ALBANAIS — ALBANIE
gnifique, une riche collection de tableaux et de statues, un cabinet de médailles dont Rod. Venuti a donné la description (2 vol. in-fol., Rome, 1739) , et qui plus tard fut réuni a celui de Vatican, dont il compose la partie la plus précieuse , enfin quelques ouvrages d’érudition originaux , par exemple : Memorie concernenti la citta di Urbino (in-fol., Rome, 1724), témoignent de la diversité de ses connaissances. — Alessandro ALBANI, frére du précédent, né le 19 octobre 1692 , embrassa l’état ecclésiastique sur le voeu formel qu’en exprima Clément XI, et fut promu au cardinalat dés année 1721 par le pape Innocent XIII. Nonce apostolique pres la cour de Vienne depuis 1720, il fut plus tard nommé par l’impératrice Marie-Thérése ministre d’Autriche 4 Rome, et co-protecteur de ses Etats. 11 prit une part des plus actives aux nombreuses querelles suscitées 4 cette époque au gouvernement pontifical, d’autant plus que @ était un ardent partisan des jésuites. Le cardinal était fier et heureux de sa belle collection d’objets d’art. Winckelmann, quwil avait décidé 4 embrasser le catholicisme et qui l’institua son héritier, aida de ses conseils dans la formation ef dans la mise en ordre de ce musée , que Marini, Fea et Zoéga ont rendu célébre, de méme qu’ils lui doivent une partie de leur propre réputation. Le cardinal Albani mourut le 11 décembre 1779. Sa longue vie avait: constamment été des plus occupées; cependant il n’avait jamais rien écrit. — Carlo Aupani, frére du précédent, né en 1687, acheta en 1715 le duché de Soriano, fut créé prince en 1721, par le pape Innocent XIII, et mourut en 1724. — Giovanni- Alessandro Atwant, fils du précédent, né le 26 février 1720, fut nommé trés-jeune encore évéque d’Ostie et de Velletri, et cardinal dés lage de vingt-sept ans. Son extérieur agréable, son esprit, la diversité et ’étendue de ses connaissances, le faisaient vivement rechercher dans tous les cercles; aussi négligea-t-il d’abord les affaires de ’Eglise pour mener la vie insouciante d’un jeune homme. Mais, grace a Ja protection des jésuites, dont en toute occasion il se montra le zélé défenseur, il jouit toujours dune grande influence. Adversaire déclaré des Frangais, il s’enfuit de Rome a la premiére approche d’une armée frangaise ; il ne revint dans cette capitale que lorsque Pie VII, a Vélection de qui il contribua beaucoup, eut pris place dans la chaire de saint Pierre. I] mourut en septembre 1803. — Le prince Giuseppe ALBANI, neyeu du précédent, né a Rome le 13 septembre 1750, recut de Pie VII, le 23 février 1801, le chapeau de cardinal. Tl avait passé sa jeunesse dans Voisiveté, préférant la musique a toute autre occupation. I] n’en déploya pas moins de brillantes facultés quand la nécessité lui fit un devoir de s’occuper de choses sérieuses. Fidéle aux traditions de sa famille, il prit parti pour ’Autriche contrela France. Des lettres qu’il écrivait de Vienne, ou il séjournait dans les intéréts
‘du saint-siége en 1796, ayant été interceptées, servirent de
prétexte aux Francais pour rompre larmistice et occuper Rome. Il perdit alors les bénéfices considérables qu’il possédait dans la haute Italie. Son palais fut livré au pillage; et il vécut depuis ce temps-la dans l’obscurité, 4 Vienne, jusqu’en 1814, époque ou il put rentrer 4 Rome. Léon XII le nomma légat 4 Bologne; et Pie VIII, a l’élection du quel il avait puissamment contribué, le choisit en 1829 pour secrétaire d’Etat. Lors des troubles dont les Légations furent Je théatre en 1831, on Penvoya avec des troupes a Bologne en qualité de commissaire apostolique dans les quatre Léga tions ; mais les résultats de sa mission furent nuls. A peu de temps de la, il se démit de ses fonctions, et se retira 4 Pesaro, ou il mourut le 3 décembre 1834,
ALBANIE, contrée de la Turquie d’Europe dépendante de Veyalet de Roumélie, formée des anciens royaumes @’Epire et d’Illyrie; elle est située entre 39° et 43° de latitude septentrionale, 17° et 19° de longitude orientale, et comprend une superficie @environ 38,000 hilométres carrés. Elle est bornée au nord par le Monténégro, la Servie, la Bosnie &
ALBANTE
