‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 486 sur 488 · BENTHAM · texte numérisé non relu

BENTHAM

employé au service de la Russie, et vint trois fois en France. Lorsquil eut parcouru tous les décombres des lois gothiques et rassemblé ses matériaux, il batitson plan systématique de lois criminelles, qu’il essaya d’élever entiérerement sur la raison, sur la nature des choses et sur Phumanité.

Un principe unique domine tous les systémes de Bentham, le principe de Vutilité : il le considére comme la base la plus sdre de la législation, comme le régulateur le plus certain des rapports sociaux; il s’attache a le concilier avec les régles de la morale et de la justice; il combat la doctrine qui tend a nous imposer des privations sans atilité; il veut engager les hommes par la considération matérielle de l'intérét personnel a Pobservation des devoirs prescrits dans l’intérét public.

C’est 4 Bentham que l’on doit la premiére conception du systéme pénitentiaire. Dés 1791 il avait publié son ouvrage célébre sur le Panoptique ou maison d’inspection, contenant Vindication @un nouveau systeme de construction applicable & toutes sortes d@établissements dans lesquels des individus quelconques sont soumis @ une surveillance. Sur ce plan furent établies les maisons de détention de plusieurs Etats de Europe, et, en particulier , aux Etats-Unis.

Une prodigieuse activité d’esprit ne lui permettait point de se renfermer dans ces travaux spéciaux. Il publia plusieurs articles dans les Annales d’ Agriculture d’Arthur Young, composa une Chrestomathie, et a laissé, dit-on, dans ses manuscrits un Traiéé sur les Mathématiques.

L’indépendance et Voriginalité qui distinguent ses ouvrages se faisaient aussi remarquer dans ses habitudes et dans son earactére. Il s’occupait moins de la publication de ses écrits que de leur composition ; plusieurs furent imprimés longtemps avant @’étre livrés au public. Un plus grand nombre, particuligrement un Zssai sur les institutions judiciavres et un Code constitutionnel, auquel il travaillait au moment de sa mort, n’ont jamais vu le jour. Son ami, M. Dumont de Genéve, oblint a grand ’peine la communication de ses manuscrits, et publia en France des traités complets qu’il en avait extraits sur la Législation civile et pénale, sur les Peines et les Récompenses et sur les Preuves judiciaires. Ces publications , qui n’avaient lieu ni dans la langue ni dans le pays de auteur, fondérent sa réputation sur le continent, et eurent pour résultat singulier de le rendre plus célébre en France et en Amérique qu’il ne ’était en Angleterre. On youlut plusieurs fois faire paraitre une édition compléte des ceuvres de Bentham. Peu de temps avant sa mort, M. de Talleyrand , qui a dans tous les temps professé pour lui la plus haute admiration , lui offrit de faire faire cette édition a Paris et en frangais. Ces honorables propositions ne furent jamais acceptées.

Comme écrivain , Bentham était trds-obscur, et peut-étre doit-il 4 ce défaut d’avoir pu impunément proclamer des doctrines pleines de hardiesse et propres 4 irriter de puissantes susceptibilités. Des amis éclairés, parmi lesquels M. Et. Dumont occupe le premier rang, s’exercérent a donner quelque clarté a ses ouvrages et assurérent le succés quwils ont obtenu. Il faut avouer cependant que leur lecture offre peu d’attrait : le style est incorrect et souvent défiguré par un néologisme presque barbare. La théorie s’y présente dans toute sa sécheresse, et souvent de minutieux détails remplacent une exposition large et élevée.

En correspondance avec Catherine, avec l’empereur Alexandre, avec plusieurs princes, Bentham ne s’écarta jamais des principes qu’il avait soutenus, et ne céda en aucune occasion a l’ascendant de la puissance. L’empereur Alexandre , qui avait reculé devant les théories absolues du radical anglais, lui envoya une bague enrichie de diamants : Bentham la refusa, disant que le but de ses travaux était le bonhet.. des hommes et non la munificence des rois. Ses

principes étaient mieux accueillis par les gouvernements libres. L’Assemblée législative recevait ses communications et lui décernait le titre de citoyen frangais; plusieurs républiques d’Amérique s’éclairaient de ses lumiéres, et les Cortés, pendant Je court réveil de la liberté espagnole, réclamérent ses conseils et Pappui de sa science.

