ASSOCIATION
L’Fglise devieat intolérante 4 mesure quelle croit en puissance; des sectes forment de nouvelles associations, sources de guerres d’extermination. Les sociétés commerciales prennent une plus grande extension au temps de la renaissance. Les banques s’¢tablissent; les sociétés dWassurance préviennent la ruine du commergant. Quelques communautés marchandes se liguent entre elles. Les Etats se constituent, et la société civile reprend enfin la prépondérance sur la communauté religieuse. La compagnie de Jésus essaye en vain de lutter et de soumettre le monde a influence de Rome. Fondée sur Vidée de la révélation, et rejetant la discussion de son principe, ’Eglise devait finir par éloigner Welle tout étre qui veut penser librement. La philosophic s’était reconstituée dans une infinité Wassociations, Longtemps renfermée dans le sein de quelques sociétés secrétes, dans les discussions de quelques académies, elle put enfin au dix-huitiéme siécle lever hardiment la téte, et préparer une régénération sociale. L’Assemblée constituante frangaise de 1789, en proclamant les droits de Phomme, basa la société nouyelle sur la liberté individuelle; c’était briser la téte aux associations qui depuis longtemps s’étaient emparées de la fortune publique, et qui par leur puissant monopole génaient Yessor de chacun dans le trayail. La libre concurrence fut regardée comme la loi nécessaire de la production. Les communautés religieuses, les corporations, furent détruites en méme temps que la grande association féodale. Les nouveaux législateurs ne voulaient plus qu’une grande société, Ja nation, dont tous les membres fussent égaux en droits et libres.
Cependant lesprit d’association renatt aussitét dans la politique. Les principes de la société sont discutés au grand jour ; les clubs s’aflilient entre eux, et ces nouvelles associations pésent d’un grand poids sur les destinées de la France.
Sous le Directoire, les associations politiques furent interdites. Les clubs étaient ouverts; mais laffiliation ¢tait défendue. Les corps enseignants et littéraires étaient réorganisés. Sous empire du Code Civil toute association fut soumise 4 Vagrément del’autorité. Il fut interdit de se réunir au nombre de plus de vingt personnes pour discuter sur des questions religieuses , politiques, littéraires ou autres, sans Yautorisation du gouvernement. L’association industrielle fut du moins protégée par le Code de Commerce; de grands établissements s’éleverent par association en dehors du gouvernement, mais sous sa protection, et l’empereur songea a réglementer l’industrie nouvelle.
Sous la Restauration, la paix suffit 4 entretenir le mouvement industriel. Les sociétés religieuses trouvérent un puissant appui dans les sentiments de la famille royale. Mais les associations illicites minérent l’état politique. Le mécontentement produit par les mesures réactionnaires du gouvernement trouva son aliment dans les sociétés secrétes. Le carbonarisme, la société Aide-toi, le ciel t’?aidera, la franc-maconnerie, contribuérent pour leur part a la chute du tréne légitime. Le gouvernement qui suivit la réyolution de Juillet savait trop ce qu’il y avait a craindre de ces sociétés pour les laisser vivre. La pénalité du Code fut aggravée par la Joi du 10 avril 1834, qui défendait les associations de vingt personnes, méme lorsqu’elles se fractionnaient en sections d’un nombre moindre d’individus ; les attentats contre la sdreté de l’Etat commis par les associations rendaient leurs membres justiciables de la cour des pairs ; les délits politiques étaient déférés au jury ; les infractions a la loi sur les associations étaient de la compétence du tribunal correctionnel. Sous le régime constitutionnel les sociétés secrétes se propagérent, changérent vingt fois de forme , parurent vingt fois en justice, tentérent plusieurs fois Pinsurrection, et armérent la main de plus d’un assassin, Les grandes associations industrielles furent encouragées par la création des entreprises des chemins de fer, les emprunts publics, etc. Au milieu d’une cerlaine prosperilé,
et malgré l’élévation de la classe moyenne, les souffrances du pauvre s’accrurent par l’association des capitaux.