Pouest par la mer Adriatique et la mer Jonienne, au sud par la Livadie et le golfe @Arta, & lest enfin par les monts @Argentaro et @Agrafa , qui la séparent de la Macédoine et de la Thessalie. Son climat est beau, la terre y est si fertile quwen plusieurs endroits on récolte deux moissons par an comme en Kgypte. Les productions de PAlbanie se composent de mais, Worge, de riz, de tabac, de lin, de chanvre, de blé, Whuile, de coton, de sel minéral , de hois de construction, et dexcellents vins. On trouve dans quelques cantons des péchers, des oliviers, du sumac, de la résine, ainsi que de gras pdturages ot l’on éléve une belle race de chevaux,
Parmi les lacs il faut citer, pour les souvenirs qui s’y rattachent, le lac Achérusien. Les principales montagnes sont le Monténégro et le Chimera; et les riviéres les plus remarquables sont le Drino , la Bojana, P Aspro et le Scombi,
Parmi les villes on doit citer Scutari, siége @un pachalik et d’un évéché catholique; Janina, cilé considérable et siége d’un pachalik, détruite par Ali-P acha; Delvino ; Argyro-Castro; Durazzo, autrefois Apidammus, puis Dyrrachium, \e grand passage de la Gréce en Italie; [lbessan, siége d@’un pachalik ; Croia, illustré par les exploits de Scanderbeg ; Souli, Parga, etc.
La population de PAlbanie dépasse 1,900,000 ames. C’est un mélange de Tures, de Grecs, de Serbes, de Juifs et d’Albanais. Ces derniers se nomment eux-mémes Shkypélars ; les Grees les appellent Arvanives, et les Tures Arnautes. Des Skypétars, les uns sont demeurés chrétiens, Jes autres ont embrassé la religion musulmane. Les chrétiens se divisent en latins et en grecs, les mahométans en sunnites et en chiites. Les Skypétars forment quatre familles différentes , les Guégues et les Mirdites , les Toxides, les Iapyges et les Chamides, qui parlent quatre langues diverses. Tous sont grands, robustes, braves jusqu’a la témérité. Chez quelquesuns on retrouve Vancien costume héroique : cothurne, chlamyde et cotte tombant sur les genoux. D’autres font parade de leur saleté comme @une marque de valeur, et laissent pourrir sur leur corps le linge grossier et la bure dont ils se vétissent. Les Skypétars sont entitrement dépourvus de liens communs et d’administration publique. Les vols ef les larcins sont traités avec indulgence par ce peuple, chez qui le brigandage est une partie de Vindustrie nationale. Le vol public est méme regardé comme une preuve de bravoure et d’audace : au point que les Albanais shonorent du nom de Klephtes, qui signifie voleurs. Ceux qui habitent les rivages de la mer allument des fanaux perfides pour attirer au milieu des écueils les navires qwils apercoivent, enchainer les malheureux que la tempéte a épargnés et piller la cargaison. Is sont trés-superstitieux, sobres par nécessité plutot que par nature. Les musulmans ne s’abstiennent pas du vin comme ceux des autres provinces. Ils sont généralement pauvres : cent chévres, cent moutons, deux mulets, quelques paires d’anes sont une fortune pour enx. Les Skypétars ont encore cela de particulier, que les chrétiens et les mahométans s’unissent trésfréquemment entre eux par ie mariage.
La vengeance est une de Jeurs passions dominantes, et Ja loi du falion est 4 peu prés toute leur justice. Les femmes albanaises sont généralement belles et fécondes; mais leur sort est loin d’étre heureux. Sans éfre renfermées comme celles des peuples orientaux, elles n’en vivent pas moins dans une sorte de servitude, assujetties aux travaux les plus rudes et souvent méme en butte a de mauvais traitements. Cependant presque toute Vindustrie de la contrée est dans leurs mains; elles fabriquent avec le poil de chévre une sorte de bure épaisse qui sert aux vétements de Ja famille. Les Skypétars ont Vhabitude de s’engager 4 l’étranger, et ils ont dcet effet des recruteurs nommés bowlouk-bachi. Ms ne contractent jamais d’engagement pour plus d’une année;
car ils sont fortement attachés au sol de leur patrie. Leur °
équipement, ailleurs peu dispendieux, est & leurs frais; ils ont fourni des soldats 4 plusieurs puissances chrétiennes. On vit des Albanais parmi les troupes auxiliaires qui servaient en France, au temps de la Ligue, sous les drapeaux de Henri 1V. Charles Ifl, roi de Naples, avait un régiment royal-macédonien qui était composé d’Albanais. Les Skypétars mahométans ne s’expatrient que pour servir les Tures.
