L.-Am. SEDILLOT
ARIOBARZANE. Voyes Carpapoce.
ARION, inventeur du dithyrambe, né a Méthymne, dans Vile de Lesbos, florissait l’'an 625 avant J.-C. Il vécut ala cour de Périandre, roi de Corinthe, et parcourut la Sicile et d’Italie. A Tarente, il remporta le prix sur des musiciens qui osaient lui disputer la palme. S’étant embarqué avec ses trésors sur un vaisseau corinthien pour retourner auprés de son ami Périandre, les matelots, excités par la cupidité, formérent le projet de l’assassiner pour s’emparer de ses richesses; mais Apollon lui découvrit dans un réve Je danger qui le menacait. Arion, vétu comme en un jour de féte, et la lyre a Ja main, s’avanga alors surle pont, et chercha par ses douces chansons a toucher le coeur de ses compagnons de voyage. Les dauphins, rassemblés autour du batiment , l’écoutaient avec ayidité; quant aux matelots, ils restaient insensibles 4 ses accents. Arion, voyant qu’ils perséy¢raient dans leur dessein, prit la résolution de leur échapper par une mort volontaire, et se précipita dans la mer; mais un dauphin le prit sur son dos ; et tandis que par la magie de ses accords il forcait les flots A s’abaisser devant lui, son sauveur fendait rapidement les ondes , et s’approchait du rivage. Il le débarqua sain et sauf au promontoire de Ténare ( aujourd’hui le cap Matapan), d’ou il se rendit a Corinthe.
Ici les mythographes ne sont plus d’accord ; suivant les
uns , Périandre le recut avec de grandes démonstrations de joie et erigea un monument au dauphin qui l’avait sauvé ; daprés une autre version, le prince, ne pouvant ajouter foi au récit du prodige, fit jeter dans les fers le pauvre poéte, qui y resta jusqu’a larrivée du vaisseau. Tout s’éclaircit alors. Les perfides matelots, interrogés par le roi, lui répondirent qu’Arion était mort pendant la traversée. Le poete parut &ce moment devant eux, et les coupables, convaincus de leur crime, furent mis en croix par ordre de Périandre, La lyre d’Arion et le dauphin qui lavait sauvé furent placés au ciel, ou ils devinrent de brillantes constellations. On n’a des poésies d’Arion qu’un hymne 4 Neptune, qui se trouve imprimé dans les Analectes de Brunck.
ARIOSTE (1L’), Lovovico Antosro, né a Reggio, le 8 septembre 1474, d’une noble famille ,annonga de bonne heure ies plus remarquables dispositions pour la poésie. I] suivit les cours de l’universilé de Ferrare , et, suivant le désir de son pére, qui était membre du premier tribunal de Ferrare, il commenca par se consacrer 4 l’étude du droit; mais plus tard les belles lettres Pabsorbérent tout entier. Plante et Térence lui fournirent le sujet de deux comédies, La Cassaria, et I Suppositi; et un recueil de poésies lyriques en italien et en latin appela sur lui attention du cardinal Hippolyte d’Este, frére du duc de Ferrare, Hercule 1°", 4 qui son pére avait longtemps été attaché. Placé d’abord en qualité de gentilhomme dans la maison du cardinal, il obtint sa confiance, l’accompagna dans ses voyages, et fut plus tard employé 4 plusieurs affaires importantes par leduc Alphonse, frére et successeur d’Hercule 1°. Ces affaires ne l’empéchérent pas d’accomplir l’ceuvre qui a immortalisé son nom. Ce fut en effet parmi les distractions de tous genres que lui offrait la cour qu'il composa son Orlando Furioso. Dix années environ furent consacrées au travail de ce grand poeme, qui forme suite 4 Orlando Innamorato du Bojardo, et qui ne saurait méme étre compris dans toutes ses parties sans une lecture préalable du poéme du Bojarde. L’Ariuste en montra le manuscrit au cardinal d’Este, son protecteur, qui le lui rendit avec ces mots: Dove, Diavolo, messer Ludovico, avete pigliato tante coglionerie (Ou diable, messire Louis, avez-vous pris tant de sottises) ? Le poete, sans se laisser décourager par ce jugement , publiale Roland Furiewx en 1516, et ’admiration de!’Italie entiérele dédommagea des dédains ducardinal. A cette époque, il se brouilla avec ce prince, parce qu'il refusa, en alléguantsa faible santé, de l’accompagner dans un voyage en Hongrie. Le duc Alphonse 1‘ se fit alors le patron déclaré de l’Arioste ala place de son frére, et admit méme dans son intimité, mais sans jamais néanmoins le tirer de ces embarras de fortune et de famille presque inséparables d’une grande renommée littéraire. En 1522 Alphonse linvestit d’un emploi qui semblait devoir étre étranger A Ja nature toute paisible de ses occupations habituelles, et dans lequel i! faut méme plutot voir une disgrace qu’une faveur. Il le nomma gouverneur d’un district de ’Apennin, révolté et infesté de bandits, le sauvage district de Garfaguana. L’Arioste s’acqnitta a merveille de ses nouvelles fonctions : il apaisa les troubles, et s’acquit un grand empire sur les bandits. Un jour, le gouverneur poéte, plus réveur que de coutume, étant sorti en robe de chambre d’une forteresse dont il faisait sa résidence habituelle, tomba entre leurs mains. Un d’eux le reconnut, et avertit le reste de la bande que leur prisonnier était le signor Ariosto. Au nom de auteur de Orlando Furioso, tous ces brigands tombent a ses pieds, et le conduisent jusqu’a la forteresse en Jui disant que la qualité de poéte leur faisait respecter, dans sa personne, le titre de gouverneur. Cette anecdote a été révoquée en doute, de méme que d’autres aventures dont les biographes ont évidemment exagéré les circonstances.
De retour a Ferrare, |’Arioste ‘fit représenter pour la fete de la cour plusieurs comédies qu’il avait anciennement com- 1,
posées; ef il donna en 1532 la seconde édilion de son poéme, qu'il corrigeait soigneusement depuis quelques années. Peu de temps aprés cette publication, il fut attaqué d’une maladie de vessie , 4 laquelle il succomba, aprés huit mois de souffrances. Il montra beaucoup de calme a ses derniers moments , et sur son lit de mort il disait a ceux qui Ventouraient « que plusieurs de ses amis étaient déja partis ; qu’il souhaitait de les revoir, et que chaque moment le faisait languir tant qu’il ne serait point parvenu a ce bonheur ».
L’Arioste mourut le 6 juin 1533. Ce grand poéte se distinguait par tous les avantages extéricurs, ainsi que par la douceur du caractére, V’affabilité des maniéres et la noblesse des sentiments. ll avait été riche, et il aimait la vie élégante ; mais sur la fin de ses jours des revers de fortune le contraignirent & diminuer son train et 4 se contenter dune modeste maison qu’on yoit encore aujourd’hui a Ferrare. Voici comment le juge Ginguené, dans son Histoire littéraire d’{talie: « ll avait une belle figure, les traits réguliers, le teint vif et animé, l’air ouvert, bon et spirituel. Sa taille était haule et bien prise , son tempérament robuste et sain, si l’on en excepte un catarrhe dontil fut quelquefois attagué. Il aimait 4 se promener a pied, et ses distractions, causées par les wéditations, la composition ou les corrections dont il était continuellement occupé, le menaient souvent plus loin qu’il n’en avait eu le projet. C’est ainsi que, par une belle matinée d’été, voulant faire un peu d’exercice , il sortit de Carpi, qui est entre Reggio et Ferrare, mais beaucoup plus prés de Reggio, et qu'il arriva le soir 4 Ferrare en pantoufles et en robe de chambre, sans s’étre arrété en chemin. Sa conversation était agréable, piquante et respirait la franchise et ’urbanité autant que l’esprit. Ses bons mots étaient pleins de sel; sa maniére de raconter était originale et plaisante ; et ce qui manque rarement son effet, quand il faisait rire tout le monde, il était Jui-méme fort sérieux. Les auteurs qui ont écrit sa vie avec le plus