ALBERT
choisi pour asile de sa vieillesse. Ses facultés intellectuelles | de Uarchidue Charles publiées par Foerster (Vienne,
Vavaient abandonné depuis quelque temps.
Albert a laissé un grand nombre d’écrits; Pierre Jammy, dominicain, en a donné une édition (Lyon, 1651, 21 vol. in-fol. ), qui est Join d’étre compléte. On lui attribue en oulre un grand nombre de livres apocryphes , entre autres celui qui est intitulé De SecretisMulierum, et qui fut trésrépandu au moyen dge. Son érudilion était surtout puisée dans les travaux des Arabes et des rabbins , et ses ceuvres se composent principalement de commentaires sur Aristote. Bien qu’il ait écrit sur la théologie, etnotamment des commentaires surles Sentences de Pierre Lombard, la dialectique et les sciences physiques et matlhématiques paraissent avoir toujours formé le principal objet de ses études. Son grand savoir, inoui pour le siécle d’ignorance et de ténébres oii il vivait, Je fit passer aprés sa mort, peut-étre méme de son vivant, pourun homme doué d’une puissance surnaturelle. Ses travaux sur Palchimie ont été regardés comme ayant eu pour but la recherche dela pierre philosophale. On prétendit méme gu’ils avaient été couronnés de succes. Ses connaissai.ces en chimie et en mécanique furent considérées pendaut tout le moyen age comme le résultat de la sorcellerie et dela magie. C’est ainsi que, sous le nom de Secrets du Grand et du Petit Albert, d’absurdes pratiques superstitieuses ont 616 mises sur son compte, et se réimpriment encore tous les jours. Une tradition allemande porte que youlant traiter dignement le roi des Romains, Guillaume de Hollande, lors de son passage 4 Cologne, il lui donna
dans le jardin de son couvent un banquet magnifique pen- | dant lequel il métamorphosa autour des convives la rude |
saison d’hiver en un été paré de fleurs et de fruits. Tout Je sortilége consista sans doute a faire dresser le couvert dans wne serre chaude. La postérité a vengé sa méinoire, eta rendu pleine justice a cet illustre savant du treizieme siécle. La science moderne s’est aussi préoccupée de quelques hypothéses développées dans ses écrits, par exemple sur les fonctions du cerveau.
On nomme Aldertisics les scolastiques qui suivaient Jes opinions d’Albert }e-Grand.
ALBERT (Casmurn), duc DE SAXE-TESCHEN, fils du roi de Pologne Auguste III, naquit le 12 juillet 1738 4 Moritzbourg, prés Dresde. Lors de son mariage, en 1766, avec l’archiduchesse Christine, fille de Marie-Thérése, celle-ci Jui constitua en dot la principauté de Teschen, située dans la Silésie autrichienne, qu’il administra avec sa femme, laquelle portait le titre de gouvernante des Pays- Bas autrichiens. Il résidait ordinairement 4 Bruxelles. L’insurrection qui éclata dais cette ville en 1789 le contraignit a seréfugier A Vienne, d’ou il revint a Bruxellles dés que l’insurrection y ful comprimée. Dans la guerre de 1792 contre la France, il commanda l’armée cliargée du siége de Lille (du 21 septembre au 10 octobre). Forcé d’abandonner ce siége , ilne tarda pas, aprés avoir été battuaJemmapes avec Beaulieu, a étre obligé d’évacuer la Belgique, ou Dumouriez réussit 4 se maintenir. Dans la campagne suivante il quitta ’armée, et résida depuis lors 4 Vienne, Le fanbourg Maria-Hilf, dans cette capitale, est redevable a4 l’archiduchesse sa femme, morte sans avoir eu d’enfants , le 24 juin 1798, de la construction d’un magnifique aqueduc. Le duc de Saxe-Teschen faisait le plus digne usage de sa grande fortune. Il a fait élever 4 sa femme un superbe monument par Canova, Il consacrait chaque année des sommes considérables 4 augmenter sa galerie, qui était surtout riche
en gravures, et qui contenait aussi beaucoup de tableaux |
des premiers maitres des écoles italienne, allemande et flamaude. fl en constitua un fidéicommis dont ’archiduc Charles fut ensuite possesseur. Le duc Albert de Saxe-Teschen mourut a Vienne, le 11 février 1822. Sa collection de des-
1830-1849, grand in-fol.) ALBERT ( Francots-Avcuste-Caares-EMMAnveL), duc
de SAXE-COBOURG-GOTHA, prince-époux d’Angleterre , —
mari de Ja reine Victoria, est né le 26 aodt 1819, au chateau de Rosenau. Secon: fils d’Ernest, duc de Saxe-Cobourg- Gotha, il recut une éducalion soignée et alla ¢tudier Je droit 4 Puniversité de Bonn en 1837. L’année suivante il assista avec son pére au couronnement de la reine d’Angleterre Victoria, 4 quiil sut plaire, et le 28 novembre 1839 cette princesse déclara publiquement son intention de sunir a lui. Le mariage fut célébré en effet & Londres le 10 février 1840. Le prince, qui avait été naturalisé Anglais, recut les titres d’altesse royale, de feld-maréchal, de conseiller
