BEER
ouvrages qui, presque tous, eurent le plus grand succes. A Padoue (1818) il donna Romilda e Constanza, opéra semi-seria , écrit pour M™* Pisaroni, Les Padouans firent grand accueil & cet ouvrage, parce que l’auteur était éléve de Yabbé Vogler, qui, & son tour, avait eu pour maitre , quarante-six ans auparavant (en 1772), le pére Valotti, ancien maitre de chapelle & Padoue, et dont la mémoire classique était en vénération, C’en était assez pour que Meyer-Beer fat considéré comme un rejeton de cette école. En 1819 il fait représenter au Thédtre-Royal de Turin Semiramide riconosciuta, de Métastase, opéra dont le role principal fut écrit pour M™* Carolina Bassi, la cantatrice la plus dramatique que Vitalie ait produite jusqu’a M™* Pasta; en 1820, a Venise, Amma di Resburgo, méme sujet qu Heéléne dé Méhul. Cet opéra parut dans la méme saison ou Rossini fit jouer Eduardo e Cristina. Les deux ouvrages obtinrent un succes d’enthousiasme.
En 1821 Meyer-Beer écrivit la Porte de Brandebourg , dans le style italien, pour Berlin, sa patrie. Certaines circonstances s’opposérent a la représentation de cet ouvrage. Bientot la réputation de auteur d’£mma retentit au théatre dela Scala, 4 Milan, thédtre dont les abords sont, comme on le sait, assez difficiles aux musiciens, Il y donna Margherita @Anjou, en 1822. Ce fut dans cet opéra que le chanteur Levasseur débuta sur la scéne italienne. Dans le méme temps Emma fut traduite et représentée sur tous les thédtres d’Allemagne, sans exception. Malgré son grand suecés , cet ouvrage souleva la critique des compatriotes et surtout des condisciples de Meyer-Beer. Weber, alors maitre de chapelle et directeur du thédtre de Dresde, crut servir la réputation de son ami en faisant représenter au théatre allemand les Deux Califes, tandis qu’on jouait Emma au théatre italien. fl écrivit lui-méme plusieurs articles dans lesquels il signala, en la déplorant , Ja transformation que Meyer-Beer avait fait subir & son talent. Weber avait espéré réconcilier le public avec les formes de ce premier ouvrage , et engager par 18 Pauteur a revenir & son premier systéme. Le contraire arriva ; mais on doit dire, 3 la louange de cet homme de génie, que, malgré son opinion bien prononcée sur le genre adopté par son ami, il porta la loyauté jusqu’a faire représenter tous les opéras italiens de ce dernier sur le théatre de Dresde, et les monta avec tant de soin que jamais l’exécution n’en fut plus parfaite.
L’année suivante, 1823, ’ Hsule di Granata, a Milan, succéda a Margherita d’ Anjou. Les principaux réles avaient été écrits pour Lablache et la Pisaroni; mais la mise en scéne se fit avec tant de lenteur qu’il ne fut joué qn’aux derniers jours de carnaval. Cette circonstance fif naitre une cabale. On se promit de siffler Pouvrage. En effet, le premier acte échoua ; le second aurait peut-étre éprouvé le méme sort sans un duo dans lequel Lablache et M™° Pisaroni enleyérent tout Pauditoire. Aux représentations suivantes, le triomphe fut complet. Dans la méme année , Vopéra d’Almanzor fut composé pour Rome. M™° Carolina Bassi, chargée du principal role, tomba malade aprés la répétition générale, et Popéra, dont elle garda la partition, n’a jamais été représenié. Ce fut A la fin de 1825 que Venise vit paraitre le Crociaio. M™ Méric-Lalande y fit son début sous les auspices de Velluti et de Crivelli. Le musicien fut appelé et couronné sur la scéne, et bientdt il alla lui-méme monter son ouvrage sur fous les théatres d’ftalie.
En 1826, sur linvitation de M. de Larochefoucault, il partit pour Paris, oti le Crocia¢o fut accueilli avec transport. La se borne la deuxiéme période de la carriére lyrique de Meyer-Beer.
Son mariage, qui eut lieu en 1827, et successivement la perte de deux enfants, a laquelle il se montra trés-sensible, suspendirent ses travaux pendant prés de deux ans. I les reprit en 1828 pour écrire Robert le Diable, dont la parti-
bert, prédécesseur de M. V éron, et que ce dernier n’edt jamais acceptée s'il n’avait pas été obligé de remplir les engagements antérieurs 4 son administration. C’est pourtant ce bel ouvrage qui a fait la fortune de ’ex-directeur de l’Opéra.
