‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 159 sur 197 · ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

ALBIGEOIS

victimes. Tuez-les tous, avait dit de sang-froid avant I’assaut, et dans le conseil de guerre, Arnaud Amalric, légat du pape, le Seigneur connaitra bien ceux qui sont a lui. lly eut sept mille cadavres dans une seule église. En reproduisant de pareils détails, on serait tenté de préférer les siécles de parfaite indifférence en matiére de religion, puisque, mal entendue, elle a pu autoriser de pareilles atrocités et les préconiser dans tous les auteurs catholiques jusqu’au siécle dernier.

Attaqué dans Carcassonne, le vicomte Raymond Roger, apres avoir deux fois repoussé les croisés, ose attendre de Montfort et du légat une capitulation honorable. Il se rend dans leur camp pour négocier. Le légat, pénétré de cette maxime, que c’est manquer @ la foi que de garder la foi a ceux qui wont pas la foi, fait arréter le vicomte, et Montfort devient son gedlier. Aprés Poccupation de Carcassonne, Montfort et le légat obligérent les habitants a se rendre & discrétion, la corde au cou et les parties honteuses «lécouvertes, scandale moins profitable aux croisés que le viol des femmes et dés filles. Ils firent ensuite brdler vifs quatre cents chevaliers ou bourgeois , et pendre cinquante autres. De semblables exécutions avaient lieu partout sur le passage des croisés. Les seigneurs fran¢ais commengaient a sentir quelque honte de tant de sang versé. Mais le légat et Montfort n’en avaient point assez. « Pour faire rétrograder la civilisation, observe Sismondi, pour faire perdre la trace des progrés de l’esprit humain, ce ne sont pas quelques milliers de victimes qu’il suffit de sacrifier comme un exemple : il faut tuer la nation; il faut faire périr en méme temps tout ce qui a participé au développement de la pensée et des connaissances, et n’épargner tout au plus que ces hommes de peine dont l’intelligence est bien peu élevée au-dessus du bétail dont ils partagent les travaux. » Le légat, qui mettait ainsi en coupe réglée la population provencale, ne se trompa point sur les moyens qui devaient conduire au but qu’il se proposait. Il offrit les Etats de Raymond Roger a Eudes III, duc de Bourgogne ; mais celui-ci refusa, et son noble exemple fut imité par les comtes de Nevers et de Saint-Pol, a qui le légat fit la méme proposition. Montfort, aprés avoir aussi un moment joué Phomme désintéressé, accepta la souveraineté de tous les pays conquis par les croisés; et c’est de ce moment que date l’établissement des Frangais en Provence (1209). Raymond Roger était toujours prisonnier dans la tour de Saint-Paul & Carcassonne; il mourut, et les lettres Innocent III, qui désapprouva ce crime, donnent a penser que Montfort avait, par quelque moyen violent, haté la fin de ce malheureux prince.

Tel est le premier acte de Ia croisade contre les albigeois ; mais le but des persécuteurs n’était pas atteint : un seul des Etats ou régnaient les nouvelles doctrines, PAlbigeois, avait été dévasté, dépeuplé, soumis au joug des Francais; mais les idées nouvelles régnaient encore dans le Toulousain, le Querci, les pays de Foix, de Comminges, etc. Chaque année, aprés le départ des croisés, Montfort et les chevaliers de VUle-de-France et de Picardie qu’il avait associés a sa conquéte, se voyaient menacés par la haine des populations. I] fallait ou finir par regagner les tristes manoirs du Nord, ou éteindre par le fer et par le feu ces populations si fiéres a défendre leur croyance et leur nationalité. Innocent III commenca & sentir qu’il avait été trop loin; il montra de V’intérét A Raymond VI, qui était venu & Rome implorer sa justice et sa clémence. Mais le pontife ne fut pas assez puissant pour arréter les passions fanatiques que lui-méme avait déchainées. Lui aussi subissait Yinfluence de son clergé, qui le servait avec tant de zéle , et qui ne le servait qu’a ce prix. Bien qu’il edit enfin reconnu la justice de la cause de Raymond VI, il n’osa point écouter la voix de sa cons- " cience , et renvoya le sort de ce malheureux prince a la décision des évéques du pays, qui Vabreuvérent d’outrages. Raymond finit par oi il aurait dQ commencer : aux armes

