BELLOT — BELLOY
par lady Franklin pour retrouver les traces de son mari. Embarqué sur la goélette le Prince Albert, il se distingua par son courage et par ses connaissances scientifiques. Une nouvelle expédition ayant été préparée, il lui fut encore permis de s’y joindre, et il partit, le 14 juin 1853, sur le Phénix , commandé par Inglefield. Dans le but de communiquer avec sir Edouard Belcher, qui se trouvait dans le canal de Wellington, Bellot s’aventura avec quatre matelots au milieu des glaces et trouva la mort au fond d’une crevasse (20 aodt 1853). Les Anglais élevérent par souscription un monument & sa mémoire & Greenwich. On a publié son Journal d’un voyage aux mers polaires ( Paris, 1854, in-8).
Le nom de Bellot a été donné a un détroit qui sépare Vile de Somerset de celle de Booth.
BELLOTI (Prerne), peintre, né A Volgano, mort en 1700, a Garignano, excella pour le coloris. On remarque surtout ses portraits et ses caricatures; mais il réussit beaucoup moins dans le genre historique. Le défaut de son style est la sécheresse; en revanche l'exactitude, le fini et la délicatesse de sa touche tiennent du prodige.
BELLOVESE, chef gaulois, ou plutot celte , qui, vers Pan 590 avant J.-C., se sépara de son oncle Ambigatus, et prit la route d’Italie , fandis que son parent Sigovése se dirigeait vers Vorient 4 travers l’Helvétie. Les deux chefs s’étaient séparés au confluent du Rhone et de la Sadne; l'un et lautre étaient suivis de bandes nombreuses animées de esprit d’aventures et de conquétes. Tarquin l’Ancien régnait en ce moment a Rome, et précisément 4 cette méme époque les Phocéens yenaient d’aborder sur la plage gauloise. Avant de franchir les Alpes, Bellovése fit cause commune avec les Phocéens , que repoussaient les Slaves, habitants aborigénes du territoire ob ils venaient fonder la cité si célébre depuis sous le nom de Marseille. De 1a il passa dans les pays qui sont aujourd’bhui le Piémont et la Lombardie, et s’y établit malgré les Etrusques, qui tentérent en vain de résister 4 des envahisseurs dont les rangs se grossissaient & chaque instant de nouveaux aventuriers, attirés par le beau ciel et la riche nature du sol de I’Italie. Dans un marais qu’on appelait le Champ des Insubriens , et qui, nous dit Tite-Live, le séduisait par sa ressemblance ayec sa terre natale , Bellovése fonda la ville de Mediolanum (Milan), et le pays qu’il avait subjugué prit dés lors le nom de Gaule cisalpine. L’invasion de I’Italie méridionale par un autre chef gaulois, appelé Brennus, n’eut lieu que deux siécles plus tard.
BELLOY ( Pierre-Laurent BUYRETTE, dit DORMONT bE), Pun de nos poétes dramatiques quiles premiers: produisirent sur la scéne francaise des héros nationaux, au lieu des simpiternels Grecs et Romains, seuls en possession jusqu’alors d’émouvoir Je parterre, naquit le 17 novembre 1727, A Saint-Flour en Auvergne. Encore tout jeune enfant, il yint 4 Paris, ot il ne tarda point 4 perdre son pére. Ll fut alors recueilli par un oncle, avyocat, qui lui fit faire de bonnes études et le destina 4 suivre sa profession. Les projets de son oncle pour son ayenir étaient peu de son godt, car il se sentait irrésistiblement entrainé vers la culture des lettres. Aprés avoir longtemps hésité entre ce qu’il devait & Phomme qui avait pris soin de son éducation et linfluence secréte qui le dominait 4 son insu , il disparut un beau jour, ets’en alla jouer la comédie, sous le nom emprunté de Dormoné de Belloy, en Russie d’abord, puis dans divers autres pays étrangers ; et partout, par la parfaite honorabilité de sa conduite, il mérita et obtint l’estime publique. L’impératrice de Russie, Elisabeth, lui donna de fréquentes preuves de sa bienveillance et de sa considération. Il revint 4 Paris en 1758, pour y faire représenter sa tragédie de Titus, imitation de La Clemenza di Tito, de Métastase. Cette copie d’une piéce assez faible n’est qu’une éhauche tréslégére des traits males de Corneille, dont l’auteur visait
évidemment A imiter la maniére. I] avait compté sur un suceés pour se réconcilier avec sa famille. Sa piéce tomba a plat; et de Belloy, de désespoir, reprit encore le chemin de l’étranger Quelques années plus tard, il rentra en France, et fit représenter sur la scéne du Théatre-Frangais sa tragédie de Zelmire, imitation de |’/ssipile de Métastase, et obtint cette fois un succés franc et complet, grace au jeu pathétique de M'® Clairon. En 1765 il donna Le Siége de Calais, tragédie qui est demenrée au répertoire, Les annales du théalre font mention de peu de succes qu’on puisse comparer a celui du Siége de Ca/ais ; il fit battre dans les ceurs francais la fibre du patriotisme, et applaudir le poéte qui avait trouvé quelques beaux vers pour célébrer les gloires nationales devint une affaire de sentiment. Ceux qui hasardaient quelques critiques étaient considérés comme des ennemis de leur pays. « Est-il vrai, dit un jour Louis XV au due d’Ayen, que vous n’aimiez pas Le Si¢ge
de Calais? Je vous croyais meilleur Francais. — Ah, sire! répondit le spirituel courtisan, plat au ciel que le style de cette pitce fit aussi bon Frangais que moi! » Le
conseil municipal de Calais décida que le portrait de lauteur serait placé & Phdtel de ville, parmi ceux des bienfaiteurs de la cité, et lui adressa en outre dans une boite d’or le titre de cidoyen de Calais. Il arriva d’ailleurs a la piéce de de Belloy ce qui arrive a tant d’autres ouvrages que la vogue prend sous son patronage. Aprés l’avoir beaucoup trop exaltée, elle fut ensuite beaucoup trop dépréciée.
Gaston et Bayard (1771), que de Belloy donna ensuite , n’eut pas, a beaucoup prés, le méme succes, mais n’en ouvrit pas moins a auteur les portes de l’Académie Francaise. Gabrielle de Vergy (1777), applaudie dans sa nouyeauté, tomba plus tard; mais depuis elle a été reprise plusieurs fois, et tonjours avec bonheur. Pierre le Cruet n’obtint aucun succés, et sa chute affecta si profondément de Belloy qu’elle hata la fin de ses jours. Jl mourut 4 Paris, le 5 mars 1775, dans un état voisin de Ja misére. Lonis XVI apprenant la pénurie dans laquelle se trouvait le poéte moribond, lui fit adresser 50 louis. Aprés sa mort, on reprit Pierre le Cruet. La piéce se releya alors complétement, et obtint un grand nombre de représentations. La critique reproche au poéte d’y avoir substitué les coups de théatre au pathétique et les petits ressorts de la scéne 4 l’éloquence du coeur. On ne peut refuser Wailleurs au thédtre de de Belloy une certaine énergie, beaucoup d’entente de la scéne. La partie faible, c’est le style. Gaillard a publié les @uvres completes de de Belloy (6 vol. in-8°; Paris, 1779-1787). Il existe une édition en 2 volumes de ses Quvres choisies, avec notice par Auger (Paris, 1811).
BELLOY (Jean-Baptiste dE), cardinal , archevyéque de Paris, né le 9 octobre 1709, a Morangiés, diocése de Beauvais, mort le 10 juin 1808.
