ARSENIC
tentes, dans les pilules de Barton et celles dites asiaciques, dans la pate caustique de Rousselot, dans la pommade d@Hellmund, dans le liniment de Swediaur, dans le cataplasme anti-cancéreux du méme auteur, etc. Ses usages dans les arts sont assez étendus : on l’emploie dans la fabrication du verre et dans les travaux docimastiques ; il est usité pour faciliter la fusion du platine; il entre dans la composition de quelques vernis.
On obtient acide arsénique en faisant bouillir Pacide arsénieux avec de l’acide nitrique , qui, dans cette réaction, se décompose en acide hyponitrique qui se dégage et en oxygéne qui s’ajoute a Pacide arsénieux. Aprés l’évaporation Pacide arsénique se présente sous la forme d’une masse blanche amorphe , qui, chauffée au rouge , dégage de l’oxygéne et reproduit Pacide arsénieux.
Les composés arsenicaux sont trés-nombreux; mais les préparations autres que acide arsénieux, telles que celles de sulfure d’arsenic , @arsénite et d’arséniate de potasse et de soude, sont trés-peu usitées de nos jours. Prescrites surtout contre les fitvres et le cancer, l’expérience a démontré que dans cette derniére maladie est plutdt a Pextérieur que les préparations arsenicales peuvent étre employées. Biett les a ordonnées avec avantage contre certaines maladies de la peau, telles que la Iépre vulgaire, le psoriasis , Yeczéma et limpetigo chronique.
L’arsenic peut s’allier 4 tous les autres métaux, quil rend eassants, voire méme les plus ductiles. Chauffés fortement a lair libre, ces alliages se décomposent. L’arsenic se volatilisead état acide arsénieux, et Pautre métal reste libre sil appartient a la derniére section, ou devient oxyde s'il appartient aux cinq premiéres. Les principaux alliages auxquels Yarsenic donne lieu sont les arséniures d’étain, de cobalt, de nickel, de zine et de fer. Ce nom d’arséniures ne s’applique qu’aux composés de V’arsenic et d’un métal. Les autres composés binaires les plus remarquables aprés les oxydes sont les sulfures jaune et rouge, connus sous les noms dorpiment et de réalgar. L’arsenic entre dans V’alliage qui sert & fabriquer les miroirs de télescope, dans Palliage dont on fait le plomb de chasse, etc.
D’aprés les régles de la nomenclature chimique, les acides arsénieux et arsénique étant combinés avec des bases donnent lieu 4 des arsénites et des arséniates. Les arséniles se décomposent par la chaleur avant de fondre : ces sels sont peu ou point solubles, excepté les arsénites de potasse et de soude, propriété qui leur est commune avec les arséniates des mémes bases. On ne les trouve pas dans la nature. Le seul en usage est celui de bioxyde de cuivre, connu en peinture sous le nom de vert de Scheele , et qui est obtenu en faisant rougir de la potasse et de l’acide arsénieux sur du sulfate de cuivre. Les arsénites de potasse et de soude précipitent le sulfate de cuivre en vert, tandis que les arséniates des mémes bases le précipitent en blanc bleudtre. Pour connaitre celui des acides de l’arsenic qui entre dans la composition d’un sel autre que ceux-ci, on doit donc commencer par le transformer en sel de potasse ou de soude, en opérant une double décomposition a aide d’un carbonate de l’une ou l’autre de ces bases.
