BEDOUINS — BEER
Yexcrément , jeu de mots par lequel on entendait désigner en méme temps Ja nature commune et sale de ces démons.
BEER (Jacos-Meyer), plus ordinairement appelé Giacomo Meyerbeer, Yun des compositeurs les plus célébres de notre époque , est né a Berlin, en 1794. Son pére, Jacques Beer, riche banquier israélite, lui donna de bonne heure une éducation distinguée. Ses heureuses dispositions pour la musique se manifestérent bientdét, et dés Page de sept ans il jouait du piano dans les concerts. Ce ne fut guére que vers lage de quinze ans que Meyer-Beer commenca ses grandes études musicales sous la direction de l’abbé Vogler, un des plus grands théoriciens et sans contredit le plus habile organiste de l’Allemagne a son époque, qui avait ouvert a Darmstadt une école dans laquelle il n’admettait que des éléves de choix. Meyer-Beer y eut pour condisciple Gensbacher, aujourd’hui maitre de chapelle 4 Vienne, et Pillustre Ch.-Marie de Weber. Chaque matin, aprés la messe , que Weber seryait presque journellement, parce qu’il était catholique, on se réunissait dans lappartement du professeur : celui-ci donnait un théme que chacun devait remplir dans la journée: c’était tantot un psaume, tant6t une ode, tantét un Kyrie. L’abbé Vogler se mettait, lui cinquiéme, au travail, et le soir les cinq compositions étaient exécutées. Ce genre d’exercice joignait 4 l’avantage @étre fort instructif celui de piquer vivement l’émulation, Un opéra entier fut composé de cette manieére.
Une amitié trés-étroite et toute fraternelle se forma bientét entre Meyer-Beer et Weber. Pendant deux ans ils n’eurent qu’une table et qu’un lit. Cette amitié se maintint jusqu’en 1826, époque de la mort de l’auteur du Freyschiits. L’illustre moribond légua a son ami un ouvrage inacheyé, les trois Pinto, opéra en trois actes , et le chargea de le terminer. Un seul acte a été esquissé de la main de Weber, mais non instrumenté,
Deux ans aprés entrée de Meyer-Beer chez V'abbé Vo- —
gler, celui-ci ferma son école, et l’éléve et le maitre parcoururent ensemble l’Allemagne pendant un an. Ce fut sous les auspices de son professeur que le jeune compositeur , agé de dix-huit ans, donna & Munich son premier ouvrage ,
la Fille de Jephté, opéra seria en trois actes, qui obtint —
un succés d’estime. Comme tous les jeunes gens, Meyer- Beer avait voulu faire preuve de science, et a cet effet il avait un peu trop sacrifié les idées mélodiques. L’abbé Vogler s’en montra trés-flatté, et, dans sa naiveté, le bonhomme délivra au jeune éléve un brevet de maestro en bonne forme, auquel, du méme trait de plume, il ajouta sa bénédiction. Aprés quoile maitre et )éléve se séparérent. Celui-ci effectivement n’avait plus rien & apprendre de l’autre.
A Vienne, le succés qu’obtint Meyer-Beer comme pia- —
niste lui valut Phonneur d’étre chargé d’un opéra pour la :
cour, intitulé : Les deux Califes. Il avait yingt ans. La musique italienne tournait alors toutes les tétes dans cette capitale. Quelquefois il entra dans les jeunes cerveaux l’idée de réagir contre un entrainement général. L’ouvrage , écrit dans un systéme tout opposé et dans le style de Za fille de Jephté, échoua. Le jeune étourdi avait peine & en prendre son parti; mais l’auteur de Tarare, Salieri, le consola, et lui assura que les germes de la mélodie pergaient souvent dans son ouvrage a travers l'Apreté des formes et les ronces du contrepoint. Il lui conseilla d’aller humer lair de I'Italie pour y dépouiller le vieil homme, y rafraichir son imagination, moyennant quoi il réparerait bient6t cet échec. Le vieux Salieri avait raison. L’influence du climat, les habitudes , agirent sur le jeune compositeur et le transformérent. Il se passionna pour ce qui ayait fait l'objet de son aversion, Le style italien le charma, Il fut transporte a laudition du premier opéra italien de Rossini qu’il vit : c’était Tancredi.
A partir de ce moment, il composa successivemeat sept