Avant de faire histoire des Skypétars, il faut dire un mot de leur origine. Il est trés-probable qu’ils descendent des anciens Ilyriens, quoiqu’on en ait fait une nation scythe, issue des Albaniens qui habitaient le bord de la mer Caspienne. Les Skypétars suivirent le sort du royaume de Macédoine; leur pays finit par tomber sous la domination romaine, Comme le reste de l'Europe, ils se convertirent au christianisme , & ce que l’on assure, méme dés le premier siecle. On raconte que sous Néron des proscrits chrétiens s’étant réfugiés dans les montagnes de l’Illyrie Macédonienne, étonnérent ce peuple simple et naif par leurs vertus et le convertirent par leur courage, A V’époque du partage de empire Romain, VAlbanie, ainsi que toute la Gréce, fit partie de empire d’Orient; 'Ilyrie méridionale devint la province d’Zpirus nova. L’invasion des barbares causa de grands maux a ce pays; il fut d’abord ravagé par les Visigoths au cinquiéme siécle , puis conquis par les Bulgares , qui y fondérent un royaume, renversé quelque temps apres par les empereurs d’Orient. Lors du schisme entre l’Eglise d@ Orient et la papauté, les Guégues et les Mirdites restérent fidéles a ’Eglise d’Occident ; les Toxides , les Iapyges et les Chamides s’attachérent au culte grec. L’empereur Jean Cantacuzene parle d’eux comme de montagnards libres, presque aussi redoutables 4 Constantinople que l’avaient été les Bulgares. ils s’emparérent de toutes les montagnes du cdté de la Macédoine, de la Dardanie et de toute l’Epire; mais toutes ces contrées étaient partagées entre plusieurs petits princes , division qui facilita beaucoup les progres des Turcs. En 1395 les Tures firent chez eux un grand nombre de prisonniers; en 1424 Janina est saccagée, les Guégues embrassentla religion musulmane. S Canderbeg lutta seul pendant vingt-trois ans contre toute la puissance othomane, et contraignit Mahomet II a tui accorder la paix en 1461. Scanderbeg une fois mort, les Skypétars furent subjugués. Ordre leur fut intimé dembrasser le mahométisme. La plaine obéit ; beaucoup se réfugiérent dans les montagnes, d’autres émigrérent; toutefois les Mirdites surent faire respecter leurs capitulations, et demeurérent inébranlables dans la religion de leurs péres. Les Skypétars devenus musulmans prirent ‘place, sous Bajazet, dans les hordes de janissaires. Lors de l’insurrection malheureuse de 1770, les Skypétars musulmans, au nombre de vingt mille, qui servaient en Morée, mécontents du retard de leur solde, se révoltérent, et repoussérent successivement les efforts de onze pachas envoyés de Constantinople pour les expulser du Péloponnése. Hassan-Pacha finit par les dompter dans une bataille qu’il leur livra sous les murs de Tripolitza. Ils furent tous massacrés dans les versants des monts C&niens.
La Porte n’a jamais eu en Albanie qu’une autorité chancelante. Ali-Pacha seul put lasservir en se servant des haines intestines des Skypétars pour les détruire les uns par. les autres. Jusqu’au dix-huitiéme siécle il n’y eut pas chez eux de vizir absolu ; i] existait méme dans le pachalik de Scutari des Souliotes et des Monténégrins libres, ainsi que d’autres communes indépendantes dans le voisinage de lancien territoire vénitien, qui fait actuellement partie des possessions autrichiennes. Ces communes, protégées secrétement par la république de Venise, purent se maintenir aussi bien contre la puissance extérieure de la Turquie que contre les tracasseries intérieures des gouverneurs particuliers. Le gouvernement frangais de l’Illyrie observa & leur égard la méme conduite politique. Dans la derniére insurreetion des Grecs, les Skypetars mahometans servirent sous les drapeaux tures,
Qh8 ALBANIE —
Depuis, l’élément grec a fait des progres en Albanie, et pendant la guerre d’Orient il y eut dans cette contrée des souldvements qui ont été durement réprimés par les Turcs. Les Skypcetars ont fondé des colonies dans la Gréce : on en ren+ contre dans l’Elide, la Morée, la Corinthie et ’Attique; a Lala, Barbonnia, Sycione; a Argos, qu’ils ont relevée de ses ruines ; dans les iles, en Béotie , aux Thermopyles, et jusque dans l’Eubée. Ils ont aussi formé des établissements dans le royaume de Naples.
