BENOIT — BENSERADE
d’cuvre , Saint Francois “Assise mourant, acheté pour Je muséedu Luxembourg. A l’exposition universelle de 1855 on vit de lui /es Martyrs chréliens dans Camphithédtre, cuvre d’une érudition profonde mais d’une faible exécution. Son tableau des Dewx pigeons (1857), popularisé par la gravure , inontra sous un nouveau jour la grace élégiaque de son talent. Le salon de 1859 regut ses derniéres toiles, entre autres Sainte Claire et une Jeanne d’Arc, les meilleares qu’il efit encore signées. La mort d’un de ses enfants porta un coup funeste 4 Benouville, qui tomba en langueur et succomha, le 16 février 1859, & Paris, C était un des artistes les plus distingués de notre jeune école.
BENSERADE (lsasc be), poéte francais, naquit & Lions, petite ville de la haute Normandie, en {612. Il appartenait 4 une famille protestante; mais son pére , mattre des eaux et foréts, ou procureur a Gisors, le fit élever dans la religion catholique. Il avait 4 peine huit ans, lorsque Pévéque qui lui donnait la confirmation lui demanda s'il ne voulait point changer son nom de juif pour un nom de chrétien. « Trés-volontiers, répondit Venfant, pourvu qu'on me donne du retour. » Le prélat trouva la repartie heureuse, et frappant doucement sur la joue d’[saac : « Il faut lui laisser son nom, dit il, il le rendra illustre. » Le prélat avait raison. La célébrité prit Benserade au sortir de ses études, et ne le quitta guére qu’a sa mort , célébrité dont plus tard on a fait justice, mais qui n’en fut pas moins réelle. Digne représentant du mauvais got de son siécle, bel esprit flatieur ef railleur, il s’érigea bien vite en galant dans la vieille cour, oii ses chansonnettes et ses rondeaux rivalisaient d’affectation avec la prose de Voiture et de Balzac. Sa conversation lardée de pointes et d’équivoques lui valut tout d’abord l’amitié des grands et les faveurs de la fortune.
La Bruyére, dans son chapitre De la Société et de la Conversation, a faitle portrait de Benserade septuagénaire; portrait railleur, qui sous les soixante années du modéle laisse assez clairement deviner Benserade jeune et’ grand poéte. Ces quelques lignes de La Bruyére nous prouvent d’ailleurs, avec les critiques de Boileau et de Furetiére, que V’astre d’Isaac se coucha moins glorieux qu'il ne s’étaif levé, Il faut connaitre l’'engouement dont il rendit malades et la cour et la ville, et le délaissement dont la ville et la cour l’affligérent plus tard, pour comprendre tout ce qu’une destinée peut avoir de hauts et de bas. Les poétes sont 1acomme les rois, pour témoigner de la fragilité des grandeurs humaines, et pour donner de fortes legons au monde. Bos. suet, en parlant des vicissitudes royales, parlait aussi pour les poétes : leurs palmes sont aussi cassantes que le sceptre des rois.
Quoi qu’il en soit, la cour ouvrit bientét 4 Benserade toutes les voies de gloire et de fortune. Richelieu , dont i! se disait parent, lui fit tout d’abord une pension de 600 li vres, qui lui fut continuée jusqu’A la mort de ’éminence, et que la duchesse d’Aiguillon lui edt faite toute sa vie sans cette mauvaise plaisanterie qu’il éerivit aprés la mort du cardinal :
Ci git, oui, ait , par la morbleu !
Le cardinal de Richelieu,
Et, ce qui cause mon ennai,
Ma pension avec lui,
Au reste, ce fut par un autre trait d’étourderie, o0 il entra peut-étre plus d’adresse que de légereté, qu’il obtint la protection de Mazarin, On avait lu chez la reine quelques vers de Benserade, que le cardinal avait beaucoup loués , et qui lui avaient fait dire qu’étant lui-méme fort jeune, il s’était fait connaitre & la cour de Rome par quelques vers galants, Benserade, instruit de ce mot par ses amis, court aussitot au palais du cardinal, Le cardinal était au lit; on reuse au poéte lentrée de son appartement, Le poéte insiste, s‘emporte, coudoie les gens A livrée, s’élance dans)’apparte-