‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 103 sur 197 · AFFRANCHISSEMENT — AFFRES · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT — AFFRES

approbation générale. Le prélat s’y attachait 4 précher la paix et la concorde, la fusion des opinions divisées, et montrait le néant des ambitions de la terre.

M. Affre ne resta pas toujours aussi bien avec la cour. Il prit part aux discussions du clergé avec Université a propos du monopole de l’enseigneiment, et adressa au garde des sceaux une lettre signée de lui et de ses quatre suffragants a ce sujel. Le ministre de la justice refusa de recevoir cette adresse, comme contraire aux lois, qui défendaient, selon lui, aux évéques de délibérer en commun sans y étre appelés par le gouvernement. Bientot M. Affre, félicitant le roi a Poccasion de sa féte, en prit occasion de lui demander Pobservation du dimanche. Louis-Philippe répondit d’une manidre assez verte au discours du prélat, qui ne parut pas au Moniteur. Le roi n’en fut ensuite que plus aimable dans ses réponses aux présidents des consistoires protestants qui le féliciterent aprés, et ’archevéque de Paris fut quelque temps a retrouver une réconciliation dont une cérémonie religieuse de famille ne tarda pas a lui offrir le moyen. Dans le but de soulager les prétres pauyres, M. Affre ordonna une nouvelle répartition du casuel; mais ce projet, lancé sans préparation, souleva tout le haut clergé paroissial contre lui, et Pordonnance de M. Affre a da étre rapportée depuis. Lorsque Pie 1X s’annonga au monde comme le régénérateur de la péninsule italique, M. Affre publia un mandement ordonnant des priéres pour le pape; l’esprit libéral de ce mandement fit grande sensation.

Peu de temps aprés éclata la révolution de février. La haute intelligence de M. Affre ne se refusa pas a reconnaitre le doigt de Dieu dans ’enchainement prodigieux des événements. Le clergé se jeta d’ailleurs dans le mouvement : on vit des prétres solliciter les suffrages de leurs concitoyens, se faire nommer représentants du peuple. M. Affre ne fut donc pas hostile au nouvel état de choses. Mais un jour une insurrection épouvantable vient ensanglanter Paris. M. Affre, ala vue de cette boucherie, pense a s’interposer entre ses brebis qui s’égorgent. Le 25 juin 1848 il va chez le général Cavaignac pour obtenir un sauf-conduit, et il se rend a la place de la Bastille avec ses deux grands vicaires. Le faubourg Saint-Antoine était encore aux insurgés. A Varrivée de Varchevéque ta troupe cesse le feu. Une branche darbre est cueillie et portée en avant par un jeune homme en signe de paix. Les insurgés, avertis de ce qui se passe, cessent aussi de tirer. M. Affre franchit la premiére barricade. Il va parler 4 ces hommes armés. Tout a coup un mouvement se manifeste dans les rangs de la garde mobile. Des coups de feu partent on ne sait comment; le prélat tombe blessé d’une balle dans les reins. Les insurgés le relevent, ’emportent, et se défendent avec acharnement ; cependant le coup de feu n’est pas parti de leurs rangs, les grands vicaires Pattestent. On porte larchevéque chez le curé des Quinze-Vingts, ol il recoit les secours empressés mais inutiles de Part; et le lendemain matin M. Affre est porté sur un brancard 4 son hdtel, ou it ne tarde pas 4 rendre le dernier soupir, en répétant ces paroles de ’Evangile : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, » et en formant le veeu que son sang fit le dernier versé.

Cette belle mort excita des regrets universels. Des obséques magnifiques furent faites 4 ce martyr chrétien de nos discordes civires, et un monument lui a été élevé par PEta‘ dans l’église métropolitaine sur les dessins de M. Aug, Debay.

AFFRES. Ce motnesedit guére qu’au pluriel,et exprime admirablement un grand effroi , une émotion extréme, causée par la vue de quelque objet terrible. Aucun terme ne rendrait avec autant d’énergie le frémissement qu’excitent l’épouvante et ’horreur. Ce mot se rencontre quelquefois dans les beaux vers de Corneille. Voltaire regrette qu'il ne soit pas employé plus fréquemment. Les affres de la mort représentent assurément mieux que tout autre terme les convulsions et les frissons de Pagonie.