privé, et obtint une liste civile de 30,000 liv. st. Ilest en —
outre colonel du 1 1¢ de hussards, et des grenadiers dela garde, gouverneur de Windsor, chevalier de ordre de la Jarretiére, chancelier de |’universilé de Cambridge, etc. La reine lui a conféré en 1857 le titre de prince-époux (prince con- Sort). Quelques-uns l’ont quelquefois accusé de trop se méler de la politique du pays, mais d’autres ont défendu ses droils, et il a su se faire respecter de tous. Ami des arts, qu'il pratique lui-méme, des sciences et de l’industrie, auxquelles il n’est pas étranger, ila congu et exécuté le plan de cetle gigantesqne exposition universelle faite au Palais de Cristal 4 Londres en 1851. En 1854 il reeut avec la reine lempereur ct ’impératrice des Frangais, et année suivante il vint en France avec la reine. Il a eu de nombreux enfants de la reine Victoria; sa fille ainée a épousé le prince royal de Prusse, la cadette doit épouser un prince de Hesse. Son fils ainé, Albert-Edouard, prince de Galles, colonel dans larmée anglaise et chevalier de la Jarretiére, a fait plusieurs voyages sur le continent, visité le Canada en 1860 et obtenu une véritable ovation en Amérique. Z. ALBERT (Frépénic-Apotpue), archiduc d’Autriche, fils de archiduc Charles et de la princesse Henriette de Nassau, est né le 3 aott 1817. Il entra de bonne heure dans l’armée autrichienne et se distingua comme général de cavalerie. En 1849 il commanda une division en Italie et prit part 4 la bataille de Novare. Il regut, aprés la campagne, le commandement du 3° corps d’armée, et devint en 1851 gouverneur civil et militaire de la Hongrie, dont il prit le titre de gouverneur général en 1856. En 1857 il fut appelé a la présidence du conseil de guerre, et en 1859, aprés un voyage a Varsovie, il a été chargé du gouvernement du Tyrol, ou il a ouvert les séances de l’assemblée des notables, réunis pour Ja révision de la Joi communale. Il a épousé en 1844 la princesse Hildegarde, fille du roi Leuis de Baviére; deux filles sont nées de ce mariage. Z. ALBERT (Famille pv’). Le haut éclat dont a brillé tout a coup la maison d’Albert par l’élévation de Charles d’Albert de Luynes & la dignité de connétable, sous Louis XII, n’a fait qu’épaissir les ténébres qui couvrent le berceau de cette famille. Les uns, détracteurs acharnés, lui ont donné Vorigine la plus infime, et Tallemant des Réaux a renchéri sur eux encore, en rattachant son ascendance a |’union illégilime d’un moine et d’une religieuse. Les autres, généalogistes complaisants, attribuent 4 la maison d’Albert une souche commune avec les Alberti, seigneurs de Catenaia, famille puissante de Florence, qui fut exilée vers la fin du quatorziéme siécle. Les preuves faites par le connétable de Luynes pour étre regu chevalier des ordres du roi ne remontent qu’a Thomas Alberti, avocat et viguier royal du Pont-
Saint-Esprit, en 1415. — Pierre Alberti, fils de Thomas, se distingua au siége de Beaucaire, et s’attacha au service du
dauphin, depuis Charles VII, dont il devint le panetier
ee
aprés son ayénement au trdne. — Honoré D'ALBERT, ar-— | riére-petit-fils du précédent, et chambellan du ducd’Alengon, sins a fourni les matériaux des Copies lithographiques de se battit en champ clos au bois de Vincennes, en présence dessins originaux d’anciens maitres, tirés de la galerie | du roi et dela cour, en 1576, avec le capitaine. Panier,
ALBERT — ALBERTET
exempt de la compagnie des gardes du corps écossais, qui Pavait accusé d’avoir, deux ans auparavant, favorisé |’évasion duduc d’Alengon et du roi de Navarre, depuis Henri 1V, chefs tous deux du parti des politiques. Il tua son adversaire et eut toute lagloire de ce combat, qui fut le dernier duel autorisé par nos rois. — Honoré fut pere de Charles D’ALBERT, favori de Louis XIII, qui recut la dignité de connélable, et obtint, par lettres patentes de 1619 et de 1621, Pérection des duchés-pairies de Luynes et de Chevreuse , noms sous lesqueis les rejetons de la famille d’Albert ont toujours été connus depuis. Voyes Cueyreuse et Luynes. ALBERT ( Acexanpre MARTIN, dit), ouvrier, membre du gouvernement provisoire aprés la révolution de février 1848, naquit en 1815 & Bury (Oise), ot son pére était cultivateur. Il entra comme apprenti chez un de ses oncles, mécanicien modeleur. Lorsqu’il fut devenu ouvrier, et tout jeune encore, il commenga son tour de France. En 1840 il fonda