‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 137 sur 197 · AIMOIN — AINESSE · texte numérisé non relu

AIMOIN — AINESSE

livre 4 Véducation des vers 4 soie, qui donne déja de trésbons résultats. 11 existe a Naz, prés Gex, un étadlissement pour I’éléve des bétes & laine superfine.

Lindustrie manufacturiére consiste en papiers, peaux mégissées , fils de chanvre et belles toiles de Saint-Lambert, draps moyens, tissus de soie unis fabriqués dans les campagnes, beaux chapeaux de paille de Lagnieu, planches de sapin, chaux hydraulique, platre, poterie de terre et de grés , taillanderie, boissellerie, tournerie, tabletterie, fromages trés-estimés, eaux-de-vie de marc.

Les voies de communication comptent 6 lignes ferrées, 6 grandes routes, 24 routes départementales et 4,816 chemins vicinaux outre Jes chemins dits agricoles.

Il ne renferme que des villes peu importantes. Bourg, surnommé en Bresse, du nom de |’ancienne province dont il était la capitale, est aujourd’hui le chef-lieu et la principale ville du département. — Belley était la capitale du Bugey , pays riche en sites pittoresques , en souvenirs antiques, et dont le territoire forme actuellement les arrondissements de Belley et de Nantua. — Le petit village de Frébuge, prés de Nantua, est le Forum Sebusianum, cité principale des Sebusiani. — Dans une gorge entourée par des rocs escarpés, parait Vantwua, qui recut ce nom des anciens Nantuates. Elle renferme des filatures, des fabriques de papiers et de peignes de corne. — La ville de Gez, mal batie et dun accés difficile, est renommée pour ses fromages. — Dans un joli vallon se trouve Ferney ou Fernay, célébre par le séjour de Voltaire. — Trévo ux est bati en amphithéatre, sur la rive gauche de la Sadne. — A Montluel on fabrique du drap pour l’armée. — Pont-de-Vauz, sur la rive droite de la Reyssouse, et prés de la rive gauche de la Sadne, posséde une fontaine d’eaux minérales, fabrique du coton, de la faience, de Ja tannerie et de la chamoiserie. — Seyssel, sur le Rhéne, est connu pour son asphalte. — Thoissey, sur la Chalaronne, a des fabriques de bougies, de vannerie, de tannerie, etc. si

AINE (du latin inguen; on a dit autrefois aingne, et plus tard aigne, puis aisne, et enfin aine). On appelle ainsi, en anatomie, espace qui sépare abdomen ou bas-ventre du haut de la cuisse, et qui s’étend obliquement de la saillie formant l’épine du pubis a l’extrémité antérieure de l’os de la hanche, c’est-a-dire les deux parties latérales de la région hypogastrique inférieure de ’abdomen. Limitée intérieurement par les organes de la génération, laine se trouve en contact immédiat avec les viscéres renfermés dans la cavité abdominale, et contient dans l’épaisseur de son tissu trois canaux, Vinguinal, le crural et le sous-pubien, par lesquels ces viscéres peuvent, a la suite d’un effort exagéré, trouver issue et conslituer une hernie. C’est aussi le plus souvent dans cette partie du corps, qu’a Ja suite des hernies on voit s’établir la dégodtante infirmité qu’on appelle anws anormal. Les contusions , les tumeurs et les plaies, dans cette partie du corps humain, peuvent avoir les plus graves conséquences , ef exigent de la part du praticien une vigilance extréme.

AINESSE ( Droit d’). Le bizarre et inique privilége qui donnait autrefoisal’ainé d’une famille noble le droit de prendre dans la succession de ses pére et mére une portion plus con- ~ sidérable que celle de chacun de ses fréres ef sceurs en particulier, est d'origine toute féodale , et s’appelait chez nous droit d’ainesse ou de primogéniture.

histoire d’Esati, dans l’Ancien Testament, nous indique bien qu'il existait chez les Hébreux quelque chose de semblable au droit d’ainesse; mais nous ignorons en quoi il consistaif, ef nous pouvons tont au plus conclure de la cession que fit Fsaii du sien pour un plat de lentilles cuites a point, que ce privilége n’avait vraisemblablement pas grande importance. — Des publicistes, Dumoulin, par exemple, dang son Traité des Fiefs, ont vainement essayé de démontrer que le droit d’ainesse avaif toujours subsisté depuis les patriar:

AINESSE — AIN-MADHY

ches , qui en seraient les législateurs. On ne trouve de ce fait aucune trace, pas plus chez les Grecs que chez les Ronrains ; et tous les documents historiques sont d’accord pour nous apprendre que sous les deux premieres races de nos rois Vainé partagea toujours également avec ses fréres et sceurs. Les exceptions 4 cette régle, si tant est qu’on en puisse citer de bien authentiquement prouvées, ne se rapporteraient jamais quw’aux régnes des derniers Carlovingiens. — C’est done a la révolution qui porta les Capétiens au trone qwil faut reporter Vorigine premiére de cette institution dans notre pays. A cette époque, en effet, tous les seigneurs voulurent donner de Vextension a leurs droits, et méme s’en créer de nouveaux. Plus tard, il fallut bien réunir dans une seule et méme main toute la puissance, tous les moyens @exécution dont avait disposé le pére, pour soutenir l’ceuvre de son injustice et de ses violences ; de 14 aussi sans doute Vinstitution du droit d’ainesse.

Ce droit compétait & Painé male habile a hériter, alors méme qu'il était le puiné des femmes, Quand il était inhabile a succéder, c’est-a-dire lorsqwil était ou mort civilement, ou exhérédé, ou religieux profes, son droit passait au plus dgé des puinés. Quand il n’y avait pas d’autres héritiers que des filles, aucune de celles-ci n’était admise a invoquer le droit d’ainesse, et elles partageaient toutes également. En effet, comme le droit d’ainesse n’avait été institué que pour conseryer le nom et Ja splendeur des faimilles, il ne pouvait produire ses effets dans la personne des filles, dont le nom se perd quand elles se marient, et ne pouvait pas étre invoqué comme lorsqu’il y avait un héritier male, propre dés lors a perpétuer le nom de la race.

La révolution de 1789 raya enfin de notre législation cette flagrante insulted Vesprit @égalité, qui depuis un siécle était le fonds méme de nos meeurs publiques. Les lois des 15 mars 1790 et 8 avril 1791 abolirent toute espéce de droit de primogéniture, et ne firent d’exception a la régle générale que pour la transmission du trone — Quand, en 1815, les baionnettes étrangéres nous ramenérent les Bourbons, on dut s’attendre 4 voir cette famille de princes, qui n’avaient rien appris ni rien oublié, s’efforcer de ressusciter toutes les vieilleries féodales que la tourmente révolutionnaire avait a jamais balayées du sol francais. En 1826 une loi fut présentée a la chambre des pairs , non pas précisément pour rétablir Phérédité telle qu’elle existait autrefois, mais pour attribuer a ainé ces enfants males, a titre de préciput légal, toute la quotité légalement disponible dans la succession @’un pére payant 300 francs @impot foncier, sauf a celui-ci a ordonner par testament le partage légal. On voulait ainsi renverser complétement les dispositions du Code qui avaient fait de Pégalité le principe de la loi des successions en faisant Pinégalité facultative. Le chiffre de 300 francs, qui était celui du cens des électeurs, montrait clairement d’ailleurs qu’il s’agissait de constituer héréditairement le droit électoral dans certaines familles. La loi succomba devant la réprobation générale , et la chambre des pairs la rejeta le 8 avril 1826. Le droit @ainesse était pourtant aussi ordre de successibilité de la pairie sous la Restauration. — Napoléon, lui aussi, avait cru trouver une force et un appui dans la quasi-résurrection du droit datnesse : il avait done autorisé sa noblesse a se constituer des majorats. On sait combien les événements de 1813 et 1814 lui prouvérent qu’a cet égard il s’était trompé, et qu’en s’appuyant sur des priviléges et des exceptions, il n’avait fait que construire sur le sable. — Lopinion publique forca le pouvoir issu des événements de Juillet a rejeter Wabord Phérédité de la pairie, et plus tard a proposer aux chambres des mesures législatives tendant a limiter et a circonscrive le mal créé par les fausses mesures de lempereur et par lesprit rétrograde de la Restauration dans la question des majorats.

L’Angleterre, on le sait , est la terre classique du droit dainesse, successivement efface des codes des différentes

nations germaniques; et c'est grace a ce partage inégal et inique des héritages , qui attribue tout a lainé et rien aux puinés, que Varistocratie anglaise se maintient en jouissance de ces immenses propriétés , de ces fortunes colossales, dont plusieurs sont trois et quatre [ois plus considérables que ta liste civile de certains rois du continent.

AINESSE DE NORMANDIE. Par le mot ainesse on désignait en Normandie un ténement divisé entre plusieurs personnes, et chargé de redevances qui étaient payées au seigneur par un tenancier principal, appelé ainé, et auxquelles les puinés, autrement dits ses co-teneurs , contribuaient solidairement pour leur part et portion : Vainesse de Normandie avait assez d’anaiogie avec ce qu’on désignait dans le Lyonnais et Auvergne par le mot pagésie , et par celui de /réche dans Je Maine et Anjou.

AIN-“MADHY, vide do desert algérien , a 330 kiloina-

res au sud de Mascara, et a 260 sud-sud-ouest de Tasdempt. Cette ville est batie sur un rocher au milieu d’une plaine aride; elle est entourée de jardins trés-boisés, et forme ainsi une oasis a six journées de marche dans le désert. Au nordouest de la ville coule un petit ruisseau nommé Oued-Ain- Madhy, qui prend sa source dans Je Djebel Amour, et qui se perd dans les sables @ quelques lieues de la ville. Ain-Madhy ne compte guére, dit-on , que deux cents maisons et deux mille habitants; une muraille épaisse, flanquée de douze forts, Pentoure. Cette ville a trois portes fortifiées. Elle est percée de deux rues principales. La Kasba est la résidence habituelle du marabout qui régne sur ces contrées. Elle est entourée de murailles crénelées et renferme un puits et des magasins. Les Arabes comparent la forme d’Ain-Madhy a celle @un ceuf d’autruche, dont la pointe est dirigée vers la porte du sud. — La famille des Tedjini, qui régne sur cette ville, est originaire de Maroc, ot elle jouissait d’une grande réputation de sainteté , quelle a conseryée. Un des ancétres des Tedjini vint a la téte dun parti nombreux atauer Ain-Madhy, qui était au pouvoir des Oulad-Sidy-\anomed-ben-Aly; il s’en empara : depuis, Vintluence des Tedjini s’établit, et s’etendit méme par un gouvernement modéré ct par Pautorite religieuse qu’ils surent prendre sur les esprils. On attribue a leurs priéres une grande efficacite. — L’importance de cetle ville est bien moins dans les forces dont elle dispose que dans sa situation au milieu d’immenses espaces ott les points de station sont rares. L’oasis ou elle est située est le passage obligé des caravanes et sert de liaison entre des points nombreux de Vintérieur. Les habitants ne vivent que de commerce et n’ont pas @industrie; chaque maison est une sorte d’entrepot oi les Arabes du dehors mettent en streté leurs récoltes, qwils échangent ensuite. A quelque distance au dela d’Ain-Madhy, il n’y a plus de terre habitable jusqu’a Ouerkelah, ville @ quinze jours de marche. Trois routes conduisent a Ain-Madhy, de Mascara, de fTagdempt ou de Frendah. — La domination des Tures sur Ain-Madhy était plut6t nominale que réelle. Cependant elle était soumise a un tribut, ef chaque fois qu’elle essaya de s’y dérober, des expéditions rapides la forcérent a reconnaitre la souveraineté turque. — Aprés le traité de la Tafna Abd-el-Kader déclara la guerre a Tedjini, voulant sans doute consacrer par la soumission d’Ain-Madhy sa prise de possession des parties avancées du Sahara de Pouest, et peutétre aussi se ménager un point d’appui contre Patteinte des Frangais en cas de rupture. Le marabout Tedjini repoussa les prétentions de l’éinir. Celui-ci partit de Tagdempft, le 11 juin 1838, avec deux mille fantassins, trois cents cheyaux el deux obusiers servis par vingt-quatre canonniers : quinze cents chevayx portaient ses bagages et ses vivres. La population d’Ain-Madhy se composait alors d’Arabes attachés a Tedjini, ou par la parenté, ou par le prestige , ou par des liens de dépendance et de domesticité; dun grand nombre de négres, presque tous esclayes de Tedjini, et de quelques familles juives. Un bon nombre d’Arabes des tribus voisines

2th.

vinrent se joindre aux défenseurs de la place. L’émir croyait semparer d’Ain-Madhy en moins d’un mois; mais il fut trompé dans ses espérances. Il fit encore venir du canon, des vivres, et le 2 décembre 1838 il obtint de Tedjini une capitulation par laquelle celui-ci s’engageait & quitter la ville avec sa famille dans quarante jours. Tedjini profita sans doute de cette tréve pour ravitailler la ville et y introduire de nouveaux défenseurs. Ce qu'il y a de certain, c’est qu’en juin 1839 Abd-el-Kader n’y avait pas encore pénétré. I finit par en lever le siége. Alors il recommenga la guerre contre les chrétiens, et le canon ne tarda pas 4 déchirer le traité de la Tafna. L. Lovyer.