Robert le Diable fut représenté en novembre 1831. Ici nous ne pouvons rien dire qui n’ait été dit et répété mille fois. On sait immense succés de cet ouvrage 4 Paris, dans
les provinces, en Europe, dans le monde entier. Rien dans les précédents opéras de Meyer-Beer, sans en excepter quelques tendances du Crocialo, ne pouvait faire soupgonner que Vauteur s’élevat 4 une pareille hauteur. Le cinquiéme acte surtout renferme des beautés d’un genre absolument nouveau. Meyer-Beer ne pouvait étre surpassé que par luiméme. Les Huguenots parurent au mois de mars de l’année 1836. Méme succés, méme enthousiasme. Le réle de Marcel est une création du premier ordre; et dans le quatriéme acte, dans la bénédiction des poignards et le duo entre Raoul et Valentine, le compositeur s’est élevé a Ja plus grande puissance de l’expression dramatique.
Outre les opéras dont nous avons parlé, Meyer-Beer a publié un grand nombre d’ceuyres : ce sont un Stabat , un Miserere, un Te Deum, douze psaumes a deux cheeurs, huit cantiques de Klopstock a quatre voix, l’oratorio Dieu et la Nature, plusieurs autres cantates, un dithyrambe 4 Dieu , un grand nombre de mélodies sur des paroles italiennes, allemandes et frangaises.
En 1842, Meyer-Beer a été nommé maitre de chapelle du roi de Prusse. il est membre de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin, associé étranger de l'Institut de France, commandeur de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de Léopold et de celui de Ja Croix du Sud(du Brésil). ‘J. p’OrTiGuE.
Cest seulement l’opéra des Hugwu: nots qui donna au nom de Meyer-Beer une grande et incontestable popularité en Allemagne, et dans sa ville natale méme, a Berlin, on consentit enfin alors 4 lui rendre complétement justice. L’Académie des Beaux-Arts de Berlin l’admit au nombre de ses membres, et le roi de Prusse Je nomma directeur général de sa musique.
Il fit jouer le 7 décembre 1844, ala demande de ce prince, Vopéra le Camp de Silésie, le plus faible de tous ses ouvrages dramatiques, ef dont le grand succés ne s’explique que par le jeu de Jenny Lind et par l’esprit patriotique du Berlinois. L’ouverture, la marche, les airs de danse, les mélodrames et les cheeurs qu’il composa en 1845 pour le drame de son frére Michel, intitulé Strwensée, eurent une tout autre importance comme ceuvre d'art.
L’opéra le Prophéie, aprés avoir été si longtemps attendu, fut enfin représenté pour la premiére fois en 1849 a Paris, et a été monté depuis sur la plupart des grandes scénes lyriques de |’Europe. Au total, il n’existe entre cet opéra et celui des Huguenots, qui l’avait précédé, aucune aifférence bien sensible. Comme mise en scéne, cet opéra a triomphé de difficultés trés-grandes , mais qui n’eussentjamais dd avoir rien de commun avec Ja musique dramatique.
Aprés avoir fait exécuter 4 Berlin tne composition magistrale en l’honneur du sculpteur Rauch (4 juin 1851), il donna 4]’Opéra-Comique de Paris deux partitions, U’ Etoile du Nord (16 février 1854) et le Pardon de Ploérmel
(4 avril 1859), remplies de mélodies charmantes, de détails fins et délicats. Il écrivit pour Pinauguration de l’exposition de Londres (2 mai 1862) une magnifique ouverture. Cédant aux supplications de ses amis il s’était enfin décidé a donner a |’Opéra l’Africaine, sa derniére ceuvre, représentée au printemps de 1865, et il en faisait copier les réles chez fui lorsque la mort vint le surprendre. Meyerbeer suecomba a une paralysie intestinale, le 2 mai 1864, a Paris. On lui fit des funérailles magnifiques , et se3 restes furent transportés a Berlin.
