‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 473 sur 488 · BEM — BEMBO · texte numérisé non relu

BEM — BEMBO

Transylvanie (Hambourg, 1850), et Pataky, Bem en Transylvanie (Leipzig, 1850).

BEMBECE ou BEMBEX (du grec Béyénz, espece de guépe). Ce genre se compose d’insectes hyménoptéres, que Pon trouve dans les lieux arides, sablonneux, exposés au soleil. Linné les avait rangés avec les abeilles en leur donnant le nom spécifique de rostrata ; Fabricius, le premier, en forma, sous la dénomination de bembez, un genre propre, composé aujourd’hui dun assez grand nombre d’espéces. Le bembex & bec est trés-commun dans les lieux arides et sablonneux des environs de Paris, de méme que le bembex tarsier, ainsi nommé a raison des petites taches d’un brun noirdtre dont sont entrecoupés ses tarses antérieurs, du moins dans les males.

La larve du bernbex & bee a dix millimétres de longueur ; son corps est trés-mou, d’un blanc grisdtre, uni, sans pattes, d’une forme presque cylindrique, grossissant peu a peu vers son extrémité postérieure, qui est arrondie. La téte est petite, écailleuse, d’un brun trés-clair, et pourvue

; de mandibules, de machoires et d’une lévre bien recon-

naissables. On apergoit sur chaque cété du corps neuf stigmates placés sur une ligne longitudinale, depuis un bout jusqu’a Pautre, et distingués par des points @un bran noiratre.

Les bembex fouillent le sable avec beaucoup de facilité et une trés-grande promptitude. On n’en sera point étonné si ’on examine la forme de leurs tarses de devant : ils sont garnis tout au long, du cété extérienr, de plusieurs cils trés-forts et paralléles, comme les dents d'un peigne. Ces hyménoptéres ont des mouvements trés-rapides; ils passent presque sans s’arréter d’une fleur a lautre, en faisant entendre un bourdonnement assez vif, entrecoupé, et dont le son n’est pas Je méme dans Jes deux espéces. Leur vot prés des lieux ot ils veulent se poser est une espéce de balancement perpendiculaire. Les males vont chercher les femelles dans les trous qu’elles creusent, ou se tiennent aux alentours; souvent ils les poursuivent en lair, et c’est li que leur réunion doit s’opérer. Peu d’insectes males ont les organes sexuels aussi développés que ceux des bembex. On remarque encore sous le ventre des mémes individus de ee genre une ou deux saillies en forme de dents, caractére quwil ne faut pas négliger dans la détermination des espéces. Enfin, Jes bembex exhalent la plupart une odeur de rose trés-prononcée.

Ces insectes ne commencent a parattre qu’aprés le solstice d’été , et c’est au mois d’aodt qu’ils sont le plus communs; on n’en rencontre plus a la fin de septembre. Les fleurs de thym, de serpolet et de quelques autres plantes de ce genre sont celles qu’ils préférent. Outre la mouche apiforme, ils choisissent encore pour nourriture quelques autres diptéres , tels que Veristalis nemorum, la mouche cesar, et méme les taons. Le bembex tarsier fait une guerre toute particnliére aux bombilles.

BEMBIDION (du grec Bép6nt, guépe, et eldoc, forme), genre de coléoptéres pentaméres, de la famille des carabiques et adopté par presque tous les entomologistes, Les bembidions sont des insectes en général trés-petits, qui viyent presque tous aux bords des eaux, dans le sable, sous les débris des végétaux ou courant sur la vase. On en trouve aussi communément sous les pierres, dans les endroits humides, Quelques especes ne se rencontrent que dans les montagnes et quelques autres sous les écorces, Sur 142 espdces mentionnées dans le catalogue de M. Dejean, qui divise ces coléopléres en dix groupes principaux, 36 seulement sont étrangéres & l'Europe et appartiennent a l’Asie, a l’Afrique et 4 l’Amérique,

BEMBO (Preto), l'un des savants les plus eélebres que Vitalie ait produits au seiziéme sidcle, né a Venise, te 20 mai 1470, mort le 18 janvier 1547, eut une de ces existences honorables et douces que procurait souvent a la re-

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‘BEMBO — BEMMEL 76%

naissance des lettres le godt de Pétude allié aux dignités de l’Eglise. Il était fils d’un sénateur, homme fort instruit, qui fut envoyé par les Vénitiens comme ambassadeur a Florence. C’est dans cette ville que commenga l’éducation du jeune Bembo, Il y acquit une connaissance parfaite de toutes les finesses de la langue latine; et plus tard, pour se perfectionner a l’égal dans la connaissance de la langue grecque, il alla 4 Messine suivre pendant deux années les lecons du célébre Lascaris. A son retour a Venise, il publia un petit écrit sur l’Etna ( imprimé par Alde, 1495); puis il se rendit & Padoue, pour y faire son cours de philosophie.

Destiné par son pére a suivrela carriérede Padministration, il s’en dégodta bientét et préféra celle des lettres. En consequence, il prit Phabit ecclésiastique , ce qui alors était le meilleur moyen pour se livrer en toute liberté a l'étude. Parmi les princes d’Italie qui le protégérent le plus, on remarque Alphonse d’Este, duc de Ferrare. Il passa plusieurs années a la cour de ce prince, od il parait qu’il fut au mieux avec sa femme, la fameuse Lucréce Borgia. De retour a Venise, il ne tarda pas a faire partie de ’espéce d’académie que formait alors un cercle de gens de lettres et de savants que Vimprimeur Alde Manuce recevait dans sa maison. C’est vers ce temps quil donna des éditions critiques de poésies italiennes de Pétrarque (1501) et des Terzerime du Dante (1502), toutes deux sorties des presses de son ami Alde Manuce. Bembo alla ensuite passer quelques années a Ja cour d@ Urbino, autre foyer des sciences et des lettres en Italie a cette époque. En 1512 il s’attacha a Julien de Médicis, qu’il accompagna a Rome. Les honneurs et les bénéfices ne tardérent point a l’y venir chercher, et Jules Il lui accorda la commanderie de Bologne. Le frére de Julien de Médicis, le cardinal Jean, ayant été élu pape sous le nom de Léon X a la mort de Jules If, le nomma aussitét son secrétaire ; fonctions dans lesquelles il eat pour collégue son ami Sadoleto. Quelques missions de confiance, beaucoup de richesses et @honneurs, furent la suite naturelle de cette position. Les hommes les plus distingués, les cardinaux Bibiena et Jules de Médicis, les poétes Tebaldeo et Accolti, le peintre Raphael, et les principaux seigneurs romains furent au nombre de ses amis. C’est aussi 4 Rome que Bembo entretint pendant longtemps une tendre liaison avec la jeune et aimable Morosina, de laquelle il eut deux fils et une fille. A la mort de Léon X, sa belle maitresse le détermina A renoncer aux affaires et a se retirer a Padoue, ville justement célébre par Véclat de son université. Bembo y réunit une bibliothéque considérée comme lune des plus précieuses de son époque, et qui alla plus tard enrichir celle du Vatican, ainsi qu’une collection de médailles et de monuments de Yantiquité, parmi lesquels on remarquait la fameuse table Isiaque.

Lors de Vexaltation de Clément VIII, Bembo crut devoir se rendre & Rome pour offrir ses hommages et ses félicitations an nouveau souverain pontife; mais il s’en revint bien vite 4 Padoue, pour continuer a y vivre dans le cercle paisible de ses amis ef &s’y livrer a ses travaux. En 1529, a la mort d’André Navagero, il accepta la charge @historiographe de Venise, mais sans les honoraires qui y étaient attachés. Il devait 4 ce titre retracer la période de 1486 a 1530; mais i] ne conduisit son histoire que jusqu’a l’année 1513, et on nel’'imprima que quatre ans aprés sa mort. Il Vavait écrite en latin ; elle fut presque aussit6t apres traduite et publiée en italien sous Je titre de : /s/oria Veneziana ( Venise, 1552; nouv. édit., 1790). Les travaux nécessilés par la composition de cet ouvrage amenérent le gouvernement vénitien a lui confier la direction de la bibliothéque de Saint- Mare. En 1539 le pape Paul III lui donna le chapeau de cardinal. Bembo avait alors soixante ans. Depuis

quatre ans la mort de Morosina avait fait cesser le scandale—

que présentait cette liaison entretenue publiquement par un nomme portant Vhabit ecclésiastique. Bembo songea sérieu

sement a réformer ses movurs; il se rendit 4 Rome, et s’y fit ordonner prétre. Des lors il renonga aux lettres profanes, pour étudier les péres et les théologiens. Deux ans aprés, le pape lui conféra ’évéché de Gubbio, et un peu plus tard le riche évéché de Bergame. Il mourut comblé dhonneurs, le 18 janvier 1547, léguant par son testament tous ses biens a son fils Torquato.

