BEAUVAIS — BEAUVAISIS
du matin ; il durait encore vers quatre heures aprés midi, lorsqu’on vit entrer par la porte de Paris un corps de troupes conduit par La Roche-Taisson et Fontenailles, qui accourait au secours de Beauvais. Ces braves, qui venaient de faire, ce jour-la méme, quatorze lieues sans s’arréter, s’élancérent aussitot de leurs chevaux, qu’ils abandonnérent aux soins des femmes et des enfants restés en ville, et coururent aux remparts. Les Bourguignons, déja découragés par la résistance quils avaient éprouvée, ne purent résister au choc; ils furent culbutés et repoussés vers leur camp.
Le lendemain, dés la pointe du jour, de nouveaux renforts arrivérent & Beauvais; les citoyens les recurent comme des libérateurs, dressérent dans les rues et sur les places des tables couverles de rafralchissements , et, apres les avoir traités, les accompagnérent sur les remparts. Alors le duc Charles de Bourgogne s’apergut de la faute qu’il avait commise en attaquant la place sur un seul front, au lien de commencer par Vinvestir. Elle avait regu une bonne garnison, et les vivres y entraient sans difficulté. Bieniot sa propre armée ressentit la disette et se vil exposée 4 manquer de vivres ; des partis francais battaient la campagne, interceptant les fourrages et les convois. Convaincu que son expédition était manquée , il ne voulut cependant pas lever le siége sans avoir tenté un nouvel assaut. Les assiégés se préparérent a le repousser sous la conduite du maréchal de Renouault, qui était venu se renfermer dans Beauvais. Le maréchal voulait se charger lui-méme de la defense de la porte de Bresle. La Roche-Taisson et Fontenailles, qui s’y étaient postés en arrivant, et qui avaient glorieusement concouru a la défense et a la garde de ce poste, qui était le moins fort, se plaignirent de Vaffront qu’on voulait leur faire, et obtinrent d’y rester.
Cependant , toutes les dispositions étant faites pour l’assaut, les Bourguignons s’ayancent contre les remparts, protégés et aidés par un violent feu d’artillerie. Les échelles sont dressées, et ils s’élancent sur la bréche. Les assiégés les recoivent avec intrépidité , les contraignent a ralentir leur mouvement, et bientét les attaquent a leur tour et les forcent d’abandonner les murailles. Le duc Charles rallie ses bataillons, et parvient a les ramener au combat. Cette seconde tentative , recue aussi vigoureusement que la premiére, eut un résultat encore plus désastreux. Les Bourguignons furent culbutés, et Charles, voyant leur découragement, fut obligé de faire sonner la retraite ; elle se fit en désordre , et aurait été fatale aux ennemis si les assiégés , yainqueurs, avaient pu les poursuivre; mais la précaution qwils avaient prise de terrasser les portes du cété de l’ennem: les empécha de faire une sortie au moment opportun. Le 10 juillet, le duc de Bourgogne, perdant toute espérance de prendre Beauvais, leva le siége, et retourna dans ses Etats, ravagés par les Francais, pour les défendre.
Louis XI, pour récompenser la fidélité patriotique des citoyens de Beauvais, les exempta d’impots. II institua en méme temps, le 10 juillet de chaque année, en mémoire de la délivrance de la ville, une procession ot, pour rendre hommage a l’héroisme de Jeanne Hachette et de ses compagnes , les femmes devaient avoir le pas sur les hommes,
G*! G. pe Vauponcourt.
