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que Vidéal est une qualité plus nécessaire & chaque art différent, 4 proportion que V’imitation matérielle y est d’obligation moins absolue. La musique presque tout entiére , la poésie en tant que rhythme , l’éloquence en tant que périodes, vivent presque exclusivement de lidéal. L’architecture en participe aussi plus ou moins, selon qu'elle est plus ou moins émancipée des besoins matériels. Mais c’est une erreur compléte , et une erreur malheureusement trop répandue, de croire que la sculpture et la peinture puissent se perfectionner en abandonnant le terrain de limitation simple pour rechercher exclusivement un type idéal de chacun des objets qu’elles imitent : cette opinion , qui peufétre a chance de vérité sur le terrain philosophique , of l’on n’a point pour limite la portée des forces humaines , mais bien l’extension possible des idées , cette opinion doit étre surtout éloignée’ de la pratique , dans laquelle elle ne produit d’autres résultats que de laisser ignorer a Vartiste les ressources de la nature et la multiplicité infinie des accidents qu’elle développe. Ce dont chaque artiste en particulier doit se persuader avant tout, c’est que dans l’imperfection inhérente aux organes de lhomme le mieux doué, ce que cet homme prend pour invention n’est que souvenir, et qu’en tout cas , ce souvenir fit-il le plus riche et le plus exact possible, il ne peut suppléer a observation constante de Ja nature, puisque chaque objet dans la nature et chaque aspect du méme objet produisent des accidents entiérement nouveaux, et dont l'étude peut conduire a la découverte et a la reproduction d’une nouvelle beauté.
On comprend, a plus forte raison, pourquoi, réservé comme nous le sommes sur la question du beau et de l'idéal, nous laissons entitrement de cété l’examen de l’opinion émise par Platon relativement a V’identité absolue du bon et du beau , identité 4 laquelle répond l’expression grecque zo xa)6v : cette question, importante 4 étudier pour la psychologie et la morale, est 4 nos yeux enti¢rement distincte de la théorie de Yart. On ne pourrait lui supposer une connexion quelconque avec cette théorie que dans le cas ou l’on continuerait a considérer le sentiment du beau comme le principe absolu de !’art , et nous avons , je crois, suffisamment démontré que ce sentiment était d’origine complexe , ef qu’on pouvait en faire- abstraction dans un grand nombre‘de cas, sans que pour cela on pdt nier la présence de lart.
Peut-étre , au lieu de nous voir exprimer dans cet article notre opinion personnelle sur Vorigine et la théorie de art, aurait-on préféré trouver ici une exposition des doctrines philosophiques par lesquelles on a tenté a plusieurs reprises de résoudre cette question. Mais ce n’est qu’aprés nous étre convaincu de Vinutilité d’une pareille exposition que nous avons pris le parti de substituer notre propre maniére de voir a celle qu’on croit, sur parole, exister dans les ouvrages des philosophes esthéticiens. On aurait peine a croire en effet, sans s’en étre assuré par soi-méme, le peu de souci que la plupart de ces philosophes se sont donné pour déméler le principe déterminant de l’art. Tous , presque sans exception, ont admis l’existence de l’art comme un fait accidentel , dépendant, historique, sans s’apercevoir que l’absence de V’art serait pour ainsi dire une négation de Ja nature humaine. C’est ainsi que Lessing et Winckelmann, malgré tout leur génie, sont néanmoins inférieurs au pére André, l’auteur de I'£ssai sur le Beau, en ce que ce dernier cherche, tant dans les phénoménes naturels que dans les dispositions de lesprit humain, l’origine de l’art, tandis que les philosophes allemands ne reconnaissent dans l’art qu’une expérience léguée par la civilisation antique.