Durant une vie qui a rempli l’espace de prés d’un siécle le cardinal de Belloy est un exemple remarquable de la félicité que procure méme ici-bas une vertu qui ne se dément point. Sans étre courtisan, il fut toujours bien avec les puissances de la terre: enfant, il recut du régent Philippe d’Orléans une pension sur un bénéfice ; homme fait, il jouit de l’estime personnelle de Louis XV , qui le choisit pour pacifier un diocése troublé par les discordes religieuses ; vieillard nonagénaire, il se vit recherché, comblé d’honneurs et de dignités par Napoléon. L’influence de ses douces vertus I’avait soustrait aux persécutions de la terreur ; enfin, il n’est pas jusqu’é sa mort quine fat heureuse , car il cessa de vivre au moment ot Napoléon, en rompant toute mesure avec le saint-siége, allait rendre si difficile la conduite a tenir par les prélats francais. Aimable et patriarcal dans sa vie privée, modéré dans ses principes, tolérant , éclairé dans ses opinions, il fut le type du prétre gallican, caractére qui chaque iour devient plus rare.
Vicaire général et archidiacre de Beauvais sous le cardinal de Gévres, il annonea dés lors cette charité, cette douceur évanyélique, ce zéle selon la science, qui lors du rétablissement du culte en 1802 luiservit 4 ramener au bercail des fidéles qu’aurait scandalisés ou repoussés Vindécente apostasie ou le zéle inconsidéré de bien d’autres. Députeé a la fameuse assemblée du clergé de i755, qui avait mission de Jaire cesser le schisme causé dans V’Eglise gallicane par la bulle Unigenitus, de Belloy , alors évéque de Glandéve depuis 1751, se rangea parmi les prélats modérés , qui avaient a leur téte le cardinal de La Rochefoucault, et qui se préterent 4 toutes les mesures nécessaires pour ramener la paix. L’évéque de Marseille Belsunce mourut pendant cette assemblée, laissant son diocése plus agité qu’aucun autre de la France par la fureur des controverses. Dans ces débats i] avait toujours montré autant d’acrimonie et d’intolérance qu’il avait déployé de charité durant la peste dont Marseille avait éprouvé les ravages en 1720. De Belloy n’eut qu’a paraitre pour tout pacifier.
Depuis trente-sept ans il occupait ce siége, lorsque les décrets de nos assemblées nationales imposérent aux prétres de nouveaux serments :ilnecrut pas devoir les préter, quittason église, et se retirad Chambly, dans la province ov il était né. On y respecta son Age et ses vertus, et il demeura tranquille dans un temps ou la tranquillité paraissait bannie de la France. A l’épaque du concordat de 1801 il fut des premiers qui, pour en faciliter la conclusion, firent le sacrifice de leur siége épiscopal. Dans la lettre qu’il écrivit 4 cette occasion au cardinal Spina, il protestait de son obéissance filiale au souverain pontife. Cet exemple du doyen de |’épiscopat eut une grande influence; il attira sur lui tous les regards, et, en rappelant le souvenir de ses qualités , le fit regarder comme le prélat de France qui convenait le mieux au siége de la capitale. Napoléon l’y appela, a l’exclusion de Bernier, le grand factotum du concordat, et qui s’était, in petto, réservé le premier archeyéché de la république.
Placer dans un poste si important le vénérable de Belloy, c’était y faire siéger la vertu mirie par pres d’un siécle d’exercice de toutes les bonnes actions qui peuvent recommander un évéque. Dans cette haute dignité, a laquelle Pie VII joignit, en 1803, le chapeau de cardinal, le nouvel archevéque justifia toutes les espérances. Jamais )’épiscopat n’avait paru dans Paris avec une dignité plus évangélique. On vit dés lors la religion refleurir sans fanatisme , mais non sans éclat; dans toutes les paroisses de la capitale le culte retrouva ses pompes, les prétres leur ancienne considération; les théAtres n’offrirent plus chaque soir d’indécentes plaisanteries contre les croyances d’une partie des citoyens, et tout cela fut dd a V’influence du prélat, dont Je zéle ne se déployait jamais qu’a propos, parce qu’il était tellement sir de lui-méme qu’il pouyait attendre. De Belloy, successivement fait comte , sénateur, grand-aigle de la Légion-d’Honneur, se vit revétu de toutes les dignités de empire et de I’Eglise, et il les honora toutes. Sa verte vieillesse, heureux fruit d’une inaltérable sérénité d’ame, jointe a une conduite toujours conforme aux convenances de son état, le rendait capable d’exercer toutes les fonctions de Vépiscopat dans un Age ot l'homme est condamné d’ordinaire a l'inaction et 4 la maladie. Napoléon, étonné de lui voir une santé si robuste, lui dit un jour : « Vous vivrez done jusqu’a cent ans, monsieur le cardinal? — Eh! pourquoi, répondit gaiement Varchevéque, Votre Majesté veutelie que je naie plus que quatre ans a vivre? »
Toutefois ilne devait pas atteindre cet Age; il mourut d’un catarrhe quatre mois avant d’avoir accompli le siéele : c’éfait sa premiére maladie. Sa mort fut édifiante, et jusqu’au dernier moment il conserva toute sa téte. En s’adressant aux personnes de sa famille qui entouraient son lit pour recevoir sa bénédiction : Apprenes @ mourir, leur dit-il; ef comme lun de ses gens lui présentait une potion forti-
BELLOY — BELMAS
fiante : N’entravez pas la mort! s’écria le moribond. Ce furent, dit-on, ses derniéres paroles. Napoléon, en permettant qu’il ft enterré 4 Notre-Dame, ordonna qu’il lui fut élevé un monument « afin d’attester la singuliére considération qu’il avait eue pour ses vertus épiscopales ». Ce monument , dd au ciseau de Desenne, est un des plus beaux ornements de |’église métropolitaine. Ch. pu Rozom.
BELLOY (AvcusTE, marquis pe), littérateur, né vers 1815, appartenait a la famille du précédent. 1] débuta dans les lettres par une traduction poétique du Livre de Ruth (1843), qui promettait un écrivain soigneux et élégant. Puis il fit représenter deux comédies en vers, Karel Dujardin ( 1844), et Pythias et Damon (1853), lune et Vautre a YOdéon. Le petit drame sentimental de la Mal’Aria (1853) fut suspendu par ordre ; la comédie du Tasse a Sorrente (1857) racheta une action languissante par le charme du style ef un sentiment exquis. On doit encore 4 M. de Belloy : les Légendes flewries (1854), ot l’on remarque les piéces d’Orfa et de Lilith; le Chevalier d’Ai (1854), roman humouristique, mélé de prose et de vers ; les Toqués (1860, in-12 ), recueil d’essais; une traduction en vers des comédies de Térence, couronnée en 1862 par l’Académie francaise; et des articles dans l’Idlustration.
Cet aimable écrivain est mort le 15 avril 1871, dans sa quarante-sixiéme année,
BELL-ROCK, ou INCH-CAPE, rocher extrémement dangereux sur la cdte du comté de Forfar en Ecosse, non loin de ’embouchure de la riviére de Tay. Lenom de Bell- Rock, ou rocher de la Cloche, lui vient probablement d’une cloche (bell) que les moines d’Aberbrothok y avaient fait placer autrefois pour avertir les vaisseaux de la venue et du départ du flot. Ce rocher, dans les marées ordinaires, reste entidrement couvert de 12 pieds d’eau; aux marées basses, il présente une saillie de 427 pieds de long sur 230 de large. avec une éléyation de 4 pieds au-dessus de la surface de la mer, Ce ne ftit qu’en 1807 qu’on se décida a y construire un phare, et, malgré des difficultés sans cesse renaissantes, il fut heureusement achevé en 1811 sous la direction du célébre architecte Stevenson. La base de ce phare, qui a 115 pieds @élévation, est entitrement a sec dans les marées ordinaires; dans les marées hautes, elle est recouverte d’environ 15 pieds d’eau. Les signaux sont donnés par une machine. Ils consistent en une lumiére rouge et une lumiére blanche, alternant avec une compléte obscurité. Lorsque le temps brumeux ne permet pas d’apercevoir les signaux , la méme machine met en branle deux grosses cloches pour avertir les navigateurs.
