ALBIGEOIS
cent III, et a la téte de laquelle il mit Dominique Gus man, jetait les fondements du tribunal de l’inquisition : ¢’était le digne fruit de la semence jetée par Castelnau. Les nouveaux fréres précheurs parcouraient a pied et deux a deux les villages; ils sermonnaient les habitants, entrant en controverse avec eux; et, a la faveur de la confiance qu’inspiraient la simplicité de leurs maniéres , la familiarité de leur discussion, ils obtenaient des renseignements exacts sur tous. ceux qui s’étaient loignés du sein de l’Eglise, pour les faire brler dés que les catholiques seraient les plus forts. Foulques, évéque de Toulouse , qui avait suggéré au pontife les principaux réglements de cet ordre, et qui les fit cruellement exécuter dans son diocése, était un troubadour connu jusqu’alors par la grace de ses poésies et la liberté de ses moeurs.
Ce fut au printemps de l’an 1209 que trois cent mille croisés selon les uns, cing cent mille selon les autres, et selon Yabbé de Vaux-Cernay cinquante mille seulement , allérent fondre sur le Languedoc. Le comte de Toulouse espére conjurer Yorage par une prompte soumission. Jnnocent III feint de s’adoucir, et accueille ses envoyés. Dans les instructions adressées a ses légats, faisant une application sacrilége des textes de l’Ecriture, il leur disait ; « Nous vous conseilions, avec l’apétre saint Paul , d’employer la ruse a l’égard de ce comte; car dans ce cas elle doit étre appelée prudence. II faut attaquer séparément ceux qui sont séparés de ’unité, laisser pour un temps le comte de Toulouse, usant avec lui d’une sage dissimulation, afin que les autres hérétiques soient plus facilement défaits, et qu’on puisse lécraser ensuite quand il se trouvera seul. » Ici se place la scéne de l’église de Saint-Gilles, ou l’on vit le comte Raymond fustigé de la main du légat; et tel était l’esprit du temps, que les fidéles qui assistaient 4 cette cérémonie, dont le seul récit nous scandalise, n’y trouvaient rien d’extraordinaire. Une honte sans doute encore plus poignante pour Raymond le fustigé, et qui méritait bien de ’étre, puisqu’ayant l’épée au cété il souffrait cette odieuse humiliation, fut Pobligation de se croiser contre ses propres sujets, contre son neveu, le yaillant Raymond Roger, vicomte d’Albi et de Béziers.
On edt dit que tous les peuples de la langue de France s’étaient ébranlés pour aller dénationaliser la Provence. Bourguignons , Nivernais, Picards, Normands, marchaient a la suite d’Eudes II, duc de Bourgogne, de Henri, comte de Nevers, puis des évéques de Sens, d’Autun, de Clermont, de Lisieux, de Bayeux, etc. Le nom de tous ces chefs s’efface devant celui de Simon de Montfort, qui aujourd’hui vit encore dans la mémoire des peuples pour étre exécré : compensation assez bizarre des éloges excessifs qu’il a recus de ses contemporains d’abord, puis ensuite de la tourbe servile qui pendant quatre ou cing siécles a en France © écrit Vhistoire. Pour ces apologistes Montfort est tout a la fois un Hercule, un Gédéon, un Macchabée ; c’est Thomme fort des livres saints, c’est le bras droit du Trés-haut. Pour nous cet homme est un cadet @illustre lignage, possesseur dune assez mince seigneurie dans Il’le-de-France, qui, armé @une piété fervente, d’un coeur impitoyable, d’un esprit subtil et perfide , puis, par-dessus tout, d’une ambition calme et persévérante, sut, en se faisant le soldat du clergé, conquérir pour lui de vastes domaines, en léguer une partie a ses descendants , et monter au rang des grands feudataires ¢e la couronne. Nul ne fit la guerre avec plus de férocité : 4 incendie de Béziers, au dire d’un de ses biographes, Vulson, «il fit passer par le fer et par le feu tout ce qui s’y rencontra, pour donner de la terreur aux autres, et les obliger a se soumettre a la force, puisque la douceur n’avait fait que les irriter davantage ». Dans ce massacre il ne périt pas moins de trente-cing & quarante mille individus, tant catholiques que sectaires. Les prétres mémes ne furent pas épargnés. Des contemporains comptent jusqu’d soixante mille