BENNIGSEN — BENOIT
net propre donner satisfaction aux justes exigences de |’opinion. Le comte Bennigsen accepta cette mission, et prit pour lui dans le nouveau ministére le portefeuille des aflaires étrangéres. Le cabinet ainsi constitué dura jusqu’en 1850. Rentré dans la chambre, M. de Bennigsen se mit a la téte de Yopposition, devint le chef du parti natwnal (Nationalverein), ei ne cessa jusqu’en 1866 de demander lunion intime du Hanovre avec la Prusse.
BENNON (Saint), évéque de Meissen, né an 1010, a Hildesheim, appartenait A la famille des comtes de Woldenburg, dout les domaines étaient situés aux environs de Goslar. Ayant reeu une forte éducation dans le couvent de Saint- Michel de cette ville, il prit Phabit monastique, et devint éyéque de Meissen. Dans cette position il embrassa d’abord le parti d'Henri TV contre le pape, et se déclara ensuite en faveur de Grégoire VII contre l’empereur, &l’excommunication duque! il adhéra dans un concile. Gracié par l'intervention du pape Clément IJ, il rentra en Allemagne comblé de présents, et fut réintégré sur son siége. I] mourut le 11 juin 1107, 2 Page de quatre-vingt-seize ans. 1] fut canonisé en
BENOIST D’?AZY (Denis, vicomte), né le 3 février 1796, 4 Paris, entra dans l’administration des finances sous les auspices de M, de Villéle, qui le nomma inspecteur. Le parti légitimiste auquel il appartenait le fit entrer en 1842 a la chambre des députés; il y combattit la dynastie d’Or- Iéans jusqu’en 1848, et dans la Législative, ov il vint représenter le Gard , il approuvya la loi du 31 mai contre le suffrage universel ainsi que la révision de la Constitution, Sa protestation contre le coup d’Etat ne l’exposa a aucunes poursuites. Aprés s’étre renfermé sous l’empire dans 1’exploitation des usines qu’il posséde dans la Niévre, il réussrt a se faire élire député de ce département en février 1871 et s’associa de nouveau a la coalition des anciens partis contre la nouvelle république. I] est vice-président de l’ Assemblée nationale.
BENOIT (Saint), le patriarche des moines d’Occident, comme saint Antoine, deux cents ans auparavant, avait été celui des moines d’Orient, naquit en 480, a Norsia ou Nursie, dans le duché de Spoléte, en Italie. Sa famille était riche et illustre. Fort jeune il fut envoyé & Rome pour y faire ses études. Sa conduite fut exemplaire ; ses succés furent brillants. Il avait devant lui la plus belle perspective. Sa naissance et son mérite lui ouvraient le chemin des honneurs, et Vambition Paurait facilement élevé jusqu’au faite. Mais il ne put respirer longtemps lair contagieux de la vieille capitale du monde; l’aspect de la corruption révoltason ame. A seize ans il forma le dessein de se retirer dans la solitude pour échapper aux dangers de la séduction. Sa nourrice, qui Paimait tendrement, voulait ’'accompagner ; elle le suivit méme quelque temps; mais il trompa sa sollicitude, et arriva seul dans un lieu solitaire nommé Subiaco, a 50 kilométres de Rome. Lail s’enfoncga dans une caverne horrible, appelée depuis la Sainte Grotte, et passa ainsi trois ans dans la pritre, ne recevant l’eau et la lumiére que par la fente du rocher. Pendant tout ce temps, il n’eut aucune communication avec les hommes. Chaque semaine, a travers la fissure de la roche, descendait au bout d’une ficelle un morceau de pain noir et desséché, tandis qu’un vieillard agitait une sonnette au haut du rocher : c’était un vieux solitaire qui venait ainsi partager avec le jeune ermite son pain de chaque jour,
Malheureusement les lieux les plus inaccessibles au bruit du monde ne le sont pas toujours 4 la tentation. L’image une femme qu’il avait vue 4 Rome se présentait sans cesse 4 son imagination. Il la repoussait en vain; elle reparaissait toujours plus séduisante. Le péril était imminent; en athléte vigoureux, le jeune saint, presque nu, se route sur un iit de ronces et d’orties. Son corps est déchiré, ses membres sanglants; mais exces de la douleur éteint ses feux, et
depuis il n’éprouve plus de tentation. Lorsqu’un homme par ses vertus s’éléve si haut, c’est que Dieu l’appelle a de sublimes destinées. Benoit, qui doit répandre sur /’Occident une si vive lumiére, ne saurait rester longtemps inconnu, Un jour, des bergers layant apercu le prennent d’abord pour une béte fauve, A cause de son habit de peau, et parce qu’ils ne s’imaginent pas qu’un ¢tre humain ait pu fixer sa demeure au milieu d’une nature si sauvage et de rochers si affreux. Cependant ils s’enhardissent 4 l’'approcher, et ils sont bien agréablement surpris lorsqu’au lieu d’une béte féroce ils trouvent un homme qui leur parle du ciel. Son accent était si pathétique, ses paroles étaient si pleines de feu, que plusieurs, touchés jusqu’au fond de lame, se déclarent préts 4 tout quitter 4 son exemple pour ne plus songer qu’A leur salut. Dés lors la réputation du saint commence a croifre sans mesure. Les moines du monastére de Vicovare, siiaé entre Swbiaco et Tivoli, viennent le prier de se mettre a leur téte. Il céde avec peine a leurs instances réiterées; mais comme il n’est pas homme a composer avec le désordre, la sévérité du nouvel abhé déplait a ces religieux, qui n’en ont plus que le nom. Ils passent du mécontentement a la haine, et de la haine au crime; ils concoivent l’affreux projet de Pempoisonner. Déja le breuvage est prét; mais le saint ayant fait le signe de la croix sur la coupe, elle se brise Welle-méme. Il se contente de rappeler a ses assassins la répugnance avec laquelle il s’est rendu au milieu d’eux, et se retire dans sa premiére solitude.
Bientét des hommes arrivent en foule qui demandent a se mettre sous sa direction. Douze monastéres s’élévent presque en méme temps dans la province de Valeria, autour de la Sainte-Grotte. De grands personnages viennent contempler le saint dans sa solitude, sollicitent comme une grace sa bénédiction , et plusieurs le prient de youloir bien élever leurs enfants. Parmi ces enfants illustres, on distingue surtout Maur et Placide, tous deux issus des premiéres familles de Rome, fous deux fils de consulaires, tous deux célébres par leur sainteté et par les congrégations fameuses auxquelles ils donneront leurs noms. En butte a une atroce calomnie, dont la sévérité de ses mceurs peut A peine le sauver, il pardonne a celui qui en est ia source impure, et pour lui épargner le tourment de l’enyie il se retire avec sa petite colonie au mont Cassin. La, son zéle s’enflamme a la vue de quelques restes didolatrie; il convertit le peuple par ses discours , fait couper les bois sacrés, démolir le temple, et renverse lui-méme la statue d'Apoilon. Deux chapelles s’élevent immédiatement sur ces ruines, et c’est la méme qu'il jette les fondements du célébre monastére du mont Cassin, d’ou, comme d’une source immense, s’épancheront sur Europe des torrents de science et de vertu, Saint Benoit était alors 4gé de quarante-huit ans : Justinien tenait depuis trois ans les rénes de l’empire, et Félix IV gouyernait l’Eglise. Au mont Cassin comme a Subiaco, le saint se vit promptement environné d’une multitude d@’hommes qui demandaient 4 vivre sous sa conduite. Sainte Scolastique, sa sceur jumelle, acconrut le rejoindre; elle fonda sous sa direction plusieurs monastéres de religieuses, qu’elle confia a sa paternelle sollicitude. Le jeune saint Placide venait de partir pour la Sicile, ou il jeta les fondements de cet antique
mouastere qui porte encore son nom, et qui jouit d’une si
juste célébrité,
Deja le mont Cassin ne pouvait plus suffire 4 la multitude des disciples qui grossissait chaque jour le nombre de ses enfants; ce fut alors qu’il songea a écrire sa régle, cette régle si célébre, qui fut depuis adoptée et suivie pendant plusieurs siécles par tous les moines d’Occident. Elle est principalement fondée sur le silence, la solitude, la priére, Phumilité et obéissance. Il y régne un tel esprit de sagesse et de discernement que saint Grégoire la met au-deseus de toutes les autres régles; il la trouve sermore luculentain et discretione prxcipyam.
