ALAINS
efrent aux tribus septentrionales de lAllemagne; mais la plus grande partie de la nation accepta alliance avantageuse quiluitut offerte par les vainqueurs, et se réunita eux pour envahir l’empire des Goths.
A partir de cette époque jusqu’au moment de leur entier anéantissement en Espagne, les Alains n’occupent plus dans Pnistoire des peuples barbares qu’un rang secondaire. Plusieurs tribus de cette nation faisaient partie de Varmée de Radagaise, lorsqu’au printemps de Vannée 406 il envahit Vitalie; mais le corps de la nation s’était alors confédéré avec les Suéves, ies Vandales et les Bourguignons. Quelques tribus étaient aussi au service de empire. Apres la défaite et la mort de Radagaise, les quatre nations confédérées , échelonnées entre les Alpes et le Danube, rebroussérent chemin vers la Germanie occidentale, dans le dessein de se rejeter sur la Gaule. Les Francs Ripuaires essayérent en vain de défendre cette barriére; ils furent mis en déroute par l’impétueuse cayalerie des Alains, qui veaycvent ainsi la défaite et la mort du roi des Vandales , Godégisile , tué dans laction. Le 31 décembre 406, le Rhin fut forcé prés de Mayence, et pendant plus de deux ans la Gaule fut ravagée par ces barbares. En 409, a Vexceptien des Bourguignons, qui s’étaient détachés de la confédération, les alliés abandonnérent les provinces dévastées de la Gaule, et le 13 octobre ils feanchirent les Pyrénées, appelés par Gérontius, qui leur ut embrasser la cause du tyran Maxime. Ainsi ’Espagne, qui depuis quatre siécles jouissait d’une paix profonde, se vit tout & coup envahie par les Suéves, les Alains et les Vandales. aui devajent s’y livrer de sanglants combats. Ils avaient été rempacés dans les Gaules par les Visigoths; mais le comte Constance, résolu de tout faire pour éloigner ces nouveaux barbares de la Ganie, leur montra les richesses de l’Espagne, et les décida a passer a leur tour les Pyrénées; sa politique était de détruire les. barbares les uns par les autres, en mettant ainsi 1es Goths aux prises avec les Suéyes, les Vandales et les Alains. En effet, dans les divers combats que les Visigoths, sous la conduite de Wallia, livrérent aux autres barbares , la nation des Alains fut presque anéantie, et ses débris se fondirent dans celle des Vandales, dont ils suivirent la fortune ; depuis lors ils ne reparaissent plus dans Vhistoire comme formant un corps de nation.
ALAIS, ville du Languedoc et ancienne capitale des Céyennes , aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du Gard, sur la rive gauche du Gardon, a 674 kilométres de Paris. Cette ville est parvenue, depuis 1819, a un tel degré de prospérité, qu’elle a vu, dans un intervalle de trente-sept années, a peu pres doubler sa population, qui était en 1866 de 19,064 habitants. Elle le doitsurtoutason bassin houiller, Pun des plus riches peut-¢tre de la France. Elle posséde de grandes usines et des fileries de soie fort renommées , et fait un commerce considérable de grains, de vins, d’olives, de bestiaux. Elle posséde un tribunal civil , un tribunal de commerce, un conseil de prud’hommes, un collége communal, une bibliothéque publique, une église consistoriale calviniste , et une école des maitres et ouvriers mineurs. Saint Louis acheta Alais et Anduze, en 1243, ala maison de Bermond, une des plus anciennes du Languedoc. Devenue comté en 1396, la ville d’Alais passa successivement dans la maison de Montmorency et dans celle des princes de Conti. Louis XIII la soumit en 1629 ; quelques années plus tard, Louis XIV en fit le siége d’un évéché, et y batit une citadelle aprés la révocation de l’édit de Nantes, ily aun chemin de fer d’Alais a Nimes. i
ALAMAK, une des étoiles de la constellation d’Androméde, -
ALAMANNI. Voyes Avemans. ;
ALAMANNI (Luict), célébre poéte italien, néa Fiorenee, fe 28 octobre 1495, descendait d’une des familles les plus nobles et les plus illustres de cette république. Sa mére était
ALAMBIC aut