Les anciens donnaieut le nom d’Albanie a une contrée de PAsie située entre la mer Caspienne et I’lbérie, qui forme maintenant le Chirwanet le Daghestan. Elle fit partie de empire Perse, de celui des Parthes et du royaume d’Arménie, et fut incorporée a Vempire d’Orient sous Justinien II. — Le défilé de Derbend, qui condnit du Caucase dans l'ancienne Albanie asiatique , portait le nom de Porles Albaniennes.
L’Ecosse s’est aussi appelée Albanie. Voyes ALBANY.
ALBANO. Sur Vemplacement occupé par Albe la Longue, ville qui, suivant la tradition, fut détruite de bonne heure, s’éleva plus tard la ville municipale Albanwm, aujourd@’hui Albano, a laquelle les vastes et magnifiques maisons des grands de Rome, notamment de Pompée, de Domitien, de Claudius, etc., servirent de premier noyau. Elle est située sur le dernier versant du rempar’ de lave qui entoure le lac de Castel-Gandolfo. On voit e. Lore aux environs de cette ville, sur la voie Appienne, :es ruines dun amphithéatre et celles d’un tombeau du style étrusque. Le lac @Albanum, appelé aujourd@hui /ago di Castello, est le cratére d’un volcan éteint. A ’époque de la guerre de Véies, l’an 395 avant J.-C., pendant un été d’une chaleur extréme, ce lac subit une crue extraordinaire, sans qu’aucune cause visible pot donner explication de ce phénomeéne. Le bruit s’étant répandu que les deyins étrusques avaient annoncé que le sort de Véies tenait 4 ce quelelacconservat désormais toujours la méme masse d’eau, les Romains entreprirent la construction d’un canal qui pdt lui servir d’issue. Ils s’initiérent ainsi a l'art que possédaient déja les Etrusques de cons- ‘truire des eanaux souterrains, et appliquérent bientét cette invention a creuser des galeries souterraines sous les ouvrages de défense de Véies ; ce qui leur facilita la prise de cette ville. Le canal de dérivation ou émissoire du lac Albanum a une étendue de 3,700 pas, 2 métres de profondeur, 1 métre 10 cent. delargeur, et fonctionne encore aujourd’huisans avoir jamais été objet de la moindre réparation. Surlemont Albanum, appelé aujourd’hui Monte-Cavo, situé a Vest du lac et a uné hauteur d’environ 850 métres au-dessus du niveau de Ja mer ‘Dyrrhénienne, s’¢levait le magnifique temple de Jupiter Latiaris, auquel conduisait un chemin pavé quisubsiste encore en partie aujourd’hui, et qui servait aux cortéges solennels lors des fétes de la confédération latine (Feria Latinx), et aussi lors des ovations des généraux romains. La pierre d’Albanum, appelée aujourd’hui peperino , avait une grande célébrité. C’est une espéce de tuf volcanique de couleur grise ou cendrée, et dont on se sert encore beaucoup a Albano.
ALBANY ou ALBAIN, nom donné primitivement 4 toute l’Ecosse, puis 4 un duché comprenant les districts d’Athol, de Glenurchy et de Breadalbane, ou partie des comtés d'Inverness, de Perth et d’Argyle. Ce duché formait l’apanage de un des princes de la famille royale d’Ecosse. Robert Stuart le jeune, fils de Robert II, roi d’Ecosse, fut le premier duc d’Albany. Devenu en 1406, aprés la mort de Robert ILI, régent du royaume, il mourut en 1420. L’extinction de cette premiére branche des ducs d’Albany eut lieu vers 1460, en. la personne de Henri Stuart. Alexandre Stuart, duc d’Albany, second fils de Jacques I, roi d’Ecosse, devint la souche d'une nouvelle branche. Exilé par Jacques IJ, son frére, ce prince mourut en France en 1485. Le dernier duc d’Albany fut Jean Stuart, fils du précédent, le méme qui s’at-
ALBATEGNI
tacha au service de Louis XII, et l'accompagna 4 Génes. De retour en Ecosse, il fut nommé gouverneur de ce royaume en 1516; mais il le quitta pour suivre Frangois I° dans ses campagnes d’Italie. Aprés la funeste bataille de Pavie, il rentra en France, ou il mourut en 1536. En sa personne s’éteignit la derniére branche des ducs d’ Albany. — Le prétendant Charles-Edouard Stuart prit plus tard le titre de duc d’Albany. Nous consacrerons seulement ici quelques mots a la duchesse d’Albany, sa femme.
