BEETHOVEN
mieux fait. Wolf, avec sa main de géant , embrassait onze notes avec facilité. Pour Beethoven, déja dans Pimprovisation se révélait son génie sombre et mélancolique.
Les guerres d’Allemagne, la mort de son noble protecteur, le forcérent de quitter sa ville natale. Il se rendit& Vienne. Il écrivit ses quatuors pour instruments 4 archet, et vint ajouter encore a importance, A Vintérét que les productions de Haydn et de Mozart avaient donnés a cette musique de chambre, si compléte malgré la simplicité de ses moyens @exécution.
Les relations fréquentes qu’il avait avec Salieri éveillérent en Beethoven le désir d’écrire un opéra. On arrangea pour Jui un livret frangais, Amour Conjugal, que Paér avait déja mis en musique sous le titre de Leonora; Beethoven lui donna celui de Fidelio. Cette piéce, Pune des plus mauvaises de notre théatre lyrique, avait réussi a Feydeau en 1795, malgré la musique de Gaveaux, grace au talent de M™ Scio, actrice et cantatrice dramatique du plus grand mérite. Il est singulier que deux maitres tels que Paér et Beethoven aient voulu s’exercer sur un aussi pauvre canevas.
En deux ans Beethoven eréa dix chefs-d’ceuvre, Fidelio , le Christ au moné des Oliviers, ses concertos de violon, la Symphonie Pastorale, création ravissante de jeunesse, de pureté, de fraicheur, ou la musique pittoresque a été portée a son plus haut degré de perfection ; la Symphonie héroique, celle en la, des concertos de piano, etc. Quelles années! quelle profusion de jouissances! que de voluptés il a dd ressentir dans cette vie de création et @harmonie que rien n’interrompait encore! Cependant Fidelio ne réussit point 4 ses premiéres représentations données a Prague : la faiblesse de lexécution et les approches de la guerre furent les causes de cette mésaventure. L’année suivante , Fidelio prit une brillante revanche & Vienne.
Jusque 1a Beethoven avait éprouvé toutes les contrariétés mesquines dont l’envie harcelle toujours Vartiste qui s’élave. En 1809 le roi de Westphalie lui fit offrir la place de maitre de chapelle 4 Cassel. Beethoven était sur le point daccepter , lorsque trois hommes passionnés pour Yart, le grand Rodolphe , depuis cardinal archevéque d’Olmutz, les princes Lobkowitz et Knowsky, sopposérent a cette résolution, et firent obtenir au grand maitre un contrat par lequel il lui était assuré 4,000 florins de rente, a cette seule condition qu'il en dépenserait les revenus dans les Etats antrichiens. Touché de cet hommage rendu a son génie, Beethoven travailla sans relache jusqu’a sa mort.
A mesure que sa réputation se répandait en Europe, elle lui renvoyait de toutes parts des marques de son passage : c’était la médaille frappée & Paris, un magnifique piano que l’Angleterre lui enyoyait, des nominations, des diplémes académiques arrivant de tous les pays. La perte de Yorgane de l’ouie, la plus douloureuse que puisse faire un musicien, vint alors l’accabler. Il devint complétement sourd, et ne put communiquer que par écrit avec le monde extérieur. Les suites nécessaires de cette infirmité devaient étre un amour ardent de la solitude , une méfiance inquiéte et tous les symptémes de ’hypochondrie naissante. La lecture, la promenade en pleine campagne, étaient ses plus douces occupations, un petit cercle d’amis dévoués son seul délassement. Cependant de nouvelles souffrances s’étaient jointes A cette infirmité : I’hydropisie se déclara, fit de grands progrés, et précipita l’instant fatal. 11 institua légataire universel son neveu Karl yan Beethoven, qu’il aimait comme un fils, et dont il faisait lui-méme 1|’éducation. Il s’éteignit le 26 mars 1827. Sa fortune se montait a peu prés a 9,000 florins.