BELLUNE (en italien Belluno ), capitale de la délégation la plus septentrionale du gouvernement de Venise, dans le royaume Lombardo-Vénitien, est située sur une hauteur qui domine le cours de la Piave, 4 70 kilométres nord de Venise. C’est le siége d'un évéché et une place de guerre entourée de vieilles murailles. Cette ville est trés-ancienne ; les Romains l’appelaient Belunuwm. On y remarque une riche bibliothéque , treize églises et une cathédrale qui a été construite sur les dessins de Palladio. Un magnifique aqueduc y améne une eau d’une limpidité remarquable , provenant d’une source située dans les montagnes. On y compte prés de 10,000 habitants, qui font un commerce assez actif en bois de construction, vin, fruits, et se livrent avec suceds a la fabrication des soieries, des ouvrages de paille , des poteries . 4 des exploitations de tanneries, et au blanchiment des cires.
Napoléon avait attaché le nom de cette ville au titre de due dont il avait gratifié le maréchal Victor.
BELLUNE ( duc de). Voyes Vicror.
BELMAS (Louis, baron pe), évéque de Cambrai, commandeur de la Légion-d’Honneur, naquit 4 Montréal, arrondissement et diocese de Carcassonne, le 11 aont 1757. Regu bachelier en théologie 4 Puniversité de Toulouse en 1779, et ordonné prétre le 22 décembre 1781, il fut nommé im-
BELMAS — BELOMANCIE
médiatement vicaire de la paroisse Saint-Michel , 4 Carcassonne, et ne tarda pas a fixer l'attention de ses supérieurs par une conduite exemplaire, non moins que par de brillantes qualités intellectuelles. 11 devint successivement prébendier de la collégiale de Montréal en 1782, professeur de théologie et directeur du séminaire de Carcassonne la méme année , promoteur général du diocése en 1786, curé de Calipo, méme diocese, en 1787, de Castelnaudary en 1791, aprés avoir prété serment a la constitution civile du clergé, et fut sacré évéque coadjuteur de Carcassonne le 4 brumaire an 1x (26 octobre 1800). En cette derniére qualité, il assista au concile national tenu a Paris, et fut appelé au siége épiscopal de Cambrai au commencement d’ayril 1802.
Pendant les Cent-Jours, ’évéque de Cambrai assista a la famense assemblée du Champ-de-Mai, ce que Louis XVIII ne put jamais lui pardonner. Charles X, plus indulgent, oublia les antécédents quelque peu réyolutionnaires de M. Belmas , et en 1827, lors de son voyage dans le Nord et au camp de Saint-Omer, il séjourna au palais épiscopal de Cambrai, dont le prélat lui fit les honneurs avec beaucoup de grace et d’esprit. M. de Belmas se rallia franchement a ordre de choses issu de la révolution de 1830, et, dans les derniers temps de sa vie, adressa au clergé de son diocese une lettre par laqnelle il lai reeommandait lobéissance , la soumission et amour au chef del’Etat. Cette lettre fit beaucoup de bruit. Ecrivain distingué, comme le prouvent ses divers mandements , il cultivait encore avec succés les sciences et les arts. Il possédait des notions trés-étendues en astronomie, en mécanique, en horlogerie, et a laissé un cabinet fort curieux dinstruments astronomiyques, de montres, @horloges de prix, d’ivoires, de tableaux d’anciens maitres. Il est mort le 21 juillet 1841, 4 Cambrai. Edward Leeuay.
BELMONTET (Louis), poéte contemporain, dont la fidélité aux glorieux souvenirs de l’empire a fini par faire une notabilité politique, est né le 26 mars 1799 4 Montauban. Son pére, Italien de naissance et qui écrivait son nom Belmonte, aprés ayoir servi dans l’armée piémontaise, vint s’établir 4 Toulouse et y faire le commerce des vins. C’est 1a aussi que Louis Belmontet recut son éducation. De beaux succes de collége, qui lui valurent une bourse gratuite, justifiérent les sacrifices auxquels se résigna ensuite sa famille pour le mettre en état de faire de complétes études et de suivre les cours de la faculté de droit de Toulouse. Quand il eut passé ses examens, et ce ne fut pas sans avoir a triompher de bien des obstacles suscités par les hommes de la Restauration 4 un candidat qui faisait ouvertement profession d’un enthousiaste attachement pour Napoiléon et sa famille, le jeune Belmontet vint 4 Paris, comme tant d’autres, dans lespoir de parvenir a s’y faire unc position littéraire; car, en dépit des veeux paternels, c’était vers la culture des lettres, bien plutdt que vers le barreau ou Ja bazoche, qu'il se sentait irrésistiblement entrainé.
Il entra d’abord comme maitre d’études dans l’une des pensions de la capitale; puis, grace aux relations qu'il y forma, il parvint a obtenir l'emploi de précepteur des enfants dun pair de France, le comte Germain. Quelques pieces de vers insérées de temps a autre dans les recueils littératres de |'époque le signalérent alors 4 l’attention des hommes qui croient a ia poésie, et lui valurent d’honorables et surtout Wutiles amitiés, malgré la profonde dissemblance de leurs principes politiques, parmi les écrivains thuriféraires jurés de la Restauration qui tenaient alors le haut du pavé poétique, par exemple Victor Hugo, Soumet, Emile Deschamps, etc. C'est ainsi qu’en 1829 il composa, en société avec Soumet, la tragédie Une Féte de Néron , dont la premiére représentation eut lieu 4 ’Odéon en janvier 1830, et qui y obtint un grand succes.
La révolution de Juillet surprit M. Belmontet en Suisse, oil ses nombreuses piéces de vers a la gloire de Napoléon lui avaient fait obtenir le plus gracieux accueil de la reine Hor-
tense, alors fixée & Arenenberg. Le nouveau roi, qui comprenait parfaitement les dangers dont les souvenirs napoléoniens menacaient sa dynastie, s’attacha tout aussitét avec une rare habileté a isoler de plus en plus les différents Napoléonides encore vivants, en attirant a lui les hommes de quelque valeur restés jusqu’a ce moment fidéles au culte du malheur. La plupart, répudiant alors tout leur passé, s’estimérent heureux , comme on sait, de rentrer dans les honneurs et les places lucratives, et méme d’accepter des emplois dans la domesticité de ’élu des 221.
M. Belmontet persista a avoir foi en l’étoile impériale, et une Ode au duc de Reichstadt qu’'tl publia & peu de temps de Ja avait surtout pour but de réveiller les souvenirs du peuple en faveur du fils et héritier de l’ Homme du Destin, prisonnier &Scheenbrunn. A partir aussi de ce moment M. Bel montet prit part, toujours avec sa couleur nettement impérialiste, A tous les efforts faits par les adversaires des deux branches de la maison de Bourbon pour renverser la royaulé de {830.
Un instant, pourtanf, la fortune sembla s’étre prononcée pour le maintien a tout jamais de la dynastie d’Orléans. Louis-Napoléon expiait 4 Ham lentreprise a main armée qu'il avait tentée en 1840 sur la céte de Boulogne. C’était en 1845. M. Belmontet, lui aussi, sentit alors chanceler sa foi dans V’ayenir. Elle ne lui avait encore rapporté que des persécutions ou des passe-droits. Il se prit done a regretter sa jeunesse perdue, ses chances de fortune et ses illusions évanouies. C’est dans cet état de découragement ou lame Ja plus forfement trempée tombe parfois, que le pouvoir vint insidieusement le tenter en lui offrant loubli complet du passé et, pour gage de la franchise de leur réconciliation, une de ces sinécures que tous les gouvernements passés , présents et futurs ont tenues, tiennent et tiendront toujours 4 ladisposition des hommes dont ils veulent amortir Vhostilité. M. Belmontet comprit qu’avoir prété Voreille a de semblables propositions, c’était déja s’étre avoué vaineu. Il se résigna donc a accepter les fonctions de coinmissaire prés les associations tontinieres, aux appointements de 6,000 fr., ef en 1846 la croix de la Légion d’honneur qu’il obtint 4 la suite de la publication de son recueil poétique intitulé les Nombres Wor.