AFFRETEMENT, contrat par Jequel on loue uv havire pour le transport de marchandises, de troupes ou @effets militaires. Ll est synonyme de nolissement, terme employé dans la Méditerranée. On nomme fret ou nolis le prix de la location; il est réglé par les conventions des parties et coustaté par la charte-partie, ou par le connaissement, — L'affrétement peut se faire ou du navire entier ou d’une partie; celui dune partie se fait au quintal ou au tonneau. Au quintal, on le loue pour y charger tant de cent kilogrammes pesant » au tonneau, pour y mettre des marchandises remplissant un espace de tant de tonneaux. Le louage au quintal ou au tonneau se fait purement et simplement, ou sous la condition que dans un temps déterminéle maitre du batiment trouvera d’autres affréteurs pour compleéter le chargement: c’est l’affrétement a la cueillette. La condition est remplie dés qu’il se trouve assez de marchandises pour charger le vaisseau aux trois quarts. Laffrétement se fait encore au voyage ou au mois. — Le fréteur est celui qui loue le navire ; Paffréteur, celui qui le prend a bail. Les articles 273 2 310 du Code de commerce réglent les conditions de l'affrétement.

AFFREVILLE, annexe de Milianah, a 8 kilométres de cette ville, contient trente établissements agricoles, Le sol y est riche et fertile.

AFFRONT. Voyez Avante.

AFFROUN (EI), section de Mouzaiaville en Algériés

ABFRY (Lovts-Accustiy-Purupre, comte D’), premier landamman de la Suisse, mort le 16 juin 1810, était né a Fribourg, en 1743. Entré de bonne heure au service de France , i] devint capitaine des gardes suisses, et fut promu en 1784 au grade de maréchal-de-camp. Aprés avoir obtenu son congé, 11 revint dans sa patrie, y fut nommé membre du grand-conseil, et prit en 1798, lorsque les Francais envahirent la Suisse, le commandement en chef des troupes cantonales. Quand, a la suite de la confusion générale survenue dans les affaires de la Suisse , Bonaparte offrit sa médiation, et appela & Paris des députés ehargés de rédiger un

projet de constitution nouvelle pour la confédération, le comte d’Affry fut de tous ceux & qui on confia cette mission celui qui attira le plus Pattention du chef du gouvernement francais. En 1803 il eut mission W’alJer porter a ses concitoyens lacte si important de la médiation. Bonaparte le norma en outre premier landamman, et il exercait encore ces fonctions au moment de sa mort.

AFFEUSION, moyen thérapeutique , qui consiste a répandre un liquide sur une ou plusieurs parties du corps. Ce liquide est le plus souvent de l’eau froide ou a différents degrés. Cette eau peut étre simple, saline ou chargée de sub- Stances aromatiques. Les affusions d’eau de mer ont paru étre trés-efficaces dans certains cas. Quand on veut donner une affusion entiére, on place le malade dans une baignoire, et on lui verse sur la téte un, deux ou trois seaux d’eau. On le met, au contraire, dans un demi-bain, si l’affusion ne doit atteindre que la moitié supérieure du corps. La douche est une variétée d’affusion. Les affusions et les douches sont tres-emipioyées dans le traitement des maladies mentales ,

et notamment dans les excitations maniaques et la stupi-

dité : jeur effet primitif est un frisson plus ou moins prolongé , suivi de réaction et d’une sueur qui coincide avec un besoin de repos et de sommeil. On a encore eu recours aux affusions dans quelques affections nerveuses, telles que le tétanos. la chorée, et contre l’épuisement onanique et di- Verses autres débilités. Quelques praticiens ont recommandé ce moyen pour hater léruption tardive de certaines rougeoles et scarlatines. C'est & aide d’affusions locales quon parvient quelquefois a arréter les hémorrhagies. Tout le monde connait enfin ’heureux emploi qu’on fait de nos jours des irrigations froides pouc prévenir ou modérer les philegmasies qui compliquent si facheusement les plaies traumatiques, D* Derasiavyve,

AFFRELEMENT — AFGHANISTAN

AFFUT. Chariot sur iequel sont portées les pieces dartillerie. Voyes Canon,

Fn termes de chasse on appelle affat un endroit retiré ot le chasseur se place, aprés le coucher du soleil, souvent méme dans la nuit, pour attendre le gibier au passage,

