‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 180 sur 197 · ALFRED LE GRAND — ALGARVE · texte numérisé non relu

ALFRED LE GRAND — ALGARVE

moine par Peau, opération dans laquelle il se forme un précipité blanc, pulvérulent, d’oxychlorure d’antimoine. On lui donnait aussi le nom de mercure de vie.

ALGAROTTI (Francesco , comte d’), auteur italien qui a réuni le godt des sciences a Ja culture des arts et des lettres, naquit 4 Venise, le 11 décembre 1712. Tl fit ses études 4 Rome, a Venise et a Bologne; ses progrés dans les mathématiques, Vastronomie, la philosophie et la physique, furent des plus rapides. Il s’adonna plus particuliérement a cette derniére science, ainsi qu’a lanatomie. Algarotti savait trés-bien le latin et le grec, et donna toute son attention ala langue toscane. Il visita la France, l’Angleterre, la Russie, Allemagne, la Prusse et toutes les villes importantes de I’Italie. A l’dge de vingt ans il écrivit a Paris la plus grande partie de son Newtonianismo per le donne (1737 ), a imitation de la Pluralité des Mondes , de Fontenelle : cet ouvrage commenca sa réputation. Algarotti vécut tour a tour a Paris et a Cirey, chez la marquise du Chatelet, jusqu’en 1739, ou il partit avec lord Baltimore pour Pétersbourg. A son retour, il passa par Rheinberg , ot il fut présenté a Frédéric Il, qui était alors prince royal. Quand Frédéric fut monté sur le tréne , il appela le savant Italien 4 sa cour, et lui conféra le titre de comte pour lui et ses descendants. Le roi de Pologne, Auguste III, avait également une haute estime pour Algarotti; il lui donna le titre de conseiller intime. Plus tard, Frédéric IT le fit son chambellan et chevalier de Vordre du Mérite. Voltaire faisait grand cas de lui, et il le célébra dans plusieurs de ses écrits. Aprés avoir vécu alternativement a Dresde et a Berlin, Algarotti retourna dans sa patrie en 1747. Il se rendit d’abord a Venise, ensuite 4 Bologne; enfin il se fixa a Pise, ou il mourut en 1764, par suite d’une phthisie. Algarotti avait fait lui-méme le dessin du tombeau que Frédéric lui fit ériger 4 Pise. Algarotti possédait des connaissances variées et approfondies : en fait de peinture, de sculpture et d’architecture , c’était un des plus grands connaisseurs de YEurope. Un grand nombre Wartistes se sont formés sous sa direction. Il dessinait trés-bien et gravait 4 l’eau-forte. Dans ses ouvrages, qui roulent sur un grand nombre de sujets, on trouve des vues neuves , des pensées ingénieuses et brillantes. Ses pensées manquent de chaleur, mais elles sont pleines de grace et d’élégance; ses lettres sont des modeéles de style épistolaire. La derniére édition de ses ouvrages a paru a Venise, en dix-sept volumes, de 1791 a 1794. Nous citerons les Saggi sopra le Belle Arti. Ses Lettere filologiche ont été imprimées a Venise en 1826. Son Newtonianisme des Dames a été traduit en frangais, ainsi que son Lssai sur la Peinture.

ALGARVE (de V’arabe al Garb, le couchant), province administrative (avecle titre de royaume) et la plus méridionale du Portugal, dont le chef-lieu est Tavira, bornée au sud et 4 Pouest par l’océan Atlantique, au nord par ? Alentéjo, dont elle est séparée par la Sierra Mouchique, et 4 lest par Espagne, dont elle est séparée par la Guadiana et la Chauxa. Cette province a trente-trois lieues de long sur dix de large, et renfermait, en 1865, 179,523 habitants. Elle est traversée du sud au nord-est par la Sierra Mouchique , et arrosée par la Guadiana, Je Zadao et autres riviéres de moindre importance. La neige ne tombe jamais dans cette contrée, et la température.y est trés-douce en hiver. Son territoire montagneux est en général peu fertile; la récolte des céréales est insuffisante pour la consommation des habitants ; mais elle produit en quantité des citrons, des oranges, des figues , des amandes, grenades, dattes, olives, qu’elle tivre au commerce. Ses vins sont excellents. Il y a des salines, des mines de sulfure d’antimoine exploitées. I] existe a quelques lieues de Tavira une mine d’argent et de cuivre. Cette province est

divisée en trois districts, ceux de Tavira, de Lagos et de

Faro.

La province dont nous parlons, qui était connue des

ALGARVE — ALGEBRE

anciens sous le nom de Cuneus, west qu'une partie de Vancienne Algarve, qui comprenait en outre une portion du territoirede l Andalousie. Cette contrée fut Pune des premieres conquétes des Arabes en Europe, et c’est 4 eux qu’elle doit son nom. Ils la possédérent du huitiéme au treizié¢me siécle. En 1250 Alphonse III de Portugal la prit, et céda en 1254 la portion orientale, 4 Vest de la Guadiana, au roi Alphonse X de Castille : dou le nom @ Algarve espagnole que cette portion conserva longtemps, et celui d Algarve portugaise.

ALGAZALI (Asou-Hamep Monammen Inn MonAmmen), encore appelé Algazel, né vers 1058, Tus, dans le Koracan, enseigna la philosophie avec éclat a Bagdad, Damas, Jérusalem et Alexandrie. I] a combattu Aristote et les philosophes arabes qui l’ont précédé; Averrhoés Va réfuté. Il a laissé un traité des sciences religieuses, trés-estimé des Orientaux.

ALGEBRE, science dont le nom dérive de Varabe al gebr wal mokdbala, équation. Tous les phénoménes de l'univers se produisant dans le temps et Pespace donnent lieu a des considérations de nombre. L’idée de nombre dut d’abord paraitre & homme inhérente aux objets quwil considérait. Mais il s’apercut bientot que les opérations exécutées sur les nombres restent constamment les mémes, quelle que soit la nature des objets auxquels Pidée de nombre est appliquée. L’esprit humain s’éleva donc a un systime de calculs abstraits, dans lequel le nombre fut dépouillé de toute valeur concréte; ce fut Porigine de larithmétique. L’idée de nombre était ainsi séparée de toute qualité physique, mais les nombres conservaient leur valeur propre et restaient déterminés quant a la quantité. Plus tard, on arriva a ta déconverte de ce fait capital, que les nombres eux-mémes peuvent devenir objet de nouvelles considérations , abstraction faite de toute idée de quantité ou de valeur propre attribuée ; ce fut Porigine de Valgébre. Ainsi le passage de Vidée de nombre du concret & Vabstrait a donné lieu a Parithmetique; le passage de Pidée de nombre du particulier au général a donné naissance a l’algébre. 11 convient donc d’admettre la définition qu’a donnée M. Wronski : L’algébreest la science des

lois des nombres, tandis que ]’arithmeétique est la science des faits des nombres.

L’algébre, considérée dans toute son étendue, est souvent désignée sous le nom danalyse mathématique, et alors elle comprend non-seulement Valgébre élémentaire, mais encore l’algébre supérieure ou transcendante, qui n’entre pas dans la composition ordihaire des traités @algebre.

Newton avait proposé le nom d’ari¢hmétique universelle pour désigner la science des nombres dans son ensemble , comprenant larithmétique et Valgebre. Ampére , dans sa classification des connaissances humaines, emploie le mot arithmologie ; enfin plusieurs mathématiciens distingues se servent de préférence du mot algorithmie.

Lalgébre représente les nombres et les calculs auxquels ils peuvent donner lieu d’une maniére trés-générale par des symboles conyentionnels; et c’est 4 son systéme si parfait de notation que cette branche des mathématiques est redevable des immenses progres qu’elle a faits. Les symboles qu’emploie Valgébre sont de deux sortes : les uns servent a représenter les quantites ou grandeurs, quelle que soit d’ailleurs leur nature : ce sont les lettres de lalphabet, soit latin , soit grec; les autres indiquent les rapports qu’on peut établir entre les quantités et les opérations qu’on peut leur faire subir : ce sont les signes. Aussi a-t-on dit de l’algébre qwelle était la plus concise, la plus étendue, la plus commode de toutes les langues que les hommes aient parlées on inventées jusque ici. L’exemple suivant, emprunté au Traité d’Algebre de Lacroix , le fera encore mieux comprendre :

PROBLEME. Partager un nombre donné en trois parties telles que lexcés de la moyenne sur la plus petite soit un nombre donné, et que lexcés de la plus grande sur la moyenne soit un autre nombre donné.

Soxution. Avec le langage ordinaire. Lamoyenne partie sera la plus petite plus l’excés dela moyenne sur la plus petite.

La plus grande partie sera la moyenne plus Vexcés de la plus grande sur la moyenne.

Les trois parties réunies forment le nombre proposé.

Donc la plus petite partie, plus la plus petite partie, plus exces de la moyenne sur la plus petite, plus encore la plus petite partie, plus l’excés de la moyenne sur la plus petite, plus exces de la plus grande sur la moyenne, égalent le nombre a partager.

Done, trois fois la plus petite partie, plus deux fois Pexces de la moyenne sur la plus petite, plus encore Pexcés de la plus grande sur la moyenne, égalent le nombre a partager.

Done trois fois la plus petite partie égalent le nombre a partager moins deux fois ’excés de la moyenne sur la plus petite , et moins encore Vexcés de la plus grande sur la moyenne.

Done enfin la plus petite partie égale le tiers de ce qui reste aprés qu’on a 6té du nombre a partager deux fois ’exces de la moyenne sur la plus petite, et encore ’excés de la plus grande sur la moyenne.

Avec Vécriture algébrique. Soit a le nombre a partager, b Vexces de la partie moyenne sur la plus petite, c ’excés de la plus grande sur la moyenne, la plus petite étant x;

la moyenne sera x7 -- 0; la plus grande sera 7 -+- b-+-c.

Donec 2-++-x4-+b)+2-+b0-+c=a.

Dans cet exemple ona eu a considérer plusieurs équations ou assemblages de quantités séparées par le signe d’égalité et renfermant des inconnues. On a di aussi effectuer plusieurs des opérations fondamentales de Palgébre, telles que l’addition, la soustraction, la multiplication, la division, etc., pour arriver a la détermination de l’inconnue.

Comme nous l’avons dit, ’algébre se propose la résolution de toutes les questions possibles sur les nombres. Or, les symboles qu’elle emploie étant parfaitement généraux, on arrive par leur moyen a créer des formules qui non-seulement fournissent la solution des questions particuliéres , conformément. aux conditions des problémes donnés, mais encore permettent d’obtenir la solution de toutes les questions d’un méme ordre. Exemple : La somme de deux nombres dont un surpasse Vautred’une quantité représentée par b, est égale a une quantité représentée par a: quels sont ces deux nombres? Soit x le plus petit nombre, x +-b représentera le plus grand; et puisque ces deux nombres ajoutés ensemble sont égaux a une quantité représentée par a, on a les équations

( a—b ( a -) Yi x“=-—-}, X 2 ) 2 2

et par conséquent x-+-b, ou le plus grand des deux nombres, doit étre égal a

a b eer En effet, sia 2, premier membre = léquation a Y ears on ajoute ++ b, il faut ajouter la méme quantité +- 6 au second membre, afin que l’égalité ne soit pas détruite; mais ’équation

: b r+b=F—sbb

est susceptible d’étre simplifiée , car dans le second membre

nous voyons — A +-6; ce qui signifie qu’aprés avoir dimi-

a nué z d'une moitié de , il faut augmenter le reste de b tout entier ; par conséquent cela se réduit 4 ajouter une demi 0,

ou +- ; a : : il vient pour nouvelle équation

Les valeurs des deux nombres cherchés sont représentées , celle du plus petit par

a celle du plus grand par

b Les expressions — =F et ~ + < auxquelles on est défi-

nitivement parvenu dans la solution du probléme ci-dessus sont des formules. Les formules indiquent la maniére de répondre sur-le-champ a toutes les questions de méme nature dans lesquelles on fait varier seulement les valeurs numériques des données. La premiére formule

GB Ow

2 2 peut se traduire ainsi: Pour avoir le plus petit des deux nombres, prenez la moitiéde la somme a des deux nombres, et de cette moitié retranchez la moitié de la différence 6. En effet, supposons que la somme donnée soit 46, ef la différence 10 : mettant 46 4 la place de a dans la formule ci-dessus, et 10 a la place de 8, le plus petit nombre égalera , 46 10

2 2 ou 46 — 10 36 —— 2 2

La seconde formule nous dit : Pour avoir le plus grand des deux nombres, prenez la moitié de la somme a, et ajoutezy la moitié de la différence b; cette derniére somme satisfera a la demande. Mettons donc 46 a la place de a et 10 4 la place de b dans cette formule, nous aurons : le plus grand nombre égale 46, 10 2 56 AS Sam Ces résultats sont exacts, car 28 +18 = 46, et 28 — 18 = 10,

La formule que nous avons employée pour arriver a la solution de cette question est d’une application générale. Si donc on prend d’autres nombres pour la somme et la différence données, on obtiendra également la solution de la nouvelle question ainsi que de toutes les questions de ce genre. Dés lors on congoit tout l’'avantage que présentent les formules algébriques, puisqu’il suffit d’exécuter, pour ainsi dire, mécaniquement les calculs indiqués par ces formules suivant la nature du probléme a résoudre. Le raisonnement dont elles sont expression a été fait une fois pour toutes; et si le matériel du calcul change avec les nombres donnés, l’ordre et la nature des opérations a pratiquer restent invariablement les mémes. JI suffirait donc a l’esprit humain de posséder un tableau de formules propres a déterminer les calculs auxquels donne lieu chaque ordre de questions numériques, pour qu'il arrivat infailliblement a la solution de toutes les questions ou phénoménes particuliers dans lesquels ces lois préalablement établies regoivent une réalisation concréte.

ALGEBRE

Ona distingué Palgébre numérique et Valgebre spécieuse ou littérale. La premiére est celle des anciens algébristes ; elle n’a été employée que dans la résolution de questions arithmétiques. La quantité cherchée y est exprimée par une lettre, mais son coefficient et les quantités données sont représentés par des nombres. La seconde est celle oi toutes quantités, connues ou inconnues, sont exprimées par des lettres d’une maniére générale. Elle mérite seule le nom dalgébre.

Nous n‘avons point a parler ici du calcul algébrique proprement dit, non plus que de l’application de |’algébre ala géométrie; nous renyoyons aux articles spéciaux.

On a longtemps agité la question de sayoir a quelle époque et dans quelle contrée lalgébre fut inventée, quels sont sur cette matiére les plus anciens écrivains , quelle fut la marche de ses progrés, et enfin de quelle maniére et dans quel temps cette science s’est répandue en Europe. C’était une opinion généralement admise dans le dix-septiéme siécle que les anciens mathématiciens grecs durent posséder une analyse de la nature de notre algébre moderne, a V’aide de laquelle ils découvrirent les théorémes et la solution des problémes que l’on admire le plus dans leurs ouvyrages. On croyait qu’ils cachaient soigneusement leurs moyens de recherche, pour ne donner que les résultats obtenus en les accompagnant de démonstrations synthétiques. Cette idée ne saurait étre admise aujourd’hui. Une plus pro- | fonde connaissance des ouvrages des anciens géométres a prouvé quils avaient une analyse, mais que cette analyse était purement géométrique et essentiellement différente de notre algébre. Vers le milieu du quatriéme siécle de l’ére chrétienne, dans un temps ou Ja science des mathématiques commengait a tomber en décadence, ceux qui la cultivaient, au lieu de produire des ouvrages originaux, se contenterent de commenter ceux de leurs plus illustres prédécesseurs, et ils y firent des additions importantes. Tel fut le traité de Diophante sur larithmétique, qui originairement se composait de treize livres , mais dont les six premiers seulement, et une partie d’un autre, qui traite des nombres polygones, et qu’on suppose étre le treiziéme, sont parvenus jusqu’a nous. Ce fragment précieux ne nous donne rien qui ressemble a un traité complet sur lalgébre, il s’agit plutot dune classe particuliére de questions arithmétiques qui appartiennent a ce que lon appelle maintenant l’analyse indéterminée. Diophante peut avoir été Pinventeur de |’algébre chez les Grecs; mais il est plus vraisemblable que les principes de cette science n’étaient pas inconnus de son temps, et que, la prenant dans l’état ot il Ja trouva comme la base de ses travaux, il lenrichit de nouvelles apptications. Les élégantes solutions de ce mathématicien montrent qu’il possédait une grande habileté dans la branche particuliére dont il s’occupa, et qu'il était bien capable de résoudre les équations déterminées du second degré; probablement ce fut 1a la plus grande extension donnée a la science chez les Grecs, En effet, dans aucun pays elle ne dépassa ces limites jusqu’a ce qu’elle edt été transportée en Italie lors de la Renaissance. La célébre Hypatia, fille de Théon, composa un commentaire sur l’ouvrage de Diophante , mais il n’est point parvenu jusqu’da nous , non plus qwun semblable travail de cette illustre mathématicienne sur les coniques d’Apollonius.

Vers le milieu du seiziéme siécle, le texte grec des ceuvres de Diophante fut découvert 4 Rome, dans la bibliothéque du Vatican, oii probablement il avait été apporté lorsque les Turcs s’emparérent de Constantinople. Une traduction latine fut publiée par Xylander en 1575, et une autre traduction beaucoup plus complete, accompagnée d’un commentaire, fut publiée en 1621 par Bachet de Méziriac, J'un des plus anciens membres de |’Académie Frangaise. Bachet était éminemment savant dans l’analyse indéfinie, et par

ALGEBRE

conséquent bien capable de commenter son original; mais fe texte de Diophante était tellement altéré, qu’il fut souvent obligé den deviner le sens, ou de suppléer ce qui manquait. Quelque temps aprés, le célébre mathématicien francais Fermat, dans ses additions au commentaire de Bachet sur les ouvrages de Valgébriste grec, y ajouta des notes de la plus haute importance, et son édition, la meilleure de celles qui existent, parut en 1670.

Bien qu’il faille regarder la découverte des ouvrages de Diophante comme un éyénement important dans l’histoire des mathématiques , cependant ce ne fut point par eux que Palgébre commenca d’étre connue en Europe. II parait que cette admirable invention, ainsi que les caractéres arithmétiques dont nous nous servons aujourd’hui, nous viennent des Arabes. Ce qui est certain, c’est qu’ils recueillirent avec soin les ouvrages des mathématiciens grecs, les traduisirent dans leur langue, et cherchérent a les éclairer par des commentaires. Les Arabes attribuent Pinvention de lalgébre a un de leurs mathématiciens, Mohammed-Ben-Musa ou Mosés, nommé aussi Mohammed de Buzana, qui florissait vers le milieu du neuvidme siécle. Quoi qu'il en soit, il est constant que cet écrivain composa un traité sur la matiére, car pendant un temps il en exista en Europe une traduction italienne , qui est perdue aujourd’hui. Heureusement une copie de Poriginal arabe, dont la date de transcription correspond a l’année 1342, se retrouva dans la bibliothéque Bodiéienne, 4 Oxford. Le titre de ce manuscrit prouve Videntité de son auteur avec l’ancien mathématicien arabe; une note marginale, qui déclare plus loin que louvrage est le premier traité sur Palgébre composé parmi les croyants, vient encore confirmer cette identité. Du reste, les sciences mathématiques firent peu de progrés entre les mains des Arabes. Lalgtbre resta chez eux presque dans le méme état depuis leurs premiers écrivains sur cette matiére jusqu’a Behundin, Pun des derniers, qui vécut entre les années 953 et 1031.

Ona de fortes raisons de croire que les nations européennes sont en partie redevables de cette science & un marchand de Pise, nommé Leonardo Bonaccio, qui avait résidé dans sa jeunesse en Barbarie, ef que ses affaires de commerce conduisirent successivement en Egypte, en Syrie, en Gréce et en Sicile; il dut se familiariser avec les différents systémes de numération en usage dans ces divers pays. Le systeme indien lui parut de beaucoup le meilleur. En conséquence, il en fif une étude spéciale, et, joignant a la connaissance qu’il parvint 4 en acquérir quelques idées qui lui étaient propres , s’aidant en outre de la géométrie d’Euclide, il composa un traité sur !’arithmétique. A cette époque Yalgébre n’était considérée que comme une extension de cette science. Elle en était, en effet, la partie Ja plus élevée, et sous ce rapport ces deux branches furent traitées dans l’ouyrage de Leonardo, qui dans le principe parut en 1204, et fut ensnite publié en 1228 , aprés avoir été refondu. I] ne faut pas oublier que cet ouvrage fut composé deux siécles avant l’invention de l’imprimerie, et comme le sujet n’était pas d’un intérét général, il n’est pas étonnant qu’il ait été peu connu : aussi demeura-t-il manuscrit , de méme que quelques autres traités du méme auteur, qui restérent oubliés jusque vers le milieu du sidcle dernier, ot on les découvrit 4 Florence , dans la bibliothéque Magliabecchia. Les connaissances de Leonardo ne s’étendirent guére plus loin que celles des écrivains arabes ses prédécesseurs. II résolut les équations du premier et du second degré, et il était spécialement yersé dans l’analyse de Diophante. Comme il avait aussi de grandes connaissances en géométrie, il les employait pour la démonstration de ses régles algébriques. De méme que les mathématiciens arabes , il se servait, dans ses raisonnements, de mots entiers , mode on ne peut plus défavorable au progrés de la science. L’usage des signes et Yart de les combiner afin de pouvoir embrasser d’un seul

DIcf. DE LA CONVERS. — 7, 1,

coup @’ceil une longue suite de raisonnements sont une invention bien postérieure a Leonardo.

Entre le temps oli vivait cet algébriste et ’invention de Pimprimerie on cultiva Palgébre avec une attention particuliére. Des professeurs Penseignérent publiquement. Plusieurs traités furent composés sur cette partie de la science, et deux ouvrages des algébristes orientaux furent traduits de l’arabe en langue ifalienne. Le plus ancien livre imprimé sur Valgébre fut composé par un frére mineur nomme Lucas Paciolo ou Lucas de Borgo. Cet ouvrage, imprimé pour la premiére foix en 1494, et réimprimé en 1523, avait pour titre : Swmma de Arithmetica, Geometria, Proportione et Proportionalita. C’était pour le temps ot il parut un traité complet @arithmétique, dalgébre et de géométrie; Paciolo a de plus le mérite particulier de nous avoir conservé les ouvrages de Leonardo, sur les traces duquel il marcha pas 4 pas. Sous le rapport de la commodité et de la briéveté d’expression , analyse algébrique était encore fort imparfaite au temps de Lucas de Borgo. Les seuls signes employés étaient de 1égéres abréviations faites aux mots ou aux noms qui se rencontraient dans la suite des calculs, espéce de tachygraphie, qui était bien loin de la perfection du systéme de signes dont on se sert aujourd@’hui.

L’application de Valgébre était encore a cette époque extrémement limifée. Les algébristes s’arrétaient alors A la solution des équations du premier et du second degré, et ils classaient ce second degré en différentes catégories, a chacune desquelles était adaptée une méthode particuliére de solution. On ne connaissait point encore cet important résultat de analyse au moyen duquel la résolution de tous les cas dun probléme peut étre comprise dans une seule formule, qui elle-méme peut étre obtenue par la solution d’un seul de ces cas avec un simple changement des signes: On resta si longtemps sans comprendre cette vérité, que le docteur Halley s’étonnait de ce qu’une formule d’optique qwil avait trouvée pouvait donner, a l’aide d’un simple changement de signes, le foyer des deux rayons convergents et divergents, qu’ils soient réfléchis ou réfractés par un miroir ou une lentille convexe ou concave, et que Molyneux parlait de Puniversalité de la formule d’Halley comme d’une chose qui tenait de la magie.