Vhistorique de Vintoxication arsenicale ne commence qu’a Dioscoride, qui est le premier auteur qui ait parlé de Parsenic sous le point de vue toxique, et qui ait signalé, quoique d’une maniére incomplete, les symptémes de.son empolsonnement, contre lequel il indique Vemploi de l’huile chaude, dans le triple but d’envelopper le poison, de s’opposer 4 sa résorption et de le faire vomir, car ’huile chaude est émétique ; il prescrit aussi les contre-poisons ( ale.xipharmaca ), et surtout la thériaque dans du vin généreux. Depuis Dioscoride jusqu’aux seiziéme et dix-septiéme sitcles on ne trouve dans les auteurs que peu de chose sur I’arsenic : tous n’ont fait que copier Dioscoride, et ce n’est qu’a dater de cette époque qu’on rencontre pour la premiére fois des faits
chimiques relatifs & ?empoisonnement par Varsenic enregistrés avec détail, et des expériences faites sur les animaux et chez les hommes condamnés & mort. Ambroise Paré décrit les symptémes de cet empoisonnement avec une grande fidélité, et le rapproche de celui par le sublimé corrosif : il condamne formellement dans ce casla saignée, et prescrit, comme ses devanciers, usage des remédes cordiaux, et en particulier le vin de Malvoisie aprés le vomissement. Fabrice de Hilden nous a conservé quelques faits remarquables d’intoxication arsenicale. Au dix-huitiéme siécle et de nos jours les recherches et les observations sur cet empoisonnement se multipli¢rent beaucoup, grace aux progrés de la chimie et surtout aux travaux de Fodéré, Berzelius, Sprengel, Brodie, Orfila, Christison , Raspail et Rognetta.
Larsenic a été expérimenté sur des chiens, des chats, des lapins , le cheval, le loup, les rats, des velatiles, et méme sur P’éléphant. Les phénomeénes généraux de lintoxication arsenicale chez les animaux sont les mémes que chez l'homme. Chez ce dernier, le yomissement a toujours lieu dans cet empoisonnement; il peut se déclarer de quelques minutes a quelques heures aprés Pingestion de Parsenic : sa durée est indéterminée ; le plus souvent il s’arréte plusieurs heures avant la mort, quelquefois il se continue jusqu’aux derniers moments de la vie. La matiére vomie est écumeuse, parfois sanguinolente. Des garderobes analogues, des coliques, une soif ardente, accompagnent ou suivent les vomissements ; le malade tombe dans une prostration croissante; son visage devient pale; le pouls est filiforme ; il y a rétraction du ventre , sueurs froides, gémissements , syncopes répétées , paralysie des quatre membres quelquefois , anxiété, léger délire et assoupissement avant que la mort ne survienne : en somme, les caractéres les plus frappants et les plus importants de l’intoxicalion arsenicale sont les vomissements et les évanouissements. A Jlautopsie, on trouve des Iésions diverses , selon que l’arsenic a été introduit dans l’estomac ou par les autres voies d’absorption. Dans le premier cas, si le poison a été administré en solution, on ne trouve d’escarres nulle part; si l’arsenic a été introduit a l’état solide, la muqueuse gastrique offre des escarres, et le coeur est mou, plein de sang liquide et noir; le cerveau et ses membranes sont fortemment engoués de sang veineux et liquide.
Une particularité bien remarquable et qu’apprend l’observation, c’est que plus la dose est considérable , plus la mort arrive tardivement. On connait plusieurs cas ot huif ou douze grammes d’acide arsénieux n’ont pas tué aussi promptement qu’un gramme ou un demi-gramme, et on a expliqué ce fait par la cautérisation violente de lestomac , qui empéche la résorption jusqu’a un certain point.
Quelquefeis les symptémes affectent une sorte d’intermittence vers la fin; on présume que le malade va mieux, puis une syncope arrive oii il succombe. D’autres fois, une éruption pustuleuse survient a la peau. Si le malade ne succombe pas promptement, la paroi intérieure de ’abdomen se rétracte contre la colonne vertébrale , le pouls reste filiforme , la peau est couverte de sueur, les membres sont presque paralysés, et la vie s’éteint sans douleur au bout de quelque temps. Si Pempoisonnement ne doit poimt déterminer la mort, a tous les symptémes eflrayants qui ont déja été mentionnés succéde une réaction fébrile et quelquefois une gastrite.