il opposa les armes, et parvint, sinon A vaincre Montfort, du moins a Pinquiéter, a ’arréter quelquefois dans ses conquétes. Alors commence une suite de campagnes, dans lesquelles on voit ce chef des croisades se couvrir de gloire comme guerrier, mais déshonorer complétement chacun de ses succes par les plus atroces cruautés. Tantét il faisait mutiler les vaincus de la maniére la plus barbare, tantét il faisait pendre des populations entiéres, tantot il faisait précipiter dans les bdchers les hommes et les femmes par milliers. Pendant ces massacres les prétres et les soldats croisés chantaient le Veni Creator. Pour se faire une idée du caractére propre a ces exécutions religieuses, il faut en lire la description dans les récits contemporains, surtout dans la Chronique de Yabbé de Vaux-Cernay. C’est avec une sorte d’exaltation, de gaieté méme, qu’il nous représente les tortures des hérétiques et la joie extréme qu’éprouvaient les spectateurs catholiques; ces mots : cum ingenti gaudio, terminent chacun de ces tableaux révoltants de béate naiveté.

Faut-il en conclure que Montfort ait été & tous égards un de ces monstres dont toutes les actions furent des crimes? Loin de 1a, on trouve dans sa vie plus d’un trait honorable : trés-réglé dans ses moeurs, il n’en avait pas moins dans ses maniéres une grace, une courtoisie, qui dénotaient un chevalier de haut lignage. Mais faisons ici une remarque qui s’applique aussi aux compagnons de Montfort : préts 4 se donner entre eux des preuves de générosité, de compassion, d’affection, les croisés regardaient les hérétiques comme étant hors de la race humaine, et ils agissaient en conséquence. Accoutumés a se confier aveuglément a la voix de leurs prétres, 4 ne jamais soumettre au jugement de la raison ce qui appartenait A la foi, ils se croyaient d@autant meilleurs chrétiens qu’ils travaillaient avec plus d’ardeur a la destruction des sectaires. S’ilséprouvaient un mouvement de pitié en assistant 4 leur supplice, c’était 4 leurs yeux une révolte de la chair dont ils allaient s’accuser au tribunal de la pénitence. Au reste, toute !Europe partageait le zéle de Montfort et des personnes de sa famille : une armée de croisés lui fut amenée par sa femme Alix de Montmorency, par sa belle-mére et par son beaufrére, le sire Bouchard de Montmorency et de Marly. Un Léopold, duc d’Autriche; un Guillaume, comte de Juliers; un Adolphe, comte de Mons, vinrent se ranger sous la banniére de ce gentil-homme de I’Me-de-France, dont l’autorité militaire et religieuse n’était pas moins respectée qu’avait pu létre en Palestine celle de Godefroi de Bouillon. Plus tard, le fils de Philippe-Auguste prit part 4 cette croisade; et comme la terre albigeoise avait été conquise non par les armes du roi de France, mais par le pape, on ne permit a Vhéritier présomptif du royaume de paraitre 4 Varmée qu’en simple particulier. Louis ne crut pas faire un sacrifice en se soumettant aux ordres de Montfort.

Un fait encore bien remarquable de cette croisade, et qui, comme le précédent, ne s’explique que par la connaissance des mceurs de l’époque, c’est de voir ce méme Montfort, que depuis six années le saint-siége préconisait comme le chef de larmée du Seigneur, Montfort, pour Pamour duquel on avait excommunié, spolié le comte de Toulouse, étre a son tour excommunié par le légat du pape; mais bientdt il rentra en grace, et Honoré III, successeur d’Innocent III, lui confirma la donation du comté de Toulouse. Un tort, qui appartient 4 Vhomme, et non 4 l’époque, c’est quand Simon de Montfort, s’écartant du but dune guerre religieuse, conduisit l’armée des croisés dans lAgénois et dans Wautres contrées catholiques, dont la conquéte était a sa convenance. Un tort non moins grave, une inconséquence qui eut contre elle opinion @alors, quelque peu éclairée qu’elle fit, c’est quand le légat du pape, Arnaud Amalric, aprés s’étre fait archevéque de Narbonne, déclara le duché de Narbonne acquis au premier occupant, puis se hata d’aller