Apres la révolution de Février, M. Belmontet n’ayant pu parvenir a se faire élire représentant du peuple, travailla activement au triomphe des idées napoléoniennes. En 1852, il obtint sous Jes auspices du gouvernement le mandat des électeurs de Castel-Sarrazin et vint siéger au Corps législatif, ou il n’a cessé d’étre réélu pendant tout l’empire; il y prenait souvent la parole avec une certaine indépendance et s’y faisait a tout propos le défenseur des gloires impériales, des saines théories de l’école classique, et des anciens militaires. Il a été inscrit de 1852 4 1870 pour une somme de 6,000 fr. sur les pensions de la liste civile.
Outre une vingtaine de cantates destinées a célébrer les anniversaires du second Empire, M. Belmontet a publié : le Luxe des femmes (1858, in-18), Poésies guerriéres (1858, in-18), les Napoléoniennes, poésies nouvelles (1859, in-8), Odes nationales sur la campagne d’Ilalie (1869, in-8) , les Lumiéres de la vie (1861, in-18), pensées, ea et proverbes poétiques; Poésies des larmes (1 865, 1n-18).
BELOMANCIE (du grec Bédoc, fléche; povteta, divination), sorte de divination qui se faisait par les fléches Elle était fort en usage dans !’Orient. Les Arabes Pappelaient alaz lam. Tous les peuples ne la pratiquaient pas de la méme maniére. Chez les uns on mettait dans un sac des fléches marquées de différents signes , puis on en tirait au hasard un nombre voulu, et , selon la marque qu’elles poytaient, on présageait V’issue d’une entreprise. Quelquefois c’étaient des noms de ville qui y étaient inscrits; la ville dont le nom était sur la premiére fléche tirée était aussi la
premiére dont on faisait le siége. Clez d’autres on ne se servait que de trois fléches : sur Pune on écrivait Dieu me lordonne, sur uneautre Dieu me le défend, on laissait la troisiéme sans inscription. On les mettait toutes trois dans un carquois, et Pon en tirait une. Si la premiére sortait, on exécutait lentreprise ; si c’était la deuxiéme, on y renongait ; si c’était la derniére, on était averti que l’entreprise devait étre différée , et soumise dans un autre temps a une nouvelle épreuve. Les Turce , suivant Thévenot, cherchent a deviner le résultat d’une guerre en plagant quatre fléches deux a deux et contre les pointes; ils attachent 4 deux de ces fléches la destinée de leurs armes, et aux deux autres celle des armes de leurs ennemis. Aprés avoir récité un chapitre du Coran, ils poussent ces fléches les unes contre les autres , et celles qui montent sur les autres ‘sont le présage de la victoire pour le parti qu’elles représentent. Les Chaldéens, les Scythes, les Slaves, les Germains connurent tous la bélomancie. Mais les commentateurs s’entendent peu sur le procédé employé par ces peuples. Les uns disent que les fléches étaient tirées au sort; d’autres, que, le fer des fléches étant poli, on y considérait comme dans un miroir ce qu’on voulait apprendre du sort; d’autres encore, que les fléches étaient Jancées en lair, et qu’on observait Vendroit ot elles tombaient pour en tirer un augure favorable ou défavorable. BELOPTERE (de 82)oc, fléche; xtep6v, plume, aile), genre de mollusques placé par Blainville a la fin de la famille des sépiacés, et ainsi caractérisé par ce savant zoologiste : Animal entiérement inconnu, contenant dans Ie dos de son enveloppe musculaire une piéce calcaire symétrique formée de deux parties, un sommet épais, solide, trés-chargé en arriére et en avant, etun tube conique plus ou moins complet, a cavité également conique , comme annelée en travers, élargies aux points de leur jonction par des appendices aliformes et sans prolongement clypéacé antérieur. Les espéces sont sépioides ou belemnoides, selon que la coquille ressemble a celle des seiches ou acelle des bélemnites. L, Laurent, BELOUDJISTAN ou BELOUTCHISTAN, principauté située a l’extrémité sud-est du plateau d’Iran, la Gedrosia et la Drangiana des anciens, qui ne fut comprise sous son nom actuel au nombre des Etats asiatiques qu’en 1739, époque ot I’un des chefs de hordes béloutches, Nasir-Khan, fut confirmé par le roi de Perse Nadir- Chah en qualité de chef de ces provinces unies, Cette principauté parvint de bonne heure A se rendre indépendante, mais elle n’eut pas de forces suffisantes pour empécher qu’en 1779 le Sind et en 1809 le Mekran se séparassent d’avec elle. Le Béloudjistan, qui, sur une superficie de 9,500 myriam, carrés, comprend une population de 2,700,000 habitants, est borné a lest par la vallée de l’Indus, au nord par l’Af ghanistan, 4 Pouest par la Perse et au sud par la mer des Indes, et comprend les provinces du Sarawan, de Kélat, de Goundawa, de Khozdar, d’Ihalawan et de Lous. La nature de son sol présente beaucoup d’affinité avec Afghanistan. A Vestla contrée est occupée par une continuelle succession de plateaux et dechaines de montagnes dont les cimes,dépouillées de toute végétation, atteignent la région des neiges éternelles ; puis, s’abaissant a l’est et 4 l’ouest en terrasses escarpées , elles séparent des deux cétés les riches contrées de la vallée de VIndus de déserts sablonneux qui s’étendent jusqu’aux frontiéres de est. De méme que Ja, au nord, le désert confine ici, au sud, A un systéme encore presque complétement meconnu de montagnes courant dans des directions paralléles et renfermant de longues et ¢troites vallées, qui s’élévent en terrasses les unes au-dessus des autres. Le point le plus éleyé des chaines orientales est le mont Brahouih, qui s’éléve de Ja mer A partir du cap Monza ou Mowari, sous le 25° de lat. nord et le 58° de long, est, dont la continuation septentrionale se rattache au systéme afghan des monts Soliman, et est entrecoupée, sur le territoire méme du Béloudjistan, par deux principaux défilés, & savoir celui de
BELOMANCIE — BELOUDJISTAN
Goundawa ou de Molan, et celui de Bolan, par lequel passa en 1839 lexpédition envoyée par les Anglais au Kandahar. Sur les versants occidentaux de cette montagne s’appuient les petites plaines cultivées de Woudd, de Khozdar et de Chorab, etc., comme plateau le plus élevé et le plus septentrional; la plaine de Kélat, qui s’éléve en moyenne a 2,000 métres au-dessus du niveau de la mer. Parmi les fleuvyes qui se frayent passage au sud, les plus considérables paraissent étre le Bolan et le Moula, puis le Pouralli et le Dasti. Le désert n’est dans toute la vérité de l’expression qu’une immense mer de sable.
Le climat varie avec la diversité d’élévation du sol. Les déserts brilants, les vallées profondes, chaudes et humides offrent les plus frappants contrastes avec les plateaux, ou l'hiver reprend tous ses droits, ou, comme a Kélat, par exemple, la culture du riz est remplacée par celle des céréales de ’Europe centrale, ot les arbres se dépouillent de leur feuillage, et ot, quoiqu’on se trouve par 29°, les quatre saisons de l’année se succédent régulitrement. Le dattier a la taille élancée orne les oasis du désert; dans les profondes yallées croissent le riz, le coton et lindigo; dans les parties montagneuses et élevées, les céréales et les fruits ordinaires de l'Europe, et l’assa-feetida se rencontre dans toutes les montagnes. Outre les animaux domestiques propres 4 ’Europe, tels que le chameau, dont l'utilité y est particulitrement appréciée, le cheval, la chéyre et le buffle, les contrées désertes et d’un acces difficile contiennent une foule d’animaux sauvages , comme le lion, le tigre, le léopard, la hyéne, le chacal et le loup. Le régne minéral parait offrir les produits les plus yariés et les plus riches; en effet, indépendamment d’un peu d’or et d'argent, on y trouve aussi en abondance du fer, du plomb, du cuivre, de ’étain, du sel gemme, de Valun, du salpétre et du soufre.