L’algébre est indépendante des principes de la géométrie, quoique dans bien des cas ces deux sciences puissent se préter un secours mutuel. En effet, d’aprés exemple de Leonardo, Lucas de Borgo jugea convenable d’employer les constructions géométriques 4 prouver la vérité des régles a Vaide desquelles il résolvait les équations du deuxiéme degré, dont il ne comprenait pas complétement la théorie. Tl résuma ses méthodes en vers latins, qui sont loin de valoir son poéme, bien connu, qui a pour titre : ’ Amour des Triangles.

La science resta presque stationnaire depuis le temps de Leonardo jusqu’a celui de Paciolo, pendant une période de trois siécles. Mais invention de la typographie donna une grande impulsion & toutes les sciences mathématiques. Jusque 14 une imparfaite théorie des équations du deuxiéme degré était le point le plus avancé ou la science fot parvenue. Mais enfin cette barriére fut franchie, et vers l’année 1505 un cas particulier d’équations du troisiéme degré fut résolu par Scipion Ferreo, professeur de mathématiques & Bologne. C’était un pas important, parce qu’il montrait que la difficulté de résoudre les équat:ons d’un ordre plus élevé, au moins celles du troisiéme degré, n’était point insurmontable, et qu’une nouvelle route était ouverte a la découverte. A cette époque ceux qui cultivaient l’algébre avaient pour habitude lorsqu’ils avaient fait un pas de le cacher soigneusement a leurs conteniporains, et de les défier a résoudre des questions d’arithmétique posées de telle sorte que pour les résoudre il fallait absolument connaitre la nouvelle régle par eux frouvée, Ferreo fit donc un secret de

sa découverte. Il ta communiqua cependant 4 un Yénitien nommé Florido, son disciple fayori. Vers Pan 1535, celui-ci, ayant fixé sa résidence & Venise, défia Tartaglia de Brescia, homme d’un grand mérite, a tfier de science en résolvant des problémes au moyen de l’algébre. Florido posa ses questions de maniére que pour les résoudre il fallait connaitre la régle que lui avait apprise son maitre Ferreo. Mais cing ans -auparavant Tartaglia avait devancé Ferreo, et il était pour Florido un adversaire trop redoutable. 11 accepta donc le défi, et un jour fut désigné dans lequel chacun d’eux devait proposer a son adyersaire trente questions. Avant le jour indiqué il se remit a travailler les équations du troisiéme degré, et il découvrit la solution de deux nouveaux cas en sus des deux qu'il avait déja trouvés. Les questions de Florido furent telles qu’on n’avait besoin pour les résoudre que de la régle de Ferreo, tandis qu’au contraire celles de Tartaglia ne pouvaient étre résolues que par l’une ou Pautre de trois des régles que lui-méme avait trouvées, sans pouvoir l’étre par la quatriéme, qui était aussi connue de Florido. On comprend facilement d’avance lissue de la lutte; Florido ne put résoudre une seule des questions de son adversaire, tandis que Tartaglia résolut toutes les siennes en deux heures.

Cardan était contemporain de Tartaglia. Cet homme remarquable, médecin et professeur de mathématiques a Milan, était alors sur le point de terminer l' impression d’un ouyrage sur l’arithmétique, Valgébre et la géométrie. Mais, désirant ardemment enrichir son livre des découvertes de Tartaglia, qui fixaient A cette époque V’attention du monde savant en Italie, il s’efforga de tirer de lui la révélation de ses régles. Tartaglia résista longtemps aux priéres de Cardan; mais enfin, vaincu par ses importunités et par Voffre qu’il lui fit de jurer sur les saints Evangiles, ’honneur d’un gentilhomme et la foi d’un chrétien, de ne jamais les publier, et de les employer en chiffres, de telle sorte que méme aprés sa mort elles ne pussent étre intelligibles pour qui que ce fat, i} s'aventura, aprés beaucoup d’hésifation, a lui révéler ses régles pratiques, et il lui en donna la clef en quelques vers italiens, qui étaient eux-mémes, jusqu’a un certain point, fort énigmatiques : il en retint toutefois la démonstration. Cardan eut bient6t découvert la raison des régles, et méme il les perfectionna tellement qu'il se les appropria en quelque sorte. De essai imparfait de Tartaglia il déduisit une méthode ingénieuse et systématique pour résoudre toutes les équations du troisitme degré, quelles qu’elles soient. Mais, oubliant hientét la parole sacrée qu’il avait donnée, il publia en 1545 les découvertes de Tartaglia combinées avec les siennes , comme supplément a son traité sur larithmétique, Valgébre et la géométrie, qu’il avait publié six ans auparavant. Cet ouvrage est remarquable pour avoir été le second livre imprimé sur l’algébre. L’année suivante Tartaglia publia aussi un ouvrage sur Valgébre, qu’il dédia & Henri VIII, roi d’Angleterre.

Le pas que fit ensuite la science de Valgébre fut la découverte de la méthode pour résoudre les équations du quatriéme degré. Un algébriste italien proposa une question qui ne pouvait étre résolue par les régles nouvellement inventées. Quelques-uns prétendaient que ce probléme était impossible & résoudre; mais Cardan ne partageait pas cette opinion : il avait un éléve , nommé Ludovico Ferrari, jeune homme d’un grand génie, et qui étudiait avec ardeur |’analyse algébrique. Cardan lui confia la solution de cette difficile question, et i] ne fut point trompé dans son attente : non-seulement Ferrari résolut le probléme, mais encore il trouva une méthode générale pour résoudre les équations du quatrisme degré, en la faisant procéder de la solution des équations du troisiéme degré. C’était 14 un immense progrés, que n’ont point encore dépassé les plus grands efforts de l’analyse moderne. Vers le milieu du seiziéme siécle, un mathématicien allemand, Stifel, dans son ouvrage

ALGEBRE

intilulé Arithmetica integra, inyenta les signes de l’addition (--) et de la soustraction (—), ainsi que le radical (Vv). Le premier traité sur Valgébre écrit en anglais fut composé par Recorde, médecin et professeur de mathématiques & Cambridge. Recorde publia un traité d’arithmé-

tique dédié A Edouard VI, et un autre sur lalgébre intitulé :

the Whelstone of Wit, etc. Ml y introduisit pour la pre-

mire fois le signe indiquant l’égalité (=). 11 fit choix de ce

symbole parce que, dit-il, il ne peut y avoir deux choses plus égales entre elles que deux lignes paralléles. Raphael Bombinelli (1579) et Richard Steven (1585) ajoutérent quelques perfectionnements a la science.

Enfin, parut Viéte, mathématicien francais, qui fit faire a lalgébre un pas de géant. Le premier il employa des caractéres généraux pour représenter des quantités connues et inconnues. Ce progrés, qui parait si simple, euf cependant d’importantes conséquences. On doit regarder Viéte comme lo premier qui ait appliqué Yalgébre a ’avancement de la géométrie. Les anciens algébristes avaient en effet résolu des problémes géométriques , mais chaque solution était particuliére; fandis que Viéte en introduisant ses signes généraux donna des formules générales, qui étaient applicables a tous les problémes de la méme espéce. L’heureuse application de Valgébre 4 la géométrie eut d’immenses conséquences; elle conduisit Viéte a la doctrine des sections angulaires. Il trouva aussi la théorie des équations algébriques, et il fut le premier qui donna une méthode générale pour les résoudre par approximation. Comme il vécut entre l’année 1540 et année 1603, ses ouvrages appartiennent a la derniére période du seiziéme siécle. Il les fit imprimer 4 ses frais, et les distribua généreusement 4 ceux quis’occupaient de la science.

Le mathématicien flamand Albert Gérard étendit la théorie des équations un peu plus loin que Viéte, mais il n’approfondit pas entiérement leur composition ; il fut le premier qui introduisit ’usage du signe négatif dans la résolution des problémes géométriques, ef le premier aussi il parla des quantités imaginaires, sujet qui cependant ne fut pas bien approfondi, et il en inféra, par induction, que chaque équation a autant d’espéces qu'il y a d’unifés dans le nombre qui exprime les degrés. Son Algébre parut en 1629.

Thomas Harriot, mathématicien anglais, né 4 Oxford, en 1560, est auteur de découvertes importantes en algébre : le premier il égala au besoin les équations a zéro, en faisant passer le second membre du méme coté que le premier, et en affectant ses termes d’un signe contraire a celui qu’ils avaient ; mais il ne fit pas tout usage qu’il aurait pu de cette méthode. Le principal service qu'il aif rendu aux mathématiques, c’est d’avoir observé que toutes les équations dordre supérieur sont des produits d’équations simples : cette découverte est d’une grande importance. Wallis, mathématicien anglais , a fait impossible pour prouver que

Harriot fut au-dessus de tous les algébristes de son époque.

Sous le rapport de Vinvention, les Frangais , jaloux de la gloire si bien méritée de leur compatriote Viéte, prouvent, sans beaucoup de difficulté, que Harriot ne fut en grande partie que son imitateur, D’ailleurs, la préface que Harriot it a la téte de ses ouvrages donne un démenti formel aux assertions de Wallis. Au reste, Harriot occupe une des premiéres places dans le rang secondaire des mathématiciens. Les signes < et > (plus petit et plus grand ) sont de son inyention. Ougthred & la méme époque introduisit lesigne pour désigner la multiplication.

Apres eux parut Descartes. Ce grand géométre ouvrit un vaste champ de découvertes en appliquant V’algébre a la théorie des lignes courbes. En rapportant chaque point dune courbe a ses coordonnées, il exprima le rapport entre les différents points au moyen dune équation qui sert de caractéristique pour distinguer la courbe, et dont on peut déduire toutes ses différentes propriétés géomé-

ALGEBRE — ALGER

triques a l'aide des procédés ordinaires de Valgébre. Descartes indiqua en outre sa maniére de construire ou de représenter géométriquement les équations des degrés supérieurs. I] donna une régle pour résoudre une équation du quatri’me degré au moyen (une équation cubique et de deux équations du second degré.

Depuis, une foule de simplifications nouvelles ont été apportées dans les notations; l’usage des ex posants introduit par Descartes est devenu général; Valgébre a été encore perfectionnée dans tous ses détails , ef om en a singuli¢rement étendu et varié les applications. Citons pour mémoire la découverte des logarithmes par Néper, les calculs de Kepler sur les surfaces formées par la révolution des lignes courbes, la géométrie des indivisibles de C avalieri, Parithmétique des infinis de Wallis, et par-dessus tout la méthode des fluxions de Newton, et le calcul intégral et différentiel de Leibnitz. Les travaux de Hospital, de Roberval, deFermat,@Huygens, des deux Bernoulli, de Herman, de Pascal, de Barrow, de James Gre gory, de Wren, de Cotes, de Lambert, de Taylor, de Halley, de Moivre, de Maclaurin, de Stirling, de DAlembert, de Maupertuis, d@Euler, agrandirent encore le domaine de la science. Plus tard, Lagrange créa la théorie des fonctions analytiques. Laplace appligua une analyse savante a la mécanique céleste; enfin les investigations de Legendre, Poisson, Abel, Gauss, Wronski, Cauchy, Sturm, etc., ont encore accru Ja somme de nos connaissances dans l’analyse et perfectionné ses méthodes (investigation.

L’attention des savants s’est portée dans ces derniers temps sur une branche nouvelle de Vhistoire de Valgébre : nous voulons parler du haut degré de perfection que cette science avait atteint dans les Indes. C’est 4 M. Reuben-Barow que nous sommes redevables des premiéres notions sur ce point intéressant. Le désir @éclaircir histoire des sciences mathématiques le décida a faire une collection de manuscrits orienfaux, dont quelques-uns, en langue persane, furent légués a M. Balby, professeur au Collége royal militaire , qui vers Yannée 1800 les communiqua A tous ceux que ce sujet pouvait intéresser. En 1813 M. Edouard Strachey traduisit du persan le Bija Gannita (ou Vija Ganita ), traité indou sur Palgébre, et en 1816 le docteur Taylor publia 4 Bombay une traduction du Zilavati faite sur le sanscrit original. Ce dernier ouvrage est un traité sur larithmétique et la géométrie , et tous deux ont été faits par un algébriste oriental, Bhascara-Acharya. Enfin, en 1817 parut louvrage intitulé : Algébre , Arithmcétique , Vv Art des Mesures, traduit du sanscrit de Brahmegupta et Bhascara par Henri Thomas Colebrooke. Cet ouvrage contient quatre traités différents , originairement écrits en vers sanscrits, savoir : le Vija Ganita, et le Livati de Bhascara Acharya, et les Ganita @ Haya et Cuttaca @ Hyaya de Brahmegupta. Les deux premiers forment la partie préliminaire du cours d’astronomie de Bhascara , intitulé : Sidd’ hanta Siromani, et les deux derniers sont le douziéme et le dix-huitiéme chapitre d’un cours semblable d’astronomie intitulé : Brahma- Sid@ hanta. Le temps ot écrivait Bhascara est fixé avec la plus grande certitude, par son propre témoignage et d'autres circonstances, vers l'année 1150 de l’ére chrétienne. Les ouvrages de Bralmegupta sont extr¢émement rares , et Yépoque a laquelle il yécut est trés-incertaine. On sait que le traité de Brahmegupta ne fut pas le premier ouvrage écrit dans I’Inde sur la matiére. Ganessa , astronome et mathématicien distingué, et le plus célébre des commentafeurs de Bhascara, cite un passage d’un auteur beaucoup plus ancien, Arya Bhatta, qui est regardé par d’autres commenfateurs comme le chef des anciens écrivains. Non-seufement les Hindous appliqudrent algébre 4 l'astronomie et a la géométrie, mais réciproquement ils appliquérent la

géométrie & la démonstration des régles algébriques. En effet, ils cultivérent lalgébre avec beaucoup d’assiduité et beaucoup plus de succés que la géométrie : l'état peu avancé de leurs connaissances dans cette derniére science et le haut degré de perfection qu’ils avaient atteint en algébre le prouvent inconteslablement. M. Colebrooke ¢tablit une comparaison entre les algébristes indiens et Diophante, et il arrive A conclure que, tout considéré, les premiers ont été plus loin dans la science que ce dernier. Suivant lui ils ont le mérite d’avoir atfeint et méme dépassé les découvertes modernes dans Ja solution des équations du quatriéme degré; d’avoir trouvé des méthodes générales pour la solution des problémes indéterminés du premier et du second degré, dans lesquelles ils sont allés beaucoup plus loin que Diophante et ont primé les découvertes des algébristes grecs ; davoir appliqué l'algebre aux recherches astronomiques et aux démonstrations géométriques , dans lesquelles ils ont

| aussi touché quelques matidres qui ont été inventées dans

les temps modernes.

Les applications de Valgébre sont nombreuses, et c’est une des raisons pour lesquelles on ne saurait trop apprécier cette science admirable. Dépourvues de ses secours, ol en seraient la géométrie supérieure, la mécanique, !’astronomie et la physique? L’algébre est la base de la trigonométrie , dont les calculs sont d’un continuel emploi dans Ja navigation ; la stéréotomie lui emprunte ses formules ; l’asfronome, guidé par elle, trace plusieurs siécles d’avance la route des cométes, ou découvre, plus stirement qu’avec un télescope, des astres jusque alors inconnus. Non-seulement elle contribue partout & de nouvelles conquétes de l’esprit humain ; mais elle offre le précieux avantage de Ja rapidité des moyens : et si Yon en voulait un exemple, il suffirait de comparer la détermination des éclipses chez les anciens et chez les modernes.

ALGEHIAD. Voyez At-Dsinep.

ALGENIB, une des deux étoiles secondaires de la constellation de Pégase.

ALGER, ville principale de ’Algérie, chef-lien du département de son nom et si¢ége du gouvernement général des possessions frangaises dans le nord de l’Afrique, est située sur la Méditerranée , vis-a-vis de Majorque, par 0°39’ 43" de longitude orientale et 36°48’ 36” de latitude septentrionale, a sept cents kilométres de Toulon et a huit cents kilométres de Marseille, trajet que l’on fait ordinairement en quarante-huit heures. Alger posséde un archevéché depuis le 9 janvier 1867, une préfeciure, une académie dinstruction publique, une cour d’appel, un tribunal de premiére instance, un tribunal et une chambre de commerce, une banque, un mont-de-piété et une caisse d’épargne, etc. Il s’y publie plusieurs journaux : U’Akhbar; le Mobacher, journal arabe francais ; Algérie nouvelle, etc. On y trouve en outre un théatre.

Cette ville, que les Arabes appellent al Djézair (WLle), et qui parait occuper la place de l’antique Jcosium, est batie on amphithéatre, sur une colline de cent dix-huit métres dé iévation , dont elle occupe tout le penchant qui fait face a la mer. Elle a ainsi la forme d’un triangle dont le plus grand cOté, lui servant de base, s’appuie sur le rivage, et an sommet duquel se trouve la Casbah, ou citadelle. Ses maisons, blanchies et terminées par des terrasses, offrent une masse non interrompue qui s’apercoit a une grande distance en mer. Le grand nombre ce maisons de campagne dont elle est environnée lui donnent l’aspect d’une ville riche et commercante.

On compte a Alger et sa banlieue 60,647 habitants, dont 18,722 indigénes, parmi lesquels il y a des Arabes, des Kabyles, des Israélites et des négres. Par décret du 1& mai 1854, la municipalité d’Alger se compose d’un maire, de trois adjoints domiciliés & Alger, de trois adjoints pour les sections suburkaines, nommeés par l’empereur sur le rapport du

iinistre de la guerre et d’aprds la proposition du gouverneur général, et d’un conscil municipal de seize membres, dont dix Frangais ou paturalisés, trois étrangers, deux indigénes musulmans , un indigéne israélite, nommés par le gouverneur général sur la présentation du préfet.

Alger se trouve vers louverture occidentale d’une vaste baie occupant un espace de 8 4 9 milles, de Pest louest, ayant prés de 4 milles de profondeur, et 4 ouverture orientale. de laquelle est le cap Matifou. Au fond de cette baie est Pembouchure de l’Harach, large de quarante métres , mais souvent obstruée par un bane de sable. L’ancienne rade d@ Alger était complétement ouverte aux vents du large ; la petite darse qui formait le port avait été construite a Vextrémité ouest et 4 entrée de cette rade. Sa fondation remonte a Pan 1530. Elle est Pouvrage de Khair-Eddin, frére de Barberousse, qui, s’étant rendu maitre d’un petit ilot situé en face de la ville, sur lequel les Espagnols avaient une forteresse, résolut, pour s’en assurer la possession, et en méme temps pour avoir devant Alger un port a l’abri des vents et de la mer du large, de la réunir a la ville au moyen d’une jetée quwon nomme la jetée Khair-Eddin. Elle a cent soixantequinze métres de longueur, trente-six métres de largeur en couronnement; sa direction est & peu prés celle de lestnord-est 4 l’ouest-sud-ouest. Indépendamment de la jetée Khair-Eddin, on en a construit une seconde, paralléle a Ja direction de Vile, et qui couvre le port des vents de Pest : c’est celle que l'on nomme /e Méle proprement dit. Elle a cent vingt-cing métres de longueur, et quatre-vingtquinze métres dans sa plus grande largeur; sa direction est du nord-ouest au sud-ouest. Ces deux jetées avec le petit mdle du lazaret formaient l’enceinte de la darse, qui avait trente-neuf mille huit cent douze métres carrés de superficie, et pouvait contenir soixante batiments, dont trente environ du port de trois cents tonneaux, et quelques-uns seulement de huit cents tonneaux. Les navires d’un plus fort tonnage mouillaient hors de la darse , exposés a mille accidents. Depuis 1836 on a entrepris de grands travaux pour agrandir ce port. Au moyen @’énormes blocs de béton de soixante 4 quatre-vingt-dix métres cubes chacun, on a prolongé une jetée en avant du mdle et dans la direction de Youest au nord, qui doit garantir les navires des vents du large et les défendre au besoin contre les entreprises de Yennemi. Une autre jetée partant de terre aux environs du fort Bab-Azoun doit un jour compléter l'enceinte du port d@ Alger. La roche sans nom, qui génait, a été dérasée.

Sur le petit ilot dont nous avons parlé, et qu’on nomme la Marine, se trouvent un parce d’artillerie et d’autres établissements maritimes; prés de la jetée Khair-Eddin il existe un phare,mal entretenu par les Turcs, mais possédant aujourd’hui, 4 trente-cing métres d’élévation au-dessus du niveau de la mer, un feu tournant de quatri¢me grandeur, a éclipse,et visible jusqu’a cing lieues en mer. Prés de la il y avait une poudriére qui fit explosion le 8 mars 1845.

Aussit6t aprés la prise d’Alger on s’occupa d’assurer Ja défense de Ja place. Les abords de la Casbah furent dégagés des maisons qui les obstruaient; de nouveaux alignements de rues furent tracés; en méme temps qu’au fort de l’Empereur la bréche causée par l’explosion qui nous avait ouvert cet ouvrage était réparée, on s’empressait d’améliorer Alintérieur d’Alger tout ce qui pouvait augmenter sa résistance contre une attaque. Des déblais étaient entrepris au fort Neuf pour l’envelopper d’un fossé, et assainir ainsi les beaux souterrains qui s’y trouvaient; une batterie terrassée a-barbette était Glevée prds de la Pécherie; on restaurait Jes parties d’enceinte ayoisinant la rue Macaron ; néanmoins la faiblesse de l’enceinte turque fit entreprendre une nouvelle muraille bastionnée, en 1841. Comme les projets d’agrandissement du port lui assignaient l’espace compris entre le fort Bab-Azoun et la darse existante, V’enceinte nouvelle dut s’étendre jusqu’a ce fort, et par suite le faubourg Bab-

ALGER

Azoun fut enfermé dans la ville nouvelle, L’enceinte turque qui séparait la ville de ce faubourg, a depuis été démolie, et le reste de V’enceinte rectifié et fortifié, en méme temps que la citadelle ou Casbah était agrandie et pourvue des établissements nécessaires. De plus, Alger a été couvert d'une ligne de forts détachés.

Le faubourg Bab-Azoun, qui avant la conquéte était désert et infect, s’est couvert de belles maisons et d’éta)lisse- ments importants. construits suivant des alignements réguliers. Ii est devenu le p.us beau quartier de la ville. — Du cote opposé, a l’ouest d’Alger, se trouve le faubourg Babel-Oued.

Le palais du gouverneur est un hétel successivement agrandi et embelli. De belles casernes ont été construites, des prisons appropriées; les services publics ont été installés convenablement, dans des locaux choisis a cet effet, au fur et 4 mesure des besoins. Enfin les souterrains, assainis et réparés, ont pu servir de magasins d’approvisionnements.

La cathédrale @Alger est sous V’inyocation de saint Philippe. C’est une ancienne et fort jolie mosquée. Ses proportions n’étant pas d’abord celles qui conyenaient a une église miétropolitaine, des travaux importants de restauration et d’agrandissement furent entrepris pour doubler la superficie de l’édifice et y annexer toutes les dépendances nécessaires. Les travaux ont été exécutés dans le style mauresque de l’ancienne mosquée.

Une maison mauresque des plus élégantes a été affectée a Vévéché d’Alger ; elle est située en face dela cathédrale, et dans ses dépendances sont logés les chanoines et les prétres de Saint- Philippe.

L’église Saint-Augustin, rue Bab-el-Oued, est une ancienne mosquée qui depuis occupation avait été affectée au service du campement. Des travaux d’appropriation ont été exécutés dans son intérieur, et elle sert d’église paroissiale pour Je quartier de Bab-el-Oued.

Le temple protestant , commencé en 1843, a été achevé en 1845. Un logement pour le pasteur et une école y sont annexés.

