‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 447 sur 488 · BEDFORD · texte numérisé non relu

BEDFORD

églises, on remarque sa cathédrale, vénérable monument @architecture gothique, construit entre les annees 1350 et 1400.

Le prince Plantagenet, ou, comme Vappelle Shakspeare, .e prince Jean be Lancastre, fils du roi d’Angleterre Henri 1V, qui du vivant de son pére fut gouverneur de Berwick et garde de la marche d’Ecosse, puis devint regent de France, fut eréé due de Bedford dans la seconde année du régne de son frére, Henri V (voyes Particle suivant ). Deux siécles plus tard le titre, depuis longtemps éteint, de duc de Bedford fut renouvelé en faveur de la famille Russell. Parmi les ducs de Bedford de cette maison on en cite plusieurs qui ent joué un rdle important dans les affaires publiques.

BEDFORD (Jean pe PLANTAGENET, duc pk), de la branche de Laneastre, troisiéme fils de Henri IV, roi d@’Angleterre, et de Marie de Bohun, régent de France pour les Anglais, naquit en 1389.

Suivant Pusage du temps il fut armé chevalier dés lage de dix ans, 4 occasion du couronnement de son frére, le roi d’Angleterre Henri V, qui, dans la deuxiéme année de son régne, lui conféra le titre de duc de Bedford. Heureusement doué par la nature, Jean ne se fit pas moins remarquer parsa dextérilé dans tous les exercices militaires, que par la sagesse et l’habileté de ses avis en matiéres de gouvernement. Aussi Henri V le nomma-t-il successivement gouverneur de Berwick sur Tweed, gardien des marches d@’Kcosse, et enfin son lieutenant en Angleterre pendant les séjours qu'il allait faire en France. Ce prince mourut a Vincennes, comme on sait, en 1422, léguant le lourd fardeau @une double couronne a un enfant dgé de huit mois a peine. Par son testament il s’efforca de prévenir les dissensions et les querelles qu'il jugeait imminentes entre ses proches; et en méme temps qu'il nommait le duc de Glocester régent en Angleterre, c'est au duc de Bedford qu’il confiait la tache difficile de maintenir ses conquétes en France, ou il Vinyestissait également du titre et des pouvoirs de régent pendant toute la minorité de son fils, en lui recommandant toutefois , par ménagement plus que par déférence pour le duc de Bourgogne, de commencer par offrir la régence Ace prince et de ne s’en saisir qu’a son refus.

Le duc de Bedford suivit fidélement les instructions de son frére mourant. Au mois d’avril 1423 eut lieu Ventrevue d’Amiens ot lui, Bedford, le duc de Bourgogne, le duc de Bretagne et son frére Arthur de Richemont , signérent un nouveau traité dalliance, auquel on: chercha 4 donner une sanction plus solennelle encore en faisant épouser 4 Arthur Anne, fille de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et belle-seur du duc de Bedford. Ces arrangements ferminés, le régent, qui était maitre de Paris, reprit avec une nouvelle activité les hostilités contre Charles VII, réduit 4 se réfugier par dela la Loire; et il remporta encore sur les armées du roi de France les victoires de Crevant et de Verneuil.

Une suite d’évyénements imprévus vint alors complétement modifier la face des choses. Le parlement d’Angleterre se croyant antorisé, dans lintérét de la nation, a aller au dela des derniéres volontés de Henri V mourant, maintint bien au duc de Glocester le titre et les fonctions de régent en Angleterre, mais en le surbordonnant au duc de Bedford, qni fut déclaré « protecteur et défenseur des royaume et église d’Angleterre, et chef du conseil royal pendant la minorité. » {1 n’est guére possible de présumer que le parlement n’ait pas agi en cette circonstance 4 l’instigation du duc de Bedford; et das lors il ne faut pas s’étonner de voir la mésintelligence, la jalousie et les divisions éclater entre les princes chargés du soin d’administrer les affaires de Etat pendant la minorité du jeune roi. Le premier qui abandonna les intéréts anglais, ce fut le duc de Bretagne, qui, pour se réconcilier avec le roi de