Le Béloudjistan est habité par deux races différentes : a l’est, dans sa partie la plus sauvage, par les Brahouis, au nord et a Vouest par les Béloutches.
Ces derniers, qui constituent la grande masse de la population , se divisent en trois souches principales, a savoir : les Narrous avec sept peuplades distinctes , les Rinds avec vingt-cing peuplades, et les Mourghis avec seize peuplades. Les Béloutches sont des sunnites extrémement ignorants et fanatiques. Ils n’épousent d’ordinaire qu’une femme, deux au plus. Leurs chefs seuls en ont quatre, et ils les traitent avec respect et amour. Ils sont bien faits, élancés, actifs et adroits, C’est un peuple pasteur, s’en allantau loin piller et déyaster, en formant ce qwils appellent des choupaos , especes d’expéditions faites sur des chameaux, et dans lesquelles
ils font preuve d’autant dintrépidité que de ruse et de
rapidité de marche. Dans leurs habitations, qui se composent, parmi ceux d’entre eux qui ménent la vie nomade, de tentes en feutre noirdtre ou en toiles grossiéres, et, dans les autres tribus, de misérables huttes de boue, ils exercent une huspitalité toute patriarcale. Leurs divertissements consistent en exercices de corps et en luttes chevaleresques. In’y a pas jusqu’aux esclaves condamnés a cultiver leurs terres, quiils ne traitent avec la plus grande douceur,
Les Brahouis se divisent également en un certain nombre de peuplades parlant une langue dérivée du persan, et se distinguent des Béloutches par une taille plus courte et plus épaisse, par un visage rond, des traits plats. C’estun peuple nomade et pasteur, changeant de demeure en été et en hiver, Vivant dans une profonde solitude et avee beaucoup de simplicité, ils aiment la paix, et ne sont pas enclins au brigandage, comme leurs yoisins, ce qui ne les empéche pas d’étre endurcis la fatigue et de jouir d’un grand renom de bravoure. Mais, en dépit de leur extréme grossitrelé de meeurs, comme aussi de leur manque absolu de civilisation, les deux peuples n’en ont pas moins lesprit vil et pénétrant, des sentiments nobles et généreux, et témoi+ gnent de beaucoup de dispositions pour le chant et pour la
BELOUDJISTAN — BELUD-EL-DJERID
musique. Le lien politique qui réunit les diverses tribus sous l’autorité de leur khan est trés-faible. En temps de paix le khan de Kélat n’est guére que de nom le souverain du pays, mais en temps de guerre il exerce une grande puissance et commande & de nombreuses troupes. Les revenus du khan actuel de Kélat, qui consistent pour la plupart en produits du sol, sont estimésaenviron 30,000 liv. sterl. (750,000 fr.) , et la force de son armée A 10,000 cavaliers irréguliers et 20,000 hommes de la levée en masse, quoique, lorsque besoin est, des forces bien plus considérables puissent ¢tre mises par lui en campagne.
En 1839 les Anglais, en punition de quelques brigandages et de quelques attaques hostiles de ces populations, vinrent mettre le siége devant Kélat, qui ne succomba qu’aprés une courageuse résistance. Mohrab-Khan, souverain du Béloudjistan, fut expulsé du pays, et Kélat recut une garnison anglaise, qui, surprise a quelque temps de 1a, périssail égorgée tout entiére. Mais les Anglais, commandés par le général Nott, s’emparérent de nouveau de Kélat la méme année, et Mohrab-Khan fut tué dans un des combats livrés a cette occasion. Son fils, Nasir-Khan, recut alors du gouvernement anglais le Béloudjistan a titre de fief relevant de la couronne anglaise; dépendance a peu prés illusoire, car les forces britanniques n’eurent pas plus tot évacué le Béloudjistan que toutes relations furent rompues entre ce pays et lempire anglo-indien,
BELPHEGOR, nom d'une idole des Ammonites, des Moabites et des Madianites, qui dans la théogonie syrienne » joue tantét le rdle du soleil, tantét celui de Saturne , et plus souvent encore celui de Priape, dont elle a les attributs. Les uns lui font offrir des victimes humaines par ses prétres, qui en mangent ensuite les chairs; d’autres lui font faire des sacrifices immondes. La yérité est qu’on ne sait rien de bien positif sur ce faux dieu, dont on a fait une idole d@’ignominie, et qui, suivant les rabbins, était honoré par des actions qui blessent la modestie et la pudeur. Origéne dit qu’il n’a trouvé dans les interprétations des noms des Hébreux sur cette idole rien autre chose sinon que c’était une représentation d’impureté; et il ajoute qu’elle était adorée dans le pays de Madian, principalement par les femmes, ce qui semble contredire le culte honteux qu’on lui suppose. Moise (Nombres, XXV, 3) rapporte aussi que les Israélites l’adorérent : Selden dit que Belphégor est le méme qui est appelé simplement Phegor ou Phogor dans Vhébreu, et qui n’est autre que Baal. La Vulgate dit que Phégor est un nom de lieu : d’ow on pourrait conclure que Bel-Phégor désigne simplement une idole ou un faux dieu qui aurait été adoré sur une montagne. Joseph Scaliger pense que le véritable nom de ce dieu était Baal-Reem, c’est-a-dire dieu du tonnerre.
La Fontaine a tiré d’un petit ouvrage de Machiavel (Je Mariage de Belphégor) \e sujet d’un conte dont !a moralité est de prouver qu’on rencontre parfois des femmes qui ne valent pas le diable.
BELSUNCE DE CASTEL-MOROU (Henrt-FRAncois- XAVIER DE), né le 4 décembre 1671, au chateau de Ja Force en Périgord , d’une ancienne famille originaire de la Navarre francaise, et mort a Marseille, le 4 juin 1755, est célébre par le déyouement qu'il montra lors de la peste qui désola cette ville en 1720 ef 1721. Entré dans la société de Jésus en 1691, il en était sorti quelque temps'aprés pour devenir d@abord vicaire général d’Agen, puis évéque de Marseille, en 1709. C’est la que Vatlendaient de rudes épreuves. On le vit au plus fort de Ja contagion, dit un historien, allant de rue en rue, portant les secours spirituels et temporels aux malades, les encourageant par son exemple encore plus que par ses discours, et se consacrant sans réserve a celte ceuyre héroique. C’est ainsi qu’en faisant chaque jour ou plut6t A chaque moment le sacrifice de sa propre vie, il sauya un grand nombre de ses diocésains, sans avoir été
jamais atteint luicméme du cruel fléau qui les moissonnait par centaines. Ce dévouement sublime a fourni a Millevoye le sujet d’un poéme intitulé : Belsunce, ou la Peste de Marseille, et a mérité en méine temps au digne prélat d’étre célébré dans des vers de Pope. La cour, pour le récompenser de son zéle, lui offrit successivernent Pévéché ct la duché-pairie de Laon, puis l’archevéché de Bordeaux ; mais il préféra rester dans sa résidence de Marseille, que tant de sacrifices lui avaient rendue si chére, et fut dédommagé de son refus par l’investiture de deux riches abbayes et par le pallium dont Clément X11 l’honora en 1731.
