ABEILLES — ABELARD
Les abeilles sont sujettes & diverses maladies, et surtout Aune espece de dyssenterie qui les fait promptement périr. On combat cette maladie par de l’eau salée , ou mieux par un mélange de vin vieux , de miel et de sel. On a propose divers moyens anesthésiques pour les endormir au lieu de les étouffer quand on veut s’emparer de leurs produits. On a aussi imaginé de conserver les essaims Vhiver en les en fouissant en terre , moyennant cerlaines précautions.
La piqure des abeilles est fort douloureuse, et fait naitre sur la peau des boutons qui occasionnent une cuisson bralante. Lorsqu’elles sont multipliées on qu’elles atteignent des parties délicates, elles peuvent amener la fiévre, les convulsions et méme la mort. On calme les souffrances qu’elles produisent en extrayant l’aiguillon, qui demeure souvent dans la plaie, et enfaisant des onctions huileuses. Siune abeille avait été avalée, on devrait prendre une forte dissolution de sel marin qui la tuerait.
Les ruches d’abeilles sont considérées comme immeubles quand elles ont été placées dans un fonds par le propriétaire pour le service et Vexploitation du fonds méme (art. 524 du Code Napoléon) ; aussi le propriétaire d’un essaim d’abeilles a-t-il le droit de le suivre partout et de le reprendre ou il se trouve sans aucune permission du juge; mais il faut que le propriétaire n’ait pas cessé de poursuivre cet essaim pour constater que c’est bien le sien. Si cependant les abeillles se sont relirées dans les ruches du voisin, le propriétaire ne veut que les appeler a lui, sans avoir Je droit de renverser la 1oge pour les y prendre. Lorsqu’un essaim s’arréte sur un héritage affermé sans étre réclamé en temps utile, le fermier a le droit @en jouir comme de cet héritage; mais a la fin du bail il doit le Jaisser. Il n’est pas permis de troubler les abeilles dans leurs courses et leurs travaux ; et méme en cas de saisie légitime, une ruche ne peut étre déplacée que dans les mois de décembre, janvier ou février.
ABEL, en hébreu Héset, souffle , nom donné au second fils d’Adam, peut-étre 4 canse dela courte durée de sa vie. Il était berger, et son frére ainé, Cain, labourenr. Cain offrit au Seigneur ses premiers fruits, Abel les premiers-nés de son troupeau. Dieu, en faisant connaitre que Voffrande d’Abel
Jui était agréable, rejeta celle de Cain; et celui-ci en concut une jalousie telle, qu’il tua son frére dans les champs. Gessner et Byron ont pris cette antique tradition biblique pour le sujet de poémes que chacun connait.
ABEL (Nicotas-Henrt), Pun des plus profonds mathématiciens des temps modernes, né a Findee, dans le bailliage de Christiansand, en Norvége, le 5 aott 1802, recut sa premieére éducation sous la direction de son pére, Sa@en-Georges Abel, pasteur de lendroit , et alla plus tard suivre le cours d’instruction supérieure professé dans une école de Christiania, ot explication qu’il entendit faire de quelques problémes de mathématiques éveilla son génie pour cette science. I] était encore sur les bancs de luniversité de sa patrie, que déja il publiait quelques opuscules qui suffirent a lui créer une place importante dans le monde savant. Le
gouvernement suédois lui accorda alors spontanément un traitement destiné a lui faciliter un voyage de deux années A Pétranger, a Veffet de compléter ses études et ses travaux. Abel visita successivement Berlin, Vienne et Paris, puis revint se fixer pendant quelque temps a Berlin , oti il ne tarda pas a étre ’un des rédacteurs les plus assidus du Journal dcs Mathématiques pures et appliquées de Crelle. Les travaux d’Abel eurent surtout pour objets les fonctions elliptiques; et dans cette voie il enrichit Ja science des plus magnifiques découvertes. De retour en Norvége, il fut, bientot nommé professeur a Puniversité et a ’école des ingénieurs de Christiania; mais l’extréme ardeur avec laquelle il se livra au travail ne tarda pas a épuiser ses forces, et it mourut le 6 avril 1829, 4 Arendal. Son maitre, le professeur Holmbos, a publié ses divers ouvrages en langue francaise ( 2 vol. in-4°, Christiania, 1839 ).
ABEL (Crane), chirurgien et naturaliste anglais qui accompagna lord Amherst dans son ambassade en Chine, en 1816 et 1817, publia une relation de ce voyage a la suite de laquelle on trouve des appendices concernant Vhistoire naturelle, et particuliérement un travail deM. R. Brown sur quelques plantes remarquables de la Chine. Malheureusement cette partie de ouvrage d’Abel n’est pas aussi compléte qu’on devait lespérer, la plupart des collections ayant été perdues dans le naufrage du navire sur lequel Pauteur était embarqué. La mission de lord Amherst terminée, Abel fut nommé chirurgien en chef de la compagnie des Indes. 11 est mort 4 Calcutta, le 26 décembre 1826. — R. Brown a dédié au docteur Abel un genre de plantes dicotylédones, originaire de la Chine, qui a pris le nom d’Abelia.
ABEL DE PUJOL. Voy. Pusot.
ABEL-REMUSAT. Voy. Rémusat.
ABELARD (Pierre), philosophe scolastique et théologien, non moins célebre par son génie que par ses malheurs, naquit en 1079, a Palais, bourg voisin de Nantes et dont son pére était seigneur. Une irrésistible vocation l’entraina vers l’é tude des sciences ; et pour s’y livrer en toute liberté il renonga ila carriére des armes et 4 son droit d’ainesse en faveur de ses fréres. I] étudia la poésie , ’éloquence, la philosophie, la jurisprudence et la théologie, et se rendit bientot familiéres les langues hébraique , grecque et latine. La dialectique scolastique resta toutefois le sujet favori et principal de ses travaux. Quoique la Bretagne possédat alors des savants distingués, Abélard eut bientot épuisé leur science. Il parcourut les diverses provinces de France, oi il espérait trouver des maitres ou des rivaux, et vint enfin 4 Paris, dont Université attirait de nombreux écoliers de toutes les parties de l’Europe. Guillaume de Champeaux, qui y professait, était le plus habile dialecticien de son siécle. Abélard profita si bien de ses lecons, qu’il embarrassa souvent son maitre par la subtilité de son esprit et la force de ses objections. A l’amitié que son professeur lui avait d’abord vouée succéda la haine la plus vive, haine que partagérent les autres écoliers de Guillaume de Champeaux.
Abélard, qui n’avait pas encore vingt-deux ans, se vit contraint, pour se soustraire a l’orage qui le menagait , de se retirer 4 Melun, ot sa renommée attira en peu de temps une foule de jeunes gens qui désertaient les écoles de Paris pour aller Pentendre. De Melun, il vint a Corbeil, plus prés de Paris, ot il fut Pobjet de la méme admiration et des mémes haines. Mais il lui fallut interrompre ses travaux, pour aller rétablir dans son pays natal sa santé ruinée. Deux ans aprés il retourna a Paris, ef y ouvrit une école dont l’éclat Jaissa bient6t toutes les autres sans auditeurs. I] y enseigna la philosophie et la théologie, et forma les écoliers les plus distingués, parmi lesquels nous citerons celui qui plus tard devait occuper la chaire de saint Pierre sous le nom de Célestin IL; Pierre Lombard, évéque de Paris; Bérenger, qui par la suite fut Pun de ses plus intrépides et éloquents apologistes ; Jean de Salisbury; et enfin Arnaud de Brescia.