BEAUVAIS (Jean-Barriste-CHArLEs-MArie DE ), né a Cherbourg, le 17 octobre 1731, fut nommé, en 1773, évéque de Senez. Sous Louis XV il n’avait dd son éléyation qu’a ses vertus et a son talent oratoire. Dans son fameux sermon de la Céne, préché le jeudi saint devant le roi, Beauvais s’éleva avec énergie contre les scandales de la cour, et renouvela, sans croire et sans vouloir étre prophéte lui-méme, Veffrayante prophétie de Jonas : Anucoure quarante jours, et Ninive sera détruite. Louis XV mourul - quarante jours aprés. On remarqua dans tout ce discos des paroles plus hardies qu’il n’en arrivait (ordinaire , en ce temps-la, aux oreilles royales. Dans l’oraison fundbre du
méme Louis XV, prononcée peu aprés, et ol des le début ’étrange prophétie est rappelée avec art, on admira ce cri sincére et digne, et qui est bien d’un prétre chrétien : « Le peuple n’a pas sans doute le droit de murmurer ; mais sans doute aussi ila le droit de se taire, et son silence est la lecon des rois. » Sous différents titres , presque tous les sermons de Beauvais ont pour objet la misére du peuple, le luxe et la corruption des grands. Les philosophes le louaient beaucoup de savoir se borner & la partie morale de la religion; les théologiens rigides lui reprochent, non sans raison, davoir négligé le dogme. L’orateur sage et grave a moins réussi dans le panégyrique, quoique son talent brille en quelques passages de celui de saint Augustin , qu’il prononga devant l’assemblée du clergé de France. On ne lit pas sans émotion, non plus, son oraison funébre de Charles de Broglie, éveque de Noyon.
Beauvais avait donné sa démission en 1783. Elu député aux états généraux par le clergé du bailliage de Paris (extra muros ), celui qui s’était montré si hardi dans la claire de Versailles parut timide dans )’Assemblée constituante. Sa voix n’y fut jamais entendue, « soit qu'il faille plus d’audace, dit Joseph Chénier, pour haranguer des égaux qui vont vous répondre qu’un roi qui vient vous écouter, soit qu'il n’ait pas voulu soumettre 4 Pépreuve des opinions populaires une réputation de trente ans. » La vérilé est qu'une maladie de langueur, a laquelle Beauvais succomba le 4 avril 1790, avait mis de bonne heure dans l’impuissance de prendre une part active aux travaux de |’assemblée, et de concourir avec tant d’autres prétres philosophes a diriger une révolution qu’il avait des premiers pressentie et, du haut de la chaire de vérité, clairement prédite a ancien régime.
Beauvais eut un moment, avant 1789, la plus brillante réputation d’éloquence; mais, loin gue cette réputation se soit maintenue, luirméme semble avoir survécu a sa gloire, et il est 4 peu prés inconnu des générations nouvelles. Sans doute ses compositions sages et pieusement philosophiques. son style un peu froid, mais toujours correct, et, ce qui vaut mieux encore, toujours simple et sincére , ’élévent fort audessus des prédicateurs de son temps, dont on ne saurait supporter a la lecture la finesse énigmatique, non plus que la séche et laborieuse élégance. Mais dirait-on aujourd’hui de Beauvais, comme Joseph Chénier : « Il approche quelquefois de l’élévation de Bossuet, dont il n’a jainais l’énergie et la profondeur ; il atteint presque a la douceur de Massillon, etc. »? Pour comprendre cet éloge de Beauvais sous la plume d’un si excellent juge, on a besoin de se souvenir de la foi un peu aveugle que Chénier professa toute sa vie en la philusuphie du dix-huitiéme siécle, et de la ferveur de son enthousiasme pour tout ceux qui, de prés ou de loin, Yavaient servie. Jean AICARD.
BEAUVAISIS, pays qui faisait anciennement partie de la Picardie, et-qui plus tard fut compris dans le gouvernement général de I’Ile-de-France. Outre le comté de Clermont-en-Beauvaisis et celuide Beaumont-sur- Oise, ce petit pays comprenait les duchés-pairies de Fitz- James et de Boufflers. Du temps de César le Beauvaisis était habité par les Bellovaci. Sous Honorius, il faisait partie de la seconde Belgique. Ce pays fut Pune des premiéres conquétes des Francs sur les Romains. 11 fut incorporé au royaume de Neustrie, et par la suite des temps il passa successivement aux comtes de Vermandois , a la maison de Champagne, et enfin aux évéques-comtes de Beauvais. Mais une partie de ce pays resta toujours attachée au domaine des comtes de Champagne, et ne reconnut jamais d’autre suzeraimeté que celle dos rois de France. C’est dans le Beaue Vaisis, en 1357, que prircut uaissunce les soulévements de paysans qui, suus le uuu de Jacyues, contribuérent si Puiraininent & Pexpulsiun acs augiais. Le Beauvaisis fait aviucllement parlic du département de POise. Laine.