a Paris le journal L’Afelier, feuille rédigée exclusivement par des ouvriers et tout entiére consacrée a la défense des intéréts populaires. La révolution de 1848 trouva Albert encore ouvrier et membre du conseil des prud’hommes de la Seine. La veille du jour oi fut proclamée la république, il travaillait dans Vatelier d’un fabricant de boutons. Sur la désignation de M. Louis Blanc, qui voulsit un ouvrier dans le gouvernement provisoire, il fut appelé a faire partie de ce gouvernement ; et dés le 25 février Albert lisait lui-méme au peuple Ja proclamation dans laquelle le gouvernement promettait d’assurer Vexistence de Vouvrier par le travail. Il devint bientot vice-président de la commission des délégués du Luxembourg. Cependant, si Yon en croit M. Baroche, « le role d’Albert parait avoir été assez peu actif dans le gouvernement provisoire et dans {a commission du Luxembourg, et il semble n’avoir été appelé la que pour donner une seconde voix a Louis Blanc , dont il adoptait toutes les idées, soutenait toutes les propositions. » Albert fut nommé ensuite président de la commission des récompenses nationales; mais il donna bientét sa démission. Nommé représentant de la Seine, avec douze mille voix de plus que M. Louis Blanc, Albert siégeait & l’assemblée lors de l’attentat du 15 mai 1848; il fut accusé d’avoir été un des chefs du mouvement et traduit devant la haute cour de justice de Bourges. Albert déclina la compétence de ce tribunal, ef refusa de répondre a toutes les questions qui lui furent adressées. On lui reprochait d’avoir dit 4 M. Ledru-Rollin, dans la journée du 15 mai : « Dans une demi-heure, votre triste chambre aura cessé d’exister. » Mais M. Ledru-Rollin démentit ces paroles a l’audience du 19 mars 1849. C’est Albert, dit-on, qui écrivit le décret qui nommait MM. Louis Blanc, Albert, Ledru-Rollin, Barbés, Raspail, Pierre Leroux, Thoré, membres de !a commission de gouvernement ins— tituée par l’insurrection. On sait comment finit cette tentative: Albert fut condamnéa la déportation. Renfermé d’abord 4 Doullens, il fut transféré en 1850 dans la prison de Belle- Isle, d’ouil passa a Vannes, puis a Tours en 1854, pour motifs de santé. Il était détenu a Corte en 1859, lorsque |’amnistie générale du 15 aodt lui a rendu la liberté. L. L. Un autre AtBert ( Pierre-Jean-Marie-Edouard ), né a Riom en 1801, se trouva impliqué dans le proces @avril 1834, et fut condamné en 1835 a la déportation par la cour de pairs. Celui-ci avait pris part 4 la révolution de juillet, et avait fondé 4 Lyon le journal la Glaneuse, dont la rédaction caustique avait di plusieurs fois étre traduite devant les tribunaux. Il venait d’étre condamné a 5,000 fr. damende lorsque Lyon se mit en insurrection. Albert y prit part, et ce fut lui, dit-on, qui fit adopter aux ouvriers de cette ville la fameuse devise : Vivre en travaillant, ou mourir en combattant. On ignore ce qu’il est devenu depuis et on ’a confondu avec le précédent. Z. ALBERT (Tuéntse VERNET, femme RODRIGUES,
dite M™*), actrice, née 4 Toulouse en 1805, débuta a lage de quatre ans 4 Montpellier. Sa grand’mére, Mme Crescent, eut la fantaisie, un jour que l’on représentait le Roi de Cocagne, dé métamorphoser sa petite-fille en une gouvernante de soixante-dix ans. On fitde l’enfant une petite vieille, qui singeait parfaitement sa grand’mére, ce qui amusa beaucoup les spectateurs.
La jeune actrice suivitsa grand’ mére et sa mére, quijouait aussi la comédie , 4 Perpignan et 4 Nimes, Dans le Chaudronnier de Saint-Flour et dans les Petits Savoyards, elle acquit une grande réputation en province: elle avait neuf ou dix ans. Douée d'une jolie voix , elle chanta l’opéra 4 Toulouse et plus tard & Bordeaux, od elle se maria. Engagée 4 ’Odéon, comme premiére Dugazon, elle y joua le réle de Nancy dans Robin des Bois, et devint cantatrice de la chapelle du roi Charles X. Elle débuta ensuite aux Nouveautés, dans le Coureur de Veuves, puis joua dans Caleb, Faust, la Fiancéé du fleuve, la Poitrinaire, et dans bien d’autres piéces. Aprés la révolutionde juillet, elle passa au thédtre du Vaudeville, ok Madame Dubarry, Un duel sous Richelieu, l’Ami Grandet, Léontine, Arthur, la Dame de Vv Empire, Georgette, la Camargo, \ui valurent une suite de succes. Depuis, les chutes successives du Vaudeville la forcérent plusieurs fois 4 retourner encore en province. En 1855 elle a joué exceptionnellement le réle de la Carconte dans le Refour du Pharaon, de M. Alex. Dumas, 4 la Gaité. Elle est morte en 1860, veuve de Bignon.