Comment s’étonner ensuite de voir son siécle gratifier de la puissance des miracles un homme qu’il présageait devoir exercer une si grande influence sur les destinées de |’Europe? Un jour, en présence d’un peuple nombreux, il ressuscite un novice qui a été écrasé par la chute d’une muraille. Plusieurs fois pour lui Pavenir déchire son voile, et il lui est donné de prédire des choses que la sagesse humaine ne peut prévoir, et que l’événement vérifie. En 542, Totila, roi des Goths, traverse la Campanie ; frappé des récits merveilleux qu’on lui a faits de saint Benoit, il veut éprouver par lui-méme s’il est tel qu’on le lui avait dépeint. Il lui fait annoncer qu'il ira lui rendre visite. Mais, au lieu dy aller lui-méme, il envoie un de ses officiers avec toutes les marques de la royauté. Le saint vieillard est assis; il se léve dés qu’il apergoit ce simulacre de roi, et s’écrie : Quittes, mon fils, cet habit qui nest point le vétre! L’officier tombe 4 ses pieds. Cette scéne est racontée a Totila, qui vient en personne visiter le serviteur de Dieu. Dés qu'il ie voit, il se prosterne, et attend pour se relever que le saint lui tendela main. Mais quel est ’étonnement de ce roi superbe lorsquil entend ces paroles sévéres : « Vous faites beaucoup de mal, et je prévois que vous en ferez encore dayantage. Vous prendrez Rome, vous passerez la mer, ef régnerez neuf ans; mais vous mourrez dans la dixiéme année, et serez cité au tribunal du grand juge pour lui rendre compte de vos ceuvres. » Totila, effrayé, se recommande aux priéres du saint, et se montre moins cruel qu’auparavant. Dix ans plus tard, Rome est prise; Totila a passéla mer, il est mort, et est allé rendre compte a celui qui juge les rois de sa gloire et de ses forfaits.
Un an aprés cette singuliére entrevue, saint Benoit avait fait creuser sa tombe, car il sentait que sa fin était proche. Déja sainte Scolastique, sa scour, lavait précédé dans le tombeau. Pour lui, il avait annoncé sa mort, et il Ja vit approcher sans trouble. Il s’était fait porter a léglise pour y recevoir le viatique; 1a, il donna encore quelques instructions & ses disciples, et s’appuyant sur l’un d’eux il pria debout, les mains leyées au ciel, et rendit tranquillement l’esprit. Il était 4gé de soixante-trois ans, et en avait passé quatorze au mont Cassin. On y voit encore la plus grande partie de ses reliques. On lit dans les chroniques de Saint-Maur que vers la fin du neuviéme siécle quelquesunes furent apportées en France, et déposées a l’abbaye de Fleury-sur-Loire , ou elles ont toujours été en grande vénération.
BENOIT ( Saint ), D’ANIANE, en Languedoc, réformateur de la discipline monastique, naquit vers an 750 et mourut en 821. II était fils d’Aigulfe, comte de Maguelone. Aprés avoir été échanson de Pépin et de Charlemagne, il se retira, en 774, a Vabbaye des bénédictins de Saint-Seine, ot il prif habit et se fit dés lors remarquer par Vaustérité de sa vie. Les religieux de ce monastére ne fardérent pas a le prier d’étre leur abbé; mais, ne les trouvant pas assez franchement disposés a suivre le méme genre de vie que lui, il refusa cette proposition, et préféra se retirer dans une terre appartenant a sa famille , aux environs d’Aniane, petite ville qui fait aujourd’hui partie du département de l’Hérault. Son projet étant d’y vivre désormais dans une profonde solitude, il y éleva, prés d’une chapelle consacrée a saint Saturnin, un petit ermitage qui se transforma bient6t en une vaste abbaye. En effet, de nouveaux disciples, désireux de travailler et de prier sous la direction de Benoit, y accouraient chaque jour, et le nombre en devint en peu de temps si considérable, que, vers 782, il fallut construire une vaste abbaye pour pouvoir loger les trois cents religieux qui avaient youlu vivre sous sa direction ef sous sa réyle. La réforme monastique introduite par le saint s’étendit rapidement a tous les monastéres du Languedoc et de la Gascogne; et c'est de Pabbaye d’Aniane que partirent les moines qui allé-
BENOIT
rent a cette époque réformer les divers couvents de bénédictins et réviser les statuts donnés par les premiers fondateurs de ordre. Plus tard, ’empereur Louis le Débonnaire confia a saint Benoit la surveillance de toutes les communautés religieuses de l’empire, et , pour Pavoir constamment prés de lui, fit batir aux environs d’Aix-la-Chapelle un monastére dont il lui confia la direction. C'est 1a qu’il mourut, 4gé de soixante et onze ans.
Saint Benoit d’Aniane se montra constamment le zélé protecteur des lettres. I] avait réuni dans son monastére d’Aniane une riche et nombreuse bibliothéque; et peut-étre devons-nous la plus grande partie de ce que nous possédons encore aujourd’hui des chefs-d’ceuvre de la littérature latine a la noble émulation qu’il sut exciter parmi ses religieux pour copier et multiplier les manuscrits contenant les meilleurs ouvrages des écrivains de l’antiquité.
BENOIT. Quatorze papes de ce nom ont occupé la chaire de saint Pierre.
BENOIT I* succéda en 573 a Jean III, aprés dix mois de vacance du saint-siége. I] se nommait Bonose, était fils de Boniface, et Romain de naissance. Son régne n’est célébre que par une famine qui edt dépeuplé Rome si l’empereur Justin n’eft envoyé du blé d’Egypte. Mort en 577, il fut enterré le 31 juillet dans l’église de Saint-Pierre.
BENOIT if succéda en 684 4 Léon II. Il était fils de Jean et Romain de naissance. L’empereur d’Orient, Constantin- Pogonat, fit attendre fongtemps son consentement a cette exaltation ; mais il parut se repentir bientét des retards qu’il y avait apportés, et permit que les papes élus fussent immédiatement couronnés sans attendre la confirmation de la puissance temporelle. Cet abandon d’un droit inhérent a Yempire mit les papes dans une indépendance qui fut fatale au repos du monde chrétien. Benoit II ne régna que six mois douze jours. Anastase le Bibliothécaire loue sa douceur, sa patience, son humilité et sa libéralité; d’autres auteurs le sanctifient, et Rome lui doit la réparation de ses principales égliscs.
BENOIT III était le fils dun Romain nommé Pierre, qui Vinstruisit aux saintes lettres; il fut fait diacre par Grégoire IV, et prétre du titre de Saint-Calixte par Léon IV. Elevé a la chaire pontificale en 855, il répondit au peuple qui accourut en foule pour lui annoncer son élection : « Ne me tirez pas de mon église! je ne suis pas capable de supporter le poids d’une si grande dignité. » Cette modestie était un pressentiment des chagrins qui devaient l’assiéger. Les empereurs Lothaire et Louis le Germanique s’opposérent A son exaltation, et voulurent élever a sa place le prétre Anastase, cardinal de Saint-Marcel, anathématisé par le pape Léon IV et le concile de Rome. Les évéques se divisérent, et un schisme affligea ’Eglise romaine. Les députés impériaux conduisirent dans Rome cet Anastase, qui débuta par faire briser et brdler image du concile que le pape Léon avait fait peindre sur la porte de Saint-Pierre. Il marcha ensuite au palais de Latran, fit arracher Benoit III de la chaire pontificale par Romain, évéque de Bagni, Yaceabla de coups et d’injures, et Je remit 4 la garde de deux prétres condamnés comme lui pour leurs crimes, Mais le courage de plusieurs évéques triompha de cette violence : menacés par le glaive des députés et de leur suite, ils refusérent de reconnaitre le pape que les empereurs prétendaient leur imposer, et le peuple, ayant pris parti pour ces défenseurs de la puissance ecclésiastique, déclara qu'il ne youlait pas d’autre pontife que Benoit.