BEER (Guittaume), banquier a Berlin, frére cadet du
tion fut remise , deux ans aprés, en juillet 1830, 4M. Lub- | eélébre Meyer-Beer, naquit & Berlin le 4 février 1797.
miques entrepris et publiés en société avec Maedler. De 1813 a 1815 il prit part, comme engagé volontaire, au grand mouvement national de l’Allemagne; mais lors du rétablissement de la paix, i] renonga, suivant le désir de son pére, a l'état militaire pour embrasser la carriére commerciale. Toutefois, il consacra tous ses loisirs 4 la culture des sciences , et plus particuliérement a étude de l’astronomie. I] construisit 4 cet effet un petit observatoire , et s’y livra, avec son ami Meedler, A des observations qui eurent surtout pour objet Mars et la Lune. Une dissertation, contenant les observations qu’il avait eu lieu de faire sur Mars , produisit , en 1830, une vive sensation dans le monde savant. Une carte de la lune, qu’il publia en 1836, aprés six années d’un travail opinidtre, et contenant la rectification d’un grand nombre @erreurs, mit le comble a sa réputation et lui fit décerner par l’Académie des Sciences de Paris le prix d’astronomie fondé par Lalande. Un grand ouvrage descriptif intitulé: La Tune dans ses rapports cosmiques et individuels, ou Sélénographie générale comparée, commentaire nécessaire de cette carte, a paru 4 Berlin en 1837. Membre de la premiére chambre de la dite prussienne de 1849, Guillaume Beer a écrit alors une brochure politique intitulée ; Za Consstitution des trois rois dans ses dangers pour la Prusse (Berlin, 1849). Il est mort au mois de mars 1850.
BEER (Micuet), frére puiné des précédents, né a Berlin en 1800, sentit de bonne heure en lui pour la poésie une vocation, excitée et développée par la fréquentation du cercle de savants , d’artistes et de gens de lettres qui se réunissaient chez son pére. Ilselivra, a|’université de Berlin, a Vétude des sciences historiques, philosophiques et naturelkes, et perfectionna son éducation par des voyages en France et en Italie. Plus tard il résida le plus ordinairement 4 Munich, sur les bords du Rhin ou a Paris, mais rarement a Berlin. Dés 1819il fit représenter sur le Grand Théatre de Berlin sa tragédie de Clytemnestre, qui recut accueil le plus encourageant. Il fit suivre cet ouvrage des tragédies la Fiancée @ Aragon et le Paria (1823). En Italie, il composa, en 1826, ses touchantes Elégies génoises ; en 1827, 4 Munich, son drame de Struensée, qui fut représenté par ordre exprés du roi, malgré Vintervention d’un agent diplomatique, qui s’efforca de démontrer que jouer un fel ouvrage était offenser le roi son maitre. Sa derniére tragédie , qui a pour titre: L’Epée et la Main, fut représentée & Berlin, mais sans grand succés; et la scéne demeura fermée a d’autres essais de sa muse, tels que /’Hmpereur Albert, Mazarin, les Amazones , par suite des préoccupations politiques de Vépoque. 11 mourut le 22 mars 1833, & Munich, des suites dune fiévre nerveuse. Son ami, M. Ed. de Schenck, qui a publié une édition compléte de ses euvres (Leipzig, 1835), Ya fait précéder d’une intéressante notice biographique.
Sa Correspondance, quia eu le méme éditeur que ses livres, permet d’apprécier tout ce qu’il y avait de noble et de généreux dans cette intelligence d’élite. Sans étre précisément un génie créateur, Michel Beer possédait 4 un haut degré le don de la poésie, et excellait 4 manier I’élément dramatique, la langue et le rhythme. Sa tragédie du Paria, dans laquelle on remarque un grand éclat de style, joint aux pensées les plus généreuses, obtint un immense succés; toutefois, Struensée, drame auquel on ne rend pas assez justice, restera son meilleur ouvyrage.
BEETHOVEN ( Lupwic van ), naquit le 15 décembre 1770, 4 Bonn, ol son pére était ténor de la chapelle du grand-duc. Des ses premiéres années se développa la passion de cet art, qu'il porta si haut dans la suite. Il avait & peine cing ans que déja grondait en lui une harmonie inslinctive, vague, obscure, confuse comme tout ce qui nous vient d’instinet. C’était un concert perpétuel, un hymne sans fin que le monde extérieur entretenait dans son Ame; aussi lair, la rosée, les parfums, les couleurs et tous les phénoménes de la nature n'étaient pour lui que des voix harmo-