AFGHANISTAN, vaste contrée au nord-est du platean de Iran, appelée autrefois Drangiane, maintenant habitée par les Afghans, et située par les 28° et 36° de latittle sententriona'e ef les 62° ef 73" de longitude orientale, qui est hornée au nord par ies khanats turkestans de Balkh et de Badajan, & Vest par Lahore, le pays des Sikhs et le territoire du Sindh, au midi par le Béloudjistan, et 4 louest parla Perse. Elie comprend a peu prés 7,000 kilometres carrés , et compte environ 14,000,000 d’hahitants,

Si au nord-est la région sauvage et élevée de l’Hindou. Kouh, entrecoupée de vallées profondes, forme une gorge montagneuse dont les plateaux successifs finissent par atteindre la région des glaces éternelles, et oppose les plus grands obstacles 4 tout systtme de communications facilés entre les vallées de ’Orus et de l’Indus, les chaines ~*aralléles du mont Soleyman, ainsi que les chaines salines de Kalla-Bagh, situées au nord, et celles des Khyber, constituent a Pest une séparation aussi abrupte qu’escarpée vers la région plate et basse du Pendjab. Deux passages seulement conduisent des hauts plateaux de Afghanistan a l’'Indus. Ce sont : au nord, entre le systeme de l’Hindou-Kouh et celui des chaines du Soleyman, la profonde vallée du Kaboul, dont les parois étagées s’inclinent comme une espéce W@escalier naturel, ot Djellalabad ef Péchaouer, non loin des importants défilés des Khyber ou Kheyber, forment de grandes étapes, et qui débouche dans V’Indus a Attok; au sud-est des défilés de Bolan, une passe montagneuse de la chaine méridionale du mont Soleyman, servant de point de communication avec le Sindh; lelabyrinthe de vallées et de montagnes du Paropamisus, habité par les Eimaks et les Hézaréhs, nest pas encore bien connu , pas plus dans la partie orientale, appelée Ghorat, que dans le Khoragan, pays montagneux, limitrophe dela Perse. Les plateaux les plus élevés des contrées orientales du Kaboul et de Ghazna ou Ghiznehs’abaissent Goucement , pour s’effacer et disparaitre dans les déserts de sable du Sedjestan, au milieu du grand steppe de Iran, ou viennent se perdre, sur les frontiéres de Afghanistan et de la Perse, dans le lac de Zaréh, les eaux de PHilmend ( quelquefois nommé Hirmend ou Hindmend), riviére au cours lent et uni. De cet apercu général, de la disposition méme de son sol, il résulte que I’Afghanistan est naturellement appelé a servir de point de communication entre l Asie orientale et Il’Asie occidentale.

En général, le climat de ’Afghanistan est tout a fait confinental, mais il ne saurait cependant étre tempéré, en raison méme des nombreux cours d’eau et des brusques ¢évations qui entrecoupent le sol. Sans doute, dans les oasis qu’on rencontre au milieu des déserts sablonneux du sud-ouest, croissent naturellement le dattier et le palmier, et dans les profondes vallées de Vest, si parfaitement abritées de tous cétés, une nature d’une richesse tout indienne permet ia culture de Jacanne a sucre et du coton; mais sur les plateaux de Kaboul ct de Ghazna, élevés de huit a neuf mille pieds audessus du niveau de lamer, l’hiver est toujours @une rigueur extréme et accompagné de la chute de masses énormes de neige. Cependant la température moyenne de toute l'année est encore de 7° Réaumur; et en été il y régne une chaleur assez forte et assez consiante pour mUrir des raisins déicieux. La vigne y croit done a coté du pommier, du prunier et de labricotier, au milieu de champs od sont cultivées toutes les espéces de céréales connues en Eurepe , en meme temps que Je tabac, les plus admirables tulipes, tes plantes aromatiques, Passa-foetida et la rhubarbe des régions montagneuses ; tandis que dans les vallées, toutes riches en cours Weau, le grenadier et Yoranger s’élévent au milieu de foréts

de rosiers au suave parfum, et annoncent le délicieux climat de I’Inde avec toute sa luxuriante fécondité. La diyersité

gnes vivent lours, le loup et le renard, tandis que dans les vallées, of regne la chaleur des tropiques, on rencontre le lion, le tigre, le léopard, le chacal et 'hyéne; des prairies de la plus magnifique yégélation favorisent l’éléve des chevaux et des bétes 4 cornes, et le chameau traverse le désert.

