ASSIGNATS
pas, et a laquelle elle eut recours en 1793 ( voyez Maximum ), L’assignat cependant n’en baissait pas moins dans le erédit, et sa valeur, qui alors relativement au numéraire se comptait dans la proportion de trois 4 un, tomha en deux mois jusqu’a l’énorme différence de six & un. Tous les débiteurs s’empressaient de se libérer, et les créanciers, forcés de recevoir au taux légal les assignats ainsi dépréciés, perdaient les cing sixiémes de leurs eréances.
Cependant, & cette époque le montant des assignats nis en circulation était loin @avoir dépassé la valeur des terres qui en étaient le gage, et dont I’évaluation n’était pas portée a moins de dix milliards. La création du grandlivre de la deite publique par Cambon, qui permit de convertir les assignats en une inscription de rente perpétuelle , les décrets de plus en plus sévéres de la Convention, et surtout les victoires des armées républicaines, en rétablissant la confiance publique dans le nouvel ordre de choses , firent remonter les assignats au taux du numeéraire vers la fin de 1793. Mais cet équilibre dura peu. Le gouvernement réyolutionnaire travailla Jui-méme 4 discrédifer son papier-monnaie parles émissions désordonnées qu’ilcrut pouvoir en faire. Les dépenses énormes qu’entrainait pour le trésor l’entretien de quatorze armées sur les frontiéres, et au dedans les dilapidations ef les concussions de tout genre, qui appauvrissaient nécessairement le gouvernement, ne lui permirent pas de s’arréter dans la voie funeste ot il se trouvait forcément engagé. On crut pouvoir toujours suppiéer & Pabsence de fonds résultant de la difficulté que Y'impot éprouvait 4 rentrer, par de nouvelles émissions d’assignats, qui contribuaient a en avilir la valeur.
En 1795, Vimportance totale de ces émissions s’élevait déja & une somme de vingt milliards , au double, par conséquent, de la valeur présumée des biens nationaux : aussi les assignats étaient-ils tombés au cent cinquantiéme de leur valeur. En vain on essaya d’activer la vente des biens nationaux ; dans ce but, on recourut 4 une banque territoriale avec primes, a une tontine, et & quelques autres opérations de ce genre. Mais tous ces beaux projets reposaient sur une idée fausse de l'état financier du pays, auquel on supposait la faculté d’acheter, quand il était ruiné et dépourvu de ressources réelles. Les sommes immenses représentées par les assignats ne formaient en effet qu’une richesse illy-soire , qui, réduite au tarif de la circulation, suffisait & peine aux dépenses ordinaires de la vie.
Qu’on en juge par le prix demandé alors pour certains objets d’une consommation journaliére! On payait une paire de hottes cing cents francs, un habit sept & huit mille francs, un demi-kilogramme de beurre deux cents franes, un sucre dorge vingt et trente francs. Dans certaines localités le taux de Vassignat de cent francs descendit méme a deux liards! — Une émisssion de vingt milliards d’assignats , faite par le Directoire dans les premiers mois de 1796, produisit & peine cent millions en numéraire, Cependant ce signe représentatif de la richesse nationale, en se prétant & toutes les combinaisons d’un agiotage effréné, en facilitant des spéculations sur les biens nationaux , ne manquait pas de partisans ; et des patriotes plus ardents qu’éclairés s’obstinaient 4 penser que des mesures de rigueur, renouvelées du systéme suivi, en 1793, par la Conyention, pouvaient encore en relever la valeur.
Enfin, la raison prévalut : le 30 pluvidse an TV (19 février 1796), la planche aux assignats fut brisée. Ramel, ancien ministre des finances, éyalue, dans ses mémoires, la somme totale des assignats émis depuis Porigine & quarante-cing milliards cing cent soixante-dix-huit millions de francs, (Aujourd hui la somme totale du numéraire en circulation en Europe s’éléve tout au plus au chiffre de quatre milliards.) Les rentrées successives , opérées au moyen des ventes de domaines nationaux, avaient réduit cetle somme a ¢rentesia milliards. Quand la liquidation définitive s’opéra,