‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 438 sur 488 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

meilleures figures modelées sont admis. Pour étre admis dans la section d’architecture, les candidats sont soumis a trois examens sur les éléments des mathématiques, sur Yapplication des projections géométrales a l’architecture et sur la composition architectonique.

Dans chacune des sections, il y a de plus des concours d’émulation, dont les récompenses sont des médailles d’argent et des mentions. Enfin les éléves francais ou naturalisés qui n’ont pas atleint l’dge de trente ans prennent part a de grands concours annuels, et ceux qui en remportent les prix sont entretenus pendant cing ans aux frais de |’Etat a YAcadémie de France a Rome. Ces concours ont lieu par voie d’élimination : c’est-a-dire que dans la section de peinture, par exemple, on appelle d’abord tous les éléves peintres 4 subir deux épreuves; les professeurs de l’école désignent alors les dix concurrents qu’ils jugent dignes de prendre part au grand concours.

Pour la sculpture et pour l’architecture, le nombre des concurrents aux grands prix n’est que de huit. Les concours ont aussi lieu entre huil éléves, tous les deux ans pour la gravure en taille-douce, tous les quatre ans pour la gravure enmédailles et en pierres fines et pour le paysage historique.

Les sujets de concours sont donnés par les sections correspondantes de l’Académie des Beaux-Arts, et c’est dans Ja séance annvelle de cette académie que sont couronnés les éléves qui ont remporté les grands prix.

Un décret du 13 novembre 1863, rendu sur un rapport de M. de Nieuwerkerque, a réorganisé l’école des Beaux-Arts. L’administration est confiée a un directeur nommé pour cing ans par le chef de ’Etat. Ce directeur est a la téte du personnel, composé d’un secrétaire, d’un agent comptable, d’un conservateur des modéles et objets d’art , et d’un bibliothécaire. L’enseignement est confié a des professeurs chargés de cours ou chefs d’ateliers, nommés par le ministre et placés sous la surveillance d’un conseil supérieur de quatorze membres, dont les fonctions sont gratuites. Les cours comprennent I’histoire de l’art et Vesthélique, l’anatomie, la perspective, les mathématiques élémentaires, la géométrie descriptive, la géologie, physique et chimie élémentaires; ?administration et comptabilité, la construction et application sur les chantiers, l’archéologie. — Les exercices journaliers prescrits aux éléves sont remplacés par des trayaux dans des ateliers spéciaux, savoir 3 de peinture, 3 d’architecture, 3 de sculpture, 1 de gravure en taille-douce, 1 de gravure en médailles et pierres fines. Sont obligatoires pour

tous les éléves les cours d’histoire et d’archéologie; pour les | : : ) concours et des envois de Rome a lieu dans cette partie de

| Védifice.

éléves peintres, sculpteurs et graveurs les cours d’anatomie et de perspective; pour les architectes , tous les cours excepté celui d’anatomie.

Pour suivre les cours il faut étre Francais et Agé de 15a 25 ans; les élrangers sont admis par autorisation. Tous les artistes frangais dans les mémes limites d’age, éleves ou non del’Eicole, peuvent concourir aux grands prix de Rome, mais aprés avoir subi deux épreuves préalables. Le programme est donné par le conseil supérieur; les résultats sont jugés par un jury composé de 9 membres ou de 5 membres tirés au sort sur une liste dressée par section, présentée par le conseil et arrétée par le ministre. Il n’est décerné qu’un prix par chaque section.

Ce décret, qui enléve a l’ Académie des Beaux-Arts toute influence sur l’école, a été l’objet de vives réclamations de la part de cette compagnie.

L’école des Beaux-Arts, fondée par Mazarin en méme temps que l’Académie royale de Sculpture et de Pemture (voyez Varticle précédent), fut primitivement logée au Collége de France, puis transférée plus tard au Palais-Royal, dont ’ Académie d’ Architecture occupait déja une partie. Les deux académies quittérent ensuite le Palais-Royal pour aller s’établir au Louvre dans l’appartement de la reine. La restauration du Louvre ayant été entreprise en 1807, l’école

— BEAUZEE

des Beaux-Arts s’installa au Collége des Quatre Nations (aw jourd’hui PInstitut de France), jusqu’a ce que, la suppression du Musée des Monuments frangais ayant laissé sans des tination l’ancien couvent des Petits-Augustins, ce local fut accordé le 31 décembre 1816 a l’école des Beaux-Arts.