Indépendamment de la richesse de son sol, Afghanistan est dune haute importance pour le commerce de Europe, parce qu’il est la route naturelle du commerce de lInde, route ouverte de Vest a louest aux caravanes, et parcourue depuis un temps in:mémorial par des peuples étrangers les uns aux autres sous le rapport des mours, des langues et des religions. C'est a celle route, dite route des Rois, que Kaboul, Ghazna, Kandahar et Hérat, les quatre villes principales du pays. doivent leur prospérité. Kaboul est la capitale actuciie ; avec Djellalabad, cette ville commande l’entrée de ’Inde au nord, de méme que Kandahar au midi, tandis qu’a l'extrémité occidentale Hérat garde la frontiére, de Perse complétement ouverte de ce cdoté.

On retrouve dans le caractere des populations de l Afghanistan la méme diyersité que dans la nature de son sol; toulefvis, i] est un sentiment commun a toutes ces peuplades : c’est 'amour de Pindépendance et de légalité, joint a des murs dune grande simplicité, a une hospitalité sans bornes et a un esprit essentiellement guerrier. L’Afghan est Vigourcyisement constilué ; si en général ses traits, fortement accus¢és, manguent de beauté, du moins ils expriment la franchise, la grayité et la décision de caractére. Modéré dans ses gots et d’humeur gaie et enjouée, Vhonneur de son pays passe a ses yeux ayant tout; mais il est naturellement enclin a tirer vengeance des offenses personnelles dont il croit avoir a se plaindre. La langue des Afghans, le pouchiou , contient une foule de mots dorigine hébraique, circonstance qui semblerait donner quelque yraisemblance aux traditions antiques qui font descendre ce peuple des dix tribus d’Israel, exilées dans le pays d’Arzareth ou Hazareh , mot qui, en kourde et en chaldéen, langue assez rapprochée du poutchou, signifie des tribus, et qui est encore aujourd’hui le nom de l'un des cantons de I’ Afghanistan. Sniyant M. Burnes, les Afghans se nomment eux-mémes Beni Israel (enfants dsrael). Ils prétendent, dit-il, que Nabuchodonosor, aprés le sac de Jérusalem, les transporta dans la ville de Ghore, et qu’on les appela Afghans, du nom de leur chef Afghana; quwils suivirent la loi de Moise jusqu’au neuviéme siécle, et qu’ils furent alors subjugués par Mahmoud de Ghizneh. Ils ont au surplus tout a fait l’aspect des Juifs, et méme ils en ont plusieurs coutumes : chez eux les jeunes freres épousent la veuve de leur ainé, suiyant la loi de Moise. Ce qui porterait peut-¢tre a croire que cette origine hébraique que s’attribuent les Afghans est basée sur un fond de vérité, est quwils ont contre les Juifs une foule de préjugés fortement enracinés : ce ne saurait donc étre par engouement pour les Israélites qu’ils prétendent appartenir 4 la méme souche, et il semble des lors naturel de penser qu’en cela ils ne font que répéter dantiyues traditions nationales. Quoi qu’il en puisse étre, au reste, de cette origine, plus ou moins controversable, nous ajouterons yue les Afghans sont mahométans sunnites ; qu’ils observent rigoureusement les préceptes de leur religion, et qu’ils ont en égale horreur le Persan en sa qualité de chiite, et le Sikh comme professant le déisme pur. L’amitié est 4 leurs yeux un sentiment saint et sacré; mais ce qui les distingue essentiellement des autres peuples de l’Orient, c'est le respect pour la femme, uni aux sentiments délicats de Pamour le plus tendre et le plus passionné. Les populations du Khoragan sont nomades, tandis que, par la fertilité naturelle de leur sol, les contrées montagneuses de l’est semblent inviter