Rien n’égalait la simplicité, la franchise de ses maniéres, sa bienveillance pour les étrangers. On trouve sur ses habitudes et sa vie quelques détails curieux dans les Mémoires de Brissot : « Vous étes-vous quelquefois représenté Howard , Benezech, par exemple, candeur sur la figure, douceur dans les regards , sérénité sur le front, calme dans les discours, sang-froid dans les mouvements, impassibilité 4 cété de fa sensibilité; voila leurs traits , c’étaient ceux de mon ami Bentham. Bentham ne me connaissait que par une injure. Dans ma Théorie des Lois criminelles, javais traité trés-légerement une dissertation trés-profonde qu’il avait publiée sur la peine du travail dans les maisons de correction. Ayant appris mon adresse, il vint me décliner son nom, m’expliqua les motifs de son opinion : ce calme, ce sang-froid, me confondirent. Comme j’étais petit a ses yeux! Je lui demandai son amitié, ses conseils; il me les promit... Depuis dix ans il se consacrait tout entier 4son grand ouvrage sur la jurisprudence criminelle. Sa vie était d’une extréme régularité. A son lever, il se promenait au loin pendant deux ou trois heures, revenait déjetiner seul; il se livrait ensuite 4 son travail favori jusqu’a Yheure de son diner, repas qu'il allait toujours prendre a quatre heures chez son pére. Ce pére était riche, et cependant Bentham vivait comme un jeune homme de la fortune la plus médiocre, et n’économisait que pour satisfaire sa passion dévorante, celle des livres... Bentham ne voyait qu’avec attendrissement notre révolution ; il en suivait les progrés, et, voulant y participer, il prit plus d’une fois la plume pour diriger nos pas. Onse rappelle un excellent ouyrage sur la composition des tribunaux qu'il adressa a P Assemblée constituante. Le narquis de Lansdowne en avaif envoyé cent exemplaires en son nom; a peine daigna-t-on le remercier. La Rochefoucault-Liancourt avait demandé la traduction de cet ouvrage. Sieyés , qui régnait en despote aux comités de constitution ef de jurisprudence, et qui ne partageait pas les vues de Bentham, peut-étre parce qu’elles n’étaient pas les siennes, fit rejeter cette proposition. »

Malgré la nature de ses travaux et de ses études, Bentham avait beaucoup de verve, de gaieté et de ce que les Anglais appellent Aawmour. Son esprit offrait quelque chose de l’originalité de Swift. Ila plusieurs fois attaqué les poétes et les arts d’imagination ; cependant il aimait a citer 4 l’occasion quelques vers de Virgile, et il rendait un culte d’admiration 4 Milton, dont l’ancienne habitation se trouvait enclose dans son jardin. Il est vrai, dit un de ses biographes , qu’un autre rapport que la poésie existait entre eux : Milton avait joué de ’orgue, et Bentham était aussi trés-habile sur cet instrument. Jamais vieillesse ne fut plus vénérable que celle de Bentham. On se rappelle encore le séjour qu’il fit a Paris en 1825 : il visita les tribunaux, et obtint partout les hommages dus a V’élévation de son caraetére et de son talent. Ses longs cheveux blancs flottaient sur ses épaules ; son regard était plein de bienveillance et d’expression; il rappelait la noble et simple attitude de Benjamin Franklin. Il! mourut a Londres, le 6 juin 1832, a l’age de quatre-vingt-cing ans, et son testament contenait une derniére preuve de son déyvouement a Phumanité, de son éloignement de tous les préjugés. On sait quels obstacles les meeurs et les lois opposent en Angleterre a l’étude de Panatomie et aux travaux des dissections. Bentham Iégua son corps a un collége de chirurgie pour ¢tre disséqué. Cette disposition a été exécutée : une lecon publique a été faite sur ses restes par le docteur Southwood-Smith , et cet incident si nouyeau ne sera peut-¢tre pas sans influence sur

les réformes que l’Angleterre a déja commencé a introduire dans cette partie de sa législation. | VIVIEN, de I"Institut.