dans cette ville cumuler, au grand mécontentement de Montfort, avec la mitre d’évéque, la couronne ducale. D’autres usurpations semblables, au profit des moines de Citeaux, ces zélés précheurs de la croisade albigeoise, prouvérent au peuple que ces religieux avaient eu trop en vue dans cette expédition les biens de ce monde. Mais si opinion parmi les catholiques se sentait péniblement affectée par la cupidité de ces moines, elle ne faisait aucun reproche 4 Pévéque de Toulouse, Foulques, qui avait dans cette cité organisé la guerre civile entre les catholiques et les dissidents; qui ensuite, foreé de s’éloigner, se méla avec tout son clergé dans les rangs des croisés, ne cessant d’appeler sur son troupeau les fléaux de la guerre et de la persécution. Toulouse, assiégée jusqu’a trois fois par le comte de Montfort, brava la premiére fois ses efforts; la seconde fois, elle voulut bien se donner au prince Louis, fils de Philippe-Auguste; la troisiéme fois, elle fut ’écueil ot se brisa Pexistence agitée du nouveau Gédéon. Une pierre lancée par un mangonneau emporta la téte de cet homme, « qui en faisant tant de mal, dit Voltaire, avait acquis tant de renommée ». «Le fruit de ses conquétes, dit le biographe Vulson, tomba avec sa téte. »

Le plus signalé de ses triomphes, la victoire de Muret, ou périt le roi d’Aragon, avait eu principalement pour résultat de préparer au joug frangais toute la partie aragonaise de la Gaule, et de procurer dés lors au roi Philippe- Auguste la souveraineté de la puissante commune de Montpellier. La mort prématurée de Montfort, en brisant la main ferme qui seule aurait pu conserver ces acquisitions, fut encore plus avantageuse 4 la couronne capétienne. I] laissait un fils, Amaury de Montfort, 4 qui le pape adjugea les domaines accordés 4 Simon; mais il ne put lui transmettre ni le crédit ni les talents de son pére. Amaury soutint faiblement la guerre contre les comtes de Toulouse, Raymond VI et Raymond VII, et finit par céder ses prétentions sur le comté de Languedoc au roi de France Louis VIII. On sait quel fut le résultat de la croisade royale de ce prince contre les albigeois. Aprés avoir, 4 la téte de deux cent mille hommes, ravagé le Languedoc et assiégé la puissante commune d’Avignon, dont il n’avait regu aucune offense, il périt frappé de la contagion qui dévorait son armée (1226).

Durant Ja minorité de saint Louis, la guerre entre les Fran¢ais du nord et les habitants du Languedoc ne discontinua point. Humbert de Beaujeu, lieutenant du roi de France, et Gui de Montfort, frére de Simon, étaient a la téte des croisés. Gui trouva la mort dans un combat. Le vieux Raymond VI avait cessé de vivre, et ses ossements ne trouvérent point de tombeau. On les voyait avant la révolution de 1789, dans un coffre, tout profanés et a moitié songés des rats, dans le coin obscur d’une église de Toulouse. Le jeune Raymond VII se défendit avec assez de perséyérance. Mais cette guerre, qui fut marquée par un nouveau siége de Toulouse, ne présente plus la méme importance. Chateaubriand admire la conduite des Toulousains : « Une simple commune de France, dit-il, la petite république de Toulouse, brava pendant vingt ans les anathémes des papes, les fureurs de Vinquisition , les assauts de trois rois de France. » Il ne faut pas oublier que limplacable évéque Foulques était & ce siége. Ce fut lui qui amena la reddition de cette ville, par le conseil qu’il donna aux assiégeants d’affamer son troupeau en détruisant méthodiquement toute la végétation , tous les produits de la terre dans un rayon de plusieurs lieues.