AINOS ou AINOUS (c’est-d-dire hommes), nom des habitants primitifs de Vile de Jesso et de la partie méridionale de Sakhalin, refoulés par les Japonais. Krusenstern et Langsdorfles représentent comme petits de taille, presque noirs de peau, ayant la barbe noire et forte, les cheyeux hérissés , ayant pourtant des traits assez réguliers et un caractére trés-doux. Ce peuple est du reste peu nombreux.

AINSWORTH ( Wittram-Hanrisoy) , romancier anglais, né 4 Manchester le 4 février 1805, est le fils d’ur avoué. Il renon¢a a Pétude du droit pour s’adonner 4 la littérature. Son premier roman, intitulé sir John Chiverton, date de 1825. Aprés avoir voyagé sur le continent il revint en Angleterre et publia Rookwood (1834), qui recut un accueil favorable. Puis vinrent Crichton (1837) et Jack Sheppard (1839), ceuvres malsaines qui jouirent d'une vogue immense. Depuis cet auteur traita les genres les plus opposés et il s’est laissé aller a flatter le gout du public pour les livres sensation, il y a déployé beaucoup de talent, de variété et d’imagination, Nous citerons de lui : Guy Fawkes (1840), the Miser’s daughter et Windsor Castie (1843), Saint-James (1844), the Tower of London (1846), the Lancashire witches (1848), the Flitch of bacon (1854), etc. Ila dirigé aussi plusieurs magazines.

Un de ses cousins, William-Francis AinsworTH, né en 1807 a Exeter, est un médecin distingué qui a écrit plusieurs ouvrages scientifiques.

AIR (du latin aer). Toute la surface de notre globe terrestre est enveloppée d’une masse gazeuse qu’on appelle atmosphére. Lair est le gaz qui constitue cette atmosphére; et par conséquent c’est Je milieu dans lequel se développent la plupart des corps organisés et se produisent presque tous les phénoménes que homme peut o%server,

L’air est un gaz permanent, c’est-a-dire qu’il ne se laisse ni liquéfier ni solidifier; il nous parait étre sans odeur et sans saveur, quoique plusieurs faits semblent prouver le contraire, par exemple le gott fade de cau que l’ébullition a privée de lair qu’elle contenait. Pris en petite quantité, Yair est parfaitement incolore et transparent ; mais en grande masse il présente une couleur bleue, due a Vinégalité @action avec laquelle il transmet les différentes parties des rayons lumineux qui le traversent. L’air est un corps pesant; cette yérité fut entrevue par Aristote, mais n’a été démontrée qu’en 1644 par Torricelli. L’appareil qu’il employa a cet effet, aprés plusieurs modifications ingénieuses , est devenu le barométre. Par sa pression, lair fait équilibre A une colonne d’eau de 10 métres 40 centimetres et a une colonne de mercure ¢e 76 centimetres.

Une expérience fort simple fait connaitre la pesanteur de lair : on prend un vase de verre muni d’un robinet, dont la capacité est de quelques litres, on le pése rempli d’air a la température de la glace fondante, apres quoi on le porte sur le plateau de la machine pneumatique; on adapte le goulot 4 Pextrémité du tuyau de la pompe, on ouvre le robinet et l'on extrait Pair du vase. Quand le vide est aussi parfait que possible, on ferme le robinet et l’on pése le yase; on trouve que son poids est plus faible que lorsqu’il était plein @air, la différence est de 1 gr. 2,986 par litre Wair extrait; d’ou on conclut que le poids d’un litre d’air

AIN-MADHY — AIR

ila température de la glace fondante est de 1 gr. 2,986. Un litre @’eau pesant mille grammes, i! s’ensuit que le poids de Vair est & celui de ’eau comme 1,3 est a 1,000, ou comme 1 est 4770.

Lair est un corps éminemment élastique, comme tous les gaz; ilala propriété de pouvoir étre comprimé indéfiniment et de reprendre exactement son volume primitif quand on a cessé de le presser. La compressibilité et l’élasticité de Yair sont faciles 4 reconnaitre. Le briquet a air met ces propriétés en évidence, ef, sans avoir recours a cet appareil, il suffit de presser une vessie pleine d’air pour s’assurer que ce gaz se comprime sous sa pression, diminue de volume, et le reprend exactement anssitét que sa pression cesse. Quand il est enfermé dans un vase parfaitement clos, il exerce une pression égale sur toutes les parties des parois de ce vase; en sorte que si on y adapte un manométre, la hauteur a Jaquelle le liquide s’éléve dans cet instrument mesure la tension ou, si l’on veut, la force élastique de V’air renfermé dans levase. Mar iotte découvrit le premier que l’air se comprime sous les poids dont on Je charge d’une maniére proportionnelle 4 ces poids : cette loi n’avait d’abord été vérifiée que sous de petites charges. MM. Dulong et Arago l’ont confirmée depuis jusqu’a la charge énorme d’une colonne de mercure de 20 m. 499, ce qui correspond a une pression de vingtsept atmospheres. L’élasticité de lair étant égalea sa pression, il s’ensuit qu’un trés-petit volume d’air peut faire équilibre a un poids égal a celui de ’atmosphére. C’est ce qui explique comment une éprouvette remplie d’air ef maintenue audessus d’une surface d’eau ne permet pas 4 l’eau de monter dans Vintérieur de cette éprouvette, quoiqu’elle soit pressée extérieurement sur toute sa surface par tout le poids de Yatmosphére. C’est aVélasticité de Pair qu’est due la propagation des sons. La chaleur dilate Pair des 0.00367 de son volume par chaque degré du thermométre centigrade. La plupart des gaz permanents sont soumis a cette loi, quelle que soit la pression , pourvu qu’elle reste constante pendant toute la durée de Vexpérience. Comme le volume de tous les corps, mais surtout des corps gazeux, augmente ou diminue suivant le degré d’élévation ou d’abaissement de la température, il est important de tenir compte de Vindication thermométrique dans les analyses, et surtout dans la détermination des poids spécifiques.

C’est ala densité de lair prise comme unité que Von compare celle des différents gaz. Sa puissance réfractive est également prise pour unité quand on veut évaluer celle des autres gaz. L’air est mauvais conducteur du calorique et de lélectricité, & moins qu’il ne soit humide.

Les anciens regardaient lair comme un élément. Ce ne fut méme qu’é la fin du siecle dernier que l’on découvrit sa composition. Déja en 1630 Jean Rey, ayant vérifié ’expérience de Brun sur l’augmentation de poids de l’étain quand il se transforme en chaux (oxyde), expliqua ce phénoméne en disant que Vair avait été absorbé par le métal. Mais les idées de Jean Rey restérent ensevelies dans Voubli. En 1774 Priestley, en soumettant de la chaux de mercure placée sous une cloche remplie de ce métal 4 Vaction des rayons solaires concentrés par une forte lentille, observa que la cloche se remplissait d’un gaz éminemment propre a entretenir la combustion et la respiration, ce qu’il attribua 4 l’absence du phlogistique, soupgonnant toutefois que Vair était le produitde ce gaz et d’un air phlogistiqué, et ébranlant ainsi le principe de la simplicité de composition de air. Bayen, de son coté, prouva par des expériences décisives que tous les corps qu’on désignait sous le nom de chaux métalliques doivent leur exces de poids et tous les caractéres qui les distinguent du métal quis’y trouve, 4 absorption d’un des éléments de Yair atmosphérique. Lavoisier & son tour s’empare des idées de Priestley et de Bayen; il les féconde par son génie , et ses recherches sur lair changent la face de la science. Les travaux des chimistes modernes n’ont fait que

AIR

confirmer les points fondamentaux des découvertes de Layoisier relativement 4 la composition de lair; seulement les proportions des principes constituants sont aujourd’hui connues dune maniére beaucoup plus exacte. Cent volumes Wair renferment, terme moyen, vingt et un volumes d@oxy géne et soixante-dix-neuf volumes d’azote. L’acide carbonique et la vapeur d’eau s’y trouvent dans la proportion de quelques milliémes. L’air contient en outre des particules tréspetites de substances animales et yégétales dont les quantités varient suivant les localités. On peut facilement démontrer Ja présence de ces différents corps dans lair. Pour prouver la présence de oxygéne et de azote, on chauffe pendant plusieurs jours du mercure métallique a un degré voisin de son ébullition, en le tenant en contact avec une masse dair renfermée dans un appareil. Au bout de ce temps presque tout Poxygéne a été absorbé par le mercure et a formé un oxyde rouge. Que si on calcine au rouge cet oxyde, on régénére d@’une part le mercure et de Pautre loxygéne qui avait été absorbé, et ce dernier gaz, mélangé avec le gaz azote qui én avait été séparé, forme de nouveau un corps gazeux entidrement identique avec Vair atmosphérique. Pour démontrer la présence de Vacide carbonique, on expose a lair de Yeau de chaux parfaitement limpide : la surface du liquide se recouvre immédiatement dune pellicule trés-légére de carbonate de chaux ; et si on agife de temps en temps, on obtient en quelques jours un dépétdont on peut extraire une quantité frés-notable d’acide carbonique. La présence de la vapeur d’eau dans lair se démontre directement de la maniére suivante : lorsqu’on tient un vase rempli d’eau froide dans une chambre chaude, les parois extérieures se recouvrent d’une rosée. Or, cette rosée est produite en vertu des propriétés des gaz non permanents, par la précipitation de la vapeur, qui vient se condenser sur la surface refroidie avec laquelle elle se trouve en contact. Enfin, pour les molécules organiques , lorsqu’on laisse par une petite ouverture pénétrer dans une piéce obscure un rayon direct du soleil, on remarque au milieu de ce rayon une foule de petits corpuscules semblables a de la poussiére qui s’agitent en sens divers.

Lanalyse exacte des proportions relatives de ces divers principes constitue une série dopérations trés-délicates. L’analyse par Yeudiométre consiste a introduire un mélange d’air et @hydrogéne dans un tube de verre. gradué et a parois épaisses et 4 y faire passer une étincelle électrique. La combinaison de ’hydrogéne et de Voxygéne de lair a lieu instantanément; il se forme de l'eau, ce qui permet de trouver la proportion d’azote, par suite celle de Voxygéene. La quantité d’acide carbonique contenue dans air est si faible que, pour en doser une quantité notable , il faut nécessairement opérer sur une quantifé considérable. On prend un grand ballon de verre dont on connait la capacité, on y introduit de Peau de baryte; on ferme le robinet, et on agite ; au hout de quelques minutes l’acide carbonique est absorbé. On fait ensuite le vide, et on introduit une nouvelle quantité d@air. On recommence la méme opération a dix reprises, jusqu’a ce qu’on ait un dépdét suffisant de carbonate de baryte. Le poids de ce corps étant connu, on en déduit la quantité d’acide carbonique contenue dans le volume d’air sur lequel on a opéré. La quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air est trés-variable. Aprés avoir recueilli les indications de Phygrometre et du thermométre dans Vair quil s’agit @analyser, on cherche d’une part dans les tables d’hygrométrie la fraction de saturation correspondante au degré de Vhygrométre, et d’autre part la quantité d’eau contenue dans Vair saturé 4 la température qu’indique le thermomiétre : le produit de ce nombre par la fraction de saturation donne la quantité d’eau cherchée.

Quelques chimistes ont pensé que lair n’était pas un mé- Jange , mais bien une combinaison, en se fondant prineipalement sur les rapports constitutifs de Yoxygéne et de Vazote, qu’ils regardent comme cimples, c’est-a-dire entiers

(1 44). Mais Panalyse démontre rigoureusement en volume 20.8 doxygeéne et 79.2 d’azote : donc le rapport n’est pas simple; en outre, 79 volumes d’azote unis a 21 d’oxygene n’aménent aucun changement de température et ne donnent lieu & aucune condensation de volume ; d’autre part, les phénoménes de réfraction de la lumiere se comportent comme si lair était un mélange. Enfin, la preuve la plus concluante est celle-ci ; Pair est soluble dans l'eau, qui en dissout dans les circonstances ordinaires environ la trentiéme partie de son volume; lorsqu’il est en dissolution, il n’offre plus fa méme composition; il renferme alors 0.32 Woxygéne a peu pres pour 0.68 dazote, parce que la solubilité de Poxygéne est supérieure a celle de lazote.

On sait que lair est indispensable au développement et au maintien de la vie chez tous les étres organisés, tant animaux que végétaux. Voyes RESPIRATION , VEGETATION.

