BELGIQUE — BELGRAVE-SQUARE
ture. L’ancien monument de la place des Victoires a Paris, ouvrage de Martin Van der Bogaert, dit Desjardins. Services immenses rendus a Varchitecture, Architecture & ogives ou arcs pointus cultivée avec succés. Architecture bydraulique. Romain, de Gand, construit & Paris le pont Royal. La machine de Marly et celle de la Samaritaine dues & des Belges. Art de la ciselure porté 4 un haut point de perfection. Art de tailler le diamant trouvé au milieu du quinziéme siecle. Réforme de la musique en Italie, en France et en Allemagne. Hubert Waelrant, né en 1517, tente de réformer l’échelle musicale; cequ’Henri Van de Put opéra quelque temps aprés une maniére plus heureuse , en ajoutant la note si aux six iéjA en usage. L'imprimerie perfectionnée par Jean de Westphalie, les Fréres de la Vie commune, Plantin, les Moretus, etc. Invention du mortier au seiziéme siécle. Anciennes piques de Flandre dites gadendag. Invention des horloges a carillon. Perfectionnement de la fonte des cloches, Dentelles. Linge de table. Broderie a laiguille. Construction des carrosses dans les ateliers du sieur Simons pére. Exploitation du charbon de terre. Etablissement moderne des postes par Maximilien 1°". Progrés de la géométrie dus 4 Grégoire de Saint-Vincent, néa Bruges en 1584. Le jésuite Malapert de Mons observe les taches du soleil. La botanique enrichie par R. Dodoens de Malines; l’anatomie, par André Vesale, de Bruxelles, le premierné en 1518, le second en 1504. La médecine illustrée par Jacques Despares, de Tournai, médecin du roi de France, Charles VII. Nic. Cleynarts, de Diest, perfectionne , au seiziéme siécle, les méthodes grammaticales et celles pour l’enseignement des langues en général. Stevin, de Bruges, géométre du prince d’Orange Maurice, invente les chariots 4, voile. Gemma Frisius, professeur 4 Louvain, enseigne a se servir de l’astrolabe. Geoffroy, de Malines , invente une machine a laide de laquelle les navires peuvent aller contre les courants avec d’autant plus de vitesse que ces courants sont plus forts. 2gidius Diestensis ou Gilles de Diest , imprimeur d’Anvers, emploie le premier des cartes géographiques gravées sur métal. Gérard Mercator, ou Kauffinann, né a Rupelmonde en 1512, invente la projection des cartes marines, que les Anglais tachent en vain de s’attribuer, etc., etc. On pousserait aisément plus loin ce tableau, pour lequel on trouve des matériaux dans un mémoire , du reste trés-incomplet, de P.-J. Heylen, De Inventis Belgarum, et dans les notes intéressantes que M. Le Mayeur a ajoutées a sa Gloire belgique. De REIFFENBERG. ]
BELGRADE, le Taurunum des anciens, appelée par les Tures Darol-Djihad, cest-a-dire la maison de la sainte guerre, en allemand Weissenburg , dérivé du slave brilo, blanc, et grad ou grod, cest-a-dire chdteau ou ville, en hongrois Nandor Fejervar, importante ville forte et capitale de la Servie, située au confluent de la Save et du Danube, avec une population de 22,298 ames. Elle se compose des parties suivantes : 1° la forteresse, qui domine le Danube, posséde de hautes murailles, de fortes tours, un triple rang de fossés avec des mines et des casemates a |’abri de la bombe, et séparée des autres quartiers de la ville par un grand emplacement vide de quatre cents pas de large; 2° la Ville @’eau (Wasserstad?), la partie la plus agréable de la ville, entourée de fossés et de remparts, située au nord, au confluent des deux riviéres; 3° la Rai/senstadt, située & louest de la Save, entourée de palissades, et 4° la Palanka, faubourg mal bati qui entoure la forteresse au sud et a l’est. La caserne turque, les ruines imposantes du palais du prince Eugéne, la cathédrale grecque, récernment batie sur une place tout européenne, quelques mosquées délabrées, voila ce qui mérite détre visité. A l’embouchure de la Saye, on trouve l’ile des Bohémiens. Les batiments jettent l’ancre un peu au-dessus de la ville.
Par sa position, qui en fait le principal point de communication entre Constantinople et Vienne, en méme temps
DICT. DE LA CONYERS, — T. Il,
que la clef du sud-est de la Hongrie, Belgrade est W’une haute importance commerciale et stratégique ; aussi a-t-elle été fréquemment le théatre de luttes opinidtres. Cette ville resta au pouvoir des Grecs jusqu’en 1073, époque ou le roide Hongrie Salomon s’en empara. Aprés avoir ensuite appartenu tantot aux Grecs, tantot aux Bulgares, tant6taux Bosniaques et tantét aux Serbes, Belgrade, au commencement du quinziéme siécle, fut vendue par ces derniers 4 l’empereur Sigismond. En 1442 les Tures perdirent inutilement beaucoup de temps, d’argent et d’hommes & Vassiéger; et le 14 juillet 1456, électrisés par Phéroique exemple de Hunyades et de Capistrano, les habitants de Belgrade repoussérent encore une fois l’assaut désespéré donné a leurs murailles par une armée turque; mais en 1521 cette ville succomba enfin sous les efforts de Soliman IJ. En 1688 elle fut prise d’assaut par l’électeur de Baviére , Maximilien-Emmanuel , qui vassa au fil de l’épée la garnison et les habitants. En 1690 les Tures la reprirent encore une fois d’assaut, aprés que sa garnison chrétienne se fut trouvée réduite 4 cing cents hommes. Assiégée vainement en 1693 par le duc de Croy, elle tomba par capitulation en 1717 au pouvoir du prince Eugéne, qui, investi dans son propre camp parunearmée de 150,000 Turcs, la mit complétement en déroute. En 1739 cette ville fut restituée aux Tures, sans qu’ils eussent eu besoin de brdler une amorce; seulement, aux termes de la paix conclue alors dans ses murs, elle dut étre démantelée. Reprise en 1789 par Landon, elle fut encore une fois rendue aux Turcs en 1791. Ensuite les Serbes s’en emparérent; mais elle retomba au pouvoir des Tures quand leur insurrection eut été comprimée. Lorsque, en 1804, Czerny se souleva, les Turcs investirent cette ville, qui resta bloquée avec des alternatives diverses jusqu’en 1807, époque ot Suleiman-Pacha s’en empara par capitulation. La paix d’Andrinople (1829) ré- Serva au sultan le droit d’y entretenir une garnison de 3,000 soldats; en outre les musulmans ne pouvaient résider que dans l’enceinte de la forteresse, Cette derniére prescription ne fut jamais observée. De la naquit entre les races rivales un antagonisme qui prit en 1862 de grandes proportions : a la suite d’une émeute la ville fut bombardée pendant six heures par les Tures (17 juin). Grace a la prompte intervention des puissances curopéennes, la Turquie consentit d’abord 4 exproprier presque tout le quartier musulman, puis & évacuer complétement la forteresse (avril 1867).
