BEGIN — BEHAIM
a tige succulente , a feuilles alternes , simples , dentées. Le begonia luisant a des feuilles acides , d’un rose pale, paniculées; le begonia royal, originaired’Assam, a des feuilles d’un vert foncé en dessus et rouge en dessous. Ii y a une petite espece que l'on rencontre sur les hauts plateaux de )’Himalaya. Les Péruviens emploient les racines du begonia @ grandes fleurs et du begonia & duvet comme stomachiques et fébrifuges.
BEGUINS, BEGUINES. Voyez BEcarbs.
BEHAIM (Mantin), cosmographe célebre, naquit a ‘Nuremberg, en 1436. Il fut d@’abord marchand de draps, et se rendif pour les affaires de son commerce, en 1457, a Venise, puis de 1477 4 1479 & Malines, & Anyers et & Vienne. De 1480 a 1484, il séjourna en Portugal, ow résidait alors Christophe Colomb, avec lequel tout indique qu’il entretint des relations, sans qu'il soit cependant possible aujourd’ hui de préciser de quelle nature. Ces deux hommes s’occupatent en méme temps chacun de son cdété de plans de voyages maritimes, comme on le yoit dans Vhistoire de leur vie mais on n’y trouve rien qui indique qu’ils aient pu a cet égard contracter vis-a-vis l'un de V’autre de mutuelles obligations. On comprendra ailleurs trés-facilement que tous deux, passionnés pour les progrés de la géographie et pour les découvertes, soient venus alors se fixer en Portugal, en songeant au rdle important que ce pays joua dans la derniére moitié du quinziéme siécle pour tout ce qui était relatif aux expéditions de voyages et de découvertes, et aux projets de navigation les plus hardis. En 1483 Martin Behaim fut chargé par le roi Jean If de Portugal de fabriquer un astrolabe et de calculer des tables de déclinaison, puis nommé chevalier de l’ordre du Christ, vraisemblablement en récompense de ce travail. De 1484 4 1485 il accompagna le navigateur portugais Diego Cam dans un voyage de navigation le long de Ja cdte occidentale de l'Afrique, et parvint jusqu’a Vembouchure du Zaire, autrement dit le Congo. En 1486 il se rendit 4 Fayal, l'une des Acores, ou s’étaif établie une colonie flamande, dont le gouverneur, Jobst de Kuster, lui donna sa fille en mariage. Il ne quitta cette résidence qu’en 1490, et revint encore une fois 4 Nuremberg, ou il séjourna de 1491 a 1493, et ol, pour laisser trace de son souvenir, il construisit un grand globe, dont la famille Behaim est encore en possession aujourd’hui, et qui constitue un monument d’un grand prix pour histoire de la géographie et celle des découvertes. Martin Behaim s’en revint ensuite en Portugal, en passant par la France et la Flandre, séjourna encore de 1494 4 1506 a Fayal, puis se rendit & Lisbonne, ou il mourut le 29 juillet 1507. Les services que Martin Behaim rendit 4 l’art nautique et a la géographie furent immenses, encore bien que les recherches les plus récentes aient démontré que ni Christophe Colomb, ni Magellan encore moins, ne se sontservis de ses renseignements pour leurs immortelles découvertes. Consultez Murr, Histoire Diplomatique du chevalier de Behaim (Nuremberg, 1778, 2° édit., 1801 ),et A. de Humboldt, Recherches critiques (2 vol., 1836).
BEHAIM ( Micue ), troubadour allemand, né en 1421, 4 Sulzbach dans la seigneurie de Weinsberg, d’ot on l’aps pelle aussi poeta weinsbergensis, essaya d'introduire de now veau dans les cours la poésie, tombée dans le domaine des classes laborieuses. A la mort de Conrad de Weinsberg, son maitre, il se rendit successivement aux cours d’Albert de Brandebourg, de Christian de Danemark et de Norvége, et plus tard a celle d’Albert de Bavidre. Il vécut ensuite pendant quelque temps auprés d’Albert d’Autriche et de Ladislas de Hongrie, d’oi il dut cependant se retirer A la suite de plusieurs désagréments , jusqu’a ce qu'il trouva enfin des fonctions fixes a la cour de Frédéric du Palatinat. Ty composa en société avec Mathis de Kemnath le poéme héroique Frédéric I*, Ses nombreux poémes ont généralement pour sujets des événements de son sitcle, et sont dés lors Wun
Sa i
: BEHAIM grand intérét pour Vhistoire et ’appréciation des idées de celte époque, bien que sous le rapport de lart ils soient inférieurs 4 ceux de Suchenwirth. Karajan a publié son Livre des Viennois (Vienne, 1843). Le méme a inséré dans ses Recherches rela’ives a Vhistoire de la lit/érature et de Vart national (1848), avec huit autres petits ouvrages de Michel Behaim , les deux poémes qui ont pour titre : Sur V Université de Vienne et Sur le roi Ladislas.
BEHAR, BAHAR et mieux BIHAR, c’est-a-dire Zemple, Vune des plus vastes provinces de I’{ndostan, située entre
le 22° et le 27° de latit. nord, avec une population de |
2,800,000 Ames sur 1,474 myriamétres carrés. C’est Pune des contrées les mieux arrosées (par le Gange) , les mieux cultivées et les plus fertiles. C’est aussi l’un des pays qui furent le plus tt organisés 4 la maniére des Brahmes ; plus tard il devint le centre de la doctrine de Bouddha, qui est si r4pandue en Asie. Gaja ou Bouddha Gaja était au-
trefois et jusqu’a un certain point est encore aujourd’huiun |
lieu de pélerinage, el @immenses ruines témoignent de son antique importance. Le chef-lieu du Behar était jadis Palibothra, visitée et décrite par Mégasthéne, au confluent du Sona et du Gange; le chef-lieu actuel, Behar, n’est plus qu'un amas de ruines, de jardins et de tombeaux. C’est du Behar que les Anglais tirent la plus grande partie de opium quwils expédient en Chine. La culture du coton est aussi irés-développée dans cette province.
BEHEMOT , mot hébreu qui veut dire es bétes et qui se dit du gros bétail. On trouve dans le livre de Job (ch. x1, vy. 10) ce nom donné a un animal particulier, dans lequel les uns ont vu ’hippopotame , d'autres l’éléphant, le boeuf ou le crocodile. Selon les Péres, c’est le démon; suivant les rabbins, c’est le Léviathan, animal que Dieu destine au repas des élus israélites au temps du Messie. Ch. Nodier a cru voir dans le Béhémot quelque mammouth dont l’existence est certaine quoique l’espéce soit perdue.