Un agent dune si grande importance mérite que l’on s’0ccupe des variations qu’il peut subir. Les proportions des éléments de lair ne varient que dans des limites excessivement étroites. L’analyse de l’air recueillia toutes les hauteurs a donné, contrairement a Vhypothése de Dalton, absolument les mémes quantités d’azote et @oxygeéne. Mais dans les lieux ou se trouvent rassemblées un grand nombre de personnes, et dans une foule d’autres circonstances, il s’opére un dégagement @acide carbonique tel qu’il augmente notablement la proportion de ce gaz (voyes AspHyxie ). Dans les orages il se forme accidentellement dans Vair de acide nitrique et de lammoniaque ; ce fait s’explique facilement, attendu que les divers éléments nécessaires 4 la production de ces gaz, oxygéene, hydrogéne, azote, se trouvent, sous l’influence des décharges électriques, dans les conditions youlues pour que ces combinaisons aient lieu. — Dans les environs des volcans lair renferme habituellement du gaz acide sulfureux ef du gaz acide chlorhydrique; et dans le voisinage des fabriques on peut trouver une foule de gaz et de vapeurs plus ou moins compliqués, qui alférent la pureté de Vair au point de le rendre nuisible non-seulement a la santé des individus, mais encore a la végétation. Du reste, Vaction de ces causes ne se fait en général sentir que dans un rayon peu étendu. Au contraire, une cause dont l’influence est extrémement pernicieuse , c’estle dégagement des miasm es qui se aéveloppent en abondance dans fous les lieux ou des matiéres végétales privées de vie sont exposées a l’action de la chaleur et de Phumidité. Quant a certains endroits dont l’insalubrité est bien reconnue, comme les amphithéatres d’anatomie, la présence dans lair de particules en décomposition est suffisamment prouvée par Vodeur infecte qu’ils exhalent.

L’influence de Yair sur l'économie animale est variable suivant les différents degrés de pesanteur, de température et @humidité. L’air condensé ralentit la circulation et détermine une sensation générale de froid. Les ouvriers placés sous la cloche a plongeur ressentent un froid disproportionné a la température du milieu od ils sont placés. 11 diminue rapidement l'état inflammatoire et l’état fébrile; il semble étre efficace dans les maladies des voies respiratoires. Les individus qui passent leur vie dans les mines ont généralement une santé languissante; mais ils sont environnés de tant de causes d’insalubrité qu’il est presque impossible de distinguer l’influence de augmentation de-la pesanteur de lair. On connait davantage les effets @un air raréfié.

Nous nous occuperons ailleurs des effets que produit le manque d’air, ou le vide, tel qu’on Vobtient au moyen de la machine pneumatique.

Outre que l’air est le principal agent de beaucoup d’opérations, de la combustion, de la fermentation, etc., les arts et l'industrie ont mis &.profit toutes ses propriétés. Son extréme mobilité constitue les vents. La résistance de l’air forme le principe essentiel de la cloche a plongeur. On peut s’en faire une idée en faisant pénétrer un verre dans eau, les bordsies premiers : non-seulement le verre su rage,

mais Peau ne pénétre pas jusqu’au fond du vase; et si une force quelconque, un poids, par exemple, fait descendre le verre dans le liquide , celui-ci ne mouille jamais le fond, a moins que lair n’en soit tiré. Une autre preuve de la résistance de lair se trouve encore dans l’expérience des hémisphéres de Magdebourg. Puisque I’air est pesant, il doit tendre a faire élever les corps plus légers que lui, comme Veau fait surnager le liége. C’est le principe des aérostats. La chaleur le dilate et le rend plus léger, de 14 Porigine des montgolfiéres ; elle augmente son élasticité, de 14son emploi comme moteur dans les machines a air et a feu ou pyropneumatiques. C’est encore sur le principe de Vélasticité de Pair que sont faits les fusils 4 vent, les machines de compression pour élever ’eau, comme la fontaine de Héron, la pompe foulante, dont dérive la presse hydraulique. La pression que Yair exerce sur tous les corps produit Vascension de eau dans les pompes aspirantes; et dans les machines a vapeur a simple effet elle fait redescendre le piston et entretient le mouvement alternatif.

Lair comprimé a été encore employé 4 de nombreux usages. MM. Pravaz et Tessié du Motey en ont composé des bains d’une nouvelle espéce; et ces bains, ils s’en servent contre les douleurs rliumatismales, les gonflements et les névralgies. M. KE. Guillaumet a de méme tiré parti de Yair condensé pour établir une machine de submersion qui puisse permettre de séjourner sous les eaux, au fond de la mer, soit pour la péche des perles et du corail, soit pour des opérations de sauvetage, pour visiter ef radouber des navires, ou pour porter secours 4 des incendiés. M. Triger s’en est servi a son tour pour évacuer les eaux de la Loire @un puits de houille dont lexploitation aurait dt étre interrompue pendant la crue des eaux. Il a proposé le méme moyen pour établir des piles de pont sans barrage préalable. Enfin M. Letellier, avec le concours de Vair comprimé et dune vis d’Archiméde, a composé une pompe beaucoup plus serviable ef d’un jeu infiniment plus doux que les pompes vulgaires.

L’action chimique de l’air est dela plus haute importance : on lui doit Ja plupart des phénoménes d’oxydation, de coloration, de blanchiment , d’efflorescence et de déliquescence des sels, etc., etc. L’action de Yair est toute-puissante sur la yégétation; la terre elle-méme a besoin d’air comme les végétaux , et les marnes, les chaux qui en absorbent le plus sont les plus fécondantes. W.-A. Duckerr.

De Vinfluence de Vair dans la vie organique. Les plantes, les animaux, ’homme, renferment de la matiére. D’ot vient-elle? Que fait-elle dans leurs tissus et dans les liquides qui les baignent? Ot va-t-elle quand la mort brise les liens par lesquels ses diverses parties étaient si étroitement unies? Voila les questions que nous dévons aborder ici. Nous ayons reconnu quwaux nombreux éléments de la chimie moderne, la nature organique nen emprunte que trois ou quatre ; qu’d ces matiéres végétales ou animales, maintenant multipliées 4 Vinfini, la physiologie générale n’emprunte pas plus de dix 4 douze espéces, et que tous ces phénoménes de la vie, si compliqués en apparence, se rattachent, en ce qwils ont dessentiel, 4 une formule générale si simple qu’en quelques mots on a pour ainsi dire tout énoncé, tout rappelé, tout prévu.

Nous avons constaté, en effet, par une foule de résultats, que les animaux constituent, au point de vue chimique, de yéritables appareils de combustion au moyen desquels du carbone brilé sans cesse retourne a lalinosphére sous forme acide carbonique; dans lesquels de lhydrogene brilé sans cesse, de son coté , engendre continuellement de Peau; dot enfin s’exhalent sans cesse de lazole libre par la respiration , de azote a l'état d’oxyde @’ammonium par les urines. Ainsi, du régne animal considéré dans son ensemble s’échappent constamment de lacide carbonique, de la vapeur deau, de Vazote et de Voxyde d’ammonium

ATR

matiéres simples et peu nombreuses dont la formation se rattache étroitement 4 histoire de Vair lui-méme.

Nous avons constaté d’autre part que les plantes, dans leur vie normale, décomposent acide carbonique pour en fixer le carbone et en dégager loxygéne; qu’elles décomposent eau pour s’emparer de son hydrogéne et pour en dégager aussi Poxygéne; qu’enfin elles empruntent tantét directement de V’azote 4 lair, tantét indirectement de Vazote a Yoxyde @ammonium, ou a acide nitrique, fonctionnant de tout point ainsi d’une maniére inyerse de celle qui appartient aux animaux? Si le régne animal constitue un immense appareil de combustion, le régne végétal, 4 son tour, constitue donc un immense appareil de réduction ot lacide carbonique réduit laisse son charbon, ou eau réduite laisse son hydrogéne, ou oxyde d’ammonium et l’acide azotique réduits laissent leur ammonium ou Jeur azote.

Si les animaux produisent sans cesse de l’acide carbonique, de V’eau, de l’azote, de oxyde d’ammonium, les plantes consomment donc sans cesse de l’oxyde d’ammonium, de Lazote, de Peau, de l’acide carbonique. Ce que les uns donnent a air, les autres le reprennent a Vair, de sorte qu’a prendre ces faits au point de vue le plus éleyé de la physique du globe, il faudrait dire qu’en ce qui touche leurs éléments vraiment organiques, les plantes, les animaux dérivent de Vair, ne sont que de V’air condensé, et que, pour se faire une idée juste et vraie de la constitution de l’atmosphére aux époques qui ont précédé la naissance des premiers étres organisés a la surface du globe, il faudrait rendre aVair, par le calcul, acide carbonique et Vazote dont les plantes et les animaux se sont approprié les éléments.

Les plantes et les animaux viennent done de lair et y retournent donc; ce sont de véritables dépendances de l’atmosphére. Les plantes reprennent donc sans cesse a l’air ce que les animaux lui fournissent, c’est-d-cire du charbon, de Phydrogéne et de l’azote, ou plutét de l’acide carbontque, de Yeau et de ’ammoniaque. Reste a préciser maintenant comment a leur tour les animaux se procurent ces éléments qu’ils restituent 4 Yatmosnhére, et on ne peut voir sans admiration pour la simplicité sublime de toutes ces lois de la nature, que lesanimaux empruntent toujours ces éléments aux plantes elles-mémes.

Nous avons reconnu , en effet, par des résultats de toute évidence, que les animaux ne créent pas de véritables matiéres organiques, mais qu’ils les détruisent ; que les plantes, au contraire, créent habituellement ces mémes matiéres et qu’elles n’en détruisent que peu et pour des conditions particuliéres et déterminées.

Ainsi, c’est dans le régne végétal que réside Je grand laboratoire de la vie organique; c’est 1a que les matiéres végétales et animales se forment, et elles s’y forment- aux dépens de Yair. Des végétaux , ces matiéres passent toutes formées dans les animaux herbivores, qui en détruisent une partie et qui accumulent le reste dans leurs tissus; des animaux herbivores, elles passent toutes formées dans les animaux carnivores, qui en détruisent ou en conservent selon leurs besoins; enfin pendant la vie de ces animaux ou apres leur mort ces matiéres organiques, 4 mesure qu’elles se détruisent, retournent dl’atmosphére, d’oi elles proviennent.

Ainsi se ferme ce cercle mystérieux de la vie organique a la surface du globe. L’air contient ou engendre des produits oxydés, acide carbonique, eau , acide azotique, oxyde d’ammonium. Les plantes, véritables appareils réducteurs, s’einparent de leurs radicaux, carbone, hydrogéne, azote, ammonium. Avec ces radicaux elles fagonnent toutes les matiéres organiques ou organisables , qu’elles cédent aux animaux. Ceux-ci a leur tour, véritables appareils de combustion , reproduisent leur aide Pacide carbonique , Peau, l’oxyde ammonium et acide azotique, qui retournent a lair pour reproduire de nouyeau et dans limmensité des siécles les mémes phénomenes,

AIR

Kt sil’on ajoute a ce tableau, deja si frappant par sa simplicité et sa grandeur, le role incontesté de la lumiére solaire , qui seule a le pouvoir de mettre en mouvement cet immense appareil, cet appareil inimité jusque ici, que le régne végétal constitue et ott vient s’accomplir la réduction des produits oxydés de lair, on sera frappé du sens de ces paroles de Lavoisier :

« Lorganisation, le sentiment, le mouvement spontané , «la vie nexistent qu’a la surface de la terre et dans les « lieux exposés & la lumiére. On dirait que la fable du flam- « beau de Prométhée était Pexpression d'une vérité philoso- « phique qui n’avait point échappé aux anciens. Sans la lu- « miére la nature était sans vie, elle était morte et inanimée : « un Dieu bienfaisant , en apportant la lumiére, a répandu « sur la surface de Ja terre Vorganisation, le sentiment et la « pensée, »

Ces paroles sont aussi vraies qu’elles sort belles. Si le sentiment et la pensée, si les plus nobles facultés de ’ame et de Pintelligence ont besoin pour se manifester dune enveloppe matérielle, ce sont les plantes qui sont chargées den ourdir la trame avec des éléments qu’elles empruntent aVair et sous Vinfluenee de la lumiére que le soleil, ou en est la source inépuisable, verse constamment et par torrents a la surface du globe. Et comme si dans ces grands phénoménes tout devait se rattacher aux causes qui en paraissent le moins proches, il faut remarquer encore comment l’oxyde @ammonium, l’acide azotique, auxquels les plantes empruntent une partie de leur azote, dérivent eux-méimes presque toujours de action des grandes étincelles électriques qui éclatent dans les nuées orageuses et qui, sillonnant Vair sur une grande étendue, y produisent l’azotate d’ammoniaque que Vanalyse y décéle. .

Ainsi, des bouches de ces volcans dont les convulsions agitent si souvent la crodte du globe s’échappe sans cesse la principale nourriture des plantes, V’acide carbonique; de Patmosphére enflammeée par les éclairs et du sein méme de la tempéte descend sur la terre cette autre nourriture non moins indispensable des plantes, celle d’ou vient presque tout leur azote, le nitrate d’ammoniaque, que renferment les pluies @orage. Ne dirait-on pas comme un souvenir de ce chaos dont parle la Bible, de ces temps de désordre et de tumulte des éléments qui ont précédé l’apparition des étres organisés sur la terre?

