‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 13 sur 197 · CHAMPAGNAC · texte numérisé non relu

CHAMPAGNAC

ABEILLES. Ces insectes, de Yordre des hyménopteéres , si remarquables par leur industrie, leur amour de lordre et du travail, ont été de bonne heure réduits par ’homme a l’état de domesticité ; cependant on les rencontre encore a!’état sauvage dans différentes contrées, par exemple en Pologne et en Russie, out ils établissent leur demeure dans des arbres creux. Les abeilles sauvages sont toujours plus vigoureuses et plus velues et d’une couleur plus foncée que les autres. Rien de plus admirable que Vintérieur d’une ruche; mais il régne encore beaucoup de contradictions entre les diverses observations dont les moeurs des abeilles ont étél objet. Ces insectes vivent réunis en sociétés nombreuses, qu’on appelle essaims, et composées chacune d’environ 20,000 abeilles communes ou ouvricres, de 1,600 males ou faux-bourdons, etd’une femelle qu’on nomme la reine ou la mére des abeilles. Les anciens donnaient aux femelles le titre de rois, parce qu’autrefois on n’avait pas encore pu distinguer leur sexe, a l’égard duquel des observations postérieures etirréfragables ne laissent plus depuis longtemps aucune incertitude. Les abeilles communes ou ouyriéres, qu’on appelle aussi neutres , forment la nation, construisent des cellules d’une maniére réguliére et symétrique, recueillent la cire et le miel, et nourrissent le couvain. Elles sont les plus petites de toutes et pourvues d’un aiguillon pour leur défense, d’une trompe avec laquelle elles recueillent le miel, et de deux estomacs, qui, outre les fonctions qu’ils remplissent chez tous les animaux, leur servent encore a la préparation de la cire et du miel. C’est avec la cire qu’elles batissent les cellules , dont le principal usage est de contenir les ceufs pondus par la femelle ou la reine, Avec les brosses qui garnissent leurs longues pattes postérieures elles se nettoient et ramassent la poussiére des fleurs en deux pelottes ou petites boules, qu’elles font entrer de force dans les palettes ou cuillerons striés transversalement dont sont extérieurement creusés la jambe et le premier article des tarses postérieurs. C’est alors que, les pattes chargées de ces poussiéres rouges , jaunes, vertes ou blanches, suivant la nature des plantes dont elles proviennent, les abeilles s’envolent vers la ruche. On a cru longtemps que cette poussiére séminale des fleurs ainsi recueillie par les abeilles au moyen de leurs pattes de derriére était la matiére de la cire. Les observations les plus récentes ont fait voir au contraire qu’elle servait 4 composer Vespece de bouillie dont on nourrit les larves, et que la cire n’était autre chose que la mati¢re sucrée, altérée par la digestion dans un second estomac et expulsée soit par les anneaux, soit méme par Ja bouche des insectes.

Les abeilles se nourrissent de liquides végétaux, et principalement de liqueurs sucrées. C’est du nectar des plantes quelles retirent, au moyen de leur trompe, un suc qui sera bient6t converti en mie! ; et c’est principalement de ceiui qui est contenu dans certaines glandes des fleurs , désignées par les botanistes sous le nom général de nectaire, qu’elles recueillent Phumeursucrée, Elles avalent d’abord ce liquide, qui parait éprouverdans leur estomac une opération particuliére, et étre ainsi dépouillé de son aréme et de la matiére visqueuse a laquelle il étaituni ; ce qui lui donne la propriété de pouvoir étre exposé a air sans fermenter. En effet , lorsque Vabeille dégorgece suc, il a tout a fait changé de nature; c'est un véritable miel, dont les femelles , les males et les neutres se nourrissent suivant leurs besoins. L’excédant est déposé dans les alvéoles vides, dont les parois ne permettent pas la transsudation, et qui sont formés d’nn opercule de cire fermé hermétique-

ment, pour n’étre ouverts que lorsque les besoins impérieux et Vimpossibilité de trouver de la nourriture ailleurs forceront d’avoir recours & ces provisions.