Ginevra Pignatelli; son pere, Francesco ALAMANNI, était un zélé partisan des Médicis. Longtemps il jouit lui-méme Wun grand crédit auprés du cardinal Jules, qui gouvernait au nom du pape Léon X; mais s’¢tant cru victime d'une injustice, ilentra dans une conspiration contre la vie du cardinal. Le comnlot ayant été découvert, Alamanni se réfugia a Venise, ou il trouva dans le sénateur Carlo Cappello un protecteur. Plus tard, lorsque le cardinal fut promu a la chaire de saint Pierre, sous le nom de Clément VII, il dut s’enfuir en France; mais les malheurs qui signalérent le pontificat de ce pape ayant fourni 4 Florence Voccasion de recouvrer sa liberté, Alamanni put y revenir en 1527. Ce fut lui qui conseilla 4 ses concitoyens de se placer volontairement sous Ja protection de Charles-Quint, et il leur offrit 4 cet effet son protecteur André Doria comme intermédiaire. Les républicains austéres déclarérent qu’un tel conseil n’était qu'une trahison. En conséquence Alamanni resta auprés de Doria, qui le conduisit en Espagne avec sa flotte. A quelque temps de 1a, il revint 4 Florence & bord de la méme flotte ; mais alors, proscrit de nouveau, il dut aller chercher un asile en France, ou Francois {© ne tarda pas a faire tellement cas de lui qu’aprés la paix de Crespy. conclue en 1544, il le nomma son ambassadeur auprés de Charles-Quint. Alamanni ne jouit pas d’une considération moindre auprés de Henri IT, qui Pemploya dans diverses négociations. 11 mourut & Amboise, en 1556. De tous ses ouvrages, celui qui porta le plus haut sa réputation fut son poéme didactique la Coltivazione (Paris, 1546; derniére édition, Florence, 1830). Son poéme héroique en vingt-quatre chants, Girone il corfese, est imité @un vieux poéme frangais. Dans uneautre épopée, aussi en vingt-quatre chants, ’Avarchide, dont le sujet est le siége de Bourges (Avaricum), il a imité avec peu de bonheur Homére. I publia ses oeuvres diverses sous le titre d’Opere Toscane (2 vol., Lyon, 1532). Il écrivit une comédie, Flora, et une imitation de! Antigone de Sophocle. Ses Epigrammi Toscani (Mondovi, 1570) firent grand bruit. Ses ouvrages se recommandent par la légéreté, la clarté et la pureté du style; mais la vigueur et la verve poétique y font trop souvent défaut. Alamanni fut le premier qui introduisit les vers blancs (versi sciolti) dans la littérature italienne; mérite que Trissino pourrait peut-étre revendiquer pour lui-méme, mais dont, en tout cas, ses compatriotes lui tiennent médiocrement compte.
ALAMBIC (du mot grec &u6:E, vase, pot, et de l’article arabe al). Toutes les fois qu’il s’agit de séparer des produits inégalement volatils , on a recours 4 une opération qui porte le nom de distillation, dont le but est de volatiliser certains corps et de les condenser a l’état liquide. Lorsqu’on opére sur des quantités de substances assez considérables , on emploie des alambics, vases dont la forme a singuliérement varié, mais consistant toujours essentiellement en un récipient renfermant le produit a distiller et muni d’appareils propres a refroidir et 4 liquéfier les produits volatilisés. Le récipient se nomme ordinairement cucurbite ,la partie de Yappareil ou les vapeurs se réunissent prend le nom de chapiteau, et le tuyau oi elles se condensent s’appelle le serpentin, a cause de sa forme. C'est ainsi, par exemple, que l'on obtient l’eau-de-vie, l’esprit-de-vin , les essences, les eaux de Cologne et de mélisse, Peau pure ou distillée, etc. — Dans certains cas, les substances sur lesquelles on opére pourraient éprouver par la chaleur une altération qui modifierait ou altérerait les produits volatils ; on renferme alors la partie inférieure de Valambic dans un vase appelé bainmarie , enveloppé d’eau ordinaire ou salée, qui la chauffe par intermédiaire. — Les produits volatilisés pourraient se condenser partiellement par le refroidissement qu’ils éprouyeraient en traversant des appareils en contact avec Vair par toutes leurs parois extérieures ; mais une fois échauffés, ces vases en laisseraient échapper la plus grande partie. C’est pour déterminer une condensation compléte que les appareils
sont enveloppés deau froide que Yon renouvelle 4 mesure qu'elle s’échauffe. — Des tuyaux circulaires ou plats soni renformés dans un vase rempli de ce liquide; a leur extrémité supérieure , ils recoivent les vapeurs, et par leur extrémité inférieure s’écoule le liquide condensé. L’eau employée pour le refroidissement arrive par la partie inférieure du réfrigérant, dont-elle occupe le fond, & cause de sa plus grande densité, et 'eau chaude, plus légere, s’écoule par un conduit placé supérieurement. — Quand il s’agit de préparer A la fois de alcool A divers degrés de force en distillant du vin ou d’autres liquides alcooliques, les réfrigérants sont plus compliqués , parce qu’on est alors obligé de condenser a des températures variées les produits volatils ; de cette maniére, on recueille des liquides marquant des degrés trés-différents. H, Gavuttier DE CLAUBRY.