Alger posséde en outre quatre grandes mosquées et une trentaine de petites, deux grandes synagogues et douze petites.

L’hospice civil est établi dans Pancienne caserne des janissaires de Kharratine. En 1831 on établit Phdpital de la Salpétriére hors de la porte de Bab-el-Oued, en utilisant danciennes constructions; en 1832 ’hépital du Dey a été formé également de batiments maures dans le méme faubourg. Depuis, ces deux établissements ont été considéra-

blement augmentés et améliorés. Un bureau de bienfai-

sance musuiman a été déclaré d’utilité publique a Alger en

Le lazareé d’ Alger, construction remarquable , commencé en 1840, a été terminé en 1843. Il est placé sur un terrain au sud et a peu de distance du fort Bab-Azoun, au-dessus dune crique ow il est facile de débarquer.

La bibliotheque publique d’Alger, dont la fondation se préparait depuis 1835, fut définitivement constituée en 1838 , au moyen de dons d’ouvrages Saits par les divers départements ministériels, auxquels vinrent se joindre des manuscrits arabes recueillis par M. Berbrugger, conservateur de l’établissement, ainsi que dans nos expéditions militaires, et surtout 4 la prise de Constantine, en 1837. Elle est installée dans une dépendance de l’ancienne caserne des janissaires, transformée en lycée; le public y est admis trois fois par semaine. En 1846 elle comptait 1,473 ouvrages imprimés, 687 manuscrits contenant plus de deux mille ouvrages, et quelques cartes. s

Le musée d’Alger, commencé en méme temps que la bibliothéque, a grandi et s’est développé successivement, au point que, ’espace ayant manqué pour disposer convenablement les collections dans le batiment du lycée, on & da réunir les objets d’art antiques et les curiosités indigenes

ALGER

dans quatre salles de la Jénina. Le musée se divise en plusieurs sections : objets d’histoire naturelle, minéralogie, fossiles, tnscriplions, médailles et échantillons divers. On y voit le tombeau du fameux Hassan-Agha, qui défendit Alger, en 1541, contre Charles-Quint.

Le lycée est installé dans une ancienne caserne de janissaires. Alger compte en outre un collége arabe frangais, une école préparatoire de médecine et de pharmacie, deux écoles francaises de garcons, une école maure frangaise, une école juive francaise , une école des sceurs, une égole de jeunes juives, une salle d’asile, et plusieurs écoles privées.

Les rues de grande voirie d’Alger, dont le développement est de 1,786 métres, forment, d’aprés leur position dans la ville basse, les principales artéres de la cité ; ce sont: la rue de PAmirauté, longeant la jetée Khair-Eddin, du cété du port; la rue de la Marine, qui fait suite a la précédente , joint la porte de France 4 la place du Gouvernement, el borde le cété nord de cette place; la rue Bab-Azoun, qui suit le coté ouest de la méme place et conduit a la porte d’Azoun; la rue Bab-el-Oued, qui méne a la porte de ce nom, et prend naissance 4 langle nord-ouest de la place du Gouvernement ; les rues Philippe, Traversiére et des Consuls, qui mettent en communication la partie nord de la rue Bab-el-Oued avec ’extrémité est de la rue de la Marine. A lexception des rues Philippe et des Consuls, les rues de grande voirie a Alger sont couvertes de chaque céteé par des arcades. Celles de la Marine, Bab-Azoun et Babel-Oued ont huit métres de voie charretiére et sont bordées de galeries 4 arcades qui abritent des trottoirs de deux métres quarante centimetres de largeur dans ceuvre. La rue de la Lyre, percée en 1847, large de huit métres et pourvue d’arcades, va de la place du Gouvernement a la porte d’Isly.

Au milieu des démolitions qui suivirent la conquéte, ona établi la place du Gouvernement ; puis la place de Chartres, destinée 4 devenir Je grand marché de la ville; et enfin la place du Soudan, qui dégage le palais du gouverneur, la cathédrale, Pévéché; la place d’Isly , etc.

Les égouts d’Alger servent non-seulement a écoulement des eaux pluviales et ménagéres, mais aussi au dégorgemeni des fosses d’aisances des maisons particuliéres. La pente rapide du sol de la ville, batie en amphithéatre, permet un écoulement facile et prompt. Les Turcs avaient laissé ces égouts dans un état déplorable. L’administration francaise les a améliorés. Tous ces égouts sont dirigés vers la mer, les uns du cété de Bab-el-Oued, depuis la jetée Khair-Eddin jusqu’au fort Neuf; les autres, et c’est le plus grand nombre, du coté de Bab-Azoun, depuis la méme jetée Khair-Eddia jusqu’a la porte Bab-Azoun. Ceux qui se jettent 4 la mer du cété de Bab-el-Oued ne présentent aucun inconvénient ; les immondices sont battus et enlevés par la mer libre. Ceux qui se jettent du cdté de Bab-Azoun se déversent dans le port, et tendent non-seulement a le combler, mais encore 4 le rendre plus infect. Pour éviter ces inconvénients, on a pensé faire un grand égout de ceinture a point de partage recevant tous ceux qui s’écoulent dans ie port, et portant les résidus a la mer, d’un cété au nord de la jetée Khair- Eddin, et de l’autre au sud du fort Bab-Azoun.

Les aqueducs qui alimentent Alger sont au nombre de quatre, savoir : le Hamma, le Telemli, |’ Ain-Zeboudja, et le Birtreriah. Ils fournissent ensemble an volume de 23,880 hectolitres par vingt-quatre heures, Les aqueducs de Telemli et d’Ain-Zeboudja ont subi en 1845 des avaries qui ont nécessité leur reconstruction. En 1841 il y avait soixante fontaines publiques 4 Alger, consommant 8,014 hectolitres d'eau. Ces fontaines sont munies de bassins et d’abreuvoirs. Depuis ce temps le nombre des fontaines a augmenté.

Lindustrie est peu importante a Alger. On y fabrique des soleries, des tapis, des tissus de laine, des armes a fea, des objets de sellerie , de bijouterie, @’horlogerie , des cuirs, etc. Cependant Alger posséde maintenant evedones usines a va-

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peur. Celle de Bab-el-Oued subvient a peu prés exclusivement a la mouture de larmée. Le commerce y a plus d’importance; entrepdt naturel des échanges entre la métropole et ja colonie arabe, il s’y fait aussi un certain mouvement de cabotage. Alger posséde des chantiers de construction et un certain nombre de batiments. La pépiniére du gouvernement, située A Hamma, a beaucoup contribué a l’acclimatation des plantes exotiques en Algérie, et sert également a préparer la naturalisation de végétaux pour la métropole. Enfin la douceur du climat doit un jour attirer en grand nombre d’étrangers 4 Alger en hiver. L. Louver.

ALGERIE, autrefois régence d’Alger, un des anciens Etats Barbaresques, soumis aujourd’hui a la puissance de la France.

Description géographique. L’ Algérie est bornée au nord par la Méditerranée, 4 Pouest par l’empire de Maroc, a lest par la régence de Tunis, au sud par Je Sahara. Elle s’étend de 6° 30’ de longitude orientale a 4° de longitude occidentale.

Ses frontiéres ont été fixées par un trailté spécial auprés du cap Malouia du coté du Maroc, et du coté de Tunis elles sarrétent vis-a-vis Pile de Tabarkah, au cap Roux. I a longtemps été difficile de déterminer les limites de Algérie au sud; mais on peut dire qu’elles sont naturellement tracées par fa fin de la ligne des oasis et le commenceiaent de Pimmense Sahara-Belama. .

L’Algérie est aujourd’hui divisée en trois provinces et trois préfectures, ayant pour chefs-lieux Alger, Oran, Constantine. Sa population est évaluée a 235,670 Européeus. Sa population indigéne dépasse 3,000,000 ames. A la téte de Yadministration se trouve un gouverneur général; un sousgouverneur le supplée en cas d’absence. Dans chaque province un général commande la division et administre le territoire militaire. L’administration departementale est confiée A trois préfets. Blidah, Mostaganem, Bone, Philippeville, Médéah , Miliana, Mascara, Tlemcen, Guelma et Sétif, ont des sous-préfets. Des commissaires civils exercant un pouvoir qui tient du pouvoir municipal es ‘udiciaire se trouvent a la téte de certains districts; des maires et adjoints administrent les communes constituées. Des conseils sont placés auprés des différentes autorités, La hiérarchie militaire comprend des officiers supérieurs de divers grades dirigeant des subdivisions et des cercles. Les services des ponts et chaussées, des mines, des batiments civils, des domaines, des hypothéques, des douanes, des postes, des contributions indirectes, des foréts, sont partout organisés. La justice est renduepar des juges de paix, des tribunaux de commerce, des tribunaux de premiére instance et une cour d’appel qui siége a Alger. En outre, des kadis et des tribunaux indigénes rendent la justice sous notre surveillance. Des bureaux arabes, présidés par des officiers frangais, veillent a tout ce qui regarde ladministration des indigenes, qui doivent obéir a des khalifas, des agas, des bach-agas, des kaids, et des amins, institués par le gouvernement francais, Un archevéché existe 4 Alger. Presque tous les grands centres de population ont leurs églises, leurs mosquées ou leurs synagogues. Des postes télégraphiques sont établis, et un commissariat central de police existe a Alger. L’académie d’Alger comprend les trois départements : elle est dirigée par un. recteur, deux inspecteurs d’académie, un inspecteur primaire et deux sous-inspecteurs. Elle compte un lycée, un collége arabe francais, des colléges, des pensions et de nombreuses écoles primaires.

La chaine de montagnes qui forme la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et le Grand-Désert porte le nom général d’Adlas. Les géographes ont longtemps disiingué le grand et le petit Atlas, désignant par ce dernier nom cette chaine peu élevée, mais escarpée, qui suit le lit-

' toral depuis le détroit de Gibraltar & travers le Maroc et

VAlgérie jusqu’a Tunis. Mais cette distinction n’est point evacte, car Jes deux chaines ne sont, parfaitement distinctes.

en aucun endroit, et Yintervalle qui les sépare est lui-méme un pays de montagnes entrecoupé de profondes vallées. Aucune des cimes de I’Atlas ne s’éléve jusqu’a la région des neiges perpétuelles; elles sont presque toujours couronnées de vastes et magnifiques foréts de pins. Le massif du Jurjura et surtout les monts Aurés semblent @tre les points culninants,.

La constitution géologique de ces montagnes présente des calcaires anciens alternant avec un schiste talqueux et passant souvent 4 un micaschiste bien caractérisé et au gneiss. La stratification du gneiss est également trés-irréguliére, il ne présente pas de débris organiques; puis viennent des marnes schisteuses alternant avec des calcaires secondaires; enfin des caleaires grossiers avec des marnes blanchatres, des sables ferrugineux reposant sur des mernes bleues gypseuses. Ce terrain est particuli¢rement développé prés d’Oran, et les plaines dont le sol en est formé sont d'une grande fertilité, tandis que du cété d’Alger il parait peu propre a la végétation. On a également trouvé, mais en petites quantités, des roches volcaniques, des trachytes, des laves, des ponces et des scories. Parmi les gemmes, il faut cifer les diamants, les calcédoines, les grenats, les macles, les tourmalines, des cristaux, du quartz et de belles lames de mica. Il y a aussi des mines d’or, d’argent, d’antimoine, de fer, de plomb et de cuivre. Ces trois derniers métaux surtout se rencontrent en gisements nombreux et puissants.

Au milieu des reliefs montagneux qui sillonnent l’Algérie s’étendent de nombreuses vallées qui s’étendent parfois en vastes plaines , parmi lesquelles on cite en premiére ligne celles de la Métidja et dela Medjana; au versant méridional de l’Atlas, celles de Seresso, d’El-Mehaguen, d’EI- Mansef, d’El-Mita, d’El-Ouazaren.

Uhydrographie de YAfrique commence a étre mieux connue. Les principaux cours d’eau sur le versant de la Méditerranée sont la Mafrag,la Seibouse, qui se jettent dans la mer prés de Bone, ainsi que la Boudjima, petite riviére dont le cours est fort lent; le Béni-Melki, qui débouche dans le golfe de Stora; ’Oued-el-Kebir ou Rummel; le Bouberak, ]’Iisser, ’Hamise, l'Harach, le Mazafran, le Chélif, ie fleuve le plus important de toute l’Algérie, la Macta, le Rio-Salado et la Tafna; sur le versant du désert, ’Oued-Medjerdah et ’Oued-Milleg, l’Oued-Rosran, YQued-Bedjer, ?Oued-Djellal , l’Oued-el-Djedi, dont le parcours est considérable et dont les principaux affluents sont YOued-el-Arab, l’Oued-el-Abied , ’OQued-Hadjer, l’Oued- Oulad-Abdi, VOued-el-Tell , Oued-Djeah et lOued-el- Féirad. Les autres cours d’eau sont peu considérables et imparfaitement connus.

Parmi les lacs il faut citer : dans le département de Consfantine, le Guérah-el-Hout, le Guérah-el-Boheira, le lac Fetzara, la Sebkha-Zerkak ; dans le département d’Alger, le lac Alouta ; dans le département d’Oran, la Sebk la ou lac Salé, et quelques autres plus petits. Le Sahara algérien contient un grand nombre de lacs, ou sv jettent les fleuves qui l’arrosent. Les plus importants sont le lac de Zaghez, le Chotel-Saida, le lac de Nsiga, le lac Felghigh, le lac Melghigh et le jac de Chegga.

Pour la description des cdtes de l'Afrique que les indigenes appellent Sahel, nous les suivrons de Vouest 4 lest a partir des fronti¢res de Maroc. Le cap Malouia est le premier que l’on rencontre depuis la fixation des frontiéres ; on passe ensuite devant Djemmaa-Ghazaouah , place occupée par nos troupes; aprés, on trouve le cap Hone, plus loin le cap Noé, formé de terres hautes et coupées a pic du coté de Ja mer, le cap Fégalo, un des plus avancés de la cote, trésescarpé et presque taillé & pic; le cap Lindlés, puis une baie protonde, bordée de plages et de falaises ; le cap Falcon, la baie de las Aguadas, la baie d’Oran. Le mouillage d’Oran est défendu des vents douest et nord-ouest par la pointe du

ALGERIE

fort Lamouna; et le for’ Mers-el-Kebir, qui s’avance comme un mdle vers lest, en fait le meilleur abri que I’on puisse trouver sur la céte d’Algérie. Le cap Ferrat sépare la baie d’Oran de celle d’Arzeu, qui offre un excellent mouillage pour toutes les saisons aux batiments ordinaires du commerce. Vient ensuite la pointe du Chélif, puis une suite de falaises ou de terres peu élevées, le cap Ivi, une courbure de la céte, peu sensible, mais prolongée, et le eap Ténés; le port de Cherchell, sifué dans une petite anse circulaire, dont l’ouverture est tournée au nord-ouest et qui nest aujourd’hui praticable que pour les petits batiments. On trouve ensuite le Raz el-Amousch , composé de terres hautes qui occupent une grande surface, la presqu’ile de Sidi- Ferruch etle cap Caxine. La baie d’ Alger vient ensuite ; la céte est rocailleuse @abord , puis forme une large plage qui tourne a lest-sud-est et se courbe insensiblement en remontant enfin vers le nord jusqu’a ’Hamise. La le sable disparait; c’est une falaise qui, se levant graduellement jusqu’au cap Matifou, forme la partie orientale de la baie d’Alger. Jusqu’au cap Bengut il n’y a ni abri ni mouillage. A partir de Dellys la céte est sans sinuosités remarquables jusqu’au cap Corbelin. Une longue plage de sable terminée par de basses falaises forme le cordon de la céte jusqu’au cap Sigli. De ce point au cap Carbou la céte présente a la mer une muraille perpendiculaire de grands rochers. La baie de Bougie vient ensuite, et offre un abri stir en toutes saisons. Jusqu’au port de Djidjelli la céten’est qu’une suite de bas rochers. Du cap Boudjaroni, point le plus septentrional de toute la céte d’Algérie, jusqu’a la baie de Collo, la céte est variée et pittoresque ; puis on trouve le Raz-Bibi, formé de mamelons disposés en pointe étroite, une cédte soutenue par d’énormes rochers ; une baie de nouveaux escarpements de rochers ; la petite anse de Stora, que les indigénes regardent comme le meilleur port du littoral, et enfin le cap Filfila. Le grand enfoncement compris entre ce cap et le cap de Fer se nomme golfe de Stora. La céte se redresse aprés avoir dépassé Philippeville vers le nord-cst jusqu’au cap de Garde. La plage qui borde la ville de Bone tourne au sud et la portion de la céfe comprise entre les caps de Garde et Rosa forme le golfe de Bone. Immédiatement aprés, nous trouvons la Calle, ancien établissement de la compagnie d’Afrique , et le cap Roux, limite de PAlgérie.

Nous venons de citer les principales villes de l’Algérie qui se rencontrent sur les cdtes; il ne nous reste plus qu’a rappeler celles de Vintérieur ; presque toutes auront des articles dans notre ouvrage. Dans le Tel! algérien nous trouyons d’abord : dans la province d’Alger : Blidah, Bouffarick, Orléansville, Medjadja, Miliana, Médéah, Teniet-el-Haad, Boghar; dans la province d’Oran, T lemecen, Mascara, Mostaganem, Zebdou, Tiaret, Tagdemt; dans la province de Constantine: Milah, Msilah, Sétif, Djemilah, Ghelma, Tiffech. Dans le Sahara algérien on doit citer comme stations principales des caravanes et siéges des marches, Bou-Sada, Ain-Madhy, El-Aghouat, El-Alleg, Bouferdjoun, Biskarah, Zaatcha, Tuggurt, El-Guérara, Ouaregla, Ghardéia, Metlili, El-Abiedh, Lelmaia , El-Ghacgoul, Stiten, El-Moqta, Taouiala.

Située dans la plus chaude moitié de la zone tempérée, mais encore loin du tropique, l’Algérie doit 4 cette heureuse position ainsi qua l’éléyation montueuse du sol ct wi yoisinage de Ja mer un climat extrémement doux et saiubre sur les pentes septentrionales de l’Atlas; Vhivyer offre une température moyenne de 12° a 18°, et dans l’été elle atteint de 35° a 40°; des vents frais et des brises régulidres viennent en modérer lardeur. D’ayril en octobre, Je ciel est constamment pur ; puis viennent les pluies, qui durent jusqwen mars. Le nombre des jours pluvicux n’est guére que de quarante dans l’année, mais la quantité d'eau tombée

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est considérable, et se peut évaluer & une moyenne de soixante-seize centimétres. Les vents les plus communs sont ceux du nord et du nord-ouest, les plus rares sont ceux d’est et Wouest ; le vent du sud, ou simoun, qui souffle trois ou quatre fois par mois, produit une chaleur accablante; mais ilest rare qu’il dure plus de vingt-quatre heures.

La yégétation est telle qu’on la doit attendre du climat, et la contrée n’a point dégénéré ; est toujours cette fertilité si renommée chez les anciens. Tous les fruits de PEurope méridionale y croissent en abondance. Les oranges, les cifrons, les amandes, les jujwbes, les caroubes, les figues, les bananes, les noix, les mires, les raisins, et généralement tous nos fruits & pépin et & noyau y sont d'une qualité supérieure. Le dattier, le pistachier, Volivier, ’arbousier, la vigne méme et Voranger sont des produits spontanés du sol. Les plaines donnent les plus riches moissons de céréales ; le riz se cultive dans les vallées, plus humides. Tous nos légumes et nos herbages potagers y réussissent parfaitement, ainsi que toutes les variétés de melons. L’indigo, le café,et surtout le tabac, y ont été introduits depuis la conquéte, et font déja prévoir une immense source de revenus pour l’Algérie.

Tous nos arbres et nos fleurs d’agrément y croissent naturellement céte 4 cdte de la raquette, de agave, du sumac, des cystes, du genét épineux, de l’absinthe, de la menthe et de la sauge. Les foréts sont peuplées de liéges, d’yeuses, de thuyas, de cyprés et de pins. Dans les marécages on trouve beaucoup de jones et de roseaux.

Dans le régne animal, on doit citer : parmi les zoophytes, le corail et ’éponge; parmi les insectes, la sauterelle, la punaise, les moustiques et la puce surtout, véritable fléau pour

Pépiderme délicat de ’Européen. L’eau des mares contient des petites sangsues presque imperceptibles, qui occasionnent de fréquents accidents. Les scorpions et les tarentules sont trés-dangereux. Les poissons de mer et d’eau douce sont les mémes que ceux des cédtes et des riviéres de la Provence. Les reptiles sont trés-communs et trés-variés, les crapauds @une taille remarquable, les lézards trés-multipliés ainsi que les caméléons, Les tortues de terre et d’eau douce sont extrémement nombreuses, sans parler de celles que la Méditerranée apporte sur les cétes. Les oiseaux sont a peu prés ceux de l'Europe. Quant aux mammiféres, parmi les carnassiers on rencontre le lion, la panthére, l’once, le lynx, le chacal, la hyéne, l’ours, le loup, le chien, le chat, le renard, la genette et ’ichneumon; parmi les rongeurs, les rats, la gerboise, le porc-épic, les livres; parmi les singes, des guenons et des babouins; entre les pachydermes non ruminants, le sanglier ; parmi les ruminants, les antilopes et les gazelles, et enfin les animaux domestiques, comme le cheval, l’dne, le mulet, le chameau, le dromadaire, le beeuf, le mouton et la chévre.

Il n’y a peut-étre pas de pays ot l’on rencontre autant de races @hommes différentes, pures ou mélangées. On admet d’ordinaire, en mettant 4 part les colons européens, des Arabes, des Kabyles ou Berbers, des Tures, des Juifs, des Négres et des Coulouglis. La dénomination de Bédouins

(nomades ) s’applique indifféremment aux Kabyles et aux Arabes, ces deux peuples si distincts d’origine. Quant a celle de Maures, par laquelle on prétendait désigner les restes du peuple que les Romains appelaient ainsi, elle est erronée. Mais ces sept races d’hommes ne se rencontrent pas quelquefois pures de tout mélange, soit entre elles, soit avec des éléments étrangers. Ainsi, dans les Kabyles on retrouve facilement des descendants des Vandales, encore reconnais- Sables & leurs cheveux blonds et & leurs yeux bleus. Les Tures (et il en reste peu) ne sont pas de véritables Osmanlis, mais descendent de ce ramas de gens de toutes sortes et de toutes origines , Turcs , Grecs, Circassiens , Albanais , Corses, Maltais, que Ja soif du pillage avait réunis dans le repaire d¢ la piraterie, Les Coulouglis (fils de soldats ) étaient

31t la postérité issue de ces Turcs avec des femmes indigénes. Il ne faut pas croire non plus que la classe des Juifs, si nombreuse dans les villes, descende en droite ligne d’Abraham ; les historiens arabes ne laissent point ignorer qu’aux septi¢me et huitiéme siécles une grande partie des habitants de Y Afrique professaient le judaisme, et que la prédication musulmane fut loin d’opérer une conversion universelle, Enfin la race négre doit son origine aux esclaves successivement amenés par les caravanes des divers pays de l’intérieur de l Afrique.

La langue arabe est la plus généralement répandue, la plupart des Juifs la parlent; la langue berbére se parle dans toutes les tribus kabyles. Le ture et la langue franque ont complétement disparu depuis que le francais a fait élection de domicile dans l’ancienne régence d’Alger. Les indigénes l’apprennent et le parlent avec facilité. L’espagno! se parle beaucoup dans la province d’Oran.

La religion dominante est la religion musulmane; la majorité est sunnite ou orthodoxe, une partie des indigénes est chyite ou schismatique. Le judaisme est exactement pratiqué par ses sectateurs. Le paganisme originel des Négres s'est perpétué dans quelques pratiques superstitieuses.