Il faut donc, malgré linvention du mot esthétique, que l’on doit & Baumgarten, malgré les nombreuses productions que Allemagne a yues paraitre sous le méme titre , malgré les chaires eréées dans le dix-huitidme sidtcle
au sein de toutes les universifés allemandes, malgré l’auforité de noms tels que ceux de Herder, de Jean-Paul, de Birger, etc., reconnaitre que la recherche de la vraie théorie de art est demeurée étrangére a l’Allemagne, et qu’au moins les Francais, tels que le pére André et méme Batteux, ont eu le mérite de croire qu'il pourrait exister un principe absolu de Vart. Burkel’a cru aussi; mais substituer le sentiment dela terreur a celui du beau, c’était restreindre le cercle encore plus que ses prédécesseurs et reléguer en dehors de ce cercle un nombre immense de phénoménes qui sont la conséquence immédiate de Vart. Ainsi donc, l’esthétique n’a été jusqu’a Fichte que la critique expérimentale, décorée seulement d’un nom plus relevé. Fichte, par Vomission absolue qu’il a faite de l'art dans son systéme, donna licu au développement de la seule théorie essentielle de l’art qui ait vu jusqu’a présent le jour. Tout le monde connait Ja séparation absolue que ce philosophe établit entre le monde réel et Je monde idéal , le moi et le non-moi. Plusieurs esthéticiens allemands, 4 la téte desquels il faut nommer les deux Schlegel, Solger, Tieck, Novalis, concurent la pensée d’expliquer l’art par le principe de Fichte. Ils attribuérent Vorigine de l'art a la tendance nécessaire qui entraine ’homme a anéantir le dualisme et a créer une réalité conforme a Vidéalité. Ce combat dans lequel homme se trouve ainsi engagé, et dont lanthropomorphisme est le résultat, suffit, selon les philosophes allemands, pour rendre compte de toutes les formes de Yart. C’est ce que Frédéric Schlegel appelle V’ironie, et ce que nous serions tenté de nommer la contre-création.
L’influence de l’école de Fichte a disparu devant la philosophie de ses successeurs; le dualisme a été abandonné, et la théorie de Vart fondée sur ce systéme a dd périr en méme temps. Adoptant au contraire une identité absolue du monde réel et du monde idéal, Jes novateurs n’ont reconnu dans Part que l’expression de cette identité. Aucun développement n’a été jusqu’a présent donné a cette idée sous le rapport de l'art. Mais on a d’autant plus droit d’en attendre que, dans la maniére de voir tant de Schelling que de Hegel, art, comme !a religion, la science , doivent étre considérés comme des résultats nécessaires de l’esprit humain, dont |’évolution est soumise a des lois immuables.
Ch. Lenormant, de l'Institut,
ART DRAMATIQUE. Voyez Dramatigue (Art).
ART MILITAIRE. Voyez Mitirarre (Art).
ART POETIQUE. Voyez Poériques.
ARTA ou NARDA, ville ouverte de l’Albanie (Turquie d’Europe), protégée par quelques ouvrages extérieurs, et située 4 peu de distance de la céte septentrionale du golfe auquel elle donne son nom, au pied d’une montagne nue, aride et entourée au nord, a l’ouest et en partie au sud par les sinuosités de la Narda, l’Aréthon des anciens, petit fleuve qui commence A étre navigable a partir de ce point, constitue de ce cété la limite actuelle du royaume de la Gréce et de la Turquie, et va se jeter plus loin au sud dans une baie qui forme le port de la ville. Un grand chateau fort, construit sur la montagne, domine la ville a l’est. Siége @un éyéché grec, Arta compte environ 7,000 habitants et mille maisons. Il y a un consul de France. C’était autrefois le centre d’une importante fabrication de tissus de coton renommés , de lainages et de cuirs, Il s’y fait encore un grand commerce de bétail, vin, tabac, coton, chanvre, tissus et cuirs, Tout prés sont des ruines @’anciennes murailles qu’on croit étre celles de ! Ambrakia des Grecs.
Le golfe du méme nom, ancien sinus Ambracius, sur la mer Jonienne, entre la Turquie d’Europe au nord et la Gréce au sud, a 40 kilométres de long sur 15 de large. Son entrée, resserrée entre la langue de terre sur laquelle est batie Prévésa, au nord, et le cap de la Punta, promontoire d’Actium des anciens, au sud, n'a pas 700 métres de largeur. La profondeur des eaux varie de 25 4 75 métres; mais
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sur la barre qui ferme lentrée du golfe, du cété de la mer, elle n’est que de 5 métres. C’est dans ce golfe qu’eut lieu la bataille d’Actium.,
ARTABAN, fils @’Hystaspe et frére de Darius 1°", s’opposa a l’expédition de ce prince contre les Scythes et a celle de Xerxés contre la Gréce. Aprés la mort de Darius, les deux fils du roi, Xerxés et Artabazane, s’en remirent a lui pour savoir qui des deux occuperait le tréne. Il se prononga en faveur du premier.