A cette époque vivait 4 Paris (dans une maison que la tradition place dans la cité, non loin de Notre-Dame) une jeune personne, nommée Louise ou Héloise, niéce de Fulbert, Pun des chanoines de la cathédrale, et agée seulement de dixsept ans. Peu de femmes la surpassaient en beauté, aucune ne l’égalait en esprit et en connaissances de tout genre. Abélard s’éprit tellement @amour pour Héloise, qu’il oublia ses devoirs, ses lecons et méme la gloire, jusque alors unique objet de ses désirs. Héloise, de son coté, ne fut point insensible & Pamour d’un homme célébre, jeune encore (i! n’avait que trente-huit ans), dune assez belle figure. Sous le prétexte d’achever son éducation, Abélard recut de Fulbert Ja permission de Ja voir souvent; et pour la voir plus souvent encore il vint bientét se mettre en pension chez lui. Les deux amants vécurent ainsi plusieurs mois au comble de Ja félicité, et plus occupés de jeurs amours que de leurs études. Mais
26 ABELARD — ABELITES
cette liaison finit par tre connue de Fulbert, qui les sépara. Il était trop tard, Héloise portait dans son sein le fruit de leur commune faiblesse. Abélard lenleva, et la conduisit en Bretagne, oii elle accoucha d'un fils, qui embrassa I’état ecclésiastique et qui survécut a son pre, Abélard songea alors a se marier secrétement avec elle; Fulbert fut obligé de donner son assentiment a ce projet. Héloise, qui, par un dévouement extraordinaire, edt mieux aimé passer toujours pour sa maitresse , finit aussi par y consentir. Le mariage fut céiébreé ; et pour le tenir secret , pour qu’il ne devint point un obstacle dirimant & ce qu’Abélard parvint 4 quelque haute dignité ecclésiastique , alors le but constant de l'ambition des plus grands esprits, Héloise continua a habiter avec son oncle, pendant qu’Abélard occupait son ancien logement, ou il continuait toujours ses lecons publiques. Ils ne se voyaient que trés-rarement. a,
Fulbert cependant, croyant que le secret ne pouvait qu’étre désavantageux 4 Vhonneur de sa niece, le divulgua. Héloise, de son coté , qui tenait plus a la gloire et a la fortune d’Abélard qu’a son propre honneur, nia le mariage, méme par serment. Fulbert en témoigna sa colére a sa niéce par de mauvais traitements, auxquels Abélard trouva moyen de la soustraire, en ’enlevant une seconde fois et en la plagant dans Pabbaye d’Argenteuil, ov elle avait été élevée. Fulbert, persuadé qu’Abélard youlait sacrifier Héloise a son ambition en la forcant A prendre le voile, s’en vengea en Vattirant dans un guet-apens oi il le fit horriblement mutiler. Apres cette catastrophe, qui, aux termes des lois canoniques , le rendait désormais incapable et indigne de toute dignité ecclésiastique, Abélard se fit moine 4V’abbaye de Saint-Denis, et Héloise prit le voile 4 Argenteuil.
Quand le temps eut apporté quelque adoucissement a sa douleur, Abélard reprit 4 Paris ses legons publiques; mais s’attira par cela méme de nouvelles persécutions. En 1122 ses ennemis le traduisirent devant le concile de Soissons , & Yoccasion d’un écrit sur la Trinité qu’ils parvinrent a faire déclarer entaché @hérésie. Abélard, en punition de sa faute , fut condamné a bréler lui-méme son ouvrage. Les persécutions continuelles dont il était Pobjet le forcérent enfin a quitter Vabbaye de Saint-Denis et a se retirer dans les environs dé Nogent-sur-Seine , ot il fit batir une chapelle qu’il consacra au Saint-Esprit, et quwil appela /e Paraclef. Ilrassembla autour de lui dans cette solitude un grand nombre de disciples. Nommé plus tard abbé de Saint-Gildas-de-Ruys, il invita Héloise et.ses religieuses 4 venir s’établir au Paraciet, et les y recut. Apres une séparation de onze années, les deux amants s’y revirent pour la premieére fois.
Abélard vécut ensuite a Saint-Gildas, séjour rempli pour lui d’amertume et de tristesse, car il ne pouvail y oublier ses amours; et ou plus que jamais il fut en butte a la haine des moines, quien vinrent jusqu’a menacer sa vie. Saint Bernard, qui avait pendant longtemps refusé de se déclarer contre un homme quwil ne pouvait s’empécher admirer, céda enfin aux pressantes instances de ses amis , dénonea les doctrines philosophiques d’Abélard au concile de Soissons, les fit condamner par le pape, et oblint méme un ordre @incarcération. Abélard en appela au saint pére mieux éclairé, et entreprit le voyage de Rome. En passant par Cluny, i! visita Pierre le Vénérable, qui en était alors abbé. Ce théologien, non moms éclairé que vertueux, le réconcilia avec ses ennemis; mais Abélard, a bout de discussions et de luttes théologico-philosophiques, résolut de finir ses jours dans la solitude. Les mortifications séveres qu'il s'imposait par espritde pénitence, jointes au chagrin profond qui jamais ne quiltait son cour, consumérent peu a pew les forces de son corps; et en 1142 il mourut tout ala fois martyr et modéle dela discipline monacale, dans Vabbaye de Saint-Marcel, prés de Chalons-sur-Sadne, a Paige de soixante-trois ans. Héloise, qui lui survécut pendant vingt ans, obtint a force de priéres qu’on lui rendit la dépouille mor-
telle d@’Abélard , et la fit enterrer au Paraclet, pour pouvoir un jour dormir du sommeil éternel auprés de lui, En 1497 les deux corps furent séparés, et placés dans la grande église de l’abbaye, un de chaque cété du cheeur, En 1630 les deux tombes furent transférées dans la chapelle de la Trinité. En 1792, le Paraclet étant sur le point d’étre vendu, les restes d’Abélard et d’Héloise furent portés dans léglise de Nogent-sur-Seine. Sept ans aprés, le 16 février 1800, le ministre de Vintérieur, Lucien Bonaparte, ordonna leur translation au Musée des monuments frangais. Alexandre Lenoir placa les corps des deux amants dans le jardin de son musée, sous Je couvert d’une petite chapelle qu’il fit construire dans le style du douziéme siécle, avec des débris de pierres architecturales trouyés 4 Saint-Denis , au Paraclet et ailleurs. Les figures couchées d’Héloise et d’Abélard furent moulées par le statuaire de Seine sur les tétes des deux amants. Aprés Ja destruction du Musée des monuments francais la chapelle d’Héloise et d’Abélard a été transportée au cimetiére du Pére-la-Chaise , ot elle est encore tous les ans objet du pélerinage des ames tendres.
Dans sa discussion avec saint Bernard, Abélard avait développé et soutenu les doctrines du pur rationalisme, et on peut considérer son prédécesseur Erigéne et lui comme les deux plus anciens champions de ce systéme philosophique. Abélard soutenait qu’on ne doit croire que ce que on a préalablement compris ; saint Bernard au contraire , avec Eglise, qu’il faut commencer par croire , sauf 4 comprendre ensuite si l'on peut , et que esprit d’examen est inconciliable avec Vesprit de la religion. Pour bien apprécier Abélard, il ne suffit pas de le juger d’aprés ses ouvrages, il faut encore lui tenir compte de linfluence que par sa dialectique orale il exerca sur les opinions de son siécle. Son caractére privé , de méme que ses doctrines philosophiques, fut de la part de ses contemporains l’objet des accusations les plus passionnées ; et chose étrange en vérité, le nom du penseur Je plus hardi qu’ait produit le douziéme siécle a été dérobé a Voubli moins par ses travaux et ses doctrines que par son amour et Jes malheurs qu’il lui attira; malheurs qui ont transformé pour le vulgaire des générations suiyantes l'homme que ses contemporains admiraient comme un profond théologien et un dialecticien consommeé , en un héros de roman.