BEHIN (Appa), femme poéte et romanciére anglaise, née a Cantorbéry, mourut 4 Londres, le 15 avril 1689. Elle était fille @’un nommé Johnson, qui partit pour Surinam, ov il avait été nomméa un emploi supérieur, et qui mourut dans la traversée. Arrivée 4 Surinam, Aphra Johnson fit la connaissance d’un prince africain, appelé Oronoko, et dont les aventures lui fournirent plus tard le sujet d’un roman. A son retour en Angleterre, elle épousa 4 Londres un négociant d’origine hollandaise, un certain Behn, qui ne tarda point a lalaisser veuve. Chargée par Charles II d’une mission de police secréte, elle vint s’établir 4 Anvers, ot elle découvrit le projet qu’avaien! formé les Hollandais de remonter la Tamise pour venir incendier Londres ; mais le gouverment ne tint aucun compte des avis qu’elle lui transmit.
Mistress Behn, dégotitée de la diplomatie occulte, se fit alors femme de lettres et tint chez elle ce qu’un peu plus tard on aurait appelé un bureau d'esprit, c’est-a-dire qu’elle ouvrit son salon 4 une société d’élite, composée d’hommes d’esprit et de gens de loisir, amis des lettres et des arts. Elle mourut vers l’dge de quarante ou cinquante ans. On a delle un grand nombre de piéces de théatre, imitées pour la plupart de l’italien et de l’espagnol, et dont quelques-unes obtinrent du succés a la scéne, trois volumes de poésies , un recueil d’Histoires et nouvelles, contenant entre autres histoire du prince Oronoko, qui a été traduite en francais par Laplace, et des Le//res d’un gentilhomme a@ sa seur. Elle traduisit en anglais I’ Histoire des oracles et la Pluralité des mondes de Fontenelle. Ses couvres littéraires, remarquables par leur licence, ont été réimprimées 4 Londres, en 1872.
BEHIC (Arwanp), homme politique, né en 1808, a Bayonne, entra de bonne heure dans l’administration des finances. En 1830 il prit part 4 l’expédition d’Alger comme attaché a JA trésorerie de l’armée, puis il devint inspecteur et fit en cette qualité plusieurs voyages dans nos colonies.
DICT, DE LA CONVERS. T. Ul.
— BEHR
En 1843 M. de Mackau, alors ministre de la marie, le choisit pour secrétaire général. Aux élections générales de 1846, M. Béhic se présenta A Avesnes sous les auspices du mi-~ nistére Guizot et fut élu député. Ses opinions conserva-
| trices Véloignérent de V’Assemblée constituante; en re-
vanche elles le portérent a Ja Législative, ou il ne fil en quelque sorte que passer, ayant été élu.par ses collégues conseiller d’Etat. Le coup d’Etat da 2 décembre le rendit a la vie privée. M. Béhic accepta alors la direction des fonderies de Vierzon, et deux ans plus tard celle du service maritime des Messageries impériales. A la téte de cette importante administration, il rendit de grands services a
VEtat, soit lors des guerres de Crimée, d’Italie et de Syrie,
soit dans l’organisation du service de la Cochinchine, et il créa dans le voisinage de Toulon, ala Seyne, des ateliers de construction pour la compagnie. Il avait donné comme administrateur des preuves du plus haut mérite lorsqu’il fut appelé, le 23 juin 1863, & remplacer M. Rouher au ministére de agriculture , du commerce et des travaux publics. C’est A son initiative qu’on doit l’enquéte agricole, la réforme du régime sanitaire sur le choléra, et la convention monétaire entre la France, la Suisse, la Belgique et I’Italie. Ayant donné sa démission du ministére, M. Behic fut nommé sénateur le 20 janvier 1867, ef en méme temps grand-croix de la Légion d’honneur. Depuis la chute de l’empire (1870) il s’est complétement retiré de la vie politique.
BEHR (Guittaume-Josera) , l'un des membres les plus marquants et aussi |’un des martyrs de l’opposition constitutionnelle en Baviere, ancien bourgmestre de la ville de Wurzbonrg , né 4 Sulzheim, en 1775, fut nommé, en 1799, professeur de droit politique 4 Puniversité de Wurzbourg , et remplit ces fonctions jusqu’en 182{. Eluen 1819 membre de la Chambre des Députés de Baviére, il se placa tout aussitét sur les bancs de l’opposition, et par la franchise de ses opinions s’attira bien vite ’animadversion du pouvoir.
A la fin de cette session, la ville de Wurzbourg le choisit pour son bourgmestre; mais le gouvernement, pour se venger de Vorateur qui avait si vivement contrarié sa politique dans la Chambre, profita de cette circonstance pour lui enlever une chaire qwil occupait avec éclat depuis vingtdeux ans. M. Behr, n’étant plus en état de cumul, put accepter les fonctions qui lui étaient offerfes par les habitants de Werzbourg, et qui lui fournirent une nouvelle occasion de contribuer 4 Ja propagation des idées constitutionnelles dans les masses. Appelé encore une fois a la chambre en 1831, le gouvernement lui en interdit l’entrée, en vertu de Varticle dela Charte qui lui permeftait d’en écarler les fonctionnaires. L’opinion se montra vivement irritée d’une exclusion qui trahissait les tendances illibérales du pouvoir, et les feuilles publiques s’exprimérent & cet égard avec une violence qui devait entrainer le gouvernement a employer des moyens de répression peu propres a caliner l’eflervescence des esprits.
M. Behr publia dans ces circonstances une brochnre sur la situation, qui excita encore plus les rancunes officielles ; et quelques discours qu’il prononga le 27 mai 1832 , 4 Gaibach, a Poccasion de la féte de la Constitution, déterminérent le pouvoir a lui intenter alors un proces de tendance, a la suite duquel il fut destitué de ses fonctions de hourgmestre. Le 24 janvier suivant, on l’arréta dans son domicile a Wurzbourg, sous la prévention d’avoir pris part A un complot révolutionnaire; et, aprés une instruction qu’on frouva moyen de faire trainer plusieurs années , il fut enfin condamné en 1836, pour menées démagogiques , a faire amende honorable devant le portrait du roi, et a rester détenu dans une forteresse pendant un temps illimité. En vertu de cette sentence, M. Behr fut transféré dans la forteresse d’Oberhaus, prés Passau. En 1839, une décision royale lui permit de quitter cette bastille pour s’établir dans une maison particuliére & Passau, et ce ne fut qu’en 1842
que ce vieillard obtint enfin l’autorisation de fixer sa résidence & Ralisbonne, ou il resta d’ailleurs soumis a la surveillance particuliére de la haute police jusqu’a ce que l’amnistie politique du 6 mars 1848 (voyes BAviére) lui eut rendu sa compleéte liberté. Il recut en outre alors une indemnité de 10,000 florins, et fut nommé dans la méme année député au parlement de Francfort. Il est mort le 1¢ aont 1851, 4 Bamberg. Parmi les nombreux ouvrages de M. Behr, nous citerons particuliérement son Hssai sur les seigneuries féodales ( 1799); son Systéme de droit public (2 vol., 1810); Constitution et administration de U Etat (1811-1812); Haposition des besoins ef des veux du peuple allemand (1816); Lecons d’Economie politique (1822) ; Besoins et veux des Bavarois ( 1830).