ARTABAN, Hyrcanien, capitaine des gardes de X erxés, assassina ce prince, et imputa ce crime au fils ainé du défunt, qu'il fit condamner comme parricide. Artaxerxés, frére de ce dernier, allait aussi devenir sa victime ; mais, ayant découvert le piége, il tua Artaban. Ce scélérat avait occupé quelques mois le tréne, l’an 472 avant J.-C.
ARTABAN I-IV, rois des Parthes. Voyes Parrugs.
ARTAUD (Nicotas-Louis), né & Paris, en 1794, aprés avoir fait de brillantes études 4 Sainte-Barbe, entra 4 ’Ecole Normale, dont il devint un des éléyes les plus distingués. 11 était sous la Restauration professeur de seconde au collége de Louis le Grand, et donnait en méme temps des articles au Courrier et a la Revue Encyclopédique. Mis en congé 4 cause de ses opinions libérales , il en fut dédommagé a la révyolution de 1830, aprés laquelle il devint successivemen t inspecteur de l'académie de Paris, chevalier de la Légion d’Honneur, inspecteur général des études et officier de la Légion d’Honneur. En 1840 il fut chargé par le gouvernement de faire un voyage en Algérie, pour examiner I’état de Vinstruction publique dans cette colonie,
On a de lui un Zssai littéraire sur le Génie poétique au dix-neuvieme siccle , extrait dun cours fait a PAthénée ; et une Traduction de Sophocle (Paris, 1827, 3 vol. in-18). Le traducteur, comme il le dit lui-méme dans un avis en téte du i®* volume, avait eu d’abord Vidée de revoir les anciennes traductions en rectifiant les principales fautes ; « Mais , ajoute-t-il, elles ont été trouvées si défectueuses, et pour lintelligence du texte, et pour le ton général qu’elles prétent aux personnages, qu’il n’a pas été possible d’en faire usage. Elles ont donc été entiérement refondues d’aprés les meilleures éditions allemandes, et d’aprés V’excellent texte de M. Boissonade. Le traducteur s’est attaché a reproduire Poriginal avec une fidélité scrupuleuse , afin de conserver, du moins autant que notre langue le comporte, la physionomie antique, trop souvent défigurée par Brumoy, Rochefort et autres. La division par actes, que rien n’indiquait dans les auteurs grecs, et que les auteurs modernes leur ont appliquée arbitrairement, a été supprimée. On a également retranché les dénominations courtisanesques de seigneur CEdipe, de princesse Electre, et de madame Jocaste , ainsi que le vous de cérémonie, pour y substituer le tutoiement , grossier peut-étre aux yeux des marquis de Louis XIV, mais qui ne choquait point les héros de Thébes et d’Argos. »
Voila de belles promesses; mais on peut dire qu’elles ont toutes été remplies. Sophocle n’est plus a traduire. Outre les notes indispensables pour lintelligence des moeurs grecques et des usages particuliers au théatre d’Athenes, Pauteur a cité les imitations les plus remarquables de Rotrou, Corneille, Voltaire , La Harpe, etc. Il a eu pour coopérateur dans cette ceuvre de savoir et de patience un helléniste distingué, M. Théodore Destainville, professeur au lycée Louis le Grand, qui l’a encore aidé dans sa traduction des Comédies d Aristophane (Paris, 1830, 6 vol. in-18), travail qui présente le méme mérite d’exactitude scrupuleuse, et par conséquent de couleur locale, qui manquait aux précédentes versions de ce comique. On doit encore 4 M. Artaud une traduction des Commentaires de César, pour la collection Panckoucke (3 vol. in-8”).