Les délégués de lempire furent contraints de céder; Benolt Ill fut porté en triomphe a l’église de Sainte-Marie- Majeure, couronné trois jours aprés dans celle de Saint Pierre, et se montra digne de sa victoire en tendant les bras a ses ennemis. Ce pape est le premier qui ait pris le titre de vicaire ae Jésus-Christ. La puissance pontificale s’accrut sous son régne par la piété d’Ethelulphe
BENOIT
roi d’Essex en Angleterre, qui vint A Rome, en 856, offrir 4 Benoit une couronne du poids de quatre livres, et établit 4 son retour dans ses Etats, au profit de Rome, l’impot connu sous le nom de denier de saint Pierre. Il fit méme ordonner par le concile de Winchester que la dixitme partie de toutes les terres appartiendrait 4 l’Eglise. Michel, empereur d’Orient, envoya également & ce pape des présents considérables, Benoit ILf était digne de ces hommages : il s’efforga de réprimer les déportements des moines , nourrit les pauvres, visita les malades, protégea les faibles, et se rendit cher au monde entier par sa douceur et son humilité. Photius, ennemi du saint-siége, n’a pu sempécher de lui rendre justice. Malheureusement il n’occupa le trdne pontifical que pendant deux ans et demi ; il mourut le {0 mars 858.
BENOIT IV arriva au saint-siége en 905, dans un temps ou la richesse du clergé en avait amené la corruption. Il fut impuissant contre Pirruption de tant de vices ; mais les efforts qu’il fit pour les réprimer lui valurent les éloges des historiens les plus sévéres. Platine lui-méme le loue d’avoir conservé sa pureté au milieu dune aussi grande dissolution. Ii n’apporta point dans les affaires Porgueil de sa noble origine. Forcé de prononcer entre ’évéque de Langres, Argrim, et la faction qui lavait chassé de son église, il ne youlut rien décider qu’aprés avoir pris ’avis des évéques assemblés dans le palais de Latran; et, sur la décision de ce concile, il rendit le pallium au prélat dépossédé. 11 mourut Yannée méme de son exaltation. L’histoire le félicite davoir échappé par une mort prompte aux impuretés de son siécle, dans lequel, dit Usserius, il ne restait pas méme as3ez de foi pour produire des hérésies.
BENOIT VY eut un régne plus court encore. Un schisme sanglant affligeait I’Eglise. Les Romains avaient chassé le pape Léon VIII, que protégeait Othon le Grand. Ils avaient @abord mis sur le trone pontifical linféame Jean XII, le Sardanapale de la tiare; et quand un assassinat eut puni ce monstre de ses adultéres, ils lui substituérent, en 964, le cardinal Benoit, Romain de naissance, que son savoir et ses vertus rendaient le plus digne de cet honneur; mais son mérite ne trouva point grace devant Othon, qui était jaloux de ramener les pontifes sous lautorité impériale. Il leva brusquement le siége de Camerino, qui l’occupait alors, marcha droit 4 Rome, l’investit de ses troupes, et se montra peu digne du titre de Grand en faisant horriblement mutiler tous ceux qui s’échappaient de la ville sainte. Le pape !a défendit en héros et en pontife ; il excommunia l’empereur et son armée ; mais les armes d’Othon furent plus fortes que ses foudres. La famine triompha des Romains, et Benoit , déposé le 23 juin, alla finir ses jours dans la ville de Hambourg, ou l’empereur [exila. Il ne fut pas cependant rejeté par V’histoire au nombre des antipapes.
BENOIT VI. Né 4 Rome, comme presque tous les autres papes de son nom, il succéda en 973 a Jean XIII, avec le consentement @’Othon le Grand. Mais a la mort de cet empereur, le tyran Crescentius s’empara de la ville, de la puissance supréme et du pape, qu’il fit lachement étrangler dans le chateau Saint-Ange , aprés quelques mois de régne, pour lui substituer Francon , qui lui avait conseillé tous ses crimes.
BENOIT VII fut plus heureux. Elevé le 28 décembre 975, aprés la mort de Domnus IJ, par la faction des comtes de Toscanelle, ses parents, qui avaient délivré Rome de Crescentius et de son complice Francon ou Boniface VII, il régna neuf ans. ll était auparavant évéque de Sutri, et s’était fait remarquer par son esprit et son courage. Ces qualités ne l’abandonnérent point sur le saint-siége. Force de lutter contre la faction de Boniface VII, qui avait eu l’adresse de rallier tous les ennemis de lempereur, et qui de Constantinople, ot il était retiré, troublait Italie de ses intrigues, Benoit s’attacha a la protection ‘mpeériale pour se maintenir; mais son protecteur Othon II, fils
IGT. DE LA CONVERS, — T. ll.
d’Othon le Grand, n’affermit son autorité que par un exécrable attentat. Cet empereur, arrivé dans Rome sous une apparence de pacificateur, assembla dans un festin les principaux chefs dela faction de Crescentius et de Boniface V1 I, et les fit massacrer dans la cour du Vatican par ses gardes. Le silence des historiens contemporains ferait douter de ce massacre, qui ne fut raconté que deux siécles aprés par Godefroi de Viterbe. Mais le surnom de Sanguinaire, donné a Othon II avant Godefroi, parait justifier cet historien. Personne au reste n’accuse Benoit Vil d’avoir pris part A ce crime, qui est le seul fait remarquable de son pontificat. 1} mourut le 10 juillet 984.
BENOIT VIII (Jean pe TUSCULUM) était évéque de Porto, quand il fut appelé a la tiare en 1012, aprés la mort de Serge lV, par la méme faction des comtes de Toscanelle, dont il était aussi le parent, comme fils de Grégoire , comte de Tusculum. Ces comtes étant devenus les tyrans de Rome, le peuple fit élire un antipape du nom de Grégoire, et chassa le pape Benoit, qui se retira en Allemagne, a la cour d’Henri If. La seule peur des armes impériales fit rentrer bient6t aprés les Romains sous son obéissance. Il couronna ce méme Henri, surnommé Je Saint, et sa femme Cunégonde, dans V’église de Saint-Pierre, et Jui fit présent dun globe d’or surmonté d’une croix, qui devint alors ’un des emblimes de l’empire. Ce globe fut déposé dans le monastére de Cluny par l’empereur , qui ne fut pas en reste avec le saint-siége. Il confirma les priviléges accordés au pape par Constantin Pogonat, dégagea V’élection pontificale des formalités du consentement impérial, et, ne se réservant que le droit d’envoyer 4 Rome des commissaires pour entendre les plaintes du peuple, il renversa par cette impolitique libéralité la seule digue qui pdt arréter les empiétements temporeis du vicaire de Jésus-Christ. L’empereur se méla aussi de liturgie, et ce fut sur sa pritre que le pape ordonna la récitation du Credo pendant la messe.
