ALBE
arrét ne fut pas exécuté, la faute n’en fut pas au duc; car ayant suivil’empereur a Wittenberg, il osa méme lui proposer de violer la tombe de Luther pour braler son corps. Charles- Quint avait plus d’élévation dans Pame; il répondit a son lieutenant : « Je fais la guerre aux vivants, mais je respecte Je repos des morts! » En 1552 le duc d’Albe échoua au siége de Metz, que défendait Francois de Guise.
En 1555 il fut chargé d’aller combattre en Italie les Rrancais et le pape Paul LV, ennemi irréconciliable de l’empereur. Il remporta plusieurs victoires, fit lever le siége de Milan , alla & Naples, et y raffermit la prépondérance espagnole. Lorsque Charles-Quint eut remis les rénes de VEtat aux mains de son fils Philippe I, le duc garda le commandement supérieur de l’armée. Il fit la conquéte des Etats de PEglise, et paralysa les efforts des Frangais; mais lorsque Philippe eut gagné sur le duc de Guise la bataille de Saint- Quentin, d’Albe, a qui sa superstition reprocha tia guerre qu’il avait faite au saint-pére , s’empressa d’accepter la paix offerte par Paul IV, lui rendit tout ce qu’il lui avait enlevé , et courut & Rome implorer son pardon.
Rappelé d’Italie, il parut a la cour de France en 1559, pour épouser, au nom de son souverain, Elisabeth, fille de Henri IJ, qui avait été promise au prince royal don Carlos. Sur ces entrefaites, les Pays-Bas se soulevérent; la noblesse forma une ligue a laquelle le propos insolent d’un courtisan fit donner le nom de ligue des Gueux, et le duc d’Albe conseilla au roi d’étouffer ces troubles par la force. Le roi lui confia une armée considérable et linvestit d’un pouvoir illimité, avec ordre de soumettre les Pays-Bas au régime de la force et de Pinquisition. A peine le duc fut-il arrivé en Flandre (1556), qu’il organisa un tribunal sanguinaire, a la téte duquel il placa son affidé Jean de Vargas. Tous ceux dont Popinion parut suspecte ou dont les richesses exciterent la cupidité des juges furent condamnés sans distinction. On fit des procés aux présents, aux absents, aux vivants et aux morts, et leurs biens furent confisqués. Beaucoup de marchands et de manufacturiers émigrérent en Angleterre ; il y en eut plus de cent mille qui abandonnérent ainsi leur patrie. D’autres allérent se ranger sous les drapeaux du prince d’Orange, aui était proscrit. Aigri par la défaite de son lieutenant, le duc d’Aremberg, le duc d’Albe fit périr sur l’échafaud les comtes d’Egmont et de Horn. Puis il battit le comte de Nassau dans les plaines de Gemmingen. Quelque temps aprés, le prince d’Orange se présenta avec une armée imposante. Le jeune Frédéric de Toléde envoya un message ason pére pour en obtenir la permission de livrer bataille. Le duc, qui exigeait de ses infériewrs une soumission aveugle, lui fit répondre « qu'il lui pardonnait en faveur de son inexpérience ; mais qu’il eft a se garder de le presser davantage, car il en couterait la vie a celui qui oserait se charger d’un pareil message ».
Le prince d’Orange fut obligé de se retirer en Allemagne. Le duc d’Albe flétrit sa réputation militaire par de nouvelles cruautés : ses bourreaux verséerent plus de sang que ses soldats ; le pape lui envoya une épée et un chapeau bénits, honneur qui jusque alors n’avait été accordé qu’a des princes. Non content de cette distinction, lui-méme s’en accorda une autre en s’érigeant au milieu de la citadelle d’Anvers une statue d’airain quile montrait foulant aux pieds deux figures allégoriques, dontVune représentait ’hérésie et Pautre larébellion. Cependant, la Hoilande et la Zélande résistaient encore a ses armes victorieuses. Une flotte qu’on avait expédiée d’aprés son ordre fut anéantie, et partout dans ces contrées il rencontrait un courage aussi opinidtre qu’invincible. Ce motif, joint a la crainte qu’il avait de perdre la faveur du roi, le détermina a solliciter son rappel. Philippe sui accorda volontiers sa demande; car, voyant que les cruautés du due d@Albe ne faisaient qu’accroitre la résistance des rebelles, il résolut @ayoir recours & des moyens plus doux. En décembre 1573 le duc d’Albe fit proclamer une amnistie, re-