‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 70 sur 488 · UNIVERSITY OF VICTORIA · texte numérisé non relu

UNIVERSITY OF VICTORIA

LIBRARY Victoria, B.C.

ASCETES — ASCHAM

de ’Eglise allemande vis~d-vis du saint-siége, droits qui, plus tard, furent formulés 4 Vienne.

ASCHAM ou ASSAM, territoire de l’'Hindoustan anglais, entre 25° 50° ef 28° 10' de latitude nord et entre 87° 40’ et 95° 15° de longitude est. Superficie évaluée & 56,453 kilométres carrés. Population évaluée & 750,000 Ames. Ce pays est situé 4 l’extrémité nord-ouest du Bengale, dans la vallée centrale du Brahmapoutra, séparée, au nord, du Boutan par les premiéres chaines de l’Himalaya boutanien, et, au sud, de quelques parties, encore trés-peu connues, de l’empire indien de Kanroup, placé tout 4 ’extrémité nord-ouest de I’Inde (Mounipour, Katschar, Zynthea et le pays des Garraus), par les montagnes de Garraus, celles du pays de Kossya ef les monts Noras. Ce pays est coupé d’une multitude de petits plateaux , que divisent de fertiles vallées, qui toutes envoient leurs eaux au Brahmapoutra, lequel, aprés avoir ainsi recu dans ce seul royaume le tribut de plus de soixante riviéres, dont trente-quatre descendent des montagnes du nord et vingt-six de celles du sud, traverse, depuis Sudiya a lest jusqu’’A Goulpore 4 V’ouest, en ligne directe, tout le territoire d’Ascham, qui d’ailleurs ne se compose guére que de la vallée du Brahmapoutra.

Comme dans I*{nde et en Egypte, la fertilité de cette belle vallée tient 4 des inondations annuelles, qui atteignent leur maximum au mois de mai, et qui ont nécessité, 4 une époque déja reculée, la construction de digues aujourd’hui a peu prés en ruine. Les exhalaisons des eaux stagnantes rendent le climat d’Ascham malsain; mais dés qu’elles se retirent et rentrent dans leur lit,il sedéveloppe une admirable végétalion, et tout indique qu’avec une population plus nombreuse ce pays deviendrait bientét l'un des plus riches et des plus fertiles de la terre. Il n’y en a maintenant tout au plus que la huitiéme partie de cultivée; le reste est encore occupé par dimpénétrables jungles, espéce de marécages couverts de foréts de bambous. La plus grande partie du territoire est affermée par le roi & ses payiks ou sujets, a la condition de travailler gratis pour lui ou pour les employés qu’il dé signe a cet effet pendant quatre mois de l’année, ou de payer un impét équivalent.

La yariété des produits propres au royaume d’Ascham est fort grande ; nous citerons, parmi ceux qu’on tire des entrailles de la terre, Vor, Je fer et le sel. Les richesses du régne végétal consistent surtout en riz, en jihar, espéce de moutarde ; en froment, seigle, millet, poivre, oignons , tamarin, tabac, noix de bétel, opium, canne a sucre (qu’on y mange presque constamment fraiche), noix de cocos, oranges, coton, ef enfin en thé, que Von cultive depuis quelque temps avec succés dans YAscham supérieur. Le régne animal fournit en abondance des buffles et des beeufs communs employés a Ja culture, des moutons, des chévres, quelques chevaux, des buffles sauvages et des éléphants dans les jungles, ainsi qu’une espéce de ver a soie qui se nourrit de la feuille du laurier.

La population d’Ascham est trés-mélée, et il serait difficile de la diviser exactement en classes et en races. Cependant, au milieu d’une si grande variété de castes et de tribus dispersées sur tous les points, on peut citer comme formant la race dominante, sinon par leur nombre, du moins comme les dominateurs du pays, les Asams ou Ahamis dans l’Ascham central et dans l’Ascham supérieur, et les Doms ou Nodyals, comme la race la plus nombreuse , dans |’Ascham central et inférieur. Depuis invasion des Birmans, les trois quarts des habitants ont embrassé la religion hindoue, d’aprés la doctrine de Madhava-Acharya; le quart seulement de la population est resté fidéle & la vieille croyance et aux idoles Chung. La langue bengali est celle dont l'usage est généralement prédominant. L'habitant des montagnes est sauvage et féroce , tandis que celui des vallées est lache et perfide; tous les serviteurs sont des esclaves, et il n’y a pas longtemps encore qu’on les exportait comme marchandise,

ASCHAM — ASCHARYENS

Lindustrie est assez bornée; cependant elle a atteint dans le tissage des ¢toffes de soie un assez haut degré de perfection , parce que les trois quarts de la population n’ont pas d’autre vétement; vient ensuite pour importance Vindustrie

des tailleurs de pierres, des tourneurs et des fabricants @huile.

Les métiers de boucher, de boulanger et de tailleur y sont inconnus; il en est & peu prés de méme de celui de cordonnier, car porter des souliers y est une marque toute particulidre de la faveur du souverain. En raison de la position géographique du royaume d’Ascham, son commerce est nécessairement peu important. L’exportation consiste surtout en gomme laque, étoffes de soie de qualité inférieure, soie brute, coton en graines, graine de moutarde , poivre noir, bois, ivoire, poissons secs et thé. L’importation, qui a lieu en trés-grande partie par le Bengale, consiste en sel, cuivre, bijoux, musc, perles, mousselines; et l’on tire du Boutan du sel, de la poudre d’or, des étoffes de laine, des soies chinoises, des queues de vaches et de chevaux.

A la division naturelle du pays en Ascham supérieur, central et inférieur, répond sa division administrative et politique, qui comprend trois provinces : celle de Sodiya, ayant pour chef-lieu la ville du méme nom; celle de Roungpour, dont le chef-lieu est Dgorhat, et celle de Kamroup, dont la capitale est Gohati.

Les Birmans firent en 1832 la conquéte du royaume d’Ascham ; mais en 1835 les Anglais le leur ont enlevé, et Pont rattaché & la confédération d’I:tats plus ou moins indépendants placés sous la protection britannique; c’esta cette circonstance qu’on doit en grande partie les notions qu’on posséde aujourd’hui sur cette contrée, naguére Enenrs presque complétement inconnue.

ASCHAM ( Rosen), savant anglais, né en 1515, ae le comté d’York. Le roi Henri VII lui accorda une pension de dix livres sterling, et lui confia en partie l'éducation de sa fille, la princesse Elisabeth. En 1550 il accompagna sir Richard Morysine, ambassadeur d’Angleterre prés de Charles-Quint. [1 devint ensuite secrétaire latin d’Edouard IV, conserva quelque temps sa position sous la reine Marie, et fut employé par le cardinal Pole. Quand Elisabeth monta sur le tréne, cette reine, qui se piquait d’érudition et de beau savoir, prit encore des lecons de son ancien maitre pour se perfectionner dans les lettres grecques et latines. — Ascham mourut en 1558. I] a paru a Londres, en 1774, une édition in-4° de ses ceuvres complétes, avec une remarquable dissertation de Johnson sur la vie et le talent de cet écrivain, un des érudits les plus distingués du seiziéme siécle.

ASCHANTIS, peuple nézre de la Haute-Guinée, habitant au nord de la céte d’Or dans le voisinage de l’établissement anglais de Cap-Coast-Castle. Le pays des Aschantis forme une partie du Ouankarah , qui comprend encore deux autres Etats, celui de Dahomey et le puissant royaume de Benin. Sa superficie est d’environ 363 myriamétres carrés ; il est extrémement fertile, bien arrosé, mais 4 peine cultivé , et couvert d’une luxuriante végétation sauvage et de foréts d’arbres énormes. On en évalue la population a environ un million dames.

Coumassi, capitale du royaume et résidence du souyerain, compte de 12 4 15,000 habitants; elle a des rues larges et réguliéres, mais les maisons ne sont construites qu’en bois et en roseaux, a l’exception du palais du roi(Qouacoudouah), qui est en pierres. Les Aschantis forment une des plus belles variétés de la race négre, au point qu’on les a comparés aux Abyssins ; leur idiome offre plusieurs dialectes peu dissemblables; leur religion est le fétichisme; mais l’istamisme y coinpte de nombreux adhérents. Ces peuples sont peu agriculteurs, quoique la terre donne deux récoltes par an; leur industrie consiste dans le tissage et la teinture d’ étoffes de coton et de soie, dans des ouvrages de poterie et le tannage des cuirs ; les armes, bijoux et autres ornements travaillés

par leurs forgerons et leurs orfévres sont trés-estimés. L’empire d’Aschanti entretient des relations commerciales trés-actives, a travers le désert, avec le centre de |’ Afrique et Afrique orientale.

Les Européens en exportent de huile de palme, des bois de teinture et d’ébénisterie, ainsi qu’un peu d'ivoire ; ils y importent des armes, de la peudre, du plomb, du cuivre, de Vétain , du fer, du tabac , du rhum et des fissus de coton.

Le royaume d’Aschanti a élé fondé entre 1730 et 1740 par un conquérant heureux ; sa constitution est une espéce de féodalité, et plusieurs Etats négres restés sous le gouvernement de leurs propres rois, en sont tributaires. Le littoral est occupé par le pays des Fantis et celui d’Akim ou Assin. Les Akimistes avaient soumis Fanti et Aquambo, les deux Etats les plus puissants du littoral pendant longtemps, dont les habitants faisaient le commerce de lor et des esclaves entre la mer et les montagnes de l’intérieur ; mais ils furent conquis a leur tour en 1749 par les Aschantis, et presque entiérement détruits. Les voyageurs s’accordent 4 les peindre comme un peuple trés-sage, loyal et vivant dans labondance. Les conquérants n’exercérent pas de moins horribles cruautés contre les négres de Fanti, qui ne furent sauvés d'une destruction totale que par la protection de Angleterre. La guerre sanglante que les Anglais soutinrent de 1822 a 1824 contre les Aschantis, et dans laquelle périt le gouverneur de Cap-Coast, le général Mac-Carthy, se termina, en 1826, par la défaite des négres, que le gouverneur Campbell soumit a un tribut. — Voir Rickett, Narrative of the Ashantfee War, etc. ; Lond., 1831.

Les Aschantis sont renommés par leur mépris de la vie humaine et la barbarie avec laquelle ils traitent leurs prisonniers de guerre. Pour se rendre braves, les grands et les guerriers boivent le sang de ceux qu’ils ont tués. Dans les funérailles on égorge des esclaves ef méme des personnes libres, afin que le défunt ne manque pas de servyiteurs dans Vautre monde. La reine-mére étant morte pendant la guerre contre les Fantis, son fils, dit-on, égorgea 3,000 hommes sur sa tombe. Parmi les superstitions de ce peuple, aucune n’est plus ridicule que celle qui force le roi a entretenir 3,333 concubines, nombre sur lequel repose le salut du pays. En 1839, le missionnaire wesleyen Freeman, qui avait déja obtenu des succés chez les Fantis , entreprit un voyage 4 Coumassi, ot il fut si bien accueilli qu'il écrivait ; « aila conviction que méme les sanguinaires Aschantis sont préts a recevoir !’Evangile. » Plus tard , deux princes aschantis furent élevés & Londres, ef renyoyés dans leur patrie en 1841, avec l’expédition du Niger.

ASCHARY, docteur musulman, naquit l’an 260 ou 270 de Vhégire ( 873 ou 883 de l’ere chrétienne ). D’abord z¢lé partisan de Chafiy, il ’abandonna pour précher une nouvelle doctrine. Ses principes soulevérent contre lui les autres sectes mahométanes, plus nombreuses et plus puissantes. Aprés avoir couru bien des périls et bravé d’horribles malédictions, il mourut a Bagdad , l’an 324 de lhégire ( 936 de Jésus-Christ ). Voyez ASCHARYENS.

ASCHARYENS, disciples d’Aschary. Mahomet avait dit : « A Dieu se manifestent tout ce que renferment les cieux, tout ce qu’on voit sur la terre. Soit que vous révéliez ce qui git au plus profond de vos cceurs, soit que yous l’'y reteniez caché, il vous en demandera compte. Dieu fait grace & qui il veut, comme il punit qui il veut, car la puissance de Dieu s étend sur tous les étres. » ( Koran. ) Dés lapparition de ce verset du Koran, les croyants, tout en émoi, coururent chez Abou-Bekr et chez Omar, afin d’obtenir du prophéte, par ’entremise de ses deux plus fervents apotres, le vérilable sens de la déclaration, cause actuelle de leur perplexité. « Si Dieu nous demande compte des pensées méme dont nous ne sommes pas mattres, disaient les députés, quels moyens de nous sauver? » Mahomet eut besoin de quelque temps pour se recueillir; et le lendemain,

recourant a l’aide qui ne lui faillit jamais, il fit lescendre du ciel cette déclaration : « Dieu n’exige de personne rien au dela de sa capacité : A chacun protitera ce ;» il se sera procuré de bien, et sur chacun pesera ce qu’il aura acquis de mal. » ( Koran.)

Les plus raisonnables des ducteurs musulmans soutiennent que cette derniére sentence annule la premiére ; mais les ascharyens distinguent entre une loi, un statut, qui, disent-ils , peuvent tre abrogés par une loi ou un statut contraire, et une déclaration, touiours subsistante malgré toute déclaration opposée. D’aprés ce principe, ils conservent les deux versets du Koran, et s’efforcent de les concilier, afin d’établir leur systéme sur la liberté et le mérite des ceuvres. Dieu, suivant les disciples d’Aschary, est !’agent universel, auteur et créateur de toutes les actions humaines; Dieu produit également le bien et le mal; il les place péle-méle sous les yeux de l'homme, et celui-ci peut choisir, sauf a répondre un jour du choix qu'il aura fait. Il s’agit ici, comme on le voit, de la prédestination et du libre arbitre; insoluble question, que toutes les religions ont néanmoins tenté de résoudre. Les musulmans, eux aussi, en ont fait le sujet de leurs nombreuses et violentes controverses ; et on retrouve dans l’islam, tout aussi bien que dans les autres croyances, des pélagiens, des augustiniens , des thomistes et des partisans de Molina. E. LAYIGNE.

ASCIDIES. Voyez Tonicters el BrYOZOAIRES.

ASCIENS. Voyes Ampnisciens.

ASCITE ( du grec dcxizne, fait d’&cxés, outre), On a donné ce nom aux différentes h ydropisies de ’abdomen, probablement a cause de la ressemblance de cette partie du corps distendue avec une outre remplie d’eau; on le réserve aujourd’hui 4 l’hydropisie du péritoine seulement, la plus fréquente de toutes, et qui s’observe a tous les ages, depuis Venfant, qui peut l’apporter en naissant, jusqu’au vieillard.