Bembo, que ses panégyristes ont prétendu mettre au rang des plus grands génies, fut tout simplement un écrivain plein de godt et de grace. Son véritable mérite est d’avoir été Pun des restaurateurs de la belle latinité, de méme qu’il s’attacha 4 perfectionner la langue italienne en prenant Pétrarque pour modéle. Mais, ainsi que Sadoleto, son émule et son ami, il fut puriste en latin comme en italien. Ce qu’on raconte des quarante corrections successives auxquelles il soumettait chacun de ses ouvrages est sans doute empreint d’exagération, mais peint bien les habitudes de travail de Bembo. Parmi ses ouvrages, qui ont été maintes fois réimprimés séparément, les plus importants sont ses Rerum Veneticarum Libri XII, de 1487 & 1513 (Venise, 1551), dont il prépara lui-méme une édition italienne ( Venise, 1552; la meilleure édition est celle qu’en a donnée Morelli [ Venise, 1790, 2 vol. ]); pnis ses Prose, dialogues dans lesquels il expose les régles de la langue toscane; Gli Asolani, dialogues sur la Nature de l'amour ( Venise, 1530): il intitula ainsi ces dialogues, parce qu’il les écrivit, dit-on, au chateau d’Asolo; ils étaient, parla nature méme du sujet, assez libres, surtout pour un ecclésiastique; ils ont élé traduits en francais , en 1545 ; Rime, collection de sonnets et de canzoni excellents ; ses Lettres, écrites tant en latin qu’en italien ; le livre intitulé Virgilit Culice et Terentio fabulis ; ses Carmina, poésies aussi ingénieuses que pleines de gout, mais qui témoignent d’un esprit beaucoup plus libre que ne le ferait supposer la position de auteur dans |e monde; enfin, ses Lettres (2 vol. in-8°, Venise, 1575), correspondance remplie de détails sur les affaires et les mceurs du temps, ef dont lapartiela plus curieuse est celle quise rapporteaux affaires publigues. Tous ces écrits sont d’ailleurs empreints du méme cachet d’élégance; ce qui manque 4 la plupart, c’est "énergie et Poriginalité. Consultez les Histoires de la Littérature italienne de Tiraboschi et de Maffei en italien, et celle de Ginguené en frangais.

BEMMEL, nom dune nombreuse famille de peintres descendant de Guillaume de BemMEL, né en 1630, a Utrecht, ou s’étaient réfugiés pour cause de persécution religieuse ses parents, originaires de la Bourgogne. Guillaume apprit le paysage dans l’atelier de H. Saftleeven, et alla se perfectionner en Italie. Il parcourut ensuite I’Angleterre et l’Allemagne, et finit par entrer au service du landgrave de Hesse- Cassel, chez qui il resta six ans et pour qui il exécuta un grand nombre de paysages remarquables par le gout et la vérité des détails. [1 passa la plus grande partie de sa vie a Naremberg. On vante le magnifique coloris de ses toiles, ’heureux choix de ses points de vue et la diversilé de ses effets. Dans la distribution des ombres et de la lumiére il cherchaa imiter fidélement la nature; par 1a il est parvenu a donner A ses paysages un caractére de vérité qui le fait rechercher des amateurs. I] mourut en 1708, 4 Weerd.

BEMMEL (Jean-Georces de), fils ainé du précédent, né a Nuremberg, en 1669, mort en 1723 , commenga par éfre Péléve de son pére, puis se livra A la peinture d’animaux. Il y a dans ses toiles beaucoup d’expression, de justesse de dessin, et un agréable coloris. Il était d’une santé trés-faible, et dans les derniers temps de sa vie la goutte ne lui laissait que deux doigts de libres, ce qui ne Peinpéchait pas de travailler avec autant d’ardeur que jamais. Comme presque tous les membres de sa famille, il offre le glorieux exemple d’une grande faiblesse de constitution impuissante a empécher le libre et complet exercice du talent. Il finit par abandonner la peinture du paysage pour se livrer ex-

eal JO.

clusivement a celle des batailles, qui lui valut sa réputation, et dans laquelle il suivit la maniére de F.-P. Lembke.

BEMMEL (Prerre be), frére cadet du précédent, né en 1685, 4 Nuremberg, mort a Ratisbonne, en 1754, ne se consacra } l’art que fort tard, et comme son pére, mais sans avoir sa maniére, fut peintre de paysage. Il réussissait surtout dans les scénes @hiver et de tempéte, suppléant a cet égard son pére, qui, malgré Ja diversité de son talent, ne sul jamais peindre un orage. Pierre de Bemmel fut surtout occupé par l’évéque de Bamberg, Conrad de Stadion, qui le chargea d’orner ses résidences de peintures.

BEMMEL ( JoeL-Paut pe ), fils ainé de Jean-Georges, né en 1716, fut éléve de Kupetzky, dont il imitala maniéredans ses tableaux (portraits, chasses, animaux et genre ).

BEMMEL (CuristorHe DE), fils afné de Pierre, né en 1707, peintre de paysages, exerca 4 Manheim, et plus tard a Strasbourg.

BEMMEL (Jean-Curistopue be), frére du précédent, et comme lui peintre de paysages, résidait 4 Bamberg, ot il se convertit a la religion catholique. Il travailla moins pour Part que pour faire subsister sa famille.

BEMMEL (Caan es-SEBAsTiEN DE), fils du précédent, né en 1743, mort en 1796, se sauva 4 Nuremberg, a l’dge de sept ans, par suite des cruels traitements qu’il avait a endurer de sa belle-mére, et y fut recueilli par une veuve. II s’y livra avec une ardeur extréme a |’étude, et fit surtout des paysages 4 Paquarelle, qui étaient trés-recherchés dans tous les pays.

Ilne prenait pour modéles que les meilleurs maitres dans chaque partie; il imita les arbres de Wateloo, les rochers de Berghem, de Salvator-Rosa, de Meyer, d’Ermel et de Hakerse; ilavait Vhabitude de dire quil fallait avoir le compas dans l’ooil, et non dans la main. Il aimait surtout a représenter les sujets maritimes, les orages, les levers et les couchers du soleil, les incendies, les scenes de nuit et de matin, et il excellait dans la perspective , de méme qu’a reproduire les arbres, le ciel et eau. En 1765 il embrassa le protestantisme. La faiblesse de sa santé finit par l’empécher d’exécuter les nombreuses commandes qui lui arrivaient de toutes parts, notamment d’Angleterre. 1 mourut d’une maladie de langueur,

BEMMEL (JeAN-Gasparp DE), frére du précédent, mort a Leipzig, en 1799, eut une vie des plus agitées, tomba en 1778, dans une tournée artistique, aux mains de racoleurs prussiens, et revint dans un état déplorable 4 Bamberg, oi d’ailleurs il ne séjourna pas longtemps. Aprés avoir été frére lai 4 Mayence, il s’engagea au service de Prusse, déserta de Wesel, et se rendit 4 Leipzig. On a de lui quelques beaux paysages.

BEMOL, ou B MOL, signe ou caractére de musique dont Ja figure ressemble beaucoup 2 celle d’un 0, et qu’on emploie pour abaisser d’un demi-ton mineur ou chromalique la note devant laquelle il est placé. Ce signe peut étre employé de deux maniéres : accidentellement et a la clef. Le bémol accidentel n’altére que la note qu’il précede et celles de méme nom qui se trouvent dans la méme mesure (a moins de signe contraire). Le bémol & la clef modifie toutes les notes placées sur le méme degré que lui, dans toutes les octaves et pendant toute la durée du morceau, a moins qwunbécarre ou quelquefois un diésen’en vienne accidentellement détruire l’effct.