de détails le représentent doué de toutes les qualités sociales , sans orgueil, sans ambition, réservé dans ses discours et dans ses maniéres, attaché a sa patrie, a son prince, et surtout 4 ses amis; sobre, quoique grand mangeur, et sans goiit pour les mets rechercliés, comme pour les repas bruyants. Ils le représentent aussi peu studicux, et ne lisant qu’un petit nombre de livres choisis; travaillant peu de suite, trés- difficile sur ce qu’il avait fait, corrigeant ses vers et les recorrigeant sans cesse. Depuis qu’il eut formé le projet de faire un poéme épique, iljoignita ses études poétiques l’histoire et la géographie; ses connaissances géographiques surtout s’étendaient aux plus petits détails. 11 aimait les jardins, etles traitait commeses vers, nese lassant jamais de semer, de planter, de transplanter, de changer la distribution des carrés et des allées, 1] lui arrivait souvent de prendre une plante pour Vautre ; il élevait comme précieuses les herbes les plus communes, et les voyait éclore avec une joie d’enfant, pour n’y plus songer le lendemain. Il avait un autre gout plus cher, celui de batir et de faire dans sa maison des changements continuels ; et il plaisantaitsouvent sur le malheur de ne pouvoir changer aussi facilement et A aussi peu de frais sa maison que ses vers. Son esprit vif, ingénieux et habile, a emprunté tous les tons, s’est peint dans ses ouvrages, surtout dans le Roland Furieus, quiles a tous effacés. L’Arioste peut étre regardé comme le créateur d’un genre d’épopée dans lequel Ses imitateurs , y compris Voltaire, sont restés bien Join de lui. Aucun poéte en effet ne Va égalé dans ce genre d’épopée, ot ’épopée a bien une autre carriére A fournir que dans l’épopée purement héroique. Aucun n’a mélé avec autant d’adresse le sérieux et le plaisant , le gracieux et le terrible, le sublime et le familier. Aucun n’a mené de front un aussi grand nombre de personnages et d’actions diverses , qui tous concourent au méme but. Aucun poéte n'a été plus poétedans son style, plus variédans ses tableaux ;
plus riche dans ses descriptions, plus fidéle dans la peinture des caractéres et des moeurs, plus vrai, plus animé, plus vivant. »
L’ Orlando Furioso est, on peut le dire, le chef-d’ceuvre del’épopée romantique, un poéme oii l’éclat du récit se marie constamment a la grace et 4 la délicatesse achevées du style. Une imagination toujours vive, toujours jeune, l’anime d’un bout a l’autre et y séme a chaque pas des charmes impérissables. En outre, le poéte y déploie un art admirable pour croiser et enchainer ses épisodes, qu’il lui arrive souvent dinterrompre avec une visible malice, puis quwil renoue plus loin, pour en faire un enchainement tel que ce ne serait pas chose aisée que de youloir faire l’'analyse compléte de ce poéme, qui ne se compose pas de moins de quarantesix chants. Ce sont ces éminentes qualités qui ont fait ranger a bon droit !Arioste au nombre des grands maitres en poésie ; et elles lui ont en outre valu parmi ses concitoyens le surnom de Divin. Indépendamment de ce grand poéme, on a de |J’Arioste un certain nombre de comédies , de satires et de sonnets, ainsi qu’un recueil de vers latins ; toutes productions dans lesquelles on retrouve plus ou moins ’empreinte de son génie. Les deux éditions les plus rares de YOrlando Furioso sont : la premiére, de Ferrare, in-4°, ou le poéme n’a que quarante chants, et la seconde, de 1532, aussi ia-4°, ot il y en a quarante-six. On distingue aussi les deux éditions qu’en ont données les Alde ( Venise, 1545, in-4°; ibid., 1584). L’Orlando Furioso a été traduit en francais par d’Ussieux, par le comte de Tressan, par M. Creuzé de Lesser. La plus récente édition qui en ait été publiée en Italie est celle de Vincento Gioberti (2 vol. ; Florence, 1846).