Les males ou faux-bourdons sont plus grands que les ouvrieres, mais ils n’ont point @aiguillon , ne recueillent ni miel ni pollen, et se nourrissent au contraire des provisions amassces par les ouvrires. Is sortent le matin de la ruche, et n’y rentrent que pendant les heures de la grande chaleur; quelquefois méme ils ne s’y retirent que pour y passer la nuit : il parait que leur unique fonction est de féconder la reine. Cette opération importante une fois achevée, ils sont impitoyablement mis & mort par les ouvriéres; c’est en général dans les mois de juin, de juillet et d’aodt que se fait ce grand carnage ; et on a remarqué qu'il avait ordinairement lieu aprés une longue pluie, lorsque le vent froid avait soufflé pendant quelques jours, et que le ciel était resté longtemps couvert. A prés cette époque, on ne trouve plus de males dans les ruches ; et ce nest qu’en avril et en mai suivant que, de nouveaux ceuls ayant été pondus, on en voit reparaitre , d@’abord en petit nombre, et ensuite en grande quantité. Ils éclosent dans les ruches ayant les reines , lesquelles ne sont pas moins impropres que les males a tout travail, et n’ont aussi d’autre fonction que celle de perpétuer l’espéce.

La reine est ’'Ame de l’essaim, et on n’en souffre jamais deux dans la méme ruche. S’il en nait plusieurs dans un couvain, ou elles forment avec leurs partisans de nouveaux essaims, ou elles sont successivement mises a mort par celle qui est éclose la premiére. Le premier soin d’une reine-abeille en naissant est en effet d’aller aux cellules royales et de tuer les larves qui pourraient devenir ses rivales. Deux reines sortent-elles en méme temps de l’alvéole, elles se livrent aussitot un combat 4 outrance, auquel assistent les ouvriéres en formant le cercle autour d’elles. Si la plus faible essaye de chercher son salut dans la fuite , elles Pobligent a revenir au combat, dans lequel l'un des deux adversaires doit infailliblement trouver la mort.

Il se forme réguliérement tous les ans un nouvel essaim ; mais s'il s’en formait deux ou trois, cela ne serait pas avantageux, parce que alors les essaims seraient trop faibles. Lareine est plus grande que les autres abeilles , et elle a hate de s’acquitter de ses fonctions ; aussi ne reste-t-elle que peu de temps dans l'état devirginité. En général, cing ou six jours aprés sa naissance, ou un jour aprés qu'elle s’est établie dans une nouvelle demeure a la téte d’une colonie (ce qui arrive dans les mois de mai, juin et juillet), on la voit sortir pour aller 4 la recherche d’un mile. Elle revient a la ruche ordinairement fécondée. Les ouvriéres le reconnaissent alors ; ace qu'il parait, ades signes non équivoques; car la reine devient tout aussitét de leur part l'objet de soins et @hommages qu’on ne lui avait pas encore rendus. La reine pond dans chaque cellule un ceuf, qui, lorsqu’il est éclos, est soigné par les ouvriéres. Toutes les abeilles montrent un grand attachement pour elle ; et l’essaim tout entier se disperse ou meurt si quelque accident vient a la faire périr.

L’ceuf déposé dans les cellules y éclot par la seule chaleur de la ruche. Un petit ver blancen sort qui est nourri avec l’espéce de bouillie dont nous avons fait mention plus haut. Il file une coque soyeuse dans laquelle il subit la transformation en chrysalide , puis enfin, parvenu a l'état d’abeille, il perce 8a prison et commence son existence sociale.

F Quand une fois un grand nombre d’abeilles sont nées

YLabitation commune ne peut pius contenir tous les habi. tants. Une émigration devient alors nécessaire; elle ne peut toutefois seffectuer que torsqu’une nouvelle reine, qui remplacera celle qui va partir en téte delacolonie, est sur le point d’éclore. Quelles que soient les incommodités résultant de cette nombreuse réunion, le départ est toujours retardé jusqu’a cette époque. A peine cet événement tant attendu est-il arrivé qu'un grand nombre d’abeilles, ayant a leur téte la wieille reine, abandonne l’habitation. Cette colonie errante

ee eer el —— ee eee

ABELLLES

prend le nom d’essaim; les insectes quila composent ne fardent pas a s’arréter dans un endroit quélconque , souvent sur une branche d’arbre; 1a ils forment une espéce de grappe ou de cone en se cramponant les uns aux autres au moyen de leurs pattes. Au moment ou ce groupe se fixe, la femelle reste ordinairement dans le voisinage, et ne se réunit 4 la masse que quelque temps apres. C’est le moment que doit choisir l'éleveur d’abeilles pour s’emparer de l’essaim et le placer dans une demeure conyenable.