La plus grande diversité existe également dans les coutumes et les mceurs de ces peuples. L’Arabe est généralement nomade; il habite sous des tentes, dont la réunion forme des douars. Ces tentes, en tissu de peau de chameau, sont disposées en cercles de maniére a laisser au centre un grand espace ou les troupeaux sont enfermés la nuit. Les chevaux sont entravés avec des cordes tendues auprés de chaque tente; les armes et les selles sont toujours prétes , de sorte qu’en cas d’alerte le douar est sur pied en peu dinstants. La richesse de I’ Arabe consiste en nombreux troupeaux. Quand il a chargé sa tente sur le dos d’un mulet ou dun chameau, il emporte avec lui sa patrie. Le Kabyle, au contraire, habite de beaux et nombreux villages. Les maisons sont construites en pierres et en briques; le toit est couvert en chaume, en tuiles pour les riches; des étables, des écuries servent a abriter le bétail ef les chevaux. En outre, les Arabes ont une organisation essentiellement aristocratique; tandis que les Kabyles affectionnent les formes démocratiques. La différence de rangs est trés-marquée chez les premiers : les guerriers et les marabouts forment dans chaque tribu Vordre des grands, et de nombreuses et anciennes familles exercent une trés-grande influence. Cela ne se rencontre pas chez les Berbers. L’Arabe déserte le travail ; essentiellement paresseux, pendant neuf mois de Yannée il ne s’occupe que de plaisirs, il court de féte en féte. Le Kabyle, cultivateur par excellence, attaché au sol, travaille sans cesse. En outre, il exploite les mines, qui se trouvent en quantité dans ses riches montagnes, et dont il retire du plomb pour fondre des balles, du fer dont il fagonne des couteaux , divers ustensiles, et des canons de fasil; du cuivre et de lVargent, qu’il emploie a divers usages et 4 sa parure. Il file et tisse la laine de ses troupeaux , le lin de ses récoltes; il amalgame lhuile grossiére qwil retire des oliviers avec la cendre des varechs, en un savon noiratre; de ses ruches il retire, outre le miel, une cire qu’i] épure pour en former ces chandelles qui, du pre-. mier port ott notre commerce les a trouvées, ont recu le nom de bougies. En revanche, toute Pindustrie de ’Arabe nomade consiste principalement a fabriquer des ustensiles de bois et de vannerie, a filer et a tisser la laine, le poil de chameau, le lin, l’'agave. Enfin, ’habitant des viiles exerce tous les métiers qui sont nécessaires aux besoins de la cité ; mais les arts mécaniques et les arts libéraux sont en enfance.

Les principaux objets des exportations de Algérie sont les laines, les tabacs, les céréales, les hniles d’olives et dautres graines, les minerais de plomb et de cuivre, les moutons, les beeufs, les peaux, ete.

Au nombre de ses importations figurent les fissus de

coton, de laine, de soie, de chanvre et de lin ; vins et eauxde-vie, houilles, vétements, sucre, café, linge, outils, papier, savons, huiles épurées, peaux préparées, fraits, etc. Presque tous ces articles proviennent de France.

Le commerce extérieur de l’Algérie se réduit A peu pres a celui de ses ports. Son négoce avec les Etats voisins, ou par la voie des caravanes avec Vintérieur de l'Afrique, n’a pas encore atteint une graride extension. Le premier consiste dans lexportation du froment, orge, préférable aux différentes orges importées dans la colonie; bétail, cette richesse des indigénes; cuirs et peaux, corail, sangsues, Cire, gomme, liége, kermés, lichens tinctoriaux, fruifs, huile de la Kabylie, la meilleure pour la fabrication du savon, et des draps ; fruits, ivoire, plumes d’autruche, terres savonneuses; laines, qui motivent chayue année des opérations considérables sur les marchés de Tiaret et de Boghar.

Un décret impérial du 25 juin 1860 a ouvertla frontiére sud de l’Algérie, de Géryville 4 Laghouat et a Biskra a Pimportation en franchise des produits naturels et fabriqués originaires du Sahara et du Soudan.

Grace aux Européens, la culture, négligée par les Arabes et exploitée avec intelligence par les Kabyles, a réalisé dincontestables améliorations. Ses produits sont : partout, le froment et Vorge; dans certaines contrées, le mais, le millet et le riz. Les autres récolfes se composent de féves, lentilles, haricots, pois, légumes verts, melons et fruits excellents. Les plantations les plus nombreuses sont celles des figuiers, des grenadiers, des amandiers, des mariers, des oliviers et des dattiers, splendide et lucratif ornement du yersant méridional de l’Atlas.

La vigne tend a se propager. Elle n’eccupait pourtant encore en 1857 que 3,637 hectares. Le coton s’y est parfaitement acclimaté. Encouragée par des prix et des achats directs, vette culture occupait en 1858 2,058 hectares ; elle avait fourni en 1357 200,000 kilogrammes de coton. L’abolition de Vesclavage en Amérique pourrait donner une grande importance a !a culture du cotonnier en Algérie, qui produit également la canne 4 sucre, l’indigo et la cochenille. Le tabac, des deux cultures arabe et européenne, fournit de trés-bonnes qualités qu’achétent |’administration; les sortes inférieures restent a la fabrication et & la consommation de la colonie. En 1858, 5,132 hectares ont produit 4,765,692 kilogrammes de feuilles de tabac achetés par l’Etat 4,133,501 fr. Les soies, industrie européenne du Sahel d’Alger, sont appelées & prendre un notable et fructueux développement. L’Algérie expédie en France, comme primeurs, des légumes, des fruits, desartichauts, des pois, des choux-fleurs, des bananes, des oranges, des citrons, etc.

Parmi les produits de l’exploitation algérienne, nous signalerons le fer, le plomb argenti-aurifére de Kefoum- Theboul et de Gar-Roublan, le cuivre de Tenés et de Mouzaia; le sel extrait des lagunes d’Arzeu, aprés l’évaporation des eaux; le salpétre, obtenu en abondance par le Javage des terres; les gypses, les pierres de chaux, les terres savonneuses, les marbres blancs du Filfila, le marbreonyx translucide d’Ain-Tekbalet, etc. Enfin, la péche est depuis longtemps l’une des meilleures sources du revenu algérien, surtout celle du corail, inépuisable entre Bone et Pile Tabarkah.

Quant a Vindustrie de fabrication, elle comprend le tissage des étoffes de laine et de celles de poil de chévre ; les étoffes de so‘e; les mousselines brochées d’or et d’argent, les tapis, les toiles grossiéres, les cuirs, les maroquins, les articles de sellerie, les armes, et les objets dhorlogerie et de bijouterie; mais elle décline nécessairement devant la concurrence des produits similaires de la métropole.

Apercu sur la colonisation francaise. — Alge étuit depuis peu de temps en notre pouvoir, le pied de nos :oldats avait 4 peine touché les premiers contreforts de I’A-

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tlas, et déja de hardis colons venaient s’établir dans la plaine de la Métidja. Nous ne ee pas de ces spécuiateurs moins courageux et moirs recommandables qui l’ont achetée tout entiére, sans la visiter, d’Arabes aussi peu scrupuleux qu’eux-mémes. Nous rappelons les efforts de quelques vrais propriétaires , qui des les premieres années ont eu foi dans l'avenir de l’Afrique , qui lui ont porté leurs familles et leurs fortunes ; et il en est quelques-uns qui ont vu plus tard tous ses désastres sans laisser un instant ébranler leur courage.

En méme temps des populations agglomérées commencaient 4 former dés villages nouveaux. En 1832 des familles alsaciennes arrivérent du Havre a Alger; le duc de Rovigo les placa dans Je Sahel d’Alger, 4 Dély-Ibrahim et 4 Kouba. En 1836, sous l’administration du maréchal Clauzel, un centre de population fut créé 4 Bouffarick. Ses habitants eurent beaucoup a souffrir de la guerre et de l’insalubrité du territoire qui les entourait. La ville de Cherchell, ayant été complétement abandonnée, fut repeuplée en 1840 par les soins du maréchal Valée. Des groupes s’établissaient spontanément sans intervention de l’autorité dans la bamnlieue d’Alger , en choisissant de préférence les lieux ot se trouyaient des camps ou des stations militaires, comme Husséin-Dey, Birkadem, Birmadrais, Texerain. D’autres avaient élevé leurs habitations plus avant, au coeur du Sahel, prés des camps de Douera et de Maelma. Cependant les premiers essais de colonisation, 4 proprement parler, ne remontent pas au dela de 1841. On étaif au milieu de la guerre, les hostilités s’étendaient jusqu’a la banlieue d’Alger. On songea a faire de la colonisation ot ’élément militaire prédominat, On pensa qu'il fallaif l’enfermer dans des fossés, dans des enceintes continues. On commenea l’obsfacle, et on créa les grands villages militaires de Fouka et de Mered, entourés de murailles , 4 l’abri desquelles étaient les maisons des eolons, baties sur un plan uniforme par le génie militaire. Ils devaient étre peuplés par des soldats libérés, organisés en compagnies et commandés militairement.

Fouka seul fut peuplé de cette maniére. Mais on ne tarda pas 4 reconnaitre les difficultés et les dépenses excessives propres 4 un systéme qui faisait de la colonisation avec des célibataires sans ressources, qu il fallaif marier pour leur donner une famille, doter, loger, nourrir et habiller, et qui travaillaient en commun.

Pour peupler Mered on employa des soldats encore attachés au drapeau, résolus a se fixer en Algérie et ayant des habitudes agricoles. Une compagnie ainsi recrutée fut installée dans ce village, et une autre dans le camp de Maelma.

On voulut ensuite faire de la cvlonisation civile. Un arrété en date du 18 avril 1841, relatifa la formation de nouveaux centres et aux concessions ay faire , vint régler l’action des diverses branches de l’administration publique appelées & prendre part aux opérations de la colonisation, devenue ainsi une cuvre administrative et gouvernementale. Il attribua a la direction de Vintérieur la part essentielle dans cette ceuvre , le choix des emplacements , le levé et l’allotissement des terres, le placement des familles , |’établisse~ ment des routes et la construction des édifices publics, la délivrance des titres provisoires de concession, Le conseil W@administration eut )’examen des projets d’arrétés de création, qui ne pouyaient éfre exécutés qu’aprés avoir été approuvés par le ministre. La direction des finances né dut intervenir dans la formation des nouveaux centres que pour la remise des immeubles domaniaux 4 comprendre dans leur périmétre, et pour la délivrance des titres définitifs de propriété. L'arrété stipulait la gratuité des concessions,

Des réglements particuliers déterminérent les conditions exigées pour ¢tre admis a titre de colons concessionnaires dans les centres de nouvelle formation. Le minimum des ressources pécuniaires fut fixé de 124 1,500 frances, Toute famille admise dans un village eut droit au permis de pas-

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sage gratuit de Toulon ou de Marseille 4 Alger. Les préfets | eux-mémes, qu’on pouvait croire un obstacle, semblent sé

pouvaient en outre délivrer des secours de route jusqu’au port d’embarquement. Chaque concessionnaire regut, pour Yaider dans la construction de sa maison, des matériaux a batir pour une valeur de 600 fr. Il lui fut preté des beeufs pour la mise en culture de sa concession; il lui fut délivré des instruments aratoires, des sernences et des arbres; en certaines circonstances méme, on lui fit défricher par l’arméeun on deux hectares.

C’est @aprés ce systéme que furent créés et constitués , du {2janvier 1842 au 24 décembre 1843, douze centres nouveaux, savoir : Drariah, l’Achour, Cheraga, Dovera, Saoula, Ouled-Fayet, Baba-Hassan, Montpensier, Joinville, Krecia, Douaouda et une annexe de Mered ; en 1845, Soumaet Notre- Dame de Fouka, Sidi- Chami, Mazagran, Saint-Denis du Sig, Arzeu, Ain-Sifia. Trois centres deja créés ont été complétés suivant ce mode, Dely-Ibrahim, Bouffarik, Cherchell.

Plusieurs villages ont été établis dans les parties extrémes du Sahel par les condamnés militaires, Saint-Ferdinand et Sainte-Ameélie. En 1844 ils ont construit les villages de Maelma et Zéralda dans le Sahel d’Alger; de Dalmatie a Pest de Blidah et du Fondouck au pied de. l’Atlas, de Damrémont, Valée et Saint-Antoine auprés de Philippeville, ainsi que plus tard Gastonville, Robertville, etc.

D’autres villages ont été créés par les grands propriétaires du sol , entre autres ; Saint-Jules et Caussidou, situés sur le revers méridional du Sahel, en face de la Métidja, 2 gauche de la route d’Alger a Blidah par Douera.

Une société religieuse renommée par ses habitudes agricoles et ses moenrs rustiques, les trappistes, forma le projet, ala fin de 1842, de fonder en Algérie une vaste exploitation. Les propositions qu'elle fit dans ce but, et qu’appuyérent plusieurs membres des deux chambres, furent favorablement accueiliies. Aprés un voyage d’exploration en Afrique, les chefs de cette communauté demandaient la concession de Yancien camp de Staoueli, d’une contenance de 1,020 hectares, limitée av nord par la mer, au sud par l’Oued- Bridia, 4 Vest par ?Oued-Bakara et la plaine, a l’ouest par la plaine. Ils se constituérent a cet effet en société civile, et obtinrent fa concession. Les trappistes ont défriché cette terre, plantédes arbres d’essences variées, emé des céréa'es , institué des prairies, planté une vigne, de grands jardins potagers, et une magnifique pépiniére ; ils ont essayé un grand nombre de cultures, parmi lesquelles il faut com)ter celle du tabac, qui a réussi complétement ; indépendamment des travaux agricoles, ils ont exécuté des constructions considérables.

En dehors de ces concessions faites par la dircetion de Vintérieur a titre gratuit, la direction des finances a opéré la concession d’un grand nombre d’immeubles ruraux appartenant au domaine. Les concessionnaires de ces immeubles étaient tenus d’y construire des batiments d’exploitation, d’yfaire des travaux d’assainissement , de mettre les terres en culture dans un délai fixé, de faire des plantations, de greffer des oliviers.

Aprés la révolution de Février, l’Algérie joua un réle dans les utopies gouvernementales. On en fit un lieu de transportation. Des milliers de bras étaient inoccupés : on résolut de s’en servir pour hater Ja colonisation de Afrique francaise. L’Assemblée nationale mit une grande précipitation 4 voter un crédit de 50 millions pour l’établissement

de colonies agricoles; nouvelle expérience qui a couté quel-

ques milliers d’hommes et quelques millions de francs. [Depuis la soumission d’Abd-el-Kader, a la fin de 1847,

Je guerre a laissé le champ libre a la colonisation. Quelques

soulévements, aussitot réprimés, ont a peine troublé la tranguillité du pays, qui dans les guerres d’Orient et d’Italie a pu

voir partir pour ces nouveaux champs de bataille une bonne |

partie de ses troupes sans éprouver la moindre inquiétude. LU expédition de Kabylie, si heureusement et si promptement terminée, n’a fait qu’ajonter a la sécurité. Les Arabes

plier a la régénération de l’ Algérie; ils cultivent aujourd’hui, plantent, batissent, spéculent, font des routes, se fixent enfin et acceptent nos lois. Partout aujourd'hui la sécurité est garantie, Les autorilés frangaises sont partout reconnues; des fortifications mettent les troupes a couvert; le télégraphe porte les ordres de Vautorité d’un bout a Pautre de la contrée; des routes facilitent les mouvements de Varmée; des chemins de fer donneront bientot une locomotion plus prompte encore; les cles sont hérissées de canons, et enfin lArabe, qui voit notre force, connait aussi notre justice. Plusieurs mesures du gouvernement sont venues aider 4 cette transformation. D’abord un décret de 1851 a fondé et reconnu la propriété en Algérie et lui a donné des bases certaines. Aux concessions gratuites des terrains se sont ajoutées plus tard des ventes 4 l’enchére. Une foule de nouveaux centres de population ont été créés ; des communes civiles ont été organisées; bien des points soumis a lautorilé militaire sont passés sous l’autorité civile’; des municipalités ont été nommées; des conseils municipaux et des conseils généraux ont été appelés ala vie; enfin Vantorité militaire a été réduite autant que possible. De grands travaux publics ont été entrepris ; des mesures Je douanes plusjustes et plus lihérales ont été promulguées ; des encouragements ont été donnés a la production du tabac, du coton, des chevaux, etc. Un ministére spécial avait été créé pour marquer une nouvelle ére aux progrés de la colonie dans la voie de la liberté civile; on a supprimé ce ministére a la fin de 1860, et on en est revenu a un gouverneur général qui saura sans doute ne pas se défourner de la route indiquée. Des compagnies de colonisation se sont fondées en Afrique, entre autres la compagnie génevoise : elles peuvent rendre de grands services ; mais le courant de rémigration n’est pas encore vers l’Algérie. Sa population européenne, qui était de 131,283 individus en 1851, n’était encore en 1857 que de 180,472. Et pourtant la fertilité du sol africain appelle les bras européens. II pourra pourvoir en effet a Vinsuffisance de la métropole en céréales, en viande et en chevaux. L’industrie doit également étre encouragée en Afrique; car « s'il est vrai que agriculture doive étre longtemps encore la principale occupation des colons algériens , a dit M. Michel Chevalier, il ne Pest pas moins que Pagriculture a des accessoires industriels qu’on ne peut lui interdire sans la mati‘er. » Z.]

On peut dire aujourd'hui que notre gouvernement est accepté par l’Algérie tout entiére. Dans la société kabyle ou arabe, la tribu est élément, Punité sur laquelle s’exerce notre autorité. L’individu, la tente, le douar forment la vie intérieure de ia tribu, échappent a notre surveillance, et doivent étre respectés. Au sein de quelques tribus se sont élevées de grandes familles ennoblies par le sacerdoce ou par la guerre. Les chefs de ces familles exercent en que!ques eudroits le pouvoir en notre nom. Les bureaux arabes ont essayé sur quelques points le gouvernement direct des indigénes. Enfin nous tenons le Tell par une ligne centrale et par les postes qui sont sur la limite du Sahara. Par la passession du Tell, nous occupons le Sahara, puisque chaque année, a I’époque des moissons, Jes tribus sahariennes sont forcées d’abandonner Jeur campement et de venir au nord chercher des céréales pour leur nourriture et des paturages pour leurs troupeaux.

Faisons des yoeux pour que cette terre a jamais frangaise nous récompense de Ja noble tache que nous nous sommes imposée d’ouvrir a la civilisation une contrée que la nature a comblée de ses dons. Sans parler des immenses débouchés que l’Algérie offreanos produits ( débouchés que devra décupler encore l’établissement de relations avec |’ Afrique centrale si le reve du maréchal Bugeaud vient a se réaliser), au point de vue politique, il est incontestable que l’existence Je départements frangais de Pautre coté de la Méditerranée,

st4

avec une population évaluée déja a plusieurs millions @dmes, doit peser notablement dans la balance des intéréts européens.

Nous y trouverons les éléments d’une excellente cavalerie et @une infanterie douée des qualités qui donnent la victoire , la sobriété, Phabitude de la fatigue et le sang-froid, traits principaux du caractére musulman. Le cabotage et la péche sur le littoral serviront au recrutement de notre flotte. Ces hardis corsaires devant lesquels s’est humiliée autrefois la fierté des nations européennes, seront sur nos vaisseaux de robustes et intrépides marins. En outre, la possession de I’ Algérie rattache déja la France aux nations de race latine, et son incorporation définitive et prochaine doit avoir la plus grande influence sur le rdle que notre patrie est destinée a jouer dans ce grand mouvement d’assimilation et de fusion qui travaille ’ Europe.

Les Romains appelaient la Méditerranée Mare nostrum ; Algérie nous donne le droit de dire que la Méditerranée est un lac francais.

Histoire. Rien v’est plus obscur que tout ce qui se rattache aux origines des habitants du nord de lAfrique. Parmi toutes ces populations y en a-t-il d’aborigénes? Cette question semble devoir é¢tre résolue affirmativement pour les Berbers ou Kabyles, quis’étendent depuis les oasis d’Audjelah et de Siouah jusqu’au détroit de Gibraltar sur toutes les parties montagneuses et escarpées du littoral. La langue, le caractére, les habitudes, les traits physiques sont leur lien commun.

L’antiquité les appelait Libyens. Avant que les Phéniciens eussent apporté sur la cdte de Tunis leur civilisation, déja si avancée, et que les Grecs eussent débarqué en Cyrénaique, la vie des peuplades aborigénes devait étre sauvage comme celledes bétes féroces, en si grand nombre dans ces contrées. Les traditions fabuleuses qu’ont recueillies les historiens de Vantiquité sur les combats d’Hercule et d’Antée, sur les A tlantes, sur le jardin des Hespérides, n’étaient sans doute que des symboles figurant soit des invasions trésreculées et des migrations de races, soit la configuration géographique du pays.

Parmi les peuplades dont les noms sont parvenus jusqu’a nous, les Gétules, les Nomades ou Numides, les Garamantes occupent le premier rang. Viennent ensuite les Maziques, les Maurusiens, et cette nation, presque compleétement sauvage, qui habitait le pays aride et triste qui borde les deux Syrtes, les Lotophages, les Ps ylles, les Nasamons, les Blemmyes. Une distinction fondamentale partageait cette grande famille en deux. groupes : le caractére nomade ou sédentaire des tribus. Les Gétules, les Garamantes, les Maziques étaient céleébres de temps immémorial par leur godt pour la vie errante. Sous le nom significatif de Numides, on les suit depuisles temps antéhistoriques, sous les dominations carthaginoise, romaine, vandale, arabe et turque. Ce sont ces cavaliers.intrépides, maigres, basanés, montés sur des cheyaux de peu d’apparence, mais rapides et infatigables , et qu'ils guident avec une corde tressée de jonc en guise de bride. Leur gouvernement était un singulier mélange de despotisme et de liberté; leur religion consistait dans l’adoration des astres et de la mer. Quelques tribus, au témoignage de Léon, pratiquaient le sabéisme.

Lorsqu’une colonie phénicienne fut arrivée sur ces cétes et eut fondé Carthage, en méme temps qu’une émigration grecque donnait naissance a la ville de Cyréne, ces puissants germes de civilisation jetés au sein des peuples barbares eurent hientot produit d’admirabies résultats.

On sait comment le puissant empire de Carthage s’écroula ’ devant la fortune de Rome et Vinimitié de Masinissa. La domination des Romains se substitua naturellement a celle du peuple vaincu, Mais ils eurent degrandes difficultés a soumettre le pays ; ils conquirent sur Jugurtha toute la Numidie, et la donnérent @aborda Bocchus, roide Mauritanie. Plus

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tard ils en investirent Juba, le fondateur de Julia Caesarea ( aujourd’hui Cherchell). Ces deux royaumes furent quelque temps aprés incorporés 4 l’Empire. Carthage avait été relevée. L’Algérie actuelle formait les deux provinces de Numidie et de Mauritanie Césarienne. Le reste de l’ Afrique septentrionale se partageait en Tingitane, Mauritanie Sitifienne, Byzacéne, Tripolitaine et Cyrénaique, que sa position reculée liait aux destinées de l’Egypte.

La province d'Afrique sous les empereurs fut le théatre de plusieurs révoltes causées par les exactions des gouverneurs. Sous Tibére le soulévement de Tacfarinas faillit faire perdre 4 Rome cette riche province qui la nourrissait.

Quand l’empire romain s’écroula 4 son tour, l Afrique éfait dans un état de prospérité inoule. Le christianisme y avait pénétré dés le deuxiéme siécle, et y avait produit une foule @hommes illustres: Tertullien, Cyprien, Augustin; les lettres et les arts y avaient atteint un haut degré de perfectionnement. Les ruines que nos armées retrouyent aujourd’hui sur tous les points de l’Algérie nous font assez voir comment la civilisation romaine savait transformer un pays.