Le traitement de l’empoisonnement arsenical se fait suivant trois méthodes différentes : 1° par des remédes neutralisants chimiques, en prescrivant , outre les vomitifs, le peroxyde hydraté sec de fer, qui en se combinant avec l’acide arsenieux dans l’estomac doit former un arsénite de fer, qui est lui-méme, dit-on, beaucoup moins dangereux que Yoxyde blanc d’arsenic; 2° par des évacuations sanguines et autres remédes antiphlogistiques; 3° par des stimulants; et s'il est vrai que lorsque les symptomes de |'empoisonnement
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se déclarent l’absorption est déja opérée, et qu’en conséquence les remédes neutralisants chimiques ne sauraient enrayer ces symptomes, ainsi que quelques médecins le prétendent, on comprend que la médication stimulante puisse combattre les symptémes généraux, qui d eux seuls suffisent pour produire la mort, et qu’on puisse amener une réaction salutaire par usage des alcooliques , de l’eau de cannelle , de opium , différemment combinés et administrés 4 hautes doses répétées. Dans cette méthode la premiére chose que Von doit faire est de favoriser le vomissement et l’expulsion de la portion non absorbée du poison a l’aide d’huile d’olive chaude ou de lait chaud. On recommande aussi de s’abstenir rigoureusement de boissons d’eau tiéde, qui favorisent, diton, la solution et Vabsorption du poison, et on proscrif Yadministration de ’émétique, qui ajoute a la force toxique de arsenic.
Tout ce qui a trait aux recherches médico-légales auxquelles peut donner lieu l’arsenic sera traité d’une maniére générale au mot EmpoisoNNemENT. On vYerra aussi plus tard comment la présence de l’arsenic dans les corps organiques peut étre constatée au moyen d’appareils, dont le plus célébre est celui de Marsh. | D* Alex, Duckerr.
ARSENIEUX, ARSENIQUE (Acides). Voyes Ar- SENIG.
ARSINOE (Mythologie ). Dans la langue des Hellénes, ce nom, composé des deux mots deat, élévation , et votc, esprit, dénote la magnanimité. La mythologie grecque compte plusieurs femmes de ce nom.
ARSINOE, fille de Leucippe et nice d’Apharée, roi de Messénie , fut, selon quelques auteurs, aimée d’Apollon et en eut Esculape, auquel on donne plus souvent pour mére Coronis, fille de Phiégias. Elle regut les honneurs divins 4 Lacédémone, ow elle avait un temple sur la place Hellénique.
ARSINOE, nommée aussi Alphésibée, était fille de Phégée, prétre et roi d’Arcadie, et femme dAleméon, qui, pour venger la mort de son pere Amphiaraiis , tua sa mére Eriphyle. Aleméon la répudia pour épouser Callirhoé , fille d’Ach¢loiis, fleuve suivant les uns, roi d’Epire selon les autres.
ARSINOE, fille de. Nicocréon, roi de Chypre, inspira une violente passion 4 un jeune Salaminien, nommé Acréophon, qui, se consumant d’amour et de mélancolie, ne put réussir a s’en faire aimer. Arsinoé contempla sans verser une larme les funérailles de son malheureux amant. Vénus, pour la punir de son insensibilité, la changea, dit la fable, en caillou.
ARSINOE est encore, dans la mythologie, le nom d’une Hyade et d'une tante d’Oreste.
ARSINOE, nom de plusieurs princesses de la dynastie grecque qui régna en Egypte.
ARSINOE, fille de Ptolémée et de Bérénice, fut mariée a Lysimaque, l’un des généraux d’Alexandre, et roi de Thrace. Elle avait deux fréres, Ptolémée Kéraunos et Ptolémée Philadelphe, roi d’fgypte. Lysimaque, étant parti pour une expédition en Asie, y avait a peine mis le pied qu’il périt les armes 4 la main sur le champ de bataille , laissant sans défense en Macédoine son épouse et deux fils en bas Age, Lysimaque et Philippe. Ptolémée Kéraunos en profita pour s’emparer de la Macédoine. Arsinoé, & son approche, s’était jetée avec ses enfants dans Cassandrée, place trés-forte. Kéraunos, désespérant de les y atteindre, usa de la ruse la plus exécrable aux yeux des dieux et des hommes : il feignit d’étre épris des charmes de cette malheureuse veuve, sa sceur, dont il sollicita la main par des envoyés; union incestueuse chez les Grecs, mais |égitime chez les Perses et les Egyptiens. Arsinoé la lui promit, quoique avec répugnance et aprés de grandes lenteurs.