BEAUVALLHET (Pieare-Frangois ), né le 13 octobre 1801, 4 Pithiviers ( Loiret), arriva encore jeune a Paris, pour se livrer a étude de la peinture. Il suivait les ateliers en qualité de rapin, lorsqu’un incident fortuit vint déranger sa vocation et le jeter dans une autre carriére. Il se trouvail 4 Montmartre, en 1821, en compagnie de camarades , comme lui apprentis artistes , poétes, peintres et musiciens, tous réunis, sans se connaitre, pour passer gaiement ensemble une journée de printemps. Parmi cette bande artistique se trouvait un jeune homme 4 peine échappé du collége , Casimir Delavigne. Celui-ci se destinait au culte de la muse tragique, et déja il travaillait 4 cette oeuvre , les Vépres Siciliennes, qui, malgré le succes qu’elle obtint depuis, ne pouvait pas faire présager le brillant et spirituel auteur des Comédiens, de Lowis XI et des Enfants d@’Edouard. Dans un des repos de la longue promenade a laquelle tous ces jeunes gens s’étaient livrés, chacun, assis non loin des autres, s’abandonnait aux préoccupations de son art. Casimir Delavigne, qui composait déja, comme il a toujours composé depuis, en se récitant a lui-méme, et sans les écrire, les tirades et le dialogue qu’il comptait placer dans la bouche de ses personnages, se mit a dire quelques vers de sa future tragédie, et il les déclamait de la voix faible et gréle qu’il tenait de sa nature chétive et maladive , lorsqu’il entendit, 4 quelques pas de lui, un de ses Gompagnons répondre a ses timides accents par une récitation faite 4 pleins poumons d’une scéne des Barmécides de La Harpe. Le contraste était complet; cette contrebasse virile, ce trombone, cet ophicléide humain, c’était Beauvallet le rapin, révélant ainsi le puissant organe dont la nature Vavait doué.
Mais qu’est-ce que la nature sans l’art? qu’est-ce que les dons natifs sans ’éducation ? A la suite de cette révélation, de cette audition en plein air, il fut décidé a ’'unanimité que Beauvallet se destinerait au thédtre. Il céda, et se présenta bravement, armé de sa tirade des Barmécides, seule étude tragique 4 laquelle il se fat livré, 4 examen des aspirants éléves du Conservatoire de déclamation. Des quatre examinateurs quil’entendirent, Granger, Lafon, Saint-Prix et Provost, un seul comprit l’effet que pouvait produire au théAtre un organe aussi puissant s’il était possible de l’assouplir : ce juste appréciateur des qualités théatrales était Saint-Prix, qui lui-méme possédait une voix forte, mais plutot creuse que sonore. Beauvallet fut done admis aux classes du Conservatoire , et, aprés s’étre essayé dans la troupe Séveste, débuta en 1825 Al’Odéon, par le role de Tancréde, dans la tragédie de Voltaire. Il eut assez de succés pour étre engagé a ce thédtre, ot il créa quelques rdles d’une facon assez remarquable, entre autres: Talermi, dans Roméo et Juliette, de Frédéric Soulié ; Malatesta, dans Francoise de Rimini, de Constant Berrier, et Perkins-Warbeck, de Fontan. En 1827, Beauvallet quitta ’Odéon pour s’engager a l’Ambigu-Comique, oi il croyait trouver plus d’avantages pécuniaires et de moyens de succés.
