‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 62 sur 488 · ARTISTE — ARTOIS · texte numérisé non relu

ARTISTE — ARTOIS

orgueil artiste, tandis que M. Ingres se qualifie peintre. L’ouvrier qui modéle pour des pendules un Temps aiguisant sa faux s’intitule artiste, tandis que David d’Angers se disaitsculpteur ou statuaire. Le magon qui enjolive d'une facade & deux lions une bicoque dans la plaine Saint-Denis est un artiste; Brongniart, 4 qui nous devons la Bourse, Stait un architecte- Tout croque-notes est de droit artiste : vaganini était le premier violon du monde, Brod le premier hautbois, Tulou la premiere flite. Les acteurs prétendent aussi au titre d’artistes dramatiques. Soit! l’art dramatique doit étre un art libéral, et Académie définit artiste « celui qui travaille dans un art ou le génie et la main doivent concourir, qui cultive les arts libéraux ». Les vétérinaires , reniant la science , se sont aussi appelés artistes vétérinaires.

Dans le Dictionnaire de Boiste on trouve au mot Artiste : « qui culfive les arts libéraux, peintre, sculpteur, architecte, danseur, Chimiste, etc., etc. » Mauvaise habitude du vieux langage. Aujourd’hui nos chimistes en renom jetteraient au fond de leur cornue, comme sujet précieux d’analyse, le béotien qui s’aviserait de les appeler artistes au lieu de savants. En résumé, la pratique des professions dites arts libéraux, ou l'on suppose que le génie a tout autant de part que le travail des mains, constitue, dans notre état social, le véritable artiste, a l’exclusion des arts appelés mécaniques. Observons cependant que chaque jour ce titre tend davantage & se concentrer sur les seules personnes cultivant les arts du dessin : peinture, sculpture, architecture, gravure. Les doigtés d’instrument et les ronds de jambes sont doucement éconduits : il y a conspiration pour les reléguer dans la classe mécanique.

Moins les moyens d’exécution sont dispendieux, plus ily a pour l’artiste de chances dun avenir heureux, et plus il est assuré de conserver l’indépendance de son caractére. Paganini, qui pour opérer ses prodiges n’avait besoin que de son violon, était un type de fierté sauvage. Une des premiéres cantatrices italiennes, qui w’avait besoin que de son gosier, se trouvant 2 Madrid vers 1830, a pu, sans compromettre son avenir, refuser opiniaétrément de chanter devant Pabsolu Ferdinand. Mais le grand peiutre , qui pour développer ses idées a besoin d’une vaste toile, de modéles codteux, de riches armes, d’¢toffes, d’ornements a copier, etc.; le statuaire, 4 qui il faut des blocs de marbre et des ouvriers, nécessité leur est d’aller frapper 4 la porte des puissants du jour, de se mettre en quéte de protecteurs. Qui achéte des tableaux d’une certaine dimension, traitant des sujets d’un genre élevé? qui achéte des statues? Quelques rares possesseurs de fortunes colossales ; lEtat, représenté par un ministre plus ou moins circonvenu par quelque coterie ; et les listes civiles étrangéres, ou de rares budgets municipaux. Et lorsque aprés une année et plus de travail un peintre ou un statuaire, 4 force de démarches, parvient a ramasser les quatre ou cing mille francs que la cupidité d’un connaisseur qui spécule pour l'avenir, ou la pitié fastueuse d’un prince ou d’un parvenu, lui jette pour son ceuvre, que croyez-vous qu'il lui reste, ses frais matériels acquittés? Tout ceci n’est encore rien auprés des tribulations qui attendent!’architecte. Que d’intrigues il lui faut ourdir avant de mettre le moindre de ses plans en lumiére! A peine son monument sort-il de terre, un caprice vient imposer des modifications qui le rendent ridicule, ou un rival est appelé pour le réformer complétement et le terminer. Pauvres artistes, votre art réclame une libre allure, une pensée généreuse, et les moyens d’exécution vous condamnent & mendier une protection. Un temps viendra peut-étre ot cette protection s’exercera noblement au nom et & la face de la nation entidre, par Pentremise de juges éclairés, et non d’apres les caprices obscurs d’un commis,