ll a donné des articles de philosophie et de littérature dans la Revue Encyclopédique et dans le Lycée; il est Yun des collaborateurs du Dictionnaire dela Conversation, Savant
helléniste , écrivain distingué, connaisseur dans les arta comme en littérature, il se distinguait par une modestie assez rare chez les hommes de sa génération. Ch. Du Rozoim. M. Artaud a réimprimé plusieurs fois ses traductions de Sophocle et d’Aristophane. Il a en outre traduit Euripide, En 1850 il fit paraitre une Lettre dun bourgeois de Paris au président dela république, touchant le projet de loi sur instruction publique qui avail été présenté a l Assemblée nationale par M. de Falloux. Laméme année il repritson litre @inspecteur général de Pinstruction publique, que lui avait fait quitter son opposition aux idées dominantes, En 1852 il devint inspecteur général honoraire, puis inspecteur général des bibliothéques. En 1854 il fut nommé inspecteur général de l’enseignement primaire, puis inspecteur général de Venseignement secondaire dans l’ordre des lettres. En 1856 il fit encore un rapport sur les écoles de l’Algérie qwil venait @inspecter. Membre du conseil de linstruction publique en 1857, il fut appele & remplacer M. Cayx, qui venaitde mourir, comme vice-recteur de !’académie de Paris, le 30 octobre 1858. Le 11 aodt suivant il fut nommé commandeur de la Légion d’Honneur. II est mort le 9 novembre 1861. Il faisait partie du conseil municipal de Paris. Z
ARTAUD DE MONTOR (Acexis- Francois, cheva-
. lier), pé a Paris en 1772, 6migra en 1791, fut chargé
par les fréres de Louis XVI de missions auprés du saintsiége, et entra en Champagne avec l’armée du prince de Condé. De retour de l’émigration en 1802, il réussit a se
/ faire nommer secrétaire de la légation francaise envoyée
pres du pape par le premier consul, laquelle avait Cacault pour chef. Artaud arriva ason poste année méme oti Pie VIL venait d’étre élu. Ilse trouvait sur les bords du Tibre quand furent entamées les négociations pour le concordat, et il y resta jusqu’a ce que l’empereur eit remplacé Cacault par le cardinal Fesch. L’absence d’Artaud ne fut pas longue. Il se trouvait de retour a Rome quand se noua la négociation qui avait pour but de déterminer le pape a venir sacrer Napoléon. En 1805 le chevalier Artaud fut envoyé comme chargé @affaires & Florence; mais soupconné d’ayoir donné d’officieux conseils ala reine d’Etrurie, menacée d’expulsion, on le rappela en France a la fin de 1807. On reconnut bient6t qu’on avait été mal informé, mais onne !’en laissa pas moins sans mission. Enfin, il fat nommé censeur impérial, fonctions qwil conserva jusque dans les premiers temps de la Restauration. Plus tard, le gouvernement royal l’envoya comme secrétaire de légation, d’abord a Vienne, et de nouveau & Rome, ouil fut premier secrétaire. En 1830, apres vingt-neuf ans de services, ilrentra dans la vie privée pour se livrer tout entier a la culture des lettres. Le 17 décembre de la méme année il fut admis comme membre libre a Académie des Inscriptions, en remplacement du marquis de Villedeuil. Mort le 12 novembre 1849, il a laissé, entre autres ouyrages, des Considérations sur Vétat de la peinture en Italie dans les quatre siécles qui ont précédé celui de Raphael, une traduction du Dante; une Histoire de U Italie, faisant partie de l Univers pittoresque ; Machiavel, son génie et ses erreurs ; une Histoire de l Assassinat de Gustave IIT, roi de Suede; un Voyage dans les Catacombes de Rome; des études sur Aristote ; une Histoire de la Vie et des Travaux politiques de M. le comte de Hauterive, contenant une grande partie des actes de la diplomatie francaise depuis 1784 jusqu’en 1830; une Histoire des Souverains. Pontifes romains en 8 volumes; enfin des Mémoires qui n’ont pas encore ¢té imprimés; mais son Histoire du Pape Pie VII, qui a eu onze éditions, et a laquelle Académie Frangaise a décerné en 1838 un des prix Montyon, est incontestablement son plus beau titre liitéraire.
ARTAXERXES, rois de Perse.
ARTAXERXES I", troisiéme fils de Xerxés Ie", ful éleve sur le tréne de Perse par Artaban, le meurtrier de son pére. Les historiens contemporains Je représentent comme l'un
des plus beaux hommes de son siécle, et comme un prince de meeurs douces et polies. Doué d’un caractére noble et généreux, les Grecs lui avaient donné le surnom de Macro-Cheir (Longue-Main), ou a cause de la longueur démesurée de ses bras, ou de ce quwilen avait un plus long quel’autre, ou enfin de la grandeur peu commune de ses mains, Aprés avoir envoyé au supplice Artaban, qui avait conspiré pour s’emparer du tréne, il fut encore obligé de chatier les parfisans de cet ambitieux, ef jusqu’a son propre frére Hy staspe, en faveur duquel s’élait soulevée la Bactriane tout entiére. Devenu seul et paisible maitre de tout empire des Perses , il s’occupa activement du redressement des abus, fonda une foule @institutions utiles , et par 1a s’acquit l’attachement de ses peuples.