II serait difficile de donner une exacte idée de la force taurobolique de sa voix , soit dans les cordes hautes , soit dans les cordes basses. Assurément, il descend plus bas que les basses chantantes les plus célébres , et les éclats tout a la fois métalliques et sonores de cet organe étrange causent, méme dans I’étouffement d’une salle remplie de monde, des vibrations remarquables, C’est 1d, sans aucun doute, pour l’acteur tragique, un des plus puissants ressorts de art , un des moyens les plus assurés d’effets profonds. En ajoutant a cette force si rare de Porgane vocal ce qui n’est pas moins rare encore, une grande intelligence et une étude incontestable des personnages qu’il doit représenter, nous aurons fait avec justice une part large et favorable a tous les avantages naturels et 4 tous les talents acquis de Beauvallet. Si ces moyens dune riche nature étaient appuyés dune stature athlétique et de traits agréablement virils,
BEAUVALLET — BEAUVERT
Beauvallet posséderait la plus belle représentation théatrale que de mémoire d’homme on edt vue sur la scene, mais toutes les forces naturelles semblent chez lui s’étre concentrées dans |’organe dela voix. Sa taille, quoique bien prise, souple et suffisamment gracieuse, est petite et gréle; sa figure est longue, maigre ; expression en est sévére jusqu’a la dureté, et l'ensemble du physique est dénué de tout charme, méme relatif,
Le ThéAtre-Frangais eut encore cette fois, comme tant d’autres, le tort déplorable de ne pas reconnattre le parti qu’il pouyait tirer des qualités et de l’avenir de Beauyallet et de ne point se l’attacher, soit avant, soit aprés ses débuts a lOdéon, On le laissa aller 4 ’Ambigu-Comique ; on le laissa s’emmélodramatiser avec les Serfs polonais, les Forcats libérés, les Nostradamus , les Enragés et toute Venragée boutique du boulevard, ot se sont perdus les Bocage, les Frédérick Lemaitre et les Dorval. Ce ne fut qu’en 1830 qu’il entra au Théatre-Frangais qui ne |’avait pas pris assez tot ou quile prenait trop tard. Il fallut 4 Beauvallet bien des efforts, bien du travail pour revenir au calme et au naturel qu’exige V’interprétation des chefs-d’ceuvre classiques,
Recu sociétaire en 1831, non-seulement il tient tout J’ancien répertoire tragique , mais il a pris ou créé des rdles qui attestent Poriginalité et la variété de son talent : Tyrrel, des Enfants d’Edouard ; Bertuccio, dans Marino Faliero; Aquila, de Caligula; Latréaumont , dans le drame de ce nom, etc. A. DELAFOREST.
Les meilleurs réles classiques de Beauvallet sont Rodrigue, Polyeucte, Tancréde et Orosmane; les derniers qu'il ait créés au Théatre-Francais sont Wenceslas, de Rotrou, et Nicoméde , de Corneille. En 1862, il prit sa retraite. On l’a revu néanmoins de temps a autre sur les différentes scénes de Paris, et souvent avec plaisir : ainsi il a joué dans Charles VII d’Alexandre Dumas 4 la Porte-Saint-Martin (1863), dans le Fils de Charles-Quint , 2 VAmbigu (1864), dans le Roi Lear, a ’Odéon (1868), dans Theodoros, au Chatelet (1869). Professeur de déclamation au Conservatoire depuis 1839, il a conservé sa chaire jusqu’en (871. On a de Beauvallet quelques drames et tragédies, tels que Cain, en deux actes, en collaboration avec M. Davesne (1830); Robert Bruce, en cing actes (1847), et le Dernier Abencerrage, en trois actes (1851).
Son fils, Léon BeauvatLer, né en 1828, s'est également essayé sur les planches dans le double rdle d’auteur et dacteur, et a obtenu quelques succés,
BEAUVAU (Maison pe). Cette famille, qui tire son nom d’un village de l’Anjou, était déja illustre au onziéme siécle. Ses membres les plus notables furent : René pe BeAuyaU, qui aida Charles d’Anjou dans la conquéte de Naples et mourut connétable en 1266 ; Jean, chambellan de Louis XI; Henri, qui guerroya en Allemagne et contre les Tures; René-Frangois (1664-1739), archevéque de Tonlouse, zélé protecteur des lettres; Marc (1679-1754), prince du Saint-Empire et grand d’Espagne, administrateur de la Toscane.
Charles-Just, né en 1720, se distingua aux siéges de Prague et de Mahon; il devint maréchal de France en 1783 et ministre de la guerre en 1789; il fut aussi de l’Académie francaise. Il mourut en 1793.
Marc-Etienne-Gabriel, né en 1773, fut chambellan de Napoléon Itt et pair de France en 183t. Il mourut en 1849, laissant un fils, Charles-Jus(-Francois-Victurnien, né en 1793 et mort en 1864, aprés avoir fait partie du Sénat depuis 1852.