France, profita d’une absence que le duc de bedford était allé faire en Angleterre. Le duc de Bourgogne, ensuite, se montra au moins incertain. Le régent d’Angleterre, le due de Glocester, qui avait enlevé la femme du duc de Brabant, tantot guerroyait sur le continent contre P’époux qu'il avait offensé, et contre le duc de Bourgogne, cousin du duce de Brabant, tant6t se querellait avec le cardinal de Winchester et exposait Angleterre & toutes les horreurs de la guerre civile. Le due de Bedford lutta avee autant d’énergie que de succés contre toutes ces difficultés. Les vietoires qu'il remporta en Bretagne contraignirent le duc, non-seulement a rentrer dans l’ailiance anglaise , mais encore a se reconnaitre vassal de l’Angleterre; et il rétablit la bonne harmonie entre Glocester et le duc de Bourgegne en décidant son frére A renoncer a lunion illicite qu’il avait contractée avec intidéle épouse du duc de Brabant. Tout semblait donc aller au gré de ses désirs et devoir consolider la couronne du jeune roi qu’il venait d’armer chevalier, lorsque la Providence suscita, pour sauver le royaume de France et la nalionalité francaise, Phéroine de Vaucouleurs, Piinmortelle Jeanne d’Arc. Dés lors Bedford n’eut plus que le triste bonneur de lutter pour une cause irrémissiblement perdue. Charles VII put étre sacré a Reims, et les armées anglaises n’éprouverent plus que revers sur revers. Bedford s’en vengea lachement sur Jeanne d’Arc, que le sort des armes mit entre ses mains (1430). Ce fut lui qui la fit trainer de prison en prison, qui la chargea de fers, et qui lui fit intenter ce monstrueux proces terminé par un supplice qui ne fut qu’un odieux crime, dont toute la responsabilité doit retomber sur le prince par l’ordre duquel furent inventés ce tissu de perfidies, cette série de cruautés abominahles. C’est en vertu des instructions qui leur furent transmises au nom du régent que les juges-bourreaux de Vhéroine frangaise eurent linfamie de la soumettre 4 une visite de matroues en présence de la duchesse de Bedford; acte de grossiére impudicité et de stupide superstition, a la perpétration duquel Bedford se donna la satisfaction d’assister Jui-méme en un lieu secret, ainsi gue le rapporte dans sa déposition Je notaire Guillaume Colles. C’est alors que Bedford put faire sacrer Henri VI a Paris, en pleine église Notre-Dame, comme roi de France; seul moyen de contrebalancer dans l’esprit des populations limpression produite par la cérémonie qui avait eu lieu a Reims en faveur de Charles VII.

Un an aprés le supplice de Jeanne d’Arc, Bedford devint veuf par le décés d’Anne de Bourgogne; ef tout aussitdt on le vit se remarier avec Jacquette, fille du comte de Saint- Paul, vassal de son beau-pére. Philippe le Bon ne pnt que voir un outrage dans une union qui faisait suecéder a sa fille une femme de naissance tellement inférieure; et ce grief contribua a affaiblir encore davantage les liens de l’alliance, si dangereuse pour la France, qui existait entre le régent d’Angleterre et le duc de Bourgogne, en méme temps que Whabiles négociations opéraient un rapprochement sensible entre ce dernier et le roi de France. Elles se terminérent par la signature du traité d’Arras, qui réconcilia complétement Philippe le Bon avec le prince des fleurs de lis. Ce brusque revirement survenu dans la situation des choses porta le coup de mort au duc de Bedford, qui, accablé d’inquiétudes et de soucis pour l'avenir de son neveu, mourut a Rouen, le 13 septembre 1435. Les écrivains anglais s’efforcent, comme de juste, de décharger sa mémoire des graves accusations que histoire fait peser sur lui, et d’atténuer autant que possible Podieux réle qu’il joua dans le procés de Jeanne d’Are. Ils Se représentent aussi comme le prince le plus accompli de son époque ; éloge vrai, a certains égards, car Bedford se montra, comme la plupart des descendants de cet illustre Jean de Gand, le patron généreux des beaux-arts. A Paris, il avait acheté la bibliothéque de prés de 900 volumes que le roi Charles V avait formée, et l’avait fait passer en Angleterre.

