ALCIBIADE — ALCIDAMAS
paréte, avec une dot de dix talents. Cependant le mariage ne le corrigea pas de sa légéreté et de sa prodigalité. Celle-ci éclata surtout aux jeux olympiques, ou il parut dans la lice, non pas avec un char, comme d'autres riches, mais avec sept, et ou il remporta les trois premiers prix. Il triompha aussi aux jeux isthmiques et aux jeux néméens. I) passait les jours et les nuits en banquets dans les bras de folles femmes , enlevant celles qui lui résistaient et se parant avec ostentation de magnifiques robes de pourpre. Il se fit faire un écu doré qui ne portait ni devise ni enseigne, a la maniere ordinaire des Athéniens, mais image de Amour langant la foudre. Tout cela lui attirala haine dun grand nombre de ses concitoyens, et il aurait succombé a Postracisme si, de concert avec Nicias et Phoeax , qui craignaient le méme sort que lui, il n’avait si bien pris ses mesures qu’il fit condamner A lexil celui-la méme qui comptait le renverser.
Peu de temps aprés, les Athéniens résolurent une expédition contre la Sicile, et le nommérent général en chef, avec Nicias et Lamachus. Pendant qu’on faisait les préparatifs, les statues de Mercure furent toutes mutilées en une seule nuit. Les ennemis d’Alcibiade firent tomber sur lui le soupcon de ce crime; mais ils différérent ’accusation. A peine fut-il embarqué quwils soulevérent contre lui les esprits des Athéniens , qui le rappelérent pour le juger. Alcibiade avait déja obtenu de brillants succés en Sicile lorsqu’il recut Yordre qui le rappelait. 1] obéit, et s'embarqua ; mais arrivé a Thurium, il descendit 4 terre pour se cacher. A Athénes on je condamna & mort. Lorsqu’il en recut la nouvelle, il s’écria : « J’apprendrai aux Athéniens que je vis encore. » I] passa @abord a Argos, puis a Sparte, ow il sut si bien se plier aux meeurs sévéres du pays que 1a aussi il devint le favori du peuple. Il réussit donc a engager les Lacédémoniens dan® une alliance avec le roi de Perse, et, aprés Vissue malheureuse de ’expédition des Athéniens contre la Sieile , il les détermina a secourir les habitants de Chios pour les délivrer du joug d’Athénes. Il s’y rendit lui-méme. A son arrivée dans l’Asie Mineure, il souleva toute ’fonie contre tes Athéniens , auxquels il fit beaucoup de mal. Mais Agis et les premiers personnages de Sparte furent jaloux de ce succes, et ordonnérent aux généraux qui commandaient en Asie de le faire tuer. Alcibiade découvrit leur projet, et se rendit auprés de Tissapherne, satrape du roi de Perse, qui avait ordre @agir de concert avec les Lacédémoniens. La, i] changea encore une fois de meeurs , se plongea tout entier dans le luxe de l’Asie, et sut se rendre indispensable au satrape. Comme il ne pouvait plus se fier aux Spartiates, il entreprit de servir sa patrie, et représenta a Tissapherne qu’il serait contraire aux intéréts du grand roi d’épuiser entiérement les Athéniens; qu’ii valaif bien mieux affaiblir Athénes et Sparte l'une aprés lautre. 'Tissapherne suivit ce conseil, et laissa quelque répit aux Athéniens. Ces derniers avaient alors des forces assez considérables 4 Samos. Alcibiade fit dire aux généraux que s’ils promettaient d’arréter lalicence du peuple et de remettre lautorité aux mains des grands, il leur concilierait ’amitié de Tissapherne., et empécherait la jonction de la flotte phénicienne avec la flotte des Lacédémoniens. Ces conditions furent acceptées par les généraux, et ils envoyérent a Athénes Pisandre , Pun d’eux , qui fit remettre le gouvernement a un conseil composé de quatre cents personnes; mais comme les membres de ce conseil ne songeaient pas a rappeler Alcibiade , ’armée de Samos lui déféra le commandement, et le chargea d’aller aussil6t a Athénes pour renverser les tyrans. Cependant il ne youlait pas retourner dans sa patrie avant de lui avoir rendu quelques services. Il attaqua donc la flotte des Lacédémoniens, et la battit complétement. Il retourna ensuite auprés de Tissapherne, et ce satrape le fit arréter Sardes pour métre pas soupgonné par le roi de Perse d’avoir pris part a cette expédition; mais Alcibiade trouva moyen de e’échapper, se mit a la téte de Parmée, défit les Lacédémo-