Les barbares Vandales, qui venaient de conquérir l’Espagne, furent appelés en Afrique par le comte B oni face, et succédérent aux Romains. Mais le puissant empire que le génie deG enséric avait fondé s’écroula sous Gélimer, et Bélisaire, qu’avait envoyé Justinien, réunit ces provinces a Yempire d’ Orient,

Vers Ja fin du septiéme siécle, les Arabes enyahirent Afrique septentrionale, et changérent totalement la face du pays. Les populations durent embrasser la religion de Mahomet, et les deux cent quatre-vingt-treize églises épiscopales qui existaient dans les seules limifes du terrifoire algérien actuel disparurent jusqu’aux derniers vestiges. Les dénominations romaines s’effacérent pour faire place au nom général de Maghreb. Plusieurs dynasties, soit arabes, soit berbéres, se succédérent sur divers points de ces nouvelles possessions des khalifes d’Orient. L’Algérie fit tour a tour partie du royaume des Aglab ites, des Edrisites, des Fatimites, des Zéirites, des Hamadites, des Ouahedites. Ces trois dynasties furent renversées par les Almoravides, que détruisirent a leur tour les Almohades. Encore la domination passagére de ces derniers fut-elle promptement remplacée par celle des Zyanites de Tlémecen et des Halsites de Bougie.

Les fils des Arabes conquérants de Espagne venaient d’étre expulsés de l’Andalousie aprés la chute du royaume de Grenade. La plupart se réfugiérent sur la céte barbaresque, et armérent de nombreux corsaires pour inquiéter les rivages espagnols. Ferdinand le Catholique, pour mettre un terme a cet éfat de choses, s’empara du fort de Mersel-Kebir prés d’Oran. Cette derniére ville , Bougie, Alger et diverses autres places tombérent successivement au pouvoir des Espagnols. Mais les Algériens appelérent a leur secours Salem-ebn-Témi, le plus redoutable des chefs arabes. Celuici, pour assurer le succés de son entreprise, eut recours a lassistance d’un écumeur de mer, le premier Barberousse. Alger dut capituler ; mais les Arabes ne firent que changer de maitre. Barberousse se défit au plus t6t de son rival, et

resta possesseur de la ville, avec la milice turque. Le fils de Salem implora en vain le secours des Espagnols ; une tem- ‘péte fit échouer l'expédition. Barberousse 1°f avait partagé le pouvoiravec son frére Khaireddin ouBarberoussell, qui Jui succéda. En butte ala haine des Arabes et aux attaques des Espagnols, le nouveau souverain s’adressa en 1520 au sultan Sélim, et obtint de lui, en échange d’un acte forme] de soumission, le titre de bey d’Alger, un secours de deux mille janissaires, de Vartillerie et de l’argent. Avec ces renforts Khaireddin s’empara du fort espagnol , qui tenaié encore, et fit construire par des esclaves chrétiens la jetée d’ Alger.

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Le sultan Soliman ayant rappelé Khaireddin, le commandement d’Aiger demeura & un eunuque, renégat sarde, nommé Hassan-Aga, quis’était rendu fameux par ses pirateries. Bientdt, le pape Paul JI, alarmé des fréquentes apparitions des Algériens sur les cétes d’Ilalie, et particuliérement sur celles du Patrimoine de saint Pierre, engagea vivement ?empereur Charles-Quint a prendre ia défense de la chrétienté, En 1541 une flotte fut armée contre Alger.

Cette expédition, 4 laquelle présida quelque chose de Vesprit A la fois poétique, chevaleresque et religieux des croisades, est un des épisodes les plus curieux de histoire algérienne. — « Mon trés-cher empereur et fils, écrivait le célébre Doria 4 Charles-Quint, ne vous engagez point dans cette entreprise chanceuse et téméraire , sur cette cote battue des vents, sur cette terre aride. » — Mais qu’importaient les prévisions du vénérahle amiral ?

Les forces réelles se composaient denviron vingt-sept mille hommes. La flotte qui emmenait cette brillante armée avec tout son cortége réunissait cent gros vaisseaux, soixantedix galéres, et cent vaisseaux plus petits : total, deux cent soixante-dix batiments. A lélite des troupes espagnoles s’étaient joints une foule de gentils-hommes d’Espagne et @Italie, parmi lesquels brillait au premier rang Fernand Cortez, le conquérant du Mexique, qui se présenta comme volontaire avec ses trois fils. La terreur régnait 4 Alger. Huit cents Turcs et cing 4 six mille indigénes formaient pour Yinstant la seule barriére qu'il fat possible d’opposer a cette nuée d’ennemis. Les autres Turcs étaient en campagne pour leyer les tributs sur les Arabes. Deux jours s’élaient écoulés depuis le débarquement, et aucune action remarquable n’avait eu lieu, quand une violente tempéte vint arréter les efforts des Espagnols (22 octobre). Le Jendemain au point dn jour, les Algériens , qui n’avaiest nullement souffert, firent une sortie, et, quoique obligés a la fin de se retirer devant l’armée entiére de l’empereur, ils lui tuérent un grand nombre de soldats. Le jour en naissant éclaira un spectacle encore plus lamentable. Les vents arrachaient les vaisseaux de leurs ancres; ils se heurtaient contre les rochers, échouaient sur le rivage, ou s’abimaient dans les flots : quinze vaisseaux de guerre et soixante batiments de transport périrent en une heure; huit cents hommes furent noyés, ef les autres, lorsqu’ils atteignaient la terre a la nage, y trouvaient des Arabes chargés de les massacrer. Ainsi, les vivres, les munitions , les moyens de se rembarquer, tout disparaissait 4 la fois. Heureusement, le lendemain matin, un messager, arrivé sur une barque, annonga que Doria était échappé a cette tempéte, la plus terrible qu’il etit vue depuis cinqiinte ans, et qu'il attendait l’armée impériale sous le cap de Temend-Fous. Mais le cap était 4 quatre jours de marche. Le voyage de l’armée, épuisée, presque sans provisions, ralentie par les blessés et les malades qu’elle trainait & sa suite, ne fut guére moins désastreux que l’événement qui le nécessitait; les Turcs ne donnérent point un instant de relache aux malheureux fugitifs. Enfin, !’on toucha a cette pointe tant désirée , et les débris de la brillante armée espagnole reprirent avec ’empereur le chemin de l’Espagne ; les chevaliers de Malte revinrent dans leur ile avec trois galéres a demi brisées.

Il était naturel que cet échec essuyé par les armes de Charles-Quint ajoutat 4 laudace des corsaires algériens , qui jusque vers fa fin du dix-septiéme siécle continuérent a désoler impunément les cétes de la Méditerranée. En 1663, Louis XIV régnait depuis vingt ans. Animé de cet esprit chevaleresque qui n’est pas son moindre titre a la gloire et 4 Padmiration des siécles, i] songea a laver I’Europe de la tache honteuse que lui imprimait sa condescendance pour les Barbaresques, et résolut de s’emparer d’une place a égale distance d’Alger et de Tunis, afin qu’au besoin ses forces pussent se diriger sur l'une ou l'autre de ces yilles. En conséquence, une escadre de six vaisseaux partit de Toulon en 1663,

sous les ordres du lieutenant général maritime Paul, et débarqua six mille hommes sur la céte de Djidjelli. La compagnie du bastion de France avait la une factorerie qui pouvait devenir le noyau d'une grande colonisation. On se mit ay construire un fort. Mais les Algériens, auxquels ces nouvelles constructions étaient a juste titre suspectes, surprirent la colonie naissante, et chassérent les Frangais de leur position avant méme que le fort fat achevé. Les années 1664 et 1665 se passérent en guerre. Le duc de Beaufort, amiral, remporta sur eux plusieurs victoires; mais ces avantages n’avaient rien de décisif, et les pertes légéres que les corsaires souffraient de temps a autre étaient amplement compensées par les riches produits du vol. Les cétes de la Provence et du Languedoc surtout étaient exposées a des déprédations continuelles , presque aussi fatales que celles dont l’Espagne et I’Italie étaient le thédtre. En vain divers traités furent signés entre la régence et le roi de France, d’abord en 1666, puis en 1676. Les corsaires profitaient du prétexte le plus simple pour violer les traités; quelquefois ils venaient sous pavillon tunisien ou fripolitain attaquer les navires francais. Enfin, Louis XIV se résolut a les intimider par un chatiment exemplaire.

Duquesne fut chargé de cette expédition; Tourville servait sous lui. I] commenga par donner la chasse a des batiments tripolitains, qui se réfugiérent dans la rade de Chio : lamiral les y poursuivit, et, ne pouvant obtenir que le gouverneur de Vile les fit sortir du port, il foudroya Ja citadelle, les remparts et le: chateau, abattit les murailles et les autres ouvrages du port, et coula a fond quatorze vaisseaux corsaires. Mais cette victoire n’était que le prélude de ce que la puissance francaise méditait contre Alger. I] s’agit ici du célébre bomhardement, premier modéle des opérations de ce genre. Bernard Renau @Elicagaray, jeune Béarnais, dont Colbert avait deviné le haut génie, venait dinventer (1679) Vart d’appliquer aux vaisseaux les mortiers 4 bombe. Il osa proposer dans le conseil de bombarder Alger. Chacun se récria, et le traita de visionnaire. Toutefois , Louis X1V Ini permit essai de cette nouveauté, et le vieux Duquesne partit a la téte de douze vaisseaux de guerre, quinze galéres, frois brilots et quelques fldtes et tartanes armées en guerre : cing galiotes & bombes sous les ordres de Renau complétaient cet armement, duquel Vamiral n’attendait aucun suceés. Tl en fut tout autrement; et quoique trois cents piéces d’artillerie fissent feu sur les galiotes € bombes, quoique la garnison de la ville edt méme essayé une sortie contre les chaloupes armées, une pluie de bombes incendia la capitale des Algériens, mit en cendres leur plus belle mosquée et inspira un fel effroi, que toute la population sortit de la ville et contraignit le dey a relacher le consul francais, qu’il avait mis dans les fers, et al’envoyer a l’amiral pour traiter de la paix. Duquesne refusa d’entrer en négociation, et continua ses opérations jusqu’a ce que l’approche de la saison des vents le forcat 4 ramener son escadre a Toulon.

L’année suivante, il mit la voile dés le commencement de juin, et reparut devant Alger le 26. Les galiotes étaient plus nombreuses et servies par un nouveau corps d’officiers d’artillerie et de bombardiers. Renau, de son cété, avait inventé de nouveaux mortiers qui lancaient les bombes jusqu’a dix-sept cents toises. On répéta les manoeuvres de l’année précédente ; sept galiotes décrivaient un cerele autour du mdle, et furent halées sur les ancres d’autant de vaisseaux stationnés derriére elies et destinés a les protéger et a les recuei!lir. Dans la nuit du 26 au 27 et dans la journée suivante, deux cent vingt bombes, toutes de treize & quinze livres de poudre, tombérent dans la ville ou dans le mdle : une d’elles renversa la maison du gendre du dey Hassan; une autre fit couler & fond une bargue chargée de cent hommes; presque toutes les batteries furent démontées. Les habitants poussaient des rugissements de fureur contre le gouvernement; les femmes allérent trouver Hassan, et portant

devant lui la téte de leurs maris, les membres de leurs enfants, demandérent impérieusement la paix. Hassan députa le consul et le vicaire apostolique Levacher; mais Duquesne ne consentit qu’a une tréve, et encore exigea-t-il que l'on remit 4 son bord tous les esclaves chrétiens. Le dey en avait déja rendu cing cent quarante-six, lorsque, le 3 juillet, il prétendit qu’il lui fallait du temps pour faire revenir ceux qui étaient disséminés dans les campagnes et les villes éloignées de la cdte. C’était demander la prolongation de la tréve. L’amiral exigea alors qu’on lui remit plusieurs otages importants pour lui répondre de la fidélité de la régence. Parmi ceux-ci était le fameux renégat Hadji-Hass¢in, connu sous le nom de Mezzomorto, parce qwil avait été ramassé 4 demi mort sur un vaisseau capturé par les Barbaresques. En méme temps Duquesne donnait a entendre qu’il ne fraiterait de la paix qu’aux trois conditions suivantes : 1° déliyrance de tous les esclaves francais ou autres; 2° indemnité égale A la valeur de toutes les prises faites sur la nation francaise, ou restitution de ces mémes prises ; 3° députation solennelle du dey & Paris, pour demander pardon au roi des hostilités commises sur les vaisseaux francais.

A lanouvelle de ce qu’exigeait le chef de la flotte ennemie, les matelots et les soldats de la milice se soulevérent, et refusérent nettement de restituer ce quils avaient pris. Duquesne allait recommencer le bombardement, lorsque Hadji- Hasséin obtint de lui son renyoi dans la ville, promettant que par son crédit il ferait consentir la milice aux conditions proposées. Ses intentions étaient toutes différentes. A peine de retour 4 Alger, il se mit 4 la téte des séditieux, se déclara en plein divan contre ce qu’il appelait la lacheté du dey, qui fut tué la nuit suivante en faisant sa ronde, et se fit proclamer par tout le peuple et par les janissaires. Rompre les négociations et arborer le pavillon rouge ne fut ensuite que l’affaire d’un moment.

Duquesne fit recommencer le bombardement; le feu était si violent qu’il éclairait la surface de la mer a plus de deux lieues; le sang coulait dans Alger. Les Turcs, dans le délire de la fureur A la vue de leur ville embrasée, attachent a la bouche de leurs canons le consul et les captifs frangais quils ont encore entre les mains, Les membres de ces infortunés étaient portés par les explosions jusque sur les ponts des navires frangais. Cependant Renau ne cessait de jeter ses bombes : tous les magasins, les palais , les mosquées s’abimaient dans les flammes, et pas une maison ne fat restée debout si enfin les bombes n’cussent été épuisées. Duquesne, 4 son grand regret, fit voile pour Toulen, laissant devant le port d’Alger une division pour le bloquer, et se proposant de reparaitre l'année suivante. Mais tant de pertes ayaient abattu Porgueil des Algériens. Ils sentirent qu’il devenait impc -ible de les réparer sans quelques années de repos. Hadji-Hass¢in, informé de la résolution de ses compatriotes, prit la fuite (25 avril 1684). Hadji-Djiafar- Aga-Effendi se rendit a la cour de Versailles, ou il demanda, au nom du dey, du pacha et du divan, pardon de toutes les insultes que les corsaires avaient multipliées contre le pavillon frangais, et des atrocités exercées contre les captifs. On convint en méme temps de la paix, qui fut signée pour

ans. ' ere trois ans 4 peine s’étaient écoulés que les Algériens ; oubliant la terrible catastrophe dont ils venaient etre victimes, violérent les clauses du traité. La vengeance suivit de prés Vattentat. En 1687 Tourville dut aller encore une fois chatier ces incorrigibles pirates. L’année suivante (juin 1688) vit sortir du port de Toulon, sous les ordres du maréchal d’Estrées, une flotte de onze vaisseaux de ligne, de huit galéres, de dix galiotes 4 bombes, et de plusieurs batiments légers. Les mémes atrocités furent renouvelées par les janissaires et les défenseurs de la ville, qui ful de nouveau réduite en cendres, et forcée 4 s’humilier devant la France. Une paix nouvelle fut signée le 27 septembre 1689. Celle-ci

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fut de plus longue durée, et depuis cette époque jusqu’en 1830 il n’y eut plus Whostilités prolongées entre Alger et la France,

La Porte avait continué d’envoyer des pachas pour gouverner Alger. Cet état de choses dura jusquau dix-septiéme siécle. A cette époque la milice, mécontente du gouverneur ture , qui la payait mal, sollicita et obtint du sultan la faculté de se choisir un dey, ou patron, qui, résidant continuellementa Alger, aurait administration dela régence, payerait la milice et enverrait des tributs a Constantinople au lieu den recevoir des subsides. Le pacha nommé par la Porte devait conserver ses honneurs et ses revenus, rnais il était écarté du gouvernement.

Alger posséda donc un pacha et un dey jusqu’au moment de l’élévation d’Aly (1710). Cet homme, sorti de la milice turque, était doué d’un caractére énergique et résolu, Une révyolte ayant éclaté, il fit tomber dix-sept cents tétes pendant le premier mois de son avénement; cette sanglante exécution donna naissance 4 de nouveaux troubles, dont le pacha fut le principal fauteur. Aly le fit embarquer pour Constantinople, et il envoya en méme temps au sultan Abmed III les plus riches présents. Ces moyens de justification ne déplurent pas au divan. Aly fut élevé a la dignité de pacha, et recut l’investiture de cette dignité par l’enyoi des trois queues. Les deys gouvernérent des lors sans partage. Au commencement du dix-huitiéme siécle Oran était retombée entre les mains des indigénes, Philippe V, en 1732, chargea le comte de Montemar de reprendre la conquéte du cardinal Ximenés. Trois jours aprés le débarquement, Oran et Mers-el-Kebir étaient au pouvoir des Espagnols.

En 1732, un méme jour vit a Alger l’élection de cing deys, qui furent massacrés les uns aprés les autres. Leurs tombes sont en dehors du faubourg Bab-el-Oued.

L’Angleterre, la Hollande, s’étaient résignées 4 payer aux corsaires algériens de honteuses redevances. Les Danois, sans cesse offensés dans leur commerce par les incursions des pirates, envoyérent , en 1770, une flotte devant la céte barbaresque. Mais leur apparition n’inspira pas grand eflroi aux Algériens, puisque pendant huit jours quel’escadre employa ou plutét perdit a se promener devant la rade et les fortifications , on ne daigna pas lui envoyer des remparts un seul coup de canon.

L’expédition entreprise par les Espagnols en 1775 fut plus remarquable. Jamais armée navale plus brillante n’était sortie depuis un siécle et demi des ports d’Espagne : dixhuit mille deux cents hommes d’infanterie , huit cent vingt cavaliers, deux cent quarante dragons, trois mille trois cent quarante marins, formant ensemble vingt-deux mille deux cent soixante hommes , élite des forces de terre et de mer , étaient portés par une flotte de trois cent quarante batiments de transport , qu’accompagnaient et protégeaient quarante - quatre batiments de guerre. Plus de cent bouches a feu de campagne et de siége, quatre mille mulets pour le service de Vartillerie, une grande quantité de munitions de guerre, de bouche, d’immenses approvisionnements et matériaux de tout genre , complétaient cet armement. Le général O'Reilly commandait en chef toute l’expédition : du 30 juin au 1°" juillet, les deux divisions de cette brillante armée parurent devant la rade par un vent frais de nordouest, et mouillérent vis-a-vis de Vembouchure de l’Harach. Le général O'Reilly avait pris des mesures si peu efficaces pour le débarquement, que le 7 au soir, aprés plusieurs tentatives inutiles, les soldats étaient encore a bord de l’escadre. Enfin, le 8, vers quatre heures et demie du matin , le débarquement commen¢a; mais les barques , mal choisies pour une telle opération , et mal disposées par le général, n’agirent qu’avec beaucoup de lenteur : les huit mille hommes amenés par le premier débarquement resterent une heure a attendre qu’une seconde division vint les appuyer. On eut ensuite le tort de ne point les former en co-

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fonnes, et de les faire avancer inconsidérément contre quelques pelotons de Maures qui, tapis derriére les haies d’aloés et derriére les inégalités du sol, comme derriere autant de parapets inexpugnables, faisaient un feu trés-meurtrier en se retirant vers le pied des montagnes. L’infanterie légere fut ainsi anéantie. — Vers six heures O’Reilly commanda Vaile gauche de marcher sur les hauteurs pour s’emparer du chateau de Charles-Quint , qui commande toute la ville, et dont la prise, en effet, aurait assuré celle de la capitale. Mais aprs des pertes considérables, et qui auraient pu Pétre encore bien plus sans l’intrépidité du chef d’escabre Acton, il fut obligé de renoncer a ce dessein, et de chercher a se retrancher. Le camp, adossé a la mer, et sur la rive gauche de l’Harach, a trois cents toises environ de VPembouchure , était exposé au feu de deux batteries algériennes , qui en peu de temps enlevérent plus de six cents hommes et en blessérent plus de dix-huit cents. Enfin , a dix heures, O’Reilly assembla un conseil de guerre, dans lequel il fut décidé qu quatre heures on se rembarquerait. Le plus grand désordre présida 4 cette derniére opération.

Les Espagnols se présentérent encore devant Algeren 1783 et 1784, et bombardérent inutilement cette ville. Dans la seconde année du régne du dey Hassan, ils lui cédérent Oran et Mers-el-Kebir, qu’un tremblement de terre venait de ruiner.

En 1793, la France ayant eu besoin de blés pour l’approvisionnement de ses deux armées, le dey Hassan autorisa des exportations de blés que fournirent les maisons juives Bakri et Busnach. Cette fourniture fameuse a été la eause de la guerre de conquéte.

A Vépoque de l’expédition d’Egypte, la Porte enjoignit au dey de déclarer la guerre 4 la France. Nos établissements de Bone et de la Calle furent détruits, et le consul francais mis en prison. Mais ces démélés ne durérent pas longtemps : en 1801 un traité de paix fut signé avec la régence. Napoléon exigeait que non-seulement la France, mais encore tous les Etats réunis sous la domination francaise fussent respectés par les corsaires. Alger se soumit a cette injonction.

En 1815 une division américaine s’étant présentée devant Alger, le dey, dont tous les vaisseaux ¢taient en course, accéda sans difficulté 4 toutes les conditions qu’on lui fit.

En 1816, lord Exmouth fat envoyé par le gouvernement anglais a la téte d’une escadre de trente-sept voiles demander satisfaction au dey des mauvais traitements qu’avaient subis 4 Bone quelques sujets de empire — britannique. N’ayant pu l’obtenir, .Vamiral anglais bombarda la ville , et lui fit éprouver des dommages considérables.

Le 8 septembre 1817, une de ces révolutions si fréquentes a Alger enleva au dey Obar-ebn-Mohammed le tréne avec la vie.

Aly-Codjia, qui Vavait fait -périr, lui succéda. O’était un ‘homme cruel et débauché, mais qui n’était pas dépourvu dinstruction et de mérite. Une premiére conspiration ayant éclaté contre lui, il fit transporter de nuit dans la Cashah son trésor. Puis s’entourant d’une garde composée d’Arabes et de Négres, il ne dissimula plus son projet de se débarrasser des janissaires, et il en avait déja fait périr quinze cents quand Ja peste l’emporta. Husséin-Pacha lui succéda. Le nouveau dey, en 1824, eut 4 répondre de quelques actes de piraterie commis sur des sujets britanniques ; une flotte anglaise se présenta devant Alger, mais le différend se termina par des négociations. j

Ce fut 4 cette époque que les relations d’Alger avec la France prirent un caractére de mauvais voulvir qui amena bientét la rupture. La fourniture de 1793 en fut la cause.

La créance a laquelle elle avait donné lieu avait été liquidée en 1819 a lasomme de sept millions de francs. Des Francais, créanciers du juif algérien Bakri, titulaire de la créance, formérent opposition au payement. Le dey réclamait avec instance, et, arrété par le peu de succes de ses réclamations, 11

saisissait toutes les occasions-de témoigner son mécontentement au consul francais, M. Deval. Les relations entre Jes deux gouvernements prirent un caractére d’aigreur qui fit présager une rupture prochaine. En effet, le 23 avril 1898, le consul francais s’étant présenté, suivant l'usage, pour offriy ses félicitations au dey, & occasion de la grande féte que Jes musulmans célébrent a cette époque de l'année , ce prince lui demanda, d’un ton courroucé, ou en était la négocia tion relative A la créance dont il réclamait le payement ; et sur la réponse évasive du consul, il fit, avec l’éventail quwil tenait A la main en ce moment, un geste de mépris ; on a méme prétendu qu'il en avait frappé M. Deval. Il ajouta a cette insulte, faite en présence des autres consuls européens, l’ordre de quitter Alger. Peu de jours aprés, M. Deval revint en France. Le gouvernement frangais demanda satisfaction au dey, qui, loin de laccorder, fit détruire par son lieutenant le bey de Constantine 1’établissement que les Francais possédaient 4 La Calle sur le bord de Ja mer, 4 quelques lieues de Bone.