BEHRING. Voyez Benne.
BEICH (Joacnim-Frangors), peintre et graveur, né en 1665, & Ravensbourg (Wurtemberg), mort 4 Munich, en 1748. Son pére, qui était géométre , s’occupait aussi de peinture , et put lui donner les premiers principes de Vart. Beich devint bientdt un artiste habile : aussi fut-il chargé par V’électeur Maximilien-Emmanuel de peindre les batailles livrées par ce prince en Hongrie. Ce travail terminé, il alla visiter Italie, ot il exécuta plusieurs ouvrages auxquels Salvator Rosa n’eit pas dédaigné d’attacher son nom : la maniére de ce dernier peintre est en effet celle dont Beich se rapproche le plus.
BEIGH. Voyez Bey.
BEIRA, province de Portugal, divis¢e en Haut Beira ou du nord, et Bas Beira ou du midi ; elle s’étend depuis la rive gauche du Douro jusqu’au Tage et a la province d@’Estramadure, et complait, en 1865, 1,286,637 habitants, réparlis sur une superficie d’environ 400 myriamétres carres. Le nord et Pest de cette contrée sont hérissés de montagnes, ramifications de la chaine principale dite Sierra- Estrelha, dont le pic supérieur, situé & Malhao-de-Serra , s’éléye 4 prés de 2,700 métres au-dessus de niveau de la mer, et qui prolonge jusqu’aux extrémités septentrionale et taéridionale de la province ses plateaux, ou partout la nature se montre pre et sauvage. Du cdté de lPouest, au contraire, le sol va toujours s’abaissant davantage, et finit par ne plus former qu’une vaste plaine, tantot sablonneuse, tantot marécageuse , et que traversent le Vouga et le Mondego, fleuves qui vont se jeter dans l’océan Atlantique. La diversité des climats qui régnent dans les différentes parties de cette province répond complétement @ la diversité de son sol et de ses produits. Tandis que les montagnes restent une grande partie de l'année couvertes de neige, les vallées avec leur luxuriante végétation offrent de précieuses ressources pour l'éducation des bestiaux, notamment pour celle des moutons, dont Ja race est des plus belles, et les épaisses foréts de chénes et de chataigniers qu’on rencontre dans un grand nombre de districts ne sont pas moins favorables a l’éléve des pourceaux. C’est de la province de Beira qu’on tire les jambons de Lisbonne, qui ont acquis au loin une juste célébrité. Les coteaux sont utilisés pour la culture des vignes, des oliviers , des orangers et d’arbres fruitiers de toute espece. Le mais réussit admirablement dans les ferrains chauds et humides, tandis que les riches champs de blé des plaines accusent une agriculture avancée. L’exploitation des mines y est sans importance, et le lavage de l'or n’y donne que des produits insignifiants. Les eaux minérales qu’on y découvre chaque jour procurent des bénéfices plus assurés, ef ceux que produit l’exploitation des marais salants de la céte ne laissent pas que d’étre considérables. La population est pauvre, mais de murs douces et honnétes, et remarquable d’ailleurs par son activité et sa gaieté. La péche, l’agriculture, l'éducation des bestiaux , un pew d'industrie manufacturiére, le commerce de Vhuile, du mais, des oranges, des jambons, des haricots, des fromages Je lait de chévre, du miel, de la cire, de la laine, du sel,
BEHR —~ BEIREIS
de pierres meuliéres et de quelques poteries, constituent ses moyens d’existence. Coimbre est la ville la plus importante de la province de Beira.
BEIRAKTAR (Musrapua). Voyes Bamax -Dar.
BEIRAM ou BAIRAL, c’est-a-dire JSéte du sacrifice. On en compte deux, le béiram et le kourban-béiram. Béiram est le nom commun des deux seules fétes fondamentales et rituelles de la religion musulmane. Ce sont des fétes mobiles, qui, dans espace de trente-trois ans, tombent en toutes les saisons et tous les mois de l'année, parce que année mahométane est lunaire. La premiére de ces fétes arrive le 1° jour de la lune qui suit celle du ramadan, ou caréme des Musulmans. On la célébre 4 Constantinople avec un grand éclat; elle est en outre Voccasion de présents et de cadeaux que recoivent de leurs subordonnés les principaux officiers de ’empire. La deuxiéme est fixée au 70° jour aprés la premiére ; elle dure quatre jours, et c’est la plus solennelle. Quelques voyageurs européens ont prétendu le contraire sans fondement; ce qui lesa induits en erreur, c’est que le premier béiram, terminant les mois de caréme , est accompagné de plus de réjouissances et passe méme dans Popinion du peuple pour le grand Béiram.
Les fétes de Kourban-Béiram s’appellent en arabe Aid-el- Kebir : en Algérie les principaux chefs des tribus exécutent ces jours-l4 ces jeux qu’on nomme la fantasia. Chaque grande famille appelle ses membres a des festins splendides , les amis échangent des présents, chaque maison habille a neuf ses domestiques; mais cette féte est surtout celle des enfants. Louis Reyeaup.
BEJRAM (Hadji), saint en grande yénération parmi les Tures, né prés d’Angora, mort en l’an de I’hégire 816 (1471), fut chéik et fondateur d’un ordre de derviches appelés, d’aprés lui, Béirami. Son tombeau est encore aujourd’hui le but de nombreux pélerinages.
BEIREIS ( Gorrrniep-Cunisrorue), espéce d’original qui ambitionna @’étre le comte de Saint-Germain de l’Allemagne, et qui semble avoir profité de l'autre coté du Rhin, comme celui-ci 4 Paris, de connaissances positives en chimie et en physique plus étendues qu’on n’en possédait généralement vers la fin du dix-huitiéme siécle, a l’effet de réaliser des bénéfices considérables par l’exploitation habile de recettes encore peu ou point connues, tout en cherchant A faire croire au vulgaire qu’il avait trouvé le secret de la pierre philosophale.
Beireis naquit en 1730, 4 Mulhouse, ou son pére, fonctionnaire public, s’occupait un peu de pharmacie. En 1750 il alla étudier le droit 4 Iéna, et en méme temps, pour satisfaire une vocation toute particuliére chez lui, les mathématiques, la physique, la chimie et la médecine. Ses études terminées, il entreprit des voyages, autant pour accroitre ses connaissances que pour faire argent des découvertes qu’il avait faites en chimie. Mais au lieu de s’en étre allé dans les Indes ainsi qu’il le prétendait, il est vraisemblable qu'il parcourut tout simplement alors la France, I'Italie, la Suisse, la Hollande et l’Allemagne. Un fait certain, c’est qu’a sou retour, en 1756, jl se trouvait possesseur de sommes considérables, Il alla alors s’établir & Helmstedt, ot il étudia Ia chirurgie sous Heister, dont la clientéle passa presque tout entiére 4 son éléve quand il vint A mourir. En 1759, Beireis fut nommé professeur titulaire de physique a l'université de Helmstedt, professeur de médecine en 1762, de chirurgie en 1768, médecin particulier du duc Charles Ferdinand de Brunswick en 1802, et mourutle 17 septembre 1809.