La révolution de Février semblait devoir changer la nature des associations. Le suffrage universel devait détruire le germe des sociétés secrétes, Mais depuis quelque temps déja des économistes avaient présenté lassociation comme le moyen de guérir les maux de la société. On savait que la liberté illimitée du travail avait fini par abandonner & la misére un certain nombre de travailleurs , que rien ne les protégeait contre les maladies, contre un salaire insuffisant, contre le chémage ; on se rappelait les anciennes corporations, on se disait que des sociétés religieuses vivaient en commun encore de notre temps. Une réaction se produisit contre la concurrence libre; on exalta les économies de la vie commune, on chercha une théorie de lassociation générale ; cette tendance des novateurs leur valut le nom de socialistes. R. Owen, Saint-Simon, Fourier, avaient exposé leurs systémes d'association. Le prince Louis-Napoléon avait imaginé une grande association des travailleurs en colonies agricoles pour exploiler les terres incultes, Quelques essais d’association ayant ¢té malheureux, Vappui de PEtat parut nécessaire. Aprés Ja révolution de février, une commission fut créée pour discuter la question du travail. Installée au Luxembourg, sous la présidence de M. L. Blane, elle put passer en revue tous les systémes. La concurrence fut éloquemment attaquée; mais quand onen vint 4 vouloir établir des régles, on rencontra mille difficultés,
Néanmoins, aprés les éyénements de juin, |’Assemblée constituante, par un décret du 5 juillet £848, mit trois millions & Ja disposition du gouvernement pour expérimenter l'association, et « offrir, disait |’instruction ministérielle , un concours sérieux et efficace a toutes les sociétés industrielles constituées de maniére a placer l’ouvrier dans une position supérieure a celle de simple salarié. » Cette somme devait étre répartie a litre de prét, 4 un intérét modique, entre les sociétés d’ouvriers ou de patrons et d’ouvriers intéressés, qui justifieraient de quelques éléments de succes. Déja plusieurs chefs d’atelier avaient intéressé leurs ouvriers a leurs entreprises en leur accordant une part proportionnelle dans les bénéfices, Ce décret produisit peu. Quelques ouvriers seulement consentirent & bannirla polilique de leurs opérations industrielles. Les chefs d@école ne voulaient pas risquer leurs maximes sur d‘aussi faibles échelles. On était d’ailleurs en temps de crise. Cependant l’égalité des salaires servit de base aux statuts de quelques associations fraternelles; mais ce ne fut pas un moyen de succés, et aucune ne resta longtemps debout. Petit a petit le capital et Vintelligence ont repris leur part, les membres des associations se sont mieux choisis, et quelques unes sont florissantes au détriment méme du principe qu’elles étaient appelées & proclamer, puisqu’elles se sont rapprochées des conditions ordinaires de l'industrie, employant souvent des salariés a leur compte.
M. Cabet essaya d’aller fonder au loin une communauté sur les princ’pes émis par lui dans son I carie : le temps nous donna de tristes nouvelles de cette colonie. M. Proudhon tenta d’associer tous les travailleurs par des bons d’échange qui devaient remplacer Vargent et suffire a la circulation des valeurs, avec cette tendance spéciale d’arriver a supprimer lintérét du capital. Condamné sur ces entrefaites, il renonga a Vexpérimentation de son entreprise. Que faut-il conclure de tous ces essais malheureux? C’est que l’assiette des sociétés ne se change pas aussi facilement qu’on le croit, qu’il faut de longues discussions, du temps, pour faire passer dans les mceurs quelque chose de ce quwil peut y avoir de pratique dans les formules scientifiques.
L’association n’ayant fait aucun progrés ni dans le gouvernement ni dans le pays, on en revint & lassociation politique, La constitution de 1848 déclara, dans son arlicle 8, que les citoyens ont le droit de s’associcr, etc.; maa
elle donna pour limites & ce droit les droits ou la liberté dautrui ou la sécurité publique. Ces limites s’étendirent indéfiniment; car nulle associalion ne put encore une fois se former sans l’autorisation du gouvernement.