Des soins plus importants vinrent Voccuper apres le départ d’Henri Il. Muget, roides Sarrasins de Sardaigne, ayant débarqué prés de Luna, et s’étant emparé de cette ville, Benoit marcha contre eux, les tailla en pieces, fit couper la téte de la reine, qui était restée sa prisonniére, et offrit a Vempereur Vor et les pierreries dont cette téte était ornée. Up nouveau trait de cruauté souilla bient6t son pontificat. Povr punir un juif qui s’était moqué du crucifix, il en tit décapiter un grand nombre, et crut fléchir ainsi ta colére de Dieu, qui affligeait Rume par un tremblement de terre et des tempétes. Les irruptions des Grecs dans la Poutt!c'ni présentérent des ennemis plus difficiles a dompter. Benoit VIII accepta le secours des aventuriers normands qui préludaient a leurs descentes en Italie; mais les premiers de ces illustres vagabonds ayant trouvé des adversaires trop redoutables dans les soldats de l'empereur Basile, Benoit retourna en Allemagne pour implorer les secours d’Henri IJ. Cet empereur passa les Alpes en 1020, a !u téte d’une armée formidable, aprés avoir acheté les priéres du pape par le don de la ville et de l’évéché de Bamberg. Ii chassa les Grecs du royaume de Naples, établit les chevaliers normands dans la Pouille, et leur laissa le soin d’anéantir un reste de Grecs réfugiés a l’extrémité de la Calabre. Benoit VIII accompagna l’empereur dans cette expédition, pendant laquelle il fit quelques réglements ayant pour but de réprimer l’incontineuce du clergé. Dans un concile tenu a Pavie il renouvela les défenses du concile de Nicée relatives au mariage des prétres, et déclara leurs enfants serfs et bitards. Son régne acquit une nouvelle célébrité par le voyage du roi de France Robert, qui alla visiter le tombeau des apdtres et rendre ses pieux hommages au successeur de saint Pierre. Benoit VIII mourut peu de temps aprés, en 1024, et la superstition de ces temps de barbarie lui préta des apparitions qni attestent du moins
son importance, as
BENOIT IX (Tufopnytacte pe TUSCULUM), succéda, en 1033, 4 Jean XIX, successeur immédiat de Benoit VIII, dont il était le neveu. Il était fils d’Albéric, comte de Tusculum, et fut élu A l’Age de douze ans par le crédit de sa famille. La protection de lempereur Conrad le maintint sur le saint-siége, qu’il souilla de crimes. Conrad le Salique vint a Rome pour faire voir au peuple que cet indigne pape était sous sa tutelle. Le seul incident remarquable de ce pontificat est la permission accordée 4 Casimir de Pologne de quitter le monastére de Cluny pour aller reprendre la couronne et mettre un terme a l’'anarchie qui dévorait ce royaume. Mais la puissance de Conrad fut enfin contrainte de céder a l’indignation que soulevaient partout les déréglements du jeune pontife. Les Romains, ruinés par ses exactions, scandalisés par ses adulttres, le chassérent en décembre 1044. Soutena par les comtes de Toscanelle, il troubla le court régne de l’antipape Sylvestre III, et réussit 4 rentrer dans son palais; mais i] consentit bient6t lui-méme a vendre le saint-siége 4 l’antipape Jean XX, qu’il couronna de ses mains, et se retira chez son pére, pour étre plus libre dans ses débauches. L’ambition vint le chercher dans sa retraite ; il revendiqua dans la méme année la puissance pontificale quwil avait vendue, rentra 4 main armée dans le palais du Vatican, et reprit les rénes de ’Etat.
Romeeutalors le scandaleux spectacle de la présence de trois pontifes d’une égale scélératesse. Benoit 1X officiait 4 Saint- Jean de Latran, Sylvestre dans Saint-Pierre et Jean XX a Sainte-Marie-Majeure. Jean-Gratien, archiprétre de l’église de Rome, homme d’une grande autorité dans la ville sainte, acheta la tiare des trois papes, et, se faisant élire a leur place, fut, sous le nom de Grégoire VI, le quatriéme pontife vivant. Benoit IX se contenta des revenus que le saint-siége tirait de Angleterre. Mais le quatriéme pape fut bientét déposé comme simoniaque par le concile de Sutri. Henri III, dit le Noir, vint 4 Rome, convoqua les évéques ; et comme les quatre vicaires de Jésus-Christ avaient été simultanément déposés par le concile, il en fit élire un cinquiéme dans la personne de Swidger, évéque de Bamberg, qui prit le nom de Clement 11. A la mort de celui-ci, qui arriva dans la méme année 1047, Benoit IX, que histoire accuse de l’avoir fait empoisonner, s’empara pour la troisiéme fois du saint-siége, et s’y maintint jusqu’au 19 juillet 1049. Mais les remords saisirent ce monstre, et aprés s’étre confessé au pieux Barthélemi, abbé de Grotta-Ferrata, il résigna encore une fois la puissance pontificale au moment ou Poppon, évéque de Brixen, nommé pape par l’empereur, entrait dans Rome, sous le nom de Damase II. Ce Damase étant mort au bout de vingt-trois jours, le pere Maimbourg prétend que Benoit IX fut ramené 4 Rome par sa faction. D’autres historiens nient ce fait ou le passent sous silence. Quoi qu’il en soit, cette entreprise n’eut pas plus de succés que la précédente. Les Romains, indignés , recoururent encore & Ja puissance impériale, qui leur envoya l’évéque Brunon pour pape, sous le nom de Léon IX. Benoit disparut alors de la scéne du monde. II se réfugia dans le monastére de Grotta-Ferrata, ot il mourut six ans aprés, en 1054, usé 4 trente-trois ans par la débauche, et consumé peut-¢tre par le chagrin de n’avoir pu retenir un pouvoir qu’il avait si bien mérité de perdre.
BENOIT X était encore un parent et une créature de ces comtes de Toscanelle qui dominaient Rome depuis deux siécles. 11 se nommait Jean, et était évéque de Velletri a la mort d’Etienne 1X, son prédécesseur. Ce pape avait ordonné au clergé, en mourant, d’attendre le retour du diacre Hildebrand avant de faire I’élection; mais la faction dominante la précipita, malgré opposition et les anathémes de Pierre Damien , et l’argent de Benoit et les menaces des comtes de Toscanelle triomphérent de ceite sistance, L’archiprétre d’oflice fut foreé, le poignard sur fa gorge, de couronner cet indigne pontife, le 5 avril 1058.
BENOIT
Ce nouveau monstre, sorti d'une famille si féconde, ne tint le saint-siége que dix mois; le fougueux Hildebrand, revenu d’Allemagne a Florence, fit élire Girard, évéque de cette ville, qui marcha immédiatement sur Rome sous le nom de Nicolas I, et y entra au mois de janvier 1059, Benoft X, trop faible contre l’empereur Henri IV, vint se jeter aux pieds de son successeur, et se retira dans Sainte-Marie-Majeure, ot il mourut deux mois aprés.
BENOIT XI (Nicotas BOCCASINI) succéda en octobre 1303 & Boniface VIII. Aucun pontife n’avait osé prendre ce nom pendant deux siécles et demi; mais les vertus de celui-ci ne pouvaient en souffrir aucune atteinte. Né de parents obscurs, a Trévise, il était fils du notaire Boo casio Boccasini. Elevé & Venise, il gagna sa vie a instruire les enfants. Entré dans l’ordre des dominicains, il atteignit de charge en charge la dignité de général de cet ordre. Boniface VIII le fit cardinal. Il était connu sous le nom de Nicolas de Trévise. ll était en outre évéque d’Ostie au moment de son exaltation. Elle se fit d’une voix unanime, Dés son avénement au pontificat, il s’efforga de réprimer les scandales qui souillaient les églises de Servie et de Dalmatie. Philippe le Bel, roi de France, lui envoya des ambassadeurs pour le complimenter et se plaindre des abus qu’avait introduits l’ambition de Boniface VII. Ces envoyés demandérent la convocation d’un concile & Lyon pour mettre un terme au discord de Rome et de l’Eglise gallicane. Benott X1 révoqua les anathémes de Boniface , et sacrifia l’orgueil du saint-siége Ala paix de l’Eglise, en donnant raison sur tout a Philippe le Bel, Il fut moins heureux & Florence, ou son légat, voulant terminer la longue et sanglante guerre des Gibelins et des Guelfes, ne fit qu’animer cette fatale discorde, Les Colonne, dépouillés par Boniface au profit des Cajetan, furent rétablis dans leurs biens et dans leurs honneurs; mais le pape, alliant la fermeté a la justice, ne pardonna jamais 4 Guillaume de Nogaret et 4 Sciarra-Colonna le pillage du trésor d’Anagni, quwils avaient enlevé pendant ces débats. Ils restérent sous le poids des excommunications dont Boniface les avait frappés.