BELGRA VE-SQUARE. C’est le nom d’un quartier du Vest-End de Londres, ot descendit en {1843 M. le comte de Chambord, etou ilregut les hommages dun millier de Francais venus exprés. Parmi les personnages importants qui lirent ce pélerinage se trouvaient quelques pairs et quelques députés, lesquels avaient par conséquent prété serment de fidélité au roi Louis-Philippe. Ce fut alorsun grand scandale, car il était bien convena qu’on allait saluer 4 Londres le roi de France. Le comte de Chambord composa en effet dans cette circonstance une espéce de cour, joua au roi, recut les hommages de ses loyavx sujets, accepta leurs youx, leur exprima ses volontés. Puis enfin il prit congé d’eux, et s’en retourna en Autriche, sans avoir obtenu de la reine d’Angleterre la réception brillante sur laquelle il avait cru pouvoir compter.
Cependant il était impossible que ces horamages rendus outre Manche a la royauté légitime n’excitassent pas une certaine émotion au sein du parlement. Dans son discours ouverture des chambres, le roi se contenta de rappeler son dévouement au pays et sa fidélité a la France. La chambre des pairs répondit par ces mots : « Le roi a tenu ses serments; quel Francais pourrait oublier ou trahirles siens? » Mais ladresse dont M. de Broglie était le rapporteur ne passa pas sans amener quelques pairs a la tribune. M. de Richelieu, qui était allé 4 Belgrave-Square, prit la parole pour Oter, disait-11, & son yoyage tout caractére politique, et s’é-
tudia A établir que dans cette démarche il n’avait été inspiré que par la reconnaissance. M. de Vérac rappela ala chambre les droits d’un royal enfant, héritier du tréne par sa naissance et par la Charle. Alors M. Guizot , ministre des affaires Gtrangéres, ne crut pas devoir taire plus longtemps la pensée du gouvernement : il qualifia de scandaleuses les scénes de Belgrave-Square, les déclarantnéanmoins exemptes de toute gravité politique. Quelques jours aprés, le roi répondit a la députation de la chambre des pairs qui lui présentail Padresse : « Les factions sont vaincues , et de vaines démonstrations de leur part ne feront que constater leur impuissance. »
Bientét M. Saint-Mare Girardin, rapporteur de la commission de l’adresse & la chambre des députés, donna lecture du projet de réponse au discours du trone. Cette adresse se terminait ainsi ; « Votre famille, Sire, est vraiment nationale. Entre la France et vous lalliance est indissoluble. Vos serments et les nétres ont cimenté cette union.,.. La conscience publique jlétrit de coupables. manifestations : notre révolution de Juillet, en punissant la violation de la foi jurée, a consacré chez nous Ja sainteté du serment. »
Les débatss’ouvrirent le {5janvier 1844. M. Berry er prétendit qu'il était impossible aux députés désignés de retarder .eurs explications 4 la chambre. Sa conduite et) celle de ses amis n’avaient eu pour but, selon lui, que de substituer, dans les événements politiques, les moyens légaux d’opposition aux moyens violents, C’était dans cette unique intention qu’ils étaient allés 4 Londres, Fréquemment interrompu par des mouyements d’improbation et d’hilarité, il fut obligé de renoncer a la parole et de idescendre de la tribune. M. Guizot profita habilement de cette situation et de l’embarras de lorateur légitimiste pour obtenir qu’il fat entendu de nouyeau. Alors M. Berryer déclara solennellement qu’aucune pensée de désordre ne. s’était mélée aux hommages rendus au duc de Bordeaux. « Vous nous parlez, dit-il, de la sainteté du serment. Nous y croyons, nous la comprenons comme yous; mais nous mesurons, avant de préter un serment, I’étendue de engagement que nous allons contracter. Nous avons yu un changement de principe. Sous le principe nouveau, nous avons compris notre liberté: Ajoutez 4 vos lois, placez-nous en dehors des garanties et des principes fondamentavux de la déclaration de 1830, et nous aviserons, »
M. Guizot criliqua , en réponse, ce qui s’élait passé, ce qui se passait encore en Angleterre et en France, cette réunion, cette petite cour d’un prince, tantot annoncé comme le roi de l’avenir, tantdt traité déja de roi, ayant autour de lui les petits états généraux d’une nouvelle émigration d’un moment. « Tout le monde y est allé, disait-il , et enest revenu librement. Veut-on provoquer aujourd’hui des rigueurs, des mesures violentes? Nullement. La chambre ne fait qu’exprimer ses sentiments, sa réprobation. »
Aprés une réponse assez faible de M. Berryer et un discours deM. Dupin, réprouvant alors un scandale dont il devyait lui-méme renouveler |’exemple huit ans aprés en faisant le pélerinage de Claremont, la discussion qu’avaient soulcvée les paroles sévéres de la commission fut marquée par un de ces orages qui font époque dans Vhistoire parlementaire. M. Béchard le proyoqua en déclarant que rien n’await pu empécher les visiteurs ae Belgrave-Syuare de déposer aux pieds du jeune descendant de soixante rois ’hommage d'une respectueuse et inaltérable fidélilé. « L’avenir, ajoutait-il, n’appartient & personne, et des réves ne peuvent constituer un parjure. Mieux vaut décimer une opinion que de la flétrir. » M. Berryer avait a‘prendre ume revanche de sa derniére défaite. 11 fut encore une fois au-dessous de lui-méme, et ne put achever sa theorie embarrassee du serment qu’a travers les interpellations d’une grande partie de la chambre.