Les bémols a Ja clef se placent par quartes ascendantes ou quintes descendantes, en commengant par le si. En voici Jaraison : leur position n’ayant d’autre but qu’un changement de ton, c’est-a-dire une transposition de échelle musicale, il faut, avant tout, avoir soin que les demi-tons naturels de cette échelle conservent entre eux les mémes intervalles, qui sont d’un cdté la quarte et de Vautre la quinte. Ainsi, dans le ton d’ué naturel, que nous prenons pour

BEMMEL — BEN

point de départ, et qui n’a a la clef ni bémol ni diése , le premier demi-ton en allant du grave & Paigu se trouve du mi au fa, et le second du si & Put. Le mi fait done avec le si, son correspondant dans autre demi-ton, une quinte s'il est placé au grave de cette derniére note, et une quarte sil est placé 4 Paigu de cette méme note. Si, pour opérer une transposition de l’échelle musicale, on donnait un bémo! au sol, par exemple, on aurait trois demi-tons au lieu de deux ; et si le bémol était donné au mi, les deux demi-tons de Péchelle ne garderaient plus entre eux les interyalles prescrits.

Le premier se trouvant du 7é au mi et le second du si a Put, le ré, placé au grave du si, son correspondant , ferait avec lui une sixte, et placé a l'aigu de ce méme Si, une tierce : les deux demi-tons seraient donc d’un cdté trop rapprochés, et de l’autre trop éloignés. En faisant une opération semblable successivement avec chacune des notes de la gamme, on trouvera que la seule qui ne dérange pas Pordre respectif des demi-tons correspondants est la note si : c’est donc par celle-ld que la série des bémols doit commencer. Car quoique le deuxiéme demi-ton se trouve alors entre le /aet le si, Vordre n’est point interverti, puisque ce demi-ton forme avec son homologue une quarte d'un cété et une quinte de l'autre. En commencant la gamme de maniére 4 ce que les demi-tons se trouvent placés entre les mémes degrés que dans l’échelle d’wé, que nous avons prise pour modéle, on aura pour premier degré du nouveau ton la note fa, qui se trouve 2la quarte supérieure ou a la quinte inférieure de lancienne tonique u¢. Par les mémes motifs, le second bémol sera placé sur le mi, le troisitme sur le a, et ainsi de suite.

La conséquence toute naturelle de ce qui vient d’étre démontré, c’est de ne pouvoir employer ala clef un ou plusieurs des derniers bémols sans ayoir en méme temps ceux qui précéedent : c’est-a-dire que l’on ne peut poser le bémol du mi, par exemple, sans celui du si, et celui du Za sans ceux du mi et du si.

Dans les tons ot l’on a déja plusieurs bémols a la clef, i arrive quelquefois qu’on a besoin d’abaisser d’un demi-ton une note bémolisée. N’ayant pas de signe spécialement affecté a cet usage, on a recours au double bémol, qui se marque ainsi bb, et n’a jamais lieu qu’accidentellement. Dans le cas ot cette note doit revenir 4 son état primitif, on la fait précéder d’un bécarre, auquel on ajoute alors un bémol.

Ce dernier signe est tout a fait indispensable, car sans lui la note accompagnée d’un bécarre serait d’un demi-ton plus élevée que ne l’exige l’état de la clef.

On nvest pas d’accord sur l’invention du bémol. Quelquesuns Pattribuent 2 Lemaire, 4 Van der Putten, et d’autres a Jean de Muris et au moine Banchieri. Quoi qu’il en soit, il parait certain que l’usage en remonte au temps de Gui @’Arezzo. Ce dernier ayant substitué aux lettres de Palphabet dont on se servait autrefois les syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la, pour désigner les six premiéres notes de la gamme, laissa a la septiéme son ancienne désignation, la lettre 6. Ce b se chantait suivant Ja circonstance 4 un ton ou a un demiton du da: dans le premier cas, on le nommait b dur ou b quarre, a cause de l’effet desagréable que produisait sur Voreille la succession diatonique des trois tons majeurs qui remplissent l’intervalle de fa naturel A si bécarre; dans le second cas, eomme Weffet de cette méme succession de fa naturel & si bémol était d’une grande douceur, on lappelait b doux ou 6 mol, Les Allemands, qui ont conservé usage des lettres pour les notes de la gamme, ont remédié a cette confusion d’un seul signe pour deux sons différents, en désignant le si naturel par 2, et le si bémol par 0.

Becuem.

BEN. En arabe et en hébreu ce mot veut dire jils,

Dans l'une et l’autre de ces langues, il s’ajoute au nom pour

BEN — BEN-AISSA

mieux désigner une personne et en méme temps son pére. Ainsi placé, le mot Ben équivaut a fils de ; exemple : David Ben Salomon, Ali Ben Hassan. Parmi les familles juives , dans les contrées arabes, il est aussi d’usage de faire précéder le nom de famille du mot Ben. Ainsi, Ben-Jaisch (Baruch), Ben Melech (Salomon ). C’est de la sorte que la syllabe ben figure aujourd’hui dans les noms d'un grand nombre de familles juives, par exemple Benary, Benfey, Bendavid, Benlevy, etc.

BEN ( Botanique). Cet arbre, appelé guilandina par Linné, et moringa par Jussieu, constitue un genre de la famille des légumineuses. Ses fleurs ressemblent a celles des papilionacées , mais ses fruits sont des capsules polygonales, uniloculaires, bivalves.

Les racines du ben menja, qui croit au Malabar, y sont employées en décoction contre les fiévres malignes.

Le ben oléifere, qui appartient aux Indes orientales , donne un bois connu sous le nom de bois néphrétique; ses racines sont un puissant anti-scorbutique , et son fruit fournit une huile recherchée, surtout par les parfumeurs , parce quelle ne rancit pas.

BEN DE JUDEE, synonyme de benjoin.

BENABEN (Louis- GuiLtaume-JAcgues- Marie), l'un de ces littérateurs qui déshonorent la profession d’écrivain par Pinfamie de leur conduite, naquit a Toulouse, le 12 f¢vrier 1774. Doué dune rare aptitude pour les affaires comme pour les lettres, il fut, 4 Page de vingt-quatre ans, nommé commissaire des guerres , et fit en cette qualité l’expédition d’Egypte. De retour dans sa ville natale, i] devint chef du bureau militaire, et conserva cet emploi jusqu’a I’établissement des préfectures , qui entraina sa suppression. Benaben entra alors dans la carriére de l’enseignement , et fut successivement professeur de belles-lettres 4 Orléans, a Carcassonne, a Napoléon-Vendée, puis de mathématiques a Angers. En 1815 la dépravation de ses mceurs obligea les chefs du corps enseignant a Ven expulser. Benaben vint alors A Paris: il était nécessairement mécontent; il s’affilia 4 la coborte des écrivains libéraux , et donna a la Minerve et au Constitutionnel des articles qui furent remarqués. Le ministére Villéle l’acheta, et il s’attacha a la rédaction de la Gazette de France, qui, comme on sait, pendant les derniéres années de la Restauration, ne fut pas un seul jour sans défendre le pouvoir, qu’il edt tort ou raison. La plume de Benaben était inépuisable autant qu’habile.

On pense bien que les libéraux, qui l’avaient compté dans leurs rangs, ne lui épargnérent pas leurs attaques. On se rappelle entre autres ce passage du Congrés des ministres pour la dissolution de la garde nationale, ob Barthélemy faisait dire 4 M. de Peyronnet :

J’entends le haro de la France ;

Mais, aprés un mur examen,

Il me reste ma conscience

Et lestime de Benaben, Benaben répondit quelquefois avec aigreur aux épigrammes ; du reste, il se consolait de ces contrariétés inévitables en émargeant chaque mois au ministére de l’intérieur un gros traitement, avec lequel il menail joyeuse vie, plagant, comme il le disait lui-méme, la conscience politique non dans sa maniére de voir, mais dans le prix qu’on lui offrait; et sous ce rapport on peut dire qu’il gagnait bien son argent. Benaben mourut en 1832, d’une attaque d’apoplexie.

IJrons-nous allonger cet article par les titres de ses différentes productions? Contentons-nous de dire qu’en 1811 il composa une piéce de vers sur la Naissance du roi de Rome, et que parmi ses diverses brochures il publia une réfutation de /a Monarchie selon la Charte, de M. de Chateaubriand, sous ce titre : Procés de Voligarchie contre la monarchie (Paris, 1817). La préface de Benaben se borne A ce peu de mots: « J’aurais fait la part des ronvenances plus forte, si je n’eusse craint de faire celle de

la vérité trop faible. » Tl défendit aussi les ministres contre Fiévée dans un écrit intitulé le Fond de la question (Paris, 1818). Enfin, il avait fait paraitre en an xu (1804), a Toulouse, six Satires (oulousaines, qui firent grand bruit dans le pays, et ot l'auteur décochait des traits mordants contre quelques écrivains obscurs, membres de l’Académie des Jeux Floraux, et méme contre un poéte qui n’a pas été depuis sansillustration, M. Baour-Lormian, Ch. pu Rozom.