BEDFORDIA, genrede plantes dela tribu des composées sénécionées, qui comprend aujourd’hui deux arbrisseaux indigénes de la Terre de Van Diémen, dont Pune est cultivée dans les jardins botaniques sous le nom de cacalia salicina. Caractéres : Capitules multiflores homogames; réceptacle

alyéolé ou marqué de petites fossettes ; involucre muni aia |

hase de deux ou trois bractéoles subulées, et formé de deux ou trois rangées d’écailles distinctes et d’égale longueur. Finits glabres, cylindracés, anguleux, munis au somuinet d'un rebord portant une aigrette composée d’une rangée de poils scabres 4 la base, ou barbelée au sommet. Les Bedfordia, que Labillardiére avait réunis anx cacalia, sous les noms de cacalia salicina ou linearis, sont remarquables par leur port, leurs fleurs jaunes, leurs feuilles enfiéres, allongées, cotonneuses en dessous, et assez semblables 4 celles du saule. :

BEDLAM, corruption de Bethleem, comme Bicétre Vest de Winchester. C’est le nom d’un immense et bel éta blissement, destiné comme Bicétre l’était autrefois, au séjour des aliénés et des criminels. Londres n’a rien de plus magnifique. Comme Bicétre, il est situé en dehors et au midi de la ville. Mais il est loin de contenir dans sa vaste enceinte une population aussi nombrense. Le nombre des condamnés ne s’éléve pas au-dessus de soixante; celui des fous nest que de quatre cents. Aussi esi-ce de cette institution qu’on pourrait dire que les Anglais logent les malheuyeux dans des palais, tandis qu’tls logent les rois dans des hdpitanx. La facade seule est de 580 pieds anglais de long. ie batiment date de 1814, el a été agrandi en 1838. Mais il existait précédemment un hdépital du méme nom, qui avait la méme destination, et qui remontait a Hen VIII. De la vient que ce nom de Bedlam est, de toute ancienneté, populaire dans toute I’Enrope pour désigner les asiles consacrés a la plus grande des infirmités humaines.

On pourrait se demander par quelle singuliére rencontre Angleterre et la France ont pu rassembler dans un méme séjour les insensés et les coupables. Au premier abord, ce rapprochement réyolte. On y voit une marque de mépris pour je malheur. Et trop probablement en effet ce rapprochement, dont notre humanité s’étonne, tient a ’habitude dun méme régime, d’une méme surveillance, des mémes fers. Ce n’est point létre déchu qu’on a comparé a l’étre déchu; ce n’est point le malheureux déshérité de Vintelligence humaine qu’on a comparé au malheureux déshérité de la moralité humaine. On a vu des deux cdlés une chaine, des menottes, une chemise de force. Pour plus de commodité on Jes a accouplés.

En y regardant de plus prés, on reconnait que ce rapprochement irréfléchi aurait po étre philosophique. II aurait pu tenir moins au mépris pour le malheur qu’au mépris pour le crime. J] aurait pu reposer sur la conviction que le crime est un calcul erroné, une faiblesse de lespril avant d’étre une corruption du cceur, une faute en un mot aussi bien qu’un fort. La société aurait pu annoncer ainsi que la dégradation morale est aussi une dégradation intellectuelle, et qu’en se jetant en dehors des lois du devoir, on se proclame dépossédé des droits et des lumiéres de la raison. C’ett été écrire sur la porte des gedles : Vous étes des insensés. Montesquieu s’est amusé a dire, dans les Lettres Persanes, que les Frangais avaient réuni dans un élablissement quelques centaines de fous pour faire croire que ce qui reste dehors ne l’est pas. Le trait sent les Le/tres Persanes en effet plus que Esprit des Lois. On voit qu’il s'appliqne a V’Angleterre ainsi qu’ la France. Il s’appliqueait bien au monde entier Partout, a edté des folies qui provoquent la surveillance et les rigueurs de Ja société, il y a, en bien plus grand nombre, les folies qu'on ne poursuit pas, qu’on ne renferine pas, qu’on ne redoute pas. Ce sont les plus dangereuses ; mais elles sont innombrables, et elios constituent un attribul de la nature humaine, comme

