De méme, les peintres et statuaires prenaient sur différentes personnes les formes les plus parfaites, pour en composer un tout qui réunissait les diverses beautés,

On remarque chez les petits individus, les enfants surtout, ce qu’on appelle le joli : ainsi un petit individu peut étre un joli homme, mais il faut une certaine grandeur pour atteindre 4 la vraie beauté; le swblime ne peut appartenir qu’a ce qui est vaste et immense. Aussi la vue une étendue sans limites ou d’un espace infini, qui suscite méme une secréte terreur par la comparaison avec notre faiblesse, ou plutét notre néant, inspire le sentiment du sublime, selon les remarques de Kant, de Burke, etc. Cependant le saisissement que produit le terrible, le foudroyant, ou une puissance invincible, inévitable, peut causer de la terreur, sans étre le principe du sublime, comme le soutenait ce dernier auteur. L’homme sauvage, aux prises avec la nature dans toute sa grandeur, sa majesté sévére, au sein de foréts impénétrables ou d’éternelles solitudes, est empreint de sentiments sublimes qui le plongent dans une noire mélancolie, comme s’il vivait sans cesse en présence de la mort. Ainsi, aspect des Alpes couronnées de neiges éternelles, et Wow se précipitent des torrents bouillonnants au fond d’énormes précipices, nous pénétre d’une sublime horreur, non moins qu’un ouragan furieux qui souléve les ondes de YOcéan, et les éclairs ¢blouissants qui fendent d’épaisses nuées au milieu des ténébres et des détonations de la foudre. Certes, ’observateur placé dans ce péril sur un fréle esquif, jouet des tempétes, peut dire avec Joseph Vernet : Que cela est beau! mais en méme temps : Que cela est terrible!

Les définitions de la beauté sont donc aussi variées que les sensations qu’elle procure. Celle de ’homme consiste dans V’expression de la force, de l’audace, de la supériorité ; la beauté de la femme, au contraire, est plus intéressante quand il s’y joint une image de sa faiblesse. Ce ne sont pas tant les traits réguliers qui présentent la beauté qu’une expression de vie, d’action et de sentiment dans les ¢tres , puisqu’une belle statue qui parait inanimée n’inspire aucun intérét, Et ce n’est point encore l’effort des passions violentes qui produit le sentiment du beau; il faut, comme dans le Laocoon, que la vive douleur paraisse surmontée par le noble courage, et qu’il y ait de la dignité, de la grandeur, jusque dans les derniers soupirs qu’exhale un mourant.

Entre tous les étres créés, homme seul paratt sensible aux beautés, puisque seul il posséde cette intelligence supérieure capable de saisir les rapports harmoniques des choses ou les relations des effets & leurs causes productrices, comme a la source supréme d’ot découlent toutes les causes secondes. Cette faculté de sentir, de comprendre le vrai, constitue un ensemble théorique dont on a formé une branche des connaissances humaines sous le nom d’ £sthétique. Tel est le sentiment qui charme dans les arts dits libéraux, poésie, peinture, musique, et ceux qui en dérivent , comme l’éloquence, Vart dramatique, ou la musique, la danse, Varchiteeture, ete.

1) est en effet remarquable que le seul sens intellectuel, avec ses organes principaux, les yeux et les oreilles, puisse connaitre ou accepter les impressions de la beautdé physique et morale. On ne saurait dire d'une odeur, d'une

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