Les lettres d’Héloise et d’Abélard, publiées @abord dans le texte original, ont été par la suite traduites dans toutes les langues, et les poetes se sont a l’envi efforcés d’en reproduire les sentiments brilants dans des vers ou l’expression ne répond pas toujours 4 intention, témoin Colardeau. Pope, il faut bien le reconnaitre, a été plus heureux.
Francois Amboise el Duchesne ont publié me édition compléte en latin des ouvrages et des lettres d’Abélard (Paris, 1616, in-4°). Dans ces derniers temps d’autres écrits de ce penseur, restés jusque alors inconnus, comme le Sic ef Non, recueil de contradictions dogmatiques des Péres de l’Eglise , ont été retrouvés et mis en lumiére , les uns par M. Cousin (Paris, 1836, in-4°), les autres par Rheinwald (Berlin, 1835). Une savante notice de M™® Guizot, terminée par M. Guizot, a été imprimée en (éte de la traduction des Lettres @Abélard et d’Héloise par M. Oddoul (1839, 2 vol. in-8° ). M. Cousin a fait précéder son travail d’une remarquable introduction. Enfin on doit & M. Villenave pére un volume intitulé: Abélard et Héloise , leurs amours, leurs malheurs et leurs ouvrages (1834, in-8°), réimprimé en téte @une traduction nouvelle des Lettres d’ Héloise et d’Abélard, par le bibliophile Jacob (Paris, 1840, gr. in-18).
ABELITES, ABELIENS, ou ABELONIENS, secte chrétienne qui, au rapport de saint Augustin, existait au nord de Afrique , dans les environs d’Hippone, vers Ja fin du quatriéme siécle. D’aprés Popinion commune , ces sectaires auraientemprunté leur noma Abel, filsd@’Adam, qui mourut sans avoir été marié ; c’est pourquoi ils s’abstenaient du mariage,
ABELITES — ABENCERRAGES
afin de ne pas propager le péché originel en engendrant des enfants. Leurs erreurs se rattachaient évidemment a celles des anciens gnostiques; et comme les cainites, les séthites, etc., ils appartenaient aux abstinents, qui, a partir du deuxiéme siécle, se sont toujours maintenus en Orient. Suivant les travaux de quelques invesligateurs tout récents , il faudrait, au contraire, dériver la dénomination de cette secte du mot Eljon, le plus ancien et le plus simple des noms de Dieu. Ce nom était, en effet, au quatriéme et au cinquiéme siécle le shiboleth de divers partis qui, mécontents de ce qui existait, confessaient une foi générale en Dieu, comme les plus anciens déistes. Voy. HypsisTARIENS.
ABEN, mot commun aux langues sémitiques, et qui signifie fils. C’est le méme mot que Ben, Ebn ou Jon. On le trouve devant une foule de noms propres orientaux : comme Aben-Ezra, ¢est-a-dire fils d’Ezra. Les personnages ainsi désignés ont aussi un autre nom, mais comme en Orient on ne connait pas Pusage des noms patronymiques, pour éviter de confondre plusieurs individus qui se nomment de méme, on les distingue en rappelant leur filiation, et c’est souvent le surnom qui prévaut.
ABENARI, ABENAQUIS, ABENAKES, peuplade de VAmeérique du Nord, établie jadis dans cette partie du Canada qui confinait au pays autrefois appelé Nouvelle-Angleterre. Les Kinnebeks ou Cannibas , aux environs de Kinibequi, formaient une branche de cette peuplade, ainsi que les Loups, Mohégans, Mahikans ou Manhikans, qui habitaient, au commencement du dix-septiéme siécle, sur la rive orientale du cours supérieur du fleuve Hudson.
ABENBERG (Comté a’). Ce ci-devant comté d’Alleyoagne était situé dans Vancien cercle de Franconie, sur le Rézat; i] tirait son nom du chateau d’Abenberg, entre Spalt et Schwabach, et faisait partie de Pancien Nordgau. Une grande obscurité regne encore sur lorigine et sur la descendance des comtes franconiens d’Abenberg. On les a souvent confondus avec les comtes bavarois d’Abensberg et avec les comtes de Babenberg dans le Rednitzgau,, et il reste encore incertain s’ils descendent de la méme souche que les burgraves de Nuremberg, depuis margraves de Brandebourg , ou si, conformément a Popinion commune, la sceur ( dont on ignore le nom ) du dernier comte d’Abenberg, Frédéric ff, mort en 1230, a transmis aux fils qu’elle eul de son mari, Frédéric, burgrave de Nuremberg, ’héritage paternel de ce comté avec l’avouerie du monastére de Heilsbronn. Du reste, la vie des comtes d’Abenberg, mentionnés dans un certain nombre d’actes et diplomes du moyen age, offre a peine quelque intérét aux généalogistes , et encore moins aux historiens. En 1296, Conrad jeune, bourgrave de Nuremberg , vendit le domaine d’Abenberg & Reimbotto, évéque d’Eichsteedt ; il appartient aujourd’hui au royaume de Baviére.
ABENCERRAGES ET ZEGRIS. Les Abencerrages, ainsi s’appelait une des premiéres et des plus puissantes familles d’Espagne , au temps de la domination des Arabes a Grenade, c’est-a-dire 4 une époque oti la population chrétienne de la péninsule avait déja juré la ruine de lislamisme et-oti des dissensions intérieures hataient encore la chute de Pempire musulman de Grenade. Hostiles en secret a leur souverain, les Abencerrages périrent misérablement ; et le principal auteur de leurs malheurs et de leur ruine fut la famille des Zégris, laquelle occupait alors a la cour des rois de Grenade toutes les fonctions les plus importantes et était l’ennemie la plus déclarée des Abencerrages. L’amour d’un Abencerrage pour la sceur du roi Abou-Hassan, qui régnait depuis 1465, précipita la perte de toute cette famille. Au milieu du silence dela nuit, ?Abencerrage escalada l’ Alhambra, pasais de son souverain, afin de jouir des faveurs de son amante; mais l’audacieux fut trabi. Abou-Hassan, furieux de cette insulte, attire alors sous un prétexte spécieux tous Jes Abencerrages a |’ Alhambra, et les fait impitoyablement massacrer Sous ses yeux.
C’est dans Conde (Historia de la dominacion de los Arabes en Espana [3 vol., Madrid, 1820|) qu’on trouvera les détails les plus étendus sur histoire de la rivalité des Abencerrages et des Zégris, histoire dont la poésie s’est emparée si souvent pour la parer de ses plus brillantes couleurs, Ginez Perez de Hita, mademoiselle de Laroche-Guilhem, la tendre mademoiselle de Scudéry, et mademoiselle de Lafayette, qui nousa raconté le charmant épisode des amours de Zayde et de la belle Zayda, ont successivement traité ce supplément aux romanceros de Espagne, ce drame si rempli de haines inexorables , de trahisons, de vengeances. Une autré femme de lettres , le chevalier de Florian, s’empara a son tour de ce sujet; et qui de nous ne voit parfois encore passer comme dans un réve ces tournois, ces banniéres, ces cavaliers étincelants, ces femmes gracieuses? Enfin, le chantre d’Atala et de René a immortalisé cet épisode des guerres civiles de Grenade oii brillent le génie et les passions d’une race glorieuse éteinte sans retour. Son Dernier Abencerrage est bien sans doute la derniére fleur de cette poétique couronne.