M™ Albert ne doit pas étre confondue avec une actrice du méme nom ( Caroline BoissEAv) qui a figuré dans le fameux proces Beauvallon, et chez laquelle Dujarrier rencontra pour la premiére fois Beauvallon. Dujarrier avait fait des articles pour cette actrice dans les différents journaux dont i] était propriétaire. Dujarrier ayant vu Beauvallon chez elle, lui dit qu’il ne viendrait plus la voir. Elle répéta ce propos a Beauvallon, et cette indiscrétion ne put qu’aigrir ces deux hommes !’un contre l’autre. <
ALBERT (Ecus d’). Voyes ALBERTINS.
- ALBERT, ou ANCRE, chef-lieu de canton du départe-
| ment de la Somme, 4 177 kilom. de Paris, renferme 3,000
habitants. Cette petite ville est située sur l’Ancre, qui y forme une belle cascade. — Ancre était autrefois un marquisat , qui appartint successivement aux Coucy, aux Montmorency, aux d’Humiéres. Le Florentin Con cini l'acheta en 1610, ef prit delle le titre de maréchal d’Ancre. A la mort de ce ministre, Albert de Luynes, favori de Louis XIII, obtint du roi toutes les dépouilles de Concini, et fit changer son marquisat d’Ancre en duché d’Albert.
ALBERTAS (Famille pb’), ancienne famille de Provence, originaire d’Jtalie, a pour premiers auteurs connus Antoine Albertas et son frére , riches négociants de la ville d’Albe qui vinrent se fixer en France vers 1360. Jean- Baptiste D’ALBERTAS, marquis de Bove, premier président de la cour des comptes de Provence, périt en 1790, assassiné par ses vassaux, a la suite d’une féte qu’il leur avait donnée. — Jean-Baptiste-Suzanne, marquis D’ALBERTAS, son fils, né & Aix en 1748 , mort en 1829, n’émigra pas et se livra a des spéculations commerciales qui décuplérent sa fortune. En juin 1814 il fut nommé préfet des Bouchesdu-Rhone. A son retour, Louis XVII léleva a la dignité de pair de France, le 17 aodt 1815.
ALBERTAZZI (N..... HOWSON, madame), était née en 1812, d'un pére qui était professeur de musique. A lage de seize ans elle se maria, et le 19 avril 1837 elle débuta de la maniére !a plus brillante au théatre de la Reine a Londres, dans /a Cenerentola. En {840 elle eut le plus grand succés a Drury-Lane dans la Gasza ladra. Madame Albertazzi mourut de consomption, te 25 septembre 1847, } sa résidence de Saint-John’s- Wood. Zo
ALBERTET , poéte provencal, né a Sisteron, florissait sur la fin du treizitme siécle. Trés-porté a la galanterie,
il choisit pour l'objet de sa passion la marquise de Malespine, femme accomplie, a la louange de laquelle il fit plusieurs piéces de poésie , qui plurent tant 4 cette dame, qu’elle lui en marqua sa reconnaissance par des présents de chevaux, de bijoux et d’argent. Cependant, s’étant apercue que les assiduités d’Albertet faisaient tort & sa réputation,
elle le pria de la quitter, Albertet obéit avec douleur, et se |
retira A Tarascon, ov il continua A chanter sa belle marquise. Il y mourut d’amour et de chagrin.
ALBERTI (Leo Bartista), homme d'une érudition trés-variée et qui se fit surtout un nom comme architecte, né & Florence en 1398, mort vers lan 1472, descendait d’une ancienne et illustre famille. Aprés avoir regu une éducation des plus complétes, il se consacra dabord a i’étude du droit. Il réussit si bien 4 s’assimiler les langues anciennes , qu’Alde Manuce le jeune imprima en 1588, comme élant du comique Lépide , une comédie d’Alberti intitulée : Philodoxios; il est vrai que quelques critiques attribuent cette comédie, avec assez de vraisemblance, a PArétin (mort en 1453). Alberti composa encore d’autres ouvzages, relatifs pour la plupart aux sciences, les uns en langue latine et les autres en italien. Ses progrés en musique avaient été fels, qu’on le considérait comme l'un des meilleurs organistes de son siécle. Il ne réussit pas moins dans Ja peinture, et son invention de tableaux de perspective optique produisit une vive sensation. Un traité qu’il composa sur la peinture obtint plus tard de nombreuses éditions. Mais c’est encore architecture qui reste la principale base de sa renommée. Apres s’étre livré avec la plus grande ardeur a l'étude des construclions antiques, il s’effor¢a d’en appliquer les principes dans la pratique. Effectivement, les édifices qu’il construisit portent tous l’empreinte la plus pure du style de larchitecture antique. Florence en posstde plusieurs; mais les plus importants sont les églises de Saint-André a Mantoue et de Saint-Francois 4 Rimini. L’ouvrage théorique qu'il composa sur l’architecture, de Re Adificatoréa (Florence , in-folio, 1485), qui fut traduit en italien, en frangais, en espagnol et en anglais, n’a pas moins dimportance que les travaux darchitecture auxquels il a attaché son nom.