M. Duchatel, ministre de lintérieur, sontint qu’il était impossible d’admettre Vinterprétation de la théeorie du serment sous aucun régime ; qvil fallait, au contraire , positi-
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BELGRAVE-SQUARE — BELIAL
yement déclarer que le serment ne permet pas de trayaille au renyersement de la dynastie et de la constitution , et de reconnaitre deux rois a la fois. Aprés lui, M. de La Rochejaquelein crut pouvoir se dispenser de tout ménagement. A son ayis, le roi de France était celui qui l’aurait été si ’an cienne constitution n’avait pas été violée, si lanouyelle avait été respectée de tout le monde. Un mot avait été prononeé a Belgrave-Square en présence de M. de Chateaubriand. « Aprés avoir salué le roi de France, nous venons saluer le roi de l’intelligence. » La chambre n’a aucune autorité morale sur ce qui s’est passé dans un salon de Londres. M. de La Rochejaquelein conyenait bien avoir juré fidélité au roi,..., des Frangais ; mais cette fidélité n’était ni amour ni déyonement. C’était, disait-il, l’engagement de ne pas conspirer, non celui de se sacrifier tout entier.
Aprés M. Hébert, ministre de la justice, M. Guizot, ministre des affaires étrangéres, vint expliquer a la tribune pourquoi le gouvernement appuyait la phrase de la commission. C'est la que M. Berryer l’attendait : aux manifestations de Belgrave-Square il opposa les souvenirs de 1815, et au voyage de Londres le voyage de M. Guizot a Gand. Alors commenga une scéne impossible a décrire : la gauche et la droite, réunies dans des accusations de trahison contre la France , étoutfaient la justification que balbutiait le ministre, qui finit par s’écrier : « On peut épuiser mes forces , on n’épuisera pas mon courage. Quant aux injures, aux calomnies, aux coléres exterieures , on peut les multiplier, les entasser tant qu’on voudra, onne les élevera jamais au-dessus de mon dédain. » Les amis de M. Guizot firent grayer une médaille pour rappeler le souvenir de cette scéne et de ces paroles.
Quelques amendements furent proposés dans le but d’amoindrir le sens et la portée de la phrase de la commission. Un, entre autres, substituait le mot réprowver au mot /létrir, Ils furent tous rejetés. La chambre frappa sans pitié un parti hostile 4 la couronne. Louis-Philippe laissa percer sa satisfaction dans sa réponse a l’adresse : « L’accord de tous les pouvoirs de lEtat, dit-il, rend chiwnériques les coupables espérances que les ennemis de nos institutions s’efforcent en vain de ranimer. » Les députés qu’atteignait le vote de la chambre crurent devoir donner leur démission pour soumettre leur conduite a l’appréciation de leurs commettants. Tous furent réélus; mais ce ne fut pas sans rencontrer une vive opposition dans les colléges , dans la presse et dans la rue. A Marseille, par exemple, des manifestations populaires faillirent amener des scénes sanglantes, ,
A la suite du vote de la chambre, un des membres les plus consid¢rables du parti dynastique , M. de Salyandy, alors ambassadeur 4 Turin, donna sa démission. On crut que le rot lui avait fait quelque reproche de n’avoir pas mélé sa voix a celles des 220 membres de la majorité qui n’avaient pas craint de couvrir d’une /létrissure la conduite de leurs collégues, Ce nouvel mcident tit encore du bruit; il montrait assez combien Vinfluence du roi était grande dans ses conseils, et c’était alors la mode de s’élever contre le gouvernement personnel du chef de I’Etat. Pour ramener ta paix , M. de Satvandy consentit 4 retirer sa démission, et refusa toujours les explications qu'on lui demanda a ce sujet. Bientot méme il redevint ministre.
Le voyage de Belgrave-Square remit le parti légitimiste en évidence. Le vote de la chambre jeta ce parti dans une opposition plus vive, et unit mtimement aux membres de
la minorité, qui devaient finir par renyerser le tréne de Louis-Philippe. L. Louver.
BELIAL, mot hébreu qui signitie nuisib/e, mauvais, et par lequel ’Ancien Testament designe esprit destructeur, le génie du mal. Ce mot, pris d’ordinaire substantivement , a été interprété par divers commentateurs comme synonyme d’enfer, de dieu des ombres, dieu des démons, et is ont supposé quil avait été emprunté par les Juits & la mytho-
BELIAL — BELIER
logie égyptienne. C’est dans ce sens qu’au figuré on a | Ii devint inspecteur de Varsenal de Paris, brigadier des ar-
appelé les impies les enfants de Bélial.
BELIDAH. Voyez Bupan.
BELIDOR (Bernanp FOREST pe), ingénieur célébre par ses écrits sur l’architecture civile, militaire et bydraulique, les mines et l’artillerie, naquit en 1698, en Espagne; mais élevé en France par un ingénieur militaire, il en regut le godt des mathématiques et de la science des fortifications ; il se livra avec tant de succés A ce genre d’études, qu’il fut, quoique trés-jeune encore, choisi par les ingénieurs de la Flandre pour aider Cassini et La Hire dans le tracé de la méridienne. Ces savants l’appréciérent, et le produisirent. Professeur A P’école d’artillerie de La Fére, il fut appelé, a la sollicitation des officiers de ce corps, a en faire partie avec le grade de commissaire d’artillerie, et rendit bient6t un grand service a cette arme par la publication du Bombardier francais (1731), ouvrage qui donnait pour la premiere fois aux artilleurs des tables pour diriger avec précision le jet des bombes. Ces tables étaient construites d’aprés les principes qu'il avait précédemment développés dans son Cours de Mathématiques (1725).
Chargé de faire le projet d'une machine hydraulique, et désireux den calculer les proportions et la puissance, il s’apercut que rien n’était fait a cet égard, et que la mécanique rationnelle n’avait recu presque aucune application dans la construction des machines et les travaux publics. Dés lors il concut le projet d’introduire dans la pratique des arts mécaniques Pusage des théories mathématiques et physiques, et, pour atteindre ce but, d’écrire un grand ouvrage sur Phydraulique, ot les faits fussent constamment ramenés aux principes, ou rien de ce qui peut étre calculé ne fut laissé aux tatonnements de l’aveugle routine. D’immenses recherches, plusieurs fois interrompues par ses devoirs militaires, donnérent naissance a son Architecture Hydraulique (4 vol. in-fol., 1737-1753), ot lon trouve présenté avec exactitude et détail tout ce qui concerne la recherche, la distribution et Paménagement des eaux, leur emploi comme moteur, et la construction de tous les ouvrages hydrauliques, ports, canaux, écluses, ponts, etc. Il y donna la description d’une machine entiérement nouvelle et trésingénieuse , destinée a élever eau d’un mouvement continu, et 4 laquelle la justice de la postérité a conservé le nom de machine & colonne deau de Bélidor.