En 1845 M. Innocenzo Giampierri, conservateur-adjoint de la Bibliothéque Palatine du grand-duc de Toscane a Florence, découvrit dans un village di’ Ferrarais le manuscrit d’une grande partie d’un poéme épique inédit attribué a l’Arioste, et intitulé Rinaldo V’Ardito (Renaud le Hardi). Ce manuserit n’est pas complet, mais on suppose qwil est entiérement de la main del’auteur du Roland Furieux ; car Vécriture ressemble jusqu’aux moindres détails aux autographes de PArioste que l’on a conservés a Ferrare. Cependant, on doit s’étonner que Virginio Ariosto n’ait pas parlé de ce poéme dans les mémoires qu’il a publiés sur sa famille en 1533, et out il donne les détails les plus circonstanciés sur les ceuvres de son pére. Ce n’est qu’en 1551 qu’un bibliographe florentin, Antonio-Francesco Dona, en fit mention dans une espéce de catalogue intitulé Libreria. Mais on regarda longtemps ce poéme comme une invention de Dona. Girolamo Baruffaldi, dans une biographie de l’Arioste, qu’il publia vers le milieu du sidcle dernier , cite le Rinaldo Ardito, et déclare avoir yu un manuscrit qui en contient deux cent quarantequatre stances. Il y a tout lieu de croire que c’est ce méme manuscrit qu’a retrouvé M. Giampierri. Les stances qui restent forment le troisiéme, le quatriéme et le cinquiéme chants complets du poéme, et une partie du deuxiémeet du sixiéme. Tout le reste manque. Il résulte des fragments du sixiéme chant, dans lesquels l’auteur parle beaucoup de Ja bataille de Pavie et de la prise de Frangois I®", que le Rinaldo Ardilo a été composé par l’Arioste vers 1525, c’est-a-dire neuf ans apres la publication du Roland Furieus et huit ans avant sa mort. Le manuscrit découvert par M. Giampierri est d’une écriture rapide, et, comme les autographes de lArioste, il est plein de ratures et de corrections. M. Giampierri est paryenu néanmoins & le déchiffrer, et il en a donné une édition dont le grand-duc de Toscane a fait les frais,
LArioste eut un frére, Gabriele Aniosto, plus jeune que lui, et qui était impotent des pieds et des mans, Dans la dernidre partie de sa vie, Gabriel composa des vers; ctila laissé un volume de podsies latines qui a été publié & Ferrare aprés sa mort. Il termina la comédie La Scolastica , que son frére avait laiss¢ée inachevée. Son fils, Orazio
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Antosto, devint chanoine de la cathédrale de Ferrare. Orazio fut intimement lié avec le Tasse et écrivit les Argomenti, ou le résumé en vers de chacun des chants de la Gerusalemme liberata. Pour défendre le grand poeme de son oncle contre la critique, il écrivit : Difese dell’ Orlando Furioso del? Ariosto, contra aleuni luoghi del Dialogo dell’ epica poesia di Camillo Pellegrino (Ferrare, 1585 ). Ii laissa inachevé un poéme, L’Alfeo ; ona aussi de lui des comédies et quelques petits poémes restés manuscrits.
ARIOSTI (Lives). Cette jeune fille de Ferrare, qui unissait tous les charmes de la beauté physique a toutes les graces de Vesprit, pour étre née dans une condition infime, n’en était pas moins digne de la position Ja plus élevée.
Elle inspira Pattachement Je plus vif 4 Obizzone, marquis d’Este, qui eut d’elle cing enfants, et qui ’épousa sur la fin de ses jours, en 1352, a effet de légitimer par 1a les fruits de leurs amours. Ces enfants sont la souche de Pillustre maison d’Este, qui pendant si longtemps a régné sur les duchés de Ferrare, de Reggio et de Modéne.