L’Egypte s’étant révoltée, il envoya son frére Achceménide, a Ja téte de trois cent mille hommes, pour faire rentrer cette province dans le devoir; mais cette expédition échoua, par suite des secours de toutes espéces fournis aux Egyptiens par les Athéniens. I] lui fallut donc recommencer une nouvelle campagne avec une armée tout aussi forte, et, plus heureux cette fois, il réussit 4 faire enfin rentrer l’Egypte sous le devoir. Les Athéniens alors n’en continuérent pas moins Ja guerre pour leur propre compte, et Cimon, leur général, aprés avoir battu la flotte des Perses , défit en Cilicie leur armée, forte de trois cent mille hommes. Ces revers contraignirent Artaxerxés 4 conclure une paix désavanfageuse, qui eut pour base la reconnaissance de l’indépendance de l’'fonie, et qui apporta une foule d’entraves a la navigation de la marine perse.
Peu de temps aprés, Mégabyzus, lun de ses principaux zénéraux, et gouverneur de Ja Syrie, se révolta contre lui. A deux reprises, Artaxerxés fit marcher contre le rebelle dimmenses armées ; toujours elles furent battues et contraintes a prendre la fuite. Cependant Mégabyzus , touché a la fin de la maynanimité de son souverain, vint spontanément lui faire sa soumission et implorer son pardon.
Pendant la guerre du Péloponnése, qui mit toute la Gréce en feu, Artaxerxés refusa de prendre parti pour aucune des puissances belligérantes , bien qu’Athénes et Sparte lui envoyassent a l’envi des ambassadeurs chargés de sollicifer son amitié. Il semblait cependant a la veille de se déclarer en faveur de l'une ou de V’autre de ces républiques, quand la mort le surprit. Il avail régné quarante-sept ans (an 471 a 424 avant J.-C. ). Ce prince se montra favorable aux Juifs. On croit qu’il est l’Ahasverus de l’Kcriture.
ARTAXERXES JI, surnommé Mnémon, a cause de Vétendue extraordinaire de sa mémoire, était le fils ainé de Darius Nothus. Comme il se disposait 4 se faire couronner a Pasagarde, il recut la nouvelle que son frére puiné, Cyrus, venait de se révolter contre lui. Il le fit prisonnier, et allait ’envoyer au supplice, quand leur mére intervint pour deinander Ja vie et la liberté du coupable, et, touché de ses supplications, Arfaxerxés non-seulement lui accorda l'un et l'autre, mais encore rétablit Cyrus dans ses fonctions de gouverneur de Asie Mineure.
La généreuse mansuétude d’Artaxerxes n’inspira pas a ce frére la moindre reconnaissance; tout au contraire, & peine arrivé dans son gouvernement, Cyrus conspira de nouveau, fit alliance avec les Lacédémoniens, mit en campagne une armée de cent mille Asiatiques et de treize mille Grecs, commandée par le Lacédémonien Cléarque, et réunit une flotte de trente-cing vaisseaux. La rencontre eut lieu a Cunaxa, et Cyrus y perdit la vie. Les Grecs battirent alors en retraite sous le commandement de Cléarque; mais celui-ci ayant été tué, d'une voix unanime ils mirent Xénophon & leur téte. Voyes Dix minte ( Retraite des ).