Benoit XI fit quelques efforts pour seconder Charles de Valois, frére de Philippe le Bel, dans son entreprise sur Constantinople, dont il revendiquait ’empire au nom de sa femme, Catherine de Courtenai; mais ce pape mourut, aprés dix mois de pontificat, le 6 juillet 1304, & Pérouse, avant d’avoir pu donner quelque suite a cette affaire. Les cardinaux, dont il gourmandait les désordres, le firent empoisonner & Pérouse, par un jeune homme déguisé en touriére des religieuses de Sainte-Pétronille, qui lui apporta des figues. D’autres attribuent ce crime aux Cajetan. Quoi qu’il en soit, sa mort fut un malheur pour |’Eglise.
BENOIT XII (Jacques pe NOVELLI , surnommé FOUR- NIER ), était né & Saverdun, dans le comté de Foix, d’un boulanger appelé Guillaume, Entré dés sa jeunesse dans Yordre de Citeaux, bachelier de Puniversité de Paris, oi il avait achevé ses études, il y recut, en 1311, la nouvelle de sa nomination a l’abbaye de Fond-Froide. Evéque de Pamiers en 1317, il gouverna neuf ans ce diocése , qu'il abandonna pour celui de Mirepoix, ot le pape Jean XXII lui envoya la barrette de cardinal. Huit ans aprés, en 1334, a la mort de ce pape, le conclave d’Avignon lui donna la tiare; il était alors désigné sous le nom du cardinal Blanc, de la couleur de son habit; et quoiqu’il fat savant théologien et profond jurisconsulte , il répondit aux cardinaux qui vinrent Vadorer, qu’i/s avaient élu un dne. Le fait est qv’aucune des deux factions qui partageaient le conclave ne songeait d'abord A lui, et qu’il ne fut élu qu’au refus du cardinal de Comminges, qui ne voulut point prendre l’engagement de ne jamais reporter 4 Rome le siége du pontificat.
Les abus introduits dans I’Eglise trouvérent dans Benott XU un ennemi infatigable. 1) fit sortir d’Avignon et
BENOIT
contraignit 4 résidence tous les ecclésiastiques ayant charge d’Ames; il révoqua toutes les commendes faites par ses prédécesseurs, ne les laissant qu’aux cardinaux et patriarches, anéantit les survivances promises, abolit la pluralité des bénéfices , réforma les mceurs des monastéres, se prononga contre le népotisme en refusant a ses parents les graces quils sollicitaient, ayant coutume de dire qu’un prétre ne devait avoir ni parents, ni pére, ni mére. II fallut
’un de ses neveux edt un mérite avoué de tous pour qu’i! lui donnat V’archevéché d’Arles. Les sollicitations des cardinaux et des princes séculiers le trouvaient également inflexible quand il les croyait contraires 4 la justice. Les Romains ayant supplié de rentrer dans leur capitale; il eut quelque désir de s’en rapprocher en transportant le saintsiége 4 Bologne; mais les révoltes des Bolonais et les intrigues de Philippe de Valois le retinrent & Avignon. II se contenta de faire réparer a ses frais les principales églises de Rome.
Philippe crut obtenir davantage de ce pontife : il sollicita le titre de vicaire de |’empire en Italie, la levée de toutes les dimes pendant dix ans, et le trésor de l’Eglise, sous prétexte d’une croisade pour la Terre Sainte. Mais ce roi de France trouva moins de complaisance dans Benoit que dans son prédécesseur Jean XXIL : le pape ne lui aczorda pas méme le titre de roi de Vienne pour son fils. Toutefois il songeait déja A réconcilier l'empereur Louis de Baviére aveu le saint-siége. Louis s’y préta de bonne grace, et Benoit XII était prét A l’absoudre. Mais Robert de Naples, Philippe de Valois, les rois de Bohéme, de Hongrie et de Pologne s’emparérent de l’esprit des cardinaux, et détournérent le ‘pape de cet accommodement. Aprés avoir échoué dans ses nouvelles tentatives, l’empereur Louis de Bavitre rappela ses ambassadeurs, convoqua une diéte & Francfort, fit casser les actes de la cour pontificale ef déclarer que la puissance impériale ne venait point du pape. Les princes de empire et le roi d’Angleterre approuveérent le décret de la dite, et le pape renouvela ses excommunications dans les termes les plus durs. Il maintint la vacance de lempire, donna A Euquin Visconti le titre de vicaire impérial en Italie , établit des gouvernements dans Jes principales villes de la Péninsule et leur ordonna de lever des troupes. Les rois de Franee, d’Angleterre et de Portugal bravaient en méme temps son autorité; ils levaient des décimes sur le clergé de leurs Etats pour se faire la guerre. Les officiers de Philippe allaient jusqu’a piller les bénéfices vacants, en étendant le droit de régale. Benoit XII n’osa point s’opposer a |’exécution de cette ordonnance, connue sous le nom de Philippine. Le roi de Sicile , Pierre d’Aragon, se moqua également de ses anathémes, et refusa de rendre son ile au roi Robert, que le pape en avait investi. Le grand khan des Tatars fut le seul souverain quireconnit sa suprématie. Mais l'Europe pouvait échapper tout entiére au saint-siége. Le roi de Hongrie !ui-méme pillait les biens du clergé, et le pape se bornait 4 des exhortations. I! ne fut pas plus heureux dans ses négociations avec Andronic, empereur d’Orient, pour ramener les Grecs dans le sein de I’Eglise. Cette lutte de Europe contre la cour de Rome était un fardeau trop lourd pour un pape aussi débonnaire. 11 mourut aprés sept ans et quatre mois de régne, le 25 avril 1342, laissant un riche trésor a ses successeurs et une grande réputation de sainteté. On lui attribua méme des miracles apres sa mort. Mais la plus précieuse de ses vertus fut de ne jamais oublier Yobscurité de son origine , et de refuser méme les nobles alliances qu’on lui proposait pour ses niéces. Il préférait les gens de lettres a ses parents; et ses décrétales , ses lettres, ses sermons, ses traités théologiques attestent son savoir et son ¢loquence.
BENOIT XIII (Pierre pe LUNE), antipape, né en Aragon d’une famille distinguée, s’adonna @abord a la jurisprudence civile et canon'que, quilta cette étude pour
porter les armes, la reprit ensuite, et enseigna le droit dans Vuniversité de Montpellier. Grégoire XI, le faisant cardinal en 1375, lui dit: « Prenez garde, mon fils, que votre lune ne s’éclipse! » Aprés la mort de Clément VII (1394), qui siégeait A Avignon, les cardinaux avignonnais !’élurent pape, tandis que les cardinaux romains élisaient Boniface. 11 prit le nom de Benoit XIII. Avant son élection, il avait promis de se démettre, si on l’exigeait , pour mettre fin au schisme ; mais, devenu souverain pontife, il oublia sa promesse. Il amusa pendant quelque temps par des paroles trompeuses Charles VI, roi de France, ainsi que divers princes de |’Europe, et finit par déclarer qu’il gardait la tiare. I) ne fut plus des lors regardé partout que comme un schismatique; on résolut de s’emparer de sa personne, de le déposer, et Charles VI le fit assiéger dans Avignon. Mais lui s’enfuit d’abord dans le yoisinage, & Chateau-Renard, puis & Peniscola, en Aragon, ot il mourut, en 1424, ne cessant de lancer des foudres sur toute la terre. Homme de grande renommée, @un sang illustre, d’une ardente ambition, il avait usé cing papes : Innocent VII, Grégoire XI], Alexandre V, Jean XXIII ef Martin V.