Toutefois, Ie fanatisme commengait 4 se lasser : d’ailleurs, les villes et les campagnes dépeuplées ne promettaient plus aux gibets et aux bdchers le méme nombre de victimes. A une arceur impatiente pour la destruction des hérétiques avait succédé une calme indifférence , mais sans que la tolérance y gagnat : rois, nobles, prétres, peuples, étaient d’accord pour penser que les non-catholiques de-

ALBIGEOIS — ALBINI

vaient étre mutilés par le fer'et par le feu; et ce fut sans passion qu’on appliquait, soit aprés le combat, soit dans les nouveaux tribunaux (inquisition, cette doctrine, passée en axiome de justice publique. Désormais dans PAlbigeois on fit une guerre sans éclat ni intérét et fout fait semblable a celle qui vers la fin du régne de Louis XIV désola les Cévennes. Les prétres ne pardonnaient pas aux Languedociens, et ceux-ci n’épargnaient point les prétres : tout prisonnier était mis 4 mort, toute place rendue réduite en cendres ; mais tout cela se faisait sans bruit et comme une chose consacrée par l’nsage. Enfin le traité de Meaux vint en 1229 mettre fin 4 cette odieuse continuité de massacres et de guerres civiies. Le comté de Toulouse et l Albigeois furent réunis 4 la couronne ; quelques parties de ces Etats héréditaires furent laissées 4 Raymond VII, et le mariage de sa fille Jeanne fut stipulé avec Alphonse de Poitiers, frere du roi de France, Louis IX.

Dés ce moment, les peuples de la langue de Provence cessérent de former une nation distincte ; il n’y eut plus aussi de France aragonaise. La couronne capétienne recueillit le fruit des crimes de Montfort; elle acquit de nouvelles et vastes provinces, mais flétries, mais dévastées, mais dépeuplées. Alors, la langue picarde ou le francais wallon se répandit dans les villes du Languedoc. La belle langue romane se perdit avec les antiques libertés du pays, comme se perdit aussi sa civilisation toute romaine. Ces restes précieux dun bel ordre social avaient pourtant trouvé grace devant le vainqueur d’Alaric ; mais Clovis était éclairé par le christianisme pur et sans mélange de saint Remi. Avec le triste avantage d’arrondir le domaine des rois capétiens, les provinces de la langue de Provence acquirent l’inquisition , et se virent frauduleusement dépouillées de la plupart de leurs franchises municipales. Despotes assez doux, les Capétiens n’en ont été que des ennemis plus dangereux pour la liberté des peuples. Enfin, ces belles contrées, qui sous leurs princes nationaux avaient marché en ayant du reste des Gaules dans la voie de la civilisation et de ’émancipation intellectuelle, sont toujours depuis restées fort en arriére. Aujourd’hui encore on peut y retrouver des traces flagrantes des vingt années de la croisade albigeoise. A la révolution de 1789 les fils des vieux Languedociens se réveillérent ; ils se soulevérent contre les descendants de familles importées chez eux par le farouche Montfort; et lorsqu’en 1815 quelques nobles de ce pays, issus de ces races étrangéres , signalérent dans nos assemblées délibérantes leur fanatisme religieux et politique, leurs adversaires ne manquérent pas de leur rappeler ce précédent , indélébile aux yeux du patriote provenc¢al. Ch. Du Rozorr.

ALBINI (Francors-Josern, baron pv’), homme d’Etat distingué, né a Saint-Goar, en 1748, débuta dans la carriére politique en qualité de conseiller de régence au service du prince-évéque de Wurtzbourg. En 1774 il fut nommé assesseur au kammergericht, et en 1787 conseiller intime et référendaire de lélecteur de Mayence, fonctions qui le mirent en relations directes avec ’empereur Joseph IL, qui Vhonora de sa confiance toute particuliére, et qui le chargea de missions extraordinaires auprés de diverses cours d’Allemagne. A la mort de ce prince il passa au service de l’électeur de Mayence, en qualité de ministre et de chancelier de cour. Son administration eut les suites les plus bienfaisantes pour ce petit Etat; mais la guerre qui éclata en 1792 en détruisit les efféts. Le baron d’Albini assista en 1797 au congrés de Rastadt. Il concut le plan d’une levée en masse (Zandsturm ) de YAllemagne pour expulser les armées frangaises du sol allemand, et il se mit lui-méme, en 1799, & la téte de la landsturm de Mayence. L’électeur Frédéric- Charles-Joseph étant venu a mourir le 25 juillet 1802, au moment oi Albini dirigeait les négociations relatives aux indemnités 4 répartir entre les différents princes de Empire,