La nouvelle Ecole des Beaux-Arts, terminée en 1838 par M. Duban, est un édifice rempli d’élégance. On pénétre dans une premiere cour par une porte dont les pieds-droits sont surmontés des bustes colossals de Poussin et de Puget; cette porte occupe le milieu de la grille qui s’étend sur la rue Bonaparte et clot le palais. A entrée de la cour a droile est le beau portique du chateau d’Anet, placé la depuis 1791, et qui sert d’entrée a l’ancienne chapelle des Petits- Augustins, dans laquelle on voit sur le mur du fond une belle copie du Jugement dernier de Michel-Ange, exéculée par Sigalon. On voit aussi dans cette chapelle la statue de Laurent de Médicis, connue sous le nom d’I/ pensiero, et une reproduction des admirables portes que Ghiberti sculpta pour le baptistére de Florence. L’arc de Gaillon, situé sur l’axe du baliment principal et parrallélement a sa facade, décore la cour d’entrée de l’édifice. Jl a aussi été transporté en cet endroit, en 1791.

Le batiment principal est paralléle a la rue Bonaparte ou des Petits-Augustins; il consiste en un rectangle de 75 métres de longueur sur 35 de profondeur, contenant une cour dans son intérieur. A la partie postérieure communique une salle demi-circulaire éclairée par en haut et ornée d’une fresque de Paul Delaroche représentant les grands artistes depuis l’antiquité jusqu’au xv? siécle; cette fresque incendiée en 1855 a été réparée par MM. Mercier et Robert Fleury. Le rez-de-chaussée pose sur un soubassement auquel sont adossées des statues en marbre copiées d’aprés VYantique. La facade offre au premier étage une ordonnance corinthienne a colonnes engagées, avec quatre médaillons représentant Philibert Delorme, Jean Goujon, Poussin et Lesueur. Un étage altique, ot se trouve une bibliothéque spéciale, s’étend sur toute cette facade. La cour intérieure est dallée en marbres de différentes couleurs et entourée de colonnes supportant les bustes d’artistes célebres.

L’ancien hétel du ministére de la police sur le quai Malaquais, a été adjoint 4 Ecole; toute la facade, enticrement neuve, aété batiede 1858 A 1861 sur les dessins de M. Duban. Son élévation se compose d’un rez-de-chaussée et dun étage percé de sept larges fenétres en portiques. Un bel escalier de pierre, a deux branches, conduit au I¢ élage, occupé tout entier par une grande galerie. L’exposition des

On a transféré a Ecole des Beaux-Arts le musée de moulage du Louvre.

BEAUZEE (Nicotas), grammairien distingué, élégant et fin, émule de l’abbé Girard dans la subtile et délicate science des mots de la langue qui ne different entre eux que par des nuances souvent fugitives, toujours difliciles a saisir

| eta fixer. Né a Verdun, le 9 mai 1717, il fut préparé de bonne

heure a la précision, a la rectitude méthodique, par l'étude des sciences exactes; il y joignit l'étude des langues et celle des lettres, des lettres grecques et latines d’abord, ensuite des lettres francaises. Beauzée vint trés-jeune habiter Paris, ét s’y lia avec plusieurs des écrivains célebres du temps, particulierementavec Duclos, d’Alembert et Dumarsais. Dumarsais était chargé des articles de grammaire del’ Encyclopédie; sa mort, arrivée en 1756, Beauzée fut choisi pour le remplacer, et il remplit sa tache a la satisfaction des gens de gofit. Il avait déja pres de trente-neuf ans. Ce travail Vinitia aux délicatesses en méme temps qu’aux diflicultés de la langue, et fit de lui un grammairien consommé. Tl consigna ses idées nouvelles sur la matidre dans un ouvrage qu'il publia a Page de quarante ans, sous le titre de: Grammaire générale, ou Exposition raisonnée des Eléments néces~

BEAUZEE saires du Langage (1767, 2 vol. in-8°). C’est une excellente et trés-savante analyse des éléments primordiaux du langage, et, partant, une trés-bonne et trés-compléte grammaire générale.

En 1769 Beauzée donna une édition des Synonymes recueillis par Pabbé Girard, revue et corrigée, avec un vofume de synonymes nouveaux de sa fagon.

On a de Beauzée quelques ouvrages moins importants : une Traduction de Salluste (1770), manquant d’énergie et de concision; une Histoire d’ Alexandre le Grand , traduite de Quinte-Curce (1789, 2 vol.); une Exposition abrégée des Preuves historiques de la Religion chrétienne ; enfin, une traduction de l’mitation de Jésus-Christ. On lui doit aussi, chose curieuse, la publication del’ Optique de Newton, traduite par Marat (1787, 2 vol.), traduction « dédiée au rol ».