La mére d’Artaxerxés fut tellement affligée de la fin malheureuse de Cyrus, que les plus horribles cruautés lui parurent seules propres a apaiser sa douleur, et qu'elle fit tuer fous ceux qui se yantérent d’avoir contribué ala mort de ce
ARTAXERXES
fils chéri. Statira elle-méme, l’épouse d’Artaxerxés, fut empoisonnée pour lui avoir un jour reproché d’avoir été la cause de la rébellion de Cyrus. Artaxerxés punitce crime en bannissant pour quelque temps sa mére a Babylone. Peude temps aprés ces événements, une guerre éclata entre les Perses et les Lacédéinoniens, par suite des vexations que le nouveau gouverneur de |’Asie Mineure faisait endurer aux villes grecques, L’armée des Lacédémoniens était commandée par Dercyllidas, qui ne tarda pas a faire d’alarmants progrés dans |’Asie Mineure. Artaxerxés, deson cété, songea a opposer a cette invasion les moyens de défense les plus vigoureux, et équipa une flotte dont il confia le commandement au proscrit Conon. Sparte enyoya alors en Asie Mineure une nouvelle armée, placée sous les ordres de son roi Agésilas, qui aprés de brillants succés fut rappelé a Sparte par les éphores au moment ou il se disposait a pénétrer au coeur de la Perse. La flotte perse aux ordres de Conon fut plus heureuse que l’armée de terre. La flotte lacédémonienne, commandée par Pisandre , fut complétement battue prés de Cnide dans
lAsie Mineure, et Pisandre perdit la vie au milieu dela mélée. —
Cette victoire servit de signal aux autres Etats grees pour se déclarer contre Lacédémone , dont la fortune commenga dés lors & décliner. Accablée par le nombre, Sparte chargea
Antalcidas d’aller s’aboucher avec Tiribaze, gouverneur de —
Sardes, et cette négociation amena la conclusion de la célébre paix dite d’Anéalcidas. Par haine des Athéniens , les Spartiates calomniérent dans esprit de Tiribaze le valeureux Conon, qui fut arrété et envoyé a Suse, ow il périt, diton, du dernier supplice,
Artaxerxes dirigea ensuite ses armées contre Evagoras , roi de Pile de Chypre. Ce prince se défendit avec opiniatreté; et s’il succomba dans une lutte évidemment trop inégale, il n’en conserva pas moins la possession de la ville de Salamine et le titre de roi. A cette guerre en succéda une autre, contre les Cadusiens, peuples montagnards, habitant entre la mer Noire et la mer Caspienne; leurs discordes intestines, autant que l'emploi heureux de la ruse, aidérent Tiribaze & soumettre leur prince et a le forcer de se reconnaitre tributaire d’Artaxerxés. Celui-ci tourna alors ses armes contre l’Egypte, qui depuis longtemps s’était déclarée indépendante de la Perse, et ott régnait Achoris. Ce roi pria les Athéniens de Jui préter leur célébre général Iphicrate , pour commander dans son armée un corps de troupes mercenaires, et, aprés de longs préparatifs de part et dautre, la guerre éclata. Nectanébis avait succédé sur le troéne d’Egypte & Achoris , et avait pris toutes les mesures propres a assurer une vigoureuse résistance. La guerre sé termina d’une maniére défavorable 4 la Perse, grace a l'impérilie de Pharnabaze , son général, qui essaya de rejeter
sur Iphicrate la responsabilité de sa défaite. Celui-ci, se—
rappelant le sort qu’avait éprouvé Conon, au lieu d’aller en Perse, s’en retourna & Athénes,
Douze ans plus tard, Artaxerxés fit une nouvelle tentative contre Egypte, ou régnait alors Tachos. Ce prince obtint des secours de Sparte; mais , ayant méprisé les sages conseils d’Agésilas, il ful déposé par ses propres sujets, et contraint de se réfugier en Perse méme. Cette fois encore Artaxerxés échoua dans les plans qu’il ayait formés pour asservir Egypte.
Vers la fin de sa vie, il fit mettre & mort Darius, son fils ainé, déja désigné pour son successeur, comme coupable @avyoir trempé dans une conspiration tramée contre lui, Pour Jui succéder sur le trone, Ochus, son troisidme fils, fit assassiner ses deux fréres ainés, Ariaspe et Arsame; et ce crime causa une si poignante douleur a Artaxerxes , alors Agé de quatre-vingt-quatorze ans, qu'il en mourut (an 362 av. J.-C.). Il avait régné trente-six ans.