Le barbare, A peine entré dans Cassandrée, ayant vu s’avancer vers lui sa sceur avec ses deux enfants, dont lVainé comptait seize ans et autre trois & peine , les fit massacrer
sous ses yeux dans les bras mémes de leur mére, qui les couvrait en vain de son corps. Le sacrilége quelques heures auparavant avait juré devant l’autel de Jupiter de protéger ses neveux! Quant a Arsinoé, elle fut envoyée en exil en Samothrace, d’ot Ptolémée Philadelphe quelque temps aprés la retira pour l’épouser.
Bien qu’elle fit déja agée et hors d’état d’étre mére , ce prince n’en brila pas moins pour cette swur, devenue son épouse, d’une passion aussi violente que durable. A peine reine d’Egypte , Arsinoé se montra devant ce peuple ami des fétes sous les attributs de Vénus, sans doute deminue, pleurant et se réjouissant a la célébration des obstques et de la résurrection d’Adonis. On prétend que ce fut la seconde année de son mariage que parut la fameuse version dela Bible faite par les Septante sous les yeux de Ptolémée lui-méme, vers l’an 277 avant J.-C. Ptolémée la perdit quelques années aprés. Inconsolable, il éleva 4 sa mémoire en Afrique et en Asie des villes qui portérent son nom (voyez les articles suivants ). I] fit placer son image adorée dans V’enceinte de son palais : c’était une statue précieuse faite d'une topaze haute de quatre coudées; sans compter un grand nombre d’obélisques érigés en son honneur, parmi lesquels un monolithe de cent vingt pieds d’élévation, dressé au-dessus du Delta. Un nome d’Egypte prit aussi le nom d’Arsinoé ; et si Philadelphe , qui survécut peu A objet de sa tendresse, n’était pas mort, ainsi que son célébre architecte Dinocrate, un temple se serait élevé dont la youte incrustée d’aimant aurait maintenu en lair une statue en fer doré représentant cette reine. Alexandrie lui consacra des autels ; déja déesse adorée sous le nom de Vénus Zéphyride, sur le promontoire Zéphyrie, elle y recevait l’encens des peuples dans un temple magnifique.
ARSINOE, fille de Lysimaque, roi de Thrace, fut la premiére femme de Ptolémée Philadelphe. — Jalouse de la prédilection de son époux pour une autre femme, elle résolut de faire mourir 4 la fois par le poison sa rivale et Vinfidéle. Elle corrompit a cet effet un certain Amyntas et Chrysippe, le médecin du roi. La conspiration fut découverte, et les coupables furent livrés aux derniers supplices ; mais, ému de pitié pour celle qui lui avait donné trois enfants, Ptolémée, Lysimaque et Bérénice, il ne fit que lexiler 4 Coptos dans la Thébaide. Obscure, abandonnée et oubliée, elle y finit ses jours rongée de remords, disent les uns; elle s’6chappa de son exil, selon les autres, et se maria avec Magas, roi de Cyréne, frére utérin de Philadelphe, qui mourut quelque temps aprés. Alors Arsinoé , sous prétexte de lui faire épouser Bérénice, sa fille, manda prés delle Démétrius Poliorcéte, et en fit son amant. Bientdt aprés, des conjurés guidés par sa propre fille Bérénice le percérent de coups presque dans ses bras. Voyes BERENICE.
ARSINOE, fille de Ptolémée Evergéte et de Bérénice, et scour et femme de Ptolémée Philopator, yoyant d’un ceil jaloux les préférences de son mari pour une rivale du nom d’Agathoclée, en venait souvent aux plus tendres et aux plus vifs reproches. Le barbare , qui ne pouvait se plaindre que d’étre trop aimé dune épouse ouvertement outragée, importuné de sa présence, persécuté par ses pleurs, finit par la livrer 4 un certain Philammon, son premier ministre, avec ordre de la faire mourir, au choix de ce bourreau , soit par le fer, soit par le poison; ce qui fut exécuté, Tel fut le sort affreux d'une chaste reine, d'une héroine méme; car, A cdté de son époux, A la bataille de Raphia elle avait presque décidé la victoire remportée sur Antiochus.