Ce’fut dans ses fonctions de secrétaire interpréte du comte d Artois (depuis Charles X) que Beauzée se lia avec Marat. ll était, depuis plusieurs années, professeur émérite de l’Ecole Militaire; il avait été recu en 1772 membre de 1’Aradémie Francaise A la place de Duclos. [1 mourut le 25 jantier 1789. On lui donna pour successeur a Académie Franraise le savant auteur du Voyage du jeune Anacharsis. Modéré dans ses govts, « il sut, dit Boufflers dans sa réponse a l’abbé Barthélemy, conserver sa franchise et sa neutralité au milieu de la guerre éternelle des passions et des cabales. Content du modique revenu de ses travaux littéraires, sa modération lui tint lieu de fortune. » Ch. Romey.

BEBE, nain élevé a la cour du roi Stanislas, quien fit un de ses amusements. Son nom véritable était Nicolas Ferry. 1 était né dans les Vosges, le 19 novembre 1741, de parents bien constitués et de taille au-dessus de la moyenne. Malgré toutes les apparences ordinaires, sa mére, alors agée de trente-cing ans, ne pouvait se persuader qu’elle était grosse lorsqu’elle le fut de cet enfant. A sa naissance, il était long Wenviron 25 centimétres et pesait 460 grammes. Un sabot a demi rempli de laine fut son premier berceau. Lorsqu’il eut atteint toute sa croissance ( cefut environ a saquinziéme année ), il avait 65 centimetres, et pesait environ 4 kilogrammes 250 grammes. Les signes ordinaires de la puberté se déclarérent chez lui avec assez de force, et les excés auxquels if se livra, dit-on, hatérent sa vieillesse. Son intelligence était peu développée; on ne put jamais lui apprendre a lire ni lui donner aucune notion de Etre supréme. II paraissait assez sensible a la musique, et l’on parvint méme a le faire danser en mesure; maisil se livrait 4 cet exercice les yeux toujours attachés sur son maitre, et exécutait les divers mouvements que celui-ci lui indiquait comme le font certains animaux dressés a cela. Il était accessible aux passions qui se montrent dans tous les animaux, a la colére, a la jalousie ; mais i] semblait d’ailleurs peu touché des soins quon prenait de lui. Sa pkysionomie et tout son extérieur étaient assez agréables. On peut voir, au cabinet des collections anatomiques de la Faculté de médecine de Paris, un modeéle en cire fait sur un de ses portraits, et revétu d’habits qu’il portait quelque temps avant sa mort. Comme son épitaphe faite par le comte de Tressan nous annonce , cing lustres furent pour lui un siécle. Il mourut de vieillesse, a Page de vingt-trois ans, le 9 juin 1764.

BEBIAN (Avucuste), l'un des plus habiles instituteurs et le meilleur écrivain peut-étre de tous ceux qui vouérent Jeurs talents a ’enseignement des sourds-muets. Né a la Guadeloupe, le 4 aodt 1789, il fut envoyé a Paris, en 1802, pour y faire ses études sous les yeux du célébre abbé Sicard, dont il était le filleul. Mis en pension chez l’abbé Jauffret, qui fut depuis directeur de lécole impériale des sourds-muets de Saint-Pétersbourg, il suivit avec le plus grand succés les classes du lycée Charlemagne. II était encore sur les bancs comme éléve de rhétorique et de philosophie, lorsqwil montra par ses travaux une aptitude

— BEBIAN 687 spéciale pour la métaphysique du langage et pour la grammaire générale. Ses succes furent remarqués, et son nom retentit souvent avec honneur parmi ceux des lauréats du concours général. A la fin de ses études, il resta trois années chez Vabbé Sicard, et ce fut 1a que, livré profondément aux travaux philosophiques, il congut le projet d’en appliquer le résultat A l’enseignement des sourds-muets,

Aprés avoir longtemps assisté comme amateur aux legons de ’Institution royale de Paris, il publia son Hssai sur les Sourds-Muets et sur le Langage naturel, ou Introduction a une classification naturelle des idées avec leurs signes propres. C’était en méme temps une garantie des lumiéres et de la capacité du jeune écrivain. De pareils titres devaient lui ouvrir, et lui ouvrirent en effet, en 1817, les portes du sanctuaire; il ne tarda pas a justifier pleinement par ses succés la confiance de l’administration, et a mettre en application, A la grande surprise des instituteurs, les principes que, dans son livre , il avait exposés d’une maniére claire et précise. D’une main ferme il renversa le vieux systéme de signes alors en vigueur, systéme tout empreint Wignorance et de routine, et apprit 4 mieux apprécier l’énergie, la précision et la flexibilité du langage mimique.