Les contemporains de Beireis s’accordent a le représenter comme un homme d’une grande piété, de beaucoup de bon sens naturel et d’un savoir fort étendu, Dans la pratique et l'enseignement de l'art médical il faisait preuve d’autant de désintéressement que @habileté. Mais il était dominé en méme temps par une vanité et un esprit de charlatanisme qui devenaient le plus souvent le mobile de ses actions. 1
BEIREIS — BEJART
vécut constamment dans un état disolement presque complet, ne se maria jamais, et s’efforgait de jeter quelque chose de mystérieux sur toute son existence. Sa maison était encombrée de curiosités, dont les unes étaient réellement rares et précieuses , et dont les autres étaient présentées par lui comme telles avec beaucoup d’habileté. Il possédait dix-sept collections différentes @objets d’art, de sciences, d’histoire naturelle, de mécanique, etc., et avait passé toute sa vie a les réunir 4 grands frais. Sa collection de tableaux contenait beaucoup de tviles précieuses, encore bien qu'il donnat souvent des copies pour des originaux. On voyait chez lui, par exemple, les trois fameux automates de Vaucanson, la montre magique fabriquée par Droz et d’autres chefs-d’ceuvre de mécanique. Ses préparations physiologiques et anatomiques étaient dune haute importance, et entre autres celle de Lieberkuhn, unique en son genre. Son médaillier contenait un grand nombre de vieilles monnaies d’or d’une valeur considérable. Ce n’était que fort rarement, et encore seulement & des connaisseurs, quil montrait une masse transparente, plus grosse qu’un ceuf de poule, qu’il disait étre un diamant du poids de 6400 carats, que tous les princes de la terre réunis n’auraient jamais les moyens d’acheter, II prétendait que cet inappréciable joyau lui avait été mis en gage par l’empereur de la Chine, et il racontait & ce propos une foule de détails trés-adroitement combinés pour donner 4 ce conte l’apparence de la réalité. A sa mort on ne retrouva plus dans son héritage ce prétendu diamant, que des personnes compétentes ont déclaré n’avoir été qu'un caillou de Madagascar.
Quelque exagérée qu’ait pu étre la valeur attribuée par Beireis 4 ses diverses collections, on ne saurait disconyvenir en tout cas qu’elles durent lui cotter des sommes considérables; et on était dés lors en droit de demander comment un homme dans sa position avait pu se les procurer. Pour expliquer cette énigme, Beireis répondait qu’il savait faire de Yor ; et il montrait de prétendues preuves de son merveilleux secret, Mais ce qu’il y a de plus vraisemblable, c’est qu’a cette époque, ou la chimie était encore si arriérée, il fit plusieurs découvertes utiles et d’un grand profit, par exemple celled’un meilleur mode de préparer Je carmin, dont il vendit le secret aux Hollandais, et celle de Vart de fabriquer du vinaigre avec des matiéres premiéres jusque alors sans emploi pour un tel usage; découverte dont il céda la propriété, en se réservant pendant un grand nombre d’années une grande partie du bénéfice a tirer de son exploitation. Les dissertations physiologiques quwil a publiées sont sans importance. Consultez Lichtenstein, dans Almanach Historique de Raumer (année 1847).
BEIROUT, BEYROUTH ou BAIROUT, lancienne Béryte, ville de la cdte de Phénicie, située entre Sidon et Tripoli, qu’Aboulfeda vante comme le port florissant de Damas, ou Justinien fonda une école de droit, et qui conservait encore une grande importance au temps des croisades, n’est plus aujourd’hui qu’un port insignifiant et en partie comblé par les sables d’un petit fleuve portant le méme nom, qui vient s’y déverser dans la mer, aprés avoir fécondé une contrée célébre par son excellente culture du tabac.
Cette ville est le siége d’un évéque grec et d'un évéque maronite, et depuis longtemps un lieu de rendez-vous pour les caravanes de pélerins s’en allant a la Mecque. On y comptait 8,000 habitants en 1840.
En 1840 Beirowt joua un réle important dans les affaires d’Orient. Les hostilités contre le pacha d’Egypte commencérent en Syrie par ie bombardement de cette ville. I] dura lu 10 au 14 septembre, et fut exécuté par les flottes combinées de l’Angleterre, de l’Autriche et du grand seigneur, placées sous les ordres de Pamiral Stopford. Détruite en grande partie 4 la suite de cette démonstration, la ville fut évacnée par Soliman-Pacha le 9 octobre, et occupée le méme jour par les troupes des confederés. Le Jendemain
Ibrahim - Pacha fut expulsé de la forte position qu’il occupait prés de Beirout, et complétement mis en déroute par une armée turque que commandaient Sélim-Pacha, le com-
modore Napier et le général Jochmus.
Entrepot commercial de tout le Liban, Beirout est une des villes les plus florissantes de la Syrie; elle compte aujour- Whui 60,000 Ames. Son principal produit d’exportation est la soie qui s’éléve, année commune, a plus de 100,000 kilogr. d'une valeur de 2,250,000 fr. ; puis viennent l’huile, le vin, le tabac, les fruits secs, les céréales. Le total de ces produits s’élave, année moyenne, a prés de 4 millions de francs. Beirout occupe de nombreux tisserands en soie, des layetiers renommés pour leurs coffres & mosaiques , des potiers de terre. On y imprime une gazette arabe, rédigée par des chrétiens indigenes. Cette ville est en communication avec Damas par une route carrossable, construite de 1857 & 1862 par une compagnie frangaise ; des services de diligences et de roulage y remplacent |’antique caravame de chevaux et d’Anes qui mettait trois jours 4 faire ce trajet de 108 kilométres. En outre, Beirout est en relation avec Europe par des lignes de bateaux a vapeur et des cables sous-marins,
Aprés les massacres des chrétiens 4 Damas, un corps d’armée francais fut envoyé en Syrie; et campa en partie aux environs de Beirout depuis le 14 aot 1860 jusqu’au 5 juin 1861,
BEJA, ville du Portugal, avec 6,000 ames , est la Pax Julia des Romains. Cest une place forte, dont les remparts sont flanqués de quarante tours, et un siége d’évéché, Elle posséde une cathédrale remarquable et un col ége.