ARSINOE, scour de Cléopatre, la fameuse reine d’Egypte, recut de César l'ile de Chypre dans le partage que fit le vainqueur de cette contrée, La jalousie de voir sa scour assise sur le tréne des Pharaons, ou peut-étre un sentiment national, la poussa a secouer le joug du vainqueur, Aidée de Photin et d’Achillas, ses généraux, elle assembla un
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noyau assez considérable d’esclaves , de pirates , de fugitifs de Syrie et de Cilicie, et crut avec ce ramassis d’hommes sans aveu pouvoir tenir téte aux légions romaines. Défaite en une seule bataille , elle tomba suppliante aux genoux de César, qui la repoussa, et, peu généreux cette fois, la traina enchainée 4 son char jusqu’aux marches du Capitole, puis la relégua aux extrémités d'une province de l Asie, oi elle vécut pauvre et délaissée, mais non oubliée de Cléopatre , qui, on ne sait par quel affreux ressentiment, conjura avec larmes Antoine de la faire périr. Son lache amant enyoya aussitét des soldats, qui la poursuivirent jusque dans le temple d’Ephése, oi elle se réfugia, et Py égorgérent sur l’autel méme de Diane, qu'elle tenait embrassé. : DENNE-BARON.
ARSINOE (Géographie). Nom commun A plusieurs villes anciennes, ainsi appelées en Thonneur de quelques princesses d’Egypte. On dit qu’elles étaient au nombre de quatorze. On cite parmi les plus importantes : Arsinoé ou Cléopatris, aujourd’hui Suez, sur Visthme de ce nom, prés dela mer Rouge ; Arsinoé ou Crocodipolis, ville de | Heptanomide, prés du lac Meeris, au sud, dans une vallée ainsi appelée de ce qu’on y enterrait les crocodiles sacrés; Arsinoé ou Tenchira, dans la Cyrénaique, au nord-ouest, sur la eéte. — Trois villes de Pile de Chypre, dont une ( aujour- @hui Poli) est 8 30 kilométres nord de Paphos , ont aussi porté ce nom.
ARSOUF ou ARSUR. Voyez Assur.
ART. Le mot ar¢ dans sa signification premiére désigne le moyen d’action des organes mus par la volonté sur la nature extérieure : il a un rapport étymologique trés-étroit , dune part avec le verbe grec aigety, qui signifie prise, entreprise, commencement d’action; de l'autre avec le mot latin arfus, qui désigne les membres , instruments nécessaires de la volonté. Cette premiére et générale acception a passé sans altération dans notre langue; seulement elle implique une idée quelconque d’adresse et d’habileté : ainsi, quand nous disons les arts mécaniques, nous entendons la collection des procédés propres a l’action mécanique, et justifiés par lexpérience. Cette complexité introduite dans Vidée premiére conduit au sens figuré du mot art , que nous avons également emprunté 4 la langue latine; dans ce sens, art devient adresse, habileté, et par extension ruse, asfuce : sous ce rapport le mot art appartient aux sciences morales , comme sous !’autre il rentre dans le domaine des sciences exactes. Ces deux acceptions sont étrangéres a Vobjet de cet article.
Dans le sens le plus général, l’art différe de la science uniquement comme la théorie différe de la pratique; il est aussi inséparable de la science que la pratique l’est de la théorie. Mais avec le point de vue sous lequel nous avons entrepris de le considérer, l’art est une faculté complétement distincte de la science. C’est une abstraction difficile a saisir, et dont nous ne trouvons pas l’équivalent dans les langues anciennes, parce.qu’elle est étrangére aux développements simples de l’esprit humain. Ainsi les anciens , comme les modernes a une époque encore trés-rapprochée de nous, ne disaient Vart du peintre, Vart du sculpteur, que comme ils disaient l’ar¢ du menuisier, Vart du macon, et seulement sous le point de vue mécanique de la peinture et de la statuaire. Ils disaient Part du poéte, de Vorateur, dans une acception moins matérielle, plus positivement voisine de celle @habileté, mais toujours en vue d’une certaine combinaison, soit des sons, soit des mots , d’un arrangement matériel. De 1a est venue l’habitude de désigner spécialement par le mot d’aré, auquel on attachait dés lors une signification plus relevée , la faculté commune au poéte, au dessinateur, au musicien; de 1a l’usage établi de considéver isolément ceux des arts qui s’adressent & l’imagination ; on les appela arts libéraux ou beaux arts, par opposition aux arts exclusivement mécaniques. Les premiers
satisfaisaient des besoins qu’on pensait ne devoir appartenir qu’aux hommes libres et pourvus d’une haute culture intellectuelle; les seconds, conséquence des besoins vulgaires et matériels, devaient étre le propre des esclaves, c’est-idire des hommes qui ne connaissaient pas d’autres besoins que ceux de la re, et qui travaillaient a les satisfaire , non-seulement pour eux, mais encore pour les classes ingénues de la société. On sait combien cette distinction, ou se trouve le premier germe de l’idée qu’on attache aujourd’hui au mot art, a conservé l’empreinte de Vorganisation antique des sociétés.