Le poeme que Perez de Hita a vulgarisé parmi nous n’a aucune valeur sérieuse aux yeux des historiens. Les historiens ont raison; mais l’histoire a vraiment tort. Cependant il est aussi avec elle quelques accommodements ; et si elle conteste a la poésie la vérité des scenes, elle lui accorde du moins lexistence des personnages. C’est elle qui nous apprend que les Abencerrages étaient une tribu vaillante, qui jouissait a Grenade, entre autres priviléges, de celui de fournir a Ja capitale son premier kaid, al kaid, ce qu’on yppelle encore en Espagne l’alcayde mayor. Is prétendaient descendre des rois de Maroc et de Fez et du grand Miramamolin, ce qui prouve que le grand Miramamolin , les rois de Fez et de Maroc eux-mémes éfaient tout simplement des fils de sellier, ainsi que Tindique le nom lui-méme : ebnserrdd)j (fils de sellier ).
Quant aux Zégris, qui dans le poéme remplissent le réle des traitres de nos mélodrames modernes, ils descendaient des rois de Cordoue, et leur caractére sauvage se rapporte parfaitement 4 Pétymologie que donne de leur nom: un savant et judicieux historien, M. Romey : soghrowrs (ratelier, et par extension frontiére). Mohammed I", roi de Grenade, pour assurer ses frontiéres , y élevait des places fortes, qui dans le langage imagé des Arabes étaient des dents prétes a mordre Yennemi. Les cavaliers auxquels il en confiait la garde prirent le nom de Sogrhis ( défenseurs des frontiéres), dont, par corruption, ona fait Zégris. Ces cavaliers durent bientét acquérir de Vinfluence et conserver pourtant au sein méme des galanteries de la cour grenadine cette rudesse des camps qui effarouchait les regards des Daxara , des Fatima , des Zayda et de toute cette adorable pléiade dont les cavaliers se disputaient ’amour. « Entre ces rudes ecavaliers et « les Abencerrages galants, gentils-hommes, beaux, discrets, « bien élevés ( nous traduisons textuellement Perez de « Hita), » la lutte devait éclater ; les Soghris , fiers de Yimportance de leurs services, avaient en outre Vorgueilleuse dpreté du fanatisme arabe, et 4 leurs yeux les Abencerrages, amis des chrétiens , comme le dit souvent Perez de Hita, étaient presque des infidéles. Muza, frére du roi, va méme jusqu’a leur reprocher d’étre les descendants des chrétiens , dans une violente querelle survenue entre Abenhabet, Abencerrage,et Mohammed Zégri, querelle dont la belie Daxara, la fleur de Grenade, était la cause involontaire. Cela étant, que histoire rabatte tant qu'il lui plaira de lexagération de ces influences rivales , et chicane la réalité des accidents de la division de ces deux tribus, pourquoi ne pas admettre que Vamour ait été pour beaucoup dans leur rivalité, sous ce ciel ardent et dans cette époque chevaleresque? Les historiens n’en parlent pas, dit-on, et M. Rosseeuw-Saint-Hilaire , dans son Histoire d’ Espagne , oppose & ces héroiques inventions du génie arabe le silence de Conde. historien es~
28 ABENCERRACES — ABERDEEN
pagnol, comme si le silence ou les affirmations de Conde prouvaient plus que les fantaisies de Perez de Hita, ou lhistoire de madempiselle de la Roche-Guilhem et celle de madame de Gomez. Conde est sans contredit le moins exact des historiens, et il n’en est pas sur la foi duquel il soit moins permis de se hasarder. D’ailleurs histoire dit-elle tout? E. Barravutr.
ABEN-EZRA ov ABRAHAM, fils de Méir, fils @’Ezra, célébre et savant rabbin, naquit 4 Toléde, vers Pan 1119. Astronome , cabaliste, médecin, philosophe, grammairien, poéte, philologue, commentateur, il fut lornement de Vécole rabbinique, et surnommé par les juifs le sage, le grand, l'admirable, titres que ses ouvrages ne justifient pas toujours. Bralant du désir de s'instruire et de perfectionner ses connaissances, il parcourut l’Angleterre, la France, Vitalie, la Grece, et l'on croit qu’il mourut dans Vile de Rhodes, en 1174, ou vingt ans plus tard. Ce fut pendant le cours de ses longs voyages qu’il composa la plupart de ses ouvrages. I] opéra une sorte de révolution dans la maniere Winterpréter la Bible, en renongant aux allégories pour ne sattacher qu’au sens grammatical des mots et a Yexplication litlérale du texte. Aben-Ezra a écrit en hébreu corrompu et mélangé, tout en prouvant que l'usage de l’hébreu j rimitif ne lui était pas étranger dans des énigmes, pensées, ir scriptions et autres petites pieces de poésie. I] a écrit aussi en arabe. Son style est élégant, mais si concis qu’il est souvent obscur. Comme astronome, Aben-Ezra est un de ceux qui ont partagé le globe terrestre en deux parties égales, au moyen de |’équateur. Son Rechid-Chokmo (Initium sapientiz), ouvrage relatif 4 Yastronomie, et en partie traduit de arabe, étendit sa réputation, et a été traduit en latin, Ses Commentaires sur UEcriture sainte ont été publiés 4 Venise, par Daniel Bomberg et Buxtorf, avec des notes, 1526. On cite encore ses Commentaires sur le Pentateuque, sur le Talmud, sur le Cantique des Cantiques, sur Abdias, Jonas et Sophronias ; sur Joel, Amos, Nahum ct Habacuc, sur les Proverbes de Salomon, etc.
ABENSBERG, prtite ville de la basse Baviére, batie sur l’Abens, lun des affluents du Danube, compte environ 1,200 habitants et est célébre par la victoire qu’y remporta Napoléon, le 20 avril 1809, sur l’aile gauche de Parmée de Parchidue Charles, commandée par Parchidue Louis.
ABEOROUTA, chef-lieu de la province @Egba (royaume d Yorouba), est situé dans la Guinée au nord du Lagos. Cest mvins une capitale qwune vaste collection de villes et de villages, occupant tous un plateau qui s’éleve a plus de 500 pieds au-dessus de la mer. Burton qui l’a visilée en 1862 raconte qu’elle est enceinte d'une. forte muraille de terre, mal batie et irréguliérement percée, et que le trafic y consiste en huile de palmier et en grains, On y compte environ 150,000 habitants, — Les principales villes de ce pays sont Zgga et Kakounda.