En 1818, la Société royale académique des Sciences de Paris mit au concours l’Eloge de \’abbé de l’Epée, et ce fut Bébian qui remporta le prix. Six ans aprés, parut sa Mimographie, ou Essai d’écriture mimique, propre a régulariser le langage des sourds-muets. Ce livre a pour but, ainsi que le titre l’indique, de fixer le geste sur le papier, comme on y fixe la parole, en y ajoutant des points physionomiques imités de nos points d’admiration et d’interrogation. Le judicieux auteur a prouvé jusqu’a l’évidence qu’il est possible d’écrire avec un petit nombre de caractéres tous les signes imaginables, et de composer dans cette vue un dictionnaire mimographique, dans lequel les maitres trouveront la représentation naturelle des idées, et les sourdsmuets la signification des mots, comme les éléyes des colléges puisent dans leur dictionnaire frangais-latin ou francaisgrec, a cété des mots frangais correspondants, l’acception des mots de l’une de ces langues mortes qu’ils ont besoin de connaitre.

Son Journal de V Instruction des Sourds-Muets et des Aveugles (1826-1827 ) avait pour but de centraliser l’enseignement de ces infortunés en le ramenant autant que possible 4 Punité, et de remédier 4 Pincohérence et aux variations capricieuses des systémes divergents. Cette intéressante publication ne recut pas du gouvernement d’alors tous les encouragements qu’elle méritait a tant de titres, et l’année suivante Bébian fut obligé d’y renoncer, au grand préjudice des éléves et des instituteurs.

Le Manuel d Enseignement pratique, par Bébian, suivi de Art denseigner a parler aux Sourds-Muets, par Vabbé de l’Epée (1827), 2 vol., avec des modéles d’exercices, a été adopté et publié par le conseil d’administration de 1’Institution nationale de Paris. Chaque jour le temps et l’expérience apportent & ce monument d’utiles améliorations, L’auteur avait senti quand il congut et exécuta Pidée d'un nouveau travail : Education des Sourds-Muets mise a la portée des instituteurs primaires et de tous les parents méthode nouvelle pour apprendre les langues sans traduction, travail qui devait aider le jeune sourd-muet 3 s‘instruire avec ses parents ou avec quelque personne charitable, en attendant son tour d’admission dans les écoles spécialement consacrées a cette classe d’infortunés. M. de Montalivet, alors ministre de l’intérieur, essaya d’en favoriser la publication par une souscription publique dont il prit Vinitiative. Mais louvrage est resté suspendu faute d’argent.

Lorsqu’il eut quitté les sourds-muets, Bébian s’occupa de former Vintelligence de jeunes éléves entendants-parlants, admis dans une école gratuite: ce fut dans cette vue

qu il pubdlia en 1828 ou 1829 sa Lecture instantanée, ou Méthode nouvelle pour apprendre « lire sans épeler. Son dernier ouvrage : ’Hxamen critique de la nouvelle organisation de Venseignement dans UV’ Institution royale (1834), est un éclatant témoignage de son déyouement opiniatre et désintéressé a la cause des sourds-muets et A celle de leurs professeurs atteints de la méme infirmité, dont il a défendu les droits avec un talent si remarquable. Bébian méditait encore plusieurs ouvrages, entre autres une bibliothéque des sourds-muets. Les injustices, les persécutions qui assaillirent sans cesse son existence, ses fréquentes maladies et sa mort ne lui laissérent pas le temps d’ajouter ce fleuron A la couronne que lui décerne la reconnaissance de ses éléves.

Personne ne réunissait A la fois 4 un aussi haut degré que Bébian la franchise, Vindépendance du caractére, a une imagination vive et 4 une instruction variée, Son dévouement allait jusqu’a lui faire négliger presque toujours ses intéréts pour ne songer qu’a ceux de sa grande famille adoplive. Lors de son entrée a |’Ecole royale, aprés avoir d’abord refusé le faible traitement attaché a ses fonctions laborieuses, il ayait eu la louable idée de le convertir en prix, en encouragements de toute espéce. Il ne s’écoulait pas un jour, un instant, que les sourds-muets ne trouvassent en lui un défenseur actif et constant, un ami sincere, a toute épreuve. Au milieu des abus qui s’étaient introduits dans |’Institution, Bébian devait se faire des ennemis irréconciliables. Une yivacité trés-excusable de la part de cet homme, jeune encore et d’une franchise sans bornes, le forga a donner sa démission de censeur des études, qui fut acceptée.