Fléve des jésuites , jésuite lui-méme, l’influence qu’il leur laissa prendre dans son diocése y jeta souvent le trouble, et le précipita lui-méme, au sujet des affaires du jansénisme, dans des démarches qui le mirent en guerre avec le parlement d’Aix. Il fut le premier des évéques qui imagina de faire interroger les malades sur leur soumission a la bulle Unigenitus , et de faire refuser les sacrements 4 ceux qui lui seraient contraires. Le régent, qui avait en diverses occasions fait les plus grands efforts pour le ramener & des dispositions plus conformes au caractére évangélique , disait un jour en sortant d’une conférence qu’il avait eue avec lui : « Voila un saint qui a bien de la rancune! »
BELT (Le Grand et te Petit) sont deux détroits qui, avec le Sund, unissent le Kattégat et la mer Baltique. Le grand Belt sépare les iles de Séeland et Laland des iles de Fionie et Langeland; sa largeur est de cinq a six lieues, et sa profondeur de quinze a vingt brasses; des banes de sable et de petites files 4 fleur d’eau en rendent la navigation périlleuse. Le Petit Belé sépare Vile de Fionie du Jutland. Il se rétrécit considérablement prés Fridericia, ou il n’a plus qu’une demi-lieue de largeur environ, de sorte que l’entrée du Kattégat est enti¢rement commandée par les batteries de la forteresse. En raison des nombreux banes de sable qui s’y trouvent, la navigation en offre beaucoup de dangers, surtout pour les batiments d’un fort tonnage. Aussi la presque totalité des navires en destination de la Baltique passent-ils par le Sund.
BELTSEPHON , én hébreu Dieu ou seigneur caché, ou dieu du septentrion (de bel et de tsaphon), nom d’un lien situé prés de la mer Rouge et de l’endroit ot les Israélites la passérent & sec. Quelques aufeurs sont d’avis que c’était une ville; d’autres n’y voient qu’une station, un rocher dans le désert. Les rabbins pensenf que c’était une idole de Baal, la méme peut-étre que Belphégor, érigée la par les Egyptiens pour observer les Israélites et les empécher de sortir d’Egypte : d’ou ils donnent au mot fsaphon la signification de speculator, qwils appliquent a Baal, comme Jupiter avait recu celle de séator, pour avoir arréfé une armée qui fuyait. Le pére Kircher partage leur opinion ; mais il veut que la statue soit celle du Mercure des Egyptiens, quils avaient coutume de placer sur les routes.
BELUD-EL-DJERID, ou Biled-ul-Gerid (c’est-adire Terre des Palmiers), appelé par les anciens géographes arabes Castilia, pays de steppes arides et peu cultivé, du nord de l’Afrique , au sud de ’Atlas, formant la transition entre Ja Berbérie et le désertdu Sahara, Cette contrée, bornée au nord par les termtoires de Tunis, de Algérie et du Maroc, a louest encore par le Maroc, au sud par le Sahara , a l’est par le territoire de Tripoli et par le Fezzan , large d’environ 80 myriamétres sur a peu prés 240 myriamétres de long, n’est traversée que par quelques maigres rividres, dont l’eau saumatre ne tarde pas & se perdre dans les sables du désert ou a s’évaporer sous linfluence desséchante d’un soleil dairain. C’est seulement sur les rives de ces différents cours d’eau que la végétation témoigne quelque puissance; l’orge, les dattes et les fruits tropicaux sont ce qui réussit le mieux. Les habitants sont des Arabes, des Berbéres et des Négres. llsse livrent au commerce et voyagent par caravanes, employant a cet effet le chameau, et surtout le hairi, qua-
drupéde indigéne a la marche extrémement rapide. Les villes sont peu nombreuses ; les plus importantes sont Ta/ile¢ sur le Ziz, centre commun oi viennent se réunir les caravanes se dirigeant soit vers le nord, soit vers l’intérieur de l'Afrique, et Gadamées, cité indépendante, ov se croisent les routes suivies par des caravanes de Tripoli, de Tunis, de Fez, de Maroc et de Tombouktou.
Le Belud-el-Djérid est le pays que les anciens désignaient sous le nom de plaine de Numidie, et qui a ’époque de Ja domination romaine, et aussi sous la période brillante des khalifes , était parvenu & un haut degré de civilisation, qui a disparu depuis longtemps et dont témoignent seules aujour- @hui de nombreuses ruines.
BELUGA. Ce cétacé, que F. Cuvier range parmi les marsouins, en a été séparé par d’autres naturalistes, qui en ont fait un groupe particulier de la famille des dau-
hins. :
: Le béluga (whit-visch, poisson blanc des Hollandais ) se distingue de tous les autres dauphins par son corps, plus court, plus massif, manquant de nageoire dorsale. Il a environ quatre métres de longueur, sur un de diamétre ; le corps est cylindrique, un peu gibbeux au milieu du dos; la téte est terminée par un museau obtus et arqué. Le béluga porte au milieu du front un évent unique formé en croissant et garni d’une valvule; ses nageoires pectorales, de forme trapézoide, sont un peu petites; sa caudale est bilobée , 4 lobes triangulaires, rapprochés , étendus vers les pointes. L’animal entier est d’un blanc d'ivoire quand il est adulte, brun dans son enfance, blanc tacheté de gris et de brun dans sa jeunesse.
Le béluga se rencontre sur toutes les rives des mers arctiques , mais surtout aux embouchures des fleuves poissonneux, qu'il remonte fort avant dans les terres; il nage avec une grande vitesse, battant l’eau de sa queue, et la faisant jaillir de son évent 4 une grande hauteur. I] forme un objet de péche assez important pour les peuplades de ces régions septentrionales.
BELUS ou BEL. Voyez Baat,
BELUS. Ce nom a été porté par plusieurs princes de YOrient, dont l’existence est plus ou moins fabuleuse.
Le plus ancien est BE.us, roi d’Assyrie, a qui l’on attribue la fondation de Babylone, ville 4 laquelle il aurait donné son nom, Fils d’Osiris, roi et divinité d’Egypte, ou, selon d'autres, fils de Neptune et de Libye, il conduisit de 1993 a 1966 avant J.-C. une colonie égyptienne en Assyrie et conquit la Babylonie sur les Arabes. Aprés un régne de vingt-sept ans il aurait laissé son royaume 4 Ninus, qui l’aurait fait mettre au rang des dieux.
Un autre Béxus, pére d’Egyptus, de Danaiis et de Céphée, régnait en Phénicie vers l’an 1500 avant J.-C.
BELVEDERE (Architecture ), mot tiré de Vitalien , qui veut dire belle vue. C’est en architecture un petit donjon, ou plutét un pavillon, qui, de méme que la lanterne sur les coupoles, couronne et domine les maisons de plaisance. Il est aisé de voir que cette recherche dans les habitations nous vient de I’Italie, dont les belles campagnes, les herizons enchanteurs, le ciel si pur, l’atmosphére si calme, ne pouvaient manquer d’éveiller chez un peuple amant des arts et de la volupté un tel godt pour ce luxe de l’architecture moderne. Presque toutes les maisons & Rome sont surmontées d’un belvédére; le plus fameux est celuidu Vatica n, élevé par Bramante et célébre par la statue d’A pol lon, qui s’y trouve; la ville de Rome s’étend a ses pieds, tandis que les Apennins prolongent indéfiniment sur une: seule ligne leurs cimes toujours blanches de neige: c’est un des plus beaux points de yue de l’univers,
En France, on nomme aussi belvédére un petit pavillon situé a Pextrémité, soit d’un jardin, soit d’un pare, ott A midi on se met A l’abri des feux du soleil, oi Je soir on goite le frais, Dans les maisons royales, un belyédére est
BELUD-EL-DJERID — BELZONT
un appartement complet ou un salon unique percé a jour, ou tout autour de soi on a des croisées qui divergent sur horizon.
On appelle aussi belvédére une plate-forme revétue d’un — mur de terrasse, ou soutenue d’un glacis de gazon dominant sur les lieux d’alentour, C’est un terme de jardinage.
set DENNE-BaAROoN,
BELVEDERE ( Botanique). Voyez AnséRine.
BELZEBUTH. Voyez Béevzésus.