Mais a peine acide carbonique et l’azotate d’ammoniaque sont-ils formés, qu’une force plus calme, quoique non mcins énergique, vient les mettre en jeu : c’est la lumiére. Par elle Vacide carbonique céde son carbone, ’eau son hydrogéne, Pazotate d@ammoniaque son azote. Ces éléments s’associent, les matiéres organisées se forment, et la terre revét son riche tapis de verdure.

C’est donc en absorbant sans cesse une véritable force, la lumiére et la chaleur émanées du soleil, que les plantes fonctionnent, et qu’elles produisent cette immense quantité de matiére organisée ou organique, pature destinée a la consommation du régne animal. Et si nous‘ajoutons que les animaux produisent de leur cété de la chaleur et dela force en consommant ce que le régne végétal a produit et a lentement accumulé, ne semble-t-il pas que la fin derniére de tous ces phénoménes, que leur formule la plus générale se réyéle 4 nos yeux? L’atmosphére nous apparait comme renfermant les matiéres premiéres de toute l’organisation; les volcans et les orages, comme les laboratoires oti se sont fagonnes d’ahord V’acide carbonique et l’azotate d’ammoniaque dont la vie ayait besoin pour se manifester ou se multiplier. A leur aide, la lumiére vient déyelopper le régne végétal, producteur immense de matiére organique; les plantes absorbent la force chimique quileur vient du soleil pour décomposer l'acide carhonique, Peau et l’azotate @’ammoniaque, comme si les plantes réalisaient un appareil réductif supérieur @ fous ceux que nous connaissons; car aucun d’eux

ne décomposerait l’acide carbonique a froid. Viennent ensuite les animaux, consommateurs de matiére et producteurs de chaleur et de force, véritables appareils de combustion. C’est en eux que la matiére organisée revét sa plus haute expression sans doute , mais ce n’est pas sans en souffrir quelle devient Vinstrument du sentiment et de la pensée ; sous cette influence la matiére organisée se brale, et en produisant cette chaleur, cette électricité qui font notre force et qui en mesurent le pouvoir, ces matiéres organisées ou organiques s’anéantissent pour retourner a l’atmosphére d’ou elles sortent.

L’atmosphére constitue donc le chainon mystérieux qui lie le régne végétal au régne animal. Les végétaux absorbent done de la chaleur et accumulent done de Ja matiére qu’ils savent organiser. Les animaux, par lesquels cette matiére organisée ne fait que passer, la brilent ou la co1somment pour produire a son aide Ja chaleur et les diverses forces que leurs mouvements mettent a profit. Qu’il nous soit done permis, empruntant aux sciences modernes une image assez grande pour supporter la comparaison avec ces grands phénomeénes, d’assimiler la végétation actuelle, véritable magasin ot s’alimente la vie animale, 4 cet autre magasin de charbon que constituent les anciens dépdts de houille, et qui, brilé par le génie de Papin et de Watt, vient produire aussi de l’acide carbonique, de l'eau, de la chaleur, du mouvement, on dirait presque de Ja vie et de Vintelligence. Pour nous le régne végétal constituera donc un immense dépot de combustible destiné 4 étre consommé par le régne animal, et out ce dernier trouve la source de la chaleur et des forces locomotives qu’il met a profit.

Ainsi un lien commun entre les deux régnes, l’atmosphére ; quatre éléments dans les plantes et dans les animaux, le carbone, l’hydrogéne, l’azote et Poxygéne ; un tréspetit nombre de formes sous lesquelles les végétaux les accumulent, sous lesquelles les animaux les consomment ; quelques lois trés-simples, que leur enchainement simplifie encore : tel seraitle tableau de Pétat de la chimie organique la plus élevée.

Puisque tous les phénoménes de la vie s’exercent sur des matiéres qui ont pour base le carbone, ’hydrogéne, l’azote, Poxygéne; puisque ces matiéres passent du régne animal au régne végétal par des formes intermédiaires, l’acide carbonique, l'eau et ’oxyde d’ammonium ; puisqu’enfin l’air est la source ou le régne végétal s’alimente , qu’il est le réservoir dans lequel le régne animal vient s’anéantir, nous sommes conduits a étudier rapidement ces divers corps au point de vue particulier de la physiologie générale.

L’eau se forme et se décompose sans cesse dans les animaux et les plantes ; pour apprécier ce qui en résulte, voyons d’abord quelle est sa composition. Des expériences fondées sur la combustion directe de Phydrogéne, et od j'ai produit plus dun kilogramme d’eau artificielle; expériences trésdifficiles, trés-délicates, il est vrai, mais dont les erreurs seraient, du reste, sans importance pour les circonstances qui nous occupent , rendent trés-probable que l’eau est formée, en poids ,

de 1 partie d’hydrogéne

et 8 parties doxygéne, et que ces nombres entiers et simples expriment le véritable rapport suivant lequel se combinent ces deux éléments pour constituer Peau. Comme les matiéres se représentent toujours aux yeux du chimiste par des molécules, comme il cherche toujours 4 rattacher dans sa pensée au nom méme de chaque matiére le poids de sa molécule, la simplicité de ce rapport n’est pas sans quelque importance. En effet, chaque molécule d’eau se trou'vant formée (une molécule @hydrogene et d’une molécule d’oxygéne, on arrive A ces nombres simples qui ne s’oublient plus: une molécule @hydrogéne pése 1, une molécule d’oxygéne pése 8, et une molécule d’eau pése 9.

L’acide carbonique se produ. sans cesse dans les animaux, et se décompose sans cesse dans les plantes; sa composition meérite donc une attention spéciale 4 son tour. Or, Vacide carbonique , comme l’eau, se représente par les nombres les plus simples. Des expériences fondées sur la combustion directe du diamant et sur sa conversion en acide carbonique m’ont prouvé que cet acide se forme de la combinaison de 6 parties en poids de carbone pour 16 parties en poids @oxygéne. On est done conduit ase représenter acide carbonique comme étant formé¢ d’une molécule de carbone pesant 6 pour deux molécules d’oxygéne pesant 16, ce qui constituerait une molécule d’acide carbonique pesant 22.

Enfin ’ammoniaque, dson tour, semble formée en nombres entiers de 3 parties @hydrogéne pour 14 d’azote, ce qui peut se représenter par 3 molécules d’hydrogéne pesant 3 et par une molécule d’azote pesant 14. Ainsi, comme pour montrer mieux toute sa puissance, la nature n’opére, quand il s’agit de organisation, que sur un trés-petit nombre d’éléments combinés dans les rapports les plus simples.

Tout le systéme atomique du physiologiste roule sur ces quatre nombres : 1, 6, 7, 8.

1, cest la molécule @hydrogéne ;

6, celle du carbone ; ,

7, ou deux fois 7, c’est-a-dire 14, celle de l’azote ;

8, celle de Poxygéne.

Qu’il rattache toujours ces nombres 4 ces noms; car pour le chimiste il ne saurait exister ni hydrogéne, ni carbone, ni azote, ni oxygéne abstraits. Ce sont des étres dans leur réalité qu’il a toujours en vue ; c’est de leurs molécules qu'il parle toujours , et pour lui le mot hydrogéne peint une molécule qui pése { , le mot carbone une molécule qui pése 6, et le mot oxygéne une molécule qui pése 8.

Lair atmesphérique, qui joue un si grand rdle dans la nature organique, posstde-t-il aussi une composition simple, comme l'eau, l’acide carbonique et ’ammoniaque ? Telle est la question que nous avons récemment étudiée , M. Boussingault et moi. Or, nous avons trouvé, comme le pensaient le plus grand nombre des chimistes, et contrairement a I’opinion du docteur Prout, 4 quila chimie doit tant de vues ingénieuses, que l’air est un mélange, un veritable mélange.

En poids, lair renferme 2,300 d’oxygéne pour 7,700 d’azote; en volume, 208 du premier pour 792 du second. L’air renferme en outre de 4 4 6/10,000°* d’acide carbonique en volume, soit qu’on le prenne a Paris, soit qu’on le prenne a la campagne. Ordinairement, il enrenferme 4/10,000°*. De plus, il contient une quantité presque insensible de ce gaz hydrogéne carboné, qu’on nomme gaz des marais, ef que les eaux stagnantes laissent dégager 4 chaque instant. Nous ne parlons pas de la vapeur aqueuse, si variable, de l’oxyded’ammonium et de Vacide azotique, qui ne peuvent avoir dans lair qu’une existence momentanée, a raison de leur solubilité dans eau.

L’air constitue donc un mélange d’oxygéne, d’azote, d’acide carbonique et de gaz des marais.

L’acide carbonique y varie, et méme beaucoup, pnisque les différences y vont du simple au double, de 4 4 6/10,000. Ne serait-ce pas la preuve que les plantes lui enlévent cet acide carbonique et que les animaux lui en reprennent? ne serait-ce pas, em un mot, la preuve de cet équilibre des éléments de l’air attribué aux actions inverses que les animaux et les plantes produisent sur lui? Il y a longtemps, en effet, qu’on I’a remarqué, les animaux empruntent a Pair son oxygéne et lui rendent de l’acide carbonique ; les plantes a leur tour décomposent cet acide carbonique pour en fixer le carbone, et restituent son oxygéne a l’air. Comme les animaux respirent toujours , comme les plantes ne respirent que sous Vinfluence solaire ; comme en hiver la terre est dépouillée , tandis qu’en été elle est couverte de verdure , on a cru que Yair devait traduire toutes ces influences dans sa constitution. L’acide carbonique devait augmenter Ja nuit et diminuer le jour, L’oxygéne a son tour deyait suivre une mar-

AJR

che inverse, «.’acide carbonique devait aussi suivre le cours des saisons, et ’oxygéne subir le méme sort. Tout cela est vrai, sans doute , et trés-sensible pour une portion dair limitée et confinée sous une cloche; mais dans Ja masse de Yatmosphére toutes ces variations locales se confondent et disparaissent. Il faut des siécles accumulés pour que cette balance des deux régnes au sujet de la composition de lair puisse étre mise en jeu d’une maniére efficace et nécessaire ; nous sommes donc bien loin de ces variations journaliéres ou annuelles qu’on était disposé 4 regarder comme aussi faciles 4 observer qu’a prévoir. Relativement a l’oxygéne, le calcul montre qu’en exagérant toutes les données, i] ne faudrait pas moins de $00,000 années aux animaux vivants a la surface de la terre pour le faire disparaitre en entier. Par conséquent, si ’on supposait que l’analyse de lair eat été faite en 1800, et que pendant tout le siécle les plantes eussent cessé de fonctionner a la surface du globe entier, tous les animaux continuant dailleurs 4 vivre, les analystes en 1900 trouveraient Voxygéne de lair diminué de 1/3,000 de son poids, quantité qui est inaccessible 4 nos méthodes d observation les plus délicates, et qui 4 coup stir n’influerait en rien sur la vie des animaux ou des plantes.

Ainsi nous ne nous y tromperons pas, l’oxygéne de lair est consommeé par les animaux, qui le convertissent en eau et en acide carbonique; il est restitué par les plantes, qui décomposent ces deux corps. Mais la nature a tout disposé pour que le magasin d’air fut tel relativement a la dépense des animaux que la nécessité de Yintervention des plantes pour la purification de Yair ne se fit sentir qu’au bout de quelques siécles. L’air qni nous entoure pése autant que 581,000 cubes de cuivre d’un kilométre de cété; son oxygéne pése autant que 134,000 de ces mémes cubes. En supposant la terre peuplée de mille millions d’hommes , et en portant la population animale 4 une quantité équivalente a trois mille millions d’hommes , on trouverait que ces quantités réunies ne consomment en un siécle qu’un poids d’oxygéne égal 415 ou 16 kilométres cubes de cuivre, tandis que l’air en renferme 134,000. Il faudrait dix mille années pour que tous ces hommes pussent produire sur lair un effet sensible a Veudiométre de Volta, méme en supposant la vie végétale anéantie pendant tout ce temps.

En ce qui concerne la permanence de la composition de lair, nous pouvons dire en toute assurance que la proportion @oxygéne qu’il renferme est garantie pour bien des siécles, méme en supposant nulle Pinfluence des végétaux , et que néanmoins ceux-ci lui restituent sans cesse de l’oxygéne en quantité au moins égale a celle qu’il perd et peut-étre supérieure; car les végétaux vivent tout aussi bien aux dépens. de l’acide carbonique fourni par les volcans qu’aux dépens de Pacide carbonique fourni par les animaux eux-mémes.

Ce n’est donc pas pour purifier Pair que ceux-ci respirent que les végélaux sont surtout nécessaires aux animaux , mais bien pour leur fournir, et pour leur fournir incessamment, de la matiére organique toute préte a l’assimilation , de la matiére organique qu’ils puissent brdler a leur profit.