ARIOVISTE, dont le nom tenton, Eurenvest, signifiait fort en honneur, était un chef de ces peuplades germaines qui s’étaient établies sur les rives du Rhin. Dans le principe il était Pami et Vallié des Romains; mais plusieurs nations gauloises des rives de la Sadneet de la Loire, qui supportaient impatiemment le joug des Germains, implorérent le secours de César contre lui. César le fit sommer Wavoir & mettre en liberté les otages des Eduens, et lui fit défendre de faire & Vavenir passer le Rhin a de nouvelles tribus germaines. Arioyiste répondit que personne n’avait le droit de lui prescrire avec quiil lui était ou non loisible de faire la guerre. César, sur cette réponse, marcha contre lui et le joignit, Pan 58 avant J.-C., sous les murs de Vesontium (Besancon), capitale des Séquanais. Les Romains, par suite des descriptions effrayantes qu’on leur avait faites de la taille et de la figure des Germains, faillirent un instant perdre courage; un grand nombre de soldats firent leur testament ; César, cependant, releva le moral de ses troupes par une de ces allocutions militaires dont les grands capitaines ont seuls le secret.
Lorsque les deux armées se frouvérent en présence, César eut avec le chef germain une entrevue qui n’amena aucun accommodement. Cependant, a la priére d’Ariovisite, il consentit 4 envoyer encore une fois des députés a son camp; on les y retint prisonniers. Le chef germain s’établit ensuite dans un camp retranché, et refusa la bataille que lui offrait César. Celui-ci eut bientot le secret de cette singulitre tactique; les devineresses germaines avaient défendu d’en venir aux mains avant la nouvelle lune. Aussitét, profitant de leur superstition, César attaqua les Germains dans leurs propres retranchements, et leur fit essuyer une compléte déroute; plus de quatre-vingt mille des leurs mordirent la poussiére. Arioviste ne réussit qu’a grand’peine a repasser le Rhin. Deux de ses femmes périrent dans cette désastreuse retraite, et de ses deux filles, Pune fut tuée et autre faite prisonniére. Sa défaite refoula pour quelque temps le torrent des invasions germaines, destinées déslors dans un avenir trés-rapproché a changer la face du monde romain.
RISTARQUE, poéte tragique, de Tégée en Arcadie, vécut plus de cent ans, et fut contemporain d’Euripide (420 avant J.-C.), Le premier il fit, dit-on, ehausser le cothurne aux acteurs tragiques, et composa soixante-dix tragédies, dont une (Achillis) avait été traduite par Ennias et imitée par Plaute dans son Panulus. Suidas et Athénée en font mention.
ARISTARQUE ope Samos, géoméetre et astronome célébre, naquit vers an 267 avant J.-C. Ses travaux eurent pour objet le systeme de l’univers. Il créa une méthode ingénieuse pour déterminer la distance du Soleil a la Terre par
‘'a dichotomie de la Lune. Partageant lopinion de Vécole pythagoricienne sur le mouvement de la Terre autour du Soleil, il fit de nombreux efforts pour faire prévaloir cette hypothése a Alexandrie, Il composa dans ce but divers écrits, dont il n’est venu jusqu’a nous qu'une faible partie; mais il fut accusé de troubler par cette opinion le repos des dieux.