ABERCROMBY (Sir Ravru), lieutenant général anglais, naquit en 1733, d’une famille écossaise ancienne et considérée. Apres avoir regu une excellente éducation, il entra en 1756, en qualité de cornette, dans un régiment des dragons de la garde. En 1760 Abercromby fut nommé lieutenant; puis il monta de grade en grade dans divers régiments de cavalerie et d’infanterie. De 1774 a 1780 , il représenta le comté de Kinross dans la Chambre des communes. Apres la paix de 1783 il fut mis & lademi-solde, avec le grade de colonel. Major général en 1787, et depuis 1797 lieutenant général en activité, il se fil la réputation d’un des meilleurs officiers de Varmée britannique. Sous les ordres du due @York, il prit part aux guerres de la réyolution francaise , et signala sa bravoure a Vattaque du camp de Famars, le 23 mai 1793, et dans les combats sanglants de Dunkerque; mais il ne put empécher les échecs successifs essuyés par les troupes britanniques dans cette campagne. Nommé gouverneur de Pile de Wight, on lw donna bientot
le commandement en chef contre l'Irlande réyoitée, fonctiviis qu’il remplit avec autant de modération que de prudence. Ayant fait entendre des plaintes qui blessérent le pouvoir, il fut remplacé par le marquis de Cornwallis. Appelé au commandement supérieur des troupes de l’ Angleterre septentrionale , lord Abercromby fut créé membre du conseil privé, le 4 janvier 1799. Bient6t il fut chargé, sous le commandement en chef du duc d’York, de repousser les Francais de la Hollande, avec une armée anglo-russe. La bataille de Berghen, livrée contrairement a ses avis, et gagnée par le général Brune, rendit inutiles tous les efforts des coalisés. Le duc d’York conclut, le 18 octobre, un armistice avec le général francais. Dans son indignation, Abercromby donna sa démission. Chargé, en 1800, d’une tentative contre Cadix, il ne fut pas plus heureux, et la méme mauvaise étoile le suivit en Egypte. Aprés s’étre d’abord emparé d’Aboukir, le 2 mars 1801, il marcha contre larmée frangaise, commandée par le général Menou, et qui s’était repliée sur Alexandrie. Le 21 mars, deux heures avant le point du jour, son armée se vit attaquée par Vintrépide Menou , dont les forces étaient de beaucoup inférieures. Abercromby repoussa deux fois ’attaque de nos soldats; mais ceux-ci, percant les deux lignes d’infanterie anglaise, pénétrerent jusqu’’ sa réserve. La plupart de ses officiers furent blessés sous ses yeux, et frappé mortellement lui-méme, il mourut a bord d’un batiment qui le transportait 4 Malte, le 28 mars 1801. Le gouvernement anglais lui a fait élever un monument dans léglise de Saint-Paul, a Londres.
ABERCROMBY (James), baron de Dunrenmiine, pair d’Angleterre, né le 7 novembre 1776, était le troisiéme fils du précédent. Avocat de Lincoln’s-Inn , il devint juge avocat général en 1827, chef baron de ’'Echiquier en Ecosse en 1830. Elu député & la chambre des Communes par la ville d’Edimbourg en 1832, il fit partie du cabinet Melbourne en 1834, comme maitre de la monnaie. En {835 il fut nommé speaker des Communes, honneur qu’il dut a ses vertus modestes, a son caractére doux et affable, et 4 ses idées libérales ; il ?emporta de dix voix sur son concurrent tory, sir Manners Sutton. A ’avénement de la reine Victoria (1837) un nouveau parlement ayant été convoqué, sir James Abercromby y obtint encore les honneurs de la présidence, et cette fois sans opposition. En 1839 il se démit de ces fonctions, et fut créé pair. I] est mort prés d’Edimbourg Je 17 avril 1858. Son fils, sir Ralph Abercromby, né en 1803, a été ministre d’Angleterre a Florence et & La Haye. ABERDEEN, comté de l’Ecosse centrale qui au nordouest s’avance dans Ja mer du Nord avec le cap Kinnand, entre Bauff et Inverness au nord-ouest, et Perth, Angus ( Farfar) et Kinkardine au sud, comprend une superficie d’environ 510 myr. carrés, avec une population de 244,607 dames. La partie sud-ouest, dans laquelle se trouve le mont Grampian, présente un sol montagneux, couvert tantdt d’épaisses foréts, tantét de landes parsemées de rochers; les points culminants de cette montagne sont le Ben-na-Muic- Dugh (1,440 métres au-dessus du niveau de la mer), le Cairntoul (1,415 m.), le Cairngorm (1,365 m.) et je Benavon (1,324 m.), Au nord-ouest, le sol s’abaisse successivement pour finir par ne plus former qu’un terrain médiocrement accidenté et méme plat. Cependant ses cétes sont généralement bordées de rochers trés-élevés, au milieu desquels abondent les grottes naturelles. Ses principaux cours d’eau sont le Déveron, qui le sépare du comté de Bauff; (Ugie; ?Ythan, oli on pratique la péche des perles ; le Don, avec l'Urie et la Dee. Le climat en est généralement doux et tempéré, malgré lextréme inconstance des vents qui y régnent. L’agriculture, l'éléve des bestiaux, la péche et le commerce constituent les principaux moyens d’existence des habitants.
La capitale du comté d’Aberdeen est la ville du méme nom, que la Dee partage en vieille et nouvelle ville, unies entre elles par un pont dune seule arche et @une exticine
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hardiesse; car elle n’a pas moins de 44 metres de développe- | et l’Angleterre prit parti avec la France contre la Russie.
ment. La population d’Aberdeen est évaluée a 88,125 Ames. Elle posséde une université richement dotée, dite col/ége Marechal, fondée en 1593, avec observatoire, bibliotheéque et musée. Old-Aberdeen posstde aussi une universilé dite collége du Roi, fondée en 1494. Chacune de ces universités renferme trois cent cinquante étudiants. Le port d’ Aberdeen était autrefois peu sar; mais il est aujourd hui protégé par une jetée de granit de 300 métres de longueur et défendu par deux batteries. Des manufactures considérables d’étoffes de laine et de coton, des fonderies importantes, |’exportation des dalles de granit et de meules pour les moulins, la péche au Groenland et la péche du saumon dans Jes eanx du Don et de la Dee fournissent de nombreux éléments d’activilé et de prospérité au commerce étendu que fait Aberdeen. ABERDEEN (Gerorces-Hamitton GORDON, comted’), pair d’Angleterre, né le 28 janvier 1784, fils de lord Haddo, était issu d’une vieille famille écossaise. Aprés avoir voyagé sur le continent et fait un séjour d’assez longue durée en Gréce, il se fit d’abord connaitre en fondant A Londres, en 1804, ! Athenian Society, espece de club od Von ne pouvait étre admis que lorsqu’on avait fait un voyage en Gréce. En 1813 on lui confia une mission importante prés de la cour de Vienne, quwil parvint A détacher de Valliance de la France, et avec laquelle il signa, a cet effet , a Toeplitz, Je 3 octobre 1813, un traité contre Napoléon. Nommé alors officiellement envoyé extraordinaire & Vienne, ce fut lui qui négocia alliance du roi de Naples, Murat, avec |’Autriche ; mais il ne put prévenir la rupture amenée entre les deux parties contractantes en 1815. Pair d’Ecosse depuis 1814, Jord Aberdeen appartenait dans la chambre haute au parti tory. En 1828 il obtint, dans le cabinet dont le duc de Wellington était chef, le portefeuille des affaires étrangéres. En cette qualité il s’écarta de la ligne politique suivie par son prédécesseur Canning ; el, ami intime de Metternich, il se montra en toutes occasions favorable a la politique autrichienne. C’est ainsi qu’il désapprouva la bataille de Navarin, qu'il qualifia dans le parlement d’antoward event, encore bien qu'il eit signé avec la France et la Russie Jes premiers protocoles relatifs a la Gréce. C’est ainsi encore quil négocia en faveur de dom Miguel, qu’il avait luiméme peu de temps auparavant traité