Le gouvernement francais , qui n’éfait pas encore décidé a tenter Vexpédition qu'il exécuta deux années aprés, fit bloquer Alger. Mais ce blocus , qui coftait 4 la France prés de sept millions par an, n’amenait aucun résultat. Il était, en effet, impossible de stationner constamment sur une céte dangereuse : de sorte que les corsaires algériens, pouvant presque toujours sortir et rentrer librement, continuaient de troubler la navigation de la Méditerranée, au grand détriment de notre commerce. Plusieurs projets furent présentés au ministére qui précéda celui de M. de Polignac; mais il était réservé a ce dernier d’offrir & la France, par la conquéte d’Alger, une compensation aux maux que son avénement fit peser sur elle, ef d’ennoblir par ce brillant fait d’armes la chute de la branche ainée des Bourbons.

L’expédition , décidée a la fin de 1829, fut poussée avec une vigueur extréme dans les premiers mois de 1830. Le commandement en fut donné au général comte de Bourmont, ministre de la guerre; l’amiral Duperré eut celui de Ja flotte, et fut chargé de diriger le débarquement. Rien ne fut épargné pour assurer la réussite : trente-cing mille hommes furent embarqués a Toulon avec tout le matériel nécessaire. La flotte comptait onze vaisseaux de ligne, dix-neuf frégates, et deux cent soixante-quatorze batiments de transport. Elle quitta le port de Toulon en trois divisions, les 25, 26 et 27 mai. Une tempéte, rare dans cette saison et dans ces parages, forca l’amiral Duperré a jeter l’ancre le 2 juin dans la baie de Palma, ile de Majorque, et d’y rester jusqu’au 10. Le temps, devenu beau, permit de mettre 4 la voile et de se diriger sur la baie de Sidi-Ferruch, ou, contre l’attente générale, l’'amiral Duperré avait résolu d’opérer Je débarquement , qui fut effectué heureusement le 14 du méme mois. Les Algériens n’attendaient point les Francais sur ce point de la céte; aussi l’armée trouva-t-elle peu d’obstacles. Le général en chef et l’amiral purent faire toutes les dispositions pour compléter l’ceuvre du débarquement, qui eit été troublé par un orage qui survint, et dura toute la journée du {7 et une partie de celle du 18, si les Algériens eussent été en force sur ce point. Ce n’est que le 19 qwils se montrérent, au nombre de quarante mille , la plupart Arabes , conduits par les beys de Constantine et de Titteri, sous le commandement d’Ibrahim-Aga, gendre du dey. Une bataille s’engagea; les Algériens, attaqués avec impétuosité, ne purent résister a la bravoure et a la tactique frangaises : ils furent entiérement défaits. Cette action a été nommée baftaille de Staouéli, du nom de l’endroit oti Ibrahim-Aga avait établi son camp.

Le général Bourmont aurait pu dés le 20 marcher sur Alger; mais la grosse artillerie n’était pas encore débarquée, et ce ne fut que le 26, et apres plusieurs combats, tous avantageux aux Francais, mais sans étre décisifs, que l'armée commenc¢a son mouvement. Les dispositions durérent jus-

quau 29, et le 4 juillet les batteries de siége ouvrirent le feu contre le fort de ’Empereur; les Tures qui le défendaient labandonnérent aprés une résistance opiniatre, et le firent sauter en l’évacuant.

Le dey Husséin, déja découragé par les défaites succes- Sives essuyées par ses troupes depuis le jour du débarquement de l’armée frangaise , fut atterré 4 la nouvelle de la chute du fort de l’Empereur, qui était réputé inexpugnable, et dont la possession assurait celle de la ville. Cédant aux conseils de la prudence et aux insinuations du consul d’Angleterre, une convention fut arrétée dans la matinée du 5 juillet , entre lui et le comte de Bourmont. Elle stipulait que le fort de la Casbah, les autres forts, le port et toutes les batteries seraient remis aux troupes frangaises, ainsi que toutes les propriétés du gouvernement, y compris le trésor. La fortune particulitre du dey et de tous les habitants leur fut conservée. Plus de mille cing cents canons, la plupart de gros calibre, et une quantité considérable de munitions de toute espéce, tombérent au pouvoir des Frangais. A part quelques légers désordres, inévitables dans une premiére occupation , et surtout dans un pays ot tout dut paraitre éfrange aux vainqueurs , la prise de possession ne présenta aucun incident remarquable. Les figures naturellement impassibles des Arabes ne laissaient pas que d’exprimer Vétonnement extréme dont ils étaient saisis en voyant les Franeais user d’une modération sur laquelle ils étaient loin de compter.

Ainsi tomba cette puissance monstrueuse qui désola pendant si longtemps le commerce des Européens dans la Méditerranée ; gouvernement singulier, qui pourrait étre comparé 4 celui de Malte, et dans lequel l’autorité despotique du dey était dévolue par une milice qui, comme a Malte, ne se recrutait jamais dans le pays: les habitants, fussentils nés d’un pére membre lui-méme de cette corporation guerriére, ne pouvaient en faire partie. De toutes les provinces de lempire ottoman arrivaient continuellement a Alger des aventuriers, la plupart soldats tures, que leur inconduite ou Vespoir d’une meilleure condition déterminait A y venir tenter la fortune. Les renéegats chrétiens étaient admis dans cette association ; mais les Arabes, véritables propriétaires du sol, ces Arabes dont les ancétres avaient conguis Espagne, ou leur longue domination jeta tant @éclat, ces descendants des Abencerrages et des Zégris, si célébres par leur bravoure cheyaleresque , étaient rigoureusement exclus de la milice et de toute part au gouvernement. Quoique moins exposés aux vexations que les juifs , qui formaient une portion yéritable de la population d’Ale ger, ils vivaient dans un état de dépendance et de soumission yoisin de lesclavage; quelques places de |’administration leur étaient confiées , mais ils ne faisaient jamais partie du divan, dans lequel résidait, sous l’autorité absolue du dey, Vexercice du pouvoir souverain.

L’Etat d’Alger était divisé en trois provinces nommées

eylicks ; celle de Tlémecen 4 louest , confinant aux frontiéres de Maroc, et dont la ville d’Oran était devenue la capitale depuis que les Espagnols en avaient été expulsés ; celle de Titteri au sud, Médéah en était le chef-lieu : cette province s’étend depuis le territoire de la ville d’Alger proprement dit jusqu’au Grand-Désert; celle enfin de Constantine, 4 Pest, qui comprend tout le pays situé entre la régence de Tunis 4 l’est, la mer au nord, le Grand-Désert au sud, et le beylick de Titteri 4 l’ouest. Chacune de ces provinces était gouvernée par un bey nommé par le dey, et revétu d’une autorité absolue , dont il ne lui était jamais demandé compte , pourvu que le tribut qui lui était imposé arrivat réguliérement & Alger. Un pareil gouvernement avait nécessairement da produire des conséquences désastreuses : aussi, cette vaste contrée, que la nature s’est plu 4 enrichir de ses dons les plus précieux , et oi, sous la domination romaine , on avait compté jusqu’a trente-trois

ALGERLE

villes, était-elle tombée dans un état déplorable sous tous les rapports. La population diminuait tous les jours, et a peine quelques vallées étaient-eltes cultivées 4 des époques irréguliéres par les tribus d’Arabes répandus sur cette grande surface ou réunis dans un petit nombre de bourgs. Le tribut exigé par ie dey d’Alger, tout faible qu’il était, ne se recouvrait qu’au moyen des plus cruelles vexations, auxquelles les Arabes cherehaient souvent 4 se soustraire en se déplacant. Il n’edt pas été possible au dey de subvenir aux dépenses du gouvernement et & l’entretien de la milice s’il n’ayait eu d’autres ressources que les reyenus du pays : aussi la piraterie était-elle une condition inévitable de son existence. C’est la portion considérable qu’il s’attribuait sur les prises maritimes qui alimentait son trésor. Depuis que les puissances européennes, isolant moins leurs intéréts réciproques , prétaient appui aux Etats secondaires , et forcaient le dey 4 se contenter d’un tribut dont elles se dissimulaient Vignominie en le qualifiant de présent, le déficit, de plus en plus considérable , que ce nouvel état de choses faisait éprouver au dey, le forgait A recowrir au trésor amassé depuis trois siécles par ses prédécesseurs. Ce trésor , que la renommée faisait monter 4 des sommes immenses , n’était plus que d@’un peu moins de cinquante millions de francs au moment de la conquéte; ef une investigation sévére, en prouvant qu’il n’en avait été rien détourné, comme on lavait dit, a fait connaitre la situation de cette puissance , dont la chute ne pouvait étre éloignée.

M. de Bourmont était loin de prévoir qu’un autre gouvernement que celui de Charles X allait mettre a profit la conquéte brillante qui venait de lui valoir le baton de maréchal. Toujours fitulaire du ministére de la guerre, il songeait déja a rentrer en France, et se contentait de quelques mesures provisoires d’administration locale, se proposant sans doute d’en faire prendre de définitives 4 son retour A Paris, lorsque la premiére nouvelle de Ja révolution de juillet vint le surprendre et faire éyanouir tous ses projets. — Ona dit que M. de Bourmont avait cru possible de rester a la téte de l’armée d’Afrique, et de la conserver 4 Charles X. Quoi qu’il en soit, il attendit l’arrivée de son successeur, lui remit le commandement, et quitta Alger le 3 septembre. Le dey et les principaux chefs de la milice turque étaient partis d’Alger le 17 juillet, avec leurs familles et la plus grande partie de leur fortune.

Le maréchal Clauzel.arriva 4 Alger le 2 septembre avec les pouvoirs du nouveau gouvernement : il fut accueilli avec enthousiasme par l’armée, qui éfait fiere de marcher sous les ordres d’un des vieux capitaines de Napoléon.

La capitulation d’Alger n’avait donné qu’Alger méme & la France. Des dispositions hostiles apparurent dés les premiers jours de Poccupation. Le commandant en chef ayant cru pouvoir s’avancer sur Blidah avec un corps de 1,200 hommes fut obligé de renoncer a son dessein. Tout autour les tribus, soulevées contre nous par Ja haine du nom chrétien, menacaient d’arracher 4 nos soldats victorieux le sol sur lequel ils venaient de planter leur drapeau. La révolution de juillet, qui inspirait au gouvernement de légitimes incertitudes sur le maintien de la paix avec ’Europe, ne lui permettait d’ailleurs pas de s’occuper librement des affaires de l’Algérie.

Presque partout avyaient surgi dans les villes et au sein des tribus des chefs ambitieux aspirantau pouvoir. L’anar-

chie existait par toute la régence. Le maréchal Clauzel, se —

yoyant dans l’impossibilité de tenter la soumission du pays. songea a instituer dans les provinces de lest et de Pouest des princes amis, tributaires dela France, qui devaient épargner a son armée les périls de la conquéte et les embarras, encore plus grands peut-étre, de la conservation. Dans l’attente de la conclusion prochaine d’arrangements avec le bey Ge Tunis pour des princes de sa maison, le commandant en chef résojut de frapper un grand coup dans la province de Tittery. I

ALGERIE

avait confirmé 4 Bou-Mezrag le beylik de Tittery; mais cet ambitieux, qui révait la délivrance d’Alger, ayant, trois mois aprés son investiture, appelé les Arabes a la guerre sainde,le maréchal Clauzel marcha sur Médéah, ot il s’était installé , dispersa ses partisans, et le ramena prisonnier, en luidonnant pour remplacant un Arabe, Mustapha-Ben-Omar, auquel il laissa pour le soutenir douze cents Frangais.

La prise d’Alger avait été pour le beylick-d’Oran le signal W@une insurrection générale des populatéons arabes contre les Turcs. Pressé entre deux ennemis , le bey Hassan implorait alors notre assistance; on hésitait & accueillir ses propositions, mais un ennemi plus puissant, ’empereur de Maroc, menacait d’une invasion prochaine. Descendant direct du Prophéte et, selon la croyance des musulmans du Maghreb, le premier de ses successeurs aprés le sultan de Constantinople, Muley-Abd-el-Rhaman devait exciter dans les tribus la plus vive sympathie. Une armée marocaine, sous les ordres du neveu de l'empereur, parut devant Mascara, qui ouyrit ses portes; Tlémecen fut ensuite occupée ; mais trois mille Turcs et Coulouglis, renfermés dans la citadelle, parvinrent a s’y maintenir. L’intervention francaise ne se fit pas attendre. Au mois de novembre 1830 nous occupions le fort de Mers-el-Kebir, et le 10 décembre suivant la ville d@Oran, dont le bey de Tunis vint prendre possession, jusqu’a ce que la sanction aux traités qui avaient appelé les Tunisiens dans cette place edt été refusée.

La courte administration du maréchal Clauzel fut signalée par Vorganisation de différents services publics, tels que la justice, la douane, par l’établissement de la ferme-modeéle , par la création des zouayes et des chasseurs algériens, par la formation de la garde nationale algérienne, sous le nom de milice africaine.

En février 1831 le général Berthezéne succéda au maréchal Clauzel. Une partie de Parmée avait été rappelée en France; son effectif, autrefois de 37,357 hommes et de 3,094 chevaux, était alors réduit 4 9,300. Avec de si faibles moyens, on était obligé de faire face 4 de nombreux besoins. Le fils de Bou-Mezrag , favorisé par des amis puissants et le souvenir de son pére, attaquait Médéah, dont on ayait supprimé la garnison. Notre bey, Mustapha-Ben- Omar, allait succomber; il fallut le secourir et le ramener a Alger. Des troubles survenus aussi a Oran lors du départ du bey de Tunis nous obligérent a y envoyer le général Boyer avec 1,350 hommes pour s’y établir. La situation de Ja province d’Oran a cette époque était déplorable. Aucun des liens qui assuraient autrefois la dépendance des tribus n’ayait survécu a la dissolution de Pancien gouvernement. A Tlémecen les Arabes occupaient la ville, les Coulouglis la citadelle, et les hostilités étaient continuelles. Dans quelques villes, comme Mascara, ils se partageaient le gouvernement. Le pére d@ Abd-el-Kader, le marabout Mahi-Eddin, préparait déja dans la province ’avénement futur de son fils, et faisait servir son influence religieuse 4 la fondation d’une puissance purement arabe. Le général Boyer s’occupa d’abord d’entrer en relations avec les garnisons turques et coulouglies éparses dans la province. Celle de Mascara avait capitulé, et les Arabes, violant leurs engagements, la massacrerent en entier. Mascara devint pour eux une place de guerre et un centre d’action contre les forces frangaises. Le méme sort menagait les milices de Mostaganem et de Tlémecen. A cette crainte, qui maintenait les garnisons turques et coulouglies dans nos intéréts, le général Boyer ajouta Yappat une solde mensuelle, et leur résistance continua. Le général Boyer établit également des rapports avec Arzeu, port situé a dix lieues A est d’Oran, qui lui procurérent du blé, des fourrages et des bestiaux ; et aprés avoir mis la ville en état de défense et réparé en partie les fortifications , qui avaient été presque complétement détruites, il entama des négociations avec les Douairs et les Zmélas, afin de les attacher a notre cause.

A cette époque une vaste coalition se formait pour chasser les Francais de l’Algérie : un Maure, nommé Sidi-Sadi, récemment arrivé de Livourne , ol se trouvait Husséin-Dey, avait concerté avec le pacha dépossédé un plan de soulévement général, qui, n’ayant pas été exécuté avec ensemble par toutes les tribus confédérées , permit au général Berthezéne de les battre séparément au gué de l’Harach et a la Ferme-modéle. Ces embarras surmontés pouvaient renaitre chaque jour et épuiser lentement nos forces, car les Arabes, bien que vaincus , n’éfaient pas soumis.

Presque toujours occupé & repousser l’ennemi, le général Berthezéne eut peu de temps a donner &@ |’administration intérieure de la colonie ; on lui doit cependant quelques établissements utiles, parmi lesquels il faut citer de belles casernes situées au dela du faubourg de Bab-Azoun , un abattoir, la place du Gouvernement, la réparation de la jetée, etc.

Enfin, 16,000 hommes de troupes débarquérent en Afrique sous le commandement du duc de Rovigo , pour satisfaire aux besoins de Voccupation et ramener les indigénes au respect de notre autorité. Le commandement du pays et de Yarmée fut laissé au duc de Rovigo. L’autorité civile fut rendue indépendante, et résida dans la personne d’un intendant civil, M. Pichon. Ce fut un essai malheureux, auquel il fallout renoncer aprés un petit nombre de mois.

La situation de l’Algérie semblait alors plus favorable. Les tribus étaient découragées. Peu de temps avant son départ, le général Berthezéne avait nommé aga des Arabes Sidi-Ali-M’barek , marabout vénéré de Coleah, qui maintenait Ja tranquillité dans la plaine. Sur ces entrefaites , des envoyés du cheik El-Farhat, ennemi du bey de Constantine, Hadji-Ahmed, étaient venus a Alger offrir le concours de leur maitre pour lexpédition qwils croyaient projetée contre Constantine. Ces députés partirent d’Alger chargés de présents; mais arrivés sur le territoire de la tribu d’El-Ouffia, ils furent complétement dépouillés par des Arabes inconnus. Dés le lendemain la tribu d’El-Ouffia fut frappée d’exécution militaire; son chef, fait prisonnier, fut condamné a mort et exécuté. A la suite de cet acte de vigueur, une nouvelle coalition se forma. Sidi-Sadi, aidé par les marabouts fanatiques, mit en circulation des prophéties qui annoncaient la prochaine et infaillible extermination des Francais. L’aga des Arabes Ali-M’barek se laissa entrainer, et devint dés lors notre ennemi ; mais les rassemblements formés au pied de PAtlas furent bientét dissipés.

Bone , occupée une premiére fois en 1830, avait été précipitamment évacuée, lorsque la nouvelle des journées de Juillet était parvenue en Afrique; les habitants n’y avaient point rappelé le bey , Hadji-Ahmed , dont ils redoutaient la tyrannie; mais la quiétude dont ils jouissaient ne fut pas de longue durée. Ahmed, sentant sa puissance raffermie , dirigea tous ses efforts contre Bone, position commerciale qui était pour lui de la plus haute importance. Aprés le départ des troupes frangaises les habitants de Bone avaient recu quelques secours; mais la ville était étroitement bloquée du coté de terre par les troupes d’Hadji-Ahmed ou par les tribus qui lui obéissaient. Vers Ja fin de 1831, le chef de bataillon Houder arriva 4 Bone avec cent vingt-cing zouaves. Bien accueilli d’abord, et ensuite trompé par Ibrahim, ancien bey de Constantine , qui se saisit pour son compte de Ja casbah, ce malheureux officier fut tué au moment ot il se rembarquait. Cependant Bone, serrée chaque jour de plus pres par les soldats d’Hadji-Ahmed, implorait toujours les secours de la France. Il était dangereux de laisser le bey de Constantine reprendre ce port; Voccupation en fut d& cidée. En mars 1832, le capitaine d’artillerie d’Armandy, et Jousouf, alors capitaine aux chasseurs indigenes , “durent aller aider les assiégés de leurs conseils.et leur préter main-forte. Mais avant leur arrivée Bone, forcée d’ouyrir ses portes a Ahmed, subit toute Phorreur des cala-

4 mités de la guerre. Quelques braves se maintinrent cepen-

dant dans la casbah , et les Francais, ayant eu l’audace d’y pénétrer la nuit, arborérent aussitét le pavillon tricolore , qui n’a pas cessé d’y flotter depuis. Un bataillon d’infanferie, et plus tard 3,000 hommes, partis de Toulon avec le général Monk-d’Uzer, vinrent s’établir sur les ruines de la place , que l'on s’occupa de déblayer et de reconstruire immédiatement. Ibrahim-Bey, en proie au dépit de Pambition trompée, essaya bien de nous en disputer la conquéte ; mais il fut repoussé et poursuivi par les indigénes euxmémes. Peu de temps aprés, deux tribus, lassées de la tyrannie d’Ahmed-Bey, vinrent s’établir sous le canon de ta place, et fournirent des cavaliers pour la police de la plaine.

Notre occupation embrassait donc 4 Alger la ville et la banlieue, renfermée presque enti¢rement dans la ligne de nos ayant-postes; nous dominions sur tout le territoire compris entre l’Harach, la Métidja, le Mazafran et la mer; a Oran, nous possédions une lieue autour de la place et le fort Mers-el-Kebir. Tlémecen et Mostaganem, occupés par les Tures et Jes Coulouglis, commencaient 4 vivre en bonne intelligence avec nous. A Bone, bien que l’établissement ne s'étendit qu’a portée de canon des murailles, nos relations avec les tribus voisines se formaient @une manieére satisfaisante. C’est dans cet état que le lieutenant général Voirol trouva l’Algérie francaise lorsqu’il recut, par intérim, le commandement aprés le départ du due de Rovigo, qui revint en France , déja atteint de la maladie a laquelle il devait succomber. Le général Avizard, qui avait pris le commandement au départ du duc de Rovigo, institua pendant sa courte administration le bureau arabe, celte heureuse création, quia fait et fera plus pour notre domination que vangt ans de combats. Le capitaine Lamoriciére fut le premier chef de ce bureau. Malgré ses étroites limites, notre domination s’asseyait solidement ; la population civile , imperceptible d’abord, s’accrut avec rapidité. On construisait, on plantait; des routes militaires s’ouvraient ; des camps retranchés étaient établis ; les sentiments hostiles s’éteignaient autour de nous, etla paix faisait des progres réels. Ces dispositions @ un rapprochement furent accrues par le succés qu’obtint, au commencement de mai, une expédition dirigée contre les Bouyagueb et les Guerouaou, dont Pinsolence et les agressions continuelles méritaient un chatiment.

Depuis que Bone lui avait échappé sans retour, Had}i- Ahmed conyoitait Bougie, pour en faire son port. Il se flattait aussi de soumettre au sud Médéah , que déchiraient des factions ; mais les gens de Médéah réclamérent notre secours, et quoique les auxiliaires demandés ne pussent étre fournis, encouragés par notre bon accueil, ils repoussérent le bey de Constantine.

Le général Boyer, aprés de fréquents combats contre les Arabes, venait de remettre le commandement d’Oran au général Desmichels , et l’empereur de Maroc, découragé par notre ferme contenance et par les représentalions énergiques du colonel Delarue, notre envoyé, se détermina 4 retourner dans ses Etats. La guerre continuait entre les Arabes et les Coulouglis de Tiémecen, et le départ des troupes marocaines n’avait pas fait tréve aux hostilités des populations contre nous. Les marabouts préchaient sans cesse Ja ligne sainte contre les chrétiens. Aprés la mort de Mahi-Eddin, reconnu un moment chef des tribus du pays de Mascara , Abd-el-Kader se fit proclamer 4 Tlémecen bey de la province, leva des contributions, appela a lui les Arabes des alentours, et marcha sur Mostaganem pour s’en emparer. Arzeu tomba en son pouvoir, et le cadi de cette ville, qui avait traité avec les Francais, fut décapité par son ordre. Le général Desmichels sentit la nécessité de balancer les succés @Abd-el-Kader : il marcha sur Arzeu, qui fut occupé le 3 juillet, et prit possession de Mostaganem le 29 du méine mois. L'émir (titre qu’Abd-el-Kader avait pris depuis longtemps) fut battu successivement 4 Ain-Beda le 1° octobre, et 4 Tamezouat le 3 décembre. Aprés ce dernier combat,

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ou il essuya des pertes considérables, les Douairs et les Zmélas se détacherent complétement de sa cause, et nous sont depuis restés fidéles.