Quelques années aprés son mariage, en 1822, avec la fille @un inspecteur général des contributions indirectes , un grand seigneur russe Vinvita 4 venir fonder 4 Moscou un établissement sur le modéle de celui de Paris, en lui faisant les offres les plus avantageuses. La persistance qu’il mit a refuser une si brillante position avait sa source dans l’affection sincére qu’il avait vouée 4 ses enfants de l’Institution de Paris, et qu’il a conservée jusqu’a sa mort. Cependant, la fortune persévérait & se montrer rebelle 4 ses voeux. Rien ne lui réussissait. Aprés avoir yu échouer sa nouvelle école, d@abord a Paris, puis 4 Rouen, se voyant de plus en plus dans la géne avec sa femme et ses enfants, il se détermina, Yame nayrée de douleur, 4 quitter la France en 1834. Il partit pour la Guadeloupe. De nouveaux chagrins l’y attendaient. La perte soudaine de son fils le jeta dans un morne désespoir, qui le conduisit au tombeau le 24 février 1834.

Ferdinand Bertnier.

BEBIRINE, alcaloide extrait de Pécorce dun arbre de la Guyane, nommé bébirou, et dont on se sert dans le pays pour le traitement des fievres. C’est une poudre in~ colore, amére, fusible 4 -+ 198°. On la trouve dans le commerce en pains bruns , solubles dans Veau.

BEBRYCES, peuples orginaires de Thrace, qui furent les premiers habitants de la Bithynie , anciennement appelée de leur nom Bébrycie. Is le tenaient eux-mémes de Bébrycé, une des filles de Danaiis, qui épargna son mari, et dont ils se disaient les descendants. Ils excellaient dans les combats du ceste (Strabon, 7, 12). Dans Argonautique d’Apollonius, Castor et Pollux ont un combat singulier avec le chef des Bébryces.

C’est aussi le nom d’un peuple de la Gaule méridionale, qui, selon quelques auteurs, aurait habité, dans la Narbonnaise premiere, le territoire qu’occupérent depuis les Volces arécomiques; selon d’autres ce serait la méme nation que celle des Hélysices

BEC. Cest cette partie de la téte des oiseaux qui remplace chez eux les deux machoires des autres ammaux vertébrés. Elle se compose de deux piéces superposées, appelées mandibules. La mandibule supéricure, qui correspond A la face des mammiferes, est formée, comme chez

BEBIAN — BECARRE

eux, des deux os intermaxillaires; la portion externe représente les os maxillaires et zygomatiques, et l’interne est formée des os palatins. Elle s’articule avec l’os carré, et avec le frontal et le sphénoide, par des lames élastiques. Quant 4 la mandibule inférieure, elle s’articule comme la machoire correspondante des mammiféres. Le bec des oiseaux est pourvu de muscles nombreux; on en compte jusqu’a dix paires dans le canard et Je perroquet. Il est recouvert d'une substance cornée, disposée par couches, el dont la dureté varie beaucoup suivant les espéces. La forme du bec est trésdifférente dans les divers oiseaux : il est crochu dans les aigles, garni d’une dent dans les faucons, droit dans les hérons, recourbé en haut dans les avocettes, aplati dans les canards, long, mince, faible et tendre par le bout dans les bécasses. La forme de cet organe doit en effet varier

suivant qu’il est destiné 4 déchirer des lambeaux de chair, ou a briser la dure enveloppe des noyaux des fruits, etc.

On donne aussi le nom de bec, dans les insectes, 4 une avance cornée de la téte, telle qu’on observe, par exemple, dans les charancons et quelques sauterelles, ainsi qu’a Yespéce de sugoir qui fait le caractére de l’ordre des hémiptéres.

En anatomie, on donne le nom de bec a différentes parties du corps humain : on appelle, par exemple, bec coracoidien \e sommet de l’apophyse coracoide; bec de cuiller, une petite lame fort mince qui sépare la portion osseuse de la trompe d’Eustache du canal destiné au passage du muscle interne du marteau , etc.

Ce nom de bec de cuiller est donné aussi a un instrument chirurgical dont on se sert pour l’extraction des balles : c'est une tige d’acier, longue de 20 a 22 centimétres, qui porte un bouton a l'une de ses extrémités, et a l’autre une petite cavité dans laquelle on engage la balle pour ’amener au dehors. Plusieurs autres instruments de chirurgie en forme de pince ont regu également le nom de bec, de leur ressemblance avec les bees des divers oiseaux : tels sont bec-de-corbin, bec-de-canne, bec-de-perroquet , bec-devautour, bec-de-cygne, bec-de-grue , bec-de-lézard , etc.

En géographie, un dec est une pointe de terre qui se forme au confluent de deux riviéres, tel que le bec d’Ambes, au confluent de la Garonne et de la Dordogne, et le bec d’Allier, au confluent de la riviére de ce nom et de la Loire.