ALBERTINE (Ligne). Voyes Saxe (Maison de).
ALBERTINS, ou écus d’ Albert, Albertusthaler, appelés encore ¢halers & la croix, thalers de Brabant, de Bourgogne, pieces de monnaie mises en circulation a partir de année 1588, et qui firent ainsi nommées de Tarchiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas méridionaux. I] en entrait neuf trois quarts au mare d’argent fin, et Pusage en devint & peu prés général a cette époque, parce que c’est la monnaie dans laquelle furent acquittés par les Pays-Bas les nombreux emprunts, subsides et impdts levés par PEspagne. La plus grande partie en fut frappée avec l'argent arrivant VAmérique. Plus tard, les albertins furent vivement rezherchés en Russie, en Pologne et en Turquie, ou ils servaient A solder les produits bruts tirés de ces contrées et fureny ‘pendant longtemps presque la seule monnaie en circulation. Aussi en fut-il frappé par d’autres Etats européens, qui se trouvaient obligés d’effectuer des payements considérables dans ces pays. Les premiers furent frappés en 1747 4 Brunswick ; en 1752, Pimpératrice Marie-Thérése en fit frapper avec la croix de Saint-André; ensuite il en fut frappé par ie duc de Holstein, Pierre, grand-duc de Russie, en 1753 ; par le roi de Prusse, Frédéric II, en 1767, et par son successeur, Frédéric-Guillaume IJ, en 1797. Les ducs de Courlande en firent frapper de 1752 4 1780 comme monnaie courante du pays. —II y eut aussides florins d’ Albertus et des gros d’ Albertus, comme monnaie de compte en Courlande, en Sémigalle, et en Livonie. I] fallait trois florins d’albertus ou trente gros d’Albertus pour faire un thaler d’Albertus,
ALBERTRANDY (Jean-Baptiste), l'un des hommes qui pendant la seconde moilié du dix-huitieme sitcle ont le plus contribué a réveiller en Pologne le gout des sciences,
ALBERTET — ALBIGEOIS
était né a Varsovie, en 1731. Son pére, qui avait abandonné l'Italie, sa patrie, pour venir s’établir en Pologne, lui fit donner une éducation distinguée dans un établissement de jésuites, dont Albertrandy prit Vhabit. Professeur A Poulchontousk , a Plock et & Wilna, il devint conservateur dela bibliothéque de J. Zalouski, lorsque celui-ci en permit acces au public. En 1764 Albertrandy fut chargé par le primat Lubienski de l'éducation de son petit-neveu Félix Lubienski. A la mort du primat, Albertrandy se retira 4 Sienne, ou i} quifta Yordre des jésuites, et devint prétre séculier. 1] visita Rome plusieurs fois, devyint directeur de la bibliothéque du roi Stanislas-Auguste, et fut enfin nommé éyéque de Zénopol. Il entreprit encore un yoyage a Stockholm eta Upsal pour fouiller la bibliothéque, et a la mort du roi son protecteur il se trouva méme un moment dans le besoin, Il mourut le 10 aodt 1808, laissant une Histoire de Henri et d Etienne Bathory, et une Histoire de Vadministration des Jagellons Kasimir, Jean Albrecht et Alexandre. Ces deux ouvrages ont été publiés longtemps aprés sa mort par le professeur Onacewitz, chacun en 2 volumes in-89, a Varsovie, le premier en 1823, le second en 1824.