BELZONI ( Grovanni-Bartista ), célébre par ses voyages et ses découvertes, fils d’un malheureux barbier, paquit en 1778, a Padoue, et fut élevé 4 Rome pour embrasser l’état ecclésiastique. Mais il y renonga bientdt pour s’occuper plus particuli¢rement de mécanique hydraulique. De Rome il passa en 1800 en Hollande, et de la, en 1803, en Angleterre , ott il se maria et ne tarda pas 4 tomber dans une misére telle qu'il fut réduif 4 donner des représentations mimiques et a débuter au théatre d’Astley, 4 Londres, dans les réles d’Apollon et d’Hercule, auxquels le rendaient propre une vigueur vraiment athlétique et une beauté de formes peu commune, s’occupant en méme temps de constructions hydrauliques, art qui avait toujours eu pour lui un atirait particulier et dans lequel il parvint a acquérir des connaissances pratiques assez étendues. Aprés avoir ainsi vécu neuf années a Londres, il alla successivement donner des représentations 4 Lisbonne, 4 Madrid et 4 Malte.
C’est la qu’en 1815 il fut engagé pour le compte de Méhémet- Ali, vice-roi d’Egypte, qui lui confia la direction de différentes entreprises hydrauliques dans ses !'tats. Ils’en était acqnitté a la complete satisfaction du pacha, quand les yoyageurs Burckhardt et Salt le déterminérent 4 se vouer ala recherche des antiquités égyptiennes; et dans cette direction nouvelle donnée a son intelligence, il apporta autant de constance que d’abnégation. Il réussit & transporter des environs de Thébes 4 Alexandrie le buste qu’on dit étre celui de Memnon le jeune, et a pénétrer le premier dans le temple d’Ipsamboul, dans la vallée des tombes royales ( Biban-el-Molouk ). Prés de Thébes, i] découvrit plusieurs vastes calacombes conteuant des momies. En {817 il ouvrit, entre autres, le célébre tombeau royal de Psammétique ou Necho, d’ou il tira le magnifique sarcophage d’albdtre au’on voit aujour- @hui au British Museum, avec le buste de Memnon dont il vient d’étre parlé et avec la plus grande partie des antiquités égyptiennes rapportées par lui en Europe. Mais de toutes les expéditions de Belzoni la plus brillante fut celle dans laquelle il parvint 4 ouvrir la pyramide de Chéphrén. Une tentative de meurtre dont il faillit étre victime le décida 4 quitter Egypte. Toutefois, il entreprit auparavant un voyage aux rives de la mer Rouge, pendant lequel il découvrit la mine d’émeraudes de Zoubara et les ruines de antique Bérénice. De lail se rendit 4 l’oasis de Siouah, & Veffet d’y explorer les ruines du temple d’Ammon.
Au mois de septembre 1819 il se rembarqua pour I’Europe avec sa femme, qui avait été la compagne courageuse et dévouée de toutes ses explorations. Il fit don 4 Padoue, sa ville natale, de deux statues égyptiennes en granit qu’il fit placer dans le palais de justice. I] publia ensuite le résultat de ses recherches sous le titre de : Narrative of the Operations and recent Discoveries, etc., in Egypt and Nubia, and a Journey to the coast of the read sea in search of the ancient Berenice, and another to the Ousis of Jupiter Ammon ( Londres, 1821).
En 1821 belzoni organisa & Londres une exhibition des antiquités égyptiennes rapportées par lui en Angleterre. Vers la fin de l'année suivante, il repartit pour un voyage & Tombouktou, dans Vintérieur de PAfrique. Mais, arrivé a Bénin, il fut atteint @une dysseoterie des plus graves, qui le forga de s’en reyenir & Gato, ou il mourut, le 3 décembre 1823. '
Les dessins originaux du tombeau royal égyptien quil
BELZONL — BEM 761
était parvenu a ouvrir ont été publiés par sa veuve ( Londres, 1829 ).
BELZUNCE. Voyez Betsunce.
BEM (Josern ), général polonais, naquit 4 Tarnow, en Gallicie, en 1795, dune famille noble. Eléve de l’école d’Application de Varsovie, il en sortit pour servir dans une batterie d’artillerie 4 cheval , commandée par le comte Ladislas Ostrowski, Décoré de la croix de la Légion d’Honneur pendant la campagne de 1812, il fut nommé lieutenant au siége de Dantzig. A la paix, Bem rentra en Pologne, ou il accepta du service dans l'armée nationale que réorganisait Vempereur Alexandre. Promu au grade de capitaine par le grand-duc Constantin, et chargé de professer un cours a Pécole @artillerie , Bem, patriote indépendant , ne manqua pas d’encourir bientét la disgrace du proconsul moscovite. Mis & la réforme, puis rappelé sur la demande formelle du général Gerstenzweig, plus tard congédié de nouveau, il se vit tour a tour l’objet des avances les plus flatteuses et des persécutions les plus violentes. Enfin on le laissa libre, et il se retira & Lemberg, ot ses connaissances dans les arts mécaniques le rendirent utile 4 tous les manufacturiers de la contrée.
La révolution du 29 novembre 1830 vint l’arracher a ses paisibles travaux. Déjouant la surveillance autrichienne, il arriva & Varsovie dans les premiers jours de mars, et obtint, avec le grade de major, le commandement de la quatriéme batterie d’artillerie 4 cheval. [I figura en cette qualité le 10 mars 1831 & la bataille @’Iganie, et contribua beaucoup au succés qui la couronna. Le grade de lieutenant-colonel et la croix polonaise dite Virtuti militari furent la récompense de sa conduite dans cette affaire. Depuis lors, Bem resta inactif jusqu’a l’époque de la bataille d’Ostrolenka, ot, arrivant en face du pont de la Narew avec dix piéces d’artillerie seulement, il retarda le passage des Russes, et préserva l'armée polonaise d’une compléte déroute. Nommé d’abord colonel, puis commandant de toute lartillerie polonaise, il soceupa activement des fortifications de Varsovie et de son systéme de défense. Présent A Sochaczew et A Bolimow, il se replia avec toute Yarmée sur la capitale menacée. A ce moment supréme de la révolution, Bem déploya toute l’énergie de son caractére et toute la vigueur de son génie. Vers la fin d’aodt 1831 il avait été promu par le généralissime Krukowiecki au grade de général de brigade, avec le commandement de toute lartillerie de siége. Les assauts des 6 et 7 septembre furent pour le général Bem une occasion de grande et décisive gloire. Sur la bréche pendant deux jours, il dirigea le feu de deux cents piéces d’artillerie , et se porta de sa personne sur tous les points menacés.
Aprés la capitulation, il suivit ’armée a Modlin, et se pronon¢a toujours dans les délibérations quisurvinrent pour le parti le plus énergique et Je plus chanceux. Ainsi, il figura dans cette minorité courageuse qui voulait continuer la guerre en la portant sur la rive gauche de la Vistule. Mais Vavis contraire ayant prévalu, force lui fut de se réfugier avec les débris des troupes nationales surle territoire prussien. La, Bem chercha encore a ressuscifer la nationalité polonaise en y créant des /égions a V'nstar de celles qui avaient jadis été les auxiliaires de la France sous la république et sous empire; mais un ordre formel de la police prussienne l’obligea bientét ase séparer de ses compagnons d’armes sans avoir pu leur donner une organisation définitive. « Maintenant que le général nous quitte, dirent les soldats , tout est perdu. » Il traversa Dresde et arriva a Paris, oli ses démarches aupres du ministre de la guerre et du auc
d’Orléans, prince royal, ne furent pas sans influence sur le |
sort des soldats réfugiés. Retourné en Saxe, il s’employa a les acheminer en France et a les diriger vers les dépdts désignés pour leurs casernements. Louis Reypaup. Dans l’émigration, Bem s’abstint de prendre parti dans les DICT, DE LA CONVERS, — T, Il.
divisions intestines auxquelles sont constamment resiés en proie ses malheureux compatriotes ; il s’efforca d’ouvrir des yoies nouvelles & son activité. En 1833 il négocia avec dom Pedro pour lorganisation d’une légion polonaise ; mais ce projet ne put étre mis a exécution, a cause des dissensions intérieures de l’émigration. Les années suivantes furent remplies par des travaux scientifiques et littéraires, notamment par des essais tentés pour perfectionner la méthode mnémo-; nique dite méthode polonaise, ainsi que par des voyages en Portugal, en Espagne, en Belgique et en Hollande.