En architecture, on appelle bec une masse de pierres formant un angle saillant aux extrémités des piles des ponts, qui fait contrefort et sert a diviser l’eau et a rompre les glaces.

Enfin le mot bec est employé dans une foule d’occasions pour désigner Ja partie d’un tout, ainsi que des outils ou des instruments de diverses professions, qui ont quelque analogie pour leur forme et pour le service qu’on en tire avec la partie de la machoire des oiseaux qui porte ce nom. Ainsi lon dit le bec d'une aiguiére, le bec d’un alambic ; ainsi le bec d’dne est un burin & deux biseaux, un outil de menuisier et de charpentier, pour faire des mortaises ; le bec-de-canne est tout a la fois un crochet, un clou a crochet, une poignée de serrure , ete.

BECARRE, BEQUARRE, ou B QUARRE, signe de musique qu’on écrit ainsi : 4, et qui marque que la note devant laquelle il est placé, ayant été d’abord altérée par un diése ou par un bémol, doit alors étre remise dans son élat naturel. Si, par état de la clef, la note en question se trouve déja diésée ou bémolisée, il est alors nécessaire de faire suivre le bécarre par un didse ou par un bémol, sans quoi l’on s’exposerait 4 la confusion , en ce que l’exécutant pourrait rendre cette note telle qu’elle se trouve dans | Yordre naturel de la gamme lorsqu’il n’y a ni didses ni hémols a la clef. Le bécarre n’est jamais employé qu’acciden- — tellement, et il agit alors d’une maniére analogue a ce qui est dit A Particle Bémar. c’est-d-dire qo’il n’a @effet que sur la

BECARRE — BECCARIA

note devant laquelle il est placé et sur celles de méme nom qui se trouvent dans la méme mesure. BECHEM.

BECASSE, genre d’oiseaux de l’ordre des échassiers dans la famille des longirostres, Ses caractéres sont : bec ong, droit, gréle, mou; mandibules sillonnées latéralement dans la plus grande partie de leur longueur, la supérieure plus longue que l'inférieure, celle-ci s’adaptant dans an renflement obtus et en forme de talon que présente la premiére & 8a pointe.

Ce genre renferme decx sous-genres : 1° bécasse proprement dite (rusticola); 2° bécassine (scolopaz ).

Les individus du sous-genre bécasse ont le bas de la jambe emplumé jusqu’d larticulation , ?ongle du pouce obtus et ne débordant pas le doigt, occiput rayé de bandes transversales , en général des formes lourdes et massives.

On ‘ne connait encore que trois espéces de bécasses : celle d'Europe ou bécasse commune, celle des Etats-Unis, et celle de Java.

Les bécasses de la premiére espéce, qui habitent les hautes montagnes boisées du centre de !’Europe, en descendent dés les premiers froids et arrivent dans nos contrées en octobre et novembre. Leur chasse se fait au collet. La facon la meilleure et la plus usitée est d’avoir un filet que l’on appelle passée ou grands rets, que on tend dans les taillis ou lon a remarqué qu’elles sont ordinairement. Le rets doit tre de grande étendue; on le tend entre deux grands arbres, les plus hauts que l’on puisse rencontrer; on attache une poulie a Pun d’eux pour pouvoir Jacher le filet & propos quand Voiseau s’en est approché, et pour le faire descendre avec plus de rapidité, on met aux deux bouts en haut une pierre ou un plomb. Cette chasse se fait le soir, apres le soleil couché, ou le matin a la pointe du jour, car pendant Ja journée les bécasses se tiennent dans les bois.

Cet oiseau est un des gibiers les plus estimés; sa chair est noire et a un godt un peu sauvage, différent de celui de la perdrix ; elle est trés-nourrissante et trés-fortifiante , mais celle des vieilles bécasses est dure et difficile a digérer.

BEGASSE D’ARBRE ou BECASSE PERCHANTE.

oyes Hupre.

BECASSE DE MER. Voyes Couruis et Centrisque.

BECASSEAU, nom dun groupe d’échassiers , voisin du précédent , se composant d’un assez grand nombre d’especes ayant pour caractéres communs : un bec long, faiblement arqué, flexible dans toute sa longueur, comprimé a la base, déprimé yers la pointe; des sillons & l’extrémité des mandibules ; des pieds gréles , le pouce articulé avec le tarse ; enfin des ailes médiocres, ayant la premiére rémige plus longue que les autres. Les bécasseaux voyagent en petites troupes, et habitent les marais et surtout les bords de la mer. A Paide de leur bec long et gréle, ils cherchent dans la vase les insectes et les mollusques dont ils se nourrissent.