AFGHANISTAN

leurs habitants 4 y établir des demeures fixes. Les habitants des profondes vallées de lest, comme les Khybers ou Kheybers, les Vousiris, les Kakers, ete., dont les hordes pillardes infestent tous les défiles de ces montagnes , demeurent en dehors de action civilisatrice des villes, de méme que les hordes qui errent dans les steppes du sud-ouest ou les sauyages peuplades du nord. I] est probable que jadis les Afghans, partagés en deux grandes races, les Guildjis et les Douranihs, descendirent des régions montagneuses de ’Hindou-Kouh et du Paropamisus , pour soumettre les habitants aborigénes de Afghanistan, a l’ouest les Hindkis et a Vest les Tadjiks, et y fondérent un grand empire , tout en conseryant les formes de leurs institutions patriarcales. Les Tadjiks forment encore aujourd’bui une partie importante de la population; ils composent la classe des serviteurs, des labonreurs; ce sont eux qui par leurs travaux nourrissent les habitants des villes, tandis que par suite des immigrations et des conquétes le reste de la population offre un mélange confus des races orientales les plus diverses, parmi lesquelles les Juifs et surtout les Arméniens ont en quelque sorte le monopole du commerce. La communauté politique se compose de V’assemblage d’une multitude de tribus , ayant toutes leur administration particuliére, et a la téle desquelles l’élection place un khan. Les Afghans ne connaissent guére d’autres armes que le sabre, qu’ils manient ayee une grande habileté. Ils combattent presque toujours a cheval.

Lhistoire des époques antérieures nous montre les armées afghanes guerroyant tantot sur les bords de la mer Caspienne, tantdt au fond des vallées de Inde, quelquefois divisées en autant de corps séparés qu’elles se composaient de tribus différentes, quelquefois réunies en un tout compacte; mais on ne voit guére apparaitre la forme réguliére d’un empire afghan que vers le milieu du dix-buitiéme siécle, époque a laquelle Achmed-Chah, de la race des Abdallihs , profita des troubles que la mort de Nadir-Chah amena en Perse en 1747 pour affranchir les Afghans de la domination persane , se constiluer souverain dun empire afghan indépendant, et fonder la dynastie des Douranhis ou des Abdallihs. Son fils Téimour mourut en 1793, sans avoir décidé entre ses enfants la question de succession au tréne; et Siman, son second fils, s'empara de l’autorité supréme. Aprés avoir expulsé son frére ainé du Kandahar et avoir ensuite réduit & Vimpuissance en lui faisant crever les yeux, il triompha @ trois reprises successives des tentatives faites par un autre de ses fréres , appelé Mahmoud, qui résidait & Hérat, et le contraignit a se retugier sur le territoire-persan. Mais Foutteh-Khan, chef de la puissante famille des Baraksis, ne tarda pas 4 prendre fait et cause pour le fugitif, et tous deux jurérent sur le Koran une aljiance offensive

du Kandahar, ils précipitérent du tréne Siman, qui a son tour eut les yeux crevés, et trouva ensuite asile a Loudiana, sous la protection de la compagnie anglaise des Indes orientales, qui lui assura une pension annuelle. Mais Mahmoud, lui non plus, ne devait pas longtemps jouir de ce retour de fortune, car le désordre de son administration amena une révolle qui eut pour résultat sa chute du trone, sur lequel le remplaca son frére Soudjah, gouverneur de Péchaouer. Soudjah se contenta d’empécher Mahmoud de pouvoir désormais lui nuire en le retenant en prison, mais sans lui faire crever les yeux; et au commencement du siécle actuel une nouvelle ére sembla luire pour PAfghanistan, d’autant plus que Kamran, fils de Mahmoud , parut, ainsi que Fouttel-Kban, complétement s’effacer de la scéne politique. Ce dernier toutefois ne s’était tenu a Pécart que pour mieux préparer une levée de boucliers , qui fut comprimée en 1805. Elevé de nouveau a la dignité de grand vizir par la générosité de Soudjah, Foutteh-Khan se servit de Mahmoud, qui s’était évadé de sa prison en 1809, comme dinstrument pour une nouvelle réyolte. Cette fois encore