ARTAXERXES IL, qui mest autre que l'Ochus ci-dessus, assassin de ses deux [réres, prit ce nouveau nom en montant sur le tréne aussitét la mort de son pére, et fit mourir les
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quatre-vingts enfants naturels que celui-ci avait eus de ses concubines. La suite ne répondit que trop a ces commencements : Egypte était alors en pleine révolle; Mnémon, son prédécesseur, avait vainement essayé de la soumettre. Ochus continua longtemps a y faire la guerre par ses généraux; mais, ayant appris que les Egyptiens faisaient des railleries sur sa personne, et yoyant que la Phénicie et Vile de Chypre s’étaient révoltées , il sortit de son inertie, et se mit a la téte de ses armées. Il alla d@’abord attaquer la Phénicie, ou il aurait obtenu peu de succes sans la trahison de Mentor, de Rhodes, qui commandait les troupes grecques a la solde du roi de Sidon, et qui, de concert avec le roi luiméme, livra les principaux de la ville 4 Ochus, qui les fit massacrer ; les habitants aimérent mieux alors périr dans les flammes que de se rendre. Les autres yilles se soumirent sans combat.
Tl entra dés lors sans obstacle dans ’¥gypte, qu’il eut bient6t réduite grace aux talents de ’eunuque Bagoas, son général. Une fois maitre du pays, il s’y livra 4 toutes espéces de cruautés , détruisit les temples , envoya le beeuf Apis a Pabattoir, et se le fit servir 4 diner. Cette derniére action excita indignation de Bagoas, qui, né en Egypte, était fort attaché a sa religion. Il dissimula d’abord son ressentiment; mais de retour en Perse, il fit empoisonner Ochus, donna son corps 4 manger aux chats, et fit faire avec ses os des poignées de sabres. Il placa ensuite sur le tréne Arsés, le plus jeune de ses fils, aprés avoir fait mettre 4 mort tous les autres. .
ARTAXERXES, ou ARDECHYR BABEGAN, fondateur du deuxiéme empire des Perses et de la dynastie des Sassanides, était fils de Babek, intendant général des pyrées, et petit-fils d’un nommé Sassan. Quoique descendant Wun fils d’Artaxerxés Longze-Main, déshérité en faveur de la reine Homiai, il avait mené une vie trés-misérable, comme berger de Babek et comme simple soldat dans les troupes @Artaban IV, si l’on en croit les écrivains crientaux. Un ange lui apparut enfin, lui annoncant que Dieu lui donnait la souveraineté de la terre; et dés lors, secondé d’un certain nombre de mécontents , il s’empara de l’Irac, de Aderbaidjan , se mesura avec le souverain légitime, remporta sur lui deux victoires éclatantes , l’an 223 de J.-C., et, se parant des insignes de la royauté, il le mit lui-méme en déroute, et le tua en 226. Maitre de la Médie, de la Perse, de la Parthiéne , il enyahit ’empire romain; mais il fut battu par Alexandre Sévére. I allait recommencer la guerre, quand il mourut, en 238. Voyez Perse.
il est auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels on cite un Kdr-Naméh, ou commentaire de sa vie et de ses actions, et un Traité de Morale. ll prétendait qu’un lion furieux était moins 4 craindre qwun monarque injuste.
ARTEDI (Pierre), né en Suede, dans la province d’Angermanniand , en 1705, célébre comme médecin et comme naturaliste , fut lami de Linné, qui a écrit sa vie, placée en téte @un Traité d’ Ichthyologie, ouyrage posthume d’Artedi, et dont il voulut étre léditeur. Les deux amis se prétaient mutuellement le secours de leurs connaissances respectives : Linné s’occupait de botanique, et Artedi de zoologie et deminéralogie. Il mourut misérablement a Amsterdam, le 25 septembre 1735. Il venait de souper chez un ami, et s’en retournait chez lui; mais l’obscurité était si grande qu’il tomba dans un canal, et s’y noya. Ainsi mourut le plus grand des ichthyologistes : ce sont les termes dont se sert Linné en racontant cette déplorable fin. Voici les titres des ouvrages d’Artedi : 1° Bibliotheca Ichthyologita; 2° Philosophia Ichthyologica, Leyde, 1738, in-8°. Sous le nom d’Arfedia, Linné a dédié 4 son ami un genre de la famille des ombelliféres, constitué par une seule espéce, qui croit en Syrie,
ARTEMIDORE, nom commun a plusieurs personnages de l’antiquité grecque et romaine. Les principaux sont :
ARTE.MIDORE le géographe, natif d’Ephése, qui vivait environ 104 ans ayant J.-C, et composa un Périple, ou description de la terre, en onze livres, ouvrage fort estimé des anciens, et dont Pline, Athénée et Strabon parlent souvent. On en trouve des fragments dans les Géographes secondaires de la Gréce, publiés par Hudson, Oxford, 1698.