BEN-AISSA , marabout de Flissa, dans la province de Constantine, était originaire de la tribu kabyle des Beni Fergan. Son influence s’étendait sur toutes les tribus kabyles, mais principalement sur celles de Vest, remarquables par leur fanatisme. Il habitait le mont Jurjura, et partageait sa vie entre des exercices de piété et des actions bienfaisantes. Secourable 4 tous par ses bons conseils autant que par ses richesses, qui étaient immenses, et qu’il prodiguait avec une largesse souveraine, il possédait la confiance du soupgonneux bey de Constantine, Hadji-Ahmed, qui remettait entre ses mains le commandement de cette ville chaque fois qu’il faisait une tournée dans la province. I Pavait élevé a la dignité de bach-hambah, titre emprunté a la cour de Tunis, mais en en changeant les attributions. Le marabout de Flissa eut en effet des fonctions de premier ministre ou de favori. La direction de la monnaie et de la douane lui échut en partage ; il commandait les fantassins kabyles qui suivaient le pacha dans ses expéditions, et présidait surtout aux confiscations , aux arrestations politiques et aux exécutions secrétes. A l’extérieur dela ville il administrait la partie du Sahel comprise entre Constantine et la mer, la route de Bone 4 l’est et le Ferdjiouah & l’ouest. I! avait trois kaids et plusieurs grands chéikhs sous ses ordres, C’était, dans toute la province, le seul exemple d’une autorité intermédiaire entre les chefs directs des tribus et le pacha.

Sidi-Said, Maure d’Alger, intrigant de la pire espéce, arrivant de La Mecque, s’était arrété & Livourne, oii il avait concerté avec Hussein-Dey un plan de soulévement général de l’Algérie. Il chercha, une fois débarqué dans l’ancienne régence, a associer Ben-Aissa a un projet d’expulsion des Frangais du territoire. Les confédérés n’ayant mis aucun ensemble dans leurs opérations, et les contingents qu’ils devaient réunir ne s’étant pas trouvés au complet, Ja coalition, qui s’était annoncée si formidable, ne tarda pas A se dissoudre, et le général Berthezéne put battre ’ennemi séparément au gué de |’Harrach et de la Ferme-Modéle. Ben- Alissa , depuis ce temps, sortit rarement de Constantine, ot cet échec Pavait forcé de se réfugier. C’est par le Maure Hamdan qu’il fut mis en relation avec nous. Il avait d’assez fréquents rapports avec sa famille 4 Alger, et Hamdan logea chez lui lors du voyage diplomatique qu’il dut faire 4 Gonstantine, sous !’administration du duc de Rovigo.

En 1833 l’autorité francaise conservait encore I’espoir d’amener Hadji-Ahmed a traiter avec elle. Le duc de Rovigo avait compris que Ben-Aissa était un homme qu’il fallait a tout prix intéresser a notre cause. C’était le plus puissant auxiliaire qu'il pot choisir pour déterminer le bey a nous céder son beylick aux conditions avantageuses qu’on lui offrait. On fit sonder le marabout de Flissa pour voir s’il se chargerait de la ferme de limpét de la province de Constantine, et Pon acquit la conviction qu'il serait facile a persuader. Sur ces renseignements, le général de Rovigo crut pouvoir hasarder certaines lettres dont la teneur était plus propre a nous nuire dans l’esprit susceptible de Ben-Aissa qu’a le gagner; aussi n’obtint-il que des réponses polies, mais évasives. Peu charmé d’une correspondance aussi insignifiante , le duc de Rovigo s’en tint a cet essai malheureux, et ne chercha plus a renouer ses relations avec lui. Ben- Aissa mourut trés-vieux dans l’été de 1835.

Un de ses neveux, du méme nom, le remplaca a Flissa. Il jouissait dun si grand crédit prés @’Hadji-Ahmed, il avait

su acquérir une telle prépondérance dans les affaires, qu’on Je considérait comme un bey sous les ordres du bey de Constantine lui-méme. En 1836 et 1837 il cominanda la garnison de Constantine lors des deux expéitions dirigées par la France contre cette ville, Sa défense fut acharnée ; il demeura jusqu’au bout fidéle 4 son maitre ; mais, une fois soumis aux vainqueurs, il s’efforga de tout son pouvoir de consolider la pacification par ses paroles et ses actes. Il a été depuis investi du khalifat du Sahel.

BENARES, en sanscrit Kasi et Waranasi, district extrémement fertile et magnifiquement cultivé de la provinced’ Allahabad, dans l'Inde britannique, avec la ville du mémenom, sur le Gange, pour chef-lieu. Quand ce district fut cédé, en 1775, par le nabab d’Audh aux Anglais, i) contenait 12,000 kilométres carrés, dont 10,000 se développent le long des rives du Gange dans une vallée admira blement cultivée. Sa population est de 800,000 ames.

La ville de BENAREs est batie en forme de demi-cercle, sur la rive gauche du Gange, auquel on arrive par les ghats, espéces d’escaliers en pierres garnis d’arbres. C’estl’une des plus remarquables et des plus grandes villes de l’Inde. Elle jouit d’un grand renom de sainteté , et est considérée par les Indous comme leur lieu de pélerinage Je plus vénéré. Beavcoup de riches Indous se retirent 4 Bénarés pour y terminer leurs jours, car, d’aprés les idées religieuses de ces peuples, mourir & Bénarés, c’est étre certain des’enaller droit en paradis. Les ghats sont constamment couverts d’homm:s, de femmes et d’enfants en priéres, ou bien accomplissant les ablutions commandées par le culte de Brahma et remplissant des cruches de l’eau du fleuve sacré. Le nombre des habitants de Bénarés s’éléve 4 200,000, répartis en plus de 100,000 maisons construites partie en pierres, partie en terre. Il faut encore y ajouter le grand nombre d’étrangers qui y séjournent dans toutes les saisons de l'année, mais plus particuliérement a |’époque des grandes svlennités religieuses. La fete du Dawaliiest la plus magnifique de toutes ; et a cette occasion la ville, illuminée de la maniére la plus riche, offre un aspect de la beauté duquel on, pourrait difficilement se faire une idée. Les mahométans furment le cinquiéme de Ja population, et habitent pour Ja plupart les faubourgs. Cette ville est bien déchue; car a la mort d’Aureng- Zeyb (1707) elle avait 600,000 ames.

Quelque imposant que soit aspect de Bénarés, surtout quand on la découvre du Gange, ot s’étend en amphithéatre une mer de maisons , de pagodes et de minarets dorés aux proportions sveltes et élancées, l’intérieur de la ville ne produit pas une impression moins féerique, attendu que les rues, oil se meuvent d’épaisses masses d’habitants, sont généralement étroites et sinueuses. Parmi les mille pagodes ou templesindous et les trois cent trente mosquées qu’on compte a Bénarés, il en est plusieurs d’extreémementremarquables, par exemplela mosquée construite au dix-septiéme siécle par A u reng-Zeyb sur les ruines d’une pagode, comme monument de la domination musulmane. La plus célébre de toutes ces pagodes est celle qu’on appelle Vishvaisha. L’un des monumeats les plus curieux de Bénarés est son observatoire, qu’on prétend avoir été construit longtemps avant V'invasion de (Inde par les mahométans, et qu’on a conservéen parfait état jusqu’a nos jours. Sa tour, entourée de cours et de galeries, est munie d’un énorme cadran solaire dont Pindicateur n’a pas moins de 7 métres de hauteur. Bénarés est d’ailleurs l’antique siége du culte et de la science des Indous, et chaque année une foule d’Indous de distinction viennent s’y préparer au service de Brahma. On y trouve aussi un grand nombre d’écoles indoues élémentaires, et un collége indou particulier ol dix professeurs salariés par le gouvernement anglais donnent a la jeunesse indoue des legons de lecture, Wécriture, de calcul, de législation indoue, de littérature sacrée, de sanscrit, d’astronomie et d’astrologie. Bénarés est en outre un grand foyer industriel el commercial, Les pro-

BEN-AISSA — BENDAVID

duits de son orfévrerie et de sa joaillerie, ses fins tissue de colon et de soie. ses elof'es brodées Wor et d’argent désignées sous le nom de kinbob et ses turbans de velours brodés sont justement renommeés, Pour la fabrication des jouets d’enfants en bois et en argile, Bénarés peut & bon droit étre appelée le Nuremberg de U Inde. C’est aussi le grand marché des chales du vord de I'Inde, des mousselines les plus fines, des diamants et autres pierres précieuses.