Quand Ia maladie marche avec lenteur, le malade est souvent longtemps 4 soupconner les accidents qui le menacent ; les premiers indices sont un sentiment de géne : il est trop serré dans ses vétements; la quantité d’urine est diminuée. S’il existe en méme temps une maladie du coeur et une atonie générale, on remarque le soir aux malléoles, aux mains, aux paupiéres, une bouffissure qui parait et disparait a plusieurs reprises : le malade devient peu a peu nonchalant, apathique ; le liquide remplit progressivement la cavité du petit bassin, il gagne lombilic, et repousse en haut les intestins gréles : de la troubles dans les fonctions digestives , borborygmes , rapports , nausées ou vomissements , soif et amaigrissement rapide; plus tard la respiration devient courte et difficile, par suile de la géne qu’éprouve le diaphragme, repoussé qu’il est par le liquide et es viscéres qu'il déplace; la peau est séche, aride, comme terreuse, le pouls petit et précipité. A moins qu’iln’y ait en méme temps anasarque, toutes les parties du corps deviennent extrémement maigres, ce qui contraste avec le volume quelquefois extraordinaire du ventre. A cette époque des veines dilatées, variqueuses, rampent sur les parois des cavités abdominales, qui se couvrent de taches, et alors on voit souvent survenir des syncopes, des symptémes de congestion cérébrale, etc. Aprés avoir acquis un développement plus ou moins considérable, le volume du ventre peut cesser de faire des progrés, le cours des urines peut se rétablir peua peu, devenir de jour en jour plus considérable, et surpasser la quantité des boissons ; alors on voit le ventre s’affaisser et revenir a son état normal. Des diarrhées séreuses, des vomissements, des sueurs abondantes peuvent encore déterminer la disparition du liquide contenu dans le ventre. Lorsque la résorption n’a pas lieu, le liquide peut se faire une issue par divers points de l'abdomen; on I’a vu s’échapper par la cicatrice ombilicale ou ¢tablir une communication avee un point de Vintestin gréle ou du grosintestin. Lorsqu’on a recours & la pa-

ASCHARYENS — ASCLEPIADE

racentése ou ponction, laguérison peut avoir lieu comme dans les circonstances précédentes ; mais le plus souvent le ventre se remplit de nouveau, et presque toujours avec une rapidité plus grande que la premiére fois. L’ascite finit alors par lamort, qui survient soit par Veffet d’une rupture, par Vinflammation d’un viscére abdominal ou thoracique, soit par une péritonite aigué, —

La densité du ventre est toujours accrue en raison de Yaccumulation du liquide qui constitue l’ascite ; a un degré trés-avancé les parois de l’abdomen sont dures, résistantes, et ne cédent point ala pression des doigts ; elle se manifeste beaucoup plus que dans les cas ot des gaz ou des matiéres molles s’accumulent dans les intestins. On accorde une grande importance au phénoméne de la fluctuation : pour rendre sensible ce signe, on appuie une des mains sur les cétés du ventre du malade, et l’on percute de |’autre main sur le coté opposé : de cette maniére le choc est transmis d’un coté a Vautre par le liquide ébranlé, et la main regoit une sensation analogue & celle que produirait un flot de liquide. ,

On admet plusieurs variétés d’ascite : 1° sous le nom @ascite idiopathique on désigne Jascite qui survient sans qu’il y ait eu un travail morbide antérieur, une altération organique appréciable ; elle est trés-rare, et quand elle est prise a temps elle est facile & guérir; 2° Pascife idiopathique passive est encore plus rare, et survient aprés les grandes hémorrhagies, et chez les individus faibles qui yivent dans une atmosphére froide et humide; 3° lascife métastatique succede aux fiévres intermittentes, au scorbut ou a des affections cutanées supprimées par le refroidissement; 4° lascite par inflammation du péritoine a une marche fort irréguliére, et son diagnostic présente souvent des difficultés presque insurmontables; 5° l’ascife symptomatique d’un obstacle a la circulation veineuse: cest la forme de la maladie qui est la plus commune; 6° Pasce symptomatique d’une dégénérescence des reins.

Quant au traitement de cette maladie, on distingue les moyens internes et ceux chirurgicaux. Parmi les premiers ceux qui ont le plus defficacité sont les diurétiques, tels que Voseille, la digitale, la créme de tartre et le nitrate de potasse. On administre aussi les purgatifs, les pilules de Bontius, celles de Bacher, l’eau-de-vie allemande, etc. Les sudorifiques, le quinquina, les amers sont quelquefois prescrits. Dans beaucoup de cas la paracentése ou la ponction de V'abdomen est le seul moyen qu’on puisse opposer a la suffocation du malade, quand Paccumulation du liquide est siconsidérable qu’elle menace de la produire. Un nouveau moyen thérapeutique, la compression, a étéessayé déja avec assez de succes pour faire croire que l’on peut, dans certains cas, fonder sur elle ’espoir d’unsuccés complet: on pratique cette compression au moyen d’un bandage lacé comprimant exactement le ventre depuis la base de la poitrine jusqu’au bassin. Enfin des médecins hardis ont conseillé d’agir sur le péritoine, et ont imaginé de pousser des injections aprés la ponction, comme on le pratique dans le traitement de Phydrocéle. Quoi qu’il en soit de tous ces moyens thérapeutiques, ce n’est que sur la connaissance parfaite des causes de Pascite que l’on peut baser les méthodes diyerses de traitement quwil convient de lui opposer, D* Alex. Duckerr.

ASCITES ( dérivé du grec doxd¢, outre, sac). C'est le nom danciens hérétiques de la secte des montanistes, qui parurent dans le deuxiéme sidcle. On les appelait ascites parce que dans leurs assemblées ils introduisaient une espece de bacchanale et dansaient autour dune peau enflée en forme d’outre, en disant quils étaient ces vases pleins du vin nouveau dont Jésus-Christ fait mention dans saint Matthieu, ch. mx, vers. 17. On les appelait aussi ascodnégiles et ascodrogistes.

ASCLEPIADE, poéte grec, de Samos, fils de Sikelos, d’oti lui vient aussi le nom de Sikelide. On lui attribue

ASCLEPIADE — ASCONIUS PEDIANUS

trente-neuf épigrammes , la plupart érotiques, publi¢es dans PAnthologie ; mais elles ne lui appartiennent pas toutes : quelques-unes sont d’autres poéles du méme nom. Bien qu’un peu plus dgé, il était ami et le contemporain de Théocrite. 11 a donné son nom au vers asclépiade. ~ASCLEPIADE, espéce de vers lyrique, ainsi nommé du poéte Asclépiade, son inventeur, et composé d’un spondée, d’un dactyle, d’une césure longue et de deux dac-

tyles :

Crésc&ntém séquitir ciré pécinfam. (iloxace. )

Tel est le petit asclépiade. Le grand n’en différe qu’en ce qu’il se termine par un troisiéme dactyle. Il n’est pas sans intérét d’observer que le vers francais dit alexrandrin a été taillé sur le modéle du petit vers asclépiade. En effet, Yun et l'autre ont douze syllabes; et si l'on partage un asclépiade comme on scande un alexandiin , en comptant deux syllabes pour un pied, on y trouve deux hémistiches bien marqués et suspendus par le sens.

Crescen-tem se-quitur—cura-pecu-niam.

L’ava-re avec-son or—entas-se des-soucis. °

ASCLEPIADE ou ASCLEPIAS. Ce genre de plantes est ainsi nommé parce que le dompte-venin (cynanchum vincefoxicum ), qu’y rangeait Linné, passe pour la plante consacrée par les anciens 4 Esculape. Les espéces d’asclépiades , au nombre d’environ quarante, sont toutes originaires du Nouveau vo Ce sont des herbes vivaces; plusieurs se cultivent dans les parterres , comme plantes @ornement. L’asclépiade de Curacao (asclepias Curassavica) et celle a racine tubéreuse (asclepias tuberosa) sont quelquefcis employées en médecine, ’une pour remplacer l'ipécacuanha , autre comme diaphorétique. Enfin, nous avons déjd eu occasion de parler de l’emploi économique de l’asclepias cornuti, autrefois appelé apocyn a ouate soyeuse.

ASCLEPIADEES. Cette famille de plantes dicotylédones , & corolle monopétale hypogyne, trés-voisine de celle des apocynées, se compose d’herbes et d’arbrisseaux le plus souvent lactescents , 4 inflorescence généralement interpétiolaire, multiflore, quelquefois uniflore, en ombelles , capitules, cymes ou panicules, dans lesquels les fleurs sont accompagnées de trois bractéoles subulées, trés-rarement développées. Cefte famille est de toute sa classe celle dont l'appareil staminal présente la plus grande complication. Pour établir les divisions primaires, on s'est Servi, comme pour les orchidées, de la disposition des granules polliniques.

Le nombre des genres monte a plus de cent; il s’y trouve beaucoup de plantes d’ornement, felles que les stapélia et les hoya, qui embellissent nos serres chaudes de leurs guirlandes de fleurs ; les twedia, les oxrypetalum, les asclépiades, les philibertia, les periploca, etc.; mais, excepté dans le midi et Pouest de Ja France, ot on a réussi 4 en naturaliser quelques-unes, toutes ces plantes demandent au moins a étre élevées en serres tempérées. On ne les trouve guére en effet que dans les régions tropicales des deux continents. Cependant certaines espéces d’autres genres s’avancent dans lun et l'autre hémisphére jusqu’a une latitude de 58 4 59°. Parmi ces derniéres il faut compter le cynanchum vincetoxicum , ou dompte-venin, qui vers le mois de juin fleurit dans nos bois sablonneux. La racine de cette plante provoque des vomissements et des éyacuations alvines; aussi elle a été longtemps employée comme contre-poison. La scammonée de Montpellier, tombée également en désuétude, s’obtenait au moyen du suc du cynanchum monspeliacum. D’autres asclépiadées agissent encore comme purgatifs. Les sénés qui nous viennent du nord de Afrique en sont fréquemment mélangés. Enfin les cynanchum vomitorium, mauritianum , etc.,

rentrent dans la catégorie des plantes qui fournissent Vipécacuanha blanc.

ASCLEPIADES. Ces successeurs d’ Esc ula pe, considérés comme personnages historiques, se transmettaient les connaissances médicales, et habitaient principalement Cos et Gnide. Si ’on veut regarder Esculape comme un pur mythe, les Asclépiades seront une corporation de médecins qui formaient une espéce de caste sacerdotale, la médecine étant considérée alors comme un mystére et intimement unie a la religion, Dans cette caste les connaissances et les expétiences médicales se transmettaient par héritage. Ses membres devaient s’engager par un serment, le jusjwrandum Hippocratis, 4 ne jamais révéler les secrets de l'art.

Rome, qui donna dans son Panthéon place 4 Ja plupart des divinités de la Gréce, recut aussi le culte d’Esculape et ayec lui ses mystéres. La peste y exercant de grands ravages en 292 avant J.-C., les livres Sibyllins ordonnérent Waller chercher Esculape & Epidaure et de Vamener a Rome. On fit done partir une ambassade, qui exposa aux Epidauriens le sujet de sa mission. Au méme moment un serpent sortit du temple et entra dans le vaisseau. On le prit pour le dieu lui-méme, et on le conduisit en Italie. Lorsque le navire entra dans le Tibre, ce serpent s’élanca sui une fle, ot on éleva un temple en ’honneur d’Esculape. C’est 1a que les prétres exergaient la médecine tout en ser. vant leur dieu.

Les Asclépiales de Cos tiraient du cété maternel lear origine d’Hercule ; l'un deux fut le célébre Hippoerate

ASCOLI (Asculum des Romains), ville d Italie, cheflieu dune province du méme nom, est situé sur la rive gauche du Tronto, 4 ’embouchure duquel elle a sur |’Adriatique un petit port trés-fréquenté pour le cabotage. Sa population est de 12,000 Ames. Elle est le si¢ge d’un tribunal civil et d’un évéché suffragant de Rome, établi en 301. Il y a dix églises, plusieurs couvents et un collége. Habituée autrefois par les Piceni, détruite par Pompée Strabon, et rebatie au second siécle de notre ére, Ascoli fut annexée en 1426 aux Etats du Pape et continua d’en faire partie jusqu’en 1860,

La province (ancienne délégation) d’Ascoli est montagneuse, salubre et fertile; elle compte 196,030 habitants.

ASCOLIES (des mots év dcx. defer, danser sur une outre), féte grecque de l’outre, en ’honneur de Bacchus. On s’amusait a sauter 4 cloche-pied sur une outre de peau de bouc, frottée dhuile et remplie de vin. Celui qui parvenait a s’y maintenir recevait l’outre pour prix de son adresse. Dans cette féte on immolait un bouc, l’ennemi de la vigne. Le peuple célébrait Bacchus dans des vers grossiers , et se barbouillait de lie. Les ascoiies avaient lieu le 29 poséidon (28 novembre).

ASCONIUS PEDIANUS ( Quintus ), orateur et gram: mairien trés-distingué, qui faisait des cours publics 4 Rome, sous le régne de Tibére. Tite-Live et Quintilien furent ses éléves, et Virgile son ami. I] mourut dans sa quatie-vingtcinquiéme année, aprés avoir perdu la vue douze ans auparayant. Malheureusement il ne nous reste de lui que quelques parties de ses excellents commentaires sur trois des Verrines, le commencement de la quatriéme, et cing autres discours de Cicéron. Ce sont des modéles de clarté et d’élégance , qui jettent un jour précieux sur les meurs, le droit public, et méme sur quelques points importants dudroit civil des Romains, La meilleure édition est celle de Leyde (1644, in-12), enrichie principalement des notes de Manuce, Holman et Sigonius; ils ont été en outre imprimés souvent avec les ceuvres de Cicéron, entre autres dans les ditions de Graevius et de labié d’Olivet. M. Ang. Mai a trouvé en 1814, & Venise, des fragments du discours de Cicéron pro Scauro, accompagnés d’un commentaire qu’il attribue a Asconius; mais le savant Cramer (André Wilh), bibliothécaire 4 Kiel, ne partage point cette opinion. Plu-

wee

sieurs critiques, entre autres Scaliger, d’aprés un passage de saint Jéréme, ont cru devoir admettre deux auteurs romains de ce nom ; mais cette hypothése doit ¢tre rejetée. Montz.

ASCOPHITES , hérétiques qui parurent dans lEglise chrétienne vers l’an 173. Suivant eux, un ange était chargé du gouvernement de chaque sphére de l’unzwers.

ASCOT, lande située dans le comté de Berks, a enyiron 10 kilom. de Windsor, et ot se trouve un des célébres hippodromes de l’Angieterre. Des courses de chevaux y ont lieu chaque année vers la Pentecdte et ne le cédent qu’a celles d’Epsom pour Vimportance des prix et l’affluence des spectateurs.