BENOIT XIII (Pierre-Frangois ORSINI) succéda en 1724 4 Innocent XIII. Issu de la famille des Ursins, il ¢tait né le 2 février 1649, de Ferdinand Orsini, duc de Gravina, et de Jeanne Frangipani, et prit le nom de Vincent-Marie , en entrant, le 13 février 1668, dans l’ordre de Saint-Dominique. Sa vie était si simple et si austére qu'il refusa, le 1°T mars 1672, le chapeau de cardinal , que sa famille avait sollicité 4 son insu, II fallut employer |’autorité du général de son ordre pour le forcer d’accepter, Promu, en 1685, a Parchevéché de Bénévent, il y montra le zéle, la piété et toutes les vertus des premiers temps de l’Eglise. Ce saint homme faillit étre écrasé sous les ruines de son palais ¢piscopal par un tremblement de terre. Deux poutres lui sauvérent la vie en se croisant sur sa téte , et il précha le méme jour avec le saint-sacrement 4 la main pour rassurer son troupeau. Parvenu 4 Ja tiare, malgré lui, dans sa soixanteseizitme année, il fit briller sur le saint-siége toutes les qualités qui l’avaient distingué dans les autres situations de sa vie. L’éclat des grandeurs et des richesses -le fatiguait; il rejeta les pompes de l’exaltation, et se rendit &.pied dans la chapelle of on devait lintroniser : il fit enlever les belles tapisseries du Vatican, y fit transporter son lit de moine, repoussa le linge qui lui fut présenté et garda son habit de laine. L’appareil de la puissance génait sa modestie. On eut peine a obtenir de lui qu’il se laissAt accompagner par quinze chevau-légers quand il se montrait en public dans sa modeste voiture. Non content de précher d’exemple, il essaya de réformer le luxe des autres, et appliqua aux pauvres le superflu qu’il retranchait des attributs et des revenus de la papauté. Il défendit aux prétres de se prosterner devant lui, n’en garda que douze pour son service, souffrit 4 peine denx domestiques laiques, obligea les cardinaux a la résidence et rappela le clergé et les moines a la sainteté de leur origine. La frugalité de sa table était au-desscus du nécessaire, et il ne se permettait que quatre heures de sommeil. Il fit fermer les lieux de débauche qui souillaient la capitale du monde chrétien, et ne voulut voir son propre frére, auquel il avait cedé son droit d’ainesse , qu’aprés sa réconciliation avec sa femme,
Toutefois il avait entrepris une tache au-dessus de ses forces, en voulant réformer ainsi toute la chrétienté, C’était sans doute ramener le saint-siége & sa destination véritable; mais Benoit XIII arrivait trop tard : la corruption était plus forte que luiy Le cardinal Paulucci convint lui-méme que les Courtisanes romaines étaient un mal nécessaire, et le bref du pape ne ful qu’a moitié exécuté. Le rétablissement de la paix de 'Eglise fut encore un des réves de ce pontife homme de bien; il ecrivit a ce sujet a toutes les puissances catholiques. Mais son éducation ultramontaine ey
avait enraciné dans son esprit un principe qui devait nuire a ces projets de pacification, Aucun pape ne poussa plus loin, n’adopta plus exclusivement le dogme de l’infaillibilité du saint-siége.
La bulle Unigenitus (voyez aussi CLément XI) bouleversait l’Eglise gallicane. Les jansénistes , qu’elle foudroyait , ’'avaient expliquée de telle sorte qu’elle était devenue une source nouvelle de controverses. Les explications de cette bulle données en 1720 par le clergé de France n’avaient rien expliqué. Le cardinal de Noailles, qui les avait signées , fut mandé 4 Rome par le pape, son ancien ami. Le cardinal se borna 4 lui écrire pour demander une décision. Benoit XIII tira de ces explications douze articles qu’il prit la résolution d’approuver. Mais les molinistes n’en furent pas plus satisfaits que les jansénistes ; les jésuites jetérent feu et flamme, et ameutérent les cardinaux contre le pape. Les jansénistes attaquaient de leur cdté les jésuites sur leur conduife 4 la Chine et dans le Paraguay. Benoit XIII parut incliner a les blamer eux et leurs doctrines ; il convoqua un concile, et en exclut quelques cardinaux, trop attachés a la société, Ces cardinaux protestérent, et le pape leva la séance. Un concile fut assemblé enfin dans Saint-Jean-de- Latran. Benoit XIII y proposa divers réglements sur la discipline ecclésiastique, avant d’arriver a la bulle Unigenitus , qui fut confirmée. Mais au moment de signer, les cardinaux voulant prendre la qualité de dejfinientes, qui mettaitle pape dans leur dépendance, Benoit XIII s’y opposa, et ne leur accorda que celle de consentientes. Ii faut remarquer que ces niaiseries sont du dix-huitidme siécle : on pourrait l’oublier. Toutefois , malgré son apparente fermeté sur les formes , le pape fit au fond violence & ses propres opinions en condamnant ainsi la doctrine de saint Thomas, dont il était le partisan déclaré. Il profita d’un voyage qu’il fit a Bénéyent, en 1727, pour donner une nouvelle explication de la fameuse bulle , et se mit en contradiction avec le concile dont il avait signé les décisions. I] soutint plus tard cette méme bulle contre l’opposition de l’évéque de Senez , qui défendait les douze articles extraits par le pape luiméme. Un concile assemblé 4 Embrun condamna I|’éyéque, et Benolt XIII souscrivit 4 la condamnation.
Il ne montra pas plus de suite dans les affaires temporelles. Aprés avoir manifesté l’intention de soumettre l’empereur Charles VI 4 Vinvestiture du royaume de Naples, il lui laissa la liberté de se moquer de ses prétentions. L’empereur et le roi d’Espagne déclarent en 1725 que Parme et Plaisance sont des fiefs de empire. Le pape proteste, soutient vivement les droits du saint-siége, et ’empereur n’ayant aucun égard a cette protestation, le pape se borne a faire des priéres pour que Dieu triomphe de la résistance de César. La cour de Lisbonne demande un chapeau pour le nonce Bichi. Le pape refuse , et se laisse insulter par le Portugal pendant toute la durée de son pontificat. Le canton de Lucerne, au mépris de ses remontrances, chasse les jésuites de son territoire. Le roi de Sardaigne était investi depuis trois siécles du droit de nommer aux bénéfices vacants ; la cour de Rome revendiquait ce droit; les cardinaux étaient partagés , et Benoit X11I, qui donnait raison au roi, mourut sans pouvoir terminer ce différend. Il ne fut pas plus heureux dans son projet de réunir toutes les communions chrétiennes. Il ne lui resta d’autre gloire que celle de ses vertus et de ses bonnes cuvres, ses réglements de police, sa bienfaisance pour les pauvres , son zéle a visiter les hépitaux et les prisons. « Ce fut, dit Voltaire, un moine enété, mais un homme de bien, et son passage par la chaire de saint Pierre honora le siége apostolique. » Il mourut le 21 février 1730, 4 l’Age de quatre-vingt un ans, aprés un régne de cing ans huit mois et vingt-trois jours.
BENOIT XIV (Prospex LAMBERTINI) suceéda, le {7 aodt 1740, & Clément XJ 1, successeur immédiat de Benott XIII. Jl était né a Bologne, dune famille illustre,
BENOIT
le 31 mars 1675. Ses progrés de collége furent rapides ; il prit saint Thomas pour son guide théologique. Apres avoir étudié le droit civil et canonique sous l’avocat Giustiniani, il fut successivement avocat consistorial et promoteur de la foi, rechercha V’amitié de tous les hommes illustres de son siécle, et se familiarisa avec les auteurs de l’antiquité comme avec les grands poétes de I’Italie ancienne et moderne. Le bénédictin Montfaucon disait de lui qu’il avait deux dames, l'une pour les sciences , l'autre pour la société. Clément XI le nomma chanoine de Saint-Pierre , le promut 4 la prélature, le fit consulteur du saint-office, et l’associa 4 la congrégation des rites. Innocent XIII le fit canoniste de la pénitencerie; Benoit XIII lui donna en 1727 lPévéché d’Ancone , le créa cardinal en 1728, et Clément XII lui conféra Varchevéché de Bologne, sa patrie. Lui seul était effrayé de tant de fardeaux. Rome et I’Italie savaient qu’il pouvait y suffire, et il se montra foujours supérieur aux emplois dont il était revétu. Il porta dans l’administration successive de ces deux diocéses le zéle d’un évéque de la primitive Eglise, instruction d’un homme de son siécle, et un mélange de douceur et de fermeté qui fit admirer tout 4 la fois sa tolérance et sa justice. Forcé de destituer un curé, il lui enleva son troupeau, ef assura la subsistance de sa vieillesse sur un bénéfice sans charge d’4mes. Ennemi du fanatisme , il protégea méme les jours de ceux qui le provoquaient par leurs railleries.