Pendant l’insurrection de 1857, elle fut sauvée de la conflagration générale par l’attitude énergique de la gare nison anglaise. Un chemin de fer relie Bénarés & Calcutta depuis 1863.

BENCOULEN, colonie hollandaise de Sumatra, peuplée de 120,517 habitants, Son chef-lieu est une ville du méme nom batie sur des pilotis de bambou, a l’extrémité sud-ouest de Vile, par 3° 36! de latitude méridionale et 120° de longitude orientale, dans une contrée marécageuse et malsaine; elle commande le détroit de la Sonde. Parmi les 12,000 habitants qu’on y compte, il se trouve un grand nombre de Malais et de Chinois. Cette ville fait avec 1a Bengale, la céte de Coromandel et Java, un commerce important, particuliérement en poivre et en camphre; et,- au temps ou elle appartenait au Anglais, qui fondérent en cet endroit un comptoir dés Pannée 1685, elle était le chef-lieu d'une présidence. Mais en 1825 les Anglais en firent cession aux Hollandais en échange de Malakka, parce que cette colonie ne leur rapportait pas, & beaucoup prés, ce qu’elle leur codtait. Aujourd@’hui Bencoulen est devenu le lieu le plus important du gouvernement de Padang (chef-lieu, la ville du méme nom ). Un peu plus loin dans lintérieur des terres, on trouve encore le fort Marlborough, autre création de la puissance britannique.

BENDA ( Franz), fondateur d’une école toute particuliére de violon en Allemagne, était né en 1709, a Altbenatka en Bohéme, et était fils d’un tisserand. Dans son enfance il fut attaché comme enfant de cheeur 4 l’église de Saint-Nicolas 4 Prague, et plus tard il s’engagea dans une troupe de musiciens ambulants, dont faisait partie un vieux juif aveugle nommé Lobel , qui lui donna des lecons de violon. Fatigué de cette vie errante, il revint, a lage de dixhuit ans, & Prague, ou il eut le bonheur de recevoir, pendant quelque temps, des lecons du célébre Konyczeck. I alla ensuite A Vienne, ou il étudia encore son instrument favori sous la direction de Franciscello, 1] devint alors maitre de chapelle du staroste Szaniawski, et en 1740 il passa au service du prince royal de Prusse, qui fut plus tard Frédéric If. En 177 il remplaga Graun en qualité de directeur des concerts de la cour, et mourut 4 Potsdam, en 1788.

Son frére, Georges Benpa, né en 1721, fut aussi engagé par Frédéric I, & partir de 1742 , comme second violon de sa chapelle; mais en 1748 il passa, en qualité de maitre de chapelle, au service du duc de Gotha, qui, en 1765, lui fit faire un voyage en Italie. A la mort de ce prince, Georges Benila quitta Gotha pour entreprendre une tournée en Allemagne et venir a Paris. Au retour, il alla s’établir de nouveau A Gotha, puis & Ronneburg, et en dernier lieu A Keestritz, ot il mourut, en 1795. C’était un homme bizarre et fantasque, et ses excentricités , ses incroyables distractions surtout, ont donné matiére & de nombreuses et piquantes anecdotes. Parmi celles de ses compositions qui, dans leur temps, firent le plus de sensation, nous citerons ici le mélodrame Ariadne & Naxos, les opéras la Foire de village, Walder, Roméo et Juliette, le Bucheron et U'Orphelin, Lorsqu'il composa Ariadne, il ignorait que, sous le nom de Pygmalion, Jean-Jacques Rousseau edt traité le meme sujet. Cette pidce, traduite en frangais, fut représentée avec succés A Paris en 1781, pendant le séjour quil fit dans cette capitale.

BENDA VID (Lazane ), profond philosophe et mathématicien, né en 1762, de parents juifs, & Berlin, ne regut

BENDER — BENEDEK

qwune éducation des plus incomplétes. Obligé de gagner sa vie, il était polisseur de verres ; et cependant, a force de constance et d’assiduité , tout en gagnant son pain de chaque jour a la sueur de son front, il trouva encore le temps de pousser lui seul ses études assez avant pour pouvoir aller suivre les cours de luniversité de Gorttingue , ol il étudia, sous Lichtenberg et Kastner, les mathématiques avec un succés tel que le dernier lui délivra un certificat par lequel il déclarait que son disciple était désormais digne d’occuper toutes les chaires de mathématiques existantes en Europe, 4 Pexception de celle de Puniversité de Gerttingue tant qu'il Poccuperait lui-méme; plaisanterie quelque peu lourde, mais qu'il faut savoir pardonner A ce savant en faveur de Yintention. Bendavid alla ensuite & Vienne faire des cours sur la philosophie critique, que Kant venait de mettre en vogue. De sourdes persécutions lobligérent plus tard a retourner dans sa pitrie , et depuis lors il résida constamment 4 Berlin, oi, par ses discours et ses écrits, il ne cessa pas de se rendre utile. Rédacteur de la Gazette de Haud et Spener pendant le temps de VPoccupation de l’Allemagne par les Frangais, il fit preuve, dans la direction de cette feuille influente, d’autant de prudence que Mhabileté; et, directeur de lécole libre des Isra¢lites, il s’acquitta de ces fonctions avec le plus grand désintéressement et avec un zéle audessus de tout éloge, jusqu’A sa mort, arrivée le 28 mars 1832.

Parmi la foule décrits philosophiques qu’on a de lui, nous citerons : Lssai sur le Plaisir ( Vienne, 1794); Lecons sur la Critique de la raison pure ( Vienne, 1795; 2° édition, Berlin, 1802); Lecons sur la Critique de la raison pratique ( Vienne, 1796); Essais d’ Esthétique ( Berlin, 1798 ); enfin, un remarquable travail sur le Calendrier juif.

BENDEMANN ( Epouarp ), peintre, Pun des coryphées delécole de Dusseldorf, est né le 3 décembre 1811, & Berlin, ot son pére était banqnier. Son talent précoce se développa rapidement sous Vhabile direction du professeur W. Schadow, etl’on peut dire que sa réputation commenca avec ses premiers travaux. Ce fut un tableau de M. Bendemann, des Juifs pleurant sur les rives de Babylone, qui réyéla pour ainsi dire la valeur et importance de I’école de Dusseldorf, fort contestées ou du moins peu appréci¢es jusque alors en Allemagne. En 1837 M. Bendemann se fit connaitre au public francais en envoyant a l’exposition du Louvre son grand tableau de Jérémie assis sur les ruines de Jérusalem. On peut dire qu’il y a dans ses compositions historiques plus d’étude que de sentiment, plus de sagesse que de bonheur, L’esprit général en est froid et peu saisissant. Cette remarque s’applique également aux deux grandes compositions allégoriques du méme artiste : les Arts puisant & la source de la religion, et Sion et Babylone. Il en est tout autrement des tableaux de genre de M. Bendemann. Rien de plus frais, de plus suave et de mieux senti que ces délicieuses productions, Deux jeunes Filles a la fontaine, Berger et Bergére, et surtout la Moisson, sont des chefs-d’ceuvre d’inspiration, de grace et de coloris. Les tableaux de M. Bendemann se trouvent, soit dans les musées d’Allemagne, soit dans quelques galeries particuliéres: Les Juifs de Babylone font partie du musée de Cologne, et le Jérémie a été acquis par le roi de Prusse. Nommé en 1838 professeur 4 l’Académie de Dresde, M. Bendemann fut chargé de décorer le chateau royal de cette ville de grandes peintures a fresque. Une ophthalmie persistante, qui le contraignit 4 faire un voyage en Italie, le forga d’interrompre pendant plusieurs années ces grands travaux, dans lesquels il s’est plu a faire revivre le moyen-dge allemand avec son esprit et ses légendes.

En 1860 il a succédé a Schadow, son beau-pére, dans la direction de l’Académie de Dusseldorf.