ASDRUBAL, fils de Magon, succéda 4 son pére dans le commandement : il fut onze fois suffete et quatre fois honoré du triomphe. Chargé, l’an 489 avant J.-C., de la conquéte de la Sardaigne, il périt dans une bataille dont le succés assura A Carthage la possession de cette fle.

ASDRUBAL, fils d’Hannon, fut pendant la premiére guerre punique nommé général pour combattre Régulus, descendu en Afrique Van 257 avant J.-C. Il fut vaincu, et sa défaite fut en grande partie attribuée 4 son incapacité. Envyoyé en Sicile trois ans aprés, l’an 254, avec de vieilles troupes et cent quarante éléphants, il tint la campagne contre les Romains jusqu’en 250, ot il fut encore vaincu devant Panorme par le proconsul Cecilius Metellus. Il fut mis & mort 4 son retour a Carthage.

ASDRUBAL, surnommé le Beau, gendre d@’Amilcar Barca, a qui il succéda dans le commandement de |’Espagne, l’an 230 avant J.-C., débuta par une grande victoire remportée sur les Espagnols. Pour assurer ses conquétes dans la Péninsule, il batit Carthage-la-Neuve (Carthagéne ). Il fut assassiné par un esclave gaulois, l’an 223 avant J.-C. Annibal, son beau-frére et son éléve, lui succéda.

ASDRUBAL, surnommé le Chauve, fut envoyé en Sardaigne, l’an 215 avant J.-C., pour soutenir, les Sardes révoltés. Il fut vaincu ct fait prisonnier par Manlius, ef cette fle rentra tout entitre sous Pobéissance des Romains.

ASDRUBAL BARCA, fils d’Amilcar et frére d’Annibal, prit le commandement de |’Espagne quand ce dernier alla porter la guerre en Italie. 11 eut 4 combattre Cneus et Publius Scipion, et fut dabord constamment vaincu par ces généraux, dont la mission principale consistait 4 empécher Asdrubal de passer les Pyrénées pour aller en Italie joindre ses forces A celles de son frére Annibal ; mais les deux Scipions, aveuglés par leurs succés, se séparérent imprudemment, et Cneus, abandonné par les Celtibériens, fut vaincu ettuépar Asdrubal. Publius, qui avait eu a combattre Magon, frére d’Asdrubal , eut le méme sort. Avec un peu d’activité et de conduite, Asdrubal et son collégue auraient pu profiter de Ia consternation des Romains pour les chasser entiérement de Espagne; mais ils surpassérent limprudence qui avait fait la perte des Scipions. Ils laissérent Marcius , simple chevalier romain, rallier ses compatriotes : Magon et Asdrubal furent défaits l'un aprés l’autre. L’année suivante Asdrubal euf a combattre le propréteur Claudius Néron , qui l’enferma dans le défilé nommé Pierres-Noires, entre Illiturgis et Mentesa, non loin du Bétis; mais le Carthaginois, en amusant le général romain par une négociation, fit évader son armée par-dessus les montagnes, Asdruhal trouva bient6t un adyersaire plus redoutable dans la personne du jeune P. Scipion, fils de Publius, qui le vainquit & Bocula (209 avant J.-C.). Aprés sa défaite, il se dirigea vers les Pyrénées, et pénétra dans Ja Gaule. Partout, sur son passage , il se voit regen comme un libérateur, fait de nouvelles recrues , et passe sans difficulté les Alpes avec cinquante-deux mille hommes, Les Liguriens lui en amenérent huit mille. Au lieu de se porter rapidement vers Annibal, qui était au midide V'Italie, il perd un temps précieux au siege de Plaisance, ce qui donne aux Romains

ASCONIUS PEDIANUS — ASDRUBAL

le temps de rassembler leurs forces et de l’accabler dang une bataille livrée sur les bords du Métaure (an 207). Tl na voulut pas survivre 4 sa défaite, que Tite-Live compare a celle de Cannes. Elle décida du sort de I’ltalie. Annibal n’apprit ce terrible revers qu’a la vue de la téte de son frére, que le consul Néron fit jeter dans son camp. « C’en est fait, s’écria-t-il , en perdant Asdrubal j’ai perdu ma fortune, et Carthage toute espérance, »

ASDRUBAL, fils de Giscon, partagea avec Asdrubal Barea et Magon ie commandement de Espagne pendant la deuxiéme guerre punique. Aprés la défaite d’Asdrubal Barca 4 Beecula, il demeura chargé de la garde de Ja Bétique, et maintint toute la conirée sous son obéissance jusqu’au moment ou P. Scipion y entra. 11 n’osa lui disputer cette province, et se retira 4 Gadés ( Cadix); puis de la passa en Afrique, ou il fut joint par le roi des Numides , Syphax , 4 qui il avait donné sa fille Sophonisbe en mariage. Il fit échouer les projets de Scipion sur Utique (Van 204 avant J.-C.); mais lannée suivante le général romain attaqua le camp d’Asdrubal et celui de Syphax, y mit le feu, et détruisit en un méme jour les deux armées carthaginoise et numide. Asdrubal, aprés ce désastre , fut mis en croix a son retour 4 Carthage, si lon en croit Appien; mais selon Tite-Live il parvint 4 détourner le sénat et les suffétes @une paix déshonorante, hasarda méme une seconde bataille contre Scipion, fut complétement défait , et mourut peu de temps aprés (l’an 201 avant J.-C.).

ASDRUBAL, surnommé Hedus, cest-a-dire le Bouc, alla a Rome, aprés le désastre de Zama, implorer au nom des suffétes la ratification de l’espéce de grace que Scipion avait faite aux Carthaginois, en ne détruisant pas leur ville. Ennemi de la famille Barca,qui avait tant poussé a la guerre, il réussit dans une négociation qui ne laissait pas que d’étre difficile; car dans le sénat bon nombre de membres, entre autres le consul Cornelius Lentulus, étaient d’avis qu’il ne fallait pas laisser pierre sur pierre dans la cité rivale (an 201 ay. J.-C.). On sait que ce qui était différé ne fut pas perdu, et que Scipion l’Africain le jeune détruisit Carthage.

ASDRUBAL, général des Carthaginois dans la troisiéme guerre punique, n’était pas de la famille barcine, I] entraina sa patrie dans une guerre contre Massinissa, et fut vaincu. Condamné a mort pour avoir offensé Rome en faisant la guerre 4 son plus fidéle allié, il prif la fuite, rassembla une armée de 20,000 hommes, ef marcha sur Carthage. C’était le moment ot les Romains, aprés avoir imposé aux Carthaginois les plus humiliantes conditions , leur ordonnaient de quitter la ville. Cette cruelle exigence rend & ce peuple toute son énergie; il se prépare a la plus vigoureuse défense, et rappelle Asdrubal pour combattre ce méme ennemi auquel une politique timide l’avait sacrifié. A la téte de ses 20,000 hommes, il commanda au dehors. Resserré par les Romains, il se réfugia dans Nepheris , qui fut assiégée et prise d’assaut : 60,000 hommes furent ensevelis sous ses ruines. Malgré ce désastre, Asdrubal rassembla une nouvelle armée, et continua de harceler les Romains. Admis dans lintérieur de la ville, il signala son commandement par la violence de son caractére et par d’atroces cruautés envers les prisonniers romains. Enfin, le jeune Scipion ayant pris Carthage d’assaut (l’an 146 avant J.-C.), Asdrubal se retrancha d’abord dans le temple d’Esculape, avec neuf cents transfuges romains; mais bientét, craignant pour sa vie, et passant de la fureur 4 l’abattement, il sort furtivement du temple, et se présente A Scipion une branche d’olivier 4 la main. Sa femme, abandonnée ainsi que ses enfants au ressentiment d’une troupe désespérée , ne peut se résoudre 4 partager son ignominie, Les Romains , par ordre de Scipion, exposent A ses yeux son mari sur Je haut des remparts. Les transfuges vomissent contre lui dhorribles imprécations; puis, plutot que d’imiter sa l4cheté, et prenant conseil de leur seul désespoir, ils mettent le feu au temple,

ASDRUBAL — ASIARQUE

aimant mieux étre la proie des flammes que d’expirer sous les verges et sous la hache du bourreau. Cependantla femme d’Asdrubal se pare de ses plus riches habits, et, se mettant a la vue de Scipion avec ses deux enfants dans ses bras : « Romain, lui dit-elle, je ne fais point d@imprécations contre toi : tu ne fais qu’user du droit de la guerre; mais puisse le génie de Carthage conspirer avec toi pour punir le parjure qui a trahi sa patrie, ses dieux , sa femme et ses enfants! » S’adressant ensuite & son époux : « O le plus ache et le plus scélérat des hommes! s’écria-t-elle , rassasie tes yeux de ces flammes qui yont nous dévorer, moi et mes enfants : notre sort est moins a plaindre que le tien; nous allons terminer nos souffrances. Pour toi, indigne capitaine de Carthage, va servir @ornement A la pompe triomphale de ton vainqueur; va subir 4 la vue de Rome vengé la peine due 4 tes crimes. » Aussitételle égorge ses enfants , les jette dans le feu et s’y précipite avec eux. Appien assure qu’Asdrubal se tua lui-méme, pour ne pas orner le triomphe de son vainqueur.

ASDRUBAL, petit-fils de Massinissa, commandait dans Vintérieur de Carthage, tandis qu’on laissait avec son armée, hors des murailles, Vautre Asdrubal (voyes Varticle précédent) , dont le caractére farouche était redouté de ses concitoyens. Jaloux de ce concurrent, homme aussi modéré que brave, celui-ci ’'accusa de vouloir livrer Carthage a son oncle Gulussa, roi des Numides, qui venait de succéder & Massinissa. Asdrubal le Numide dédaigna de se justifier ; son silence ayant été regardé comme Vaven de son crime, il fut massacré par fa multitude (an 147 avant J.-C.).

; Ch. Du Rozoir.

ASE. Ce nom désignait les dieux et les déesses dans les poémes de ’Edda et dans les chants des Scaldes du Nord. L’un des plus anciens écrivains scandinaves , Snorri Sturleson, nous apprend que ce nom de divinité fut aussi celui @’un peuple conquérant venu d’Asie, sous la conduite @Odin, A une époque reculée, dans le Nord (voyez Norp {Mythologie dul). Nous savons d’autre part que les Etrusques avaient une dénomination analogue pour désiner la divinité ; c’est Suétone (Vie d Auguste, c. xcvi) qui nous ’apprend. « Parmi les présages de la mort d’Auguste, dit-il, et de son apothéose, il faut placer cette circonstance que sur une colonne élevée en son honneur la foudre effacga la lettre C par laquelle commengait son nom (Cxsar) et ne laissa subsister que les lettres AZSAR, mot qui dans la langue étrusque signifie dieu: et par 1a il était clairement annoncé que dans les cent (C) jours Auguste serait transféré au nombre des dieux. » Au témoignage d’Hesychius , {es Tyrrhéniens nommaient aussi Ases leurs divinités ; “Acot So. and Tuspnvayv. Jornandés, en parlant des Goths, dit qu’aprés une grande victoire remportée sur l’armée de l’empereur Domitien, ils commencérent a regarder leurs généraux comme des dieux , et les appelérent Zses. Suivant la remarque du savant Islandais Finnur Magnusson , Je nom du dieu supréme des Perses, Mithras, signifie en islandais PAse par excellence (Maetras). Rappelons-nous encore YHesus des Gaulois :

Et quibus immitis placatur sanguine caso

Teutates, horrensque feris altaribus Hesus (Luc., Phars,, 1);

et nous pourrons conclure que ce mot, d’une haute antiquiié, a été commun a des peuples de race trés-distincte pour exprimer Pidée de Dieu.

ASEGA (Droit). C’est le nom donné a un code d’antiques lois frisonnes conservées jusqu’a nos jours, et qui ont méme eu Jes honneurs de l’impression. On en connait une édition in-4°, publiée par Woarda, sous le titre de Livre b’Aséca, Recueil des anciennes lois frisonnes de la tribu des Riistrings (Berlin, 1805).

ASEKI ou ASSEKAT (Sultane). Voyes SuLTANE.

ASELLI (Gasparp), plus connu sous le nom d’Asel/io,

DICT. DE LA CONVERS, ~— T. Il.

né 4 Crémone, en 1581, l’un des anatomistes les plus distingués de son sidcle, fut nommé, en 1620, professeur d’anatomie a Puniversité de Pavie, et mourut en 1625, apres avoir rendu son nom a jamais célébre par la découverte des vaisseaunx lymphatiques dans le mésentére. On raconte que cette découverte, comme tant d’autres, fut due au hasard, et qu’au moment ott il la fit Aselli opérait, dans une dissection destinée a un tout aulre objet, sur le cadavre d’un chien tué pendant le travail de la digestion. Une autre circonstance bien remarquable encore , c’est qu’Aselli ne publia point lui-méme sa découverte, qui ne fut divulgude qu’un an aprés sa mort, en 1626, par des amis fidéles.

ASER, un des douze fils de Jacob, donna son nom @ Yune des tribus d’Israel. Voyes Trius,

ASHANTEE, Voyes Ascuantis.

ASHBURTON (Lord). Voyes Barina.

ASHLEY (Lord). Voyes Suarressvry.

ASHMOLE (Eure), ditle Mercuriophile anglais, alchimiste, né a Lichfield en 1617, était fils d'un sellier, et, grace a unesubvention que lui fit la famille Paget, put aller Gtudier le droit 4 Londres. Quand la lutte s’engagea entre Charles 1°" et le parlement, il prit parti pour le roi et obtint le grade de capitaine dans l’armée royale, sans renoncer pour cela 4 l’étude des scicnces exactes ef naturelles. Et, suivant les préjugés de son époque, confondant l’astrologie avec Pastronomie, Valchimie avec la chimie, il acquit le renom d’adepte dans ces deux sciences chimériques, qui lui fournirent le sujet de divers traités, aujourd’hui oubliés. Le dévouement a la cause royale dont il avait fait preave & Yépoque de la révolution, fut récompensé par Charles II, qui lenomma 4’abord héraut d’armes (1660), et plus tard (1679 ) secrétaire des colonies. Avec Jonas Moore, William Lilly et John Booker, il fonda une société d’antiquaires, et rendit ainsi 4 la science des services bien plus réels que par ses recherches 4 la découverte du grand arcane, II recueillit une foule de précieuses médailles, de chartes, de documents et de manuscrits curieux , qu’il légua, avec sa bibliothéque, a Vuniversité d’Oxford. Ce legs est le fonds primitif du Museum Ashmoleanum, quwon voit encore aujourd’bui & Oxford, et auquel Puniversité reconnaissante donna le nom du généreux testateur. Ashmole mourut en 1692.