Vers cette époque occupation de Bougie fut résolue. Ordonnée le 14 septembre, Pexpédition, sous le commandement du général Tréze}, mit la voile le 23, et le 29, aprés une assez vive résistance, Bougie devint une ville frangaise.

Au commencement de 1834 quelques tribus de la Métidja montrérent des dispositions amicales; on s’occupait d’organiser les Outhans ralliés. Des hakems (gouverneurs) nommés par l’autorité frangaise maintenaient sur les villes de Blidah et de Coleah une souveraineté nominale. Les tribus du beylick de Tittery continuaient de repousser les tentatives d’Ahmed-Bey; celles des environs de Bone se tenaient également prétes a le combattre. Tuggurt, ville des confins du désert, avait eavoyé des députés a Alger pour promettre a4 la France son concours et ses sympathies si elle marchait contre le bey de Constantine.

Enfin, 4 Oran, le général Desmichels, victorieux 4 Tamezouat, avait signé la paix avec Abd-el-Kader le 26 février 1834, et si d’une part la cessation des hostilités permettait 4 Abd- el-Kader de tourner ses efforts contre sesrivaux,delautre — elle donnait 4 la France le temps de s’affermir sur tous les points occupés.

Une commission de pairs et de députés fut chargée par le gouvernement d’examiner le pays, et d’éclairer la France sur les inconyénients et les avantages de sa conquéte. A la suite de cette enquéie, parut l’ordonnance du 22 juillet 1834, qui constitua sur de nouvelles bases organisation politique de la régence, a laquelle on donna Je nom significatif de Possessions francaises dans lenord del Afrique. Le gouvernement ne fut plusla conséquence du commandement militaire, mais le domina. Sous les ordres du gouverneur général, il y eut un lieutenant général commandant les troupes, et les services divers recurent des chefs spéciaux.

Le général Drouet d’Erlon, nommé gouverneur, prit alors possession de son commandement. Par suite du vou exprimé par les Chambres de voir réduire les dépenses de l’occupation, il dut, a défaut dun déploiement de forces considérables , donner a la composition de l’"armée une yaleur plus assurée et un effectif plus réel. On créa, sous le titre de spahis réguliers, un corps d’indigénes, afin d’utiliser ces derniers et de pouvoir en méme temps réduire les corps venus de France.

Les bons rapports qui avaient été établis avec les indigénes durérent jusqu’a la fin de 1834, Médéah, menacée d’un coté par le bey de Constantine, de l’autre pressée par les sollicitations d’Abd - el- Kader, envoya des députés au gouverneur général pour lui demander }autorisation d’accueillir Vémir et de reconnaitre un hakem qu'il nommeraif : en cas de refus, le général en chef était supplié de pourvoir luiméme & administration et a Ja défense de la ville. On fit défendre a Abd-el-Kader de quitter la province d’Oran et aux” habitants de Médéah de le recevoir. On ne put néanmoins leur envoyer un gouverneur, faute de troupes pour le soutenir.

Le général Trézel, qui remplaca le général Desmi chels dans la province d’Oran, avait pour mission de continuer les rapports pacifiques établis avec Abd-el-Kader ; mais la tache était difficile : les conditioas du dernier trai n’étaient pas exécutées; Abd-el-Kader exergait sur les Arabes de la province d’Oran et méme de la province de Tittery uneinfluence prépondérante, Le besoin d’ordre et de gouvernement régulier poussait les populations, 4 défaut de la France, trop éloignée et souvent invoquée en vain, vers 'émir, représentant de la nationalité arabe. Médéah, toujours f menacée par le bey de Constantine, se jeta dans son parti. Sur ces entrefaites un chef de tribu du Sahara, Hadji-Moussael-Darkaoui, souleva les populations contre les Frangais et contre l’émir, coupable d’ayoir fait la paix avec les chrétiens 5 —

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mais il fut défait. Abd-el-Kader entra victorieux dans Médéah, et recut la soumission de Miliana. Outre l’extension qu’il avait doanée 4 son autorité, ?émir recevait de l’étranger des munitions de guerre ; enfin , la rupture semblait devenir inévitable. A la suite d’une razzia qui menacait le territoire des Douairs et des Zmélas , la division d’Oran fit une démonstration militaire qui fut le signal des hostilités. Les désastres de la forét Muley-Ismael et de la Macta, ou nous perdimes six cents hommes sur dix-huit cents, ébranlérent malheureusement dans l’esprit des indigénes la conviction de notre supériorité, et compromirent notre ascendant moral. Quinze mois d’une paix équivoque dans l’ouest avaient séparé de nous les populations du centre; le fanatisme s’était réveillé : sous le titre de prince des fidéles et de protecteur de la religion, Abd-el-Kader avait été recu partout avec enthousiasme ; de Médéah 4 Tlémecen, les villes et les tribus semblaient ne plus reconnaitre d’autre chef. Le bey de Constantine Ahmed paraissait résigné au succes de son habile rival. La prise de Mascara, loccupation de Vile de Harchgoun et Vexpédition de Tlémecen , dirigées par le nouveau gouverneur maréchal Clauzel (1835), raffermirent, il est vrai, notre puissance ; mais le contre-coup de Yéchec de la Macta s’était fait sentir dans les autres parties de lV Algérie : Bone, Bougie, Médéah étaient loin d’étre pacifiées. Néanmoins, ce facheux événement n’eut pas le pouvoir de faire renaitre les coalitions, et les Arabes, fatigués

une guerre sans terme, qui les appauvrissait , semblaient: attendre de quel cété pencherait la balance pour se joindre

au parti vainqueur. Les généraux Perregaux et d’Arlanges , Yun sur VHabrah et la vallée du Chélif, Vautre & ’embouchure de la Tafna, ot le gouverneur général avait jugé nécessaire l’établissement d’un camp pour procurer a la garnison francaise de Tlémecen une communication plus prompte avec la mer, s’efforcaient de maintenir la tranquillité et d’établir la suprématie de notre drapeau. Mais la lutte était trop inégale. Des renforts furent envoyés de France, sous le commandement du général Bugeaud, qui, pour débuter, battit complétement l’émir au passage de la Sickak, lui tua douze & quinze cents hommes, et lui prit cent trente réguliers , qui furent traités avec humanité et transportés en France. Aucun événement important ne signala du cdté d’Oran la fin de 1836. En aoiit et novembre une brigade put, sans obstacle sérieux , parcourir de grandes distances et recueillir la soumission passagére des tribus détachées de la cause de l’émir. La domination francaise avait autour et en avant de Bone fait des progres réels ; la Calle venait d’étre occupée par le chef d’escadron Jousouf, récemment nommé bey de Constantine. Cependant depuis cing années les Arabes de la province s’étonnaient que la France laissat le bey de Constantine exercer en paix un pouyoir qui aurait da finir avec la régence d’Alger. Le maréchal Clauzel, pour préparer Vexpédition de Constantine, fit occuper la position de Dréan, a vingt-quatre kilométres sud de Bone. Les forces dont il pouvait disposer lui paraissaient suffisantes, le succés lui semblait assuré, et, sur la foi de ces espérances, le corps expéditionnaire, fort de 9,137 hommes, s’ébranla le 8 novembre. Le 15 on campait 4 Ghelma, et le 21 ’'armée prit position sous les murs de la ville, ot tant de déceptions poignantes, de tortures et de miséres l’attendaient. Aprés quelques jours @infructueuses tentatives, Ia retraite se fit lentement sur Bone. L’issue malheureuse de cette expédition aurait pu avoir une influence facheuse sur Nos relations avec les tribus des provinces d’Alger et de Tittery , si les habiles dispositions prises par le général Rapatel n’avaient imposé aux Arabes. Le développement de nos établissements militaires, ’agrandissement de Ghelma, les travaux de route, de canalisation , @agriculture , qui s’exécutaient de toutes parts, prouvaient assez que linsuccés @une entreprise contrariée par le mauvais temps n’abattait pas notre conwage.

QIGT. DE La CONVERS — 7, 1,

Dans les derniers jours de mai 1837, le nouveau gouyerneur général, Damré mont, se disposait 4 explorer Miliana et la vallée supérieure du Chélif, et le général Bugeaud, de son coté, allait commencer la guerre de dévastation dont il avait menacé les Arabes, lorsqu’Abd-el-Kader demanda & traiter, en reconnaissant la souveraineté de la France. La convention dela Tafna laissa le gouvernement libre de porter son attention tout entiére sur la province de Constantine; rien ne fut épargné pour que la question depuis si longtemps indécise entre Ahmed et nous fat enfin tranchée par la guerre. Bone, Dréan, Ghelma, Nechmeya, Hamman- Berda, se garnirent de troupes, d’artillerie, de munitions et Wapprovisionnements. On se rapprocha de Constantine, en occupant fortement la position de Medjez-el-Ahmar, sur laquelle 10,000 Arabes ne tardérent pas & se ruer, mais sans succes. Partie de ce point le 1°" octobre 1837, l’armée arriva le 6 devant Constantine, et y entra de vive force le 13. Cette victoire fut chérement achetée : une foule de braves, en téte desquels il faut nommer le comte de Damrémont lui-méme, la payérent de leur vie. Le général Valée prit le commandement. La chute de Constantine achevaif la ruine de Yancienne régence, et la domination sur la pro vince tout entiére résultait naturellement de sa possession, Assise sur un plateau élevé, assez rapprochée des frontiéres de Tunis, entretenant avec les peuplades des confins du désert des rapports fréquents, et débouchant dans les plaines a Vest des Portes-de-Fer, elle devait exercer sur le pays la plus utile influence. On répara la bréche ouverte par notre artillerie, et 5,000 hommes y demeurérent en garnison avec le fameux bataillon de Constantine, composé de Tures et d’Arabes, qui nous ont depuis rendu de si grands services.

Le général Valée arriva sans obstacle 4 Bone, ot il recut sa nomination aux fonctions de gouverneur général de PAlsérie. Quelque temps aprés, le baton de maréchal de France Je récompensa du glorieux fait d’armes auquel i! avait atfaché son nom.

En janvier 1838 le général Négrier alla reconnaitre la route qui conduit de Constantine 4 la rade de Stora, dans le but d’assurer a cette ville des communications plus promptes et plus faciles avec la mer, et de donner un port de plus 4 la province. Il trouva sur son passage, dans une étendue de vingt-quatre kilométres, tous les Arabes paisibles et adonnés aux travaux des champs. Bientét la voie, longue seulement de quatre-vingts kilométres, qui, par le camp de Smendou, conduit en trois marches de

' Constantine 4 Stora, fut commencée, et les transports de

Yarmée ne ftardérent pas a la parcourir en toute sécurité.

| Une ville francaise, sous le nom de Philippeville, s’éleva

bientot auprés de V’ancienne Stora. Trompé sans doute par les espérances que lui faisaient trop légerement concevoir ses partisans, Hadji-Ahmed, avec les cavaliers de quelques tribus restées fidéles, s’était d’abord avancé dans le Djérid, puis vers Constantine. Nos troupes marchérent a sa rencontre , comprenant bien qu’un tel voisinage porterait Yincertitude parmi nos alliés. Cette démonstration suffit pour faire reculer ancien bey et détacher de sa cause les chefs les plus influents qui suivaient encore sa fortune. Dans les provinces du centre et de Vouest, l’émir ne se rendait pas compte des obligations que la paix de la Tafna lui imposait envers nous ; il ne veillait pas suffisamment au maintien de la tranquillité, et devancait, par des actes que le moment n’était pas venu de réprimer, l'interprétation contestée du traité. Une convention supplémentaire , signée a Alger par le représentant d’Abd-el-Kader , Mouloud-Ben- Arrach, n’ayant pas été ratifiée par lui, la rupture devint inévitable. Une partie de l'année s’écoula cependant sans hostilités, Abd-el-Kader de son cdteé, aprés avoir assiégé la ville @Ain-Madhi, s‘assurait des sympathies de Pempereur de Maroc. En attendant, les travaux de route et d’assainissement

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se poursuivaient partout avec activité; des postes étaient établis au pied de Atlas , afin de protéger le territoire de la Métidja. Les indigénes semblaient eux-mémes seconder ces progrés de nos établissements, et s’associer 4 nos espérances d’avenir. Des familles arabes émigrées revenaient avec confiance se réfugier sous notre autorité; nos alliés des tribus de Krachna, Béni-Moussa et Béni-Khalid, fatigués des exactions des Hadjoutes, formaient contre eux une expédition, tuaient leurs guerriers et enlevaient leurs troupeaux. Dans la province de Constantine, quelques meurtres isolés commis sur nos soldats ayant motivé de la part du général Négrier de sévéres admonestations au khalifat du Sahel, Ben-Aissa, on vit pour la premiére fois des Arabes arrétés, jugés, condamnés et exécutés par des Arabes, leurs juges naturels, pour des assassinats sur des chrétiens. Une attaque des Kabyles contre la garnison de Ghelma et le chatiment des Oulad-Agiz, qui avaient assassiné Bou-Agab, notre cheik des Harractas, furentles seules occasions dans lesquelles nos troupes eurent a signaler de nouveau leur valeur et 4 montrer leur supériorité. Divers événements, tels que les approvisionnements de Milah et de Ghelma, une reconnaissance entre Bone et Philippeville, ayant pour objet une communication plus prompte entre ces deux points importants, reliés ainsi 4 Constantine, l’occupation de Djémilah et du port de Djidjeli, Pexpédition de Sétif, 1a soumission de plusieurs tribus non ralliées, l’arrivée du duc d’Orléans, et le passage du Biban, occupeérent laborieusement nos armées jusqu’au mois d’octobre

Vers la fin de Vannée, Jes Arabes qui avaient envahi le territoire d’Alger s’étaient, il est vrai, cloignés de nos postes; mais leur masse remplissait encore les versants septentrionaux des montagnes les plus voisines. La plaine était dépeuplée d’Européens, dont les habitations avaient été détruites. Des partis ennemis se glissaient a Ja faveur des plis du terrain jusqu’au voisinage d’Alger; nulle part la campagne n’était sire, ef les communications d’un poste a l’autre ne s’effectuaient plus que par des colonnes.

A cette époque, les Hadjoutes, prévenus des secrétes dispositions d’Abd-el-Kader, passérent la Chiffa, et vinrent exercer des razzias meurtriéres contre la tribu des Béni- Khalib , notre alliée. Le commandant du camp d’Ouad-el- Aleg, accouru pour les repousser, tombe mortellement blessé. Nos soldats, furieux, se précipilent sur ’ennemi, et, malgré leur infériorité numérique, le refoulent en deca de la Chiffa. A ce premier échec l’émir répond enfin par une franche déclaration de gnerre. Dans les premiers jours de décembre, mille a douze cents Hadjoutes, rencontrés entre le camp de l’Arba et le cours de l’Harach par une colonne formée du 62° de ligne et d’un escadron du 1°" de chasseurs, furent culbutés et forcés & une prompfe retraite, aprés avoir subi des pertes considérables. Peu de temps aprés, un convoi parti-de Bouffarick pour Blidah rencontre au dela de Méred les bataillons réguliers de ’émir, auxquels s’étaient joints un grand nombre de Kabyles. Une charge vigoureuse du 1% régiment de chasseurs les jette dans un ravin, et les décime par un feu des plus meurtriers ; & peine arrété dans sa marche, le convoi gagne tout entier le camp de Blidah, en avant duquel, dés le lendemain, l’ennemi revient s’établir. Le général Rulhiéres, a la téte de quatre colonnes immédiatement disposées pour Vattaque, se lance sur les Arabes, les déloge de leur position, et rentre A Bouffarick , aprés les avoir foudroyés par Sa mitraille.

La guerre ne tarda pas a agiter aussi la province d’Oran. Elle est signalée par la défense de Mazagran, un des plus glorieux faits d’armes de la conquéte; en méme temps un corps expéditionnaire occupe Cherchell. Un succes plus important venait d’étre remporté Je 1° décembre dans la province d’Alger, entre le camp supérieur de Blidah et la

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Chiffa. Toutes les forces des khalifats de Médéah et de Miliana réunies , Pinfanterie régulitre de 'émir et sa nombreuse cavalerie occupaient le ravin de POued-el-Kebir ; les 2° léger, 23° de ligne et 1°* de chasseurs, en chargeant sur elles, gravissent, sans tirer un seul coup de fusil, la berge opposée du ravin, et atteignent les Arabes, qu’ils mettent en pleine déroute. Trois drapeaux , une piéce de canon, les tambours des bataiilons réguliers, quatre cents fusils et trois cents cadavres, furent les trophées de cette brillante victoire. Mais ces rencontres ne pouvaient étre décisives ; il devenait évident pour tous que l’émir ne serait détruit que par une suite d’opérations combinées avec une persévérance et une vigueur extrémes.

Dans cet état de choses, le gouverneur général résolut de faire 4 Abd-el-Kader une guerre opinidtre et de Vatteindre jusque dans ses principaux établissements. Les combats de Miserguin et de Sihous, la punition des tribus kabyles de Béni-Saak, de Béni-Ouaban, de Béni-Moussa et des Haractas, retardévent jusqu’au 25 avril 1840 Pouverture de la campagne. La prise de possession de Médéah et de Miliana, qui devait couper les communications d’Abdel-Kader, étant résolue, neuf mille hommes s’ébranlérent pour l’effectuer. L’ennemi, plusieurs fois abordé et vaineu , parvint toujours a se dérober, par la fuite, 4 une défaite compléte; cependant dans la journée du 27 notre infanterie, arrivant au pas de course avec la cavalerie sur les hauteurs de ’Afroun, le chassa dans la vallée de Bou- Roumi, et lobligea a quitter une forte position qu'il occupait dans la gorge de l’Oued-Djer. Pendant ce temps Cherchell était attaquée par les Arabes, qui se fatiguérent inutilement pendant six jours 4 en surprendre ou a en forcer la garnison. Le corps expéditionnaire marcha ensuite sur Médéah, pour la ravitailler; mais le passage du col de Mouzaia lui fut vivement disputé par les Kabyles, embusqués dans des ravins inexpugnables. Médéah tomba en notre pouvoir le 17 mai. Dans la deuxieme période de cette fruetueuse campagne, Miliana fut occupée le 8 juin et ravitaillée le 23, presqu’en méme temps que Médéah.

Mais la chaleur ne permettant pas de continuer les opérations dans la proyince de Tittery, le gouverneur ramena les troupes sur te ferritoire d’Alger, aprés avoir chatié sévérement les Kabyles de Mouzaia et les Béni-Salah, qui depuis le commencement de la guerre s’étaient montrés trés-hostiles et avaient constamment inquiété nos convois. En quiltant le camp de Mouzaia, qui n’était qu’un poste de campagne, le gouverneur ordonna des travaux préliminaires 4 l’établissement d’une route qui permettait de tourner a l’est le col de Mouzaia, comme on l’avait déja tourné a Pouest. Cherchell, Médéah et Miliana occupés, le territoire des Hadjoutes balayé et ’ennemi repoussé partout oti il avait tenté la résistance, tels furent les résultats matériels de cette glorieuse campagne. De retour avec Varmée, le maréchal Valée s’occupa immédiatement des dispositions 4 prendre pour la campagne d’automne : achever dans la province de Constantine la soumission des tribus indécises, et compléter ’approvisionnement de toutes les places jusqu’au printemps ; dans celle de Tittery, approvisionner pour six mois Médéah et Miliana, ramener les tribus du territoire A la soumission et détruire l’établissement de Thaza; dans la province d’Alger, couvrir le Sahel, manceuvrer dans la plaine pour tenir les Arabes en respect et maintenir les communications; enfin, dans la province d’Oran, occuper Mascara et détruire Tagdemt, tel fut le plan que l'on adopta et dont on entreprit ’exécution a partir du 1°" novembre 1840. Le tribut prélevé sur une grande portion du pays commengait alors a offrir quelques ressources; les marchés se peuplaient d’indigtnes, les Arabes cultivaient les terres, et la cause francaise gagnait chaque jour de nouveaux défenseurs; prés de sept mille musulmans , cavaliers ou fantassins, s’étaient rangés sous nos drapeaux. Les villes

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d’Alger, Oran et Bone, sorties de leurs ruines , prenaient un rapide développement ; la population européenne, qui s’accroissait dans une proportion constante, atteignait au 21 décembre 1840 le chiffre de 28,000, dont 13,000 Fran- ¢ais , 9,000 Espagnols , 6,000 Italiens , Maltais ou Allemands, Du cété des Arabes, la guerre continuait comme d’habitude, sous forme d’escarmouches, de déprédations , de dévastations et d’attaques contre les individus isolés ou les faibles détachements. L’émir ne défendait ni pays, ni villes, ni camps , ni positions; il fuyait les rencontres sérieuses , les engagements décisifs, et, malgré de fréquentes défaites , il conservait encore des forces imposantes et pouvait continuer de troubler nos établissements. A dire vrai, la seule victoire réelle remportée sur les Arabes se bornait 4 Padoucissement progressif de leurs meeurs : ils ne tuaient plus leurs prisonniers , les traitaient souvent avec quelque humanité , et répondaient avec empressement aux offres d’échanges qui leur étaient faites. La civilisation faisait donc plus que nos armes.

Le 22 février i841 le lieutenant général Bugeaud vint remplacer le maréchal Valée dans son gouvernement. L’éternelle gloire de Bugeaud sera d’avoir compris que nous n’avions pas en face de nous une véritable armée , mais la population elle-méme , et qu’il fallait par conséquent pour se maintenir dans un tel pays que nos troupes y restassent presque aussi nombreuses en temps de paix qu’en temps de guerre; d’avoir découvert en méme temps que les populations qui repoussaient notre empire n’étaient pas nomades, comme on lavait cru longtemps, mais seulement beaucoup plus mobiles que celles d’Europe. Chacune avait son territoire limité, d’ou elle ne s’éloignait pas sans peine, et ot elle était toujours obligée de revenir. Si on ne pouvait occuper les maisons des habitants, on pouvait donc s’emparer des récoltes, prendre les troupeaux et arréter les personnes. Dés lors les véritables conditions de la guerre @ Afrique lui apparurent. Il ne s’agissait plus, comme en Europe, de rassembler de grandes armées destinées 4 opérer en masses contre des armées semblables, mais de couvrir le pays de petits corps légers qui pussent atteindre les populations A la course, ou qui, placés prés de leur territoire, les forcassent d’y rester et d’y vivre en paix. On renon¢a d’abord atout ce qui encombre la marche des soldats. en Europe. On supprima presque entiérement le canon; a la voiture on substitua le chameau ou le mulet. Des postes-magasins, placés de loin en loin, permirent de n’emporter avec soi que peu ou point de vivres. Nos officiers apprirent larabe, étudiérent le pays, et y guidérent les colonnes sans hésitation et sans détour. Comme la rapidité faisait bien plus que le nombre , on ne composa les colonnes elles-mémes que de soldats choisis et déja faits a la fatigue. On obtint ainsi une rapidité de mouvements presqueincroyable, et a la fin nos troupes, aussi mobiles que l’Arabe armé, allérent plus vite que la tribu en marche.