ALBI, ancienne ville de Languedoc, aujourd’hui cheflieu du département du Tarn, 4 681 kilométres sud de Paris, siége Pun archevéché, est située sur une éminence au pied de laquelle coule le Tarn, et renferme 14,636 habitants. Elle posséde un tribunal de premiére instance et un tribunal de commerce, une académie, un collége communal, une bibliothéque publique, composée de 14,000 volumes, un musée, un cabinel @histoire naturelle, une ferme-école. On y trouve des fabriques de toiles, de molletons, de couvertures de laine, des filatures de coton, des papeteries, etc. Son commerce consiste principalement en grains, vins, chapellerie, orfévrerie, fruits secs, safran, etc. Quoique fort mal batie, la ville d’Atbi possede quelques monuments remarquables. Sa cathédrale surtout, ornée intérieurement de vieilles peintures a fresque, dues au pinceau de Jean d’Udine, est un chef-d’ceuvre d’élégance et de hardiesse, et on rencontre, au bout de la promenade appelée da Lice, une belle terrasse d’ou la vue plonge sur une plaine magnifique. On y admire encore hotel de la préfecture, qui fut autrefois le palais épiscopal et, a — une époque plus éloignée , celui des anciens comtes de I’ Albigeois ; Phospice, qui est une superbe construction ; le pont sur le Tarn et la jolie fontaine de Verdusse. Le nom latin de cetie ville, Albiga, prouve qu’elle était la priacipale cité des Albigi, comme elle fut depuis la capitale du pays des Albigeois. En 730 elle fut dévastée entitrement par les Sarrasins, et tomba en 765 au pouvoir de Pépin. Du huitiéme au treiziéme siécle elle eut pour gouverneurs des vicomtes dont la puissance s’accrut graduellement. Le dernier fut Raymond-Roger, qui, aprés la croisade contre les Albigeois, partagea le sort de Raymond VI, comte de Toulouse, et fut réduit a livrer Albi 2 Simon de Montfort. Sous Louis XIII, le cardinal de Richelieu se rendit maitre de la ville @Albi, qui comptait un grand nombre de protestants ; et sous le régne suivant une partie de ses habitants se vit forcée, par suite de la réyocation de ’édit de Nantes,de quitter le sol de la France. Il s’est tenu a Albi deux conciles, l'un en 1176, oi fut condamnée la secte des Albigeois, et autre en 1254. Albi est la patrie de l’infortuné Lapeyrouse, auquel on a érigé, en 1844, une statue en bronze sur une des principales places publiques de la cité.
ALBIGEOIS, pays faisant partie du Languedoc, a Youest des Cévennes, entre cette chaine de montagnes, le Quercy, Armagnac, le Rouergue et le haut Languedoc , et présentant une étendue de vingt lieues carrées. Albi en était la capitale. I] appartient maintenant au département du Tarn. L’Albigeois fut gouverné par des vicomtes, dont on fait remonter ta liste jusqu’a Pannée 918. En 1247 sain’ Louis acheta cette vicomté 4 Raymond-Roger, treizidme vicomte d’Albi.
ALBI GEOIS
ALBIGEOIS (Guerres des). La croisade contre les Albigeois, de 1206 & 1990, est, dit Chateaubriand, un abominable épisode de notre histoire. Si Yon se reporte aux sources originales, on voit de part et d’autre beaucoup de passion ; on trouve la méme partialité chez les compilateurs modernes. Cependant, Sismondi et Schcell ont, dans leurs grandes histoires, le premier surtout, esquissé quelques parties de ce drame sanglant dune maniére qui laisse peu a désirer. Nous n’avons pas a traiter ici ce sujet a fond, il nous suffira de présenter sur cette croisade de chrétiens contre chrétiens, de Francais contre Francais, quelques souvenirs, quelques considérations. Ce qu’on n’a pas assez remarqué, c’est que cette persécution si atroce des Albigeois était un phénoméne nouveau dans l’Fglise latine. Plus dune fois ’Eglise grecque s’était montrée persécutrice ; depuis Constantin on avait vu presque tous les empereurs s’armer du glaive pour extirper ce qwils appelaient ’hérésie. Cependant VOccident était encore étranger au fléau de la persécution, bien que de temps en temps il se fit élevé en France et en Espagne quelques hétérodoxies. Ainsi, dans le onziéme sidcle, Béranger, archidiacre d’Angers, qui attaquait le dogme de la transsubstantiation, et qu’avaient condamné cing conciles, échappa & toute punition, grace a la tolérance de Grégoire VII, qui réprouva sa doctrine sans permettre qu’on persécutat sa personne. Mais au douziéme siécle les évéques de Rome, jusque alors si tolérants, devinrent fout a coup persécuteurs. Pourquoi ce changement déplorable? La différence provient de celle qui existait entre les hérétiques du douziéme siécle et ceux qui les avaient précédés. C’était seulement sur des points dogmatiques que les ariens, les nestoriens, les pélagiens, les disciples de Béranger et quelques autres sectaires s’étaient séparés de l’autorité ecclésiastique. Les nouveaux hérétiques attaquaient non-seulement le dogme, mais l’autorité, l’existence méme de l’Fglise ; ils prétendaient renverser Vinstitution, comme s’étant écartée de son but; enfin ils voulaient ramener la Rome des Grégoire VII et des Innocent IIT a la simplicité toute populaire, a la discipline toute républicaine du christianisme naissant. Voila ce qui explique la fureur , alors sans exemple, qu’excita chez les partisans du clergé romain la secte des albigeois, vaudois, cathares, etc. : car combien de noms différents n’a-t-on pas donnés a ce parti, non moins politique peut-tre que religieux!