BEDFORDIA — BEDOUINS

les autres en sont la dégradation. C’est que la nature humaine est nécessairement imparfaite. La folie serait de méconnaitre la sagesse souveraine, qui l’'a voulu ainsi. Retranchez nos miséres, ol! sera le mérite de la vertu? Retranchez nos erreurs, ot sera le labeur et le mérite du génie? O Montesquieu; ne médisez pas de nos préjugés et de nos travers; vous auriez tort, comme Belsunce, d’accuser nos vices. Il ne faut pas se plaindre du champ de bataille ob on a vaincu. C’est par vos victoires que yous étes devenus grands parmi les hommes, et que des noms tels que les votres, honneur éternel d’un siécle, ont mérité les hommages de tous les siécles.

N.-A. DE SALVANDY, de l’ Académie Francaise,

BEDMAR (Atruonse pe LA CUEVA, marquis DE), cardinal, évéque d’Oviédo, issu d’une ancienne maison espagnole, était, en 1618, ambassadeur du roi Philippe TM prés la république de Venise, lorsque, dit-on, il forma un complot auquel prirent part le duc d’Ossuna, vice-roi de Naples, el D Pedro de Toléde, gonverneur de Milan, dans le but d’amener la-ruine totale de la puissance auprés de laquelle il était acerédité; complot dont la réalité a été mise en doute par quelques critiques, mais qui a fourni a Pabbé de Saint-Réal le sujet de son Histoire de la Conspiration des Espagnols contre Venise, Yun des chefs-d’ceuvre de notre littérature. Le marquis de Bedmar s’était assuré, a ce qu’i) parait, du concours actif et dévoué d’un certain nombre d’etrangers réunis par ses soins 4 Venise, et qui, aprés avoir mis te feu a l’arsenal, devaient s’emparer des postes les plus importants de la ville, appeler le peuple a Pinsurrection contre l’oligarchie vénitienne, et livrer au pillage les palais des familles patriciennes. Des troupes milanaises auraient secondé ce mouvement en débarquant tout a coup, grace a la trahison de matelots gagnés a prix d’argent, et chargés d’introduire dans le port des barques remplies de ces soldats étrangers. Cette conspiration, qui efiteu pout résultat la destruction du gouvernement vénitien , fut découyerte a temps ; et fous les conspirateurs dont on réussit 4 se saisir furent, sans autre forme de proces, noyés dans les lagunes. Toutefois, on respecta dans le principal instigateur du complot le caractére diplomatique dont il était revétu ; et le sénat, dans la crainte que le peuple en fureur ne le déchirat en morceaux, le fil méme partir en secret de Venise.

Grosley, dans ses Remarques sur l'Italie, prétend que toute l'histoire de cette conspiration ne fut qu'un tour d’adresse imaginé au profit des Vénitiens par Fra Paolo, dans le but de débarrasser la république du marquis de Bedinar, dont la résidence sur le territoire vénitien était devenue a charge au conseil des Dix. Naudé et Capriara avaient, avant Grosley, émis la méme opinion, Cependant d'autres critiques affirment que, si certains détails du complot ont éfé singuliérement exagérés par des écrivains dont l'imagination a vu la matiére a un roman saisissant, le fond méme en est vrai. Si, disent-ils, le gouvernement vénitien crut devoir ensevelir dans un mystérieux secret la découverte d’un complot qui avait failli amener sa ruine, c’est que PEspagne était alors la premiére puissance de l'Europe, et qu’il fallait ou ne rien divulguer ou déclarer la guerre a un ennemi si reduutable.

Bedmar, aprés avoir quitté Venise, se retira en Flandre dont il fut nommé gouverneur général. La sévérité extreme qu'il déploya dans !exercice de ces fonctions fut cause qu'on les lui retira. 1 se rendit alors 4 Rome, ob il regut lechapeau de cardinal et fut nommé évéque de Malaga: hy mourul, en 1665, On le regarde comme une des tétes les mieux organisées et comme I'un des esprits les plus dangere qui aient présidé aux affaires de l’Espagne.

BEDOUINS (en arabe Bédaoui, mot qui désigne les habitants du pays plat ou du désert). C'est le nom qu’on donne & ceux des Arabes qui ménent une vie nomade.

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