BECASSINE. On désigne sous ce nom plusieurs especes du grand genre bécasse, mais qui s’en distinguent neanmoins par leur plumage, par leurs proportions et méme par leurs moeurs. La bécassine proprement dite est plus petite que la bécasse; son corps est moins ramassé, ses tarses plus élevés, son bec plus long; sa téte est marquée de deux raies longitudinales noires; son cou moucheté de brun et de fauve; le dessus du corps est varié de brun, de rouge pale et de noir, le dessous est blanc. Elle ne fréquente pas les bois, mais se tient dans les lieux marécageux. La femelle niche & terre, et pond quatre a cing ceufs, d’un vert clair moucheté de blanc. La bécassine arrive en France au printemps et en automne, et nous quitte en hiver, Pendant son yol élevé et rapide, elle fait entendre un cri tremblotant assez analogue 4 celui de Ja chévre, ce qui I’a fait sur nommer chévre volante. D* Saucerorre.

BECASSINE CHEVALIER. Voyez Cuevatier.

BECCARD. C'est le nom que les cuisiniers donnent a la fomeJe du savmon, aui a Je museau plus crochu que

DICT. DE LA CONVERS. — T. Il.

le male. Pour le gourmet, tous les saumons du printcumps deviennent beccards aux mois d’aodt et de seplembre, époque de l’année ott le saumon est beaucoup moins estimé, Dans le doute, dit le sage, il est toujours bon de s’abstenir : ainsi donc, l’on fera bien de n’acheter du saumon que lorsqu’il n’aura pas le museau erochu, c’est-a-dire lorsqu’il ne sera pas beccard.

BECCARIA (César BONESANA, marquis pe) naquit 4 Milan, en 1735, d’une famille noble, peu opulente , mais qui comptait parmi ses ancétres des guerriers célébres et des savants distingués. Son dme était, douée dune vive sensibilité, et dans sa correspondance il se peint lui-méme comme ayant été animé dés son age le plus tendre pai trois sentiments trés-profonds : « Pamour de la réputatio: littéraire , celui de la liberté, et la compassion pour le malheur des hommes, esclaves de tant d’erreurs. » C’est avec ces dispositions qu’il se livra, jeune encore, a l’étude de Montesquieu et de cette philosophie francaise , dont Pimportance est attestée par la révolujion de 1789. I] eut conscience du travail qui minait sourdement l’ancienne socitté ; il vit que le moment des grandes réformes était arrivé , et , dans son imagination ardente, il voulut faire parler de lui, en se proposant toutefois un noble but , le bonheur de "hu: manité. Son pays fut le premier qui recueillit le fruit de ses efforts, par la publication qu’il fit, en 1762, d’un ouvrage Sur le désordre des monnaies dans l Etat de Milan, Cet ouvrage, borné 4 des intéréts purement locaux , produisit quelque impression, et le gouvernement milanais parait |’avoir mis a profit.

Mats ce n’était 1a que l’essai d’une ame généreuse; en jetant les yeux sur son pays, ou dominaient encore ayec l’inquisition les idées du moyen 4ge et Vignorance, Beccaria, sous la protection du comte Firmiani, gouverneur autrichien de la Lombardie, forma une société d’amis déyoués comme lui 4 ’humanité, comme lui imbus des principes de la philosophie francaise, et animés des mémes intentions. Cette société, en songeant a tout le bien qu’avait produit le Spectateur en Angleterre, voulut aussi faire jouir les Milanais du bienfait d’un recueil analogue, et fonda en 1764, sous le titre du Café, un journal consacré a la littérature et aux sciences. Ce journal, qui se publia pendant deux années, contient un grand nombre d’articles de Beccaria. Nous nous bornerons a signaler le plus important de tous, qui a pour titre : Recherches sur Ja nature du Style. Dans cet article, Yauteur s’était jefé avec audace au milieu des questions les plus ardues, et il ne craignit pas de poser cette thése générale : que tous les hommes naissent pouryus d’une égale portion de génie pour les lettres et pour les arts, et que, formés par la méme éducation et les mémes exercices , ils raisonneraient et écriraient tous également bien, soit en prose, soit en vers. C’est la, certes, une proposition hardie, et, malgré lautorité d’Helvétius, qui s’en est déclaré le défenseur, elle est infiniment contestable. N’est-il pas évident en effet que, préoccupé de Vidée dune égalité absolue, Beccaria avait méconnu les plus simples lois de ’humanité. Vouloir trouver chez tous les hommes une égale aptitudc, n’était-ce pas prétendre qu’ils naissent tous dans des conditions morales identiques? Or, n’est-il pas clair que les hommes viennent au monde avec des différences marquées, Pun avec une complexion faible, l'autre avec une santé robuste ; celui-ci avec le libre usage de tous ses organes et de ses mouvements , celui-la avec des défectuosités sensibles? Qui done voudrait nier aujourd'hui l’influence qu’exerceut les conditions physiques d’un enfant sur le developpemeni de son caractére et de ses facultés morales? Tous les hommes apportent bien en naissant des conditions réelles de perfectibilité, c’est la une vérité incontestable ; mais conclure que cette perfectibilité suit chez tous le méme déve loppement, et que tous les tempéraments peuvent se plier aux mémes lois, et passer sous le méme niveau Dove arri~

rer a la fois 4 un méme but, c’est une conséquence repoussée par la conscience et par la raison.

