BEER — BEETHOVEN
nieuses : Beethoven enfant ne percevait que des sons. Dés lors il sentit que son droit était de faire entendre a tous cette vaste symphonie dont il était encore seul jouir; il sentit que Ja science devait ouvrir un cratére & toute cette lave de mélodies. Il tourmente son pére, Vobséde de telle fagon qu’au bout de deux ans foute la science d’un musicien habile ne lui suffit plus. S’apercevant qu’il devient l’écolier de son fils, le pére le confie 4 Van der Eden, Vorganiste de la cour, et le claveciniste le plus distingué de Bonn.
Aprés la mort d’Eden, Neefer, qui succéda a ce maitre, prit Ludwig en affection, et lui fit connaitre les ceuvres sublimes de Sébastien Bach, de Handel, qui furent pour Beethoven l’objet d’une admiration constante et sans bornes. Tandis que le pianiste de onze ans exécutait les ceuvres les plus difficiles avec une prodigieuse habileté, avec un sentiment profond, cette ardeur de créer qu’il avait étouffée pendant trois ans sous des études consciencieuses vint le tourmenter de nouveau. Il céda cette fois, et bientét des variations sur une marche, trois sonates , plusieurs cantates, furent publi¢es 4 Manheim. Mais le champ oi le génie de l’artiste se développait d’une manitre plus hardie et plus brillante, c’était la libre fantaisie et improvisation sur un motif donné.
Ce talent de création spontanée fut mis a l’épreuve par Mozart lui-méme, par Mozart, au moment oi il jouissait en Allemagne de toute la splendeur de sa gloire. A Vienne, en 1790, Beethoven improvisa devant Pauteur de Don Juan, qui, voulant s’assurer de son talent, l’écouta froidement, et finit par lui dire que toute cette improvisation avait bien Pair d’une scene apprise par cceur, Beethoven, humilié, lui demanda un théme original. Mozart, alors, croyant l’embarrasser, écrit un motif chromatique et fugué d’une extréme difficulté, qu’il met aussitét sur le pupitre. Beethoven travaille le theme donné pendant trois quarts dheure, avec tant de grace, de verve, de génie et d’originalité, qu’ilse rend maitre deson auditoire, et Mozart, transporté, dit a Passemblée ; « Faites attention a ce jeune homme! il ira loin, »
Ludwig s’était déja signalé sur Porgue, et lecteur, passionné pour l'art, le nomma successeur de Neefer, en lui accordant le titre d’organiste de la cour, avec un congé dune année, afin qu’il pit se rendre A Vienne, y terminer aux frais de I’Etat ses études sous les yeux de Joseph Haydn. A peine Beethoven commengait-il a sentir tout le prix des lecons d’un tel professeur que celui-ci , appelé en Angleterre , se vit foreé de confier son éléve au maitre de chapelle Albrechtsberger, qui Vinitia tout a fait aux mystéres du contrepoint.
Déa Beethoven s’était fait connattre par un grand nombre de belles compositions , déja il passait & Vienne pour un pianiste du premier ordre, lorsque dans les dernidres annécs du siécle passé surgit en Wolf un rival digne de lui. Alors se renouvela en quelque sorte la vieille querelle des gluckistes et des piccinistes , et les nombreux amateurs de la ville impériale se divistrent en deux partis. Le prince Rodolphe commandait les soutiens de Beethoven, et le baron de Metzler se montrait dla téte des plus zélés protecteurs de Wolf; le baronde Metzler, dont Ja magnifique villa, tou jours ouverte aux artistes, leur offrait un séjour délicieux, Ce fut 1a que la lutte harmonieuse des deux jeunes artistes eut lieu devant une réunion d’amateurs et de connaisseurs du plus grand mérite. Ils improvisaient tour & tour sur des thémes qwils se jetaient mutuellement; lun répondait a Pautre; ¢’était un concert qui semblait ne devoir pas finir. Quelquefois ils s’arrétaient pour reprendre haleine, s’essuyant le front d'une main, tandis que lautre, errant sur le clavier, soutenant encore le motif, préparait des jeux d’harmonie que l'autre main allait attaquer. Que de mélodies, que de caprices délicieux, sont nés de cette lutte, de cette double inspiration! 11 était impossible de dire lequel des deux avait