ASIARQUE, titre dun magistrat qu’on élisait dans PAsie Mineure, sous les empereurs romains, pour présider aux jeux fondés par les sept villes principales de cette con- trée, et qui avaient lieu tous les ans et tous les cing ans. C’était une charge trés-onéreuse , parce que l’'asiarque était obligé de faire la dépense de ces jeux; aussi les péres de famille qui avaient cinq enfants pouvaient-ils s’en faire exempter. Mais pendant et aprés son exercice elle entourait le titulaire d’une grande considération. Son pouvoir, toutefois, ne durait qu’un an, et il n’avait méme pendant ses fonctions aucun droit sur le gouvernement, si ce n’est celui de désigner la ville ot la féte devait avoir lieu. On se glorifiait alors d’avoir des asiarques parmi ses ancétres comme d’y compter des archontes ou des consuls. L’asiarque portait une couronne et une robe de pourpre. Ce sacerdoce permettait de remplir d’autres places, telles que celles d’archonte, de préteur et de grand prétre.

Ces fétes nous ont été conseryées sur des médailles de la Bithynie, de la Cappadoce, de la Galatie, de Tarse, de Cilicie, d’Ephése, d’Ionie, de la Phrygie, du Pont, de la Lycaonie , de l’Isaurie, de la Carie. Les présidents des confédérations portaient le nom de bithyniarque, de cappadocarque, de galatarque, etc. D’autres provinces les avaient imitées , et des médailles nous offrent encore la confédération de Mac¢doine, celle de Phénicie, de Syrie, de Thrace, de la Cyrénaique et de Créte. Alexandrie et Ephése s’étaient unies pour célébrer ces fétes en commun. Les plus anciennes étaientles panionies et les panachéennes.

Dans les derniers temps les députés des différents peuples {4

s’'assemblaient pour s’occuper de leurs affaires, et préludaient a leurs fétes par des sacrifices ; mais quand Rome eut soumis le monde, la Gréce et l’Asie Mineure n’eurent plus dintéréts politiques & traiter. Privées de leur liberté, de leur indépendance, elles n’eurent qu’a se courber devant leurs maitres et Ase livrer aux fetes et aux plaisirs. On oublia Porigine de ces jeux, on ne les célébra plus qu’a la gloire des vainqueurs, et il est 4 remarquer que ce sont les médailles de Vinsensé, du sanguinaire Caracalla qui offrent le plus d’exemples de ces solennités nationales.

ASIATIQUES (Sociétés ef Musées ). La prenaitre société asiatique, c’est-a-dire la premiére association de savants ayant spécialement pour objet l’étude de la littérature, de Vhistoire, de la géographie, des religions et des langues de YOrient, fut fondée a Batavia par -les Hollandais. Cette société publia les Verhandelingen van het Bataviaasch genootschap van kunsten en welenschapen (15 yol., Batavia , 1780-1833 ), recueil ou depuis peu de temps seulement sont traitées des questions d’un intérét général. En 1784, William Jones fonda A Calcutta une société semblable, la Société Asiatique du Bengale, dont les mémoires, qui parurent d’abord sous le titre de Asiatic Researches (20 vol., Caleutta, 1788-1833, in-4°), ont puissamnient contribué a étendre nos connaissances sur I’Inde. Ces mémovires continuent a se publier, depuis 1832, sous le titre de Journal of the Asiatic Society of Bengal ; on y remarque surtout les savants travaux du secrétaire de la société, James Prinsep, relatifS 4 lanumismatique indo-bactrienne ét grecque. A la Société Asiatique du Bengale se rattachent par des liens étroits la Société Médicale, qui publie les Transactions of the Medical and Physical Society of Calcutta (7 vol., Calcutta, 1824-32), et la Société d’Agriculture, qui n’a fait

primer qu’un yol. des Transactions of the Agricultural and Horticultural Society of India (Calcutta, 1829). A Vinstar de la société de Calcutta s’est fondée & Bombay une autre société asiatique , qui a publié Transactions of the Literary Society of Bombay (3 vol., Londres, 1819-23, in-4°). Une troisiéme s’est établie 8 Madras ; on lui doit un volume de Transactions (Londres, 1828, in-4°), et dans ces derniers temps clle a entrepris la publication Wun Journal of Literature and Science. On peut citer encore les sociétés asiatiques de Bencoulen, dans Vile de Sumatra, de Malacca et de Ceylan; mais leurs travaux sont trés-peu connus en Europe.

En 1821 ful fondée & Paris, par Silvestre de Sacy, Abel Rémusat , Champollion, Chézy, Klaproth , Saint-Martin , et quelques autres savants, qui en offrirentla présidence honoraire au duc d’Orléans, une nouvelle Société A siatique, laquelle toutefois ne fut autorisée par ordonnance royale que le 15 avril 1829. Cette société a pour but d’encourager I’étude des langues de l’Asie, d’acquérir les manuscrits asiatiques , de les répandre par la yoie de l'impression , d’en faire faire des extraits ou des traductions; d’encourager, en outre, la publication des grammaires, des dictionnaires et d’autres Ouvrages ufiles 4 la connaissance de ces diverses langues ; dentretenir des relations et uné correspondance avec les sociétés qui s’occupent des mémes objets, et avec les savants asiatiques ou européens qui se livrent 4 l'étude des langues asialiques et qui en cultivent la littérature. La société n’établit pas de concours et ne distribue pas de prix : seulement elle décerne quelquefois des médailles @honneur a des hommes qui lui ont rendu d’éminents services. Elle publie un recueil mensuel, intitulé : Journal Asialique, ow Recueil de mémoires, d’extraits et de notices relatifs aU histoire, & la philosophie, aux langues et & la liltérature des peuples orientaux, et plusieurs ouvrages originaux ou traduits, des grammaires et des dictionnaires, qu'elle édite partie & ses frais, partie par souseription. Elle a eu la gloire Mintroduire la premiere en France une foule de caracléres sanscrils, de faire graver des corps de caractéres géorgiens ,

ASIARQUE — ASIE

pelhwis, tagalas; de faire exécuter & Saint-Pétersbourg: des fontes de caractéres mongols et mandchoux, de former enfin un musée riche en antiquités et une bibliothéque de plus de 2,000 livres ef manuscrits spéciaux. Elle a pour habitude de déposer a Ja Bibliothéque Impériale les ceuvres importantes dont elle fait l’acquisition, Son sceau représente un soleil levant.

Une autre société, ayant quelques rapports avec la Société Asiatique , a élé fondée a Paris sous le titre de Société Orientalede France. Elle publie un recucil mensuel intitulé Revue d’ Orient et de V Algérie, et semble circonscrire de préférence le champ de ses explorations 4 la Turquie, la Syrie, l’Egypte , l’Algérie et les autres pays musulmans.

La Société royale Asiatique de la Grande-Bretagne et de V’Irlande date 4 peu prés de la méme époque que la Société Asiatique de Paris; elle fut ouverte par Colebrooke, le 19 mars 1823, ef depuis 1828 elle s’est adjoint un comité de traduction, qui déploie beaucoup d’activité et a déja fait imprimer a ses frais de nombreuses traductions anglaises , latines et francaises d’cuvrages orientaux , quelquefois avec le texte original. Une troisitme branche de cette société, fondée en 1842 par le comte Munster, s’est imposé le devoir de ne publier que les textes des ouvrages orientaux, en sorte que ces deux comiiés travaillent aujourd’hui de concert. Les Transactions of the royal Asiatic Society of Great- Britain and Ireland (3 vol., Lond., 1824-34), que la Société publiait autrefois, et qui contiennent de précieuses dissertations , ont été remplacées , en 1833, par le Journal of the Asiatic Society. Cette société a déja rassemblé une belle bibliothéque et un beau musée d’antiquités asiatiques.

Pétersbourg posséde aussi un musée asiatique, d’abord dirigé par le conseiller Freehn; mais il n’y a pas en Russie de société asiatique proprement dite.

Une société ézyptienne s’est fondée au Caire.

Si les orientalistes de l’Allemagne ne se sont pas encore formés en société, ils ont au moins un centre d’union dans le Journal des Connaissances orientales , que Lassen rédigea & Bonn.

ASIE, le plus vaste continent de l’ancien monde, berceau du genre humain et foyer des plus anciens souvenirs historiques, masse ¢norme d’une superficie de 445,500 myriamétres carrés, enti¢rement située dans ’hémisphére sepfentrional et oriental, 4 I’exception des iles du sud-est, que coupe l’équateur, et d’une faible portion de la Sibérie, qui s’étend dans ’hémisphére occidental, entourée de trois cdtés par l'océan, et touchant & Pouest par quelques points a YEurope et & l'Afrique. L’immense distance des points extrémes des caps Sjeverovostoknoi et Bouro, de 78° a 1° de latitude boréale, et des caps Baba et Oriental, du 44° de longitude orientale au 152° de longitude occidentale , suffit seule pour faire juger des énormes dimensions de ce continent, qui a sur tous les autres l’avantage de posséder, outre une étendue de cétes de 5,705 myriam. , les frontiéres de terre les plus yastes. L’océan Glacial arctique, le grand Océan et l'océan Indien bornent l’Asie au nord, a Vest et au sud; A Vouest ses limites ne sont formées qu’en partie par la Méditerranée, car elle est jointe 4 Afrique, au nord de la mer Rouge , par Pisthme de Suez, large de 12 myriam. ; et sur une étendue do 266 myriam. entre le golfe de Kara et la mer Caspienne, l'Europe s’allonge comme une presqivile du colossal continent asiatique. Au nord-est I’ Asie est séparée de l’Amérique par Je détroit de Béring, large de 5 myriam., et au sud-est de nombreuses files semblent autant d’assises d’un pont jeté entre elle et le continent australien.

A Ja masse du continent asiatique, qui figure un trapeze, se rattachent d’immenses péninsules, d'une superficie de 85,250 myriam. carrés : 4 Vouest, l’Asie Mineure ou PAnatolie, entre la mer Noire et la mer du Levant , séparée de l'Europe par les détroits de Constantinople et des Dardanelles, avec les nombreux archipels des Sporades A Voe-

ASLE

cident, et Chypre non Join de sa cote méridionale ; au midi, l’Arabie, l'Inde en degd du Gange et PInde Transgangétique, trois presqu’iles offrant de l'analogie avec les trois péninsules de Europe méridionale. Comme I’ Espagne, dont aucun golfe n’échanere les rivages, l'Arabie prolonge ses cotes unies entre la mer Rouge et le golfe Persique ; comme I’[talie avec la Sicile sa voisine, ’Inde en dega du Gange et Vile de Ceylan s’%étendent entre le golfe Persique et celui du Bengale; et tandis qu’en Europe la péninsule hellénique, toute dentelée par ses anses, semble se rattacher 4 l Asie par une ceinture (iles , ’Inde Transgangétique, non moins profondément échancrée par lOcéan, s’allonge entre le golfe du Bengale et la mer de la Chine, se ralliant a Australie par Varchipel océanien. Cet archipel, appelé aussi Asie australe, se divise en plusieurs groupes W@iles : le groupe des Philippines avec Mindanao et Lucon, Bornéo, Célebes; les Moluques; celui des srandes tles de la Sonde, avec Sumatra et Java, et celui des petites iles dela Sonde, avec Timor. Les cétes orientales de l’Asie sont ecaractérisées surtout par les profonds enfoncements de |’Océan dans les terres , enfoncements circulaires fermés au midi par des presquiles et de longues chaines Wiles. Telle est la forme, dans la direction du sud au nord, des mers dela Chine, du Japon, @’Okhotsk et du Kamtschatka, qu’étreignent les presqu’iles de la Corée et du Kamtschatka, etVarchipel de la Chine avec Formose, celui du Japon avec Jesso et Nipon, Vile Saghalin et les Kouriles, tandis que Hainan dans le golfe du Tonquin touche presque au continent. Au nord, les cdtes de la Sibérie sont aussi profondément échancrées, mais par les larges embouchures de ses immenses fleuves plutét que par la mer. C’est également aux terres entrainées par ses cours d@eau que, hormis la Nouvelle-Sibérie , les iles Waigatsck et de la Nouvelle-Zemble, sur les limites de "Europe et de Asie, toutes les iles de ’océan Glacial arctique doivent leur origine.

Gigantesque dans toutes ses proportions , l’Asie l’est aussi sous le rapport de sa constitution géologique. Elle offre la dépression du sol la plus considérable , les plateaux les plus élevés, les chaines de montagnes les plus hautes que ]’on connaisse sur le globe. Des plaines occupent un peu plus dun tiers de ce vaste continent; les deux autres tiers sont couverts par des montagnes, et au centre s’éléve un plateau continu, borné au nord par un grand enfoncement, et au sud par une longue chaine de montagnes. Le plateau intérieur, baigné a Vest par les flots du Grand-Océan et a lPouest par la Méditerranée , est divisé , sous le 90° de long. orientale, par les plaines du Touran et de’?Hindostan, en deux massifs principaux, le plateau de l’Asie orientale ou Asie postérieure, et le plateau de l’Asie occidentale ou Asie antérieure, liés ensemble par une chaine de montagnes couyertes de neiges éternelles, que l'on appelle PHindou- Kouh. L’Asie postérieure, dont la superticie, de 154,000 myriam. carrés , surpasse des deux tiers celle de Europe , constitue la portion principale du continent asiatique, et présente différents caractéres dans les monts qui la bornent. Au midi Je plateau s’abaisse sous la forme de montagnes escarpées jusqu’aux collines boisées et aux plaines marécageuses de I’Hindostan. Ces montagnes sont celles de ?Himalaya, dont les crétes moyennes s’élévent 4 5,000 metres, et les sommets & 7 et 9,000 métres au-dessus de l’océan Indien, et dont le point culminant, le Dhawala-Giri ou montagne Blanche , masse colossale de 8,766 métres , est la plus haute montagne du globe. A Vorient, le sauvage Sine-Schan, aux flancs déchirés par d’impétueux torrents, parait la surpasser encore en hauteur; mais il est trop peu connu jusquici pour qu’on puisse en décrire les caractéres géologiques. Les chaines du Yun-Ling et du Khinggan-Ola, détachées di massif principal, courent a orient ; elles forment au midi 1a transition aux nombreux rameaux qui parcou-

rent la Chine, et dont les plus considérables sont le Nan-

Ling et le Pé-Ling; au nord, la transition aux montagnes

de la Mandchourie, dont la chaine orientale , le Tschangpe- Schan, oppose a la mer une muraille de rochers haute de 1000 métres. Moins ¢levyées, mais reposant sur une plus large base, les montagnes du bord septentricnal du plateau s’abaissent graduellement jusqu’a ta plaine. Les bassins des lacs Baikal et Saisan les partagent en trois groupes, que Yon peut désigner sous les nums généraux de chaine Daourique, de systéme de lAltai et de chaine de la Dsoungarie. C’est 4 cette derniére qu’appartiennent le Mouz-Tagh ou montagne de glace , au sud-ouest, et le Bolor-Tagh ou montagne nuageuse, qui forme la limite occidersi Je du plateau et unit ses escarpements , au nord-ouest , avec la chaine du Turkestan. Le grand plateau central de lAsie, ceint ainsi de tous cdtés, est divisé en plusieurs plateaux secondaires par des chainons qui dérivent des chaines principales, comme le Kuen-Lun ou Koul-Koun , l’In-Chan et le Nan-Chan a lest, et le Thian-Chan avec le Bokdo-Ola, haut de prés de 7,000 métres, 4 Pouest. Ces plateaux secondaires forment au midi les hautes vallées du Thibet, & 5,000 métres au-dessus de la mer; au centre, les steppes de la Tatarie; au nord, les plaines de la Dsoungarie et celles de la Mongolie, qui n’ont plus que 800 métres d’élévation , et qui servent de limite, au nord-est, a la zone de déserts de Yancien monde, appelée sur ce point extréme désert de Schamo ou de Gobi.