Mais louvrage vraiment capital de Beccaria, celui qui le signale a la reconnaissance de ’humanité , est son traité Des Délits et des Peines , qui parut & peu prés en méine temps gue le recueil périodique dont nous venons de parler. Le but de cet ouvrage ¢tait de mettre en lumiére des principes de législation criminelle qui sont vulgaires aujourd’hui. Aussi fit-il dans le monde savant une révolution qui surprit son auteur lui-méme. Accueilli avec enthuusiasme par les philosophes frangais, dont Beccaria se proclamait le lisciple, il fut traduit par Pabbé Morellet, commenté par Voltaire et Diderot, et loué par tous avec exaltation. Les éditions s’en épuisérent avec rapidit¢. Son succés ne se borna pas a la France: traduit dans toutes les langues de Europe , le fameux lord Mansfield le présenta a l’Angleterre comme un chef-d’ceuvre; on le vit se populariser en Prusse, et passer dans les lois promulguées pour la Russie par Vimpératrice Catherine II. Jamais livre ne fit plus de bruit, et n’eut une plus vaste renommée. Aujourd’ hui que la philosophie a pénétré dans tous les esprits, et qu’aux sentiments vagues et instinclifs du dix-huiliéme siécle a succédé une raison plus pure, plus nette et mieux ¢clairée, ona peine a se rendre compte du succés du Trailé des Délits et des Peines. Qu’y trouve-t-on en effet? Un amour profond de l’humanité, une philanthropie estimable, sans doute; mais, i] faut le dire, peu ou point de science , point de cette philosoplie qui approfondit les principes, les établit avee fermeté, ef soumet impitoyablement a |’épreuve d'une raison sévére les instincts et les sentiments d’un coeur passionné, En vain y cherche-t-on des théories solides sur la société, le droit de penser, les limites de ce droit; on n’y trouve que des phrases parfois vives et éloquentes, des sentiments noblement exprimés; enfin, une ame remplie d’émotions généreuses , mais aucune preuve, aucune argumentation serrée.

Nous indiquons sans les développer les questions que fait naitre la lecture du livre de Beccaria; mais esprit général de son temps ne permettait pas qu’on se les adressat, et il faut reconnaitre que, mis en rapport avec son siécle, le succés de ce livre s’explique parfaitement. En effet , la législation criminelle présentait alors le spectacle affligeant de jugements clandestins, d’accusations frauduleuses, et d’une procédure captieuse , hérissée des subtilités de la philosophie scolastique. Combien fallait-il dindices pour former une demi-preuve ou une preuve entitre? combien de témoins récusables pour établir une déposition admissible? telles étaient pourtant les questions qui s’agitaient sérieusement dans les tribunaux. Ajoutez a cela l’accompagnement des tortures auxquelles on soumettait les mallheureux soupgonnés, pour leur arracher des aveux repoussés par leur conscience. Eh bien! un homme se présente, qui, dans une pétition chaleureuse, vient réclamer les droits méconnus de Vhumanité ; il abat sans pitié l’édifice législatif du moyen Age; il flétrit en termes éloquents les tortures et les supplices, demande l’institution du jury, la publicité des jugements, veut que les traces barbares de l’ancienne législation disparaissent et fassent place A des principes humains et plus rationnels. Et quel est-il, celui qui ose élever ainsi une voix hardie? C’est un homme d’une famille noble, auquel méme les préjugés de sa naissance semblaient interdire cet exces d’audace. En voila, certes, plus qu’il n’en faut pour expliquer un si grand succi’s dans un sidcle oii tout acte d’opposition contre le moyen Age expirant était regardé comme une action glorieuse, Au milieu de cette fermentation des esprits et de cette ardeur qui faisait accueillir toutes les idées de destruction , on sent que les défasts du livre devaient disparaitre, et que l'ensemble devait seul fixer l’attention, Aujourd hui les défauts sont mieux sentis, et malgré cela louvrage de Beccaria restera toujours comme un monument

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