BENTHAMIE, genre de plantes de la famille des cornées, composé d’arbrisseaux qui croissent naturellement dans le Nepaul et le Japon. Le type est une charmante es— péce cultivée dans nos serres, et dite Benthamie portefraise; haut de 3 ou 4 métres, toujours vert, i] développe pendant tout |’été de nombreux capitules de fleurs blanches; ses fruits agrégés sont d’un beau rouge et semblables a de grosses fraises; mais la saveur en est désagréable.

BENTHEIM, comté du bailliage d’Osnabruck , a l’extrémité occidentale de ancien royaume de Hanovre, présente une superficie de 19 myriametres carrés avec une population de prés de 30,000 Ames. Une partie de son territoire consiste en marais, prairies et tourbiéres; le reste est fertile en blé, plantes légumineuses, betteraves, lin et bois. La religion des habitants est la réformée. Bentheim, partagé autrefois en haut et en bas comté, constituait deux fiefs qui relevaient l'un de l’empire, Vautre de lévéque d’Utrecht.

La race des anciens comtes de Bentheim s’éteignit en l’an 1421, en la personne du comte Bernard Jer, I] eut pour héritier le seigneur Eberwyn de Guterswyck, qui, par son premnier mariage, acquit le comté de Steinfurt, et par un second mariage les domaines de la maison de Solms-Ottenstein. Son petit-fils Eberwyn IV, mort en 1562, acquit également par alliance le comté de Tecklenburg, et transmit ses diff'rentes possessions a son fils Arnold IV. Les fils de celui-ci fondérent les trois lignes de Tecklenburg, de Bentheim et de Steinfurt. Les deux premiéres subsistent seules aujourd’hui.

En 1817 le roi de Prusse éleva les comtes de Bentheim a la dignité de princes.

La maison de Bentheim-Tecklenburg a pour chef le prince Casimir, né le 4 mars 1795, qui succéda a son péreen 1837. Il est membre héréditaire de la Chambre des seigneurs de Prusse depuis 1847. fl n’a point d’enfants. — La maison de Bentheim-Bentheim a pour chef le prince Louis, né le fer aott 1812. Il est major-général de l’armée prussienne et membre de la Chambre des seigneurs. — Son oncle, le prince Guillaume, né en 1782, mort le 11 octobre 1839 en Italie, était entré au service de ]’Autriche, ov il avait acquis le grade de feld-maréchal lieutenant. Au moment de ga mort il commandait le 2° corps d’armée en Vénétie.

BENTINCK, famille originaire du Palatinat, mais transplantée d’abord dans les Pays-Bas, et ensuite en Angleterre.

La branche ainée fut fondée et établie en Angleterre par Jean-Guillaume de Bentinck , né en 1648, mort en 1709, troisitme fils de Hendrik Bentinck, de Diepenhdn dans !Over-Yssel, Ami d’enfance et confident du roi Guillaume IT], il fut créé par lui en 1689 baron anglais de Cirencester, vicomte de Woodstock et comte de Portland. —Son fils atné, Henry Bentinck , recut en 1716 le titre de duc de Portland et de marquis de Titchfield. En 1721 il fut nommé gouverneur de la Jamaique, oi il mourat, le 4 juillet 1726. — Son fils et héritier, William Bentinck, né le 1°" mars 1708, épousa Ja riche Marguerite Cavenvisu, fille unique du comte Harley d’Oxford, qui fonda & Balstrode un musée, dont faisait partie le célébre vase de Portland.

BENTINCK ( WituiAM-Henry CAVENDISH), fils ainé issu du mariage de William Bentinck avec Marguerite Cavendish, né le 14 avril 1738, succéda A son pére, mort le {** mai 1762. A l’époque de la guerre d’Amérique, il fil constamment partie de l’opposition dans la chambre haute. Aprés avo'r été nommé en 1783 premier lord de la trésoreriv, il lui faifut désla fin de la mémeannée céder la place au tinistére Pitt, pendant toute la durée duquel il continua a faire également de l'opposition, jusqu’en 1792, époque ob it corn menga 4 donher son appui a la lutte contre fi revelution, vt

Page 1