Il y a donc un service nécessaire sans doute, mais si éloigné que notre reconnaissance en est bien petite, que les — végétaux nous rendent en purifiant l’air que nous consommons. I] en est un autre tellement prochain, que si pendant une seule année il nous faisait défaut, la terre en serait dépeuplée : c’est celui que ces mémes végétaux nous rendent en préparant notre nourriture et celle de tout le régne animal. C’est en cela surtout que réside cet enchainement des deux régnes. Supprimez les plantes, et dés lors les animaux périssent tous d’une affreuse disette , et la nature organique elle-méme disparait tout entiére avec eux en quelques saisons. 4

Cependant , avons-nous dit, lacide carbonique de lair varie de 4 & 6/10,000. Ces variations sont trds-faciles & observer et trés-fréquentes. N’est-ce pas 1a un phénoméne —

AIR

qui accuse l’influence des animaux qui introduisent cet acide dans Vair et celle des végétaux qui le lui enlevent?

Non, ce phénoméene est un simple phénomene météorologique. Il en est de Vacide carbonique comme de la vapeur aqueuse , qui se forme 4 la surface des mers , pour se condenser ailleurs , retomber en pluie et se reproduire encore sous forme de vapeur. Cette eau qui se condense et tombe dissout et entraine Pacide carbonique; cette eau qui s’évapore abandonne ce méme gaz A lair. Tl y aurait donc un grand intérét météorologique & mettre en regard les variations de Vhygrométre et celles des saisons ou de Vétat du ciel avec les variations de l’acide carbonique de lair; mais jusqwici tout tend & montrer que ces variations rapides constituent un simple événement météorologique , et non pas , comme on lavait pensé, un événement physiologique, qui, considéré isolément, produirait & coup sir des variations infiniment plus lentes que celles qu’on observe en réalité tant dans les villes qu’A laeampagne elle-méme.

Ainsi Pair est un immense réservoir, ou les plantes peuvent longtemps puiser tout lacide carbonique nécessaire A leurs besoins; ot les animaux, pendant bien plus longtemps encore, trouveront tout ’oxygéne qu’ils peuvent consommer. C’est aussi dans l’atmosphére que les plantes puisent leur azote, soit directement, soit indirectement; c’est la que les animaux le restituent en définitive. L’atmosphére est donc un mélange qui recoit et fournit sans cesse de Poxygene, de l’azote ou de l’acide carbonique, par mille échanges dont il est maintenant facile de se former une juste idée, et dont une analyse rapide va nous permettre d’apprécier les détails.

Que lon jette une semence en terre, et qu’on la laisse germer et se développer, qu’on suive la nouvelle plante jusqu’a ce qu’elle ait porté fleurs et graines a son tour, et Yon verra par des analyses conyenables que la semence primitive en produisant le nouvel étre a fixé du carbone, de Vhydrogéne, de ’oxygéne, de l’azote et des cendres.

Le carbone provient essentiellement de l’acide carbonique, soit qu'il ait été emprunté A Vacide carbonique de Pair , soit qu’il provienne de cette autre partie d’acide carbonique que la décomposition spontanée des engrais développe sams cesse au contact des racines. Mais c’est dans Pair surtout que le plus souvent les plantes puisent leur carbone. Comment en serait-il autrement quand on voit I’énorme quantité de carbone qu’ont su s’approprier des arbres séculaires par exemple, et l’espace si limité pourtant dans lequel leurs racines peuvent s’étendre? A coup sir, quand a germé le gland qui a produit il y a cent ans le chéne qui fait notre admiration maintenant, le terrain sur lequel il était tombé ne renfermait pas la millioniéme partie du charbon que le chéne lui-méme renferme aujourd’hui. C’est lacide carbonique de lair qui a fourni le reste, c’est-d-dire la masse a peu pres entiére. Mais quoi de plus clair et de plus concluant @ailleurs que cette expérience de M. Boussingault ou des pois semés dans du sable, arrosés d’eau distillée et alimentés air seulement , ont trouvé dans cet air tout le carbone nécessaire pour se développer, fleurir et fructifier?

Toutes les plantes fixent du carbone, toutes Pempruntent a acide carbonique, soit que celui-ci soit pris directement a Pair par les feuilles, soit que les racines puisent dans la terre les eaux pluviales imprégnées d’acide carbonique, soit que les engrais , en se décomposant dans le sol, fournissent de Pacide carbonique dont les racines s’emparent aussi pour le transporter aux feuilles,

Tous ces résultats se constatent sans peine. M. Boussingault a vu des feuilles de vigne enfermées dans un ballon prendre tout Vacide carbonique de lair qu’on dirigeait au travers de ce Vase, quelque rapide que fit le courant. M. Boucherie a vu a son tour s’échapper du trone coupé des arbres en pleine séve des quantités énormes d’acide carbonique évidemment aspiré du sol par les racines.

Mais siles racines puisent dans le sol cet acide carbonique,

si celui-ci passe dans la tige et de 14 dans les feuilles, il fini par s’exhaler dans latmospheére sans altération, quand aucune force nouvelle mintervient. Tel est le cas des plantes végétant a Pombre ou dans la nuit. L’acide carbonique du sol filtre au travers de leurs tissus et se répand dans lair. On dit que les plantes produisent de acide carbonique pendant la nuit; il faut dire que les plantes en pareil eas Jaissent passer de acide carbonique empranté au sol. Mais que cet acide carbonique yenant du sol ou pris 4 l’atmosphere se trouve en contact avec les feuilles ou les parties vertes, que la lumiére solaire intervienne d’ailleurs, et alors la scene change tout a coup : l’acide carbonique disparait; des bulles déliées doxygéne se développent sur tous les points de la feuille, et le carbone se fixe dans les tissus de la plante.

Chose bien digne d’intérét, ces parties vertes des plantes , lesseules quijusqwici puissent manifester cet admirable phénomeéne de la décomposition de l’acide carbonique, sont aussi douées d’une autre propriété non moins spétiale, non moins mystérieuse. En effet, vient-on a transporter leur image dans l'appareil de M. Daguerre, ces parties vertes ne s’y trouvent pas reproduites, comme si tous les rayons chimiques essentiels aux phénoménes daguerriens ayaient disparu dans la feuille, absorbés et retenus par elle. Les rayons chimiques de la lumiére disparaissent donc en entier dans les parties vertes des plantes; absorption extraordinaire sans doute, mais qu’explique sans peine la dépense énorme de force chimique nécessaire a la décomposition d’un corps aussi stable que Vacide carbonique.

Quel est d’ailleurs le réle de ce carbone fixé dans la plante ? A quoi est-il destiné? Pour la majeure partie sans doute, il se combine a l'eau ou a ses éléments, donnant ainsi naissance a des matiéres de la plus haute importance pour le végétal. Que 12 molécules d’acide carbonique se décomposent et abandonnent leur oxygene, et il en résultera 12 molécules de carbone, qui avec 10 molécules d@’eau pourront constituer soit le tissu cellulaire des plantes, soit leur tissu ligneux, soit ’amidon et la dextrine qui en dérive. Ainsi, dans une plante quelconque, la masse presque entiére de la charpente formée comme elle Vest par du tissu cellulaire, du tissu ligneux, de l’amidon ou des matiéres gommeuses, se représentera par 12 molécules de charbon unies a 10 molécules deau. Le ligneux , insoluble dans Peau; l’amidon : qui fait empois dans l’eau bouillante, et Ja dextrine, qui se dissout si bien dans l’eau a froid ou A chaud » constituent donc , commel’a si bien prouvé M. Payen, trois corps doués exactement de laméme composition, mais diversifiés par un arrangement moléculaire différent. Ainsi, ayec les mémes éléments, dans les mémes proportions , la nature végétale produit ou bien les parois insolubles des cellules du tissu cellulaire et des vaisseaux , ou bien l’amidon qu’elle accumule comme aliment autour des bourgeons et des embryons, ou bien la dextrine soluble que la séve peut transporter d’une place a autre pour les besoins de la plante. Admirable. fécondité, qui sait du méme corps en faire trois différents et qui permet de les transmuter l'un en l'autre avec la plus faible dépense de force toutes les fois que Poccasion l’exige, C’est encore au moyen du charbon uni a eau que se produisent les matiéres sucrées si fréquemment déposées dans les organes des plantes pour des besoins spéciaux que nous rappelierons bientot; 12 molécules de carbone et 11 molécules d’eau forment le sucre de canne; 12 molécules de carbone et 14 molécules d’eau font le sucre de raisin.

Ces matidres ligneuses , amylacées, gommeuses et suerées, que le charbon, pris a l'état naissant, peut produire en s’unissant al’eau, jouent un role si large dans la vie des plantes, qu'il n’est plus difficile de s’expliquer, quand on les prend en considération, le réle important que joue dans les plantes la décomposition de l'acide carbonique.

De méme que les plantes décomposent l’acide carbonique pour s’approprier son carbone et pour former avec celui-ci

tous les corps neutres qui composent leur masse presque entiére ; de méme, et pour certains produits qu’elles forment en moindre abondance, les plantes décomposent leau et en fixent Phydrogéne. C’est ce qui ressort clairement des expériences de M. Boussingault sur la végétation des pois en vaisseaux clos. C’est ce qui ressort plus clairement encore de la production des huiles grasses ou volatiles, si fréquentes dans certaines parties des plantes et toujours si riches en hydrogéne, Celui-ci ne peut venir que de l'eau, car la plante ne recoit pas d’autre produit hydrogéné que eau elle-méme.

Ces corps hydrogénés, auxquels donne naissance la fixation de ’hydrogéne emprunté a Peau, sont employés par les plantes a des usages accessoires. Ils constituent en effet les huiles volatiles, qui servent de défense contre les ravages des insectes; des huiles grasses ou des graisses dont la graine s’entoure, et qui servent 4 développer de la chaleur en se brilant au moment de la germination ; des cires, dont es feuilles ou les fruits se revétent pour devenir imperméables A Peau. Mais tous ces usages ne constituent que des accidents de la vie des plantes : aussi les produits hydrogénés sont-ils bien moins nécessaires, bien moins communs dans le régne végétal que les produits neutres formés de charbon et d’eau.

Pendant sa vie, toute plante fixe de l’azote, soit qu’elle emprunte de azote 4 l’atmosphére, soit qu’elle le prenne aux engrais. Dans les deux cas il est probable que l’azote n’arrive dans la plante et ne s’y utilise que sous forme d’ammoniaque ou d’acide azotique.

Les expériences de M. Boussingault ont prouvé que certaines plantes, comme les topinambours, empruntent a Vair une grande quantité d’azote; que d’autres, comme le froment, ont, au contraire, besoin de tirer tout leur azote des engrais; distinction précieuse pour l’agriculture, car il faut évyidemment dans toute culture commencer par produire les yégétaux qui s’assimilent l’azote de Vair, élever a leur aide les bestiaux qui fourniront des engrais, et tirer parti de ces derniers pour la culture de certaines plantes qui ne savent prendre l’azote que dans les engrais eux-mémes.

L’un des plus beaux problémes de lagriculture réside donc dans Vart de se procurer de l’azote 4 bon marché. Pour le carbone, il n’y a pas a s’en inquiéter; la nature y a pourvu; lair et eau pluviale y suffisent. Mais lazote de Pair, celui que Peau dissout et entraine, les sels ammoniacaux que l’eau pluviale recéle elle-méme, ne sont pas toujours suffisants. Pour la plupart des plantes de culture importante il faut encore entourer leurs racines d'un engrais azoté, source permanente d’ammoniaque ou d’acide azotique, dont la plante s’empare a mesure de leur production. C’est 14, comme on sait, une des grandes dépenses de I’agriculture, un de ses grands obstacles; car elle ne retrouve que Vengrais qu’elle produit elle-méme. Mais la chimie est assez avancée sur ce point pour que le probléme de la production dun engrais azoté purement chimique ne puisse tarder a étre résolu.

Mais a quoi sert donc cet azote dont les plantes semblent avoir un besoin si impérieux? Les recherches de M. Payen nous l’apprennent en partie; car elles ont prouvé que tous Jes organes de Ja plante, sans exception, commencent par étre formés d’une matiére azotée analogue a la fibrine, a laquelle viennent s’associer plus tard le tissu cellulaire, le tissu ligneux, le tissu amylacé lui-méme. Cette matiére azotée, véritable origine de toutes les parties de la plante, ne se détruit jamais; on la retrouve toujours, quelque abondante que soit la matiére non azotée qui est venue s’interposer entre ses propres particules.

Cet azote fixé par les plantes sert donc a produire une substance fibrineuse concréte, qui fait le rudiment de tous les organes du végétal. Il sert & produire en outre l’albumine liquide , que les sucs coagulables de toutes les plantes récélent, et fe caséum, si souvent confondu Yee! -

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mine, mais si facile 4 reconnaitre dans beaucoup de plantes.