BEJART. Cinq personnages de ce nom ont fait partie de la troupe de Moliére. Ils avaient pour pére un procureurau Chatelet, nommé Joseph Bésart, qui négligea ’éducation de ses enfants ; cependant Béjart ainé et Louis Béjart se firent toujours remarquer par la noblesse et ’élévation de leurs sentiments, Moliére les aimait et les estimait beaucoup. — Madeleine Bésart, qui n’était pas également digne de son estime, lui inspira pourtant pendant quelque temps un sentiment plus tendre. Il parait qu'il succéda dans ses bonnes graces au comte de Modéne, qui avait eu delie, en 1638, une fille naturelle. Jusque-la Madeleine se vantait de n’avoir jamais eu de faiblesses que pour des gentilshommes, Elle devint par la suite la doyenne de la troupe, gui lui témoignait une grande déférence. — Genevieve BEsarT, sceur des précédents, épousa Villaubrun, puis Aubry, qui de maftre paveur était devenu auteur tragique. Elle jouait les réles de soubrettes, et mourut en 1675.
BEJART (Louis), né & Paris en 1630, mort en 1678, fit également partie dela troupe de Moliére, et joua avec un suceés constant dans la plupart des piéces de notre comique. Entre autres rdies créés par lui, il faut citer celui de La Fléche dans /’Avare, et c’est parce qu'il boitait légérement, par suite d’accident, que Moliére fait dire a Harpagon : « Je ne me plais point a voir ce chien de boiteuxla. » Quand il quitta la scéne, en 1670, ses camarades lui firent une pension de 1,000 livres : telle est l’origine des pensions de !a Comédie francaise.
BEJART , ( ARMANDE-GRESINDE-CLAIRE-ELISABETH) , née en 1643, était la sceur puinée des précédents. Lorsqu’elle épousa, en 1662, Villustre Moliére, plus 4gé qu'elle de vingthuit ans, ce dernier fut accusé par l’acteur Montfleury de s’étre uni a sa propre fille, ce qui était une calomnie. « Cette horrible accusation, dit M. Taschereau, se fondait en partie sur ce que quelques personnes s’étaient persuadées alors qu’Armande Béjart était fille de Madeleine Béjart, sa sceur ainée, qui avait été la maitresse de Moliére, et qui était ac~ couchée le 11 juillet 1638 d’un enfant dont le comte de Modéne avait bien voulu se reconnaitre ie pére. Montfleury ne manquait pas d’affirmer que ce gentilhomme avait été dupe
| @une coquine ; mais aujourd’hui, grace aux savantes re
cherches de M. Beffara, la fausseté de cette accusation est devenue évidente. »
Moliére en épousant Armande Béjart avait voulu réaliser le réve impossible d’un cceur tendre et généreux. Il avait élevé cette enfant sous ses yeux, la formant a ses idées, la créant pour ainsi dire une seconde fois 4 son image ; il avait espéré qu’en la mettant a l’abri de tout contact étranger, elle ne pourrait étre que toute a lui; enfin, suivant ses propres expressions, il l’avait prise dés le berceau pour en faire sa femme. Eh bien! tout son génie échoua devant la coquetterie vulgaire d’une 4dme mesquine, et .cette noble erreur, Moliére la paya de son repos, peut-¢tre de sa vie.
Mademoiselle Moliére (on disait ainsi) n’était pas une beauté accomplie : M'® Poisson nous la représente petite, avec une trés-grande bouche et de trés-petits yeux. Il est vrai que M''* Poisson était la camarade de M'€ Moliére, et Yon pourrait croire qu’elle n’a pas flatté le portrait, si Moliére n’en avait tracé un semblable dans une scéne du Bourgeois Gentilhomme entre Covielle et Cléonte (acte III, scéne 1x). Elle s’amouracha d’abord du duc de Guiche, qui n’y prit pas garde; elle se consola ensuite de ses dédains avec Lauzun. Bientét on ne compta plus ses amants, et le scandale devint tel que Moliére, qui Vadorait toujours, dut se résigner 4 une séparation. Seulement, par égard pour les bienséances, il exigea que sa femme n’allat point demeurer dans un autre logis que le sien; mais ils ne se virent plus qu’au thédtre. Plus tard elle vécut publiquement avec Vacteur Baron, beaucoup plus jeune qu’elle. Eut-elle un remords de sa conduite quand 4 la mort de Moliére elle s’écria : « Quoi! on lui reftise ici la sépulture? en Gréce on lui edt élevé des autels! » et que pour apaiser le peuple qui entourait le cercueil de son époux et voulait insulter a ses restes, elle fit jeter par les fenétres une somme d’argent assez considérable ? On aimerait 4 Je croire; mais on s’y refuse quand on la voit quelque temps aprés échanger ce grand nom de Moliére contre celui du comédien Guérin d’Estriche. 11 parait, du reste, qu’elle ne l’épousa pas trésvolontiers, mais qu’elle y fut réellement forcée, parce qu’il l’avait mise dans un état critique pour une veuve. L’histoire impartiale dit qu’a partir de cette nouvelle union , la Béjart vécut d’une vie exemplaire; mais la chronique médisante fait remarquer qu’elle avait quarante-cing ans, et le mérite de sa conversion en souffre assurément. Elle mourut le 30 novembre 1700.
Des trois enfants qu’Armande Béjart avait eus avec Moliére, une seule survécut a son pére ; elle était grande et bien faite , peu jolie, mais en revanche trés-spirituelle. Elle se fit enlever a vingt et un ans par un sieur Rachel de Montalant, qui avait le double de son age et quatre enfants. Elle I’épousa plus tard, et mourut sans postérité, le 23 mai 1723.
W.-A. Duckett.
BEJAUNE, pour bec-jaune, terme de fauconnerie, par lequel on désigne un jeune oiseau qui n’est pas encore sorti du nid, qui n’est point formé, parce qu’en effet le bec est généralement de cette couleur chez les petits des oiseaux, et qu’il ne commence a noircir que lorsqu’ils acqui¢rent de Page et de la force.
On a transporté cette dénomination dans le langage figuré pour désigner un jeune homme simple et sans expérience, qui ne connait encore rien du monde, et que cette ignorance expose a étre trompé et a faire plus d’une école. II signilie donc en général ignorance, et c’est en ce sens qu’il faut le prendre dans cette phrase proverbiale: On lui a fait voir son béjaune.
Au temps dela Basoche on donnait ce nom aux clercs qui entraient dans la corporation. Chaque clerc qui débutait chez les notaires , commissaires ou procureurs du Chatelet, était tenu, apres le 9 mai, de payer au prévot et aux trésoriers de la Basoche, pour son entrée et bienvenue, la
BEJART — BEKKER
somme de 6 sous parisis; s'il s’y refusait, il était taxé a 8 sous; s'il refusait encore , on était en droit de saisir et vendre ses manteaux, chapeaux et autres objets 4 lui appartenant. Ces nouveaux venus étaient nommés béjaunes ou becs-jaunes, dit Ducange, comme est le bec des oiseaux qui ne sont pas encore sortis de leur nid. Les lettres que la corporation delivrait pour constater le temps de la cléricature s’appelaient lettres de béjaune.