BENDER, en langue moldave Teckin ou Tigino, ville

forte de la province russe de Bessarabie, sur les bords du Dniester, construite en forme de croissant, el parfailement forlifiée, en partie suivant Vancien systeme, et en partic suivant le nouveau, entourée en oulre de remparts et de fossés, avec un chateau fort construit sur une hauteur voisine. On y comple environ 16,000 habitants , parmi lesquels bon nombre d’Arméniens et un certain nombre de Tartares, de Moldaves et de juifs; la vieille ville turque, située au nord de la citadelle, est aujourd’hui entidrement déserte. Le commerce est trés-considérable et trés-actif & Bender. On y trouve aussi des fabriques de papier, des teintureries, des forges et une manufacture de salpétre.

Bender fut pris @assaut en 1770 par les Russes aux ordres du général Panin. Les vainqueurs incendicrent la ville et passérent au fil de l’épée la garnison et les habitints , au nombre de prés de 30,000. Toutefois la paix de Kainardji reslitua Bender aux Tures en 1774. Les Russes eurent moins de peine a s’en rendre maitres de nouveau, le 15 novembre 1789; mais cette fois encore ce fut pour la rendre aux Turcs a la paix. Quand ils la reprirent pour la troisiéme fois, en 1811, elle leur fut définitivement adjugée par la paix signée, en 1812, 4 Boukharest, ef réunie alors a la Xussie avec le reste de la Bessarabie. C’est a Varnilza, village voisin de Bender, que résida, de 1709 a 1712, le roi de Suéde Charles XII, dont la mémoire vit encore parmi les populations de ces contrées.

BENDISE. C’était chez les Thraces la déesse de la lune, et le culle en fut importé dans l’Attique, ot on la confondait avec Artémise, par les Thraces établis a Athenes. On célébrait en son honneur dans le Pirée une féle appelée Bendiseia, et ayant beaucoup d’analogie avec les {eles célebrées en l’honneur de Bacchus.

BENEDEK (Lupwie be), général autrichien, fils d'un honorable médecin d’GEdenburg, en Hongrie, naquit dans cette ville, en 1804. Apres avoir fait ses études a l’école militaire de Neusteedt, il entra dans ’armée avec le grade d’enseigne. Des 1843 il était parvenu a celui de lieutenant-colonel, et en 1846 l’insurrection de la Gallicie lui fournit de nombreuses occasions de se montrer commandant aussi prudent que brave. Nommé en aoit 1847 au commandement du régiment d’infanterie comte Gyulai, il se rendit, d’aprés ses nouvelles instructions, en Italie, ot devait bientot s’ouvrir devant lui un cercle d’activité plus brillant.

Le feld-maréchal Radetzky fit mention de lui de la maniére la plus honorable, d’abord en qualité de colonel, puis comme chef d’une brigade, dans les rapports qwil eut occasion de faire sur la retraite de Milan, sur le combat des bords de l’Osone, et notamment sur l’affaire de Curtatone, ou il dirigea avec une bravoure égale a son habileté une grande et décisive altaque sur toute la ligne. A cette occasion, on Je créa chevalier de Yordre de Marie- Thérése. A peu de temps de la il lui fut encore donné de se distinguer a la bataille de Mortara, et a celle de Noyare il conduisit luiméme a V’attaque son régiment flanqué d’un autre bataillon. Le 3 avril 1849 il fut promu au grade de général major et nommeé brigadier du premier corps de réserve de l’armée du Danube. Aux affaires de Raab et d’Oszeeny, c’est lui qui commandait l’avant-garde; etacelle @Uj-Szegedin, en aoat, il fut legerement blessé, ce qui ne Yempécha pas de prendre encore part aux combats de Szcerny et d’Ozs-Ivany, ow il fut de nouveau blessé au pied par un éclat d’obus.

Nommé en 1853 feld-maréchal-lieutenant, Benedek se trouvait en Italie 4 la téte @un corps darmée lorsque la guerre de 1859 éclata. Le 8 juin il fut battu par les Francais 4 Melegnano, et rallia le corps de Schlick, qui fut rejeté au dela du Mincio. Le 24 juin, a la journée de Solferino, il se trouva en face de 40,000 Piémontais; réunissant le gros de ses troupes, sur l’aile droite, vers les hauteurs de San-Martino, il parvint 4 refouler les attaques succes~

sives de l’ennemi el 4 conserver ses positions. La défaite de larmée autrichienne le forea néanmoins a la retraite. En 1860 il remplaga le maréchal de Hess dans le commandement supérieur de l’armée. Pendant quelques mois de cette année il fut gouverneur général de la Hongrie et se rendit impopulaire par la sévérité qu’il apporta dans l’exercice de ces fonctions. ‘

Renvyoyé en Italie Benedek fut mis, le 5 mai 1866, a la téte de l'armée du nord. La guerre ne tarda pas a éclater entre l’Autriche et la Prusse; et le seul général autrichien qui parut capable de conduire une campagne, celui du reste que Vopinion publique désignait au poste du commandement, c’était le vainqueur de San-Martino, Benedek. Sept corps composérent son armée, qui s’éleva, avec le contingent saxon, 4 270,000 hommes; il eut pleins pouvoirs pour les plans et opérations. Au lieu de prendre l’iniliative de Vattaque ou de pousser une diversion en Silésie, il commit la faute de laisser occuper la Saxe sans coup férir, puis franchir, sans les défendre vigoureusement, les défilés de la Bohéme. Se voyant ramené de toutes parts 4 la suite des combats journaliers gagnés par les Prussiens, il adopta la résolution tardive de concentrer ses forces, d’abandonner ‘les manceuvres isolées et de prendre 4 Kenigsgretz une forte position. S’il offrait de grands avantages 4 la défensive, ce champ de bataille avait les graves inconvénients de se développer en avant dune riviére, |’Elbe, et d’empécher les grandes manceuvres et les retours offensifs. La bataille de Sadova eut lieu (3 juillet). Les Autrichiens, en déroute, se rallitrent un instant au camp d’Olmutz et gagnérent ensuite Vienne par le chemin de fer. Leur chef se vit enlever le commandement et fut mis a la retraite (octobre 1866). Il réside a Gratz en Styrie.

BENEDICITE. On appelle ainsi une courte pritre qui commence par ce mot en latin, et que l’on récite en se mel« tant a table. Chez les Romains, tout chef de maison, en se mettant a table, prenait une coupe pleine de vin, en répandait quelques gouttes a terre ou dans le foyer, et par ces libations rendait hommage a la Divinité. Cet usage se conserva longtemps en Provence depuis l’établissement “du christianisme, mais seulement 4 la collation de la veille de Notl. Le Benedicite remplaga chez les chrétiens la libation -quotidienne des paiens; mais l’usage de cette priére et des actions de graces qui se disent aprés le repas, relégué dans Jes couvents, dans les colléges, dans les pensions, fut abandonné par les gens du grand monde, comme une cérémonie puérile, comme une vieille mode, et insensiblement par la moyenne société. Cependant la table du roi continua pendant longtemps d’étre bénie par un de ses aumdnierg,

BENEDICTINKS. II n’est pas aisé de fixer au juste V’époque de Vorigine des religieuses bénédictines; i! parait prouyé néanmoins que leur plus ancienne maison en France fut celle de Sainte-Croix de Poitiers, que sainte Radegonde, femme de Clotaire 1°, fit batir en 544. Sainte Clotilde fit construire, peu de temps aprés, celle de Chelles, prés de Paris. Beaucoup de chanoinesses séculiéres secouérent le joug de la régle de saint Benoit. Plusieurs monastéres en auraient peut-étre fait autant, si, dans les deux derniers sidcles, de saintes filles n’eussent réformé les cloitres dont elles avaient le gouvernement et n’y eussent fait revivre le véritable esprit de saint Benoit. Avant les réformes, la plupart des religieuses bénédictines en France avaient -déja pris habit de chanoinesses, comme dans les monasteres de Montmartre, de la Trinité de Caen, de Saintes, et dans plusieurs autres,

Quelques-unes de ces religieuses portaient des robes blanches et des surplis de toile fine et empesée; d’autres portaient Vhabit blanc sans rochet; d'autres avaient des robes noires avec des surplis de toile noire; mais le véritable habitiement des bénédictines consistait en une robe noire, un scapuluire de méme couleur, et par-dessus la robe une

BEXEDEK — BENEDICTINS

tunique dune ¢toffe qui, autant que cela se pouyaif, n'était point teinte. Au chocur et dans les cérémonies, elles portaient un grand habit de serge noire comme les religieux.