Unriche négociant de Lyon, Pierre de Vaux ou Valdo, aprés avoir distribué sa fortune aux pauvres, s’érigea en réformateur des meeurs, et précha d’abord contre Virréligion et la débauche, contre les dissolutions du clergé et les abus de la discipline ecclésiastique. Bient6t, attaquant le dogme, Valdo, ou du moins ses successeurs, précha une doctrine analogue en tout point a celles de Luther et de Calvin (1). Rome d@abord ne concut aucun sentiment de défiance contre les patarins, les catharins ou pauvres de Lyon ; elle parut méme considérer leur doctrine comme un projet de sanctification, et leurs associations comme autant dordres de moines qui réyeillaient la ferveur publique sans songer a secouer le joug de l’Eglise. De Lyon et des environs , Pesprit innovation et de mysticisme se répandit dans la Provence et le Languedoc, au commencement du treiziéme siécle. Allant beaucoup plus loin que les premiers vaudois, les nouveaux sectaires enseignaient que la loi du Christ avait cté abolie par celle du Saint-Esprit; que le Christ né A Bethléem et crucifié était un étre mauvais ; que le bon Christ wa pas été incarné, et quwil n’est venu sur la terre qu’en esprit dans le corps de l’apotre saint Paul. Connus d’abord Sous lenom d’hérétiques dela Provence, ces religionnaires le furent plus tard sous celui @albigeois, non parce que Albi a été leur principal siége, car ils étaient plus nombreux a
(1) On peut en yoir la preuve dans le Choiz de Poésies originales aes Ti dubadours, recueil dans lequel se trouvent quelques picces de | poétes vaudois composées dés le douziéme siecle, ‘
Mul, XE LA CONVERS, — T,
Toulouse, 4 Carcassonne et 4 Narbonne, mais parce que les premiers soldats de la Croix qui les combattirent furent envoyés contre Raymond Roger, vicomted’ Albi et de Béziers.
Les idées nouvelles firent d’autant plus de progres dans ces contrées de la langue de Provence (Provence et Languedoc) , que le clergé y méritait plus la critique. Les prélatures étaient réservées aux membres des familles puissantes, qui vivaient en grands seigneurs, c’est-a-dire dans le luxe et dans le désordre, tandis que les curés et prétres inférieurs, pris parmi les vassaux des seigneurs, parmi leurs paysans et leurs serfs, conservaient la brutalité, l’ignorance et Pabjection de leur origine servile. D’une autre part, le Languedoc et la Provence, qui, ainsi que la Catalogne et les pays environnants , relevaient du roi d’Aragon, étaient habités par une race d’hommes industrieuse, spirituelle, adonnée au commerce et aux arts, principalement a la poésie. Les nombreuses cours des petits princes qui se partageaient ces contrées, la multiplicité des villes commercantes, les libertés républicaines dont elles jouissaient Ja plupart, enfin le voisinage de l’Italie, tout avait contribué a hater le développement de la civilisation dans ce pays, oi s’étaient conservés d’ailleurs tant de vestiges de l’adminis-— tration et des mceurs romaines. Le clergé provencal était demeuré étranger 4 ce mouvement, par les motifs que l'on vient d’énoncer. C’était un grand mal au milieu d’une population trop éclairée pour que les vices des ecclésiastiques ne les exposassent point au mépris publie. On voit dans les chroniqueurs du temps que les expressions les plus offensantes pour les gens d’Eglise avaient passé en proverbe : « Vaimerais mieux ¢tre prétre que d’avoir fait une telle chose », étaif un dicton provengal. Cependant, chez cette nation, alors tout a fait distincte de la nation frangaise, la disposition était religieuse, et cette dévotion élevée que les Provencaux ne pouvaient trouver dans l’Eglise, ils allaient la chercher auprés des sectaires. Ces derniers étaient nombreux, surtout & Toulouse, dont le nom, selon la réflexion de Pierre de Vaux-Cernay, auteur contemporain, aurait plut6t da étre Tota dolosa.