BER. Voyez Bey. ,
BERKKER (Eisasets ), une des gloires de la littérature hollandaise, née le 24 juillet 1738, 4 Flessingue, avait épousé le pasteur réformé Adrien Wotrr. Aprés la mort de son mari, arrivée en 1777, elle vécut dans Vamitié la plus intime ayec la spirituelle Agathe Deken, et, a l’époque de la guerre entre l’Angleterre et la France, toutes deux vinrent s’établir 4 Trévoux. Pendant la révolution, sa présence d’esprit non-seulement la déroba a la guillotine, mais encore facilita la mise en liberté du mari de son amie’, Renauld, Elle revint avec elle en Hollande en 1795, et vécut dés lors a La Haye, ou elle mourut, le 25 novembre 1804. Sa dépouille mortelle repose dans le cimetitre de Scheveningen, a cété de celle de son amie, qu’elle ne précéda que de quelques jours dans la tombe. Peu de femmes auteurs réunirent a un si haut degré le talent, la dignité et ’austérité des moeurs. De 1a le succés et l’influence vraiment immenses de ses nombreux écrits, dont plusieurs, notamment ses romans: Historie van Willem Levend (8 vol. Amsterdam, 1785), Historie van Sara Burgerhart (2 vol. 1790), Abraham Blankaart (2 vol. 1787 ) et Cornelie Wilsdschut (2 vol. 1793 ) sont depuis longtemps au nombre des classiques de la liftérature hollandaise. Elle composa ses ouvrages les plus importants en société avec son amie Agathe Deken, et |’on n’a jamais su laquelle des deux avait le plus contribué a l’ceuvre commune.
BERRER ( Bartnasar ), théologien et savant hollandais, né prés de Groningue en 1634, et mort & Amsterdam en 1698, aprés avoir été successivement ministre et prédicateur dans plusieurs églises allemandes, a laissé de nombreux écrits, dont le plus remarquable, et celui qui contribuale plus a le faire connaitre, est le Monde enchanié. Bekker y attaque l’opinion du peuple sur le pouvoir des démons ; mais, malgré Bayle et les bons esprits qui commengaient a éclairer le monde, la croyance dans la sorcellerie et dans la démonomanie était encore en vigueur dans toute l'Europe au milieu du dix-septitme siécle, méme parmi les théologiens, et ouvrage de Bekker lui attira des persécutions.
Bekker, aprés avoir commencé par nier le pouvoir de Satan, s’enhardit jusqu’a soutenir qu’il n’existe pas. « Sil y avait un diable, disait-il, il se vengerait de la guerre que je lui fais. » Selon lui, le serpent qui séduisit nos premiers parents n’était point un diable, mais un vrai serpent, comme |’dne de Balaam était un dne véritable, et comme la baleine qui engloutit Jonas était une véritable baleine. Du reste, Vauteur met son esprit a la torture pour interpréter les textes qui peuvent étre favorables 4 son opinion et pour éluder ceux qui lui sont contraires. Par une raison qui peut paraitre une contradiction chez lui, Bekker admet existence des anges; mais, en méme temps, il assure qu’on ne peut prouver par la raison qu’il y en ait. Voltaire, terminant son examen du livre de Bekker, prétend que si le diable lui-méme avait été forcé de lire /e Monde enchanté de Bekker, il n’aurait jamais pu lui pardonner de layoir si prodigieusement ennuyé. Ce qui paraft certain, c’est que ses partisans firent frapper des médailles en son honneur ; mais, d’un autre cdté, ses ennemis en firent {rapper une sur laquelle le diable est représenté en prédicateur assis sur un ane,
Bekker, dit un de ses biographes, avail une figure tréslaide; ses joues étaient trds-saillantes, et son nez et son menton étaient tellement allongés qu’ils se joignaient
BEKKER — BELCHITES
presque, Quoique profond théologien, il faisait de mauvais sermons; il y mélait quelquefois méme des bouffonneries.
BEKRER (Emmanuev ) , savant philologue, né le 21 mai 1785, a Berlin, fut le meilleur éléve de Wolf. Depuis 1807 il occupe la chaire de littérature grecque a l'université de Berlin. Toute sa vie se résume dans ses ouvrages et dans les nombreux voyages qu'il a faits 4 Paris, 4 Londres, & Rome et dans les grandes villes d’Italie pour collationner des manuscrits ou préparer des éditions d’auteurs anciens. Il a consigné en grande partie le résultat de ses recherches dans ses Aneedota grexca (Berlin, 1814-1821, 3 vol.) et il a pris une part active au Corpus inscriptionum grecarum et au Corpus scriplorum hisloriz Byzantine. Les éditions classiques auxquelles il a attaché son nom sont celles de Thucydide (1821), de Démosthéne (1823), de Photius (1824), de PIliade (1826-27, 3 vol.), et d’Aristote (1831-36, 4 vol. in-4).
BEKTACHIS ou BEIGTACHIS, ordre de moines ow derviches tures, qui tirent leur nom de leur fondateur, Hadji-Bektach, religieux musulman, natif du Khoragan, et surnommeé le Sainé¢. Ce fut sur le bruit de ses prophéties et de ses prétendus miracles que le sultan othoman Amurath 1° le choisit pour bénir, en 1362, ’étendard de la fameuse milice des janissaires, instituée par le sultan Orkhan, son pére, mort l’année précédente. Pendant lallocution qu'il leur adressa, il mit sur la téte de un d’eux la manche pendante de sa robe en feutre blanc, et cette manche devint le modéle du bonnet que les janissaires portaient dans les grandes cérémonies. Bektach mourut a Kir-Chehr, vers 1367.
Les becktachis ne vivent que du produit des aumdnes et du travail de leurs mains; ils font des cuillers, des écumoires, des grattoirs, des boucles de ceinture , etc. Il y avait beaucoup de sympathie entre eux et les janissaires, qui logeaient et entretenaient toujours, 4 Constantinople, huit becktachis dans leurs casernes. Ceux-ci , dans les solennités , marchaient a pied, vétus de drap vert, devant laga des janissaires, en faisant entendre des cris affreux. Déailleurs, méme indépendance, méme indiscipline, méme immoralité dans ces deux institutions. Les becktachis menaient une vie errante, pouvaient se marier , et modifiaient a leur gré les prescriptions du Koran. H. AUDIFFRET,
BEL ou BELUS. Voyes BAAv.
BELA. Ce nom a été porté par quatre rois de Hongrie de la dynastie des Arpades.
BELA I*, quirégna del’an 1061 4 l’an 1063, réprima énergiquement la derniére tentative faite pour le retour des populations hongroises au paganisme. L’introduction d’un systéme régulier de poids, de mesures et de monnaies dont la Hongrie lui fut redevable, peut & bon droit le faire considérer comme le créateur du commerce dans cette contrée. C’est lui aussi qui institua la représentation nationale par des diétes. Celle quil convoqua 4 Stuhlwissembourg ne se composa que de deux nobles élus par chaque comitat, tandis que jusque alors la noblesse tout entiére avait toujours assisté aux diverses assemblées.