Une fortune plus brillante lui était destinée, et dés sa jeunesse il en avait manifesté le pressentiment, pendant un voyage qu’il avait fait 4 Génes avec ses amis. Ceux-ci ayant pris la résolution de retourner par mer 4 Rome: « Partez, leur dif-il en riant, vous qui n’avez rien a risquer; mais moi, qui dois étre pape, je ne dois pas hasarder ainsi César et sa fortune. » Cette prophétie, qui n’était peut-étre alors qu’une plaisanterie de jeune homme, s’accomplit & la mort de Clément XII, malgré la faction de France, que dirigeait le cardinal de Tencin. Les intrigues de ce cardinal fatiguaient ses confréres, et six mois de conclave les accablaient d’ennui. Lambertini leur dit gaiement : « Si vous voulez un saint, nommez Gotti; un politique , prenez Aldovrandi; un bonhomme, élisez-moi, » et il fut élu. Il avait alors soixante-cing ans, et n’avait rien perdu de sa gaieté naturelle. Son pontificat, de prés de dix-huit années, ne fut point éprouvé par ces grands éyénements politiques qui avaient donné & ses prédécesseurs l’occasion d’exercer et d’accroitre leur autorité. La marche de |’esprit humain avait @ailleurs circonscrit la puissance temporelle des papes dans les limites de leurs Etats, et leur puissance spirituelle était désarmée de ses foudres , émoussées. Benoit XIV eut la sagesse de le reconnaitre. Il laissa Marie-Thérése et le duc de Baviére se disputer la succession de l’empereur Charles VI, et quoiqu’il fit des voeux pour la reine de Hongrie, il garda une sage neutralité jusqu’é la décision de la fortune. Il se borna alors 4 un acte insignifiant de souveraineté en attachant le titre d’Apostolique & la majesté impériale, et donna en méme temps au roi de Portugal celui de Trés- Fidéle. La suppression du patriarcat d’Aquilée lui attira quelques protestations de la république de Venise; mais la cour de Vienne étant d’accord sur ce point avec celle de Rome, ce ne fut qu’une guerre de mots,
Les affaires religieuses de France étaient plus sérieuses, Les jésuites, outrant les conséquences de la bulle Unigenitus, troublaient ce royaume de leurs persécutions. On refusait les sacrements aux moribonds sous les prétextes les plus frivoles et sur les délations les plus infames. Louis XV consulta le pape, et Benoit XIV restreignit les refus de secours spirituels & ceux qui étaient notoirement convaincus de désobéir & la bulle. Cette réponse était vague, mais c’était un blame indirect de intolérance, et les persécutions se ralentirent, Les jésuites furent souvent l'objet de ses censures. En 1744 il foudroya les pratiques superstitieuses
, BENOIT
qu’ils souffraient chez les chrétiens de I’Inde et dans la Chine. En 1745 il fit proscrire la Bibliotheque janséniste du pére Colonia; en 1755 il condamna I’ His¢oire romanesque du Peuple de Dieu par le pére Berruyer. 11 défendit les doctrines du cardinal Noris contre les attaques de cette société, et supprima Pindex dont le grand inquisiteur d’Espagne les avait frappées. Ennemi constant des superstitions qui déshonoraient le christianisme, il mit un terme aux troubles que causait en Pologne la prétendue apparition des vampires. Les auto-da-fé le révoltaient; et sil ne put détruire inquisition en Espagne, il purgea du moins la Toscane de ce fléau. Il s’appliqua a combattre dans les cloitres les rigueurs du fanatisme, et s’efforca de le détruire dans l’esprit du peuple. Il poursuivit sans relache les thaumaturges , les visionnaires qui abusaient, par des révélations et de prétendus prodiges, de la crédulité publique. Indulgent pour les faiblesses humaines, il releva des censures ecclésiastiques une religieuse enlevée d’un monastére , et que son ravisseur avait rendue mére de trois enfants. Sa charité était inépuisable. Il s’occupa constamment de |’administration des hépitaux et des moyens de mettre le peuple dans le cas de se passer de la loterie et du mont-de-piété. Pendant les débordements du Tibre, il fit du Colisée lasile des «aalheureux qui étaient chassés par les flots de leurs demeures, et leur fit prodiguer des secours. Son aum@dnier secret lui dit un jour que sa bourse était vide, et qu’il ne pouvait plus suffire 4 tant d’aumdénes. « Chut! répondit Benoit XIV ; si les pauvres vous entendaient, ils nous demanderaient nos équipages, nos meubles, nos palais, comme un bien a eux, et nous ne saurions que leur dire. » Il publia des édits contre le luxe, et fit reléguer les courtisanes. hors de la ville. Il fit batir sur ses plans l’église de Saint- Marcellin, augmenta les batiments des Enfants-Trouyés, orr 4 le Colisée de chapelles élégantes, répara le Panthéon ou église de la Rotonde, et fit embellir Notre-Dame de Lorette pour la rendre plus digne du pélerinage célébre dont elle était Pobjet.
Le desséchement des marais Pontins, la navigation des fleuves, la restauration des belles routes de I’Jtalie, attirérent constamment sa sollicitude, et les arts éprouvérent sans cesse les effets de sa protection éclairée. Il fit ouvrir Yacadémie de Saint-Luc, créa le musée et lenrichit du produit des fouilles qui rendaient & Rome moderne les trésors dont la sculpture et la peinture avaient enrichi la vieille Rome. 11 prodiguait les encouragements aux académies, il assistait A leurs séances. I] portait une attention assidue sur les universités, les séminaires et les colléges. Il fortifiait leurs études en y imtroduisant les nouvelles inventions de l’esprit humain, en proscrivant les routines et le mauvais godt qui entravaient ses progres. Le catalogue des manuscrits du Vatican fut imprimé par ses ordres, Lié avec tous les savants de l’Europe, il aimait a les attirer dans sa capitale, et se montrait leur digne émule en con sacrant a Pétude tous les loisirs que lui laissait l’administration de ses Etats et de sa puissance spirituelle. Doué dun esprit fin et pénétrant, il enchantait tous ceux qui pouvaient l’approcher par le piquant de sa conversation et l’a-propos de ses saillies. Aucun homme célébre n’a plus laissé tomber de ces mots qu’on aime 4 redire, et ce serait tronquer la vie de Benoit X{V que de ne point faire apprécier son esprit par des citations de ce genre. En apprenant que le prétendant s’¢tait embarqué pour l’Ecosse, il dit que « ce prince ferait comme le flux et reflux, qui revient sur lui-méme aprés s’étre avancé ». Quelques gardes de marine de la suite du chevalier de Mirabeau ayant éclaté de rire pendant le baisement des pieds, ce capitaine de vaisseau cherchait 4 les excuser : « Pensez-vous, dit le pape, que j’empécherai des Frangais de rire? Je n’en ai nile pouvoir ni la volonté. » Voyant, une autre fois, un étranger
qui restait debout pendant sa bénédiction : « Ce doit étre |
un Frangais , dit-il en riant , et je lui pardonne en vertu des libertés de l’Eglise gallicane. » Le célébre La Condamine lui demandant une dispense de mariage : « Volontiers , répondit le pape, et d’autant plus que votre surdité assurera Ja paix du ménage. » Le cardinal Passionei s’emportait, suivant son habitude, dans une discussion avec le pape : « Cardinal , dit Lambertini, si la colére s’éléve en raison du rang, la mienne sera ptus forte que la vdtre. » Il disait qu’un pape était tellement enchainé qu’on ne lui laissait la main libre que pour donnar des bénédictions. 1] compa-
rait un prélat dont le zéle impétueux ne gardait aucune
mesure dans l’exécution ou l’explication des brefs , 4 un gentilhomme napolitain qui avait soufenu quatorze duels pour affirmer que le Dante valait mieux que |’Arioste, et qui était convenu en mourant qu’il n’avait lu ni l'un ni autre.