A la suite des journées de mars 1848, Bem quitta la France pour retourner 4 Lemberg, et le 14 octobre il vint a Vienne offrir ses services 4 Messenhauser , commandant supérieur de la garde nationale de cette capitale. On lui confia alors Je soin d’organiser les moyens de défense, et il déploya dans cette mission une activité infatigable , quoiqu’il ne se fit pas illusion sur Pimpossibilité de résister dans ’état ou se trouvait Vinsurrection viennoise. Il est vraisemblable qu’en prolongeant autant que possible la résistance de Vienne, il n’eut d’autre but que de donner ainsi aux Hongrois le temps d’arriver. II prit personnellement part aux différents engagements qui eurent lieu alors entre les insurgés et les troupes impériales, organisa et dirigea la sortie du 25 octobre, et défendit le 28 la grande redoute élevée a Yextrémité de la Jegerzeile. Quand le conseil municipal se décida a capituler, Bem disparut mystérieusement du théatre des événements, mais pour reparaitre dés les premiers jours de novembre a Presbourg. Il y mit ses talents et son expérience militaires 4 la disposition des chefs de la révolution hongroise, convaincu que l’insurrection de la Hongrie ne pouvait qu’étre favoraole au rétablissement de sa patrie, la Pologne , dans ses droits. Cela n’empécha pas bon nombre de gens dele considérer comme un traitre, et quand il dissuada le gouvernement hongrois de former un corps spécial polonais, il y eut 4 Pesth un de ses compatriofes qui lui tira un coup de pistolet, et qui le blessa assez griévement.
Le gouvernement hongrois ne lui en confia pas moins la mission de soulever la Transylvanie 4 la téte d’un corps franc. Aprés étre parvenu en un trés-court délai, et avec des ressources évidemment insuffisantes, a organiser un corps de 8 & 10,000 hommes, il entra en Transylvanie a la fin de 1849. Dés le 19 décembre il remportait 4 Dees sa premieére victoire sur les Autrichiens, qu’a la suite de plusieurs autres affaires non moins heureuses il rejeta du nord de la province en Bukowine, et chemin faisant il renforca son armée des nombreux Szeklers accourus de toutes parts en grossir les rangs. II se dirigea ensuite contre le corps principal autrichien aux ordres du général Puchner, et aprés I’avoir contraint 4 se retirer sur Hermannstadt, il s’en vint attaquer cette ville le 21 janvier 1849. Mais il fut battu , et le 4 février Puchner lui fit essuyer A Vizakna une déroute compléte. Entouré de tous cétés, forcé d’abandonner son artillerie , sa situation était si critique qu’on devait le croire perdu. Cependant il réussit le 7 févriera se frayer passage a travers les rangs autrichiens, et le 9, aprés avoir recu quelques troupes hongroises de renfort, il livra la sanglante bataille du pont de Piski, ob Puchner fut sévérement traité. Le 11 mars, a la suite d’une attaque aussi prompte qu’audacieuse, i] prit Hermannstadt, puis Cronstadt, et le 16 mars il reyeta en Valachie, par le défilé de Notenthurm, les Autrichiens ainsi que les troupes auxiliaires russes qui depuis le mois de février étaient accourues a leur secours.
Devenu de la sorte maitre du pays, il s’efforca, par la
| proclamation d’une amnistie et par des mesures de douceur ,
de concilier 4 la cause hongroise les populations allemande
et slave, et surtout les Valaques, tandis que Kossuth et les
commissaires hongrois contrariaient de tous les moyens en
leur pouvoir cette habile tactique. Bem recut alors du gou-
vernement hongrois l’ordre d’entrer dans le banat; et il con-
traignit encore Puchner, qui avait fait irruption sur ce ter-
ritoire, 4 ’évacuer. Quoiqu’au mois de juin 1849 Kossuth eft songé a lui pour le commandement en chef de ’armée nationale en Hongrie, Bem retourna en Transylvanie, ou les Russes avaient pénétré pendant ce temps-la avec des forces considérabies et avaient battu les troupes hongroises. Bem réorganisa son armée, et, dans une suite d’engagements, fit tous ses efforts pour empécher les Russes et les Autrichiens d’opérer leur jonction; mais, par suite de ’insuffisance des ressources mises asa disposition et aussi de Yattitude hostile des Valaques, il lui fut désormais impossible de rien faire de décisif. Cependant, il tenta d’opérer une diversion sur les derriéres de l’ennemi en entrant le 23 juillet dans la Moldavie, qu’il espérait faire soulever contre les Russes. Ayant encore échoué dans ses efforts, il revint rapidement en Transylvanie, ou le 13 juillet il livra 4 Schetzburg une hataille dans laquelle il fut défait par un ennemi trois fois supérieur en forces. Lui-méme n’échappa alors a la captivité qne parce qu’il fit une chute au fond d’un marais, d’ou quelques hussards débandés parvinrent seuls a le tirer.
Aprés avoir pu rejoindre les débris de son armée, il reprit encore d’assaut Hermannstadt le 5 aodt; mais force lui fut bientét de l’évacner, parce que les renforts sur lesquels il comptait n’arrivérent pas. A la demande pressante de Kossuth, et aprés une autre affaire malheureuse engagée le 7 aodt, il revint en toute hate en Hongrie, ou il arriva encore assez 4 temps pour pouvoir prendre part a la bataille livrée le 9 sous les murs de Temeswar. Un mouvement en ayant qu’il tenta imprudemment eut pour résultat, dans cette journée, une éclatante et décisive défaite des troupes hongroises. Il essaya tout aussi inutilement 4 Lugos de livrer une nouvelle bataille avec les débris de ’armée nationale, et dut alors se retirer en Transylvanie, ot il se maintint encore jusqu’au 19 aout contre des forces énormément supérieures aux siennes. Il finit par se réfugier sur le territoire ture, ou, dans l’espoir de pouvoir continuer a agir contre la Russie, il embrassa l’islamisme et obtint alors un grade supérieur dans l’armée turque sous le nom d’Amurath-Pacha.
Il consacra désormais toute son activité 4 réorganiser Yarmée turque, bien que singuliérement contrarié a cet égard par les influences occultes de la Russie et de l’Autriche. En février 1850 on Jui assigna pour résidence, comme aux autres Hongrois qui avaient embrassé l’islamisme, la ville @Alep, oul, au mois de novembre, il lui fut encore donné de réprimer & Ja téte des troupes turques la sanglante insurrection de la population arabe contre les chrétiens. Son corps, brisé par les fatigues et couvert de blessures, ne tarda pas & étre altaqué par une fiévre opinidtre, pour laquelle il repoussa toute assistance médicale, et a laquelle il succomba, le 10 décembre 1850. Tout ce qui lui avait appartenu a été vendu a des prix fabuleux a Alep en 1851.
L’extérieur de Bem n’était rien moins qu’imposant : sa démarche était vacillante, son visage bléme et rougedatre ; mais i] était doué d’un esprit audacieux, inventif, indomp- ‘table, et d’une activité infatigable. Il se sentait a l’aise et ‘comme dans son élément au milieu du tonnerre des batailles. ‘Jamais danger ne put \’émouvoir, et dans les situations les plus désespérées il conservait toujours son sang-froid. Dans sa vie privée, il était d'une extréme modération, d’une grande bienveillance et d’une générosité approchant de la prodigalité. Le peuple et les soldats lui portaient un vif attachement, quoiqu’il astreignit ces derniers a la plus sévére discipline, tout en leur témoignant une sollicitude toute paternelle. Comme général d’armée, il excellait dans ’emploi de l’artillerie, et déployait une incomparable rapidité dans tous ses mouvements, Bem n’avait qu'un but dans sa vie comme Polonais, la lutte contre la Russie. On a de lui un Exposégénéral dela Méthode Mnémonique polonaise, ete. (Paris, 1839). Consulter Czecz, La Campagne de Bem en