La fibrine, ’albumine, le caséum existent done dans les plantes. Ces trois produits, identiques d’ailleurs dans leur composition, ainsi que M. Vogel l’a prouvé depuis longtemps, présentent une analogie singuliére avec le ligneux, lamidon et la dextrine. En effet, la fibrine est insoluble comme la matiére ligneuse; l'albumine se coagule a chaud comme Y’amidon; le caséum est soluble comme la dextrine. Ces matié¢res azotées sont neutres d’ailleurs aussi bien que les trois matiéres non azotées paralléles, et nous verrons qu’elles jouent, par leur abondance dans le régne animal, le méme rdle que ces derniéres nous ont offert dans le rdgne végétal. En outre, de méme qu'il suffit pour former les matiéres non azotées neutres d’unir du carbone a Veau ou a ses éléments, de méme, pour former ces matiéres azotées neutres il suffit d’unir le carbone et ammonium aux éléments de Peau. Quarante-huit mokcules de carbone, six ammonium et quinze d’eau constituent ou peuvent constituer la fibrine, Palbumine et le caséum. Ainsi, dans les deux cas, des corps réduits, carbone ou ammonium, ajoutés a de Veau, suffisent pour former les matiéres qui nous occupent, et leur production rentre tout naturellement dans le cercle des réactions que la nature végétale semble surtout propre a produire. Le réle del’azote dans les plantes est donc digne de la plus sérieuse attention , puisque c’est lui qui sert 4 former la fibrine cu’on retrouve comme rudiment dans tous les organes; puisque c’est lui qui sert 2 produire Palbumine et le caséum si Jargement répandus dans tant de plantes, et que jes animaux s’assimilent et modifient pour leurs propres besoins.

C’est done dans les plantes que réside le véritable laboratoire de la chimie organique; le carbone, I’hydrogéne, Yammonium et eau sont donc les principes que les plantes élaborent ; la matiére ligneuse, l’amidon, les gommes et les sucres d’une part, la fibrine, ’albumine, le caséum et le gluten de autre, sont donc les produits fondamentaux des deux régnes; produits formés dans les plantes et dans les plantes seules, et transportés par la digestion dans les animaux.

Une immense quantité d’eau traverse le végétal pendant la durée de son existence. Cette eau s’évapore a la surface des feuilles et laisse nécessairement pour résidu, dans la plante, les sels qu’elle contenait en dissolution. Ces sels constituent les cendres, produits évidemment empruntés au sol, et qu’aprés leur mort les végétaux lui restituent. Quant 4 la forme sous laquelle se déposent ces produits minéraux dans le tissu végétal, rien de plus variable. Remarquons toutefois que parmi les produits de cette nature, Pun des plus fréquents et des plus abondants consiste en ce pectinate de chaux reconnu par M. Jacquelein dans le tissu ligneux de la plupart des plantes.

Si dans VPobscurité les plantes fonctionnent comme de simples filtres que traversent l’eau et les gaz; si sous V’influence de la lumiére solaire elles fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent l’eau, acide carbonique et Yoxyde d’ammonium, il est certaines époques et certains organes ou la plante revét un autre rdle, un rdle tout opposé. En effet, s’agit-il de faire germer un embryon, de développer un bourgeon, de féconder une fleur, la plante qui absorbait la chaleur solaire, qui décomposait Vacide carbonique et Peau, change tout & coup d’allnre. Elle brie du carbone et de ’hydrogéne, elle produit de la chaleur ;

c’est-d-dire qu’elle s’approprie les principaux caractéres de —

animalité. Mais ici une circonstance remarquable se révéle. Si l'on fait germer de l’orge, du blé, il se produit beaucoup de chaleur, d’acide carbonique et d’eau. L’amidon de ces graines se change d’abord en gomme, puis en sucre; puis il disparait en produisant Vacide carbonique observé. Une pomme de terre germe-t-elle, c’est encore son amidon qui sé change en dextrine, puis en sucre, et qui produit enfin de

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facide carbonique et de la chaleur. ue sucre semble donc agent au moyen duquel les plantes développent de la chaleur au besoin.

Comment nétre pas frappé dés lors de la coincidence des faits suivants ; la {écondation est toujours accompagnée de chaleur, les fleurs respirent en produisant de l’acide carbonique : elles consomment done du charbon; et si l’on demande d’ou vient ce charbon, on voit que dans la canne a sucre, par exemple, le sucre accumulé dans la tige a disparu en entier quand la floraison et la fructification sont accomplies. Dans la betterave le sucre va de méme en augmentant dans la racine jusqu’a la floraison; mais la betterave porte-graine ne contient plus trace de sucre dans sa racine, Dans le panais, le navet, la carotte , les mémes phénoménes se reproduisent. Ainsi donc, a certaines époques, dans certains organes, la plante se fait animal, elle devient comme lui appareil de combustion ; elle brile du carbone et de Vhydrogéne; elle développe de la chaleur. Mais a ces mémes époques elle détruit en abondance des matiéres suerées quelle avait lentement accumulées et emmagasinées, Le sucre ou lamidon converti en sucre sont donc les matiéres premiéres au moyen desquelles les plantes développent au besoin la chaleur nécessaire a ’accomplissement de quelques-unes de leurs fonctions. Et si nous remarquons avec quel instinct les animaux, les hommes eux-mémes, vont précisémeat choisir pour leur nourriture ces parties du végétal ou celui-ci avait accumulé le sucre et ’amidon qui lui servent 4 développer de la chaleur, ne devient-il pas probable que, dans l'économie animale, le sucre et Pamidon sont aussi destinés 4 jouer le méme role, c’est-a-dire a se briler, pour développer la chaleur qui accompagne le phénoméne de la respiration?

En résumé, tant que le végétal conserve son caractére le plus habituel, il emprunte au soleil de la chaleur, de la lumiére et des rayons chimiques. JI recoit de lair du carbone; il prend de lhydrogéne 4 eau, de Vazote ou de Pammonium a l’oxyde @ammonium, au sol divers sels. Avec ces matiéres minérales ou ¢lémentaires il fagconne des matiéres organisées qui s’accumulent dans ses tissus. Ce sont des matiéres ternaires : ligneux, amidon, gommes, sucres, corps gras. Ce sont des matiéres quaternaires : fibrine, albumine, caséum, gluten. Jusque 1a le végétal est done un producteur incessant; mais si par moments, si pour satisfaire a certains besoins le végétal se fait consommatenr, il réalise exactement les mémes phénoménes que !'animal va nous offrir.

Un animal, en effet, constitue un appareil de combustion doi se dégage sans cesse de acide carbonique, oi sans cesse se brile par conséquent du carbone.

Nous ne serons pas arrétés par cette expression d’animaux & sang froid, qui semblerait désigner des animaux dépourvus de la propriété de produire de la chaleur. Le fer qui brile avec éclat dans ’oxygéne produit une chaleur que personne ne youdrait nier; mais il faut de la réflexion et quelque science pour s’apercevoir que le fer quise rouille lentement a air en dégage tout autant, quoique sa température ne varie pas sensiblement. Le phosphore enflammé bridle en produisant une grande quantité de chaleur, personne n’en doute. Le phosphore a froid brile encore dans lair; et pourtant ia chaleur qu'il développe en pare‘l casa étélongtemps contestée. Ainsi est-il des animaux : ceux qu’on appelle a sang chaud brilent beaucoup de charbon dans un temps donné, et conservent un excés sensible de chaleur sur les corps enyironnants; ceux qu’on nomme a sang froid brilent beaucoup moins de charbon, et conservent conséquemment un excés de chaleur si faible qu’il devient difficile ou impossible 4 observer. Mais néanmoins ie raisonnement nous fait voir que le caractére le plus constant de l’animalité réside dans cette combustion de charbon et dans le développement d’acide carbonique qui en est la conséquence, partant aussi dans la production de chaleur que toute combustion

de charbon déternifne. Qu’il s’agisse d’animaux supérieurs ou inférieurs , que cet acide carbonique s’exhale du poumon ou de la peau, il n’importe; c’est toujours le méme phénoméne, la méme fonction.

En méme temps que les animaux brilent du carbone, ils bralent aussi de ’hydrogéne; cest un point prouvé par ka disparition constante d’oxygéne qui a lieu dans leur respiration. En outre, ils exhalent constamment de azote. J’insiste sur ce point. Quelques observateurs ont admis une absorption d’azote dans la respiration, qui ne se présente jamais qu’avec des circonstances qui Ja rendent plus que douteuse. Le phénomeéne constant, c’est Vexhalation de ce gaz, comme la trés-bien remarqué M. Despretz. Il faut done en conclure avec certitude que nous n’empruntons jamais de Vazote 4 Yair; que lair n’est jamais un aliment pour nous; que nous nous bornons a lui prendre oxygéne nécessaire pour former avec notre carbone de Valcide carbonique; avec notre hydrogéne, de eau.

L’azote exhalé provient donc des aliments, et il en provient tout entier. Celui-li, dans l'économie générale de la nature, pourra dans des milliers de siécles ¢tre absorbé par les plantes qui, comme les topinambours, empruntent directement leur azote & lair; mais ce n’est pas la tout azote que les animaux exhalent. Chacun de nous rend par ses urines, terme moyen, comme !’a constaté M. Lecanu, quinze grammes d’azote par jour, azote évidemment emprunté a nos aliments, comme le carbone et l’hydrogéne que nous brdlons.

Sous quelle forme cet azote s’échappe-t-il? Sous forme @ammoniaque. Ici se présente méme une de ces observations quinemanquent jamais de nous pénétrer d’admiration pour la simplicité des moyens que la nature met en cuvre. Si dans Yordre général des choses nous rendons a Vair l’azote que certains végétaux pourront utiliser directement un jour, il devait arriver que nous étions tenus de lui rendre aussi de Vammoniaque, produit si nécessaire a l’existence, au développement de la plupart des végétaux. Tel est le principal résultat de la sécrétion urinaire. C’est une émission d’ammoniaque, qui retourne au sol ou a lair.

Mais, est-il besoin d’en faire ici la remarque? les organes urinaires seraient altérés dans leurs fonctions et leur vitalité par le contact de ’ammoniaque; ils le seraient méme par le contact du carbonate d’ammoniaque. Aussi la nature nous fait-elle excréter de Purée.

L’urée, c’est du carbonate d’ammoniaque; c’est-a-dire de Vacide carbonique comme celui que nous expirons, et de l'ammoniaque tel que le veulent les plantes. Mais ce carbonate d’ammoniaque a perdu de ’hydrogéne et de loxygéne ce qu'il en faut pour constituer deux molécules d’eau.

Privé de cette eau, le carbonate d’ammoniaque devient de Vurée; alors il est neutre, inactif sur les membranes animales : alors il peut traverser les reins, les uretéres, la vessie, sans les enflammer. Mais parvenu a air, il éprouve une fermentation véritable, qui lui restifwe ces deux molécules deau, et qui fait de cette méme urée de véritable carbonate d’ammoniaque : volatil, pouvant s’exhaler dans Pair; soluble, pouvant étre repris par les pluies; destiné en conséquence a voyager ainsi de la terre a Pair et de Pair a la terre, jusqu’a ce que, pompé par les racines dune plante et Glaboré par elle, ilse convertisse de nouveau en matiére organique.

Ajoutons un trait a ce tableau. Dans Purine, a cOté de Purée, la nature a placé quelques traces de matiére animale albumineuse cu muqueuse, traces presque insensibles a analyse. Celle-ci pourtant, parvenue a Vair, s’y modifie, et devient unde ces ferments comme nous en trouvons tant dans la nature organique; c’est lui qui détermine la conversion de Purée en carbonate @ammoniaque. Ainsi nous émettons de Vurée accompagnée de ce ferment, ce cet artifice qui, jonant 4 un moment donné, ya transformer

ceite urée en carbonate @ammoniaque. Si nous rendons au phénomeéene général de la combustion animale cet acide carbonique du carbonate d@ammoniaque qui lui appartient de droit, il reste de ’ammoniaque comme produit caractéristique des urings,

Ainsi, par le poumon et la peau, acide carbonique, eau, azote; par les urines, ammoniaque. Tels sont les produits constants et nécessaires qui s’exhalent de l’animal. Ce sont préeisément ceux que la végétation réclame et utilise; tout comme le végétal rend a son tour a lair Poxygtne que l’animal a consommé.

D’ou viennent ce carbone, cet hydrogéne bralé par l’animal, cet azote qu’il a exhalé, libre ou converti en ammoniaque? Ils viennent évidemment des aliments.

En étudiant la digestion a ce point de vue, nous sommes conduit a la considérer dune maniére bien plus simple qu’on n’a coutume de le faire et qui va se résumer en quelques mots.

En effet, dés qu’il a été prouvé pour nous que lanimal ne erée point de matitre organique, quil se borne a se Yassimiler ou 4 la dépenser en la brillant, il ne fallait plus chercher dans la digestion tous ces mystéres qu’on était bien sir de n’y point trouver. C’est qu’en effet la digestion est une simple fonction @ absorption. Les matitres solubles passent dans le sang, inaltérées pour la plupart ; les matitres insolubles arrivent dans le chy le, étant assez divisées

pour étre aspirées par les orifices des vaisseaux cliyliferes.