Mais l’art tel que nous l’entendons aujourd’hui n’est plus seulement la production d’une ceuvre quelconque destinée a captiver imagination humaine ; ce n’est plus méme l’habileté qui consiste & bien remplir ce besoin de l’imagination : c’est le mobile méme, le ressort caché qui fait que Pimagination humaine est attachée , émue, satisfaite, par limitation des objets extérieurs. C’est ce principe qui chez les uns détermine limitation des objets extérieurs , et chez les autres fait accepter cette imitation comme une jouissance. L’art n’est donc plus la collection des procédés matériels que le peintre, le sculpteur, l’architecte, le musicien, le poéte , sont obligés d’employer pour arriver au résultat de limitation : ces procédés , et surtout les lois sur lesquelles ils sont basés, constituent la science et l’application de la science. L’art ne commence qu’au moment od l’emploi de ces procédés réalise imitation, crée Pceuvre, et la rend capable d’agir sur imagination. Il ne désigne plus le moyen d’action des organes sur la nature extérieure que quand ce moyen d’action a limitation pour base, et pour but le besoin @affecter agréablement l imagination.
Analyser complétement le principe de ce besoin, ce serait résoudre le probléme de notre organisation. Or, dans Vimpossibilité o& nous sommes de résoudre ce probléme, dans l’incertitude ou nous laissent les différents systemes de la psychologie, il nous suffit et il doit nous suffire de constater ce besoin comme un fait, et de remarquer quel rdle ce fait joue dans le développement individuel et social de l’'espéce humaine. Notre point de départ est, comme un axiome dans les sciences exactes, dépourvu de preuves, mais rigoureusement accepté par la conscience. Nous sommes d’autant plus autorisé 4 ne pas faire remonter plus haut notre examen, que dans les différents systémes de philosophie Is question du principe des arts a été évitée, ou rattachée & certaines idées de morale délicate, de contemplation di beau absolu, de recherche de l’idéal, sans lesquelles, comme on le verra plus bas, le plus grand nombre des arts peuvent exister et jusqu’é un certain point se développer chez un peuple.
Le principe déterminant de limitation , comme lorigine de la parole, a été rejeté par un grand nombre de savants dans la philosophie de histoire, comme si le commencement d’une chose, quelque faible qu’on le suppose, quelque progressif que soit son développement , pouvait se concevoir indépendamment d’un principe déterminant. La théorie de ’école de Fichte est la seule qui ait rendu jusqu’a un certain point raison du besoin et de la faculté d’imitation chez homme. Nous tacherons, 4 la fin de cet article, de donner une idée des travaux par lesquels les éléves de Fichte ont tenté dexpliquer lorigine de l’art. Mais quelque ingénieuses que soient ces vues, nous craindrions de les donner pour base a un exposé dans lequel notre prétention est de n’admettre que des faits palpables et en quelque sorte materiels.
Quoi qu’il en soit, et si nous remontons par l’ordre logique au berceau de tous les arts, c’est par l’ornement que la faculté dimitation se manifesta d’abord chez homme. On ne peut nier que le besoin d’orner ne soit co-exisf@mt aux besoins matériels de l’existence. Ce besoin est tellement intime et nécessaire , qu’il se cramponne & V’individu quand la société ne le satisfait pas. Chez nous, oi une portion de