niens et les Perses pres de Cyzique, sur terre et sur mer, enleva Cyzique, Chalcédoine et Byzance, rendit aux Athéniens empire des mers, et retourna enfin dans sa patrie , ou il avait été rappelé sur la proposition de Critias. 1 y fut recu avec un enthousiasme universel, parce que les Athéniens avaient considéré son exil comme la source de tous leurs malheurs. Cependant ce triomphe fut de courte durée, On Venvoya de nouveau en Asie avec cent vaisseaux ; mais comme il ne recevait pas d’argent pour la solde de ses troupes, il se vit contraint d’aller chercher des secours en Carie , et confia le commandement pendant son absence a Antiochus , qui se laissa attirer par Lysandre dans une embuscade , ou il perdit la vie avec un grand nombre de ses vaisseaux. Les ennemis d’Alcibiade profitérent de cet accident pour Vaccuser et pour faire nommer d’autres généraux,
Alcibiade se rendit alors @ Pactyes dans la Thrace, y rassembla des troupes, et fitla guerre aux peuples libres de cette contrée. Il étonna par son intempérance les rois de ce pays, jaloux de voir qu’il supportait encore mieux qu’eux l’exces du vin. fl fit un butin considérable , et assura le repos des villes grecques voisines. La flotte athénienne éfait alors a fEgos-Potamos. Il avertit les généraux du danger qui les menacait, leur conseilla d’aller 4 Sestos, et leur offrit son secours pour forcer le général spartiate Lysandre a une bataille ou a la paix; mais ils n’écouterent pas ces propositions, et furent bientét complétement battus. Alcibiade , qui craignait la vengeance des Lacédémoniens , se retira en Bithynie, d’ot il voulait passer a la cour du roi de Perse pour l’attirer a la cause de son pays. Cependant les trente tyrans que Lysandre avait établis 4 Athénes aprés la conquéte de cette ville avaient prié ce général de faire tuer Alcibiade; mais Lysandre avait refusé de se rendre a ce désir, jusqu’a ce qu’il recat le méme ordre de sa patrie. I] en confia Yexécution 4 Pharnabaze. Alcibiade se trouvait alors en Phrygie avec Timandra, sa maitresse. Les émissaires de Pharnabaze mirent le feu asa demeure pendant la nuit, et le tuérent & coups de fleéches au moment ou il venait d’échapper a Vincendie. Timandra lui rendit les honneurs de la sépulture.
Ainsi mourut Alcibiade, 404 ans avant J.-C., envirox a Page de quarante-cing ans. La nature l’avait orné de ses dons les plus rares; il possédait a2 un haut point le talent de séduire et de dominer les hommes, et son élogquence était entrainante, quoiqu’il ne pit prononcer la lettre r et qwil bégayat. Malheureusement, ces qualités extraordinaires , les circonstances seules en réglérent lusage. Il était privé de cette grandeur d’4me qui accompagne toujours la vertu; mais il avait cette audace qu’inspire la conscience de la supériorité , et qui ne recule devant aucun obstacle, parce qu’elle n’hésite jamais sur le choix des moyens qui peuvent conduire au but. Parmi les auteurs anciens, Plutarque et Cornélius Népos ont écrit sa vie.
ALCIDAMAS, rhéteur grec , né a Elée, ville de l’Asie Mineure, florissait vers l’an 420 avant J.-C., a la méme époque qu’Isocrate. Il avait été disciple de Gorgias, et avait composé divers ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu’a nous. Plutarque prétend que c’est dans un traité de rhétorique d’Alcidamas que Démosthéne puisa les premieres notions de son art; et Cicéron vante le talent dont il avait fait preuve dans un éloge de la mort. Aristote, de son cété , cite les écrits de ce rhéteur comme les modéles du style froid et ampoulé, Deux dissertations ou déclamations d’Alcidamas , ou du moins qui lui sont attribuées par les anciens, ont été recueillies dans la collection de Henri Estienne et dans celle de Reiske : Pune est une Accusation @ Ulysse contre Palaméde, pour cause de trahison; autre est dirigée contre les rhéteurs et sophistes‘contemporains de Pauteur; il leur reproche de n’avoir pas le talent de improvisation et d’ayoir recours a l’éloquence écrite. Toutes deux sont remarquables-
par la sage simplicité du style, simplicité qui n’exclut pas Pélégance.