Quoique prés d’un siécle se soit écoulé depuis la publication de cet ouvrage, et que la science ait fait depuis de grands progrés, c’est encore un des meilleurs traités que nous possédions sur la matiére. Tout ce qui est relalif a la description des procédés, a administration des travaux et a l’histoire de Part ne laisse rien a désirer ; mais la partie théorique et mathématique, imparfaite méme du temps de Bélidor, est aujourd’hui tout a fait défectueuse. Ellea été complétement rectifiée dans le premier volume par M. Navier, qui en a donné une excellente édition en 1819. Déja cet ingénieur avait, en 1813, enrichi de ses savantes notes un autre traité de Bélidor, la Science des Ingénieurs , ov il s’occupe de architecture militaire, et qui mérite encore d’étre consulté.
Bélidor avait fait des recherches sur les effets dela poudre, et croyait avoir reconnu que l’on pouvait économiser moitié de la poudre employée dans le tir des canons. Cette opinion, que le temps ne parait pas avoir sanctionnée, fut pour Jui ja source de grands chagrins. N’ayant pu faire accueillir ses idées par ses chefs, il s’adressa au cardinal Fleury; mais le prince de Dombes, grand maitre de Vartillerie, offensé de cette conduite, le dépouilla de toutes ses places. Il faut dire a la louange de Bélidor que son dévouement au pays repoussa les offres brillantes que lui firent alors les étrangers , et qu’il eut le courage d’attendre justice en silence. Le maréchal de Belle-Isle, qui l’aimait, le rappela au service; depuis lors il fit plusieurs campagnes en Allemagne et en Italie, et ses talents comme ingénieur lui valurent un avancement rapide.
mées, et inspecteur général des mineurs. 11 était membre des Académies des Sciences de France, d’Angleterre et de Prusse. Bélidor mourut en 1761. A. Des GENEVEZ.
BELIER, mile de la brebis. Voyez Mouton, Bérai, etc.
BELIER (Art militaire), machine fort simple, qui servait & battre les murailles des villes qu’on assiégeait; elle se composait d’une poutre plus ou moins longue, plus ou moins grosse, armée par un bout d’une masse de fer ou de bronze, a laquelle on donnait la figure d’une téte de bélier, parce que cette arme agissait contre les murs 4 la maniére des béliers quand ils se battent entre eux. Il y avait trois sortes de béliers : celui que portaient ceux qui le faisaient jouer, le bélier suspendu et le bélier sur rouleauc.
Le bélier qu’on portait, et qu’on faisait mouvoir a force de bras, était le plus simple : une poutre pouvait en servir; on lemployait principalement 4 enfoncer les portes, les cloisons.
Une poutre suspendue par son milieu avec des cordes, dans un bali de bois, comme le fléau d’une balance, formaif le bélier de la seconde espéce; c’était le plus redoutable. Des hommes le faisaient jouer au moyen de cordes attachées a Pextrémité opposée a la téte; il y avait de ces béliers d’une grandeur extraordinaire : on lit dans Plutarque qu’Antoine allant combattre les Parthes en faisait trainer un de 25 métres de long. Le bélier suspendu agissait 4 découvert.
Le bélier sur rouleaux était logé dans une galerie cou~ verte, faite d’épais madriers, portée sur des roues, et que l’on poussait au moyen de leviers jusqu’au pied des murs ; des soldats partagés en deux groupes, un sur le devant, lautre sur le derriere, faisaient aller et venir le bélier avec des cordes qu’ils tiraient alternativement en sens opposés. Les rouleaux sur lesquels courait la poutre servaient a diminuer le frottement.
On faisait encore usage d’une sorte de bélier, qui pergait les murs en tournant comme une tariére.
Pour neutraliser les effets du bélier, on employait divers moyens : on amortissait la violence de ses coups en couvrant les murailles de matitres élastiques; ou bien on disposait une machine appelée corbeau, avec laquelle, saisissant le bélier par le cou, on Venlevait et on le transportait quelquefois par-dessus les murs au sein méme de la ville assiégée. Dans la fameuse guerre du Péloponnése, dont le récit se lit dans Thucydide , les Thespiens, assiégés, firent usage d’un moyen tout neuf pour rendre nuls les coups des béliers : ils tenaient élevée horizontalement une poutre suspendue a deux bascules; au moment ow le bélier sortait de sa galerie (testudo, comme la téte d'une tortue), la poutre tombait en travers sur son cou, et l’empéchait d’atteindre le mur.
BELIER (Aséronomie ). Cette constellation zodiacale, dont le nom grec est xp:d<, et le nom latin Aries, a pour signe \(~. La premiére, par ordre, des constellations du zodiaque , qu’elle commence vers le nord, elle est composée de soixante-six étoiles, dont deux tertiaires sont dans la téte de l’animal. Placée au-dessous d’Androméde sur l’équateur méme, vernus portitor, comme on l’appelle, elle marque ’équinoxe du printemps. C'est le 20 mars que le soleil y entre, ou plutot a la place que ce signe occupait dans le ciel il y a deux mille années, car aujourd’hui cet astre , au 20 mars, se trouve véritablement dans la constellation des Poissons, tout prés du Verseau, d’aprés les lois dela précession.
‘Parmi les mythes antiques, les uns voient dans cet astérisme la toison d’or enlevée par Jason a Colchos, et placée au ciel, premier signe commémoratif des héroiques actions; les autres y voient la poupe du vaisseau, ornée d’une figure de bélier, qui transportait loin des fureurs d’Athamas, leur pére, Phryxus et Hellé, sur les cOtes d’Asie. Au reste, ce qu’il y a de plus raisonnable en explication, c’est qu’au temps ou la sphére étoilée n’avait point, par le mouvement de la
terre d’ovient en occident, contre lordre des signes, rétrogradé de plus de Pun deux , le Bélier céleste (nommé aussi dux gregis) était en Kgypte Pembléme du mouvement des troupeaux , qui a l’époque de la nouvelle saison se rendaient dans les paturages. DENNE-Baron.
