ABJURATION
Nous n’entrerons dans aucun détail sur labjuration de la reine de Suéde, qui en 1654 passa assez fastueusement du luthérianisme a la catholicité. Nous nous dispenserons méme de examen de cet acte, parce que nous ne croyons pas a sa sincérité. Christine, dont intention était de voir ses jours couler & Rome, non sans éclat, au milieu des chefs-d’ceuvre de lart ancien et des philosophes de son temps, avait trop le désir que l'on s’occupat d’elle en ce bas monde pour qu’apres son abdication son abjuration ne fat pas encore une maniére de faire du bruit. 11 est réellement assez difficile de croire a la foi religieuse de cette femme.
Labjuration doit étre un acte rare. On ne saurait passer dune religion dans une autre sans y avoir morement réfléchi, ainsi que parait l’avoir fait Turenne, dont aucun motif humain ne détermina le changement de culte.
Nous n’aurons garde de voir une abjuration proprement dite dans l’appel a la foi chrétienne des hordes barbares ou sauvages, soustraites par de respectables missionnaires au fétichisme. Ce sont lA de véritables conversions, ce sont la des actes de haute civilisation, entrepris aux risques et périls des successeurs des apétres ; et nous en rapportons Phonneur & un zéle qui n’attend point ses palmes de la générosité des hommes. KERATRY-
ABLANCOURT (Nicotas PERROT p’), traducteur assez médiocre d’un grand nombre d’auteurs classiques, grees ou latins, naquit & Chalons-sur-Marne, le 5 avril 1606. Son pére, qui était protestant, aprés lui avoir donné une éducation premiére, Venvoya finir ses études 4 Sedan, ot il recut les lecons et adopta les principes du fameux Roussel , ce ministre réformé qui fut plusieurs fois ambassadeur. De Sedan Perrot d’Ablancourt vint 4 Paris, oul, aprés avoir étudié le droit, il fut regu avocat au parlement. La mort de son pére layant rappelé a Chalons, il fut sur le point de se marier avantageusement ; mais des obstacles ayant retardé cette union, elle se trouva rompue par le changement de croyance de Perrot d’Ablaneourt. Il avait cédé a cet égard aux obsessions de sa famille, et surtout de Cyprien Perrot, son oncle, conseiller a Ja grand’chambre, qui promettait au j@ine avocat de lui résigner sa charge. Cependant Perrot d’Ablancourt regrettait les croyances religieuses au sein desquelles il avait été élevé ; deux ans aprés les avoir quittées, il prit la résolution d’étudier sérieusement les deux religions, et son retour au protestantisme fut le résultat d’un long examen. Pour se soustraire aux clameurs qu’excita dans sa famille ce retour aux doctrines de son pére, il alla vivre deux années en Hollande et en Angleterre. Perrot d’Ablancourt revint ensuite 4 Paris, demeura quelque temps chez son ami Patru, puis fixa sa résidence pres du Luxembourg, loin du bruit de la grande ville. A partir de ce moment il se livra sans partage a la culture des belles-lettres. ;
Conrart et Patru furent ses amis particuliers , ef lon doit a ce dernier une notice dans laquelle on trouve sur la personne , la vie et les ouvrages de Perrot d’Ablancourt, des détails curieux ef piquants.
Au mois de septembre 1637 il fut regu membre de l’Académie Francaise ; il s’occupait d'une traduction de Tacite au moment oii les guerres de la Fronde ayant ruiné une partie de son patrimoine, il se vit contraint d’aller vivre dans sa terre d@’Ablancourt , dont il ne sortait qu’assez rarement pour venir a Paris faire imprimer ses ouvrages. Une maladie de vessie qui le tourmentait ’empécha bientot non-seulement de marcher, mais encore d’aller en voiture. Enfin, cette maladie Pemporta le 17 novembre 1664, 4gé de cinquante-huit ans.
Perrot d@’Ablancourt avait traduit successivement : L’Octavius de Minutius Félix; quatre harangues de Cicéron, pro Quintio, pro lege Manilia, pro Ligario, pro Marcello ; les oeuvres de Tacite; la Retraife des Dix mille, de Xénophon ; les guerres d’ Alexandre, d’Arrien; les Commentaires de César ; I’Histoire de Thucydide; les Apophthegmes des anciens; les Sératagemes de Frontin; Lucien, avec des