Le départ est précédé de phénomenes assez singuliers, et s’annonce par des signes non éguivoques, Les males qui viennent de naitre paraissent alors en grand nombre; plusieurs milliers @habitants, ne trouyant plus de place dans laruche , se groupent par tas au dehors. Un bourdonnement particulier se fait souvent entendre le soir et la nuit dans Pintérieur de habitation, ou bien on y remarque un calme qui n’est pas ordinaire. Enfin, dés le matin du jour oti Ja colonie doit s’expatrier , le calme est encore plus parfait; et le repos succede a l’activité générale quon remarquait la veille. Les abeilles qui doivent émigrer semblent ainsi prévoir l'heure du départ, qui a ordinairement lieu vers le milieu du jour, par un temps chaud et un ciel pur. I parait aussi qu’elles jugent alors inutile d’entreprendre ou d’achever des travaux dont elles ne doivent pas jouir. La méme inaction a lieu lorsqu’un essaim, aprés s’étre établi dans une demeure et y avoir commencé quelques travaux , se décide & labandonner. Une ruche donne généralement pendant le printemps trois ou quatre essaims ; quelquefois cependant elle n’en fournit aucun. C’est lorsque les habitants en sont en trop petit nombre. L’usage de poursuivre, en frappant sur des chaudrons, des casseroles, les essaims qui senvolent, s'est perpétué jusqu’a nos jours. On en fait remonter l’origine a Vhistoire fabuleuse de Penfance de Jupiter, qui placé par sa mere Cybele dans la grotte Dictys du mont Ida, en Créte, y fut nourri par des abeilles, tandis que les Coribantes frappaient sur des instruments retentissants , afin que ses cris ne fussent pas entendus de son pére Saturne. Ona conseillé d’arréter les essaims qui s’enfuient en leur tirant des coups de fusil chargés a poudre; mais rien ne prouve lefficacité de ce procédé. Les abeilles redoutant beaucoup la pluie, la gréle , on cherche aussi a forcer les essaims & suspendre leur fuite en leur jetant de la poussiere , du sable fin, ete.

On introduit un essaim dans la ruche qu’on lui destine de plusieurs maniéres : on suspend la ruche au-dessus; on frotte son intérieur avec des plantes odorantes, du miel, etc. , ce qui détermine les abeilles a aller s’y établir. Quelquefois on attend que les abeilles soient engourdies par la fraicheur du soir : alors on peut les prendre avec la main et les déposer dans Ja ruche renversée; on la recouvre d’un drap, on la redresse et on la met en place. Le premier travail d’un essaim c’est d’enduire l’intérieur de la ruche d’une matiére glutineuse, appelée propolis. Les abeilles travaillent. ensuite a la confection des gateaux.

Si une ouvriére étrangére ose pénétrer dans une ruche, elle est & Pinstant mise a mort par celles qui font la garde. Les abeilles ont en effet de nombreux ennemis, contre les attaques et les embdches cesquels il leur faut se défendre. Ce sont notamment les frelons , les guépes, les souris, les teignes, les sphinx téte de mort; adversaires tous plus redoutables et plus perfides les uns que les autres. Tous les moyens sont mis en usage pour s’opposer a leur entrée dans la ruche ; tous les efforts sont dirigés vers ce but, car une fois qui ont réussia y entrer, ilest bien difficile aux abeilles de s’opposer a leurs dévastations. Elles n’ont plus alors d’autre parti a prendre que de fuir et de transporter ailleurs leur industrie. Les ouvriéres, on I’'a deviné, sont les seuls combattants ; elles yeillent sans cesse 4 la ruche, ei font une reconnaissance scrupuleuse de tous les individus qui y entrent, en les” touchant de leurs antennes.

Page 1