BELA II, dit /?Aveugle, qui régna de l’an 1131 a I’an 1141, avait eu dans son enfance les yeux crevés comme son pére Almus par ordre de sun cousin Coloman ; celui-ci avait voulu le faire priver des organes de la virilité, mais ’humanité de ses émissaires sauva Bela de cette mutilation. Le jeune prince grandit sous la protection des moines de Doemoes et de Petovarad. Le roi Etienne IJ n’ayant point d’héritier, et les grands étant mal disposés pour Boris, fils de Coloman, qui n’était pas marié, on songea a appeler au trone le prince aveugle. Epuisé par les débauches de sa jeunesse, le roi laissa les grands désigner Bela pour leur souverain a venir. Ii lui assigna Tolna pour résidence, lui donna une pension annuelle en rapport avec son rang, et lui fit épouser Hélene, fille d’Urosch, prince de Servie. Dans les derniéres années de sa vie, Bela If s’abandonna 4 la boisson, se laissa extorquer dans livresse des donations et des condamna-
tions 4 mort, et mourut aprés avoir occupé dix ans Je tréne.
BELA III, qui régna de 1174 4 1196, avait été élevé a Constantinople. I! introduisit 4 la cour et dans le pays les moeurs et la civilisation byzantines; circonstance heureuse pour le développement du bien-étre matériel de la nation, mais qui, en placant Béla sous l’influence directe de l’empereur grec Emmanuel, était de nature 4 compromettre son indépendance politique.
BELA IV, qui régna de 1235 4 1270, fils de cet André If 4 qui la noblesse arracha la Bulle-d’Or, la Grande-Charte des Hongrois, s’effor¢a surtout de rendre au pouvoir royal tout son ancien prestige , en opprimant et en humiliant la noblesse. Mais il ne réussit par 1a qu’a provoquer ainsi un mécontentement général, par suite duquel la noblesse appela & son secours le duc d’Autriche Frédéric II, que Bela battit complétement en 1236, et a qui il imposa les plus dures conditions d'indemnité pécuniaire. Or, & quelque temps de 1a Bela était réduit a aller demander asile au prince qu’il avait vaincu. En effet, les Mongols, qui en 1241 envahirent la Hongrie en y portant partout le fer et le feu, le battirent sur les bords du Sajo.
Pendant l’action méme, le roi s’enfuit en Autriche, ot il avait envoyé d’avance sa femme, Marie Lascaris , ef son enfant, et ot le duc Frédéric ne consentit 4 l’accueillir qu’aprés avoir dépouillé de ses trésors. Dans son désespoir, Béla offrit son royaume comme fief a l’empereur Frédéric IT, si les secours de |’Allemagne pouvaient le sauver des hordes mongoles. Mais l’empereur avait a lutter contre le pape et contre ses nombreux partisans, et ’humiliation de son plus redoutable ennemi lui paraissait bien autrement importante que la guerre des Mongols. Bela, ainsi abandonné a luiméme, s’enfuit a Zagrab, de 14 & Spalatro et dans Vile de Veglia, ouil fut bien regu par les Frangipani, que jadis son aieul avait protégés (1241).
Au bout d’un an, les Mongols, qu’effraya la nouvelle de la mort de leur grand khan, quittérent la Hongrie, épuisée, et Bela, 4 son retour, la trouva dans la situation la plus déplorable; il ne s’appliqua plus qu’a guérir les blessures de son peuple et a rétablir la paix et la sécurité. Il y réussit si bien que dés l’année 1246 il se sentait assez fort pour tirer une éclatante vengeance du duc d’Autriche par la déroute compléte qu’il lui fit essuyer sous les murs de Wiener-Neustadt, et qu’en 1262 il put vigoureusement repousser une nouvelle invasion de la Hongrie tentée par les Mongols. Il mourut en 1270; ses derniéres années furent remplies d’amertume par les fréquentes révoltes de son fils Etienne.
BELBEUF (Famille pg). La terre de Belbeuf fut érigée en marquisat par lettres patentes du mois de septembre 1719, en faveur de la famille Godart, originaire de Normandie, qui avait donné plusieurs magistrats distingués au parlement de Rouen. Les rejetons de cette famille ont porté depuis, presque exclusivement, le nom de Belbeuf, qui dissimulait mieux leur noblesse de robe.
Antoine-Louis-Pierre-Joseph Gopart, marquis de Bex- BEUF, néa Rouen le 20 octobre 1791, entra de bonne heure dans la magistrature, of son déyouement aux Bourbons lui mérifa un avancement rapide. Aprés la révolution de Juillet, ardeur de son zéle le fit nommer premier président de la cour royale de Lyon, et ensuite appeler a la Chambre des Pairs par une ordonnance en date du 3 octobre 1837. Son vote y a seul quelquefois manifesté sa présence. Destitué en février 1848, il a été appelé au sénat le 26 jan-vier 1852, lest auteur d’une Histoire des grands panetiers de Normandie (1856, in-8). Il est mort au mois de février 1872.
BELCIITES, ville forte dEspagne, située dans le royaume d’Aragon, a 32 kilométres $.-E. de Saragosse, sur les rives de |’Almonacid , avec une population d@environ 2,500 habitants. Elle est demeurée célébre dans les fastes de nos grandes guerres, par la victoire que remporta sous ses
murs, le 17 juin 1809, une armée frangaise forte de 12,000 hommes, et commandée par Suchet, sur 30,000 Espagnols aux ordres de Blake. L’explosion fortuite de quelques grenades jeta une telle confusion dans un des régiments espagnols qu’il entraina dans sa fuite le reste de l’armée, Les annales de la guerre offrent peu d’exemples d’une déroute aussi compléte. Les Espagnols eurent 6,000 hommes tués ou blessés, et abandonnérent 36 piéces de canon sur le champ de bataille, tandis que nous comptames au plus cent des notres tués ou blessés.
BELED-EL-GERHID. Voyes BéLup-EL-Dsinw.
BELEM, abréviation de Be/hiéem, nom dun faubourg de Lisbonne, a embouchure du Tage, comprenant une population de 5,000 Ames et relié 4 la capitale par les quartiers d’Alcantara et de Ja Jonqueira, ne fut érigé en ville qu’en 1754. Il recut son nom de l’église placée sous l’invocation de Nossa Senhora de Bethiéem, que le roi Emmanuel, au retour des Indes de Vasco de Gama, en 1499, fit construire en Phonneur de la Nativilé du Christ. Cest dans le couvent d’hiéronymites qu'il y adjoignit que se trouve le superbe caveau funéraire en marbre blanc ot' lon dépose les restes mortels des princes et princesses de la famille royale. A la suite du tremblement de terre de 1757, ce monument fut reconstruit dans le style gothique. Le nouveau palais , bati aprés Vincendie qui dévora l’ancienne résidence royale, est admirablement situé , et l'on y jouit d’une vue déliciense sur le port et sur la mer. Il y a a Belem un laboratoire de chimie, un cabinet d'histoire naturelle, un jardin botanique, avec une ménagerie et un vaste parc. L’antique tour de Belem (Torre de Belem), défendue par des batteries, et qui sert aujourd’hui de prison d’Etat, mérite d’étre visitée. Belem fut pris en 1807 par les Frangais, et en 1834 par dom Pedro.