ALBANY (Lovuise-MArigE-CAROLINE, OU ALOYSE, Ccomtesse p’), épouse du prétendant anglais Charles-Edouard, petit-fils de Jacques IT , était née en 1759 et était fille du prince Gustave-Adolphe de Stolberg-Gedern, mort en 1757 & la bataille de Leuthen. Lors de son mariage, qui fut célébré en 1772, elle prit le nom de comtesse d’Albany. Son union avec le prétendant demeura stérile, et fut des plus malheureuses. Pour échapper aux actes de brutalité de son mari, qui vivait dans un état presque constant d’ivresse, elle se réfugia, en 1780, dans un couvent. Ala mort du prince, arrivée en 1788, la cour de France lui assura une pension annuelle de 60,000 fr. Elle survécut dailleurs & la maison des Stuarts, qui s’éteignit en 1807, en la personne de son beaufrére, le cardinal @’York, et ne mourut qu’en 1824 a Florence, ville qu’elle habitait ordinairement. Les ouvrages d’ Alfieri et son autobiographie transmettront a la postérité le nom et le souvenir des malheurs de cette femme : elle fut la muse inspiratrice de son génie; il avoue lui-méme que sans son amitié il n’edt jamais été capable de faire quelque chose qui méritat d’étre dérobé a Youbli. Les restes mortels de la comtesse d’Albany et ceux d’Alfieri reposent aujourd’hui dans la méme tombe, dans ’église de la Sainte- Croix a Florence, entre les tombeaux de Muchiavel et de Michel-Ange.
ALBANY, capitale et siége du gouvernement de I’Etat de New-York, sur la rive droite de l’Hudson, dans une contrée aussi fertile que bien cultivée. L’Hudson est navigable jusqu’a Albany pour des batiments de cent cinquante tonneaux et pour les plusgrands bateaux a vapeur, dont un bon nombre font chaque jour le service entre cette ville et New-York. Les canaux Erié et Champlain se réunissent au nord d’Albany, qu’un chemin de fer relie d’ailleurs a New-York et a Boston. En outre, deux grandes routes commerciales , une par la voie de terre, et longue d’environ 298 kilomeétres, l’autre , le canal Erié, long de 363 kilométres, conduisent de ce point 4 Buffalo, clef de tout le commerce de Youest, et au Canada. Albany est une ville manufacturiére et commerc¢ante. On y travailie le fer, le coton et la laine; cest un des plus grands marchés du monde pour les bois de construction. Elle posséde une université et une école de médecine. Fondée en 1623 par les Hollandais qui l’appelerent Fort-Orange, elle prit en 1664 le nom d’Albany en ’honneur du duc @’York. En 1790 on y comptait 3,498 habitants; en 1810, 9,356; en 1830, 24,238; en 1860, 62,367. Parmi les édifices remarquables qu’elle renferme, il faut citer le Capitole, palais du gouvernement, bati en marbre blanc, la cathédrale catholique, le thédtre, le muséum et Phétel de ville.