Dvailleurs, la digestion a évidemment pour objet de restituer au sang une matiére propre a fournir a notre respiration ces douze ou quinze grammes de charbon ou l’equivalent @hydrogéne que chacun de nous brale a l’heuvre, et de lui rendre ce gramme d’azote qui s’exhale par eure aussi, tant par le poumon ou la peau que par les urines.

Ainsi les mati¢res amylacées se changent en gomme et sucre ; les matiéres sucrées s’absorbent ; les matiéres grasses se divisent, s’émulsionnent, et passent ainsi dans les vaisseaux, pour former ensuite des dépéts que le sang reprend et brale au besoin. Les matitres azotées neutres, la fibrine, Yalbumine et le caséum, dissoutes d’abord, passent dans le sang.

Ainsi Vanimal recoit et s’assimile presque intactes des matiéres azotées neutres qu’il trouve toutes formées dans les animaux ou les plantes dont il se nourrit; ilregoit des matiéres grasses qui proviennent des mémes sources; il recoit des matiéres amylacées ou sucrées qui sont dans le méme cas.

Ces trois grands ordres de matiéres, dont Vorigine remonte toujours 4 la plante, se partagent en produits assimilables, fibrine, albumine, caséum, corps gras, qui servent 4 accroiire ou a renouveler les organes; et en produits combustibles, sucre et corps gras, que la respiration consomme.

L’animals’assimile donc ou détruit des matiéres organiques toutes faites ; iln’en crée donc pas. La digestion introduit donc dans le sang des matiéres organiques toutes faites ; l'assimilation utilise celles qui sont azotées ; la respiration brdle les autres.

Si les animaux ne possédent aucun pouvoir particulier pour produire des matiéres organiques , ont-ils du moins ce pouvoir spécial et singulier qu’on leur a attribué de produire de lachaleur sans dépense de matiére? En discutant les expériences de MM. Dulong et Despretz, on voit positivement le contraire en ressortir. Ces habiles physiciens ont supposé qu’un animal placé dans un calorimétre a eau froide en sort exactement avec la température quil possédait a Pentrée; chose absolument impossible, on le sait aujour- Whui. C’est ce refroidissement de l’animal, dont ils n’ont pas tenu compte, qui exprime dans leurs tableaux les exces de chaleur attribués par eux et par tous les physiologistes 4 un pouvoir calorifique particulier 4 animal et indépendant de Ja respiration.

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Il mest démontré que toute la chaleur animale vient de larespiration, qu'elle se mesure par le charbon et hydrogéne bralés. Il m’est démontré, en un mot, que cette assimilation poétique de la locomotive du chemin de fer a un animal repose sur des bases plus sérieuses qu’on ne I’a cru peut-étre. Dans Pun et l'autre, combustion, chaleur, mouvement, trois phénoménes liés et proportionnels.

Vous voyez qu’a la considérer ainsi, la machine animale devient bien plus facile & comprendre : c’est Pintermédiaire entre le regne végétal et Pair ; elle emprunte tous ses aliments au premier, pour rendre au second toutes ses excrétions.

Faut-il rappeler comment nous envisageons la respiration , phénomene plus complexe que ne l’ayaient cru Laplace et Lavoisier, que ne l’avait pensé Lagrange, mais qui, précisément en se compliquant, tend de plus en plus arentrer dans les lois générales de Ja nature morte ? On sait que le sang veineux dissout de l’oxygéne et dégage de l’acide carbonique; qu’il devient artériel sans produire trace de chalenr. Ce n’est donc pas en s’artérialisant que le sang produit de la chaleur. Mais sous Vinfluence de Voxygéne absorbé les matiéres solubles du sang se convertissent en acide lactigue , comme l’ont vu MM. Mitscherlich, Boutron-Charlard et Frémy; Vacide lactique se convertit Jui-méme en lactate de soude; ce dernier, par une véritable combustion, en carbonate de soude, qu’une nouvelle portion d’acide lactique vient décomposer a son tour. Cette succession lente et continue de phénoménes, qui constitue une combustion réelle, mais décomposée en plusieurs temps, ot il feut voir une de ces combustions lentes sur lesquelles M. Chevreul a depuis longtemps fixé Vattention, c’est 1a le yéritable phénomene de la respiration. Le sang s’oxygene donc dans le poumon; il respire réellement dans les capillaires de tous les autres organes, 1a ou la combustion du carbone, la productien de chaleur se réaliseni surtout.

Une derniére réflexion. Pour monter au sommet du Mont- Blanc, un homme emploie deux journées de douze heures. Pendant ce temps il brile en moyenne 300 grammes de carbone ou Péquivalent Phydrogéne. Si une machine a vapeur s’était chargée de Ty porter, elle en aurait bralé 1,000 4 1,200 pour faire le méme service. Ainsi, comme machine empruntant toute la force au charbon qu'il brile, Phomme est une machine trois ou quatre fois plus parfaite que la plus parfaite machine 4 vapeur. Nos ingénieurs ont donc encore a faire; et pourtant ces nombres sont bien de nature a prouver qu’il y a communauté de principes entre la machine vivante et autre; car si l’on tient compte de toutes les pertes inévitables dans les machines a feu et si soigneusement éyitées dans la machine humaine, l’identité du principe de leurs forces respectives ressort manifeste et évidente aux yeux.

Si nous nous résumons, nous voyons que de l’atmosphére primitive de la terre il s’est fait trois grandes parts :

Lune qui constitue l’air atmosphérique actuel ; la seconde qui est représentée par les végétaux; la troisitme , par les animaux.

Entre ces trois masses, des échanges continuels se passent : la matiére descend de l’air dans les plantes, pénétre par cette voie dans les animaux, et retourne 4l’air 4 mesure que ceux-ci la mettent a profit.

Les végétaux verts constituent le grand laboratoire de la chimie organique. Ce sont eux qui avec du carbone, de Vhydrogéne, de Vazote, de Peau et de oxyde d’ammonium, construisent lentement toutes les matidres organiques les plus complexes.

Ils regoivent des rayons solaires, sous forme de chaleur ou de rayons chimiques, les forces nécessaires A ce travail.

Les animaux s’assimilent ou absorbent les matiéres organiques formées par les plantes. Ils les altdrent peu a peu, ils les détruisent. Dans leurs tissus ou leurs vaisseaux, des matiéres organiques nouvelles peuvent naitre; mais ce sont

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toujours des matiéres plus simples, plus rapprochées de Pétat Clémentaire que celles qwils ont regues.

‘Is défont done peu a peu ces matiéres organiques créées Jentement par les plantes. Ils les raménent donc peu a peu vers l'état @acide carbonique, eau, dazote, d’ammoniaque, état qui leur permet de les restituer a lair.

En brdlant ou en détruisant ces matiéres organiques , les animaux produisent toujours de la chaleur, qui rayonnant de leur corps dans espace va remplacer celle que les végétaux avaient absorbée.

Ainsi, tout ce que lair donne aux plantes , les plantes le cident aux animaux, les animaux le rendent a lair; cercle éternel , dans lequel la vie s’agite et se manifeste, mais ou la matiére ne fait que changer de place.

La matiére brute de Vair, organisée peu a peu dans les plantes, vient donc fonctionner sans changement dans les animaux et servir @instrument a la pensée; puis, vaincue par cet effort el comme brisée, elle retourne matiére brute au grand réservoir d’ou elle était sortie.

J.-B. Dumas, de Academie des Sciences, sénateur, ancien ministre de agriculture et du commerce.

AIR ( Musique), de Vitalien aria. L’idée la plus générale et la plus précise que Pon puisse se faire Wun air, quels qu’en soient @ailleurs le genre et lespéce, est celle dun morceau de musique, tantot fort court, tantdt trés-développe, dans lequel la mélodie d’une partie dominante attire principalement Vattention. Cette définition s’applique sans difficulté a toutes les sortes Wairs.

Les différences qui constituent chacun d’eux naissent en premier lieu des organes auxquels Vair est destiné : il y a en conséquence Vair vocal et lair instrumental ; en second lieu, des circonstances dans lesquelles on l’exécute, et qui se distinguent selon quwil appartient au style d’église, de chambre ou de théatre. °

Lair vocal se régle naturellement quant a l’expression , et par suite quant a la coupe et a l’étendue, sur les paroles que le poéte a livrées au compositeur. Or celui-ci, devant y chercher ses inspirations musicales, compose une mélodie gaie ou mélancolique, calme ou agitée, simple ou grandiose ; il lui donne un mouvement lent ou précipiié, il ’étend largement ou la resserre dans d’étroites limites, il ’accompagne dune harmonie tégére ou étoffée, il la coupe d’interludes ou lui donne une impulsion continue, etc., selon que le requiert le sens des paroles, qu'il ne doit jamais perdre de vue si celles-ci ont de Pimportance, On congoit @aprés cela que le compositeur devra jouir d’une certaine liberté, et s’écarter en plusieurs cas des habitudes ordinaires, puisqu’il est dans la nécessité de se soumettre a des obligations extérieures ; cette liberté n’aura méme véritablement d’autres limites que la violation des régles essentielles de Vart ou de celles que Pexpérience a le droit @imposer. Mais fort souvent il arrive que des paroles d ailleurs excellentes pour la musique ont fort peu importance littéraire ; ce sont celles qui, se développant sur des idées vagues et d’un caractére peu saillant, exigent seulement du compositeur une couleur gén<rale telle que la musique ne contraste pas avec les paroles. Alors il serait inexcusable de ne pas s’astreindre aux régles ordinaires et a la distribution commune de la mélodie, puisque rien ne Poblige & s’en écarter et que d’excellents modéles sont sous ses yeux.

Il y a peu de chose a dire sur les airs du style @’église : ils se composent d’un seul mouvement, si ce n'est pour certains motets, quien admettent deux. Ces sortes Wairs rentrent dans la classe de ceux qu’au thédtre on appelle de demi-caractére, et dont il sera parlé plus loin. Le lieu ot ils s’exécutent et Pobjet qui réunit l'auditoire excluent nécessairement une expression trop passionnée , méme lorsque les paroles respirent une grande énergie , comme, par exemple, celles de certains psaumes. Le grand art du musicien est alors de donner a ses airs d’église une teinte re-

ligieuse et d’éviter toute exagération dans la peinture des sentiments. Tout le monde comprendra que, par exemple, Pallégresse qu’expriment certains passages de Ja liturgie ne saurait se rendre a l’église par les moyens qu’on emploierait dans un opéra-buffa; c'est méme la une des diflicultés les plus considérables que rencontrent ceux qui veulent écrire des airs d’église sans en avoir Vhabitude. La forme doit Wailleurs étre plus réguliére, et la stricte observation des lois de la mélodie est ici de rigueur.

Les airs du style de chambre sont ceux qui se chantent par amusement, et qui, destinés surtout aux amateurs, n’appartiennent pas seulement aux salons, mais qui, reproduits avec plus ou moins d’exactitude, descendent dans atelier ef méme dans la rue, et deviennent la propriété et le patrimome musical du peuple. C’est surtout dans cette classe qu il s’en rencontre que tout le monde finit par connaitre, et qui dés lors sont réputés populaires. Elle renferme, sans y comprendre les airs de danse, des subdivisions fort nombreuses, en téte desquelles se placent les airs patriotiques, qui dans chaque pays ont pour objet de célébrer les hauts faits de son histoire, s& délivrance de la tyrannie étrangere ou domestique, et quelquefois de pleurer sur ses revers, de réyeiller dans le coeur des citoyens amour de la liberté et la haine de Poppression. A la suite de ces airs, inspirés par les circonstances, viennent les airs tendres ou joyeux, romances, chansons, chansonnettes, les barcaroles, les tonadilles, les airs de table ou airs bachiques, etc. Remarquons en passant que toutes ces compositions sont des piéces a couplets, c’est-i-dire dans lesquelies la musique, écrite pour la premiére ou les deux premieres strophes ou divisions poétiques du morceau, sert pour les autres divisions semblables qui viennent ensuite. Et la ne s’arréte pas la reproduction; car ces mémes airs servent de timbres a une foule de nouvelles poésies de méme meétre pour lesquelles on n’a point composé de musique spéciale : en sorte qu’un air unique s’adapte souvent a des milliers de chansons.