Le seul de ses ouvrages que nous possédions en entier, De Magnitudine et Distantia Solis et Lune, imprimé en 1498 (Venise, in-fol.), en 1572, en 1688, par les soins de Wallis (Oxford), a été traduit du latin par M. de Fortia (Paris, 1808). Vitruve attribue a Aristarque l'invention des cadrans solaires,
ARISTARQUE. Ce critique célebre, formé a l'école du grammairien Aristophane de Byzance, naquit dans la Samothrace, 160 ans avant J.-C., et eut Alexandrie pour patrie adoptive. Ptolémée Philométor, qui lestimait beaucoup, lui confia Péducation de ses enfants. Il exerga la hardiesse et la sagacité de sa critique, soit comme reviseur de textes , soit comme juge dela pureté grammaticale, sur Pindare, Aratus et divers autres poétes, mais principalement sur Homére. If composa environ quatre-vingt livres, dont neuf de corrections des ceuvres de ce génie immortel. Depuis Lycurgue jusqu’a Aratus on ne s’était occupé qu’a recueillir, mettre en ordre et reproduire le plus correctement possible tout ce qu’on avait pu rassembler du cliantre sublime de Ja guerre de Troie. Aristarque fit plus : il poursuivit d’un trait impitoyable tout vers qu'il n’approuvait pas, admettant ou rejetant sans scrupule ce qui lui paraissait plus ou moins digne de cette grande renommée antique. C’est a lui enfin quenous devons I’Jliade et ’ Odyssée telles que nous les possédons aujourd’hui. C’est lui qui, pour rendre la lecture de ces poémes plus facile, les divisa chacun en yingt-quatre chants ; il en supprima aussi les vers qui lui semblérent apoeryphes, changeant souvent de place ceux qu'il conservait, modifiant, rectifiant, etc.
Aussi son travail fut-il vigoureusement attaqué, méme de son yivant : Zénodote le jeune, le stoicien Cléanthe, Lucien, Philoxéne, Strabon, Plutarque, Athénée et une foule d’autres savants appréciateurs l’accusérent de caprice et de partialité. Mais la découverte du manuscrit de Venise, sur lequel Villoison a basé son édition de I’£liade, a mis les modernes améme de décider jusqu’a quel point les reproches des adversaires d’Aristarque étaient fondés. Aprés avoir passé la plus grande partie de ses jours a Alexandrie, il se réfugia dans Vile de Chypre, ott il se laissa mourir de faim, a l’age de soixante-douze ans, pour échapper aux douleurs cruelles d’une hydropisie dont il était atteint.
Aujourd’hui encore le nom d’Arisfargue, opposé a celui de Zoile, sert 4 désigner un critique profond et consciencieux, dont les jugements font autorité.
ARISTEAS ou ARISTEE, personnage qui appartient A Phistoire de la littérature grecque, et dont cependant !’exisience est demeurée problématique. La tradition ordinaire le fait vivre au troisiéme siécle avant J.-C., ala cour de Ptolémée-Philadelphe, qui laurait chargé d’aller chercher a Jérusalem soixante-dix savants pour traduire les livres saints ; vaste travail, qui constitue la version grecque de PAncien Testament dite des Septante.
On trouve la premiére mention de cette histoire de la traduction précitée dans un ouvrage connu dés le premier sitcle de lére chrétienne, et qui fut pour la premidre fois imprimé a Bale, en 1561. Autrefois on regardait Aristée luiméme comme l’auteur de cette traduction. Mais la critique moderne a démontré que ce ne pouvait étre que Vouvrage pis py d’Alexandrie, qui a méme dd vivre avant lépoque
ARISTEE, fils d’Apollon et de la nymphe Cyréne, fille du fleuve Pénée, naquit dans la Libye ( Cyrénaique ), et fut élevé par les nymphes. Son culte était fort ancien dans les
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fies dela mer Egée, et s’y liait & celui de son pére. C’est probablement la religion primitive de quelques-unes des terres de cet archipel. Les poétes grecs ont chanté ses bienfaits ; et des médailles, des sculptures antiques reproduisent ses traits , ses altributs et son nom. Selon les mythographes, il avait enseigné aux hommes la vie pastorale et Vart d’élever des bestiaux, de traire les vaches, de faire du beurre et du fromage, de chasser, de dompter les animaux féroces, de presser Jes olives pour en extraire de Vhuile, d’appliquer, 4 l’exemple de son pére, la vertu salutaire des plantes a la guérison des plaies. On lui attribue enfin la construction des ruches et ’éléve des abeilles, d’ot lui vient le surnom de Mélissée.