et défensive contre Siman. Aprés sétre d’abord emparés —

AFGHANISTAN

Soudjah en triompha ; mais, précipité du trdne dés Pannée suivante par une complication (intrigues qui amenérent de sanglants conflits , ce pritice fut 4 son tour obligé de se réfugier 4 Loudiana et de s’y placer sous la protection des Anglais. Mahmoud pour la seconde fois monta sur le trone, dont il songea, dans son orgueil, 4 rehausser l’éclat par des expéditions guerriéres dans lest. Mais le souverain dé Lahore, Rundjet-Sing, fit en 1819 la conquéte de Kachemir, apres s’6tre auparavant rendu maitre d’Attock, de Moultan, et, A la suite d’une série de victoires qu'il lui fallut quelquefois chérement acheter, réussit a reporter sur la tive droite de indus les fronti¢res de PAfghanistan. En faisant périr dans les supplices Foutteh-Khan, son ancien allié, Mahmoud s’attira & tel point l'animadversion des Baraksis , parents de Foutteh-Khan, qu’en 1823 il fut obligé pour la seconde fois de renoncer a V’éclat de Ja souveraine puissance, et il mourut 4 Hérat en 1829, auprés de son fils Kamran, apres avoir depuis longtemps perdu ‘toute importance politique. Avec lui disparut la monarehie des Douranhis ; elle avait duré soixante-seize ans, et, a Pexception dHérat , tout Afghanistan passa alors sous la domination des Baraksis, de sorte que Dost-Mohammed régna a Kaboul, Kohoun-Dil 4 Kandahar, et le sultan Mohamed A Péchaouer. L’ainé de ces trois freres, Dost-Mohammed, était le plus puissant de ces princes, en sa qualité de sotiverain de Kaboul, le plus riche des trois Etats. Mais les provinces de Afghanistan ne devaient point encore jouir des bienfaits de la paix. A Pest, Dost-Mohammed eut a lutter contre le souverain dé Lahore; a Pouest, Hérat fut attaqué par tine armée persane. En effet, Kamran avait fait plusieurs irruptions en Perse, doi il avait enlevé douze mille individus qu’il vendit ensuite comme esclavés, et il y avait ranconné plusieurs villes frontiéres. 11 avait en outre fait prisonniers un grand nombre de Persans de distinction , et avait accordé a la Perse pour ces actes de violence au- Cune des satisfactions quelle avait exigées. Bien qu’en 1819 PAngleterre edt promis dé ne point intervenir dans les affaires de PAfghanistan ni dans celles de la Perse, 4 moins Wen ire requise, le gouverneur général de I’Inde, lord Auckland, déclara, le 1° octobre 1838, la guerre a l'Af- Shanistan , sous le prétexte que Dost-Mohammed avait ilégalement attaqué Rundjet-Sing, allié de Pangleterre, que Je refus obstiné de barrer la navigation de l’indus et des préparatifs de guerre ouvertement faits indiquaient suffisamment de sa part des intentions hostiles contre la sécurité des établissements britann'ques dans Inde, et enfin qu’en sa qualité de souverain légitime de PAfghanistan, le chah Soudjah avait invoqué l’appui de Angleterre. Tout cela était vrai, sans doute; mais depuis 1832 Soudjah appelait inter- “yention anglaise sans pouvoir Vobtenir Ce qui décidait Angleterre, c’etaitsa rivalité avecla Russie. Cetle puissance avait poussé le chah de Perse a faire mettre le siége devant Hérat. Les secours amenés par le major Pottinger sauvérent Hérat, et cette ville repoussa les Persans, qui lassiégeaient depuis dix mois. Les Anglais cherchérent alors a former avec quelques peuples de Asie centrale une confédération contraire a celle que la Russie et la Perse projetaient entre V Afghanistan, le Siudh et le Penejab. La haine de Dost-Mohammed et des Sills Sopposa a la réussite des projets des Anglais. Dés lors ils résolurent dele renyerser et de rétablir Chah-Soudjah a Kaboul. Des le 13 septembre 1838 le chah Soudjah fut done solennellemeat proclamé roi de Kaboula Loudiana ; on lui fournit @ussilol un corps de six mille hommes, commandé par le colonel Simpson et par des officiers européens; puis on forma une armée de Indus avec des régiments pris dans le corps Warmée du Bengale et dans celui de Bombay, de sorte quwune force totale de vingt-six mille hommes fut destinée a la campagne de lAfghanistan. On marcha d’abord sur Kandahar. AJ effet d’obtenir un libre passage a travers les districts du Sindh, Etat indépendant, et d’assurer & l'armée pendant