Le comté du méme nom comprenait en 1840 une population totale de 68,593 habitants; et indépendamment du chefdieu que nous venons de décrire, on y temarque les villes de Bethiéem (3,240 h.), Berne (3,740 h.), @uilderland (2,790 h.), Reusselaerville (3,700), Westerloo (3,000) et Watervliet (10,140 h.). — Dans ce comté, les droits féodaux, introduits dans Vorigine par les Hollandais, subsistent encore en partie : anomalie qui dans ces derniers temps a donné lieu a de sanglantes collisions entre les pro priétaires de terres et leurs fermiers, z
ALBATEGNI (Mouammen - Ben-Geper - BeN-SENAN- Apou-ABDALLAN), né & Batan, en Mésopotamie, d’otr lui vient le nom d’Albatany, latinisé en Albatenius, comman-
ALBATEGNI — ALBATROS
dait en Syrie pour les khalifes de Bagdad, et fit des observations astronomiques vers la fin du neuviéme siécle de notre ére, soit a Antioche, siége de son gouvernement, soit a Racca (Aracte), ot il faisait son séjour ordinaire. On V’a surnommé le Ptolémée des Arabes; et c’est avec raison, car Pouvrage qu’il nous a laissé sur la connaissance des corps célestes a pendant plusieurs sidcles représenté ensemble des travaux de VPécole de Bagdad, de méme que !’Almageste nous offrait le dernier terme des découvertes de l’école d’Alexandrie ; aussi Lalande n’hésite-t-il pas a le placer parmi les plus célébres astronomes qui aient jamais vécu. Il faut reconnaitre en effet que depuis le quinziéme siécle jusqu’au dix-neuviéme Albatégni a défrayé tous les écrivains qui se sont occupés de Phistoire des sciences chez les Arabes , et ce n’est que depuis un petit nombre d’années que Von a pu s’assurer que les découvertes inscrites sous son nom n’étaient pas tout a fait sa propriété exclusive. Nous savons trés-bien que Ptolémée a mis les ouvrages d’ Hipparque a contribution : lui-méme nous Vapprend avec une entiére bonne foi; mais ces Ouvrages immortels du plus grand des observateurs grecs ne nous sont pas parvenus, et la gloire de son successeur a dt naturellement s’en accroitre. Albatégni se trouve malheureusement dans une position moins favorable : ila été considéré pendant six siécles comme le premier des astronomes arabes, parce que lon ne s’était pas donné la peine dexaminer les traités de ceux qui l’avaient précédé ou suivi ; mais ces traités existent, et maintenant que l’on commence a mettre un peu plus @importance a l’étude des écrits scientifiques des Orientaux, ona déja rectifié bien des idées fausses que certaines personnes, restées étrangeres aux progrés de la science historique dans cette branche si intéressante des connaissances humaines , peuvent encore chercher a propager ¢a et 14, mais qui disparaitront nécessairement devant la vérité des faits. C’est ainsi qu’on supposait que les quatre observations dont Albatégni se dit l’auteur étaient les seules qui eussent été faites pendant la période de prés de sept siécles qui sépare les Grecs des modernes ; Longomontan navait pas hésité 4 Vaffirmer, et aujourd’ hui nous avons une indication précise dune suite d’observations continuées ayec la plus lovable persévérance par les astronomes arabes pendant toute la durée du neuviéme et du dixiéme siécles ; nous ponvons y ajouter celles d’Aboul-Wéfa a Bagdad, d@Ebn-Jounis au Caire, d’Arzachel 4 Toléde, de Nassir-Eddin- Thousi 4 Meragah, d’Oloug-Beg a Samarcande, etc. Si, @un autre coté, Albatégni s’est appuyé sur les travaux de ses devanciers pour établir d’une maniere plus exacte que Ptolémée le mouvement de précession , ’excentricité de Vorbite solaire, la durée de l'année, d’aprés le passage si curieux et si controversé ou il fait intervenir les Chaldéens et les Egyptiens; s'il n’a pas Jui-méme signalé le mouvement de l’apogée du soleil, s’il n’a pas substitué le premier les sinus aux cordes , il n’en a pas moins rendu un véritable service a la science en nous présentant le tableau des résultats obtenus de son temps; seulement, en rendant a chacun ce qui lui appartient, on ne s’avisera plus, comme I’ont fait Delambre et ceux qui se sont servis de son livre, d’accuser Alfragan , qui florissait en $50, et non pas en 950, d’avoir copié les premiers chapitres d’Albatégni, mort en 928. — Nous avons une traduction latine de ’ouvrage du savant astronome de Racca; mais le texte original a disparu, et l’on n’a pu s’assurer s'il en existait quelque manuscrit au Vatican ou a la bibliothéque de V'Escurial : c'est une perte trés-regrettable pour les astronomes et les orientalistes. L.-Am. SEDILLOT.
ALBATRE (du grec ddéactgov, insaisissable, voyes ALABASTRITES ). On distingue deux sortes d’albatre, ’albdtre calcaire et Valbdtre gypseux ou blanc.