{ celui-ci fit immédiatement préter par les troupes et par les

ALBINI — ALBINOS

autorités civiles serment de fidélité au nouvel éleeteur de Dalberg ; et comme il possédait toute sa confiance, le changement de régne n’apporta aucun changement dans l’administration et les affaires. Le baron d’Albini resta également au service de Pélecteur quand celui-ci eut été eréé princeprimat de Ratisbonne; et lorsqu’il fut nommé grand-due de Francfort, ce fut lui qu’il investit de la présidence de son conseil. Le baron d’Albini, dans toute sa conduite politique, resta toujours fidéle aux intéréts de Allemagne; et au mois Woctobre 1813 les puissances alliées lui donnerent une preuve de leur estime en lui confiant la présidence du consei) des ministres du grand-duché de Francfort dont elles venaient de prendre possession. Il perdit néanmoins ses autres emplois; aussi en 1815 entra-t-il au service autrichien. 1] venait d’étre nommé ministre plénipotentiaire de cette puissance prés la diéte germanique, lorsqu’il mourut & Diebourg, le 8 janvier 1816, avant méme que cette assemblée eit commencé a fonctionner.

ALBINOS. Ce mot Worigine portugaise ( Albino, de albus, blanc) a élé appliqué a des individus qu’on rencontre dans toutes les races humaines, et qui, loin d’offrir la coloration propre a chacune (elles, s’en distinguent surtout par la rougeur des pupilles et la coloration blanche de la peau et du systéme pileux, coloration qu’on a désignée sous le nom d’albinie ou Walbinisme. A une époque fort reculée on avait déja recueilli des notions exactes sur les albinos; Pline le naturaliste en a parlé. Ils sont plus communs en Afrique et dans les contrées équatoriales habitées par les négres que partout ailleurs; cest ensuite en Amérique, principalement au Mexique, au Brésil, en Colombie et aux Antilles, qu’on les observe le plus fréquemment ; ils existent aussi en petit nombre dans les Indes orientales, a Ceylan , aux iles de la Sonde, aux Moluques, aux Philippines, aux iles des Amis et de la Société, et il n’est pas trés-rare den rencontrer en Europe. Selon Humboldt, l'état désigné sous le nom d@a/binie s’observe en général d’autant plus souvent dans les diverses nations qu’elles ont la couleur de la peau plus foncée et habitent un climat plus chaud : aussi est-il peu commun dans la race cuivrée, et devient d’autant plus rare que les naturels ont une peau plus blanche; rapport trés-remarquable, si on le rapproche de cette observation de géographie zoologique , savoir : que la couleur blanche est d@autant plus fréquente chez les animaux a l’état normal quwon se rapproche davantage des pdles. — On nomme les albinos dondos en Afrique, béders a Ceylan, kacrelas ou kakerlaks a Java; a Visthme de Darien on les appelle albinos ; en France on les a décrits sous le nom de blafards, de néegres blancs et @albinos.

Leur peau est d’un blanc fade, souvent bouffie, quelquefois rude ou semée de rides ou de taches lenticulaires ; généralement un duvet fin et blanc, laineux chez quelquesuns, recouyre tout leur corps, Tout le systéme pileux est décoloré chez eux; les cheveux sont habituellement d’une grande blancheur, dans quelques cas d’un jaune sale et comme roussis, longs ettrainantsen Asie, laineux et frisés en Afrique, ordinairement droits dans les autres contrées et ressemblant aux poils blancs de la cheévre ; les sourcils et les cils sont blancs comme la totalité des poils , tant6t droits, tantot semblables au duvet de Veider. L’iris est rouge sanguinolent, rose pale, bleu rosé ou bleu pale , en méme temps que les pupilles offrent une rougeur prononcée trés-caractérisfique. Les albinos sont généralement atteints de myopie ; et il n’est pas rare, selon Siebold et Mansfeld, de les voir frappés de cécité pendant un temps plus ou moins long par la persistance temporaire de la membrane pupillaire ; presque toujours ils sont nyctalopes, c’est-a-dire qu’ils voient mieux la nuit que le jour. La physionomie des albinos est dépourvue de mobilité ; ils ont les lévres décolorées, une constitution gréle et les chairs molles : leur taille est habituellement médiocre. L’albinisme s’observe plus fréquemment chez les

