BENEFICE — BENEFICES ECCLESIASTIQUES
aux membres du clergé qui remplissaient des fonctions dans un lieu éloigné de leur siége, une certaine quantité de biens, au moyen desquels ces ecclésiastiques devaient pourvoir aux besoins divers du culte, 4 leur nourriture personnelle et 4 l’entretien des pauvres. Or cet usage, déja en vigueur en 513, devint contagieux 4 une époque ow le régime féodal se formait dans la société civile ; létablissement du régime bénéficial dans la société religieuse en fut la suite. Chaque église particuliére divisa ses biensfonds et ses revenus en autant de parts qu’on put trouver de fonctions distinctes. On investit de l’usufruit de ces biens en conférant la fonction; et les évéchés, les archevéchés , la papauté elle-méme, tout fut érigé en bénéfices.
C'est vers la fin du onziéme siécle, lorsque Grégoire VII aspirait, du haut du saint-siége, 4 la monarchie absolue sur la chrétienté, que les bénéfices s’établirent par le partage des biens réunis sous |!’administration des évéques. A chaque office ecclésiastique fut attaché un bénéfice. L’idée qui avait présidé a la division des bénéfices militaires présida a la division des bénéfices ecclésiastiques. La ferre de PEglise était donnée au prétre, ala charge d’un devoir, dune function sacerdotale, comme le bien du fisc au leude, au fidéle, au comte, a la charge du service militaire, ou d’une fonction administrative. La constitution des biens ecclésiastiques en bénéfices eut cet avantage qu’elle en assura l’administration, de méme que la constitution du régime féodal dans la société civile assura l’ordre 1a ow il ne pouvait étre établi par un gouvernement général; mais Je régime féodal dégénéra en une désastreuse aristocratie, qui faillit avoir en France de funestes résultats et qui dure encore dans une partie de l'Europe, parce que les fiefs, se transmettant aux enfants, finissaient par devenir héréditaires, tandis que l’Eglise rendait irnpossible la translation héréditaire des bénéfices en prescrivant le célibat aux prétres.
Toutefois , le régime bénéficial eut des inconyénients : en divisant 4 Vinfini les fonctions ecclésiastiques , il amena Yemploi d’un nombre @’hommes trop considérable, et causa ainsi un gaspillage inutile d’activité et de richesse. Tous les biens se trouvant partagés, quand on ordonnait plus de prétres qu’il n’y avait de bénéfices 4 conférer, on jetait dans lEglise des ministres sans fonctions et sans moyens de subsistance. De 1a dans la chrétienté tout un ordre de mendiants qui n’avaient point fait voeu de pauvreté et se mettaient aux gages des ecclésiastiques pourvus, qu’ils suppléaient dans leurs fonctions ef auxquels ils procuraient de gros loisirs, devenant aussi chapelains de seigneurs a l’humeur desquels ils accommodaient la religion, Par le systéme bénéficial, il y avait des prétres qui faisaient peu, et d’autres qui, n’ayant rien a faire, étaient préts a tout faire. Possédés par les uns, recherchés par les autres, les bénéfices excitaient l’avidité et l’'ambition de tous.
Les canonistes ultramontains s’efforgaient de faire prévaloir et la propriété de l’Eglise sur tous les bénéfices, et le droit qu’avait le pape, chef de l’Eglise, de disposer en tout ou en partie de cette propriété. Les légistes des princes temporels repoussaient courageusement ces prétentions. Il en résulta une lutte qui dura des siécles, et eut l'Europe entire pour théatre. Alors les papes cherchérent a obtenir de la dévotion des bénéficiers ce qu’ils ne pouvaient plus espérer de la résistance des rois. Ils envoyérent des Italiens en France, et firent en sorte qu’ils fussent admis aux bénéfices; mais les gallicans décidérent que les papes ne pouvaient toucher aux fonds et aux revenus des bénéfices, méme du consentement des bénéficiers,.et que nul’, sil n’était Frangais, n’avait le droit de posséder un bénéfice en France.
Les bénéfices, dans leur dernier état, étaient devenus la proie des familles ambitieuses. Les biens de l’Eglise étaient détournés du but de leur institution, et @immenses