Ces saillies de tous les jours lui attiraient les reproches de ces esprits gourmés qui veulent absolument attrister la dignité et lui donner le masque de la sottise. Mais il était plus vrai lui-méme quand il disait : « Les saillies m’ont plus d’une fois tiré d’embarras; et si je composais un manuel pour les hommes d’Etat, je leur conseillerais d’en faire usage. » Il convenait cependant qu’il n’était pas assez grave pour un pape, et Pasquin le mordait quelquefois la-dessus. Mais , suivant l’expression du cardinal Spinelli, la liberté de sa conversation ne fit jamais soupconner sa vertu. Ses moeurs ¢laient dune pureté exemplaire; et sous cette apparente légéreté se cachaient une profondeur de vues, une sireté de tact, une prudence, une pénétration, qui justifiaient pour ainsi dire en lui le dogme de l’infaillibilité. fl étudiait avec tant de soin les sujets qu’on lui présentait pour les grands bénéfices, qu’il se trompait rarement sur leur mérite ou leur nullité. Aprés avoir cédé aux rois de Prusse et de Portugal sur des nominations qu’il improuvait, il eut la satisfaction de les faire convenir plus tard quwils s’étaient frompés eux-mémes. :
Personne ne remplissait mieux sa vie que Benoif XIV. Depuis cing heures du matin jusqu’a neuf heures du soir, il était 4 la priére, a l'étude, aux affaires ou aux audiences, Le cardinal Colonna, son majordome, et le prélat Bouget entraient alors pour lui raconter les nouvelles du jour, et il donnait carriére a sa brillante imagination. Les grands du siécle se plaisaient a le visiter, 8 converser ou 4 correspondre avec Lambertini, quelle que fut leur religion. Frédéric II traitait directement avec lui des affaires ecclésiastiques de son royaume. Le pape le comparait a l’empereur Julien. « Les rapports, disait-il, sont frappants. Méme ardeur pour les sciences, méme amour pour les savants, méme passion pour la gloire, méme valeur dans les combats , méme succés a la guerre. » Il ajoutait peut-étre in petto ; « méme persistance dans I’hérésie ». Il avait si bien pénétré le génie de ce grand homme, que dés son début il avait dit que Frédéric ne s’arréterait qu’aux limites qu’il aurait posées lui-méme. La czarine Elisabeth Pétrovna appelait Lambertini homme sage, et déclarait qu’elle Paurait pris pour arbitre dans les affaires les plus épineuses, si elle en avait regu la permission de ses préjugés. Le roi de Naples et la margrave de Baireuth, sceur du roi de Prusse , vinrent a Rome pour lui rendre hommage, et manifestérent en le quittant le regret de n’avoir pu jouir plus longtemps de sa conversation. « Les moments les plus heureux de ma vie, disait le cardinal Albani, sont ceux que je passe avec le pape. Sa mémoire lui tient lieu de tous les livres; et lorsquil m’écrit pas, c’est pour dire des choses que tout le monde voudrait écrire. » Les rois de I’Europe ne cessaient de le féliciter sur sa modération et sa prudence. Voltaire lui dédia sa tragédie de Mahomet, et fit pour son portrait le distique suivant :
Lambertinus hic est, Rome decus et pater orbis, Qui munduim scriptis docuit, virtutibus ornat,
Le Grand Ture lui-méme lui fit faire des compliments. Le roi de Sardaigne, connaissant son horreur pour le népotisme, s’appliquait, par amilié pour lui, 4 réparer A |’égard de ses parents le tort que leur faisait cette répugnance de Benoit XIV, qui ne permettait pas méme a ses neveux et cousins de venir le voir, et ne leur donna ni dignités ni richesses. « Rome, disait-il, n’est obligée par aucun contrat a enrichir ma famille. Je n’en ai pas d’autre que I’Fglise. La robe de Jésus-Christ ne se partage pas, et mes parents ont de quoi vivre. » Ennemi du faste, et détaché pour lui-méme des biens temporels, il ne comprenait pas qu’une ame immortelle se collat sur des piéces d’or. Les Anglais , les Suédois, les protestants de tous les rangs , de tous les Etats, affluaient A Rome pour visiter un pontife qui avait permis 4 Marie-Thérése de les tolérer dans son empire, en lui recommandant de les ramener par la douceur et la persuasion, et qui avait repris fortement un moine pour avoir injurié les juifs du haut de la chaire. Tous ces étrangers étaient tentés de se convertir aprés Vayoir entendu. « Il nous rendrait tous papistes s’il venait 4 Londres, » disait un lord; et dans un pays ou le pape est brilé tous les ans en effigie , le fils du ministre Walpole lui érigea un monument dont Pinscription est le plus bel éloge qu’on puisse faire d’ua prétre philosophe.
Treize volumes in-folio sont sortis de sa plume. Quatre ent pour sujet le sacrifice. de la messe, les bulles, les brefs, les synodes et les fétes de I'glise. Huit autres contiennent des dissertations sur la canonisation des saints. Il fut trés-sobre sur cet article, et n’enrichit la légende que d’une sainte, Jeanne de Chantal. Mais le recueil de ses lettres est ce qu’ila laissé de plus curieux. Le temps vint ot il ne fut plus permis & Lambertini d’écrire. Son age et ses infirmités Varrétérent. Ses jambes enflaient d’une Mnaniére alarmante; mais il conserva jusqu’au bout son esprit et sa gaieté, Il expira le 3 mai 1758, dans sa quatrevingt-quatriéme année. Les hommes de toutes les religions Jui donnérent des larmes ; Rome entiére assista a ses obséques, et l'Europe fut affligée de cette grande perte comme @une calamité universelle. VIENNET, de 1?Acad. francaise.
BENOITE, plante de la famille des rosacées ; son nom vulgaire signifie herbe bénite, et vient des vertus médicinales et des propriétés merveilleuses qu’on attribuait a cette plante. La benoi/e commune (geum urbanum), quiintéresse le plus les cultivateurs, passe pour vulnéraire, sudorifique et un peu astringente. Elle croft naturellement dans les lieux frais et ombragés , sur la lisiére des bois, au pied des haies et des murs. Au printemps, le bétail en mange les jeunes pousses; mais les liges durcissent promptement et sont bientot rebutées par les animaux. On reconman 'e sa racine, 4 l'état frais, contre les catarrhes chroniques ; séche, on l’emploie contre les hémorrhagies et les fiévres intermittentes. On la proposée pour remplacer le quinquina. La benotle aquatique (geum rivale), dont la racine offre absolument les mémes propriétés , est cultivée dans les jardins comme plante d’ornement. La ben-ile écarlale (gem coccineum), originaire du mont Olympe, est aussi we jolie plante d’ornement , remarquable par ses fleurs cranio sies paraissant pendant tout l’été.
BENOUVILLE (Jean-Acmitie) , peintre, néle {5 juillet 1815, a Paris, est éléve de Picot et remporta en 1845 le grand prix de Rome. C’est au paysage qu'il a presque exclusivement consacré son pinceau, et de Rome, qu'il n’a guére quilté, il envoie ses ouvrages aux salons francais. Tia é1é décoré de la Légion Whonneur en 1863.
BENOUVILLE (Frangors-Liton), frére du préeédent, naquit le 30 mars 1821, a Paris , et fréquenta aussi latelier de Picot. [1 s’était deja fait remarquer dans les expositions annuelles , lorsqu’en 1845, son Jésus au prétoire obtint le grand prix de Rome pour l’histoire. En 1853, il envoya une grande composition qui passe pour un de ses chefs-