« Combien comptez-vous de peintres en France? demandait Napoléon 4 David. — Environ six mille. — Six mille,

pour qu’il en sorte un David! » Cette proportion est A peu prés la méme dans tous les arts, Les péres peuvent tirer de cette réponse la conséquence des dangers auxquels ils exposent leurs fils en les jetant inconsidérément dans une de ces prcefessions. Combien de chances ayant que le talent parvienne a se former! etle talent formé, combien de chances encore avant de parvenir au succés! C’est un assaut ou six mille hommes servent 4 combler les fossés et font marchepied pour celui que le hasard, autant que son courage et son adresse, réserve a planter le drapeau sur la bréche.

L’Italie et l’Allemagne sont les deux nations ow se rencontre le plus grand nombre d’artistes. Cela tient A ce qu’elles pose sédent un plus grand nombre de foyer’s out ’aptitude aux arts peut se développer. Vienne, Berlin, Dresde, Francfort, Stuttgard, Munich, etc., chaque petite cour princiére de la Confédération Germaniqueréclament autant de collections d’artistes, et par conséquent les produisent et les nourrissent. Il en était de méme en Italie avec ses princes séparés. Paris est un tyran accapareur, qui ne permet a aucune autre ville de nos départements de nourrir en aucun genre des talents de quelque portée. Une fois toutes les places eccupées A la capitale, force est aux talents qui naissent en province d’attendre pour se produire et de s’éteindre. C’est encore pis & Londres, ou. Ja bonne compagnie, riche et d’humeur éminemment cosmopolite, cherche surtout la variété dans les jouissances, emplit ses salons de tableaux recueillis dans tous les musées de l’Europe, ses pares de statues et de basreliefs enlevés sur tous les points du globe, ets’assartit chaque saison a prix d’or de chanterelles et de gosiers. exotiques,

Saint-GERMAIN-Lepuc.

ARTISTES ( Associations des ). Sous ce titre, M. Taylor a fondé Paris trois sociétés de secours mutuels, ’une pour les artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs ;|’autre pour les musiciens; la troisiéme pour les artistes dramatiques, Elles ont chacune pour but de créer une Caisse de secours et de pensions en faveur de leurs membres respectifs, lesquels payent une cotisation mensuelle. Les deux premiéres admettent les artistes étrangers. Le fonds social s’accroit en outre de dons yolontaires , et des produits de loteries, d’expositions d’objets dart, de bals et de représentations a bénéfices. Un comité élu aux assemblées générales préside a administration de chaque association. z

ARTOIS ( Artesia, Atrebatensis comitatus ), ancienne province de France, avec titre de comté , bornée au nord par la Flandre wallonne et la Flandre frangaise, au sud par le Vermandois et les pays de Santerre, d’Amiénois et de Ponthieu; 4l’est par le Hainaut et le Cambrésis ; 4 l’ouest par le Ponthieu, le Boulonnais et le Calaisis. C’est un pays fort plat, qui va toujours s’abaissant du cdété de la Flandre; et c’est A raison de cette pente qu’on a donné aux Etats contigus le nom de Pays-Bas. —Cette province fait aujour@hui partie du département du Pas-de-Calais. Sa capitale était Arras.

Lorsque Jules César fit la conquéte des Gaules , l’Artois était habité par les A¢rebates et par une partie des Morini. Sous Honorius cette province faisait partie de la seconde Belgique. De la domination des Romains elle passa sous celle des Frances, a partir de Clodion, qui en fit la conquéte. Rien n’annonce que Artois ait été donné en bénéfice avant le milieu du neuyiéme siécle. Charles le Chauve en fit la dot de sa fille Judith, en 863, en la mariant 4 Baudoin Brasde-Fer, comte de Flandre. Trois sidcles plus tard il revint ila France de la méme manieére , c’est-d-dire par le mariage dIsabelle de Hainaut avec le roi Philippe-Auguste (1180). L’an 1237, le roi saint Louis investit Robert, son frére, des villes d’Arras , Saint-Omer, Aire, Hesdin et Lens, dont le roi Louis VIII, leur pére, l’avait apanagé par son testament, A charge de les tenir en fief de la couronne de France, et l'année suivante saint Louis érigea cet apanage en coméé

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