Moins vaste, puisqu’il n’a qu’une superficie de 40,700 myriam. carrés, ef beaucoup moins élevé, le plateau de l’Asie antérieure se rattache au massif oriental par le plateau de Iran, la chaine médo-arménienne et le plateau de l Anatolie. Le plateau de l’Iran, haut de 2,000 métres a lest, de 1,300 métres a louest, s’abaisse au centre, dans les environs du lac de Zareh, 4 700 métres. D’immenses déserts de sable, de gravier et de sel le couvrent en grande partie, et de hautes montagnes l’entourent de tous cdtés. Ce sont, a l’orient, les hauts chatnons escarpés de la chaine indo-persique, dont le pic le plus élevé, le Tréne de Salomon, a 4,000 mé tres; au sud, les sauvages terrasses du Beloudchistan et du Farsistan ; au nord, ’E! brouz, qui s’abaisse brusquement vers la mer Caspienne, et offre le volean du Demayend, haut de 4,000 métres; enfin, plus a Vest, la chaine du Khorassan, interrompue par de larges enfoncements accessibles et se liant par les hauteurs du Paropamisus avec la chaine du Turkestan et avec ’Hindou-Kouh. La configuration du sol est plus compliquée dans la chaine médo-arménienne :on rencontre d’abord, comme continuation des escarpements sud-ouest de I’Iran, les terrasses du Kourdistan, dont les masses sauvages et déchirées terminent le plateau autour des lacs d@’Urnia et de Van ; tandis qu’au nord, comme prolongement de P'Elbrouz, jusqu’aux profonds bassins de |’ Araxe et du Kour, elles sont encadrées par les montagnes de PAderbidjan et de?Arménie, qui renferment des plaines hautes, comme celle d’Erzeroum, de 2,000 métres, et portent leurs sommets escarpés jusqu’aux nues. Tel est PArarat, élevé de 5,333 métres au-dessus de la mer. De ce labyrinthe de rochers bouleversés par des voleans part, dans la direction de Vouest, un chainon qui s’¢lend au nord et an sud de Asie Mineure, et dont les versants intérieurs en se réunissant forment un plateau trés-tourmenté sur lequel s’élevent Argwus, et ’Hassan-Dagh a 4,333 métres de hauteur. L’escarpement méridional a recu le nom général de Taurus; il commence a.J’est avee une hauteur absolue de 3,500 a 4,000 metres.

Toutes les autres monfagnes de l’Asie doivent étre considérées comme des embranchements du massif intérieur. Toutes, a exception du Caucase et dune partie dela chaine sibérienne , courent du nord an sud, et sont séparées pat de profondes vallées des chaines principales , excepté dans l'Inde Transgangétique. Sur les limites de Asie et de PEn-

rope s’éléve l’ Oural, divisé en trois branches : Oural sep-

tentrional ou désert, Oural moyen, riche en métanx, et

Oural méridional ou bas Oural, avec des cimes de 1,666 métres , mais sans liaison, comme on le croit encore , avec le plateau central. Sur Visthme qui sépare la mer Caspienne de la mer Noire, le Caucase porte ses crétes 4 3,300 métres de haut et offre 4 c6téde profondes vallées des cimes gigantesques, telles que PElbrouz, 5,700 métres, et le Kasbek, 5,100 métres. Les hautes plaines de la Syrie s’élévent graduellement depuis le désert d’Arabie jusqu’aux chatnes de YAntiliban et du Liban, 2,700 métres, qui s’abaissent en terrasses escarp¢es jusqu’aux cdtes étroites de la Phénicie et de la Palestine, et se rattachent, au sud, d’un cété au désert sablonneux PEl-Tyh, de Vautre au plateau du Soristan, et par lui au plateau de l’Arabie. Ce dernier plateau présente dans sa surface uniforme un caractére vraiment africain; il est coupé de roches arides, de déserts de sable, de steppes, et ses bords, en forme de terrasses, atteignent, diton, sur la cote occidentale une hauteur de 2,770 métres. La presqu’ile en deca du Gange est formée par le plateau du Dekan, qui s’éléve de louest 4 lest, et dont la hauteur moyenne est de 660 4800 métres. Ce plateau est séparé par les Ghattes-Occidentales de I’étroite cdte du Malabar a l’ouest, et par les groupes moins considérables des Ghattes-Orientales dela cote, plus étendue, de Coromandel alest. Le plateau intérieur, dont la surface est fort accidentée, est s¢paré au nord des plaines de l’Hindostan par la chaine de Yindhya et les monts du Malwa. Au sud, au contraire, les Ghattes se réunissent dans la contrée oi: ie Cavery prend sa source, et par leur jonction forment les pics les plus élevés de la péninsule, les monts Nil-Gherri ou montagnes Bleues, avec des cimes de 2,700 métres. Coupée brusquement par la profonde ef étroite vallée de Gap, cette chaine s’éléve de nouveau & une hauteur considérable sous le nom d’Ali-Gherri, plonge avec Je cap Comorin dans la mer, et reparait sur Pile de Ceylan dans le groupe du Pic a’ Adam, Les chatnes de {nde Transgangétique ou malaises doivent éfre regardées comme des embranchements du Sine-Chan. L’une d’elles s’étend jusqu’a ’extrémité méridionale de lAsie, et se prolonge dans les iles de la Sonde sous la forme de volcans ; mais la plupart de ces montagnes sont presque aussi inconnues que la chaine dont elles se détachent. Si les monts Junam, le Pé-Ling, le Nan-Ling ct les chaines de la Corés paraissent étre moins des groupes détachés que des embranchements des montagnes de la Chine et de la Mandchourie, les chaines dela Sibérie orientale, celles d’Aldan, de Jablonoi ct de Stanowoi, par contre, quoique provenant de la chatne Daourique, sont indépendantes. Elles s’abaissent peu & peu vers Ja plaine, se coupent en falaises vers la mer, s’étendent jusqu’au cap Oriental, et se rattachent aux chaines volcaniques du Kamtschatka , qui se prolongent avec leurs différents caractéres sur les files de]’Asie Orientale.

Si des plateaux ef des montagnes du continent asiatique on descend dans ses enfoncements et dans ses plaines, on trouve d’abord au nord les plaines de la Sibérie, d’une superficie de 102,300 myriam. carrés, c’est-d-dire plus grandes que l'Europe entiére, mais désertes et désolées en majeure partie. Au sud-ouest, la Sibérie se lie aux plaines du Touran, et aux déserts de sable, de gravier et de sel qui entourent la mer Caspienne et le lac Aral. C’est dans cette région que se trouve le point le plus bas de Asie, présentant une dépression de 25 métres au-dessous du niveau de la mer Noire, tandis qu’au pied du revers méridional du massif continental s’étendent & louest les riches pAturages de la Mésopotamie et les plaines bralantes du désert Syro-Arabe ; ’Hindostan, avec la plaine stérile et sablonneuse du sud A Youest et la plaine bien arrosée du Bengale a lest, forme un contraste frappant avec les cimes neigeuses de l’Himalaya. Les vallées de Inde Transgangétique, larges vallées longitudinales ou étroits vallons, sont séparées les unes des autres

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par de hautes chaines de montagnes, tandis qu’au sud-est de l’Asie, les belles et fertiles plaines de la Chine s’étendent dans Jes montagnes qui bornent la presqu’ile et s’ou® vrent a l’orient sur la pleine mer,

Sous le rapport hydrographique , le continent asiatique offre les caractéres les plus opposés. Ici des fleuves impétueux précipitent leur course sans frein, ou des lacs nombreux reflétent les montagnes qui les environnent; c’est une surabondance d’eau qui rappelle Amérique; 1a, au confraire, comme en Afrique, le sol altéré attend en vain une ondée rafraichissante. Nulle part la zone de déserts de l’Ancien Monde n’a imprimé ses caractéres en traits plus frappants que dans les steppes de I’Asie. La profonde steppe du Touran contient les plus grands lacs dela terre, la mer Caspienne et Aral, la premiére d’une superficie de 3,850 myriam., et le second de 385 myriam. carrés ; celui-ci alimenté par le Sihoun et le Djhoun, celle-la par ’Emba, l’Oural, le Volga, le Terek et le Kour. Un seul lac de quelque importance, le Zareh, avec l’Hilmend, se rencontre sur le plateau de Iran ; mais on en trouve un grand nombre, au contraire, dans les hautes régions ouest et sud-est de ’Asie postérieure. Les plus importants sont : 4 Youest, le lac Balkasch avec Vlli, I'Issi-Koul avec le Tchoui, ef le Lop- Noor avec le Tarim; au sud-est, le Khou-Khou-Noor et le Tenegri. Un phénomeéne particulier & VAsie, ce sont ses grands fleuves jumeaux, ou ses puissants courants d’eau qui prennent leur source dans la méme contrée, se creusent Ges lits paralléles, et vont se jeter dans la mer sur laméme cote. Parmi ces fleuves fréres, on peut cifer le Sihoun et le Djihoun, ? Euphrate et le Tigre, le Gange et le Brahmapoutra, le¥Yang-tse-Kiangetle B oang-ho, L’ Amour, au contraire, coule isolément 4 Vest, et ’ Indus au sud. Les fleuves de la Sibérie appartiennent a un seul et méme systéme: ce sont l’Ob et Y Irtisch, le Tobol et !’Ischim, le [éniséi et la Toungouska supérieure et inférieure, et le lac Baikal, dune superficie de 275 myriam. carrés, la Léna, VIndigirska et la Koluma. Tl en est de méme des fleuves de Asie Transgangétique : le May-Kaung ou Cambodje, le Menam, le Thalayn et l’Irawaddy; de ceux de l’Inde en deca du Gange : la Krischna, Je Godawery, le Cavery, la Kistnah et la Nerbudda; des lacs de l’Arménie, l’Urmia et le Van, et des fleuves de la Syrie et de l’Asie Mineure, l’ Oronte, le Méandre, le Kisil-irmak, auxquels se rattachent dautres cours d’eau, et des lacs sans issue dans la mer, comme le Jourdain et la mer Morte en Palestine.

Noyau colossal, d’ot s’échappent dans toutes les directions une foule de chaines secondaires , de profondes vallées, de monfagnes énormes, de fleuves majestueux, le grand plateau de Asie orientale régle en quelque sorte les climats de ce vaste continent: hivers plus rudes, étés plus chauds, abaissement dela température de louest a l’est, limitation des influences tropicales, et néanmoins développement le plus varié de la nature organique a tous les degrés de |’échelle , tels sont les traits essentiels du climat de l’Asie, Pour ¢tre étudié, un tableau si vaste exige des divisions naturelles. Tandis que l’Amérique, qui s’allonge dans le sens du méridien, présente, selon la position mathématique, 4 la méme heure du jour, les saisons epposées et la plus grande variété de climats , l’Asie, qui s’étend piutdt de lest 4 Pouest , offre & des heures différentes une plus grande similitude de climats et de saisons; mais sur l’un comme sur l’autre continent le climat atmosphérique est modifié par des causes naturelles : en Amérique surtout, par influence de l’Océan ; en Asie, par celle des plateaux et des montagnes. L’Asie s'étend vers Je nord plus loin que l’Amérique, et cependant elle touche presque du cété opposé a I’équateur, possédant ainsi la plus grande variété de climats et les extrémes de la nature organisée , depuis les cétes glacées de la Sibérie jusqu’a la région des palmiers et des bananiers. Comparativement a Amérique, l'influence continentale s’y manifeste

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cependant d’une maniére plus marquée , puisque les zones climatériques en Asie indiquent une température plus basse dev3° 4 6° en hiver et plus haute de 2° a 3° en été. De plus grandes différences de température paraissent done étre un phénomeéne caractéristique pour cette partie du monde. En Asie, la zone tropicale proprement dite, la région des pluies, des palmiers et des bananiers, n’embrasse que les cétes et les vallées méridionales; car 4 une latitude trés-basse Yinfluence des montagnes refroidit déja la température, et les productions des tropiques font place aux fruits du sud et aux arbres toujours verts. Si cette zone commence en moyenne au 30° de latitude septentrionale, c’est-a-dire a la latitude du nord de l’Afrique, du Texas et de la Floride, elle s’étend, par contre, presque jusqu’aux rivages de la mer Polaire, oll, pour peu de temps il est vrai, la température est proportionnellement trés-élevée en été. Dans le mois le plus chaud le thermométre monte 4 4° Réaumur dans Vile de la Nouvelle-Zemble. Le caractére continental augmente de Pouest A lest dans le nord de !’Asie ; dans le midi, il diminue dans cette méme direction, car l’Arabie est encore vraiment continentale, tandis que l’archipel des Indes est vraiment océanien. De ces particularités, que nous venons dindiquer seulement en partie, il résulte que on ne peut pas considérer l’Asie , relativement 4 son climat, sous un point de vue général, mais qu’on doit la diviser en quatre régions : l’Asie septentrionale, l’Asie centrale, l’Asie du sud et du sud-est, et l’Asie occidentale.