BELIER HYDRAULIQUE. Cest une machine destinée A élever les eaux par le choc des eaux elles-mémes. Elle fut inventée en 1796 par le célébre Montgolfier, qui Yappliqua d’abord a sa papeterie de Voiron, en Dauphiné. La seule condition indispensable & son emploi, c’est une chute d’eau suffisante ; car elle peut mettre a profit !e plus mince filet d’eau pour produire avec le temps les plus grands effets. Elle emploie avec économie la force motrice d’une chute d’eau a faire remonter une partie de ce liquide 4 une hauteur considérable; et par suite, elle peut mettre en jeu un mécanisme quelconque. Aucune machine n/’atteint ce but a moins de frais, aucune n’est d’un entretien journalier aussi peu cotiteux.
Essayons d’en faire comprendre la composition et le jeu : Yeau est regue au sommet de sa chute dans un tuyau incliné pendant la plus grande partie de sa longueur, puis horizontal. Ce tuyau, fermé a son extrémité inférieure, se nomme le corps du bélier; la portion horizontale est la téte du bélier. Sur la téte du bélier sont percés deux orifices sur lesquels s’appliquent exactement des soupapes, dont Vune, dite soupape @écoulement, se ferme de dedans en dehors, et Yautre, appelée sowpape d’ascension, se ferme en sens contraire. Celle-ci est surmontée d’un tuyau nommé tuyau d’ascension. Ce sont deux boulets creux retenus par des museliéres qui servent de soupapes.
La soupape d’écoulement est ouverte ; l’eau , en descendant avec une certaine vitesse, s’échappe d’abord par cet orifice, puis le ferme bient6t par son choc et se trouve arrétée. Mais comme elle ne peut perdre tout d’un coup la vitesse quelle avait acquise dans sa chute, elle réagit sur les parois du canal, souléve la seconde soupape, et s’introduit dans le tuyau d’ascension. En s’élevant elle perd graduellement sa vitesse et sa force; les boulets retombent par leur propre poids, l'un sur sa museliére, l'autre sur Porifice d’ascension ; l’eau cesse d’entrer dans le tube d’ascension, et recommence 4 s’échapper par Vorifice d’écoulement; une soupape est fermée, l’autre ouverte, et les mémes effets se renouvellent sans cesse a intervalles sensiblement égaux.
L’eau qui est chassée dans le tuyau d’ascension s’arréterait chaque fois que la soupape retombe si l’on n’avait soin de rendre le mouvement d’ascension continu en plagant au-dessus de cette soupape un réservoir d’air. Lorsque le coup de bélier lance l'eau dans ce réservoir, lair qui s’y trouve est comprimé contre les parois ; et quand la soupape retombe, lair, tendant a reprendre son volume, fait ressort contre la surface de eau, et la force a passer dans le tuyau dascension, qui s’embouche au bas du réservoir. Ainsi Peau s’éléve sans interruption, tantét par le choc du bélier, tantét par Pélasticité de Vair.
On ne sait pas encore si cette ingénieuse machine établie sur une grande échelle aurait quelque avantage sur les autres moyens d’élever l’eau. Mais l’expérience ne laisse aucun doute sur son mérite quand elle est de petite dimension, Quelques exemples donneront une idée de ses effets. Dans une manufacture de Lyon, une source qui fournit 85 litres d’eau par minute, et dont la chute est de 10™,6, envoie par Yintermédiaire d'un bélier hydraulique 17 litres d’eau par minute 4 une hauteur de 34 métres. A Clermont ( Oise), on a établi dans la sous-préfecture un bélier sous une faible source de 12 litres et avec une pente de7 métres, et l’on recoit 4 60 métres de hauteur verticale 97 centilitres d’eau par minute. Prds de la méme ville, 4 Mello, un autre hélier, au moyen d’une source de 140 litres et de 11™,37 de chute, verse 17 litres 1/2 d’eau par minute a 59",44
BELIER — BELISAIRE
délévation, Ces faits suffisent pour montrer quel parti une industrie intelligente peut tirer de cette machine. Elle utilise plus des trois cinquiémes de la force motrice contenue dans la chute, et je ne sache pas qu’aucune machine hydraulique ait jamais donné un résultat plus ayantageux, f A. Des GEneyez.
BELISAIRE , général des armées de l’empereur Jus tinien, occupa la scéne historique depuis an 527 jusqu’en l’'an 561, ou il mourut dans un Age avaneé,
Ut pueris placeas et declamatio fias :
Si jamais cet adage put s’appliquer 4 un personnage historique , c’est bien 4 Bélisaire. Le vainqueur des Goths et des Vandales nous apparait dés notre enfance comme l’exemple le plus frappant des vicissitudes humaines et de l'ingratitude des rois. L’obole de Bélisaire , aveugle et mendiant par les chemins, est plus connue que ses exploits en Orient et en Occident. La philosophie, la peinture, la poésie , se sont emparées de ce conte , inventé ou recueilli par le moine grec Tzetzés ; mais Vhistorien respecte les moralistes, admire les grands peintres, et ne croit pas les poétes. Toute la gloire militaire du long régne de Justinien appartient a Bélisaire, et ceux qui étudient histoire dans un but stratégique trouveront d’amples sujets de méditation dans le récit de ses campagnes. Il parait que, comme César, Bélisaire réunit toutes les qualités d’un grand capitaine, avec cette différence que César mangua rarement des moyens d’exécution, tandis que le général de Justinien fut presque toujours contrarié par la parcimonie jalouse de son souyerain.
La valeur du plus brillant soldat distinguait Bélisaire : doué d’une taille et d'une physionomie imposantes, personne ne langait plus juste un javelot, ne portait des coups plus terribles au combat, ne conduisait avec plus d’impétuosité une charge de cavalerie. La conquéte de l'Afrique vandale Va fait surnommer le Scipion |’Africain de la Rome byzantine; mais il n’eut pas, comme son devancier, layantage d'une naissance illustre ni dune éducation libérale. Paysan thrace, ainsi que Justinien, il fut d’abord un des gardes , puis un des officiers , enfin ’'un des généraux de cet empereur parvenu; Vhistoire méme ne nous laisse pas ignorer qu’il fut un de ses compagnons de débauche ; enfin, comme lui, il devait devenir ’époux dune courtisane.