C'est dans le recueil de ces airs de genres différents que Yon trouve le corps des airs nationaux particuliers a chaque peuple, et qui portent une empreinte plus ou moins vive des pays qui les ont vus naitre. En effet, parmi ces airs il en est dontla tonalité, le rhythme, une particularité quelconque de composition offrent a Voreille un trait caractéristique d’autant plus facile a observer qu’il se trouve dans des compositions courtes et précises, faciles 4 comprendve et a retenir, et chantées le plus ordinairement par des gens qui n’ont aucune notion musicale. C’est parmi ces airs que se trouvent ceux qui dans chaque localité remontent a une époque souvent fort reculée, et dont par cette raison Pon ignore les auteurs : telles sont, par exemple, les mélodies irlandaises et écossaises que lon a recueillies en ces derniers temps, et dont l’ancienneté est incontestable. Ces airs sont dune extréme utilité au compositeur ; et lorsqu’il veut donner a un ouvrage une certaine couleur locale, il ne sait rien faire de mieux que de les reproduire ou de les imiter. Observons que chez les peuples ot la musique a fait de grands progrés et fleurit depuis longtemps, les airs nationaux primitifs ont fini par se perdre. Et il est facile den donner la raison : de nouvelles compositions étant chaque jour mises en circulation, quelques-unes des plus anciennes vont aussi chaque jour s’oubliant et mourant avec les vieillards qui en avaient conservé le souvenir. Il suffit pour s’en apercevoir de remarquer, par exemple, que la plupart des timbres quiau commencement de ce siécle servaient pour les chansons nouvelles et pour les couplets des petites comédies appelées vawdevilles, sont a peu prés abandonnés, seront bientot tout a fait oubliés, et se perdraient absolument si impression ne les avait conservés, Cet abandon nest nullement pour ces airs une marque @infériorité ; mais de plus nouveaux sont venus se substituer 3 eux, et

ont été préférés parce qu’ils étaient a la mode. Voila comment I'Italie, la France, |’Allemagne ont perdu le plus grand nombre de leurs airs antiques, tandis qu'il s’en est conservé un assez grand nombre dans les montagnes de I'Ecosse et de la Suisse, sur les glaces de VIslande, de la Russie, de la Noryége, parce que dans ces lieux il s’en compose fort peu de nouveaux, et que jusqu’d nos jours, ot Yon a pris la peine de les noter et de les recueillir, ils ne se transmettaient que par tradition et ne s’apprenaient que de routine. Sans nous arréter ici au caractére spécial de ces airs chez*chacun des différents peuples qui les possédent, nous devons remarquer qu’en général les airs originaires du Nord sont tous mélancoliques, et, chose assez singuliére, il en est de méme des airs orientaux: seulement ceux-ci sont exécutés avec une si prodigieuse surcharge d’ornements de toutes sortes, que l’expression de tristesse qu’ils portent avec eux semble d’une nature fort différente.

Les airs du style thédtral sont ceux qui dans cet article doivent plus particuliérement fixer notre attention. Ce qui leur donne un caractére propre, c’est qu’ils sont intimement liés 4 une action dramatique, qui les*domine d’une maniére absolue, qu/ils sont exécutés dans un vaste local ef en présence de nombreux auditeurs, enfin quils sont accompagnés par l’orchestre et au besoin par les cheurs. Les airs sont dans les opéras une des parties auxquelles le public attache le plus d@importance, et fort souvent de la beauté Wun air et de sa bonne exécution dépend le succés d’un opéra.

Lair proprement dit, appelé souvent grand air, et qui a plusieurs égards mérile ce titre, exprime presque toujours des sentiments élevés, des images nobles et pathétiques, ou bien dans le genre comique des idées divertissantes et bouffonnes; il admet des descriptions d’événements importants, et dans ce cas il a le droit trés-naturel d’empiéter sur le récitatif libre ou obligé. On distingue dans les grands airs l’air de caractére ou de sentiment ; il peut étre sérieux et tragique, ou bien gai, comique, bouffon; et c’est a lui que s’applique particuliérement ce qui vient d’étre dit. L’air de chant ou air chantant, appelé aussi air de demi-caractere, ou le compositeur cherche une mélodie vague, agiéable et limpide, sans courir aprés une expression positive, que n’exige point la situation; l'air déclamé et Yair parlé, dans lequel la mélodie sur laquelle se dessinent des traits d’orchestre se rapproche constamment soit du récitatif, soit méme du discours habituel; lair de bravoure, destiné uniquement a faire briller 1a voix et le talent d’un chanteur habile; enfin, en Italie on établit d@’autres distinctions, pour les airs de seconde partie, confiés des chanteurs de second ordre; les airs de convenance, que le chanteur introduit dans un ouvrage auquel ils n’appartiennent pas; les airs de pacotille, qui sont ceux que le compositeur ou le chanteur tiennent toujours préts pour s’en servir a l'occasion ; enfin, pour désigner un air mauvais ou médiocre, quine peut exciter aucun intérét, on le nomme air de sorbet, parce que tandis que le chanteur l’exécute on se retire pour prendre des glaces,

Ce que nous disions en commencant sur la nécessité ce subordonner dans les airs la disposition musicale a la poésie s’applique essentiellement aux airs de théatre, et voila pourquoi l’air dramatique n’a pas de régles positives et absolues ; quelle que pdt étre leur multitude, le compositeur aurait tout droit de les violer si la situation ou le sens des paroles Vexigeait, ou si enfin la fougue de l’imagination et le feu du génie l’y autorisaient. On pardonne tout au compositeur dramatique, s'il est réellement inspiré. Pour appeler cette inspiration, il cherche d'abord a bien se pénétrer du sens des paroles; lorsqu’il a réfléchi sur la mesure des yers , reconnu et fixéles points des grands repos périodiques, il voit comment les vers s’accouplent, afin d’obtenir les demisadences ; quand il a trouvé son premier motif, il cherche

AIR

comment des vers ou parties de vers prises ca et 1a peuvent convenablement se rapprocher, s’associer et servir au développement des pensées musicales. Dans les airs bien faits, les vers sont presque toujours présentés dabord tels que le poéte les a disposés : de cette maniére le sens en est tout de suite compris par les auditeurs, et les nouveaux sens que l’on peut former au moyen des mémes paroles ne causent alors aucune confusion. II est trés-permis néanmoins de répéter dés le commencement quelque vers , quelque petite phrase, quelque mot, surtout lorsque la mélodie étend ou déterming le sens des paroles. Le compositeur ne saurait trop, pour la phrase principale de l’air qu’il écrit, invoquer le génie inspirateur ; car si sa premiére pensée est naturelle, claire, neuve et convenablement adaptée a Ja situation, s’il lui vient de ces idées que l’artiste puise dans sa propre sensibilité, et non dans les formules de son art, le public est 4 lui, et méme pardonnera volontiers quelques écarts dans le cours de la composition; mais pour cela il est nécessaire que l’auditeur ait été réellement électrisé. A ’égard de la coupe du morceau, la maniére la plus usitée aujourd’hui est de présenter aprés le récitalif un cantabile qui respire la mélancolie et méme la tristesse; c’est la que le musicien doit déployer toutes les émotions de son 4me. Ce premier mouvement est suivi d’un allegro qui se termine lui-méme par une coda nommée cabalette, qui commence a l’endroit ou V’on serre la mesure. L’air finit habituellement dans le ton ov il a commencé; mais le contraire peut arriver quelquefois. La coupe qui vient d’étre indiquée est la plus en usage. On trouve aussi beaucoup d’airs modernes formés de l'assemblage de trois mouvements différents. Encore une fois, il n’y a ici rien Wobligatoire; le compositeur est maitre d’imaginer d’autres coupes et de les employer comme bon lui semble, il suffit que la situation s’y préte.

Les airs de plus petite dimension, appelés au théatre petits airs, sont les romances, chansons ou cavatines; les deux premiéres rentrent, sauf les convenances scéniques, dans la catégorie des airs de chambre. La cavatine appartient seulement 4 la musique dramatique; c’est un air court et presque toujours d’un seul mouvement, quelquefois de deux. A elle se rapportent d’autres petits airs que l’on traite souvent en rondeau et quien suivent les régles.

Au reste, qu’il s’agisse de grands ou de petits airs, le compositeur dramatique a pour en augmenter la valeur une ressource bien utile, et dont parfois il lui arrive d’abuser : c’est ’orchestre, qui souvent se trouve 1a pour releyer les endroits faibles, et jette, parla variété des formes, par la différence des timbres et par les dessins mélodiques et harmoniques, une grande variété dans un air qui, entouré de moins Wappareil, pourrait fatiguer par son étendue, ou se montrer trop inconsistant.

Les airs que nous avons placés dans la deuxiéme section sont ceux qui ont pour organe non plus la voix humaine, mais un ou plusieurs instruments. Sils’agit @un air destiné 4 un instrument unique exécutant tout a fait seul, ou accompagné par autres qui ne jouent qu’un role secondaire, il rentre dans la catégorie des airs vocaux en style de chambre, et c’est méme souvent un de ceux-ci dans lequel seulement l’instrument est substitué 4 la voix. Que le theme ou motif soit Winvention, ou bien qu’il soit emprunté a la musique vocale, si l’on veut en reproduire plusieurs couplets, la différence des paroles n’existant plus a chacun eux, et la répétition continue @une méme mélodie sans paroles ne pouvant manquer de devenir bientot fastidieuse, on cherche a captiver attention de Pauditeur en présentant chaque couplet sous un aspect nouveau oti l’on conserve le fond du theme, en renouvelant chaque fois sa forme extérieure, et pour ainsi dire en le faisant toujours reparaitre vétu dun nouveau costume. En ce cas, dans le langage vulgaire on désigne cet air par le mouvement indiqué en téle, et Pon dit un andante, un grasioso, un allegretlo avec

AIR

variations. Si le motif est emprunté a quelque piece de thédtre ou de chambre, on le désigne par le nom qui lui appartient, en ajoutant qu’il est destiné a tel ou tel instrument.

Les airs de danse se lient intimement 4 chacune des danses particuliéres dont ils ont déterminé le mouvement, soit qwils s’appliquent & quelqu’une des nombreuses figures imaginées depuis trois siécles, telles que branles, gigues, chaconnes, bourrées, sauteuses, contredanses, valses, polkas, mazsurkas, etc., soit qwils se rattachent & une action mimodramatique. C'est done a l'article particulier de chaque danse et a Varticle BALLer que lon trouvera Vindication du caractére des pieces de musique qui en dépendent. Adrien bE LAGAGE.

AIR. INFLAMMABLE. Voyez Hyprocknye.

ATR ou Asben, Etat de ’Afrique centrale, entre 17° et 19° lat. N. et 8° et 9° Jong. E. Cette contrée renferme plusieurs villes et de nombreux villages, et est principalement habitée par trois grandes tribus, les Kel-ouis, les Kelgéres et les Itisans, dont les individus sont en grande partie sédentaires. Le sol de l’Air est naturellement riche, mais peu cultivé; il est trés-accidenté, et quoique dans la région des tropiques le climat en est relativement tempéré. — La capitale du pays est Agadés, grande cité jaiis florissante et dont la population est descendue de 60,000 a 6 ou 7,000 Ames. Elle est la résidence dun sultan qui n’exerce autour de lui qu’un pouvoir nominal, Fondée au moyen-dge par les Berbers, qui en furent chassés en 1515 par Mohammed-Askia, le conquérant Songar, elle a été longtemps le centre du commerce de lor et le lieu de rendez-vous des caravanes de l'Afrique centrale. (Voy. Barth, Voyages, tome I°'.) ;

AIR (Comté vp’). Voyes Ayr.

ATRAEN., Ce mot répond au mot xs des Latins, par lequel ceux-ci ont désigné quelquefois le cuivre pur, mais plus fréquemment les alliages de ce métal avec un grand nombre d’autres substances métailiques , et notamment lor, Vargent, le zinc, le piomb, ’étain.

Il n’y a plus guére que les poétes qui se servent aujour- Whui de ce mot pour césigner des piéces formées de quelque alliage de cuivre. L’airain a pris chez les modernes Je nom de bronze.

La fabrication de V’airain était une partie importante des arts métallurgiques chez les anciens; car ils se servaient de ce métal pour un grand nombre d’usages, et principalement pour en faire des statues et des monnaies. On sait que les Romains Vemployérent d’abord en masse comme moyen d’échange , et que ce fut leur roi Servius Tullius qui le

premier fit mcnnayer cette substance. Ce n’est que cing ans avant la guerre Punique (i’an 585 de Rome) que l’on commenga a battre de la monnaie d’argent.

les anciens faisaient un prodigieux emploi de Vairain : ‘les entablements, les portes, les cnandeiiers, les statues des dieux , ef autres ornements des temples étaient faits avec ce métal; ils s’en servaient pour conserver la mémoire des hommes qui avaient rendu de grands services a leur patrie , qui avaient remporté trois années de suite les prix aux jeux olympiques , etc.

La statue colossale de Rhodes, ouvrage d’un éléve du fameux Lysippe, était en airain. On fabriquait encore des armes et des ustensiles de ménage en airain; de tous les alliages de cuivre en usage chez les Grecs , le plus estimé était Vairain fabriqué dans Vile de Délos et d’E gine. ; Les anciens attribuaient Valliage magnifique appelé ai-

rain de Corinthe au hasard, A la fusion et au mélange de plusieurs métaux lors de lerbrasement de cette ville, qui eut lieu cent quarante-six ans avant J.-C. Mais ce beau bronze , dont les Romains faisaient tant de cas, était sans doute plus ancien. On a peine a croive a cet alliage fortuit

de Yairain de Corinthe quand on sait avec qnelle difficulté |

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