en plein parlement de monstre @une nouvelle espece. Lagitation produite en Angleterre par la question de la réforme amena, le 16 novembre 1830, la dissolution du ministére Wellington, dont l’acte politique le plus important avait été la reconnaissance immédiate de Louis-Philippe en qualité de roi des Francais. Adversaire da ministére whig, lord Aberdeen se montra le défenseur zélé de dom Miguel et de don Carlos. Dans le court ministére tory intérimaire Peel et Wellington, créé le 14 novembre 1834 et dissous le 8 avril suivant, il eut le portefeuille des colonies ; et dans le ministére Peel formé en 1841, lors dela chute de l’administration Melbourne, il reprit celui des affaires étrangéres, qu’il garda jusqu’en 1846. Rallié a la politique commerciale de sir Robert Peel, lord Aberdeen se prononga sur les questions de Ja liberté religieuse, du libre échange et de Ja réforme parlementaire dans le sens de Popinion libérale. En 1850 lord Aberdeen soutint la motion de lord Stanley contre la conduite de lord Palmerston en Gréce. Dans une crise ministérielle, amenée par la loi contre l’agression papale, lord Aberdeen, qui était protestant presbytérien, reconnut qu’en matiére de conscience et de religion la législation ne peut rien, et n’ayant pu tomber d’accord avec sir James Graham sur la question des évéehés catholiques , il refusa d’entrer Yans un nouveau minislére, Cependant, le 28 décembre 1852, sur la démission du comte Derby, il accepta le titre de premier lord de la Trésorerie, dont il se démit le 30 janvier 1855. En 1853 il déclara que le ministére ne présenterait pas de nouvelles lois contre les réfugiés, Bientdt la guerre éclata en Orient,
; Lord Derby lui reprocha plus tard d’avoir trompé Vempe-
reur Nicolas, enne lu: faisant pas assez t6t connaitre les véritables sentiments de l’Angleterre. Du reste, lord Aberdeen se faisait peu d’illusion sur les concessions faites par la Porte aux chrétiens , et il disait en 1856 que sans la surveillance continuelle des puissances, le firman du sultan ne vaudrait pas méme le papier sur lequel il a été écrit. Lord Aberdeen est mort le 13 décembre 1860. — Ses quatre fils ont tous siégé dans la Chambre des Communes; Georges, lVainé, est mort en 1864, aprés avoir été sous le nom de lord Haddo Vun des orateurs du parti libéral.
ABERLI (Jean-Louis) , dessinateur qui mit les Vues de la Suisse A Ja mode, était né en 1723, & Winterthur. Eléve de Jacques Grimm, de Berne, il peignit d’abord le portrait. Son godt pour le paysage l’ayant emporté, il vint & Paris en 1759. Plus tard il retourna a Berne, ot il jouissait d'une grande considération, etouilmourut en 1786.
ABERNETHY (Jou), chirurgien distingué, naquit en 1763, & Derby, en Irlande, mais vint jeune a Londres. Eléve de J. Hunter, il s’attacha surtout a étude de l’anatomie. Ses succés furent tels qu’on le nomma bientot professeur W’anatomie et de chirurgie au Collége des chirurgiens, puis directeur de Phdpital de Bertholomew, qui lui est redevable de son excellent enseignement et de son beau musée pathologique. Quoique ses maniéres roides avec ses confréres dussent naturellement lui aliéner de plus en plus leurs sympathies, il obtint cependant de nombreuses distinctions. Lorsqu’il mourut 4 Londres, le 20 avril 1831, sa réputation d’habile et de savant opérateur était aussi bien établie a l’étranger qu’en Angleterre. Ceux de ses ouvrages qui ont obtenu le plus de succés sont sa Classification des tumeurs et son Traité de la Pseudosyphilis. On les trouve dans ses Surgical and Physiological Works (4 vol., Londres, 1831).
ABERRATION (du latin ab, de, errare, s’écarter ). On appelle ainsi, en astronomie, un changement apparent dans la situation des étoiles, qui nous les fait paraitre éloignées du lieu qu’elles occupent véritablement. L’aberration est un effet du mouvement annuel de la terre autour du soleil combiné avec le mouvement progressif de la Jumiére. Si V’on se représente la terre tournant autour du soleil, et une ¢étoile fixe laissant tomber des rayons lumineux perpendiculairement a la direction de ce mouvement, l’ceil de |’observateur et les rayons de lumiére se rencontrent, et celuici, qui ne s’apergoit pas du mouvement de la terre, attribue a la lumiére, outre son mouvement perpendiculaire, un autre mouvement, paralléle a la direction de celui qu’exécute notre planéte. La lumiére emploie 8 minutes 13 secondes pour décrire le rayon moyen de l’écliptique, et dans eet intervalle de temps la terre parcourt un are de son orbite qui est égal & 20" 25. Toutes les fois qu’il s’agit de connaitre la véritable situation d’une éioile fixe, il faut done se rappeler que sa lumiére vient frapper notre ceil dans la direction de la diagonale du parallélogramme dont les cotés sont formés par le mouvement réel de Ja lumiére et par son mouvement apparent. Nous ne voyons les étoiles fixes dans le lieu qu’elles occupent réellement qu’autant que nous nous en éloignons ou que nous nous en approchons en ligne directe. Dans toute autre situation lPastre nous apparait un peu en avant de sa position réelle.
Les planétes présentent aussi ce phénoméne, quoique a un degré moins sensible. Des études auxquelles il a donné lieu il résulle : 1° que les étoiles fixes placées dans le plan de Vécliptique décrivent pendant le laps d’une année une ligne droite a droite et a gauche de leur lieu réel; 2° que Jes astres qui se trouvent placés dans les pdles de Vécliptique décrivent dans leméme espace de temps un cercle autour de leur lieu réel ; 3° enfin que ceux qui sont situés entre le plan et les pdles de Vécliptique décrivent chaque année une
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ellipse autour de la place qu’ils occupent réellement, Des calculs faits sur les aberrations ont servi & dresser des tables propres a abréger les travaux astronomiques.
La découverte de Paberration, l'une des plus remarquables qu’on ait faites en astronomie, et la plus intéressante de celles qui signalérent le dix-huitiéme sitcle , est due a Pastronome anglais Bradley. Avant les observations faites par Picard en 1672, on était convaincu que les étoiles ne changeaient pas de place pendant le cours d’une année. Cet astronome remarqua que V’étoile polaire avait, en divers temps de Pannée, des variations de quelques secondes. Mais les savants, déja persuadés du mouvement de la terre, estimaient que ces variations étaient le résultat de la parallaxe annuelle ou de la parallaxe du grand orbe. Cassini et Manfredi soutenaient, eux, qu'il n’y avait pas de parallaxe annuelle. Il fallait par conséquent des observations trés-exactes et trés-multipliées pour déterminer les causes des variations annuelles que Pon apercevait dans la position des étoiles. C’est ce qu’entreprit Bradley, et ce qwil exécuta avec le secours d’un riche particulier appelé Samuel Molineux.
ABERRATION ( Optique), dispersion des rayons de lumiére qui, partant d’un objet et traversant le verre d’une lentille , au lieu d’aller se réunir au méme point du foyer, se répandent sur une petite étendue, et forment par conséquent une image un peu confuse. Cette aberration a deux causes : 1° la sphéricité des verres ou des miroirs ; 2° la réfrangibilité diverse des rayons. La premiére de ces causes vient de ce quwun verre circulaire, tels que ceux dont on se sert pour les lunettes d’approche, ne peut pas rassembler en un seul point tous les rayons de lumiére qui en traversent les différents points; la seconde provient de la décomposition d'un faisceau des rayons, qui en traversant un milieu diaphane, tel que le verre d’une lunetie, se divise en différentes couleurs.