ARTEMIDORE surnommé le Daldien, parce que sa mére était de Daldis, ville de la Lydie, naquit 4 Ephése, dans le deuxiéme siécle aprés J.-C. Cet écrivain s’occupa beaucoup de l’explication des songes. Nous ayons de lui un ouvrage sur ce sujet, intitulé Onéirocriticon. La derniére édition est celle de Rei (Leipzig, 1805). Ce livre a été traduit en francais par Ch. Fontaine, 1664. Artémidore avait parcouru la Gréce, l’Italie et les iles de la mer Lonienne.
ARTEMISE, nom grec de la Diane des Latins.
ARTEMISE, reine d’Halicarnasse et de quelques iles voisines, accompagna X er x és dans son invasion de la Gréce, avec cing vaisseaux bien armés et bien équipés, et prouva que, simple femme, elle surpassait en courage et en habileté tous les généraux perses ; ce.qui fit dire que dans cette affaire les hommes s’étaient conduits comme des femmes et les femmes comme des hommes. Quand on délibéra a bord de la flotte perse sion livrerait ou non la bataille de Salamine, Artémiseassista ace eonseil de guerre, ol'tousles chefs, pour flatter Xerxés, qui était de cet avis, émirent Vopinion qu’il fallait livrer bataille ; seule ja reine d’Halicarnasse émit un avis contraire, et elle prouva alors, par des raisonnements aussi évidents que sensés, combien il serait dangereux, dans les circonstances ou se trouvait larmée d’expédition , d’engager une affaire. Xerxes se rendit jusqu’a un certain point a la justesse de ses observations ; car, tout en faisant avancer la flotte vers Salamine, il enyoya ses troupes de terre vers le détroit de Corinthe, a Veffet de menacer le Péloponnese.
Leffet de cette manceuvyre réalisa toutes les prévisions d’Artémise, car aussitét la plus grande partie de V’armée des Grecs abandonna leur flotte pour voler au secours du Péloponnése ; mais une ruse de Thémistocleamena alors |’engagement qui devait avoir des résultats si malheureux pour les Perses. Pendant la bataille , Artémise se vit un instant entourée par ’ennemi, ef sur le point d’étre faite prisonniére ; dans cet instant si critique, son énergie et sa résolution la sauyérent. Elle coula bas un des yaisseaux de la flotte de Xerxés, pour que les Grecs simaginassent que le batiment qu’elle montait faisait partie des leurs, et qu’ils la laissassent s’éloigner sans obstacle.
Le roi lui confia ses enfants, et la chargea de les conduire A Ephése. Dans la suite elle conquit Patmos. Une statue lui fut élevée & Lacédémone. Un auteur obscur de Vantiquité, Ptolémée Ephestin , raconte au sujet de la mort de cette princesse que, désespérée d’avoir fait crever les yeux , pendant son sommeil, a un jeune homme qui avait méprisé son amour, elle se précipita dans la mer du haut du promontoire de Vile de Leucade. Peut-étre ce trait appartientil a quelque antre femme duméme nom.
ARTEMISE, fille @Hécatomus, sceur et épouse de Mausole, roi de Carie.
Mausole ayant introduit dans ile de Rhodes le gouvernement aristocratique, les Rhodiens le renyersérent. A sa mort, arrivéel’an 355 avant J.-C., Artémise, qui lui succéda, eut a soutenir une guerre contre ces insulaires, quine parlaient de rien moins que de la détréner. Voici comment elle déjoua leurs projets et se tira de la périlleuse position ot elle se trouvait. Quand V’armée des Rhodiens s’approcha de sa capitale, elle en garnit les murailles d’habitants, qui eurent ordre de donner A l’arrivée de ’ennemi tous les signes de la joie la plus vive et de le laisser pénétrer sans obstacle dans la ville. Pendant ce temps-li elle partait a Ja téte Wune flotte qu’elle avait tenue cachée dans une baie voisine, et capturait Jes bAtiments des Rhodiens , demeurés presque