1° Asie centrale ou haute Asie. Comme en Afrique , des plaines mal arrosées et des steppes y occupent d’immenses espaces , sous influence égale d’une aridité continentale et de la sécheresse de l’atmosphére. Mais, tandis qu’en Afrique le désert offre une plaine unie sous un ciel brdlant, en Asie de hautes montagnes, des sommets neigeux qui arrétent les vents de mer, offrent le contraste de la sécheresse de l’Afrique tropicale et des glaces du Nord. La sécheresse de lair ne sert qu’A rendre d’autant plus rigoureux Phiver, que signalent de furieuses tempétes. L’ouragan méle d’épais flocons de neige au sable qu'il souléve, détruit toute végétation, épouvante les animaux et les hommes qui habitent les vallées & Vabri de ses ravages, et change de vastes contrées en déserts inaccessibles. Les tempétes. s’apaisent , es chauds rayons du soleil du printemps fondent la neige, amollissent le sol durci et le fécondent, le revétent en peu de temps d’un tapis verdoyant de plantes et de fleurs, et ne laissent que le désert imprégné de sel ef couvert de sable a son aridité éternelle. Alors sortent de leurs étables les troupeaux de beeufs, de chevaux , de moutons ; alors reparaissent sur les hauteurs les gazelles, les chévres sauvages , les 4nes, Vours et le tigre guettant leur proie, et une vie joyeuse anime la steppe. Cependant le soleil monte ; il absorbe Phumidité de Vhiver, que pas une goutte de pluie ne remplace, et ’herbe disparait aussi vite qu’elle était venue. La plaine , qu’aucun arbre ne protége contre les ardeurs du soleil , offre ’aspect d’un paturage aride, d’une steppe dévorée par un vent brilant, d’ot Phomme se hate de fuir sur son léger dromadaire, jusqu’a ce que Vhiver vienne lui restituer ses droits. Le tableau change sur les limites du plateau, dans les belles vallées des escarpements de la Chine, de la Mandchourie, de la Daourie, etc. La de hautes foréts , de magnifiques prairies, des plantes nutritives croissant en abondance dans les champs cultivés, des animaux nombreux et variés annoncent une nature plus propice, qui favorise la culture de la vigne, du coton, et l'éducation des vers a soie, 4 une hauteur de 1300 métres, sous les 40°-42° de latitude boréale. Dans les hautes vallées du Thibet méridional des mousses spongieuses absorbent Ihumidité de la Neige qui couvre Je sol pendant cing 4 sept mois, suppléant ainsi 4 l'absence des courants d’eau et des foréts , lorsque été suectde brusquement a Vhiver, été si chaud qu’a 2,600 métres il mfrit le raisin , 4 2,900 métres les pommes,

les noix, les abricots, & 4,700 métres le seigle et l’orge. Ces phénoménes, exclusivement propres a cette portion du continent asiatique, exercent une puissante influence sur la vie privée des hommes et des animaux. Le Thibet nourrit plusieurs espéces particulitres de boeufs et de pores, de buffles , de chevaux et de grands chiens, de moutons et de chévres, presque tous revétus du poil le plus fin , habiles a gravir les montagnes escarpées, propres a porter des fardeaux et a aider Vhomme dans ses travaux.

2° Asie du sud-est. Le climat des plaines et des cétes différe de celui des contrées montagneuses de Pintérieur, sur lesquelles ne s’exerce pas influence de la mer. Voisine des cimes neigeuses de |’Himalaya et de Varide plateau central, cette région, dont le sol humide est échauffé par le soleil des tropiques, présente dans les plaines du Bengale, sur les collines du Tarai et les cdtes de l’Archipel indien, une végétation luxuriante, qui rappelle celle de Amérique. Sous l’action dune chaleur étouffante et d’une atmosphére chargée de vapeurs, les arbres atteignent une hauteur de plus de 30 métres , les fougéres prennent la grandeur de nos arbres, et les roseaux, comme le bambou , ont une grosseur telle que leurs tiges, semblables 4 des arbres creux , servent de vases et de tonneaux. Les foréts tropicales consistent en bois de sandal, d’ébéne, de teck et d’acajou, en dragoniers, plusieurs espéces de palmiers, qui, avec le cocotier, le bananier et Parbre a pain, fournissent les substances alimentaires végétales le plus généralement répandues. Dans les Indes orientales et !’Asie australe, la vigueur de la végétation américaine se montre unie au parfum de la {lore africaine dans des foréts d’arbres aromatiques croissant souvent sans culture, comme le muscadier, le cannellier, le giroflier, le poivrier, etc. Les vastes riviéres du Bengale, les foréts marécageuses de V Afghanistan, du Tarai, des cétes de VAracan, de |’Asie australe et de Inde en dega du Gange, sont peuplées d’éléphants , de tigres , de lions, de panthéres, de rhinocéros , d’énormes sangliers , de serpents gigantesques et de reptiles plus redoutables encore. A cété des plantes tropicales, comme le coton et la canne a sucre, croissent toutes espéces de plantes européennes ; mais le riz forme la principale nourriture des habitants. Outre le buffle et le chameau, les animaux domestiques répandus en Europe aident ’homme dans ses travaux ; seulement les cheyaux , qui n’ont peut-étre é{é introduits dans les Indes qu’a une époque postérieure, s’y sont moins multipliés. A mesure qu’on s’éléve sur les pentes des plateaux et des montagnes, la chaleur étouffante diminue avec les phénoménes qui l’accompagnent; la température est plus fraiche, Pair plus sec, les arbres aromatiques disparaissent, le cocotier croit avec peine 4 500 métres, le bananier 4 1000 métres; mais, par contre, de hautes et sombres foréts d’arbres, la plupart toujours verts, couvrent les flancs des montagnes; et sur les hautes plaines tropicales régne un printemps presque éternel sous Ja douce influence duquel mirissent le café, le coton et toutes les espéces de fruits duSud. Les vents périodiques appelés moussons exercent une remarquable influence sur les saisons et le climat de l’Asie méridionale. Ils apportent soit des pluies torrentielles, soit la sécheresse, et quelquefois un froid sensible, selon le cété d’ou ils soufflent; inais l’effet n’en est pas uniforme dans toutes les régions de l'Inde ni sur toutes les parties de l’océan Indien, dont la surface est bouleversée par les courants d’air les plus vioients et les plus divers, Comme les Cordilléres de I’ Amérique méridionale, la haute chafne des Ghattes occidentales partage l'Inde en dega du Gange en deux climats distincts : ainsi, tandis que la saison des pluies régne de mai en septernbre sur la cote occidentale et dans l’intérieur de I’Hindostan, elle tombe sur la céte orientale dans les mois d’octobre a janvier. De semblables irrégularités se font remarquer dans l’Asie australe, dans l'Inde Transgangétique, et sur les cdtes orientales de la Chine, sur lesquelles les violents ouragans,

appelés ¢aifoun ou tiifung, exercent principalement leur fureur, Les plaines de la Chine ne participent pas au climat tropical, 4 cause du voisinage des sommets neigeux qui les bornent au nord, et, d’un autre cdté, le voisinage de la mer leur enldve le caractére de climat continental. Les plus basses semblent destinées par la nature 4 devenir de magnifiques champs cultivés, od croissent le riz, a cété des légumes el des céréales de l'Europe, les fruits du Sud, le murier, le cotonnier, les plantes tinctoriales, etc. Les plantes sauyages y sont aussi rares que les animaux farouches; et parmi les animaux domestiques , le cochon est le plus répandu. Les foréts qui couvrent les versants des montagnes rappellent celles de ’ Amérique sous le méme paralléle ; dans les régions inférieures, elles portent encore le cachet de la flore tropicale dans leurs bambous gigantesques , leurs palmiers et leurs plantes lactescentes. Indépendamment de magnifiques magnoliers, de plusieurs espéces de cyprés ef d’autres arbres yerts, elles produisent une foule d’arbres qui alimentent le commerce de la Chine, comme V’arbre a suif, le savonnier, l’arbre a cire et le camphrier. La rhubarbe croit encore sur les cimes dépouillées qui couronnent la région des foréts, comme lolivette sur les chaines inférieures et le thé dans les vallées des contrées montagneuses. Dans les basses montagnes de la Chine, comme dans les régions moyennes des plaines voisines, la succession des saisons qui caractérise la zone torride, et qui n’est propre en Asie qu’a VInde et a Arabie, change entiérement; il y a quatre saisons, deux humides et deux séches, répondant au printemps, a Pété, a Pautomne et a Vhiver des pays septentrionaux.

3° Asie septentrionale. On eomprend sous ce nom les plaines de la Sibérie, les steppes du Touran et les revers septentrionaux du haut plateau de l’Asie centrale. L’Asie septentrionale forme la plus grande partie des terres polaires arctiques du globe. Elle offre dans ses vastes régions des phénoménes physiques analogues A ceux de la zone polaire de Amérique, mais qui en different a plusieurs égards, a canse du caractére continental de l’Asie. Située sur les bords dune immense mer de glace, la Sibérie ouvre ses rivages a un apre vent du nord; et, a l'extrémité opposée, des chaines de montagnes couvertes de neige opposent une arriére infranchissable 4 la douce influence des vents du sud. Les hivers sont longs, les étés courts; le sol, constamment gelé, est sillonné par une surabondance de fleuves gigantesques, et dans le vyoisinage du péle une plaine qui s'étend a perte de vne permet le libre développement du caractére continental. Toutes ces causes doivent contribuer 4 augmenter le froid, comme en Amérique des causes en partie contraires tendent a le diminuer. Néanmoins, a exception des extrémes régions boréales , quwil abandonne a leurs neiges éternelles, V’été, quelque court qu’il soit , permet aux arbres de croitre, aux céréales de pousser a une latitude de quelques degrés plus élevée qu’en Amérique. La zone des arbres du Nord et des céréales européennes s’‘tend au midi d’une ligne tirée depuis les sources de la Petchara jusqu’au 56° de latitude boréale sur la cdte occidentale du Kamtschatka, coupant le revers septentrional du grand plateau central et embrassant les rives du lac Aral et de la mer Caspienne. Cependant les foréts, composées d’arbres a feuilles tombant périodiquement et d’arbres 4 feuilles persistantes , n’atteignent pas, non plus que VPherbe des prairies, la vigueur de la végétation américaine sous la méme latitude , et ni les fruits d'Europe ni la vigne ne peuvent morir dans les vallées protégées par des montagnes, bien que le froment y vienne A maturité, La zone des mousses et des baies n’est méme ni aussi riche ni aussi variée qu’en Amériqué; sur plusiears points méme elle est interrompue par les déserts de glace des Toundras, Dans les montagnes de la Sibérie méridionale, la limite des neiges fernelles s’éléve & 2,200 métres, tandis que, dans le Kamtschatka meridional, elle descend A 1,600 médtres, et

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par conséquent elle n’atteint pas les sommets des monts Aldan et Oural , qui n’ont que 1,300 métres de haut. A un hiver long et rigoureux, accompagné d’un vent violent et glacial, appelé bourran , succéde presque sans transition un été étouffant, dont le soleil développe rapidement les fleurs et les fruits. Dans les contrées privées d’ombre la chaleur devient si insupportable que la plupart des tra. vaux se font la nuit et le soir, et Jes myriades de mose quites qu'elle appelle a la vie tourmentent hommes~et animaux dune maniére aussi insupportable que dans les steppes de Amérique tropicale. Cependant c’est peine si ce sol s’amollit & quelques pieds de profondeur. Ses couches inférieures restent éternellement gelées ; et 4 Jakoutsk on a encore trouvé de la glace 4 dix métres de profondeur, Le régne animal ne différe pas moins que le climat et la végétation en Sibérie et en Amérique. La grande famille des herbivores y est presque inconnue; le renne seul y est commun, a l'état sauvage ou domestique. Par contre, la Sibérie rivalise avec l’Amérique pour l’abondance de ses fourrures ; et elle posstde aussi plusieurs espéces d’animaux féroces, le loup, Yours, le renard; le tigre méme et la panthére y pénétrent pendant les chaleurs de l’été. Quant aux animaux domestiques, le nord de l’Asie est incomparablement plus riche que l’Amérique. Dans cette derniére partie du monde le renne n’a pas encore été apprivoisé, tandis qu’en Sibérie on s’en sert, ainsi que du chien, comme béte de trait. En outre, le mouton et le cheyal sont généralement répandus dans les contrées du sudouest , et lon trouve méme des chameaux dans le voisinage des déserts,

4° Asie occidentale. Sous plusieurs rapports, et particuliérement sous celui du climat, la géographie de cette partie de PAsie rappelle le voisinage de V’Afrique; mais nulle part cette analogie n’est plus frappante que dans PArabie et la partie limitrophe de la Syrie. La plateaux et vallées se distinguent par leur aridité et la pauvreté de leur végétation; le dattier seul, pour ainsi dire, y représente la vie végétale , tandis que sur les terrasses arrosées et voisines de !Océan le caféier, le millet, les plantes aromatiques et les végétaux a épices croissent a cété du palmier et des arbres a fruits du Sud. Les animaux de |’A frique se retrouvent aussi en Arabie. Les gazelles et les autruches courent d’oasis en oasis, fuyant le lion, la hyéne, le chacal; le chameau parcourt les déserts et les plaines couvertes périodiquement, comme les steppes, de plantes séches aromatiques; mais cette nature uniforme du désert disparait avec la température tropicale dans les vallées et sur les terrasses abondamment arrosées de la Syrie septentrionale et de I’Anatolie. Le sol est coupé de grandes foréts arbres qui perdent ou conservent leur feuillage pendant Phiver; la vigne, le coton, le café, le mdrier, les fruits du Sud, Volivier, le figuier y réussissent parfaitement; et en fait de céréales on y cultive le froment, le mais et le riz. Une végétation plus magnifique encore distingue les terrasses du plateau de Viran, ot le froment marit a 1,300 métres d'élévation au-dessus de la mer, et loranger a 1,000 métres, ou des foréts entitres d’arbres fruitiers européens et de myrtes alternent avec des vignobles, des bosquets de roses et des bouquets d’arbres chargés des plus beaux fruits du midi. Ce paradis offre un contraste frappant avec Varidité des cdtes de la mer et la stérilité du sommet du plateau, qui participe 4 tous les inconvénients du climat continental de la haute Asie orientale, Le bassin de la mer Caspienne et du lac Aral offre encore un caractére vraiment asiatique dans ses déserts et ses maigres pAturages, qui ne nourrissent que des chameaux, des moutons et des chevaux, et qui ont réguliérement a souffrir de rudes hivers. Les plateaux du Caucase , de l’Arménie et de l’Anatolie forment la transition A l'Europe. Les forets de haute fulaie , les plantes alimentaires et lagriculture européenne y dominent, les

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amimaux domestiques sont plus nombreux et plus varics, e{ la nature continentale de Yorient se rapprothe de plus en plus de la nature de loccident de Ancien Monde, soumis davantage aux influences de ?Océan, Si lon ajoute a cette description de la nature organique un tableau des richesses minérales que le sol de Asie renserme, les diamants de l'Inde et de ’Oural, Por du Japon, du la Chine et de Inde Transgangétique, de Altai et de POural , argent et le cuivre de l’Asie orientale, de lAsie russe et de la Turquie asiatique, les mines de fer de presque toutes les régions, les minéraux utiles abondamment répandus partout, Asie s’offrira & imagination comme un des continents les plus favorisés de la nature, admirablement propre a servir de premiére patrie 4 Phomme, a le nourrir, & ’élever dans son enfance, et a V'introduire sur le théatre de Vhistoire du monde. Baigné par l’'Océan , arrosé par des fleuves et des rivitres impétueuses, étendant sur les tombeaux de glace d'un monde primitif qui a disparu ses foréts et ses plaines , il offre d’abondantes ressources aux peuples chasseurs et pécheurs; il a ses steppes et ses déserts, bralés par les rayons d’un soleil perpendiculaire ou bouleversés par les tempétes de Vhiver, pour les nomades et les caravanes; il a enfin ses terrasses et ses plaines pour les nations sédentaires, qui se livrent aux travaux de Pagriculture et de ’industrie; sa nature se préte a tous les genres de vie, A toutes les religions, 4 toutes les formes de gouvernement, et il offre ’homme a tous les degrés de la civilisation, comme autrefois il a donné Vimpulsion a la marche de Vhumanité.