ALAND (Iles d’), groupe d’environ trois cents iles et tlots dans legolfede Bothnie, dont quatre-vingts sont habités d’a peu prés quatorze mille ames, Le sol en est si pierreux et recouvert d’une couche de terre si légére, que dans les étés chauds les grains s’y desséchent avant de marir, et que les arbres a fruit n’y produisent presque rien. La navigation ‘et la péche du hareng constituent la principale ressource des habitants, qui sont originaires de la Suéde. En 1714, un combat naval eut lieu prés de ces iles entre les Russes sous les ordres d’Apraxin et les Suédois commandés par Ebrenskeeld : les premiers restérent vainqueurs. Aux termes de la paix de 1809, la Suéde dut faire cession de Varchipel @’Aland & la Russie. L’ile principale, qui a onze lieues de long sur neuf de large, et quia donné son nom a Varchipel, a ses cdtes coupées d’un grand nombre de baies. Elle posséde une ville qui porte le méme nom. C’est dans la partie orientale de cette ile que se trouve la baie de Lumpar, oti une flotte entiére peut mouiller en toute sdreté, et a ’extrémité de laquelle est situéela forteresse de Bomarsund, dont les Frangais et les Anglais s’emparérent au mois d’aodt 1854. Par le traité de Paris du 30 mars 1856 la Russie s’est engagée a ne pas fortifier les iles d’Aland et 4 n’y maintenir ni eréer aucun établissement militaire ou naval.
ALARCON Y MENDOZA ( Don Juan Ruiz ve), auteur dramatique espagnol qui se place immédiatement aprés Lope de Véga et Caldéron. Schlegel, Bouterwek et Sismondi, qui se sont spécialement occupés du thédtre espagnol, passent sous silence cet homme remarquable, dont Corneille admirait le génie. Ses compatriotes mémes l’ont oublié; a peine le nom d’Alarcon apparaitilde temps a autre, de la maniére la plus vague, dans leurs annales littéraires : on ne le cite jamais. Pendant sa vie, plusieurs faussaires lui dérobérent ses titres degloire; aprés sa mort, les critiques ne paryinrent a les retrouver ef a les tui rendre qu’avec difficulté; Corneille lui-méme, en lui empruntant le Menteur, comédie qui a ouvert la carriére de notre gloire théatrale, attribuait a Lope de Véga cette ceuvre, qu’il appelle « la merveille du théatre, et a laquelle, dit-it, il ne trouve rien de comparable en ce genre chez les anciens ni chez les modernes ». Victorin Fabre attribuait 4 Francesco de Rojas la Verdad Sospechosa, ceuvre prototype du Menteur, et il a fallu toutes les recherches réunies et successives de Nicolas Antonio, de M. Salva, de M. Ferdinand Denis et de l’auteur de cet article, pour savoir enfin a peu prés comment Alarcon a vécu eton ila vécu,
Alarcon avait recu de la nature et dé la société plusieurs dons singuliers et disparates , qui se détruisaient mutuellement : un génie original, un violent orgueil , une naissance noble, un berceau étranger, une grande distinction de maniéres et une difformité naturelle. 1] était Indien, c’est-d-dire né au Mexique, et il faut voir avec quelle supériorité de dédain les Espagnols ont longtemps traité les enfants de leurs solonies. Derni¢rement encore, touten sedonnant delle-méme
ALAMBIG — ALARCON