Ce fut le pape Alexandre III qui, s’écartant de la sage politique de Grégoire VII, autorisa, ’an 1179, la persécution contre les sectaires de la Provence. L’an 1181, son légat, Henri, abbé de Clairvaux , puis cardinal-évéque d’Albano, unissant l’épée a la crosse, prit d’assaut Lavaur, a la téte d’une nombreuse armée, et obligea Roger II, vicomte de Béziers, a abjurer les nouvelles doctrines. L’abbé de Sainte- Genevieve de Paris , que Philippe-Auguste avait envoyé en mission auprés de ce rude convertisseur, écrivait en ees fermes a ce prince : « Je ne sais ov je pourrai trouver le légat; je le suis 4 la trace, et dans un pays que son expédition a ruiné. Je passe a travers des montagnes et des vallées, au milieu des déserts, ot je ne rencontre que des villes consumées par le feu, ou des maisons entiérement démolies. » Mais rien ne put arréter le torrent des opinions nou velles, et, seize ans aprés, Innocent Ill fut obligé d’envoyer de nouveaux légats. Leur faste, encore plus que leur cruauté , souleva tous les esprits. Un pieux prélat espagnol, Diégo de Azebez, évéque d’Osma, qui voyageait alors en France avec Dominique Gusman, sous-prieur de sa cathédrale, trouva les légats 4 Montpellier, leur conseilla de renoncer a la pompe mondaine dont ils sentouraient, et de continuer leur mission a l’eremple des apdtres, a pied , et sans porter de argent sur eux. Diégo et Dominique leur en donnérent exemple; ils parcoururent le pays nu-pieds, disputérent avec les sectaires, et le firent avec suceés, I] semble, en lisant la Chronique de Guillaume de Puylaurens, quils étaient quelquefois impatientés de ce que leurs adversaires n’étaient pas plus habiles. Un jour que l’évéque d’Osma, par des questions captienses, était parvenu a leur faire dire que les jambes du Fibs de Vhomme, qui est dans le ciel, étaient aussi longues que toute la distance qui sépare les cieux de
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la ferre : « Que le bon Dieu vous maudisse, comme des hérétiques grossiers que vous étes! s’écria le prélat; je croyais que vous aviez plus de subtilité que cela. » Une autre fois, qwil avait embarrassé ses adversaires, et qu’il les avait vaincus suivant toutes les régles de l'absurde dialectique alors en usage dans les écoles , ’évéque d’Osma dit aux habitants : « Pourquoi ne les chassez-vous pas? pourquoi ne les exterminez-vous pas? — Nous ne le pouvons, répondirent-ils : nous avons des parents parmi eux, ef nous voyons combien leur vie est honnéte. » Le méme Guillaume de Puylaurens se scandalise de cette réponse, et ajoute cette réflexion : « C’est ainsi que Vesprit de mensonge, par la seule apparence d’une vie nette et sans tache, soustrayait ces imprudents a la vérité. »
Disons-le , les persécuteurs avaient alors pour eux Vopinion publique, sinon en Provence, du moins dans le reste de la monarchie francaise. Mais le fougueux Pierre de Castelnau, Vun des légats du pape, passa bientét a des mesures d'une violence inouie : il excita secrétement une ligue de quelques seigneurs voisins contre Raymond VI, comte de Toulouse, qui refusait de prendre l’épée pour convertir ses sujets , moins peut-étre parce qu’il partageait leurs idées religieuses que par un esprit de tolérance qui dans ce siécle était regardé comme la preuve dune perversité absolue. Castelnau lanca contre lui ’excommunication , et écrivit au pape pour obtenir la confirmation de cette sentence. Jusqwalors Innocent III avait recommandé a ses délégués de ne pas pousser trop loin la rigueur; mais il ne démentit point laudacieuse démarche de Castelnau, et lon vit le pontife de Rome adresser des lettres 4 tous les princes de la chrétienté pour les inviter 4 se croiser contre larriére-petitfils de ce Raymond de Saint-Gilles qui avait joué un rdle si brillant dans la premiére croisade en Palestine. Bientot Pierre de Castelnau est assassiné par un gentil-homme de Beaucaire quwil avait offensé. Le soupcon d’avoir commandé ce meurtre , qui rappelait celui de Thomas Becket de Cantorbéry, tomba sur le comte de Toulouse. Innocent IIT fulmina contre lui de nouveaux anathémes , et délia ses sujets du serment de fidélité. Ce fut dans toute la France a qui se croiserait contre les Provencaux. Innocent, emporté par la haine, prodignait 4 ces nouveaux soldats de l’Eglise des indulgences infiniment plus étendues que celles que ses prédécesseurs avaient accordées aux croisés qui ayaient travaillé a la délivrance de la Terre Sainte. Ils étaient mis sous la protection du saint-siége , dispensés de payer les intéréts de leurs dettes, soustraits 4 tous les tribunaux; « et la guerre qu’ils étaient invités a faire a leur porte, dit Sismondi, presque sans danger et sans dépenses, devait expier tous les vices et tous les crimes d’une vie entiére... Ce fut donc avec des transports de joie que les fidéles recurent les nouveaux pardons qui leur étaient offerts : d’autant plus que, loin de regarder comme pénible ou comme dangereuse la chose qu’on leur demandait en retour, ils l’auraient faite vo- Jontiers pour le seul plaisir de ’'accomplir. La guerre était leur passion, et la pitié pour les vaincus n’avait jamais troublé ce plaisir. La discipline des guerres sacrées était bien moins sévére que celle des guerres politiques; les fruits de la victoire étaient bien plus doux ; 1a on pouvait sans remords, comme sans obstacle de la part de ses officiers , piller tous les biens, massacrer tous les hommes, violer les femmes et les enfants... On leur offrait la récolte du champ voisin, la dépouille de la maison voisine, qu’ils pourraient transporter chez eux en nature, ef des captives abandonnées a leurs désirs qui parlaient la méme langue qu’eux. » Les moines de Citeaux se distinguaient par leur zéle 4 précher cette guerre, alors sacrée ; ils promettaient, au nom du pape, de saint Pierre et de saint Paul, rémission entiére de tous les péchés commis depuis le jour de la naissance jusqu’a la mort & tous ceux qui périraient dans cette expédition. Une congrégation nouvelle, autorisée par Inno-