Plus heureux ou plus sages, les Anglais comme les Américains jouissent sous ce rapport @une liberté presque illimitée. Ona vul’ Association catholique forcer le gouvernement & accorder ’émancipation des catholiques. Laligue des corn-lawsa valu la liberté commerciale 4 la Grande-Bretagne. L’association du Rappel n’a pas atteint son but, mais elle a pu du moins le poursuivre ostensiblement; les chartistes ont pu compter leurs adhérents au grand jour.
D’un autre cdté, nous voyons les peuples poursuivre des associations douaniéres qui renversent les barriéres politiques. L’Allemagne montre ainsi sa tendance a l’unité; et malgré les rivalités des princes, la liberté des échanges devra finir par amener la fusion des intéréts des populations, la confédération des peuples des mémes langues, et, faut-il Pespérer? l’association universelle des nations. L. Louver.
ASSOCIATION ( Histoire naturelle). Les corps organisés, animaux et végétaux, ne sont d’abord 4 leur origine autre chose que des parties détachées du corps des parents qui les engendrent. Ces parties se constituent en corps reproducteurs de nouveaux individus ; ceux-ci sont, dans le régne animal, le plus souvent isolés. Il est aussi des animaux réunis sous une seule et méme peau, qui forment des agrégations naturelles. I] en est, enfin, qui sont agglomérés sur une partie commune vivante (voyes AGGLOMERA- TION ), lorsque les individus de quelques espéces animales poussent autour d’eux des rejetons quise développent, soit sans ordre, soit suivant certaines formes plus ou moins réguliéres. Ces espéces ont été dites sociales, et le groupement des individus est une sorte d’association gemmaire, qui par cela méme différe des sociétés formées d’individus libres et isolés qui vivent en familles et en troupes.
Les végétaux, chez lesquels Vindividualité est moins distincte que dans Je régne animal, sont considérés tantot comme des agglomérations d’individus sur une souche ou partie commune, et tantot comme des associations d'individus qui fonctionnent comme des organes plus ou moins spécialisés pour la nutrition et Ja reproduction. L. Laurent.
ASSOCIATION CATHOLIQUE. C'est le nom que prit une société politique créée en 1823 4 Dublin, par Pinfatigable O’Connell, pour obtenir par les voies légales |’émancipation des catholiques, que les lois rendues en Angleterre depuis 1688 frappaient d’incapacilé absolue dans tout ce quia rapport 4 l’exercice des droits politiques. En s’affiliant 4 Y Association catholique, chaque membre prenait Yengagement de concourir aux dépenses de toute nature auxquelles elle devait donner lieu par le versement mensuel de la somme d’un penny, équivalant a dix centimes; et avec cette ressource, si faible en apparence, l'association ne tarda pas a ayoir un reyenu de plusieurs millions, q@ui fut consacré a secourir le pauvre, 4 combattre le riche, a lutter contre les hommes de loi, et & poursuivre devant les tribunaux les exactions ou les abus de pouvoir des agents de Yautorité. Comme Viniquité du régime exceptionnel qu’il s’agissait de faire cesser pesait surtout sur I’Irlande, qui ne compte pas moins de sept millions de catholiques sur une population totale de huit millions d’4mes, ce fut naturellement dans ce pays que |’ Association catholique compta le plus d’adhérents ; et ses meetings , dans lesquels on admira Vénergique éloquence d’O’Connell, de Sheil et de quelques autres athlétes de Ja liberté civile et religieuse, eurent bientot un immense retenfissement, non-seulement dans les trois royaumes , mais encore dans le monde entier. Sur tous les points du globe, des manifestations d’ardente sympathie eurent lieu pour les courageux défenseurs d’une cause qui, au fond, était celle de ’humanité enliére.