Ses troupeaux paissaient sur le mont Lycée en Arcadie : aussi Virgile, dans ses Géorgiques, le célébre-t-il comme le berger de cette contrée. Mais il était plus particuliérement vénéré dans Vile de Céos : M. Breendsted croit avoir découvert les ruines d’un de ses temples a Cortéia. La mythologie mentionne encore son séjour dans Vile d’Eubée; elle le représente comme |’instituteur de Bacchus et son compagnon, son Mentor dans son expédilion des Indes. Hésiode parle du mariage d’Aristée avec Autonoé, princesse de Thébes, fille de Cadmus et d’Harmonie. II lui donne pour fils Actéon, A Corcyre il était représenté 4 peu prés comme Jupiter, avec qui il partageait du reste les honneurs divins. A Pharos on le vénérait avec Apollon commedieude la médecine, et on le gratifiait d’une barbe comme Esculape.
Désespéré de la mort de son fils Actéon, dévoré & la chasse par ses chiens, il quitta la Gréce, passa 4 Cos, de la en Sardaigne, puis en Thrace, ot Bacchus l’initia aux mysteres des Orgies; puis il fixa son séjour sur le mont Hémus, mais il en fut enlevé et disparut a son tour.
Virgile en a fait amant éprisd’Eur y dice, la jeune épouse d’Orphée, dont il aurait causé involontairement la mort : cherchant a éviter sa poursuite, elle fut, suivant le poéte de Mantoue, mordue par un serpent venimeux. La. punition du ciel ne se fit pas attendre : Aristée perdit toutes ses abeilles. Mais cette perte fut remplacée par des essaims nouveaux, qui au bout de neuf jours prirent naissance dans le cadavre de beeufs qu’il avait immoleés.
On |’a quelquefois confonduavec Aristée de Vile de Proeonese.
ARISTEE be Proconise, est un personnage complétement fabuleux de l’antiquité, qu’on pourrait appeler le Jui/ errant des superstitions grecques. On fait dabord de lui le maitre d@’Homére. Plus tard, environ huit cents ans avant J.-C., on le fait naitre & Proconése, petite ile de la mer de Marmara, et on l’envoie, animé de l’esprit d’Apollon, chez les Issédons, dans |’intérieur de l’Asie, puis chez les Arimaspes, ces griffons qui veillent 4 la garde de l’or dans Jes profondeurs de la terre, et enfin chez les Hyperboréens. Jl mourut en s’en revenant de chez ceux-ci dans son pays ; cependant un voyageur affirma l’avoir rencontré en route et lui avoir parlé. On chercha alors Aristée dans la maison, qui était parfaitement fermée ; mais on ne |’y retrouva ni mort ni vivant.
Sept ans plus tard, il reparut de nouveau sur la terre, et composa ses Arimaspeia, poéme en trois livres, dont Hérodote tira bon parti, qui contenait des renseignements géographiques sur les habitants du centre et du nord de Asie, mais dont Ja matiére était surtout théosophique. Aristée disparut ensuile; mais trois cent quarante ans plus tard on le revit 4 Metapontum, au sud de VItalie, ot il conseilla aux habitants d’éleverunautel 4 Apollon et de lui consacrer a luiméme une stalue, parce qu’il avait accompagné sous forme de corbeau Apollon lorsque ce dieu avait fondé leur ville. Puis il disparut encore une fois.