sa marche tous les vivres dont elle aurait besoin, on avait préalablement fait des traités avec tous les émirs compétents. Mais ceux-ci agirent avec tant de mauvaise foi que l’armée anglaise se vit d’abord obligée d’agir contre le Sindh, qui fut rayé de la liste des Etats indépendants, et qui devint tributaire. Apres une marche a travers les montagnes, qui offrit des difficultés dont il serait impossible de donner une idée, les drapeaux anglais flottérent enfin, vers la fin d’avril 1839, sur le plateau de Kandahar, que l’on occupa sans coup férir, attendu que Parmée chargée de le défendre avait pris la fuite. Le chah Soudjah fut accueilli & bras ouverts, et y recut le 8 mai les hommages du peuple. Aprés avoir laissé quelque temps ses troupes se reposer, sir John Keane, commandant en chef de l’expédition, marcha sur Ghazna, qui, énergiquement défendue, ne put étre enlevée que par un vigoureux coup de collier. Le 30 juillet le corps darmée anglais se mit en marche sur Kaboul, que Dost-Mohammed avait lintention de défendre; mais ce prince, abandonné par son armée , dut se réfugier vers les contrées de ’Hindou-Kouh. Le 7 aodt 1839 le chah Soudjah fit son entrée solennelle 4 Kaboul, accompagné par sir John Keane, par Penvoyé Mac-Nagten , par l’état-major et par quelques détachements de troupes anglaises. Lun des fils de Dost- Mohammed, Heyder-Khan, fut arrété comme prisonnier @Etat; mais les généraux anglais ne permirent point que les cruautés qui accompagnaient toujours jadis les changements de souverains eussent lieu cette fois. Tandis que Dost-Mohammed erra‘t fugitif, sir Alexandre Burnes vint s’établir comme résident a Kandahar, et le major Todd fut envoyé a Hérat, qui s’était héroiqnuement défendu pendant plusieurs mois contre les Persans, a l'effet de relever les fortifications détruites de cette place.

La tranquillité se trouvant rétablie dans PAfghanistan, le corps @armée expéditionnaire commenc¢ca son mouvement de retraite vers la fin de ’année 1839, et on ne laissa qu’a Djeiialabad un détachement de troupes a Ja disposition du chah Soudjah. Cette retraite fut signalée par un brillant coup de tain, la prise de Kélat, capitale dun des districts du Beloudjistan; et par cette nouvelle opération importante sur la céte de Mekran, influence anglaise sur ces contrées , boulevards de VInde vers le nord-ouest, parut encore s affermir. Toutefois, des insurrections réitérées ne tardérent pas a obliger de nouveaux renforts de troupes britanniques a rentrer dans l’Afghanistan. Le khan de Boukhara avait par trahison fait prisonnier Dost-Mohammed, qui, apres s’¢tre évadé, souleva dans lAfghaiistan tous ses partisans contre les Anglais; mais il fut battti le 18 septembre 1840 a Raniam, et le 2 novembre suivant a Pourwour. [f invoqua alors la protection de Venvoyé anglais 4 Kaboul, Mac-Nagten, qui lui assigna d’abord pour résidence Loudiana, et ensuite Kownoul. Mais la tranquillité rétablie ainsi dans VAfghanistan n’était qwapparente, car les montagnards de Pest, et parmi eux surtout la puissante tribu des Guildjis , inyuiétaient constamment la rotite de ’'Inde, et jusqu’aux environs méime de Kaboul. kn de pareilles circonstances , on ne faisait qu’acheter la paix: aux diverses tribtis, et Vor de Angleterre procurait aux caravanes bien plus de sécurité que la crainte de ses arnies, En octobre 1841 Mac-Nagten ayant envoyé aux Guildjis de Vest, dans les défilés des Keybers, une somme moindre que celle qui avait été convenue, ce manquement a la paroie donnée ariena une nouvelle insurrection. Lé fénerai sir Robert Sale ne put que difficilement et en sontenant ste continuelles escarmotiches atteindre Djellalabad , tandis qu’a Kaboul aussi éclatait si inopinément une insurrection, que le chah Soudjah et les troupes anglaises aux ordres du général Elphinston eurent a peine le temps ae se réfugie: dans la citadelle de Vala-Hissar et dans leur camp retrarché. Alexandre Burnes fut tué Wun coup de fes des ke commencement de la révolte, et beaucoup d’autres ofticiers