En 529, un demi-siécle s’était écoulé depuis la chute de empire d’Occident ; 1a domination des Ostrogoths en Italie et celle des Vandales en Afrique semblaient établies sur des fondements solides. L’empire grec, resserré a Vorient par les Perses, menacé sur sa frontiére du nord par les barbares sarmates et tartares, semblait n’avoir d’autre tache a remplir que de repousser les agressions de ces redoutables ennemis, Justinien espéra plus : cet empereur, dévot et voluptueux , esclave de l’'impératrice Théodora , prétendait porter sur ses épaules caduques le fardeau du double empire d’Orient et d’Occident : il voulait que la lutte contre les Perses et les hordes qui menagaient |’Asie Mineure et Constantinople marchat de front avec la conquéte des deux plus belles Provinces de empire d’Occident. Pour de pareils desseins , ce n’était pas trop de l’épée de Bélisaire.
Nous laissons a des biographes didactiques le soin de présenter la suite des campagnes de ce héros, depuis l’incursion qu’il fit en Perse l’an 527, jusqu’au brillant combat contre les Bulgares, qui termina, en 559, sa carriére militaire et sauva Constantinople. Nous nous contenterons de quelques traits qui montrent en lui sous tous les aspects le grand général,
Les Perses avaient envahi la Syrie : trop faible avec vingt mille hommes pour affronter lennenii, il sut non-seulement l'arréter par ses savantes dispositions, mais le forcer a la retraite. Chaque nuit, il occupait le camp ou les Perses avaient logé la veille, et, nouveau Fabius, i) se serait assuré la victoire sans cormbat s'il avait pu contenir Pimpa-
BELISAIRE
tience de ses troupes. Cette valeur dont elles s’étaient vantées se montra peu le jour de la bataille. Déja l’aile droite de Parmée romaine avait pris la fuite, mais l’infanterie demeura inébranlable sur la gauche. Bélisaire , descendant lui-méme de cheyal, fit voir & ses soldats qu’il ne leur restait d’autre ressource qu’une audace désespérée. Dociles 4 la voix, a Vexemple de leur chef, ils tournent le dos 4]’Euphrate et le visage 4 ennemi, opposent une ligne impénétrable de piques aux traits, aux assauts multipliés desa cavalerie, et le forcent enfin de se retirer avec ignominie. Ainsi Bélisaire sut, par sa valeur personnelle, soustraire ses troupes aux suites de leur témérité.
Dans l’expédition d’Afrique, ou il eut moins d’occasions de déployer ses talents guerriers qu’une politique prévoyante et modérée, partout il fitrespecter Phabitant, le cultivaleur, et les Africains aidérent de leur inaction, de leurs veeux et de leurs subsides leurs politiques libérateurs. Il fit son entrée a Carthage au milieu de la joie des habitants, et les boutiques partout ouvertes rappelaient Camille entrant 4 Faléries. A la table préparée pour le festin royal de Gélimer, entouré Vofficiers vandales qui le servaient en bénissant sa clémence, Bélisaire n’était plus un lieutenant d’un César du Bas-Empire, c’était un triomphateur de la vieille Rome, c’était Paul- Emile au palais de Persée. Mais on retrouve l'homme de Byzance dans le pievx chrétien qui déyotement baisait la chasse de saint Cyprien, si longtemps en la possession des prétres d’Arius. Cependant Venvie, toujours éveillée, suggérait & Justinien que son général n’avait conquis |’Afrique que pour lui-méme. Point de milieu pour Bélisaire : il fallait ou confirmer ces bruits par une révolte ouverte, ou confondre ses ennemis par un prompt retour. Bélisaire m’hésita point, et sa présence dissipa les soupgons du prince. En rentrant 4 Constantinople, il renoua par son triomphe la chatnedes temps, car depuis Tibére les honneurs triomphaux n’étaient plus réservés qu’aux Césars. Il fut sur-le-ch déclaré consul; mais sa plus noble récompense fut la fidélité avec laquelle on exécuta le traité généreux sur lequel il avait engagé son honneur au roi yandale. L’empereur donna au roi détréné un vaste domaine en Galatie , ol Gélimer trouva la paix, l’abondance et peut-étre le contentement.
Les campagnes de Bélisaire en Italie offrent une grande yariété Wincidents. Un habile stratageéme Vayant rendu mattre de Naples, son humanité sauva une partie des habitants. Il était entré 4 Rome sans coup férir au mois de décembre 536, et, regu avec enthousiasme par les Romains, il y avait vu proclamer par eux le rétablissement de l’empire. Bientét (mars 537), cent cinquante mille Goths paraissent devant cette capitale , et, pour leur coup essai, manquent de s’emparer de la personne de Bélisaire. Remplis de force, d’activité, d’adresse, ils faisaient tomber autour de lui des traits pesants et mortels. Accablée par le nombre, sa troupe recula jusqu’aux portes de la ville; on les avait fermées sur le bruit qu'il venait d’étre tué. La sueur, la poussiére, le sang, le rendaient presque méconnaissable ; mais sa valeur le décelait assez, et dans une derniére charge il repousse les Goths avec une telle impétuosité que ceux-ci prennent la fuite a leur tour, persuadés qu'une nouvelle armée est sortie de la ville. La porte Flaminienne souvre enfin pour recevoir Bélisaire ; et , malgré la fatigue dont ilest accablé, sa femme et ses amis ne peuvent lui persuader de prendre ni repos ni nourriture avant qu'il ait visité toutes les portes et pourvu 4 la sdreté de Rome. Plus tard, dans un assaut général des Goths, dés que ’ennemi s’approcha du fossé , Bélisaire langa le premier trait, et perga d’outre en outre celui des chefs barbares qui se trouvait te plus en avant. Un cri d’applaudissement et de victoire retentit le long de la muraille. Bélisaire tire un second trait : méme succés, mémes acclamations.