Lors des discussions de I'Eglise primitive avec les paiens, ceux-ci opposaient toujours les miracles d’Aristée de Proconese aux miracles de Jésus-Christ, et ils ne manquaient
pas, bien entendu, de les trouver autrement extraordinaires. F
ARISTENETE be Nicée, épistolographe grec, qu'il est permis de compter parmi les romanciers. On dit qu’il était lami de Libanius, et qu’il périt dans le tremblement de terre de Nicomédie, en 358. Mais de Schcell, dans son Histoire de la Littérature Grecque, éléve des doutes sur Pidentité de cet Aristénéte avec lauteur des lettres que nous possédons. De ce qu’il y est fait mention du pantomime Caramallus, contemporain de Sidoine Apollinaire, ii conclut que ce recueil est de la fin du cinquiéme siécle, et qu’il est par conséquent étranger a l’ami de Libanius. Cette opinion a pour elle l’autorité de M. Boissonade.
Les lettres atribuées 4 Aristénéte sont érotiques ; ce sont des exercices sur des sujets imaginaires. L’ouvrage n’est pas complet. Sambucus publia la premiere édition, en 1566, a Anvers ; depuis, ce livre a été réimprimé en France et en Allemagne.
En 1796 le célébre helléniste Bust publia le spécimep d’une édition d’Aristénéte, qui n’a jamais été donnée au public, car la mort !’en empécha, et M. Boissonade en a fait une nouvelle en 1822; elle est désormais la base de toutes les études, quoique son auteur n’ait pas possédé ’exemplaire de l’édition d’Abresch, que Bust avait surchargé de notes.
De GoLbEry.
ARISTIDE (en latin aristida, fait de arista, barbe de blé), grand genre de la famille des graminées, tribu des stipacées, établi par Linné, et comprenant enviren quatrevingts espéces, annuelles ou vivaces, toutes étrangéres al’Europe, mais dispersées dans les autres contrées de |’Ancien et du Nouveau Monde. Jl se reconnait aux caractéres suiyants: Epillets uniformes, fleurs slipitées, étamines variant dune a trois, ovaire stipité et glabre. Les deux styles sont courts et terminaux, et portent chacun un stigmate plumeux, a poils simples. Les pétioles sont glabres et entiers, adnés a Ja base du support de Vovaire. Fruit cylindrique et glabre.
ARISTIDE, surnommé le Jusde, était le fils de Lysimaque, et descendait d’une des familles les plus distinguées d’Athénes. JI était l'un des dix commandants (stratéges) des Athéniens, lorsque ceux-ci combattirent les Perses 4 Marathon (490 ay. J.-C.). Suivant ce qui avait été fixé a l’avance, chaque stratége prenait 4 son tour le commandement en chef pendant une journée. Aristide, reconnaissant les effets nuisibles de ces incessants changements de chef, détermina ses collégues 4 confier 4 tour de réle leurs pouvoirs 8 Miltiade; et c’est grace a cet arrangement que les Grecs remportérent la victoire.
L’année suivante Miltiade fut élu archonte, et dans l’exercice de ces fonctions, comme dans toutes celles qu’on lui confia plus tard, il mérita l’estime de ses concitoyens. Cependant, Thémistocle, dont il contrariait la politique, consistant a faire d’Athénes une puissance essentiellement maritime, réussit, en répandant le bruit qu’il visait 4 s’emparer de la puissance supréme, a le faire frapper d’os tracisme (483 av. J.-C.). On rapporte a ce propos qu’un homme du peuple, qui arrivait & ’assemblée bien déterminé d’avance a se prononcer pour le bannissement d’Aristide, se trouvant a coté de lui sans le connaitre, et ne sachant point écrire, le pria d’inscrire son nom sur la coquille avec laquelle il devait voter pour le bannissement. « Aristide Va-t-il offensé? lui dit celui-ci. — Non, répondit autre : mais je suis fatigué de Ventendre toujours appeler le Juste. »
Aristide se soumit avec dignité & la sentence qui le frappait d’exil; et il sortit d’Athénes en priant les dieux de faire en sorte que jamais ses concitoyens n’eussent a regretter son absence. Lorsque trois ans plus tard Xerxés s’en vint attaquer la Grdce, & la téte dune armée formidable, Aristide, apprenant que la flotte grecque se trouvait cernée a Salamine par la flotte perse, ne songea qu’au bien de sa