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eurent le méme sort. Les Anglais essuyérent également de grandes pertes 4 Kobistan et dans les montagnes voisines. Les troupes stationnées & Ghazna et & Kandahar se trouvaient cernées de toutes parts dans leurs positions; l’énorme quantité de aeige qui couvrait les campagnes empéchait de songer a tenter le moindre mouvement offensif, et sur tous les points Pénergie et le nombre toujours croissant des Afghans menagaient jes troupes anglaises d’une destruction totale. Leur position 4 Kabou! devenait d’ailleurs de plus en plus critique; car toutes les négociations entamées avec les Afghans, a la téte desquels s’était mis Akbar-Khan, l'un des fils de Dost-Mohammed, avaient échoué. La mort de Mac-Nagten, assassiné vers la fin de décembre, a Pissue d’une contérence qu'il venait d’avoir avec Akbar-fhan, a Veffet de négocier le libre départ des troupes britanniques , fut un nouveau signe de irritation toujours plus grande des populations contre le nom anglais. Le major Pottinger, successeur de Mac-Nagten, réussit cependant enfin a conclure un traité qui, moyennant Vabandon d’un certain nombre @otages, promettait aux troupes anglaises stationnées a Kaboul toute liberté et toute sécurite pour opérer leur mouvement de retraite. Le 6 janvier 1842 Akbar-Khan escorta en personne dans sa premiére marche Parmée anglaise, qui avait encore environ 13 myriainétres a faire avant d’atteindre Djellalabad. Cependant , malgré le traité, elle fut si constamment harcelée dans le long et difficile passage des nombreux défilés qu’elle avait a franchir, qu’elle y périt en détail , et qu’au commencement de l’année 1842 on put regarder l’armée anglaise qui avait envahi le Kaboulistan comme complétement anéantie.

Le nouveau gouverneur général des Indes, lord Ellenborough, envoya deux divisions pour ravager le pays. Le 10 aodt 1842 les Anglais évacuérent Kandahar. Le général Nott se dirigea sur Ghazna et Kaboul, tandis que le général England marcha sur Quettah, oi il entra le 26. Le général Pollock, attaqué dans sa marche de Djellalabad sur Giendarnouck, défit les Afghans, et le6 septembre la ville de Ghazan se rendit aux Anglais. Le 13 du méme mois le général Pollock battit Akbar-Khan avec seize mille Afghans; le 16 il occupa le fort de Balar-Hissar, prés de Kaboul, et cette ville tomba aussitSt en son pouvoir. Le 1° octobre le gouverneur général des Indes fit savoir, par une proclamation datée de Simlali, que lintention de Angleterre m’était pas d’intervenir dans Jes affaires du gouvernement des Afghans, et que cetle puissance reconnaitrait celui quwils choisirai nt, pourvu qu'il pdt maintenir a paix avec les Etats voisins. Le 15 octobre l’armée anglaise quitta Kaboul aprés avoir démolie. Les Anglais abandonnéreat également toutes les autres positions de Afghanistan, et sur leur passage ils détruisirent Djellalabad. Enfin, le 20 novembre, aprés quelques combats dans les défilés de Keyber, les troupes anglaises, commandeées par les généraux Pollock et Nott, arrivérent 4 Firouzpour, limite de leur retraite.

L’Afghanistan resta dés lors en proie 4! anarchie Ja plus cruelle. En 1844, sous |’influence de la Russie, on en revint A Vidée de former une espéce de confeédération avec la Perse. La méme année lord Ellenborough dut céder le gouvernement des Indes a lord Dalhousie. L’année 1847 vit mourir Akbar-Khan. A ses derniers moments il exhortait son pére et ses fréres 4 ne jamais Sallier aux infidéles, Bientot les Afghans s’unirent aux Sikhs contre les Anglais ; mais, aprés plusieurs sanglantes affaires, la bataille de Goudjerat (21 (évrier 1849) mit fin a cette insurrection. Dost- Moliammed se porta sur I’Indus avec 16,000 hommes. Les Auplais passérent de nouveau le délilé de Keyber et commencérent Vassujétissement séparé des diverses tribus afghanes. En 1856 les chefs afghans se livraient encore entre tux des combats meurtriers , et en 1857, !’Angleterre, dans son traité avec la Perse, fit reconnaitre a cetle puissance Sindépendance de l’Afghanistan. Z.

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