BEAUVERT (Anroie-Josepa , comte BARRUEL br), né A Bagnoles (Orne), le 17 janvier 1756, était proche parent du célébre Rivarol, et d’une famille noble, quoiqu’on lui ait souvent contesté le droit de se parer du titre de comte. Né sans fortune, il s’enrichit par un mariage et prit le parti
BEAUVERT — des armes, pour lequel il semble cependant avoir eu peu de vocation; car il n’obtint que le commandement dune compagnie de réforme des dragons de Belsunce, pour devenir ensuite capilaine de miliciens. Opposé aux principes de la révolution de 1789, il n’en fut pas moins nommé commandant de la garde nationale de Bagnoles, et vint & Paris, ou il travailla avec le fameux Peltier aux Actes des Apdtres. Aprés la fuite de Louis XVI A Varennes, il fut du nombre de ceux qui s’offrirent pour étre ses otages; et, malgré l’ardente polémique anti-révolutionnaire qu'il soutint alors dans la presse, il réussit A se soustraire aux échafauds de la Terreur.
Ayant repris ]a plume aprés le 9 thermidor, il fut compris dans le décret de déportation lancé, le 18 fructidoran V (7 septembre 1797), contre les écrivains royalistes. Rendu a la libeité par le 18 brumaire, iln’en fit pas moins une brochure énergique contre cette journée, et attaqua personnellement le premier cousul. Enfermé au Temple, il y resta deux années et n’en sortit que vers 1802, grace a l’intercession de Joséphine. La femme du premier consul ne borna point 1a sa protection : elle remit 4 Barruel-Beauvert une somme de inille franes, et lui fit offrir cing cents francs par sa fille Hortense. En 1807 il publia un écrit intitulé, non plus Actes des Apétres, mais Actes des Philosophes, recueillis et remis en évidence par le ci-devant comte Barruel-Beauvert. Il fit i la méme époque une satire violente contre Pabbé Delile, qui venait d’obtenir sa rentrée en France. On employa pour le faire taire les moyens qui réussissaient a cette époque a ’égard de beaucoup d’autres écrivains réputés dangereux : on éloigna de Paris en lui donnant a Besancon la place Winspecteur du systéme métrique dans six départements. C’était une sinécure avec cing mille francs @’appointements.
Ala Restauration il se remit 4 écrire. Son dernier ouvrage eut, en 1816, une célébrité déplorable. I! était intitulé : Quelques particularités secretes sur Vinterrégne des Bourbons, et portait pour épigraphe : « Cet ouvrage ne contient rien de nuisible & la réputation @aucun homme @honneur. » Cependant il y attaquait de la maniére la plus cruelle un ancien rotisseur, fournisseur de la maison de Louis XVUi, et y présentait cet homme, pere de dix-neuf enfants, comme septembriseur et l'un des assassins de la princesse de Lamballe. Le fournisseur, expulsé du chateau, intenta contre Barruel-Beauvert une plainte en calomnie, qui fut jugée au tribunal correctionnel de Paris a la fin du mois de juillet 1816. Ce curieux procés dura plusieurs audiences. La défense du plaignant fut présentée par M. Parquin, qui faisait alors ses débuts au barreau. Chauveau- Lagarde plaida pour laccusé. Le comte Barruel-Beauvert fut déclaré calomniateur ; mais on ne lui infligea qu’une amende de 25 francs, en le condamnant en outre aux dépens. L’écrit fut supprimé a la requéte du procureur du roi, et la nature de son contenu motiva une autre amende de 300 fr. Barruel-Beauyert trouvya la condamnation si légére, qu’il ne daigna pas méme interjeter appel. Le résultat fut fatal au pauvre fournisseur, qui, dans son désespoir d’avoir été sous le coup @une telle imputation, se coupa la gorge.