Lalbdtre caicaire est du carbonate de chaux concrétionné, proyenant des stalactites et des stalagmites, ou plutot est la substance méme qui compose ces formations, Cette variété de calcaire est formée de couches suc-
DscT. DE LA CONVERSATION. — T, I.
cessives , ondulées, qui se dessinent en veines Ala surface ; sa cassure est imparfaitement cristalline et comme striée; sa couleur est le blanc-laiteux, un peu roux, ou jaune de miel. Cette pierre est remarquable par sa demi-transparence et Jé beau poli dont elle est susceptible. L’albatre est trés-précienx pour la décoration des monuments. On le taille en coupes, en vases élégants, en chasses de pendules, et les anciens en faisaient des statues, des colonnes, des tables, etc. On donne le nom d’albdtre oriental a celui dont les couleurs sont vives, la translucidité parfaite : tel est celui que les anciens tiraient de ’Egypte sous le nom de marbre onyx, et dont est faite la statue égyplienne que possede notre Musée du Louvre. On a trouvé & Montmartre, prés de Paris, un albatre Wun beau jaune de miel, dont on a pu faire quelques coupes Wun assez bel effet; mais il y est rare, et toujours en masses peu volumineuses.
Lalbdtre gypseux est de la chaux sulfatée compacte ou sulfate de chaux hydraté. I est translucide , dun grain fin et serré et susceptible de recevoir un beau poli. 1] offre souvent la blancheur la plus parfaite, quoique cette qualité ne lui soit point essentielle, et c’est a cette variété que se rapporte expression proverbiale blanc comme Valbdirc. Cette espdce de chaux se trouve en masses considérables dans !es terrains primitifs, et aussi assez communément dans ceux de troisitme formation. Les carriéres de Lagny-sur-Marne fournissent une variété d’albatre veiné , de couleur grise ou blane jaunatre, qu’on exploite d'une maniére avantageuse. Le plus beau est celui que l’on trouve a Volterra en Toscane, et que l’on travaille 4 Florence, ou il prend, sous le ciseau du statuaire, les formes les plus variées et les plus éégantes. On fait avec l’albitre gypseux des vases, des lampes, des chasses de pendules, de petites statues, des revétements de cheminées, etc.
LValbdtre gypseux et Valbdtre calcaire different entre eux autant par leurs caractéres physiques que par leur composition chimique. Le premier est composé de trente-deux parties de chaux, de quarante-six d’acide sulfurique et de vingt-deux d’eau ; le second, de cinquante-cing parties de chaux, de trente-quatre d’acide carbonique, et de onze d’eau. L’albatre calcaire est assez dur pour rayer le marbre blanc, et par action d’un acide il se décompose en faisant une vive effervescence, tandis que l’albatre gypseux , beaucoup plus tendre et plus fragile, se laisse rayer par ongle et ne peut étre attaqué par les acides. Le moindre frottement suffit pour lui enlever son poli et son éclat, et il perd promptement sa transparence quand il est exposé au feu. Aussi esti) beaucoup moins estimé que lautre.
ALBATROS ou ALBATROSSE, oiseau qui forme le genre diomedea de Linné. Ses caractéres sont : bee sans dentelures, grand, fort et tranchant, offrant plusieurs sutures, dont lextrémité est en forme de croc, qui y semble articulé; narines en forme de rouleaux courts, couchés sur les cotés du bec; jambes courtes, pieds sans pouce; les trois doigts antérieurs longs et entiérement palmés; ailes longues, ¢troites et tout a fait aigués. G. Cuvier I’= placé dans la famille des longipennes ou grands yoiliers, de Vordre des palmipédes. De tous les oiseaux d’eau les albatros sont les plus grands et les plus massifs. L’envergure de leurs ailes est de trois 4 quatre métres. L’espéce Ja plus connue est nommée par les navigateurs mouton du Cap, a cause de sa grande taille, de son plumage blanc et noir. Elle a été appelée par les Anglais vaisseau de guerre. Sa voix est, dit-on, aussi forte que celle de ’ane. Il se nourrit de poissons volants, fait un nid de terre élevé et pond des ceufs nombreux, bons a manger. Les diverses espéces de ce genre habitent les mers australes, et vivent de frai de poisson et de mollusques. Malgré leur grande taille et leur force, les albatros sont des oiseaux laches, qui se laissent battre pardes espéces plus faibles, telles que les goélanas et les mouettes, et leur abandonnent leur proie quits ne savent ou n’osent ieur disputer.