femmes, iesquelles possédent ailleurs tous les attributs de leur sexe. Les albinos sont en général frappés didiotie; cependant on aurait tort de croire que tous les albinos offrent une lésion de ’entendement, car on a observé plusieurs albinos qui étaient trés-distingués par l’étenaue ae sear mtelligence. Comme les albinos offrent autant d’imperfections physiques que @infirmités morales, il en résulte naturellement pour eux, dans les contrées non civilisées, une grande faiblesse et Pimpossibilité @attaquer et de se défendre. Non-seulement Valbinisme, qui a été considéré pendant longtemps comme une modification propre seulement a une des deux races d’hommes , peut se produire chez toutes d'une maniére accidentelle, mais encore il apparait chez les animaux dun ordre inférieur, et méme plus souvent que dans Pespece humaine : c’est ainsi que Tiedemann cite un grand nombre d’animaux atteints d’albinisme, et que M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire a rencontré cet état a un degré plus ou moins marqué parmi les mammiferes et oiseaux sauvages et domestiques, chez des poissons, et méme dans quelques genres de mollusques. Qui n’a entendu parler des éléphants blancs, si célébres dans l’Orient, et que les Indiens vénéraient parce quwils les croyaiefit animés par les Ames de leurs anciens rois? De tous les phénoménes présentés par les albinos, les plus remarquables consistent dans la coloration des yeux, de la peau et des poils. Dans l'état naturel , ces parties sont colorées par une substance nommée pigmentum, formée de molécules noires , insoluble dans Veau et que la plupart des auteurs rapportent aujourd’hui a la matiére colorante du sang. C’est a Videntité et au dépét proportionnel du pigmentum dans les diverses parties du corps qu’est dt le rapport habituellement signalé entre la couleur de Ja peau, celle des yeux et celle des poils : si le pigment est abondant, la peau est brune, les cheyeux et les yeux sont noirs; et quand cette matiére existe en quantité moindre , les cheveux restent blonds , les yeux bleus et la peau blanche: en sorte que l’intensité de coloration de ces parties du corps est en raison directe dela quantité de pigmentum qui y est déposée. C’est ce qui explique comment les albinos aux yeux bleus forment un degré moins avancé de lalbinisme, que ceux aux yeux rouges offrent au maximum, parce que chez les premiers il y a absence moins compléte de pigmentum que chez les autres. La coloration des yeux , de la peau et des poils chez les albinos s’explique done par le défaut de sécrétion plus ou moins complet du pigmentum dans ces diverses parties , selon Blumenbach, soit que le réseau muqueux ou réticulaire de Malpighi n’existe point , ou que, s’il existe, sa sécrétion soit trés-incompléte. L’albinisme est considéré par quelques savanis, entre autres par Blumenbach, Otto , Sprengel et Blandin, comme une maladie organique, et par dautres simplement comme une anomalie. Jefferson, Hallé , Béclard et Mansfeld se montrent partisans de cette derniére opinion. Les principales raisons qu’on fait valoir pour considérer Palbinisme comme une maladie sont celles-ci : la décoloration chez les albinos est jointe a une grande débilité; la peau des negres se décolore dans leurs maladies ; ’exagération du tempérament lymphatique s’accompagne dune grande blancheur de Ja peau : placées dans Yobscurité et Phumidite, les plantes s’étiolent, deviennent malades et blanchissent; Valbinisme sévit souvent sur les animaux mal nourris, soustraits 4 influence de la lumiére et privés d’exercice. Les raisons qui militent en fayeur de Valbinie envisagée comme anomalie sont moins nombreuses : celle qui consiste & V’attribuer 4 un arrét de développement présente une certaine valeur. Mais pour bien comprendre cette explication il faut savoir que chez le foetus humain Vouverture de Viris est fermée par une membrane dite pupillaire jusqu’au septiéme mois de la grossesse; que pendant la vie intra-utérine la peau est couverle d’un duvet abondant, et qu’au moment de la naissance, et surtout dans Jes premiers mois de la gestation, enveloppe cutanée offre la