A sa mort, Vienne, Prague, Berlin, toutes les villes d@ Allemagne, furent en deuil. Ce fut 4 qui rendrait au grand homme les honneurs les plus dignes de lui. On donna un concert spirituel, dans la salle des états de la diéte, ot Von n’entendit que de sa musique, et dont le produit fut
chestre :
consacré a lui élever un monument. La ville de Bonn Jui a élevé une statue, en 1845. Cette statue, d'un grand caractére, haute de vingt-sept pieds avec son piédestal, est due a M. Haxchnel. C’est le produit d’une souscription volontaire. Tous Jes musiciens se donnérent rendez-vous 4 son inauguration.
Beethoven était de moyenne taille, vigoureux , et n’avait jamais été malade, malgré la vie irréguliére & laquelle un travail continuel l’assujettissait. 11 étaitrobuste d’4me et de corps, et loyal Allemand. Culte envyers les malheureux , dévouement a fous, telles étaient les qualités qui dominaient en lui, et qu’en revanche il voulait trouver chez les autres. Rien ne Vindignait plus qu’une promesse violée. Dans les premiers temps de sa vie, la musique fut son seul amour, sa seule étude, sa seule passion. Plus tard il s’occupa beaucoup W@histoire et de philosophie. Cette tension d'esprit constante l’empéchait de s’attacher aux détails de Pexécution. Beethoven était un chef d’orchestre dont il fallait se méfier. Il ne pensait qu’A son cuvre; il était avec elle identifié au point que sans le vouloir il en figurait Pexpression d’une maniére pittoresque. Sur un passage vigoureux , il frappait a coups redoublés son pupitre. Au diminuendo, il se faisait petit; au pianissimo, il disparaissait. Mais si tout lorchestre éclatait dans une explosion générale, le nain devenait géant, il grandissait ,-s’élevait avec la tempéte du chcoeur et de lorchestre. Alors sa face s’éclairait, le bonheur rayonnait dans tous ses traits, un sourire de bienveillance errait sur ses lévres, et sa voix de tonnerre jetait & tous les musiciens , comme récompense , ces mots bravi tutti!
Quelquefois, dans l’intimité de la causerie, il disait son opinion sur les grands artistes. Voici ce qu’il pensait des trois suivants : « Weber a commencé trop tard; lart en lui n’est pas spontané , il est le résultat d’une étude opiniatre et profonde. Du reste la science me semble lui tenir lieu de génie. — Le chef-d’ceuvre de Mozart est et restera toujours sa Zauber Flete. C’est dans cet ouvrage qu’il s’est montré pour la premiére fois grand maitre allemand. Don Juan a les allures italiennes ; et puis art divin et sacré aurait-il jamais dd se prostituer en un sujet si scandaleux ? — Heendel est seul sur son tréne; nul n’a jamais atteint 4 sa hauteur, rien ne fait présumer que cela soit un jour. Maitres, étudiez-le profondément! apprenez de lui comment, avec des moyens simples, on produit de merveilleux effets! »
Beethoven nous a laissé huit symphonies a grand orla Victoire de Wellington, symphonie pittoresque ; une symphonie avec chceurs; une messe en wé a quatre voix, cheur et symphonie, publiée a Paris par Pauteur de cet article; une messe en 7é, & double cheeur ; le Christ au mont des Oliviers, oratorio; Armide, Adélaide, cantates; Fidelio, opéra; Egmont, mélodrame; Prométhée, ballet ; les ouvertures de Coriolan, les Ruines @Athéenes, la Dédicace du Temple, des quatuors pour instruments a archet, un quintefte, un septuor, des trios, avec partie principale pour le piano; des sonates et des concertos de piano, des concertos de violon; une infinité de piéces fugitives, telles que menuets, contredanses , valses allemandes , chansons, canons, etc. Voila pour les ouvrages pratiques. En théorie, il nous a légué ses Etudes, ou Traité d Harmonie et de Composition, qui ont été traduites en frangais.