Le nombre des habitants de l’Asie s’éléve , terme moyen, 4 650 millions, c’est-d-dire 4 la moitié des habitants de toute la terre; toutefois cette population est si clairsemée, que proportionnellement l’Europe est prés de trois fois mieux peuplée. Deux variétés de Yespéce humaine y dominent : la race caucasienne , 4 Vouest ef au sud 200 millions), et la race mongole au nord et a Vest (400 millions ). On trouve, en outre, au sud-est, quelques traces @une race éthiopienne, les Malais, au nombre de 13 millions; ces divers éléments s’étant mélés et confondus a V’infini, nous croyons ne pas devoir entrer dans de grands détails touchant les différences de nations et de langages; hous les grouperons comme il suit : 1° Growpe chinojaponais. A ce groupe appartiennent les Chinois, les Japonais , les Coréens et les Indo-Chinois. Ces derniers se subdivisent en Birmans, Pégouans , Laos et Siamois a loccident, et en Tonquinois, Cochinchinois et Cambodjéens & Vorient. Ces peuples parlent des langues trés-différenfes , parmi lesquelles domine cependant le chinois , comme langue savante. 2° Sowche tatare ou de la haute Asie, divisée en quatre branches principales : les Thib¢tains , les Tatars ou Mongols , les Tongouses et les Turks. Au nombre des Mongols propremenf dits on compte les Mongols orientaux (Scharras, Kalkas) , les Mongols occidentaux ou Kalmouks et les Burétes. Les Tongouses se subdivisent en Tongouses méridionaux ou Mandchous et en Tongouses septentrionaux ou Tongouses proprement dits. A la branche turque appartiennent des peuples nombreux , comme les Turks proprement dits ou Osmanlis, les Ouigoures et les Ousbeks, les Turcomans ou Trouchmens, les Tatars Turks , les Nogais et les Kounnouks, les Baschkirs, les Kirghises, les Barabinzes et les Iakoutes, etc. Les langues de ce groupe, qui sétend des cétes orientales aux cdtes occidentales, se divisent en un nombre infini de dialectes, offrant 4 l’est des analogies avec le chinois et présentant 4 Pouest un mélange d’éiéments arabes, 3° Groupe tchoude, comprenant dans ses subdivisions les Ougriens ou Ouraliens, les Ostiaks, les Samojédes, les Jou-Kagires, les Koriaks , les Kamtschadales et les Kouriliens, qui occupent la plus grande partie des plaines sibériennes , et dont !a Plupartn’ont encore qu’une langue fort imparfaite. 4° Crouve

malais proprement dit ou Malais occidentaux, répandus sur les cotes ef les files de locéan Indien, partant différentes langues, dont quelques-unes possédent une riche littérature et qui dérivent d’une ancicune langue morte. 5° Groupe aryan ou indo-curopéen, embrassaut les peuples des familles indienne, persane, caucasienne, la plupart des nations sémitiques el quelques peuplades de la famille grecque. La famille indienne se subdivise en une quarantaine de peuplades, qui habitent Inde en deca du Gange. La famille persane comprend les Beloutches, les Afghans, les Persans et les Médo-Perses ou Kourdes. A la famille caucasienne appartiennent les Arméniens , les Géorgiens et les nombreuses peuplades du Caucase. La famille sémitique se compose surtout des Syriens et des Arabes. Tous ces peuples possédent des langues parfaitement développées, comme le sanscrit et le pali, qui ne vivent plus que dans les livres de littérature et de religion , et qui sont Vobjet des hautes études, comme en Europe le grec et le latin. Le mélange de ces différents peuples est encore considérablement augmenté par les Européens, surtout par les Russes au nord et les Anglais au‘midi.

De méme que la nature aréparti ses dons d’une maniére trés-diverse en Asic , ef que les races et les langues y forment des groupes de peuples fort divers, de méme la reli-

| gion établit une grande différence entre I’Asiatique du nord, | dont Vesprit, comprimé par la rigueur du climat, s’éléve i

peine au-dessus du grossier instinct des animaux, et l’Indien, dont imagination s’enflamme aux feux de son soleil. Les religions polythéistes, le brahmisme, le bouddhisme et le lamaisme, ef la doctrine de Confucius, sont professées dans la majeure partie de l’Asie orientale, méridionale et moyenne. L’islamisme domine danslouest etdans une partie du midi. Au nord, on trouve encore un grossier paganisme. La religion chrétienne et la religion juive n’ont conservé qu’un petit nombre de fidéles dans le pays qui fut leur berceau. En Arménie, en Syrie , dans le Kourdistan et dans l’Inde on trouve quelques sectateurs des premiéres hérésies chrétiennes. Le nombre des Indiens convertis par les missionnaires est bien petit dans l’archipel oriental ; mais en Sihérie Y'Eglise grecque se répand de plus en plus, tandis que les sectateurs de Vancienne doctrine de Zoroastre disparaissent de jour en jour.

Quant 4 la civilisation, ce qui caractérise ’Asie, c’est la prépondérance marquée des peuples civilisés sur les peuples sauvages et nomades, bien quela civilisation des nations asiatiques ne puisse ¢tre comparée a la civilisation européenne, et qu’elle se distingue plut6t par une résistance inerte au progrés, et par la prédominance du sentiment sur la raison. Presque tous les peuples civilisés de cette partie du monde sont placés au méme degré de échelle; ils ont des lois qui réglent les rapports de ’Etat, de la famille, de Vindustrie, du commerce, des sciences et des arts; lois invariables depuis des siécles, fort arriérées si on les compare a celles d’autres nations, religieuses dans toutes leurs tendances , bien que le caractére religieux de la civilisation ait disparu en Chine plus que dans les Indes, en Arabie, en Perse et en Turquie. Si l’on donne, comme e’est usage en Europe, lenom d’Orientaux aux habitants de ces trois derniers pays, on devra distinguer sous plus d’un rapport la ci- Vilisation des Orientaux de celle des Indiens et des Chinois. Ainsi, on trouve chez les Orientaux des esclaves, chez les Indiens des castes, chez les Chinois une égalité civile et politique parfaile. Dans toutes leurs maniéres, les Orientaux ont une aisance, une noblesse que l’on ne rencontre pas chez les faibles et bons Indiens, et qui contraste fort avec la pédanterie cérémonieuse des Chinois. Les Orientaux sont fatalistes ; la croyance 4 un destin immuable qui régle tous les éyénements ne les abandonne dans aucune circenstance de leur vie, et leur enléve tout sentiment de la liber té, toufe activité morale. Les Indiens se croient beaucoup plus res=

ponsables de leurs actions envers leurs divinités. Les Chinois ne croient pas réellement & un monde invisible et n’ont méme pas dans leur langue le mot de Dieu. Tandis que les habitants de ’Europe occupent sur l’échelle de la civilisation un degré a peu prés aussi élevé, et les Africains un degré presque aussi bas, non-seulement les trois classes des peuples asiatiques different profondément entre elles, mais elles offrent méme de nombreux contrastes. Par exemple, chez les nomades, le Kirghise, voleur de grand chemin, est tout l’opposé du Mongol, loyal et sociable : preuve convaincante de la puissante influence de la nature, qui exerce son pouvoir irrésistible sur les Asiatiques habitant des contrées fort diverses et doués de caractéres tout opposés.

L’activité industrielle n’est répandue naturellement que chez les peuples civilisés , et parmi ceux-ci seulement chez les Chinois et les Japonais, les Indiens, les Persans, les Boukhares et les Osmanlis; car les Arabes, les Indo-Chinois et les Thibétains n’exercent aucune industrie, et les Arméniens ne sont que marchands. En général , Vindustrie n’est nullement en rapport avec Pabondance et la variété des matiéres premiéres; mais les objets auxquels elle est réduite jouissent a bon droit d’une grande réputation de perfection, comme les tissus de soie, de coton et de laine, le cuir, les armes, les couleurs. Les mousselines des Indes, les chales et les tapis de la Perse et de la Turquie, les aciers de Damas et les maroquins de la Turquie sont encore recherchés sur les marchés européens; les porcelaines , les papiers , les laques et ies ouvrages en ivoire de la Chine et du Japon sont toujours admirés comme sans égaux. Le commerce de l’Asie est fort étendu ; aujourd’hui encore il se fait surtout par caravanes et sur les mémes routes que dans l’antiquité, entretenant Vactivité et la vie dans les villes qu’il traverse, et qui, bien qu’entourées des ruines d’une puissance éteinte, jettent encore de V’éclat. De grandes caravanes transportent a dos de chameau, les marchandises a travers les déserts, ef se rencontrent dans certaines yilles, comme Bokhara, Hérat, Bagdad, Alep, Damas, etc. La Chine fait un important commerce avec la Russie a travers le Gobi oriental, et avec le Turkestan par le Gobi occidental. L’Inde enyoie ses marchandises par le plateau de!’Iran dans la Syrie, l’Arménie et l’Asie Mineure, et par Bokhara jusqu’a Orembourg et dans la Russie européenne. Les pélerins et des caravanes se rendent de la Perse et de la Turquie 4 la Mecque, et les Russes aménent en Europe a travers l’Oural les richesses de Ja Sibérie. Le commerce par terre est en majeure partie entre les mains des Boukhares et des Arméniens, des Juifs, des Banians et des Européens; le commerce maritime, au contraire, est presque exclusivement exercé par les Européens, et surtout par les Anglais; les Arabes, les Banians et les Chinois ne faisant guére qu’un commerce de cabolage. Les p maritimes les plus importantes sont Smyrne, Mascate, Bassura, Abuscher, Bombay, Madras, Calcutta,’ Singanour, Batavia, Canton, Shang-Hai et Nangasaki.

Sons le rapport politique Asie oflre des oppositions bien tranchées, déterminées en partie par le degré de civili« sation de ses différents peuples. Tandis que les tribus sauvages vivent sans chefs, en familles isolées, et se doutent a peine qu’un monarque européen les appelle ses sujets ; tandis que les hordes nomades, sous leurs kans ou leurs cheiks, conservent encore les formes du gouvernement patriarcal ou sont placées sous la suzeraineté des plus puissants empires, les peuples civilisés, constitués en grands Etats monarchiques ou despotiques, repaissent leur orgueil du souvenir de leur gloire passée, et continuent a éviter, quelques-uns avec succés, tout contact avec l’étranger. De bone heure l’Asie s'est répandue sur les continents voisins, et a ébranlé sous les pas de ses armées victorieuses le sol de l’Asie, de I'Afrique et de Europe. Elle a lutté aussi bien contre Ja mystérieuse Egypte que contre Ja Gréce resp!endissante de lumiéres; elle a été ’élément principal de la puissance macé-

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donienne et la portion la plus riche de l’empire romain, Cest par la grande issue située au nord de la mer Cas pienne que les hordes asiatiques se sont précipitées sur le monde ancien : les Huns se répandirent sur l’Europe, les Tatars de Gengis-Khan et de Tamerlan inonderent les plaines slaves, tandis que les Arabes fondaient des khalifats dang trois parties du monde, et que les Croisés arrosaient leg champs de I’Asie de sang européen. L’ombre de l’empire d’Orient s’évanouit devant le cimeterre des Osmanlis, et de nos jours encore les Turcs dominent sur une partie de ’Europe. La résistance de l'Europe et le développement de sa puissance intellectuelle ont non-seulement opposé une digue au débordement de l’Asie; ils ont encore étendu de plus en plus linfluence ezropéenne sur ses populations engourdies. On peut a bon droit les qualifier ainsi, car, bien qu’elles aient été agitées par des révoltes et des guerres sanglantes, jamais ces guerres et ces révoltes n’ont eu pour résultat de progrés intellectuel parmi elles. Arrivée 4 un certain point, l’Asie n’a plus d’histoire de la civilisation, elle n’a qu’une histoire politique. Depuis la découverte du cap de Bonne- Espérance, les cétes de Pocéan Indien ont pris un tout autre aspect. Les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, les Frangais, les Danois et les Anglais ont planté leurs bannitres dans les Indes. Cependant c’est de la chute de Tippou-Saib seulement que date la prépondérance des Anglais, qui fondérent un empire sur les bords du Gange, étendirent rapidement leur influence sur tout le sud, et réduisirent les colonies des autres Européens 4 quelques points isolés. Les Portugais ne possédent plus que Macao, Diu et Goa; les Espagnols sont maftres des Philippines; les Hoilandais régnent aux Moluques, sur une partie de Célébes, de Bornéo et de Sumatra, A Java; les Frangais ont conservé Chandernagor, Pondichéry, Carical, Mahé, et conquis une partie de la Cochinchine; les Danois, Tranquebar. Tandis que le sud de l’Asie était ainsi envahi par la vie européenne, au nord Ja Russie étendait sa domination sur la Sibérie et les pays du Caucase, s’emparant des clefs de la Chine et des portes de la Perse. L’écorce de glace de la Sibérie céde lentement a l’influence de la Russie ; les armes de la paix y remportent d’importants triomphes. Dans le Caucase, au contraire, le glaive seul est

capable de soumettre d’indomptables montagnards, Les na-

tionalités asiatiques qui n’ont point encore disparu se réduisent aujourd’hui aux groupes suivants : A. Growpe occidental : 1° empire de Turquie; 2° Etats de l’Arabie et ses populations nomades; 3° Perse, Afghanistan et Béloudjistan; 4° les khanats du T ur kestan et leurs populations nomades. B. Groupe oriental : 1° Japon;2° Chine et ses Etats tributaires. C. Groupe méridional : 1° dans Pinde en deca du Gange, outre les anciennes possessions britanniques, le Lahore, le Népaul, le Boutan, le Scinde et le Dhol pou, le Sind, le Nagpour, Hyderabad, le Mysore, etc., plus ou moins sous la dépendance anglaise; 2° dans I’Inde Transgangétique, le Lokba, le Kate schar, Pempire Birman, Siam, Annam (Tonquin, Cochinchine, Cambodge), les Etats malais de Malacea, et le pays d’Ascham, sous la protection de l’Angleterre:

De tous cétés, avjourd’hui, |’étranger européen envahit le colosse asiatique. Les puissances européennes réglent les moindres mouvements de la Porte, leurs vaisseaux bloquent les ports de la Syrie, leurs soldats y débarquent et leurs prétres sont chargés de défendre le christianisme dans son berceau, La diplomatie européenne assiége le tréne de Perse; la Chine et le Japon voient des vaisseaux étrangers sur leurs cétes, des marchands de V’Occident dans leurs villes ouvertes; la Cochinchine a été envahie par les soldats de la France qui y ont fondé une puissante colonie. Partout Europe établit des stations en Asie.