ABERRATION DE LVESPRIT HUMAIN, déviation de esprit qui base des inductions sur un principe faux ou exagéré. L’histoire des sciences, surtout des sciences morales, nest trop souvent qu’une longue série d’aberrations. Mais les aberrations ont quelquefois longtemps passé pour des vérités. La marche de la science, le travail de la civilisation, aménent a reconnaitre comme faux ce qui jusque la passait pour vrai. Les doctrines absolues conduisent surtout a Pabsurde, et sont cause d’une foule d’aberrations. S’il fallait citer des exemples, nous rappellerions Xénophane d’/lée, et aprés Ini Pyrrhon, niant avec les sceptiques l’existence de la matiére ; Epicure ne tenant compte, dans l’étude de la nature humaine, que des penchants sensuels. La philosophie moderne n’a pas été moins féconde en aberrations que la philosophie ancienne.
ABGAR, surnommé Ouchomo, cest-d-dire le Noir souverain de Pempire osrhoénien d’Edesse ; contemporain d’Auguste ef de Tibére, le quatorziéme des A bgarides, On prétend qu’affligé @une maladie grave et ayant entendu parler des cures miraculeuses du fils de Dieu, il lui écrivit pour l’engager & venir 4 Edesse le guérir. Eusébe a traduit du syriaque cette lettre ainsi que la reponse qu’y fit, dit-on, notre Sauveur. Il affirme les avoir tirées toutes deux des archives de la ville d’Edesse, et n’hésite pas a les regarder comme authentiques. Une circonstance, toutefois, qui prouve bien que Cest la Poeuvre d’un faussaire maladroit, c’est que dans la lettre de Jésus-Christ se trouvent cités des passages de lEvangile. Au reste l’'Fglise de Rome les a déclarées apocryphes ; mais c'est pent-Ctre 1a le motif qui a engagé divers théologiens protestants 4 soutenir lopinion contraire. A [’6poque du schisme soulevé par les iconoclastes, il fut grandement question Wun portrait de Jésus-Christ que celui-ci aurait envoyé a Abgar. Les villes de Rome et de Genes s’en disputent encore aujourd’ hui le prétendu original.
ABGARIDES, nom dune dynastie qui a régné sur la contrée d’Edesse en Mésopotamie. Voyez Enesse et ABGAR.
ABIDA,, divinité des Kalmouks, qui, selon la croyance de ce peuple, attire & elle, @une manitre mystérieuse, les Ames des morts, au moment ou elles se séparent du corps; elle permet a celles qui sont pures de péché d’errer librement dans les airs , mais chasse lein delle, par son souffle, celles que le péché a souillées, Elle leur donne aussi la liberté de rentrer dans un autre corps, d@homme ou d’animal. Sa demeure est dans le ciel, vers le point ou le soleil se leve.
ABIES. Voyez Sarin.
ABIGAIL, femme juive d’une grande beauté, épouse de Nabal, désarma par ses charmes David, irrité contre ce riche particulier, qui lui avait refusé des secours. Aprés la mort de son mari Abigail devint ’épouse de David.
ABILDGAARD (prononcez Abildgaurd), nom dune famille danoise dont plusieurs membres se sont illustrés dans les sciences et Jes arts. Swren ABILDGAARD, mort en 1791, a Jaissé des dessins qui reproduisent avec une rare exactitude différents monuments de l’antiquité scandinave. Le gouvernement danois avait fait voyager pour en lever les plans et en prendre les vues. — Son fils ainé, Pierre- Christian ApivpGaard, mort en 1801, fonda l’Ecole vétérinaire et la Société d’Histoire Naturelle de Copenhague. Les mémoires de cette société ef ceux de la Société royale des Sciences de Danemark contiennent de lui diverses dissertations. — Nicolas-Abraham Apitpcaarn, frere du précédent, né a Copenhague en 1744, mort dans la méme ville, le 4 juin 1809, avec le titre de directeur et de professeur de PAcadémie des Beaux-Arts, le peintre le plus remarquable que le Danemark ait encore produit, était un artiste doué des plus heureuses facultés. Ses ingénieuses compositions décélent des études profondes, un riche fonds didées , et une remarquable vigueur de pinceau. Un séjour de cing ans en Italie perfectionna ses études premiéres et son talent. Dans les créations de sa féconde imagination, on remarque un caractére souvent mélancolique , mais toujours grandiose et imposant. Le style de ses tableaux historiquesest noble , pur, en méme temps que d’un coloris dont peu dartistes modernes ont su égaler la vivacité, surtout dans le nu. La majeure partie de ses grandes toiles historiques décoraient les appartements du chateau de Christiansborg ; Vincendie qui déyora cette belle résidence royale, en 1794, les détruisit presque toutes. Parmi les nombreux éléves de ce peintre nous citerons Villustre sculpteur Thorwaldsen.
ABIME. Voye= Anyme.
ABIMELECH. Nom des rois philistins de Gérare. La Bible en mentionne deux : ’un contemporain d’Abraham, dont il voulut enlever la femme, Sara, la croyant sa sceur ; Yautre contemporain d’Isaac, a qui il voulait de méme en- Jever Rebecca. Tous deux contractérent alliance avec les patriarches. — L’Ecriture cite un autre Abimélech, fils de Gédéon, qui fut juge d’Israel, et mourut en faisant la guerre aux Sichémites , révoltés contre lui.
ABINGER (Sir James SCARLETT, lord), premier baron de l’Echiquier et un des quinze juges de l’Angleterre, était né, en 1769, a la Jamaique, ou sa famille avait résidé longtemps, et ou elle possédait de grands biens. Sous le nom de Scarlett , il acquit une trés-grande renommée dans le barreau anglais, ou il fut longtemps a peu prés sans rival, 1] parut pour Ja premiére fois au parlement en 1819. Nommeé solliciteur général en 1829, sous le ministére du due de Wellington, il fut fait premier baron de I’Echiquier et créé pair, sous le titrede baron Abinger, lors de la formation du ministére Peel- Wellington en 1834. {i est mort a Londres, le 7 avril 1844, Ala suite dune attaque d’apoplexie dont il avait @té frappé en remplissant ses fonctions judiciaires.
AB INTESTAT. Voyes Intesrvar.
ABINZI, nom russe d’une peuplade tatare de race sibérienne, qui s’appelle elle-méme Abalar, Cest-a-dire péres ; elle vit errante sur le Tom supérieur du gouvernement russe de Kolywan, au sud de la ville de Kusnetzk. Ces hordes
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apparliennent aux Tatares Tomsky sur le Tom ; mais, comme tous les Tatares sibériens, elles empruntent a leurs demeures leur nom particulier. Les principaux moyens d’existence des Abinzi sont la chasse et la péche ; pourtant ils se livrent aussi a la fonte du fer et aux travaux de la forge, et en partie a Pagriculture. En hiver ils se font des huttes a moitié creusées dans le sol; mais en été ils se tiennent sous des tentes, qu’ils dressent tant6t dans un endvoit, tantot dans un autre. Dans les pays ou ces hordes circonscrivent leur vie nomade, on trouve de nombreux monuments dune civilisation antérieure, tels que des vases, des armes, des médailles , etc.