La Symphonie héroique, en mi bémol, a été Vobjet @une infinité de conjectures dela part des biographes et des journalistes ; chacun a bati son plan a sa fantaisie et prété a Beethoven ses propres idées. On a poussé méme la manie des commentaires jusqu’a appliquer 4 lamort de Napoléon, 4 la pompe de son convoi funébre, les images que l’auteur a présentées dans cette composition et le caractére d’expression qu’il lui a donné. Ces écrivains ignoraient sans doute que la Symphonie héroique était connue de Europe entiére
depuis quinze ans lorsque le captifde Sainte-Héléne a été rayé du nombre des vivants. La partition de cette symphonie avait pour titre unique le mot Napoléon : commencée sous le consulat, Beethoven y travaillait encore, lorsqu’un matin, son éléve F. Ries entre chez lui, un journal 4 la main, et lui annonce que Bonaparte s’est fait proclamer empereur. Beethoven, qui révait un héros républicain, resta un instant stupéfait; puis il s’écria ; « Allons! c’est un ambitieux comme tous les autres. » Et aunom de Napo- Iéon, il substitua ces mots : Sinfonia eroica per festeggiare la memoria di un grand’uomo. Il recomposa le seeond morceau, et d’un hymne de gloire en fit un chant de deuil.
Lorsque les symptémes de l’hypochondrie se manifestérent chez lui, il commenga d’abord par se plaindre de la méchanceté des hommes, portés tous au mensonge, a la flatterie, a la débauche. Il voyait tout en noir, et soutenait qu’on ne pouvait désormais trouver d’homme probe nulle part. Il finit par se méfier de sa cuisiniére, bonne vieille femme éprouyée par trente années de services. Il résolut tout 4 coup de conquérir une entiére indépendance, et cette idée bizarre, une fois entrée dans son cerveau, dut étre réalisée aussit6t. Or voila Beethoven allant lui-méme au marché, choisissant, achetant la viande, les légumes, qu’on lui faisait payer trés-cher. Rentré chez lui, Villustre maitre appréte lui-méme son diner. Cela dura ainsi quelque temps; et comme ses amis dévoués, les seuls qu'il recit encore dans son intimité, lui adressaient des observations sérieuses sur cette manie, il se facha; et, pour leur prouver ses connaissances profondes dans Vart culinaire, il les invita 4 diner pour le lendemain. Ce festin remarquable fut le dernier que le maitre de ’harmonie appréta. Son nouveau métier l’ennuya; il abandonna la couronne et le sceptre, le bonnet de coton et la cuillére 4 pot. La vieille ménagére revint a son ancienne dignité; et le patron, résigné, a son pupitre, qu’il »’aurait pas dd quitter. CastiL-BLaze.
BEF ANA (La). A Rome Noélest le jour des étrennes; ainsi, tfandis que d’un ecdté des créches (presepi) somptueuses ou modestes, selon la fortune des habitants, sont ouvertes aux curieux ou aux familles , et représentent avec un art tout pitforesque, et souvent trés-remarquable, la naissance du Christ, l’étable, la sainte famille, l’adoration des mages, dans des bocages factices ou naturels; de l'autre, les boutiques des confiseurs disputent aux habitations les plus simples comme aux palais les plus magnifiques la reerésentation de la Befana. L’origine de ce nom est inconnue; toutefois, il signifie fan/dme. Ce personnage est du sexe féminin; vétu d’une grande robe noire, il est grand comme nature, assis sous le manteau de la cheminée, portant dans la main droite une grande gaule et dans la gauche une lettre qu’il est censé avoir reque des enfants de la maison; car ceux-ci lui ont écrit de venir leur donner leurs étrennes, et, pour faciliter la bienfaisance de la Befana, ils ont soin, la veille deNoél, avant de se coucher, de suspendre dans la cheminée des bas, de petits sacs , de petits paniers, et le lendemain a leur réveil ils vont voir si la Befana les a remplis de bonbons, de gAteaux et de joujoux. La mére de famille a soin que sous ce rapport tout se passe convenablement a la satisfaction de ses enfants et a l'honneur de la sorcellerie. Mais il arrive que la Befana, qui est armée d’une longue baguette , a aussi apporté des verges et des martinets pour étrennes aux petits enfants méchants.
C'est le cOté moral de ce vieil usage, bien connu également en France; mais chez nous le rdle mystérieux e est laissé au bonhomme Noél ou au pelit Jésus. A Rome Porigineen est sans doute ancienne comme les fables qu‘ ont si longtemps gouverné, éclairé et trompé la ville aux sept collines. Au moins Je sortilége de la Befana est innocent, et il célébre Vune maniére agréable, par la joie des enfants, la naissa celui dont ils disent aux visiteurs des créches :