Sous le rapport intellectuel, plus encore que sous le rapport politique et mercantile, notre age retire d’immenses

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avantages de cette influence de l'Europe sur l’Asie. Aujour- @hui la science récolte plus en une année qu’elle ne récoltait autrefois en un siécle, alors qu'il fallait une audace intrépide pour parcourir POrient et y recueillir des documents assez incomplets et souvent fabuleux. Longtemps les récits d’Hérodote , de Xénophon, de Denys d’Halicarnasse,, d’Arrien, furent la seule source de renseignements sur cette partiedu monde. Plus tard, dans le dixiéme et le treiziéme sidcle, les Arabes surtout et quelques Européens, le dominicain Ascalinus, le franciscain Plan Carpin et te Vénitien Marco Polo rendirent des services A la géographie et a l'histoire de Asie. Une nouvelle époque s’ouvrit lors de la découverte du cap de Bonne-Espérance par Vasco de Gama et de son débarquement sur les cétes du Malabar. Les découvertes se succédérent durant le seiziéme siécle, sans donner lieu toutefois 4 ces investigations scientifiques qui signalérent déja le dix-septiéme et le dix-huitidme sidcle, grace a lactivité des jésuites. Si les résultats n’ont pas été plus satisfaisants, il faut Pattribuer a Vesprit du siecle, qui ne permettait pas une appréciation scientifique des faits, et aussi 4 ce que les voyageurs ne possédaient pas tous l’infatigable énergie d’Engelbert Keempfer, qui, de 1683 A 1692, parcourut presque toute |’Asie et consacra deux années au seul royaume du Japon. L’affermissement et l’extension de la puissance européenne en Asie, dans le dix-huitiéme et au commencement du dix-neuviéme siécle, favorisérent étude de ce vaste continent. C’est dans cette période que brillérent tes noms de Gmelin, Palias, Luike, Wrangel, Hansteen, Erman et Caslren, qui voyagérent dans le nord de l’Asie ; dé Capell-Brooke, Beechey et Basil Hall, qui parcoururent les cétes orientales ; de Hyacinthe, Turner et Moorcroft, qui visitérent le Thibet ; d’Eversmann et de Meyendorf, pour la Bou- Kharie; de Siebold, pour le Japon; de Biberstein, du comte Potocki, de Bergmann , Reineggs , Klaproth, Schlatter, Bodenstedt, Parrot, Willbraham et d’Ohsson, pour le Caucase; de Saint-Martin, Heumann, Wagner, Dubois de Montpereux et Engelhard pour l’Arménie ; de Malcolm, Pottinger, Morier, Kotzebue, Forster, Elphinstoneet Crawfurd , pour la Perse, Afghanistan et la Turquie; d’Anderson, Burney, Richardson, Pemberton, Finlayson, Hamilton, etc.,pour les Indes ; de Seetzen, Burkhardt, etc., pour |’Arabie et la Syrie; de Laborde, Violet, Choiseul-Gouffier, P. de Tchihatchef, etc., pour l’Asie Mineure; de Tomba et Renouard , pour les iles de la Sonde; de Ledebour, Meyer, Bunge, Hoffmann, Helmerssen et Alexandre de Humboldt pour le systéme des monts Altai. Ce dernier a fait, en 1829, avec Rose et Eirenberg, un voyage instructif jusqu’aux frontiéres de la Chine, dont ila publié les résultats dans les Fragments de Géologie et de Climatologie asiatique.

Parmi ceux qui depuis ont rendu de nouveaux services par Vexploration de Asie, on doit citer Bruguiére pour la Corée; Davis et Gitzlaff pour la Chine, Low, Cosh, Hannay, Leod, Richardson, Pemberton et Newbold pour l’'Inde Transgangétique ; Windsor, Oliver, Miller et Horner, Temmink et Junghuhn pour l’Archipel oriental ; Lambton, Everest, Sykes, Malcolmson, Burnes et Hugel pour Inde en deca du Gange; Moresby pour les Maldives ; Wood pour les Lakedives; Johnson, Webb et Hugel pour la haute Asie; Burnes, Pottinger, Canolly, Morier, Shiel, Masson et Rawlinson pour [Iran oriental; Todd, Kempthorne, Whitelock, Montheith, Sutherland , Chesney et Ainsworth pour l’fran occidental ; Wellsted et Wallin pour! Arabie ; Robertson, Moore, Beke, Schubert, Russegger et Robinson pour la Syrie et la Palestine; Dubois de Montpereux , Sjogren, Koch et Brosset pour le Cauease ; Arundell, Brant, Hamilton, Texier, Russegger , Callier, Strickland , Graves et Brock, le maréchal Marmont, Fellows, Colien , les officiers russes et les officiers d’état-major prussiens qui ont prs parta diverses expéditions dans I’ Asie Mineure. Les résultats obtenus sont consignés dans Vouvrage de Charles Ritter,

la Géographie de I’ Asie.

ASIE,, petite planéte de notre systéme solaire, la 67°, découverte le 17 avril 1861 par M. Pogson, & Madras; elle opére sa révolution annuelle en 1,375 jours.

ASIE MINEURE. Lors de la décadence de empire romain, on commenga a donner ce noma cette partie de PAsie occidentale que, dans le langage des affaires politiques et commerciales, nous désignons aujourd'hui par la dénomination générique d’Orient ou de Levant, et que les Tures appellent Anatolie, vaste presqu’ile, dont la population n’est pas moindre de quatre 4 cing millions d’dmes. Ce beau pays s’étend & louest depuis l’Euphrate jusqu’a la mer Egée, autrement dite mer de Gréce, et jusqu’a la Propontide ou mer de Marmara, en face de Constantinople, s'abaissant toujours depuis le versant méridional du plateau le plus élevé de ?Arménie jusqu’au mont Taurus; et au sud, depuis Je Pont-Euxin ou mer Noire jusqu’aux défilés de la Cilicie , portes de la Syrie.

C’est 1a, sous le beau ciel de Tonic, qu’est située la magnifique et fertile contrée qui fut le thédtre de ’héroique tradition troyenne , le siége le plus florissant de la civilisation grecque, et pour la possession de laquelle, depuis Pobscure époque de Sémiramis jusqu’au temps d’Osman , c’est-a-dire depuis ’an 2000 avant J.-C. jusqu’é l’an 1300 de notre ére, par conséquent pendant plus de trois mille ans, ont successivement lutté les plus puissants conquérants et les nations les plus célébres dans Vhistoire , les Médes et les Perses contre les Scythes, ensuite les Grecs contre les Perses ; puis les Romains, d’abord contre Mithridate, roi de Pont, et, plus tard, contre les Parthes ; enfin, les Arabes, les Seldjouks , les Mongols, les croisés et les Osmanlis contre Yempire de Byzance et ses impuissants maitres.

Pendant cet espace de trois mille ans ont tour a tour grandi, fleuri et disparu de la scene du monde des nations célébres, des Etats puissants, de riches et magnifiques villes qui s’enorgueillissaient des plus superbes monuments de Vantiquité. Mais Vhistoire nous a conservé , avec les traditions phrygiennes , les annales des Lyciens, des Cariens , des Paphlagoniens et des Bithyniens ; elle nous rappelle la puissance et la richesse des Lydiens, la bravoure des Pamphyliens, des Isauriens et des Ciliciens , les hauts faits de Mithridate , les trésors que les Attales avaient entassés a Pergame ,, ainsi que les gracieuses et ingénieuses fables de Milet, de cette ville qu’on peut considérer comme le berceau du conte et du roman, C'est de l’Asie Mineure qu’Alexandre le Grand ébranla le monde antique; c’est 1a que, de l’an 89 a l’an 25 avant J.-C., Rome conquit par ses Victoires le sceptre de Punivers alors connu. Quoique cé beau pays semble n’avoir été destiné qu’a servir de champ de bataille aux nations anciennes , qui y portérent chacune a leur tour le fer et le feu, il ne fut pas facile d’en extirper la civilisation. Encore, pour y parvenir fallut-il que les Turcs, conduits par le farouche Osman, vinssent planter leurs tentes en Bithynie,-et qu’ils fissent de Brousse leur placa darmes, pour s’élancer de 1a sur les contrées orientales de ’Europe. Ce ne fut que lorsque ces barbares eurent soumis ces contrées , pendant cing cents ans, au régime du plus dégradant despotisme militaire , et que leur fanatisme religieux leur y eut fait commettre partout les plus horribles dévastations, que tomba en ruines ce magnifique monument de la civilisation antique.

Et cependant Ja nature n’a pas cessé de prodiguer ses hénédictions a cette heureuse terre. Aujourd’hui méme, dans ses fertiles plaines, l’Asie Mineure produit encore en abondance toutes les especes de fruits que l'Europe a dd lui emprunter, des vins exquis, le meilleur tabac qu’il y ait en Turquie, des oliviers, du coton, des pavots, du sa-

‘ fran et une foule de matiéres tinctoriales. Ses montagnes

sont couyertes de magnifiques foréts, riches en bois de cons truction et en bois 4 ouvrer, ef oli diverses espéces de

chénes produisent la noix de galle. Ses fécondes vallées, |

qu’arrosent de nombreux cours d’eau allant a la mer, tels que le Sangar, le Sarabat, le Boujouk-Mindar, le Karasou, etc.,

favorisent l’éléve des bestiaux. Les bétes a cornes, les che- |

vaux qu’elles produisent sont justement renommés; les chéyres angoras, les moutons a grosse queue, la volaille, le gibier, I’éléve des vers 4 soie, la péche, constiluent une partie des richesses du pays. Les trésors du régne minéral sont a peine exploités; cependant l’6cume de mer, qu’on trouve prés de Brousse, fait l’objet d’un commerce important, et il ya aux environs de Tokat de riches mines de plomb et de cuivre.

Mais au milieu des hordes et des peuplades sauvages gui habitent ces beaux lieux, une foule d’animaux féroces, parmi lesquels nous ciferons principalement le chacal, se multiplient, grace & l’'absence de toute mesure de police ayant pour but d’arréter leur propagation, et ajoutent a Pinsécurité des campagnes , ot les Turcomans, toujours armés jusqu’aux dents, continuent leur vie nomade, au grand effroi des caravanes, qu’ils dévalisent toutes les fois qu’ils en trouvent Voccasion. Les Turcs, maltres du pays, sont ici encore plus insolents, plus grossiers, plus intolérants, s'il est possible, qu’en Europe. Les Grecs, population industrieuse 4 laquelle ils ont imposé leur jong, y sont presque aussi nombreux; et au milieu de ces deux peuples vivent les Arméniens , race qui, dans les villes surtout, s’'adcnne de préférence au commerce.

Parmi les branches d’industrie particuliéres a l’Asie Mineure, il faut nommer le camelot et les chales d’Angora, les étoffes de soie et les tapis de Brousse, les tissus de lin de Trébisonde, les cuirs de Konieh, l’opium, etc. Quant aux nombreux ports qui jadis contribuaient tant 4 la prospérité de ces contrées , ils sont aujourd’hui pour la plupart ensablés , ou transformés en marais et en prairies.

L’Asie Mineure compte une population de 16,750,000 habitants environ, répartie en dix-sept eyalets. Le premier est celui d’Anadoli ou d'Anatolie; il forme la partie nord-ouest de J’ancienne Asie Mineure, et a pour chef-lieu Kutayeh. Au pied du mont Olympe est située la ville de Brousse ou Boursa. Manissa nous rappelle Magnésie; Bergama, Pergame;le village de Sart, l’opulente ville de Sardes; Ajasalouk, Ephése; les ruinesde Makri, Telmissus ; Angora ou Angoura, dans l’ancienne Galatie, Ancyre; Ismid, l’ancienne résidence impériale, Nicom é die; Isnik, Nicée@; le village de Lepsek, la voluptueuse Lamp sag ’r?,vte. Ismir (voyez Smyrne) est la ville commercante la plus riche et la plus importante de tout Je Levant. L’eyalet de Caramanie, situé au centre de la péninsule , a pour capitale Konieh, I"Iconium des anciens. La étaient jadis laCilicie, la Pamphylie etlaCa p pad oce, devenues aujourd'hui les eyalets Adana, de Bezok et de Siwas. C’est dans cet eyalet de Siwas que se trouve située la ville de Tokat, la Comana Ponfica des anciens. La partie orientale de l’ancien royaume de Pont et la Colchide appartiennent aujourd’hui a l’eyalet de Trapesoun (voyez TRréBISONDE ).

On comprend encore dans l’Asie Mineure les tles de Mit yféne ou de Lesbos, deSkioou Chios,de Rhodes et de Chypre. A tous ces noms de villes, de peuples et de pays se rattachent les altristants souvenirs d’un glorieux passé, de guerres dévastatrices, et de tous les fléaux dont la malédiction du despotisme frappe la malheureuse humanité.

ASIENTO. Voyez Asstento.

ASILE (du grec dovdoc, composé de & privatif, et de ovhdéw, je prends ou je heurte ), parce qu’on ne pouvait jadis arréler, sans sacrilége, un fugitif;un débiteur, un criminel, qui avait cherché un abri dans unsanctuaire ou un lieu de refuge ( voyez Varticle suivant). Il se dit, par extension, de tout lieu of l’on se met A Vabrides persécutions ou des dangers; ilse dit enfin d’un lieu of ne personne qui n’a pas de quoi subsister rencontre un refuge dans le malheur,

Dans ce sens tous les hdpilaux, tous les hospices sont

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