Il a existé 4 Paris quatre couvents de cet ordre : les Bénédictines de la Ville-l Evéque, les Bénédictines anglaises, les Bénédictines de Notre-Dame de Liesse et les Bénédictines de Notre-Dame de Consolation. L’église du premier de ces monastéres, situé rue de la Madeleine, au coin de la rue de Suréne, était ornée avec soin : sur le grand autel on yoyait une Annonciation attribuée 4 Lesueur, et, parmi plusieurs autres tableaux, une Adoration des Mages et Jésus au désert, peints par Boulogne lainé. Ce couvent fut supprimé en 1790, et l’emplacement vendu a divers particuliers, qui y ont fait construire des maisons. Le couvent des Bénédictines anglaises , situé au faubourg Saint-Marcel, rue du Champ-de-l’Alouette, fut fondé en 1619. L’église portait le titre de Notre-Dame de Bonne Espérance. Cet établissement fut confirmé en 1681, et supprimé en 1790 : il est devenu propriété nationale. Le couvent des Bénédictines de Notre-Dame de Liesse était situé rue de Sévres. Devenu presque désert, il fut supprimé en 1778, et madame Necker y fonda un hépital qui porte encore son nom.

Paris posséde encore deux couvents de Bénédictines du Saint-Sacrement, a Yun desquels ont été réunies les bénédictines du Temple.

BENEDICTINS. C'est la dénomination générale sous laquelle on désigne tous les religieux vivant sous l’obseryance de la régle de saint Benoit de Norsia. En Angleterre ils furent primitivement connus sous le nom de moines noirs, i cause de la couleur de leur habit, par opposition & celle des ordres blancs. Cet habit est composé d’une robe et d’un scapulaire noirs, avec un petit capuce de méme couleur, qu’ils portent dans l’intérieur de leur maison ou ‘en voyage. Au cheeur et lorsqu’ils vont en ville, ils mettent par-dessus une ample chape de serge noire, & grandes manches, avec un capuchon qui se termine en pointe. En raison de l’extension immense que prit cet ordre dés le milieu du sixiéme siécle, les bénédictins devinrent les principaux agents de la grande propagande chrétienne et de la civilisation, en méme temps que leurs écoles ravivaient les principales sources d’instruction ef de lumiéres qui brillassent alors dans tout l’Occident. Les plus importantes furent celles des monastéres de Saint-Gall, de Fulda, de Reichenau, de Corvey, de Hirschau, de Bréme, de Hersfeld, etc. , oii étaient élevés et instruits surtout la descendance des nobles et Pespoir de l’épiscopat.

Mais les richesses immenses acquises en peu de temps par les monastéres de bénédictins (l’abbé de Reichenau, par exemple, possédait 60,000 florins de revenu) eurent a la longue pour résultat de relacher les liens de la discipline conventuelle , et provoquérent différentes réformes, dont les plus mémorables furent celles qu’opérérent Benoit d’Aniane au huitiéme siécle, et Berno, abbé de Cluny en Bourgogne, en l'année 910, enfin celle de Hirschau dans la Forét-Noire, en 1069. Celles dont furent le théatre les couvents de bénédictins de Vallombreuse et des camaldules au onziéme siécle, rentrent dans la méme catégorie.

Bien qu’au dixiéme sidcle quelques bénédictins se fussent distingués en Allemagne par l’ardeur qu’ils apportaient a Ia culture des sciences et des lettres; quoique dans la seconde moitié du onziéme siécle les importants travanx des Ttaliens Lanfranc et Anselme, des abbés du monastére du Bee en Normandie et des archevéques de Cantorbéry eussent édifié sur des bases solides la scolastique du moyen Age; quoiqu’en Italie méme des religieux de l'ordre de Saint-Benoit se fussent déja fait un nom parmi les savants, notamment comme jurisconsultes et comme médecins, la corruption de maeurs provoquée par les richesses des différents ordres, et surtout par cette circonstance qu’ils ne se recrutaient plus gudre que de novices appartenant aux classes nobles, allait tou-

BENEDICTINS — BENEDICTION

jours croissant parmi ces religieux, dont les désordres engageérent plusieurs fois les papes 4 essayer de remettre en vigueur parmi eux les sévéres prescriptions de leur antique discipline. Le concile de Constance entreprit aussi en 1416 la réforme de ordre des bénédictins ; mais ses efforts n’eurent pas de plus durables résultats.

Les réformes partielles furent couronnées de plus de succés, Cest ainsi qu’en 1425 Jean de Minden réforma l’abbaye de Bursfeld en Westphalie. En ttalie ’abbé Barba de Santa- Justina devint le fondateur de la congrégation du Mont-Cassin. En Espagne, surtout, naquit en 1436 la congrégation de Saint-Benoit de Valladolid. Un décret du concile de Trente contre les abbayes de bénédictins démembrées donna naissance 4 de nouvelles congrégations en Allemagne, en Suisse et en Flandre. Ce fut surtout en France que les religieux de Yordre de Saint-Benoit firent preuve de plus d’opiniatreté dans les désordres auxquels leurs congrégations étaient en proie et qu’on s’éloigna le plus des régles, en conférant tréssouvent A des laiques ou encore 4 des prétres séculiers des bénéfices et des prébendes qui n’eussent dd appartenir qu’a des bénédictins. L’abbaye de Cluny elle-méme était devenue en 1528 une commende séculiére. L’abbaye de Chezal-Benoit, en Bretagne, et la petite congrégation Casalis Benedicti qui depuis 1502 sy rattachait, demeurérent jusqu’d la fin du seiziéme siécle une honorable exception a la décadence notoire de l’ordre ; on en peut dire autant de la congrégation réunie en 1604 de Saint-Vannes (Viton de Verdun ) et de Saint-Hadulph dans les Vosges.

La congrégation de Saint-Maur, fondée en 1618 par Laurent Bénard, produisit les plus heureux effets sur la régénération de ordre. On prétend que ses membres furent en France les premiers bénédictins qui remplactrent par des travaux de l’esprit et des exercices scientifiques et littéraires ies travaux manuels et le chant des psaumes prescrits par la régle de Saint-Benott. Ce qu'il y a d'incontestable, est qu’une société de moines se transforma alors en une académie consacrée & Pétude et & la culture des sciences historiques et théologiques ; académie qui, grace 4 fa protection toute spéciale dont elle fut objet de la part du cardinal Richelieu , et aussi aux travaux d’hommes tels que Ménard, Sainte- Marthe , Bouquet, Mabillon , Montfaucon, d’Achéry, Legallois, Marténe, Durand, Dufréne, Ruinart, Vaissette, etc., obtint une place distinguée dans l’estime publique, et mérita surtout des lettres par la publication de la Diplomatique, de Art de vérifier les dates, de la Gallia Christiana, du Spicilége, dela Collection des Historiens de France, des Antiquilés expliqucées, des histoires de la plupart des provinces. Ajoutons qu’a la différence de la société de Jésus, ja congrégation de Saint-Maur resta constamment ¢trangére aux intrigues de la politique.

Au quinziéme siécle l’ordre de Saint-Benoit comptait 15,700 maisons. La réformation ne lui en laissa que 5,000, et aujourd’hui on n’en compte plus guére que 800. Cet ordre (suivant le calcul qu’en a fait Fessler) se vante d’avoir eu parmi ses membres 24 papes, 200 cardinaux , 1,600 archevéques, 4,000 évéques, 15,700 écrivains, 1,560 saints régulidrement canonisés et 5,000 bienheureux, 43 empereurs et 44 rois. Les couvents soumis 4 Vobservance de la régle de saint Benoit n’ont qailleurs jamais constitué un tout, un ensemble réguliérement organisé et gouverné soit aristocratiquement, soit monarchiquement. Tout au contraire, beaucoup de maisons religieuses , ayant pour origine des établissements de bénédictins, se sont transformées peu apeu, aux termes des décrets du concilede Trente, en congrégations particuliéres. Dans le nombre on doit surtout mentionner les bénédictins du Mont-Cassin ( Monte-Cassino), de Monte-Vergine etde Monte- Oliveto (les olivetains) en Italie et en Sicile, qui ont été supprimés aprés 1860; ceux de Valladolid et de Montserrat en Espagne; de Hirschau, de Fulda (avec Bursfeld, son annexv) et de Melk, en Allemagne. Ces diffe-

DICT. DE LA CONVERS. — T. Il,

rentes maisons ne se distinguent pas moins par l’étendue de leurs domaines et la magnificence de leurs églises , que par la douceur de leur régle et par l'importance réelle des services qu’elles ont souvent rendus aux lettres.