BELEMNITES (du grec B@epvov, fléche). On a ainsi nommé, a cause de leur figure allongée, certains corps fossiles sur le compte desquels les auteurs ont émis une foule @ opinions ; quelques-uns ont aussi appelé ce méme minéral pierre de lynx, par suite de la croyance ancienne qui youlait que la bélemnite fat formée de Vurine du lynx, origine aussi fabuleuse et aussi pen prouvée que la vertu que Yon attribuait 4 ce fossile en Je prescriyant, réduit en poudre, comme un agent propre a briser la pierre et a la chasser des reins et de Ja vessie par les voies ordinaires,
Les bélemnites sont de la grosseur et de la longueur du doigt, pointues par un bout en forme de pyramide ou de fléche, blanches, grises ou brunes. On les a regardées tour a tour comme des stalactites, des bois pétrifiés, des dents de poisson , des défenses de narwal, des dents de crocodile, des tubulites, des holoturies pétrifiées, des pointes d’oursin, ce qui les rattacherait 4 la fois aux trois régnes de la nature.
Aujourd’hui, les recherches de MM. Agassiz, de Férussac eft Alcide d’Orbigny ont amené ce dernier a conclure que Ja bélemnite n’est ni une pointe d’oursin, ni une pointe d’échinoderme, et que l’alvéole n’est pas un animal parasite, comme l’a cru M. Raspail. « Elle ne peut étre comparée, ajoute le méme savant, aux orthocéres, coquilles completes, susceptibles de recevoir l’animal entier dans leur loge supérieure; elle n’est pas non plus un corps parfait interne, mais la trés-petite partie d’un osselet placé dans les téguments, & |’extrémité postérieure d’un animal complet, pouvant, dés lors, varier beaucoup plus dans sa forme qu’une partie dont les fonctions sont importantes dans I’économie vitale. Si je le compare au centre crétacé des os de seiche, j'aurai la certitude qu’il devait étre trés-dur avant la fossilisation, et quiln’a pas beaucoup changé de nature... On pourrait croire que les bélemnites étaient des animaux cotiers, voyageant par grandes troupes sur les rives des anciens océans ; ce qu indiqueraient les bancs qu’on en rencontre dans presque tous les lieux od elles se trouyent, »
BELCHITES — BEL ESPRIT
Les bélemnites sont trés-abondantes dans les terrains qui renferment de la craie.
BELENUS (tait la divinité principale de quelques parties de la Gaule, et surtout de la Pannonie, de I’Illyrie et de la Norique. On croit que sous ce nom les peuples de ces contrées adoraient le soleil ; aussi Bélénus a-t-il été considéré comme |’Apollon des Grecs et l’Orus des Egyptiens. Les érudits se sont épuisés en inutiles conjectures sur ’étymologie du nom de cette divinité gauloise; quelques-uns, V’écrivant en grec et lui donnant une légére modification, préten: dent y trouver le nombre 365, nombre des jours de l’année.
BEL ESPRIT. Entre Pesprit et le bel esprit, ces deux fréres du méme lit qui se détestent, la différence spéciale a établir, e’est que le dernier a plus particuliérement besoin de rester dans la circulation mondaine. Le monde lui doit un théatre, des spectateurs , des encouragements.
Le bel esprit est, & proprement dire, un commerce éphémére de bagatelles brillantes, qui fombent presque aussitot a vil prix, parce que tout le monde a l’étourderie de se méler de la concurrence; et comme la gaze de la veille est un chiffon le lendemain, on y supplée par une autre babiole, qui donne le ton 4 son tour, pour disparaitre avec le méme sort et la méme rapidité. Il y aurait une chronologie subtile a-écrire sur la diversité des métamorphoses du bel esprit, 4 ne le prendre que depuis les pointes dont Marot assaisonnait ses poésies, jusqu’aux extravagances du style moderne.
Une remarque se place naturellement ici : en Suisse, lorsqu’on n’a rien a dire, on fume; en Angleterre, on boit et on fume; en Allemagne, on réve; en Espagne, on fait la sieste; en France, on parle. Le vrai ciment d’un cercle , dans notre pays de politesse, oi1 chacun se déyoue de si grand ceeur a la corvée de divertir les autres, c’est le babil: au moindre silence, uncercle s’éparpille et se brise , comme une carafe pleine d’eau lorsque la température tombe au zéro du thermomeétre. De 1a est née la fureur du paradoxe dans les petites idées, et la maniére paradoxale d’exprimer de petites choses : les riens se traduisent de cent mille facons. Il est impossible de se soustraire 4 cette loi fatale, qui dans la bonne compagnie commande l’indiserétion, la calomnie, le calembour, ou la divagation, sous peine de passer pour un étre qui n’a point de savoir-vivre; et lon voit journellement des personnes , qui d’ailleurs se renvoient avec réciprocité ennui le plus mortel , moraliser 4 perte de yue , mais non sans charme, sur cet inconvénient , dans le seul but de ne pas arriver trop vite au bout de leur rouleau.
Montaigne a dit avec son expression qui porte coup et qui reste : La gravité est une qualité du corps pour cacher les défauts de Vesprit : les dnes sont graves. Ce mot, plus saillant que juste, semble avoir porté malheur au silence ; quiconque se réduit au role d’écouteur est perdu. Nul ne yeut avoir la sottise d’étre modeste, et l’orgueil du bel esprit devient le travers universel.
Le bel esprit, qui de nos jours comme autrefois est une profession dont une célébrité quelconque peut seule obtenir le brevet (bien que les contrefagons foisonnent), avait du temps de nos péres une excuse puissante, et qui maintenant est perdue. On suppléait alors a la liberté de la presse par des correspondances, et le journalisme était simplement épistolaire; les infidélités de la poste ne permettaient pas qu’on s’entrelint de matiéres graves. En conséquence, le laisseraller de Vimagination dans ces feuilles qui circulaient a la ronde, sous la protection de la renommée du signataire , autorisait le sans-géne du mot et le débraillé du langage. Le bel esprit avait succéd’ au métier de bouffon; les bonnes maisons avaient troqué leur fou contre un homme de lettres elles ne ~isquaient pas dy perdre et la balance des turlupinades doit étre en faveur de ces derniers, car ils y mettaient de la conscience, Il semblait que cela ft négligemment jelé au courant de la plume et sous la folle inspiration du téte-