On aime A retrouver ces faits dignes des héros d’Homére dans la vied’un héros du moyen age. Ce fut durant ce siége
qwil construisit ou répara les murs de Rome, et, au dire des voyageurs, l’on distingue encore quelques traces du mur de Bélisaire. On lui a reproché sa conduite envers le pape Silvére. Sil est vrai que ce pontife avait appelé & Rome le roi des Goths, le représentant de Justinien devait sévir ; mais ce qu’on ne peut excuser, c’est d’avoir prodigué l’or impérial pour faire élire le diacre Vigile a la place de Silyére. Sans approfondir cette intrigue, il est assez curieux de se rappeler l'entrevue de Bélisaire et du pontife disgracié. Celui-ci vint, suivi de son clergé; mais il fut seul admis dans lappartement du général. Le vainqueur de Rome et de Carthage était modestement assis aux pieds de son épouse Antonina , couchée sur un lit magnifique. Ce fut cette femme impérieuse qui, parlant pour son époux , accabla le pontife de reproches et de menaces. Antonina servait la haine de Pimpératrice Théodora , qui voulait 4 tout prix obtenir un pape opposé ou indifférent au concile de Chalcédoine.
Au siége de Ravenne Bélisaire se montra vraiment grand, en s’élevyant au-dessus des intrigues de la cour impériale. Tout lui promettait la reddition de ce dernier rempart de la royauté expirante de Vitigés , lorsqu’un inconcevable décret de Justinien, en lui laissant quelques provinces, vint prescrire 4 Bélisaire de se dessaisir de la victoire. Il osa désobéir , et déclara qu’il ne déposerait les armes que pour conduire 4 Constantinople Vitiges chargé de chaines. II tint parole; et s'il fut disgracié, si empereur lui refusa le triomphe pour l’Italie, la gloire du héros s’accrut de ce refus de la cour de Byzance. il ne faut pas oublier qu’au lieu de rendre a Justinien l’Italie, il n’edt tenu qu’a Bélisaire de ceindre son front dela couronne de Vitigés ; mais il fut insensible a cette offre de la nation gothe. Jamais son nom n’avait été plus populaire; les méres le montraient a leurs enfants comme Pappui, le sauveur de l’empire, et il edt vécu heureux si ce grand homme, qui retragait en sa personne quelquesunes des vertus des vieux Romains, avait su se passer de la fayeur d’un maitre. Mais dans la disgrace il fléchissait, il s’humiliait, il pleurait jusqu’a ce que le crédit de sa femme lui edt rendu les regards bienveillants de Justinien et les honneurs du commandement.
L’instant ne se fit pas attendre ot son bras fut encore une fois nécessaire. L’an 541 il repoussa les Perses, qui venaient d’envahir la Syrie. Ce nouveau service est suivi d’une autre disgrace ; mais les dangers furent tels a la campagne suivante qu’il fallut bien le replacer a la téte des troupes , et sa présence seule forga le roi de Perse a rentrer dans ses limites (542). Cependant, en Italie, un héros du sang de- Théodoric, T otila, profitait de la mauvaise gestion des onze généraux qui avaient remplacé Bélisaire; i! avait relevé la puissance gothe, il menagcait Rome. Bélisaire, envoyé contre lui avec des moyens insuffisants , ne put sauver cette ville ;. maitre de cette capitale, Totila en détruisit les fortifications. Peu s’en fallut qu’il ne rasdt enti¢rement les maisons et les édifices , et qu’il ne changeat la cité de la louve en un paturage pour les troupeaux. Les remontrances de Bélisaire arrétérent cette barbare exécution , et Totila se contenta de: disperser les habitants. Quarante jours aprés le départ du monarque goth, Bélisaire rentra dans Rome par un de ces. coups de main hardis que ne tentent jamais les grands généraux sans avoir la prescience du succés. Il se hata derelever les ruines désertes de Rome, la fortifia 4 la hate, et les clefs de la ville d’Auguste furent envoyées une seconde fois a Justinien. Totila arrive de la Pouille pour recouyrercette position décisive; Bélisaire le repousse dans trois assauts. Rome était sauvée; mais pour reconquérir I’ltalie il edt fallu des troupes, des vivres et des subsides , que la cour de Byzance n’envoya point; et, aprés cing campagnes,. qui ne furent pas sans gloire pour lui aux yeux de ceux qui: savent comparer les moyens avec les résultats, ce grand
} capitaine, las d'étre le témoin passif des progrés de Totila,.
s’estima heureux d’obtenir son rappel. Il faut avouer que ces derniéres années n’avaient pas été sans profit pour la fortune de Bélisaire. Il n’avait soutenu son armée qu’en pressurant les Italiens; Vavarice d’Antonina s’était donné carriére, et la part du général avait été faite dans les dépouilles de I’Italie aprés celles de l’empereur et de l’armée. Bélisaire pensait que dans un siécle corrompu les richesses soutiennent et embellissent le mérite personnel. Cette tache dans sa vie est la conséquence de lesprit du temps.
A son arrivée & Byzance une conspiration éclata contre la vie de Justinien; mais les conjurés, avant de le frapper, avaient résolu de passer sur le corps de Bélisaire , dont ils vredoutaient la loyauté et, en cas de succés, la vengeance. Le complot fut déjoué , et Bélisaire se reposa dans le rang élevé de général de l’Orient et de comte des domestiques. 1 fut arraché une derniére fois 4 ce glorieux loisir par le cri de la guerre. Zuberghan, roi des Huns Contrigours, avait, au mois de mars 559, passé le Danube sur la glace, ravagé la Mésie, la Thrace, et il campait a six lieues de Constantinople. Tout tremble dans cette capitale ; mais au nom de Bélisaire on se rassure, on s’arme; dix mille hommes se précipitent sur les pas du vieux guerrier, et le lendemain il rentrait 4 Constantinople tratnant 4s suite les chevaux de Yennemi en fuite. Deux ans aprés, le sauveur de l’empire fut accusé de conspiration; ses biens furent séquestrés, et il mourut au bout de huit mois.