méme coloration chez tous les enfants, a quelque race qu’ils appartiennent. Si on rapproche donc ces phénoménes de ceux observés dans Valbinisme, on ne peut s’empécher de trouver entre eux la plus grande analogie ; car la persistance dela membrane pupillaire s’observe chez quelques individus, la présence dun duvet sur tout le corps se remarque chez un grand nombre d’entre eux, et chez tous la blancheur de la peau peut étre constatée. L’albinisme complet est toujours congénial dans Pespéce humaine. Les albinos naissent quelquefois de parents blancs. On ne connait pas de fait bien avéré qui établisse l’aptitude des albinos de la race négre a se reproduire entre eux ; les femmes albinos de cette race non-seulement peuvent devenir méres, mais encore étre trds-fécondes. En Europe, au contraire, les albinos sont aptes a la propagation , comme l’ont prouvé les deux albinos intelligents cités par Esquirol , lesquels se mariérent et eurent tous deux des enfants non albinos et méme trés-bruns.

Quant a Palbinie partielle, les exemples en sont fréquents et variés. En Ethiopie, la lépre alphos et le vitiligo sement la peau de taches blanches qui se heurtent avec le noir et caractérisent les négres pies. Une autre variété de ces derniers résulte quelquefois de Punion de deux noirs ou dun négre et d’une femme blanche. On peut dire que l’albinie congéniale est toujours incurable, et que la vie des albinos est généralement trés-bornée ; cependant on cite quelques rares exceptions a cette observation générale.

D* Alex, Duckett.

ALBINOVANUS (C. Pevo), contemporain et ami dOvide, qui, du fond de son exil dans le Pont, lui adressa une lettre, se distingua dans la poésie épique. D’un grand poéme oi il célébrait les hauts faits de Germanicus, un petit nombre de vers seulement sont parvenus jusqu’a nous. Wernsdorf les a recueillis dans son édition des Poetzx latini minores (4 vol. in-4° ). On lui attribue aussi une élégie qui n’est pas sans mérite. Elle est intitulée : Consolatio ad Liviam Augustam, de morte Drusi. Beck Ya publiée dans son recueil (Leipzig, 1783).

ALBINUS (Decius Copivs Seprmus), général des armées romaines sous Marc-Auréle, Commode et Pertinax , commandait en Bretagne , lorsque celui-ci fut assassiné. A la nouvelle que empire avait été mis aux enchéres par les soldats, et que Didius Julianus, quien avait donné le plus haut prix, était proclamé césar, Albinus, Pescennius Niger, qui commandait en Orient, et Septime-Sévére en Illyrie, irrités de leur exclusion, marchérent simultanément sur Rome pour renverser Didius. Mais Sévére était le plus prés; ce fut lui qui Yemporta. Aprés avoir mis 4 mort Didius ef les assassins de Pertinax, il tourna ses armes contre ses deux compétiteurs. Pescennius fut vaincu a Nicée, et Albinus, aprés quelques avantages, fut défait complétementa Lyon, l’an 197. Sévére, devant lequel il fut amené prisonnier, lui fit trancher la téte.

ALBINUS (Bernuanb-Srecrniep ), né le 24 février 1697, a Franecfort-sur-l’Oder, oui résidait alors son péere, Bernhard Apinus , dont le véritable nom, latinisé, suivant Pusage du temps, était Weiss, et quialla ensuite occuper la chaire de médecine a lUniversité de Leyde. Aprés avoir suivi les lecons de son pére et celles de Rau, de Bidloo et de Boerhaaye, il vint étudier 4 Paris l’anatomie et la botanique sous Winslow, Senac et Vaillant. Dés 1719 il était appelé a occuper la chaire d’anatomie 4 Leyde. Aprés la mort de son pere (1721), il le remplaga dans sa chaire de médecine et d’anatomie, et devint bientot lune des gloires de l’école de Leyde, non-seulement comme professeur et comme écrivain, mais encore comme praticien. On le considérait comme l’émule et l’égal de Boerhaave, et il était (ailleurs des premiers 4 rendre hommage 4 la simplicité des principes de cet oracle de la médecine moderne. Son amphithéatre ne réunissait pas seulement une foule d’étudiants, mais attirait encore de toutes les parties de l'Europe un grand nombre de

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