une constitution libre, ’Espagne a retenu sa derniére colonie, la Havane, dans la servitude la plus compléte. Malgré cette extraction indienne, Alarcon occupait 41a cour de Madrid un poste honorable et surtout lucratif, & une époque oi, comme le dit le marquis de Louville, il y avait & peine assez d’argent dans les caisses pour fournir une ollapodrida a Leurs Majestés , et oi commencait la rapide décadence de la monarchie espagnole. Au lieu de trainer sa vie — dans cette pauvreté amére qui déyora les jours du Camoéns et de Cervantes, Alarcon se trouva de niveau avec les grands seigneurs du temps, qui devaient mépriser fort, néanmoins, du sommet de leur ignorance et de leur fierté castillane, un poéte, homme de finances , Indien et bossu. Ce dernier malheur, dont semble douter un peu le spirituel et récent auteur d’une Histoire comparée des Littératures Espagnole et Francaise (M. Adolphe de Puibusque ), est néanmoins conlirmé par les nombreuses épigrammes que les poétes ses contemporains dirigérent contre sa gibbosité. L’un dit qwil « prend cette bosse pour le mont Hélicon; » Pautre, que « si sa bosse était grosse comme son orgueil , « Pélion et Ossa ne l’égaleraient pas. » 11 parait peu probable que la malice contemporaine se soit égayée sur une difformité chimérique; étre bossu , Indien et homme de génie, ce sont trois malheurs dont on aurait pu aprés tout se consoler avec un peu de tact,d’esprit et de réserve. Mais, pour achever le désastre de sa gloire ef de son repos, Alarcon joignaif 4 -ses autres dons Je plus infernal orgueil dont une 4me humaine ait jamais été pétrie. « Canaille, dit-i] « au public ( al volgo ), dans une de ses préfaces, béte fé- « roce, je m/’adresse a toi ; je ne dis rien aux gentils-hommes, « qui me traitent mieux que, je ne le désire; je te livre mes « piéces, fais-en ce que tu fais des bonnes choses; sois in- « juste et stupide a ton ordinaire. Elles te regardent et Vaf- « frontent; leur mépris pour toi est souverain. Elles ont tra- « versé tes grandes foréts (le parterre ). Ellesiront te cher- « cher dans tes repaires. Si tu les trouves mauvaises , tant « mieux, c'est qu’elles sont bonnes. Si elles te plaisent, « tant pis, c’est qu’elles ne valent rien. Paye-les, je me ré- « jouirai de tavoir couté quelque chose. » Ce terrible bossu ameuta nécessairement contre lui toute larmée des écriyains roturiers, sans que les gentils-hommes de Castille daignassent prendre en main la défense de Indien. Aussi fitil d’excellents drames que personne ne yanta, que plusieurs s’attribuérent, dont Corneille profita sans savoir a qui il les devait, et qui ne valurent 4 leur orgueilleux pére qu'une réputation posthume et contestée.
Né, selon toutes les probabilités, vers le commencement du dix-septiéme siécle, dans la province mexicaine de Tusco, — province qui faif partie du district de Cuenca, don Juan Ruiz de Alarcon appartenait sans doute a cette grande famille des Alarcon qui s’est signalée dans les guerres de la conquéte, dont le marquis de Trocifal a publié la généalo- — gie, ef qui a donné plusieurs gouverneurs généraux a Vile de Cuba, ou elle existe encore. Dés cette époque, le prince de Esquillache avait fondé & Mexico un collége pour les jeunes gentils-hommes, collége ot il est probable que le poéte fit ses études. En 1621001622 il passe en Europe , obtient en 1625 le titre et le grade.de licencié, est nommé ensuite rapporteur du conseil royal des Indes ( relator del real consejo de las Indias ), vit 4 la cour, s’amuse a écrire des comédies, dont il publie huit, composant un premier yolume (1628, Madrid ), et ensuite douze, composant un second volume ( 1634, Barcelona ). La premitre partie est dédiée au grand-chancelier du conseil des Indes, don Ramiro Felipe de Gusman, duc de Médina de las Torres, son Mécéne, dit-il, mais auquel il s’adresse plutét du ton courtois d'un gentil-homme qui parle & son égal avec une affection dévouée et chevaleresque, que du ton obséquieux dun poéte de cour et Wun protégé. On ne sait rien de sa mort; peut-étre, fatigué des épigrammes dont les poétes