La congrégation de la SainteCroix, fondée en 1670 en Pologne, et les bénédictins de Hongrie (répandus dans ce pays depuis le onziéme siécle et réunis en 1385 sous le gouvernement des abbés de Saint-Martinsberg prés Raab, promus en 1514 a la dignité d’archi-abbés), se sont beaucoup. plus occupés de la mise en culture des terres et de I’éducation des populations que la congrégation fondée en 1560 & Meleda en Dalmatie, laquelle fut presque anéantie par la malheureuse bataille de Mohacs (29 aodt 1526). Supprimée en 1786, 4 la suite des mesures prises par Joseph II a l’égard des ordres religieux, le rétablissement qu’en ordonna en 1802 l’empereur Frangois II fut impuissant & lui rendre une vie nouyelle, que les orages de ces derniers temps n’ont guére été propres a favoriser. A la corporation de Malk, qui-.emploie ses membres et ses revenus 4 des objets d’utilité publique , sous la surveillance de l’Etat, se rattachent les autres maisons de bénédictins existant aujourd’hui dans la monarchie autrichienne, par exemple les abbayes de Kremsmunster, de Mariazell, le couvent des Ecossais de Vienne, ete.

La révolution frangaise, qui détruisit tous les ordres religieux,, ne laissa guére subsister de bénédictins qu’en Italie et en Sicile, sans parler des maisons allemandes, qui pour la plupart ne sont que des établissements de retraite et de prévoyance a l’usage de la noblesse.

De tous les ordres religieux , Vordre de Saint-Benoit est incontestablement celui qui a le plus fait pour la propagation des idées pieuses, la mise en culture des terres et les progrés des sciences et des lettres. Outre les ordres des camaldules et de Vallombreuse, que nous avons cités plus haut, ordre de Saint-Benoit en engendra plusieurs autres , dont les plus considérables, 4 savoir ceux des Chartreux, de Cfteaux, de Grammont, des Célestins, etc., suivent tous, pour le fond, la régle de saint Benoit et ont également rendu de grands services 4 la religion, soit par la science, soit par la vie édifiante de leurs membres.

Quelques religieux , sous la direction de dom Prosper Guéranger, se réunirent, en 1833, a Solesme (Sarthe), pour reconstituer en France l’ordre des bénédictins de Saint- Maur. En 1837 leur établissement fut érigé en abbaye réguliére. Les nouveaux bénédictins entreprirent, entre autres travaux, la continuation du Spicilége.

En 1855 M. Dantier fut chargé par M. Fortoul de rechercher en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie ce qui subsistait de la correspondance inédite de nos anciens bénédictins. (Voy. ses E/udes sur les bénédictins ; 1864, 2 vol.)

BENEDICTION, action de bénir, de souhaiter quelque chose d’heureux, soit par signes, soit par paroles. Cette cérémonie a été de toute antiquité en usage, tant parmi les juifs que parmi les chrétiens.

Les Hébreux comprenaient encore sous ce nom les présents que se faisaient les amis, parce quils étaient ordinairement accompagnés de bénédictions et de compliments de la part de ceux qui les offraient et de ceux qui les recevaient. Ils désignaient également ainsi les bénédictions solennelles que les prétres donnaient au peuple dans certaines cérémonies, Moise dit au grand prétre Aaron : « Quand vous bénirez les enfants d’Israel, vous direz : Que le Seigneur vous bénisse et vous conserve; que le Seigneur fasse briller sur vous la lumiére de son visage ; qu’il ait pitié de vous; qu’il “ourne sa face vers vous et qu’il vous donne la paix! » I] pronongait ces paroles debout, & haute voix, les mains étendues et élevées. Les prophétes et les hommes inspirés donnaient souvent aussi des bénédictions aux serviteurs de Dieu et au peuple du Seigneur. Les psaumes sont pleins de pareilles bénédictions. Les patriarches, au Jit de mort, bénissaient leurs enfants et leur famille. Cette bénédiction avait

un caractére de plus; elle tenait, en quelque sorte, lieu d’un acte lestamentaire; elle désignait celui des fils qui, aprés le décés du pére, devait ¢tre reconnu chef de la famille ou de Ja peuplade.

Le Seigneur ordonne que le peuple d’Israel étant arrivé dans la Terre Promise, on assemble toute la multitude entre les montagnes d’Hébal et de Garizim, et qu’on fasse publier des bénédictions pour ceux qui observent les lois dui Seigneur sur la montagne de Garizim, et des malédictions contre les violateurs de ces lois sur la montagne d’Hébal. C’est ce que Josué exécute aprés avoir fait la conquéte d’une partie de la terre de Chanaan. De nos jours encore la bénédiction dans les synagogues n’est prononcée que par des individus regardés comme descendants d’Aaron.

Bénédiction signifiait aussi chez les Hébreux abondance : « Celui qui seme avec épargne, disaient-ils, moissonnera peu; et celui qui séme avec bénédiction, moissonnera avec bénédiction, » Jacob sonhaite a son fils Joseph les bénédictions du ciel, la pluie et la rosée; les bénédictions de l’abime, Yeau des sources; les bénédictions des mamelles , la fécundité des femmes et des animaux. On entend encore par ce ferme tons les bienfaits de la divinité, mais spécialement ceux qui se rapportent a notre situation temporelle : c’est ainsi qu’on range au nombre des bénédictions de Dieu la santé, le succes des entreprises, linfluence du ciel sur la fécondité de la terre.

De temps immémorial , la bénédiction se fait dans 'Eglise catholique par des aspersions d’eau bénite, des signes de croiy et des priéres analogues a la cérémonie. I] y a plusieurs espéces de bénédictions : les unes se donnent a des personnes revétues de certains pouvoirs, ou vouées a certains états, comine les rois les reines, les abbés, les abbesses, les vierges , les chevaliers; d’autres s’emploient 4 Végard des objets destinés au culte, comme l'eau, le sel, le pain, le vin du sacrifice, I’huile, le pain bénit qu’on distribue aux fidéles, les cierges, les rameaux, les cendres, les vases, les linges, les ornements, les cloches , les fonts baptismaux, les chapelles, les églises, les cimetidres, etc.; enfin la religion bénit les choses 4 usage ces hommes, comme l’anneau de mariage, le lit nuptial méme dans certains pays, les aliments, les fruits et les viens de la terre, les champs, les jardins, les puils, les fontaines, la besace du voyageur, les cuves , les agneaux , le fromage, le lait, le miel, le sel que on donne aux bestiaux , les maisons, les navires, la mer, les riviéres, les chem‘ns de fer, les drapeaux , les armes, ete., etc.

Les bénédictions accompagnées d’onclion prennent le nom de consécration : ainsi on consacre le calice et on bénit le ciboive, parce qu’on emploie Ponction pour le calice. Dans l'usage , ces mots se confondent quelquefois. Les évéques en traversant léglise, ou méme en passant dans les rues, donnent leur benédiclion au peuple. Autrefois, quand ils allaient par la ville, ou qu’ils passaient par les bourgs et les villages, on sonnail une petite cloche pour avertir le peuple de venir recevoir leur bénédiction. Lorsqu’ils al- Jaient 4 la cour, ils ne s’en retournaient point sans avoir donne la benédiction au voi. Le prétre donne la bénédiction , dans Veylise, a la fin de la messe, et la bénédiction du suint-sacrement se donne solennellement au salut, Le déta'l de toutes ces bénédictions est consigné dans le Bénédiclionnaire, ou livre des cérémonies ecclésiastiques, imprimé du temps de Léon X, ainsi que dans les rituels et Jes cévémoniaux de différentes églises.

Il y a des béndédictions réservées aux seuls évéques ; toules les consécrations sont de ce nombre, et, en outre, les hénédictions des abbés, des abbesses, des vierges, des chevaliers, ele. I] y en a dautres qui leur appartiennent , inais pour lesquelles ils peuvent se faire remplacer par de simples prétres, Eux seuls peuvent donner des bénédictions en particulier et hors des églises.

On voit dans certains cas les papes faire présent d’ob-

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