ALBE (Alba Longa), ville considérable du Latium, passe pour avoir été batie par Ascagne, fils d’Enée, et gouvernée apres sa mort par Sylvius, second fils d’Enée. Il régna ensuite a Albe une assez longue série de princes, parmi lesquels figurent Numitor, pére de Rhéa Sylvia et aieul de Kémus et de Romulus. Albe se glorifiait avoir fondé trente colonies ; et 4 Pépoque de la fondation de Rome elle était la métropole du Latium. La royauté y fut abolie & peu prés dans le méme temps qu’a Rome, par une révolution que nous ignorons, et fut remplacée par une dictature élective et probablement temporaire. Tite-Live a écrit un curieux récit sur la guerre d@’Albe et de Rome; il est aisé de retrouver dans le combat des Horaces et des Curiaces les fragments défigurés dun poéme symbolique. Ce combat, en effet, est probablement celui des deux nations sceurs et de ses trois tribus personnifiées, Quelque douce que fat la domination romaine , la masse des Albains supportait impatiemment le joug. De la le soulévement de Fidénes, la trahison de Suffitius. Les Romains s’en vengérent cruellement : Albe, su. prise par un corps de cavalerie, fut rasée, & exception des temples que Tullus ordonna d@’épargner. Voila tout ce que Yon sait d’Albe jusqu’a sa chute. Mais, la ville détruite, le mont Aibain n’en resta pas moins le siége révéré des religions du Latium, et sous ce rapport le rival du Capitole. Au temps d’Auguste,les Féries Latines s’y tenaient encore. Sur ses ruines s’éléve aujour@hui la ville d’ Albano.
ALBE, ville du Piémont, chef-lieu de la province de son nom, située a 57 kilométres de Turin, sur la rive droite du Tanaro. Sa population est de 9,677 habitants. Elle ést ie siége Wun évéché suffragant de Turin, possede un collége royal et un séminaire, et fait un commerce considérable de bestiaux.. C’est PAlba Pompeia des Romains. — L’histoire de cette villen’est pas trés-connue. Albe obtint de Barberousse les droits régaliens en 1183; en 1215 elle était alliée avec les marquis de Saluces; en 1239 cette ville était gibeline, et guerroyailt contre Génes; en 1264 elle avait changé de drapeau, et obéissait 4 Charles d’Anjou, comte de Provence, roi de Naples; en 1314 Henri VI, empereur, Pinféoda au marquis de Saluces, qui la garda peu de temps ; en 1343 Luchino Visconti s'en empara ; ensuite elle tomba sous Ja domination du marquis de Montferrat, qui en garda la possession jusqu’en 1631. A cette époque Albe, avec soixante-treize villages du Montferrat, fut adjugée par le traité de Quérasque 4 Victor-Améilée I. = Cinnaro.
ALBE (Fernanbo-ALyArez bE TOLEDE, duc Dd’), ministre @Etat et général des armées impériales, né en 1508, Wune des familles les plus distinguées d’Espagne. 1] fut élevé sous les yeux de son grand-pére, Frédéric de Toléde, qui lui enseigna art militaire et Pinitia aux affaires politiques. HI fit ses premiéres armes, encore fort jeune, contre la France, sous le connétable de Castille, et assista a la prise de Fontarabie. L’année suivante il se distingua a la bataille de Pavie ; sous Charles-Quint, il commanda en Hongrie, au siége de Tunis, et a Pexpédition contre Alger. Il défendit Perpignan contre les Frangais, et se distingua en Navarre et en Catalogne. Son caractére prudent et circonspect, joint 4 son penchant pour la politique, donnérent d’abord une idée médiocre de ses talents militaires. Charles-Quint, a quien Hongrie il avait conseillé de faire plut#t un pont d’or aux Tures que de leur livrer une bataille décisive, le regardait comme incapable d’un commandement supérieur, et lui conféra cette haute dignité plutét comme a titre de faveur qu’en reconnaissance de sés talents. Ce mépris offensa son orgueil naturel , et donna a son génie un élan tel qu’il fit des actions dont le souvenir mérite certes d’étre conservé par l'histoire. Par sa conduite prudente, il gagna A Charles-Quint, en 1547, la célébre bataille de Muhiberg, contre Jean-Frédéric, lecteur de Saxe. Ce dernier fut fait prisonnier. Le duc d’Albe , qui présidait le conseil de guerre, le condamna a mort, et pria instamment lempereur de ne point commuer la peine. Si cet