Le ci-deyant capitaine de dragons et de milice avait une tournure si peu militaire, que dans le monde on l’appelait labbé Barruel de Beauvert. On Va soupconné davoir songé a entrer dans institut des jésuites. Quoi qu’il en soit, il voulut, & l’age de soixante ans, se hasarder dans la carriére dramatique, et fit recevoir au Thédtre Francais, de Vordre expres du roi, cest-a-dire de lordre de MM. les gentilshommes de la chambre, une comédie politique intitulée Je Luthier de Lubeck. Cette pice, imitée d’une comédie de Holberg, le Potier d’étain politique, tournait en ridicule la manie de ces gens qui, inhabiles 4 conduire leurs propres affaires, n’en prétendent pas moins diriger celles de l’Etal. 1 va sans dire que Vouvrage était rempli d’allusions contre les idées constitutionnelles; mais ces allusions
BEAUX-ARTS 685 étaient si froides, et les plaisanteries si plates, qu’elles ninspirérent que du dégodt, Jamais on ne vit représentation si orageuse, ni chute mieux méritée. Le rideau baissa a lune des premiéres scénes du second acte, au moment ou la fille du luthier, devenu dictateur de la république, allait entrer en scene. Mademoiselle Bourgoin, qui jouait ce rdle, ne put jouir de Veffet @un charmant costume lubeckois sur lequel elle comptait beaucoup, La chute fut décidée par ces mots adressés au dictateur : « Ah! monsieur Beckmann, il vous souviendra de vos flites. » Le parterre ne voulut pas en entendre davantage , et les loges n’essayérent pas de protéger auteur royaliste.
La santé de Barruei de Beauvert fut gravement altérée par le chagrin davoir occasionné la mort d’un infortuné qu’il avait accusé sur de vagues oui-dire, et sans l’ombre d’une preuve. Il mourut une année aprés, en 1817. Bneron.
BEAUX=-ARTS. Voyez Arts.
BEAUX-ARTS (Académie des). Une Académie royale de Sculpture et de Peinture, établie en 1648 par Mazarin, fut réguliérement constituée par lettres patentes de Louis XIV en 1655. Quelques années aprés, en 1671, Colbert, cédant aux sullicitations de Parchitecte Pierre Mignard et du célébre Francois Blonde!, fonda une Académie d Architecture, dont Louis XV, se déclarant personnellement protecteur, confirma institution par lettres patentes du mois de février 1717. Le décret dus aout 1793 vint dissoudre ces deux académies; mais l'Institut ayant été créé en 1795, les trois grandes branches des arts du dessin, réunies a la musique et a la déclamation , en composérent la quatri¢éme classe sous la dénomination commune de classe des Beaux- Arts. Sous la Restauration , cette classe de l’Institut prit le titre qu’elle porte encore aujourd’hui.
Cette académie est actuellement composée de quarante membres, répartis dans cing sections, savoir : peinfure, quatorze membres; sculpture, huit; architecture, huit; gravure, quatre; composition musicale , six. Elle admet en outre dix académiciens libres , dix associés étrangers et un nombre indéfini de correspondants ; elle nomme un secrétaire perpétuel, qui ne fait point partie des sections.
L’Académie publie un Dic/ionnaire des beaux-arts ; mais elle ne dirige plus depuis 1863 l’enseignement de l’école des Beaux-Arts et n’en juge plus les concours; dans certains cas, elle est appelée par le gouvernement a faire des rapports sur les questions qui intéressent |’art. Autrefois c’était encore ses membres qui remplissaient les fonctions du jury d’ad- Inission aux expositions artistiques ; mais aprés la réyolution de Février ce jury fut nommé par les exposants. A préseut il Pest encore en partie par les exposants , en partie par le gouvernement.
BEAUX-ARTS (Ecole des). L’école, avant 1863, était divisée en deux sections : 1° peinture e¢ sculpture, 2° architecture. Dans la premiére, les études ont pour objet le dessin @aprés iiature et @aprés antique, pendant deux heures tous les jours, sous la direction d'un professeur qui change chaque mois (le nombre des professeurs, peintres et sculpteurs, étant de douze, tous académiciens) ; les éléves suivent en outre des cours d’anatomie, de perspective et Whistoire , faits par des professeurs spéciaux. Peur la section d’architecture, ’enseignement de l’école se compose de cours sur la théorie et histoire de art, sur les mathématiques appliquées a l’architecture , et sur les principes de la construction; cette section est subdivisée en deux classes, et Cest par les degrés obtenus dans les concours et exercices de la deuxiéme classe qu’on parvient a étre éléve de premiére classe.
Les nationaux et étrangers 4gés de moins de trente ans sont admissibles comme éléves a |’école nationale des Beaux- Arts. Pour entrer dans la section de peinture et de sculpture, les candidats sont appelés au concours des places ; \es auteurs des cent quatorze meilleurs dessins et des quarante