ABIPONS, tribu indienne composée @’environ 5,000 individus , et fixée sur les rives de la Plata, entre 28 et 30° de latitude sud. Les hommes, généralement doués @une stature élevée, nagent avec une merveilleuse adresse, se tatonent et ont presque tous le nez aquilin. Leurs juges pendant la paix deviennent leurs chefs en temps de guerre. La péche et la chasse constituent & peu pres leur unique ressource ; de longues lances et des fleches 4 pointes de fer composent leur armure. Pendant les cing mois de*pluie de la saison d’hiver ils se réfugient dans les nombreuses iles qui embarrassent le cours de la Plata, ou bien ils se construisent des huttes au sommet des arbres.
AB IRATO, mots latins qui s’appliquent a ce qui est fait ou dit par un homme en colére.
En droit romain certaines libéralités faites par haine ou colére étaient dites ab irato. L’action ab irato était la demande faite par Phéritier légitime du testateur de la nullité de cette disposition. Cette action n’existait pas dans lancienne législation , précisément a cause de l’étendue extraordinaire ‘que ta loi des Douze Tables avait reconnue a la puissance paternelle. Quand organisation de la famille commenga a se modifier, le droit prétorien admit la plainte @inofficiosité. Ou établit que, dans tous les cas, une certaine quotité des biens du défunt, appelée /égitime, serait réservée aux enfants, et que Je pére ne pourrait les en priver que pour certains motifs déterminés. Dans les pays francais de droit coutumier l’action ab irato était également permise aux descendants et aux ascendants du défunt. La coutume de Bretagne la donnait méme aux collatéraux. Le législateur moderne, sans admettre ni rejeter expressément cette action en nullité, ena faissé lentitre appréciation a Varbitrage du juge, qui doit décider si les faits qui lui sont dénoncés sont dune telle nature que le donateur ou le testateur puisse étre réputé n’avoir pas eu lors de sa disposition le libre exercice de sa raison.
ABJURATION. Ce mot a plusieurs sens en francais : on peut abjwrer une erreur, des sentiments de haine; mais c'est surtout en matiére de religion qu’iltrouve son application. Le plus souvent il s’entend du passage d’une confession chrétienne a une autre communion chrétienne. L’accession ala religion chrétienne dun juif, dun musulman, etc., prend le nom de conversion, le renoncement au culte chrétien est souvent traité d’apostasie.
Lorsqu’elle est dictée par une sincére conviction, et qu’elle a recu l’aveu dune conscience éclairée, Vabjuration est un acte louable. Nous croyons seulement qu’aiors elle doit avoir un caractére de fermeté modeste, surtout si celui qui reconnait son erreur a laissé des traces apparentes dans une opinion contraire, ou occupé une position élevée dans lordre social. Tout au moins faut-il, dans ce cas, que l'abjuration ne puisse ¢tre entachée @aucun motif dintérét personnel ; autrement, on serait autorisé a n’y voir qu’une spéculation, d’autant plus digne de mépris que d’un cété la conscience du néophyte converti n’y aurait aucune part, et que de autre le ciel aurait été pris 2 témoin d’un engagement sans sincérité; car il y a quelque chose de sacramentel dans /’abjuration. On ne passe pas d’une religion dans une religion dissidente sans qu’aux yeux de tous la Divinité Wintervienne dans ce nouveau contrat; le mot Ini-méme Pindique : il
renferme un jurement dans son étymologie ; et par le jure ment celui qui le prononce se place en présence de Dieu ; or, il n’y a pas de code religieux ou civil qui ne statue des peines contre le parjure. Le mensonge devant l’autel sera toujours le pire de tous.
En remontant vers le berceau de la monarchie frangaise , on trouve plusieurs abjurations célébres. Celle de Clovis, la premiére en date, fut plutét une concession par laquelle ce fier Sicambre quitta le paganisme pour la religion du Clivist, et moins une conversion véritable qu'un traité conditionnel passé entre le ciel et lui contre les Allemands qu’il s’apprétait A combattre. A bien dire, ce fut le Dieu de Clotilde qui obtint le prix de la victoire. Ainsi, vers la fin du cinquieéme siécle, le christianisme, déja implanté dans les Gaules par un effet tout providentiel, recut du roi des Francs sa premiére consécration; ce fut en méme temps une conquéte de Ja communion romaine sur l’arianisme, dont Pinvasion était devenue menacante en Europe. ,
Une abjuration plus importante 4 tous égards est celle que le roi de Navarre prononga en 1593, c’est-a-dire onze siécles aprés celle de Clovis. On a prétendu que la soumission de Henri 1V 4 VE glise de Rome eut un motif politique ; on Ya cru parce qu’effectivement cette conversion pouvait étre trés-utile a Vétablissement du pouvoir royal dans la personne de ce prince; ce qui, pour ¢tre vrai, n’attaquerait pas essentiellement la sincérité de cet acte religieux, du moins si nous tenons compte de la parole du duc de Sully lui-méme, dont le témoignage trés-explicite ne saurait étre révoqué en doute en pareille matiére. Ici Pintérét de ’Etat et la bonne foi de Henri ont bien pu se trouver d’accord, et cette coincidence n’a été démentie par aucun événement subséquent, & moins qu’on n’attache une importance exagérée au bon mot échappé a la verve parfois joviale du Bourbon béarnais : Ventre saint Gris! le royaume de France vaut bien une messe. Qui sait si cette saillie déplacée, mais probablement innocente, ne mit pas le couteau dans la main d’un exécrable fanatique ? Ce que dit sur Yabjuration de son maitre et ami laustére Béthune, dans la cinquieme partie de ses Mémoires (on en doit, il est vrai, la rédaction 4 un homine d’Feglise, Vabbé de PEcluse; mais les originaux sur lesquels il a trayaillé ont pu étre consultés par le public : ils existent encore en partie ala Bibliotheque nationale), prouve que ce fut 1a une abjuration sincere. Les abjurations d’Auguste II, roi de Pologne (1706), de Vimpératrice Catherine If (1762), de Bernadotte (1810) n’eurent qu’un motif politique.
Les persécutions contre les protestants , arrachées a la vieillesse d’un grand roi, les violences physiques et morales exercées contre les péres ef les enfants, les spoliations dont ils furent victimes, les jeunes filles passant des bras de leurs meéres dans des cloitres, ot on leur apprenait a maudire ce que leurs parents avaient honoré, les jeunes garcons jetés dans des séminaires, ot une foi étrangére leur était imposée, offfiraient un tableau trop lugubre, si nous avions accepté la tache d’en retracer seulement quelques épisodes. Ce qui ajouterait, suivant nous, beaucoup a sa couleur sombre, c’est que les violences qui y figuraient étaient un réel anachronisme par rapport a l'état des mceurs et a ’époque oti elles affligeaient le pays. On était en effet déja loin de la Saint-Barthélemy, de hideuse mémoire ; Popinion était formée sur cette journée : et pourtant on peut dire que les dragonnades et les proscriptions qui eurent lieu vers la fin du régne de Louis XTV furent une seconde Saint-Barthélemy, moins les assassinats dans la rue. Ji est pénibie de se souvenir que nombre de familles nobles se sont enrichies & cette époque de la dépouille des malheureux religionnaires : on proscrivait alors moins par haine que par calcul. Les abjurations obtenues par la crainte ou achetées a prix d’argent dans ces jours néfastes, n’ayant aucun caractére de moralité, n’en méritent pas ie nom. Dieu et le pacte sorial dont il est Vame y furent également outrages.