ALCIDE, surnom d’Hercule, que, d’aprés l'explication la plus commune, on fait dériver d’Alcée , son grand-pére , pére @’ Amphitryon.
ALCIDE TOUSEZ. Voyes Tovsez.
ALCINOUS, roi des Phéaciens, dont Homire, dans POdyssée, vante les admirables jardins, et qui accueillit Ulysse lorsque, aprés la prise de Troie, celui-ci cherchait a revenir dans sa patrie, sans pouvoir y rentrer. L’ile des Phéaciens était celle de Corcyre, aujourd’hui Corfou. Alcinoiis avait pour fille Nausicaa.
ALCINOUS, philosophe platonicien du second siécle , un de ceux qui préparérent le syncrétisme, n’est connu que par un ouvrage qu'il a laissé sous ce titre : Introduction a la Philosophie de Platon. Ce livre a été traduit plusieurs fois en latin, entre autres par Marsile Ficin ( Venise, 1497, et Paris , 1537), et aussi par D. Lambin (Paris, 1567 ). Ces éditlions sont assez rares. Fischer en a publié une, qwil a jointe 4 PHuthyphron de Platon (Leipzig, 1787, in-8°). Tl existe une traduction francaise du livre d’Alcinols , par Combes-Dounous ( Paris, 1800, in-12).
ALCIPHRON, le premier des épistolographes grecs, c’est-a-dire des beaux-esprits qui ont composé des lettres. On ne sait rien desa vie; l’époque méme ou il a vécu est incertaine; on le croit pourtant, d’aprés un passage d’Aristénéte, contemporain de Lucien, qui écrivait au deuxiéme siécle de Vére chrétienne. Nous avons de lui cent seize lettres, presque toutes datées d’Athénes , dont il a imaginé les sujets , et ou son but parait étre de mettre en scéne, a la facgon de la comédie, des hommes de certaines conditions, de certaines classes bien tranchées, pour leur faire décrire 4 eux-mémes leur vie, leurs travaux , leurs actions , leurs pensées et leurs sentiments. Ces lettres se distinguent par la pureté, la clarté et la simplicité du langage et du style; elles sont utiles 4 consulter pour la connaissance parfaite de Vantiquité et des dialectes grecs au deuxiéme siécle. On cite les éditions de Genéve , 1606 ; de Leipzig, 1715 et 1798, par J.-A. Wagner; ces lettres ont été traduites en francais par l’abbé Richard ( Paris, 1785 ).
ALCMAN , poéte grec, fils d’un esclave spartiate , néa Sardes, en Lydie, vers l’an 670 ayant J.-C. Il parait qu’il passa la plus grande partie de sa vie a Sparte, ou il avait obtenu le droit de cité et ot son talent de poéte était tenu en grand honneur. Les Lacédémoniens lui élevérent un monument apres sa mort, et quatre grammairiens d’Alexandrie commentérent ses ouvrages, dont nous n’avons aujourd’hui que quelques fragments trés-remarquables. Welcker a publié en 1815, a Giessen, ce qui nous reste de ses hymnes et autres poémes lyriques , écrits en dialecte dorique.
ALCMANIEN, sorte de vers inventé par Aleman.
Ce poéte, rapporte Suidas, bannit le vers hexamétre des poésies lyriques ou chantantes, pour y substituer une mesure plus légére et plus gracieuse; il créa, a cet effet, le vers qui a conservé son nom, et qui se compose de trois dactyles suivis dune syllabe.
ALCMENE, fille d’Electryon et femme d’Amphitryon. Jupiter, en étant devenu amoureux, prit la figure de son époux pour la tromper. Elle en eut un fils, qui devint célébre sous le nom d’Hercule.
ALCMEON, fils d’Amphiaraiis et d’Eriphyle, naquit a Argos. Ayant été élu chef des sept épigones, il prit d’assaut la ville de Thebes, et la saccagea. Pour venger la mort de son pére Amphiaraiis, il tua sa mére Eriphyle, et par son ordre. Depuis ce parricide, Aleméon fut tourmenté par les Furies. Un oracle lui avait prédit qu'il n’en serait délivré que Jorsqu’il arriverait dans un pays qui n’aurait point existé au moment oii sa mére Vavait maudit. Aleméon trouva enfin le repos dans une ile qui venait de se former dans le fleuve Achélous. S’y étant fixé, il épousa Callirhoé, la fille