Cest ici que trouve sa place la fable de Bélisaire aveugle et mendiant. Ce que le vulgaire des compilateurs n’a pas dit au sujet de ce grand homme, ce que le savant et spirituel Gibbon a établi avec tout le charme du roman, avec toute la yérité de Vhistoire, c’est l’ascendant prodigieux quw’obtint toujours sur lui son épouse Antonina, qui , toute dévouée a la fortune, a la gloire militaire du héros dont elle partageait la couche , les travaux et les dangers , ne se piquait nullement de fidélité conjugale. Elle n’en aimait pas moins son mari, dont la force et la beauté étaient héroiques comme son renom guerrier. Entitrement subjugué par elle, il n’avait d’yeux que pour lheureuse et lubrique Antonina. En vain les écarts de cette femme ¢hontée éclataient a tous les regards , il s’obstinait 4 ne rien voir, ne rien entendre, a ne rien croire. En un mot, l’effroidu Goth et du Vandale fut le plus débonnaire des maris , et 4 ce sujet les anecdotes de Procope feraient un excellent texte de comédie morale et historique. Bélisaire trouya toujours du moins un puissant ayocat dans sa femme auprés de l’impératrice Théodora, qui, sortie comme elle des mauvais lieux et du théatre pour arriver aux grandeurs de la terre , exergait sur Justinien le méme empire qu’Antonina sur Bélisaire. La gloire de Bélisaire venait réveiller Penvie des courtisans presqu’a chacune de ses admirables campagnes, et autant de fois le savoir-fatre de sa femme remettait a flot l’esquif chancelant de sa fortune. Ch. pu Rozorr.
BELITRE (de Vallemand beétler, gueux). C'est un vieux mot qui s’en va, comme beaucoup d’autres, et qui signifiait un homme de rien, un coquin , un misérable, faisant Je cAlin pour apitoyer les bonnes 4mes. On ne I’a pas toujours pris en aussi mauvaise part, puisqu’il a servi 4 désigner les quatre ordres mendiants, et qu’d Pontoise tes confréres pélerins de la confrérie de Saint-Jacques ont porté le nom de Bélitres.
Bélitre avait si bien obtenu chez nous droit de bourgeoisie, qu’il s’y était installé avec tout son bagage, avec son féminin, avec son substantif. Charron disait : « Flatterie, vice d’une Ame lache, basse et bélitresse ; » et Montaigne : « Dédaignons cette faim @honneur et bélitresse qui nous fait coquiner avec toute sorte de gens, par moyens abjects, A quelque prix que ce soit! @’est déshonneur qu’étre ainsi ‘honoré, »
Bélistrerie, dans ce vicux langage, était synonyme de gueuserie, et la Iégislation de I'époque stigmatisait de cette
BELISAIRE — BELL
qualification le métier actuel de vagabond et de mendiant Les termas seuls changent, les choses restent. ;
BELL, nom d’une trés-nombreuse famille écossaise dont beaucoup de membres se sont rendus célébres, soit comme chirurgiens, soit comme auteurs de traités sur l’anatomie et la physiologie.
BELL (Joun), né en 1691, arrivaen 1716 comme médecin a Saint-Pétersbourg, d’ot il alla visiter la Perse, la Chine et Constantinople. Revenu dans sa patrie en 1746, il mourut le 1° juillet 1780. Ses Travels from Petersburgh in Russia to diverse parts of Asia (2 vol., Glascow, 1763 ) ont été réimprimés plusieurs fois et traduits en diverses langues. — Son fils, Charles-André Bex ou Bet, né en 1717 a Saint-Petersbourg, occupa une chaire de poésie a Leipzig, ou de 1755 a 1781 il rédigea les Acta Fruditorum. Il mou. rut en 1782 par strangulation volontaire.
BELL ( Bensamin ), né A Edimbourg, deyint I’un des chirurgiens les plus célébres du dix-huitieme siécle, grace a la publication de son System of Surgery (6 vol., Edimbourg, 1782-1787; 9° édition, 7 vol., 1801), qui a éfé traduit dans toutes les langues. On lui est redevable en outre de quelques autres ouvrages d’une grande importance, tels que : On the theory and menagement of Ulcers (Edimbourg, 1779; 7° édit., 1801); On Gonorrhea virulenta (2 vol., 1793; 2° édit., 1797); On the Hydrocele, on Sareecele or Cancer, etc. ( Edimbourg, 1794 ).
BELL (Anpré ), issu dela méme famille, né en 1753, a Saint-Andrews, alla d’abord dans I’Amérique septentrionale en qualité de ministre de PEglise anglicane; puis passa ensuite aux grandes Indes, a Madras, ou, placé depuis 1789 en qualité de chapelain au fort Saint-Georges, et de prédicateur de l’église de Sainte-Marie, il prit la direction de l’instruction dans l’Asile des Orphelins militaires. Ces fonctions ig porairent occasion d’étudier la méthode d’ enseigne-
nt mutuel, déja appliquée depuis longtemps dans les nombreuses écoles des missions 4 l’usage des enfants indigenes, et de la perfectionner, A son retour en Angleterre, Bell, ayant perdu l’espoir de voir le gouvernement anglais sintéresser au Systéme d’enseignement de Madras, se retira 4 la campagne. Mais en 1807 un systéme analogue d’enseignement introduit par le quaker Josué Lancaster dans les écoles de pauvres 4 Londres, et surtout dans celles des dissidents, ayant beaucoup occupé I’attention publique , Bell recut mission de l’Eglise anglicane, d’introduire son systéme dans les écoles placées sous sa direction.
Il Pavait exposé pour la premiére fois dans un ouvrage intitulé : An Experiment in education made in the asylum of Madrus (Londres, 1797 ). Plus tard il publia & ce sujet ses Elements of Tuition (Londres, 1815), et the Wrongs of Children ( Londres, 1819). Ses Ledlers to sir John Sinclair on the Infant-School-Society of Edinburgh (Londres, 1819), roulent sur le mécanisme général des écoles. Beli mourut le 27 janvier 1832, disposant en faveur de l'Institut national et de divers établissements de bienfaisance de toute sa fortune, qui ne s’élevait pas 4 moins de 120,000 liv. sterl. (3 millions de francs ).
BELL (Joun ), frére cadet du précédent, né le 12 mai 1763, 4 Edimbourg, se consacra dans cette ville a I’étude de la médecine, et en 1790 ouvrit dans son propre amphithéatre des cours d’anatomie, qui furent fréquentés par un grand nombre d’auditeurs, en dépit des obstacles de tout genre que lui suscitérent ses collégues, Le premier ouvrage par lequel il se fit connattre comme écrivain, Sysfem of the Anatomy of the Human Body (2 vol., Edimbourg, 1793- 1798), auquel son frére Charles Bell ajouta plus tard un troisidme et un quatriéme volume, fut presque aussitot suivi
de la publication de Discourses on the nature and cure of —
Wounds (2 vol., 1798-1795), qu’il fitsuivredeses Principles of Surgery (3 vol., 1801). La série de ses planches anatomiques, qui firent époque par la beauté et par l’exacti-