La mission expresse du général Bugeaud étant de détruire la puissance d’Abd-el-Kader, Veffectif de Parmée fut porté a 78,000 hommes et a 13,500 chevaux. La grande guerre allait cesser en Afrique. On renoncait enfin a cette ceinture de postes isolés qui ne protégeaient rien ; on occupa les villes, et on mif en pratique le systtme qui consiste a rayonner autour de soi en partanf dune position permanente. De cette magicre, ’ennemi, toujours maintenu a distance, ineessamment menacé dans ses troupeaux et ses moissons, était forcé de se tenir constamment sur une défensive fatigante et ruineuse, qui Pappauvrissait chaque jour davantage. L’année s‘ouvrit sous de favorables auspices. Une colonne de 4,000 hommes, partie @’Oran sous les ordres du

commandant de la place, marche dla rencontre du khalifat:

de Pémir, Bea-Tamy, et le contraint a la retraite. Dans la province de Constantine, la tribu de Béni-Oualban, coupable de plusieurs meurtres commis sur Ja route de Phi-

lippeville, est s¢évérement chati¢e ; dans le méme temps, la garnison de Djidjeli faisait chérement payer aux Kabyles leur acharnement et leur perfidie. Les attaques d’Fl-Berkadi, autre khalifat d’Abd-el-Kader, furent également repoussées dans la province de Tittery. L’ennemi y éprouva des pertes considérables, et, malgré ses efforts, les ravitaillements de Médéah et de Miliana purent encore une fois s’opérer avec succes. Le général Bugeaud, aprés avoir renforcé Sétif, Constantine, Ghelma et Bone, confia au général Baraguayd’Hilliers le commandement de la division qui devait agir dans le bas Chélif, pendant que lui-méme dirigerait Pexpédition projetée dans la province d’Oran. Le maréchal de camp de Bar recut le commandement d’Alger et de son territoire.

A dater de cette époque ( 25 mai 1841 ), une suife non interrompue de revers vint accabler le fils de Mahi-Eddin. La prise de Tagdemt, de son fort et de ses magasins, celle de Mascara, te combat d’Akbet-Khedda, qui lui cofte 400 hommes, la destruction de Boghar et de Thaza, occupation de Msilah et la défaite de Farhat-Ben-Said, son fidéle allié, préludent tristement a ’anéantissement de sa puissance. Les tribus des Laghouath et des Bordjia impriment aux débris de son armée découragée un funeste élan de défection; tout appui lui manque, toute influence Y’abandonne ; désormais son génie se résignera a combiner des chances de sauvegarde pour les siens, plutét que des projets de vengeance contre nous. Réduit a la défensive, honteux de son impuissance, déchu de sa gloire, le lion vaincu ya chercher un refuge dans les sables du désert.

Pendant la premiére campagne de 1842 la guerre marcha avec une rapidité incroyable dans les provinces d’Alger et de Tittery. Les émigrations, les alarmes continuelles, les pertes énormes occasionnées par les razzias, les femmes et les enfants enlevés ou morts de fatigue et de faim, la nécessité de vivre pendant tout Vhiver sur les montagnes les plus apres, dont les sommets étaient couverts de neige, décidérent des soumissions multipliées, et un grand nombre de tribus firent marcher leurs cavaliers avec les nétres pour combattre Vennemi. Malgré cette tendance générale a la paix, les opérations militaires ne manquérent en 1842 ni dactivité ni @importance. Le fort de Sebdou, unique place de la seconde ligne qui restat encore a lémir, tomba en notre pouvoir, et quinze tribus nous firent leur soumission. Les Beni-Menacer, tribu kabyle des environs de Cherchell , furent sévérement chatiés. Plus de vingt tribus implorerent l’aman du général Bugeaud. En juillet le khalifat El-Berkani fut enti¢rement battu et dépouillé. Abd-el-Kader, fuyant devant le général Lamoriciére, s’était réuni au khalifat Ben-Allah, Sidi-Embarak, sur la frontiére sud du khalifat de Milianah, pour faire quelques tentatives sur les tribus soumises de cette contrée. Celles-ci ayant demandé du secours, le général Changarnier partit avec ses auxiliaires pour refouler ’émir dans le déserf. Les manceuvres des généraux d’Arbouville chez les Flitas, et Sillégue dans le Sétif, du colonel Comman chez les Beni-Djahad et du commandant de place de Bougie, du Courtial, contre les Kabyles qui avaient cherché a le surprendre, consolidérent notre conquéte dans les provinces de Vouest, et parvinrent a circonscrire le foyer de la guerre. Cependant Abd-el-Kader s’était établi dans les montagnes de ’Ouarensénis, et dominait sur tout le pays compris entre le Chélif et la Mina. Une campagne @hiver fut organisée, qui répondit parfaitement aux attentes du général Bugeaud. Le général Changarnier dirigea ensuite une expédition contre les populations voisines de Tenés, oll nous n’avions pas encore porté nos armes. A la fin de l'année voici quelle était la situation : tout le pays était soumis et organisé depuis le Jurjura jusqu’a Ja frontitre de Maroc. Les villes du littoral , relevyées comme

‘celles de lintéricur, s’environnaient alors de villages, pres-

que aussitét peuplés que construits; on essayait tous les

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moyens pour favoriser la colonisation; des casernes, des hdpitaux, des magasins, des églises, des écoles, des marchés , des fontaines, des édifices publics et privés surgissaient sur tous les points. Des chambres de commerce, des entrepdts récls, s’ouvraient sur nos cdtes aux marchandises étrangéres ; des phares éclairaient tous les ports ; des routes nouvelles rayonnaient sur le sol, toutes oouvertes de soldats, de marchands, de voyageurs circulant avec sécurité; des ponts étaient jetés sur l’'Isser, le Rio-Salado et la Mina. On commengait méme a exploiter ces vastes foréts dont Vexistence avait été si longtemps contestée ; Vindustrie, le commerce, la culture, s’accroissaient en proportion de la population, qui de 28,000 dmes était en moins de deux ans montée 4 42,000! Les grains, les bestiaux, les huiles, cires, laines, fruits, légumes et volailles, qui nous étaient fournis pendant la guerre par le commerce maritime , et 4 des prix excessifs, nous furent alors vendus & meilleur compte par des indigénes, et les colons virent enfin cesser leurs privations. Tels furent les résultats politiques et administratifs qui signalérent a l’admiration et 4 la reconnaissance de la Francele gouvernement de l’Algérie a la fin de cette campagne.

Cependant la situation politique de la contrée entre la Mina, le Chélif et la mer était loin d’étre florissante. Au mois davril 1843 Pimsurrection était encore aux portes de Cherchetl; tout le Dahra, sauf la grande tribu des Béni-Zerouals, subissait encore Vinfluence d’Abd-el-Kader, ainsi que les tribus riveraines du Chélif et celles de ’Ouarensénis. Les lettres de ’émir, répandues avec profusion depuis les frontires du Maroc jusqu’au fond du khalifat de Sembaou, agitaient profondément nos alliés. A la téte de 2,000 fantassins montés, tant dans la Smala que dans les montagnes du Dahra et de ’Ouarensénis, il rétablissait peu a peu son ascendant sur les populations de nos provinces. Une vigoureuse offensive pouvait en quelques semaines les ramener au calme et a l’obéissance : aussi résolut-on d’étouffer surle-champ dans leur germe ces nouveaux symptémes de discordes et de rébellion. Le gouverneur général, avec neuf bataillons de troupes de Miliana et de Mostaganem , partit @’Alger pour jeter les bases des établissements permanents d@Orléansville sur le Chélif central, de Ténés sur le littoral , entre Mostaganem et Cherchell, et de Tiaret sur les confins du désert. Son heureux combat contre les partisans de Vémir dans le Dahra lui prépare admirablement les voies; une razzia énergique poussée sur les Sbeihh lui livre 2,000 prisonniers, 15,000 tétes de bétail et un immense butin ; les Béni-Madoun, les Hemnis, les Ouled-Faress , les Béni-Hidja et les tribus de cette partie du Dahra qui avoisine l’Ouarensénis nous font leur soumission. Pendant ce temps le général Changarnier créait les postes provisoires de Teniet-el-Haad et de l’Oued-Rouina, et ses bataillons, avant de pénétrer dans la chaine orientale de l’Ouarensénis, exécutaient chez les Béni- Ferebh une manceuvre qui les rendait maitres d’un riche butin; ils parcouraient le pays en tous sens, incendiant les douars, coupant les arbres fruitiers, détruisant les moissons, et réussissant par tous ces moyens extrémes 4 soumettre enfin les montagnards terrifiés.

De son coté, le duc d’Aumale, parti de Boghar, ou il avait établi aussi un poste provisoire, parvient 4 Goudjilah, et surprend Ja smala d’Abd-el-Kader sur Ja source méme d’Ain-Taguin. Malgré l’'infériorité numerique de ses cing cents chasseurs et spahis , déja fatigués par des marches de nuit longues et rapides, le prince, plein d’ardeur et de courage, se précipite avec impétuosité sur les cing cents défenseurs del’é. mir, en disperse une partie, fait trois cents prisonniers, tue le reste, et retourne 4 Boghar avec quatre drapeaux, un canon et le trésor d’Abd-el-Kader. Sa mére et sa femme faillirent elles-mémes tomber en notre pouvoir. Avec les débris de sa smala flottant ¢a et 1a dans le pays, ’émir tombe quelques

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jours aprés sous les coups des généraux Lamoricitre, Mustapha-Ben-Ismael et du colonel Géry ; deux mille cing cents Hachems et leurs troupeaux deviennent notre proie, et le brillant succes du duc d’Aumale est ainsi complété. Mais une horrible catastrophe vient troubler la joie de Parmée et jeter Ja consternation dans tous les esprits. Notre allié fiddle , le général Mustapha, s’étant obstiné a traverser avec les Douairs les foréts impénétrables des Cheurfas, y est attaqué par les habitants du pays. Les cavaliers , courbés sous le poids de leur butin, égarés dans cet inextricable labyrinthe, n’entendant plus la voix encourageante du chef, se débandent , fuient en désordre et laissent frapper leur brave général, qui tombe dans un guet-apens. Le général Lamoriciére, pour le venger, opére sur les Flitas, et les force & une fuite précipitée.

L’émir continuait & se diriger vers Pouest de la province , dans le but de dérober les restes de sa smala 4 nos attaques incessantes. Le colonel Géry, instruit de sa présence au sud de Mascara avec 500 cavaliers réguliers et 600 fantassins environ , se dirige 4 sa rencontre par une marche de nuit, qui n’est trahie par aucun des habitants de la contrée , et , chargeant sur lui 4 'improviste, renverse son camp tout entier. Dans le butin on retrouva les éperons et la selle de Pémir, qui ne s’était sauvé que par miracle, sur le cheval Wun de ses khiaias. Le général Bedeau et le colonel Tempoure n’étaient pas restés inactifs pendant cette brillante campagne. La colonne de Tlémecen avait aussi sa part de fatigues et de glorieuses actions, tant 4 lest qu’a louest du pays des Djaffra; enfin, la division de Constantine, bien que sur un théatre tout a fait indépendant de l’influence d’Abd-eL Kader, n’en rivalisait pas moins d’énergie avec celles d’Oran et d’Alger. A peine investi du commandement de la province, le général Baraguay-d’Hilliers avait concentré ses principales forces dans le grand triangle entre Bone, Philippeville et Constantine, ou, a trés-peu d’exceptions prés, on n’avait jamais reconnu l’autorité de la France : par des combats meurtriers et des courses incessantes, il parvint 4 soumettre toutes les montagnes de Collo 4 la frontitre de Tunis, forca ’Edoug a& nous obéir, et renversa ainsi le seul pouvoir qui dans Vest ne fat pas encore subjugué.

Au mois de janvier 1844 l’émir avec 300 chevaux, dernier débris de son armée, campait 4 une journée au sud d’Ouchda; sa déira (escorte) occupait une vallée au dela du Chot-el-Gharbi; puis elle vint 4 Bouka-Cheba, sur l’extréme frontiére. Son déniment était affreux ; les maladies, la lassitude, la faim, la misére, éclaircissaient encore chaque jour les rangs de ses fidéles. A chaque marche nouvelle, la déira marquaif son passage par un nouveau cimetiére.

Sur ces entrefaites le général Bugeaud fut nommé maréchal de France. Le duc d’Aumaleavaitrecu le commandement de la province de Constantine, et MM. de Lamoriciére et Changarnier passaient lieutenants généraux.

Le gouverneur général mettait a profit cette situation fayorable pour activer les travaux de colonisation. Dans la province d’Alger un systéme de rayonnement, comprenant la Métidja, le Sahel et le revers septentrional de l’Aflas, était en pleine voie de prospérité. Des routes étaient tracées, des ponts reliaient entre elles les rives jusque alors séparées des cours d’eau. Enfin des villages nombreux s’élevaient comme par enchantement.

Cependant le khalifat d’Abd-el-Kader était parvenu a rétablir son autorité dans le Zab, réunion de petits villages sur la frontiére du Sahara algérien, dont la capitale est Biskara, ville d’entrepot pour les caravanes du désert. Une colonne expéditionnaire prit possession de cette place; et, aprés y avoir laissé une faible garnison, composée d’indigénes, elle se porta rapidement sur tous les points occupés par Ahmed, ancien bey de Constantine, et faillit méme le faire prisonnier. :

Abd-el-Kader n’avait pas reparu ; mais ses émissaires agis+

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saient pour lui; Pun deux, Ben-Salem, qui avait une grande influence sur les tribus kabyles de lest, soulevait los Flissahs. Le maréchal leur livra combat 4 Ouarezzivin. L’ennemi laissa plus de mille morts. Une quarantaine de villages furent incendiés. Ben-Zamoun, leur chef, fit sa soumission.

Le général Marey-Monge obtenait sur un autre point dela province un résultat également important, la soumission du marabout Tedjini, cheik d’Ain-Madhy, rival d’Abd-el-Kader.

Le maréchal Bugeaud apprit enfin qu’Abd-el-Kader s’¢était réfugié sur le territoire de la province de Riff dans le Maroc, ou il cherchait A reconstruire le noyau de sa puissance. Le gouvernement frangais se plaignit 4 ’empereur Abd-er- Rhaman, qui déclara que son autorité était a peine reconnue chez les Riffains, et qu’il ne pouvait obtempérer ala demande de la France. En méme temps il nommait Abd-el-Kader khalifat de la province du Riff. Cette nouvelle dignité exalta Yambition d’Abd-el-Kader, qui ne dissimulait déja plus lespoir de s’emparer de la couronne de Maroc. Pour préparer la voie 4 son double but, il excitait par tous les moyens possibles les populations marocaines contre nous, et par son influence soulevait entre la France et le Maroc une question de frontiére qui amena les troupes d’Abd-er-Rhaman 4 Ouchda, en face du camp et du fort frangais de Lalla- Maghrnia. Le territoire frangais fut violé. Le général Lamoriciére repoussa l’attaque avec un grand succés. Les hostilités étaient donc ouvertes. Des renforts arrivaient de France. Le maréchal gouverneur prit le commandement supérieur. Aprés un engagement sans conséquence 4 Mouila, le maréchal posa un ultimatum qui resta sans réponse; le 19 il entra 4 Ouchda sans coup férir : les troupes marocaines s’étaient retirées dans le plus grand désordre.

Le gouvernement francais comprit la nécessité de joindre aux opérations militaires sur les frontiéres du Maroc une expédition maritime sur les cétes de empire. Une division navale fut réunie, et le commandement en fut donné au prince de Joinville. Aussitét Tanger fut bombardé, tous ses forts démantelés et ruinés.

Cependant les sévéres legons données aux Marocains ne paraissaient deyoir porter aucun fruit. De nouvelles levées en masse s’effectuaient & Fez et dans les environs. Les négociations entamées furent rompues, et le fils de ’empereur vint lui-méme, avec une yingtaine de mille hommes, prendre le commandement des troupes rassemb!ées sur la frontiére. Le gouverneur général résolut alors de prendre initiative, redoutant les suites de toute lenteur, qui pourrait donner le temps aux tribus de la province @Oran de se déclarer contre nous. Le 13 aout il se portait en avant, a la téte de neuf mille quatre cents hommes, et le 14 il remportait la victoire d@Iisly. Le lendemain méme notre escadre bombardait Mogador.

L’orgueil du Maroc était humilié, et ses populations fanatiques commengaient a comprendre la nécessité de faire la paix. Elle futaccordéé aux conditions suivantes : les rassemblements extraordinaires de troupes marocaines formés sur notre frontiére dans les environs d’Ouchda seraient immédiatement dissous ; un chatiment exemplaire serait infligé aux auteurs des agressions commises sur notre territoire ; Abd-el-Kader serait expulsé du territoire marocain ou interné, et ne recevrait plus désormais des populations soumises a Yempereur ni appui ni secours d’aucun genre. Une délimitation compléte et réguliére des frontiéres serait arrétée et convenue.

La clause du traité de Tanger par laquelle ’empereur de Maroc s’obligeait 4 expulser ou a interner Abd-el-Kader ne fut pas exécutée. Notre dangereux ennemi resta longtemps campé surlarive gauche dela Malouia. Une tentative contre le camp de Sidi-Bel-Abbés fut le premier signal dune lutte nouvelle. Au moment oii le gouverneur de I’Algérie préparait une expédition contre la Kabylie, on apprit que la guerre sainte était préchée de tous cétés par les tribus limitrophes de la frontitre du Maroc. De nombreux émissaires d’Abd-

el-Kader parcouraient le pays, et le fanatisme se réveillait & leur voix. L’enlévement d’un camp sur la route de Tenes a Orléansyille et ’attaque @un convoi prés de Cherchell préljudérent & une insurrection générale.

Un compétiteur ala puissance d’Abd-el-Kader venait d’apyaraitre dans la partie de nos possessions qui semblait le mieux pacifiée. Le Dahra et ’Ouarensénis étaient en pleine insurrection, L’instigateur de cette nouvelle levée de boucliers était le chérif Bou-Maza. Battu par une colonne francaise, il se vit forcé de fuir de tribu en tribu, essayant, mais en vain, de soulever encore sur son passage les fanatiques et crédules habitants du Sahara. C’est alors qu’un sanglant et regrettable épisode de ’expédition du Dalra, le massacre des Ouled-Riah, eut le plus facheux retentissement. Sur un autre point, Abd-el-Kader, encouragé par |a nouvelle prise d’armes, repassait aussi sur notre territoire, mais rentrait presque immédiatement sur le sol marocain. Dans la province de Constantine, le général Bedeau obtenait la soumission des montagnards de l’Aurés et leur faisait payer des impdts de guerre.

Abd-el-Kader en se retirant sur la Malouia avait emmené aveclui plusieurs grandes tribus du désert au sud de Tiémecen. Par cette nouvelle émigration les Arabes qui partageaient sa fortune ne s’élevaient pas 4 moins de trois mille, et pouyaient lui fournir environ cing cents cavaliers. Sa cavalerie et son infanterie réguli¢re se montaient a peu prés a quinze cents hommes. Seul, Bou-Maza était resté en Algérie, errant avec un petit nombre de partisans, tantot dans les montagnes de la rive droite du Chélif, tantét dans celles de la rive gauche. La trahison d’une fraction des Sbéah, qui massacrérent notre agha des Sendjeh et sa suite , lui fournit l’occasion @essayer de reprendre son réle politique. Il vint se placer au milieu de Ja population coupable pour la diriger dans sa défense contre nous, et, pour s’en faire un levier avec lequel il pat soulever de nouveau le pays. Mais il se fit battre dans les douars des Sbéah, et quelques jours apres son khalifat Mohamed-Ben-Aicha, ancien porte -drapeau d’Abd-el-Kader, fut pris et tué par notre agha Ghobrini.

Cependant une insurrection nouvelle et plus terrible vint montrer sur quel fond reposait la sécurité générale. Le maréchal gouverneur était en France quand on apprit tout a coup d’affreuses nouvelles. Une colonne de 450 hommes, amenée dans une embuscade sur la fronti¢re du Maroc, avait été enveloppée par toutes les forces d’Abd-el-Kader et entiérement écrasée. Non loin de la se passait presqu’au méme moment un des plus tristes épisodes de cette nouvelle insurrection, mais aussi un des faits les plus héroiques de nos annales militaires, la défense du marabout de Sidi- Brahim.

A lanouvelle de ce malheur, I’émotion publique fut grande en France. Le gouverneur général recut ordre de retourner immédiatement en Algérie. Abd-el-Kader, profitant habilement du moment oi les troupes de la division de Tlémecen étaient occupées 4 combattre V'insurrection fomentée par ses adversaires , se dirigeait sur le pays de Trara, qui s’étend sur la rive gauche de la Tafna, pays situé 4 deux journées de marche de Lalla-Maghrnia et de Tlémecen, a quatre journées d’Oran.

Sur ces entrefaites, un petit détachement de 200 hommes, envoyé au camp d’Ain-Temouchen pour en renforcer la garnison, fut entouré par une multitude de Ghossels, qui venaient de se prononcer pour l’insurrection , et mit bas les armes sans combat. Le général de Lamoriciere et le général Cavaignac ayant fait Jeur jonction au col de Bab-Taza, s’avancérent dans le pays de Trara; mais pendant ce temps Vinsurrection gagnait toute la subdivision de Tlémecen a l’extrémité du Tell, et une seconde invasion arrivait du Maroc, commandée par un nouveau khalifat d’Abd-el-Kader, Bou- Guerrara. Le général Lamoriciére altaqua le col d’Ain-Kebira, ou Pémir s’était retranché. Celui-ci n’accepta pas. le combat, et fit retraite avec les 2,000 cavaliers de sa déira et

du Maroc, laissant écraser les insurgés, qui le poursuivirent de leurs malédictions.

Lorsque lemaréchal Bugeaud arriva a Alger, il trouvale rdle agressif d’Abd-el-Kader déja réduit & une proportion défensive, Néanmuins il se mit en campagne avec sept bataillons , quatre escadrons, une batterie de montagne et un détachement de sapeurs du génie, en tout quatre mille hommes. La pointe faite par ’émir sur le Maroc aprés les victoires du général Lamoriciére n’était qu’une ruse nouvelle. Apres avoir traversé la Tafna et ’Qued-Mouilah, il passa par Bridgi, entre Lalla-Maghrnia et Tiémecen, contourna cette ville par le sud, et prit enfin la direction de Sidi-Bel-Abbés et de Mascara. Il fallut abandonner a1’émir toute la partie excentrique de la province d@’Oran, et tous les efforts de nos généraux durent se borner a préserver d’incursions et 4 maintenir dans le devoir la contrée d’Oran 4 Mostaganem, ainsi que celle du Chélif, @’Orléansville & Miliana, pour que le trouble ne s’étendit pas jusque dans la plaine d’Oran et la Métidja d’Alger.

Les plans d’Abd-el-Kader s’étaient modifiés @une fagon inattendue. Depuis la derniére campagne, notre infatigable ennemi semblait avoir compris Vimpossibilité dela conquéte ou méme dun établissement provisoire dans la province d@’Oran. Aussi tous ses efforts tendaient-ils maintenant 4 emmener avec lui au Maroc le plus grand nombre possible de tribus, afin de se refaire un Klat et une armée. C'est ainsi que les khalifats d’Abd-el-Kader se montraient occupés a faire émigrer les tribus bien plus qu’a les mener au combat. Bou-Hamedi poussait vers le Maroc presque toutes les tribus du cercle de Tlémecen , y compris les Beni-Amers , les Gharahas et les Chéragas. Bou-Guerrara remplissait la méme mission du cété de Zebdou, et Bou-Taleb dans le cercle de Mascara. yaa oe

A la suite des mouvements opérés par le maréchal gouyerneur, le général Jousouf et le colonel Saint-Arnaud, |’émir fut obligé de retourner au désert. Il en sortit bientét, et vint menacer la province de Tittery. Le désastre récent d’une colonne partie de Constantine et décimée par le froid dans les neiges des monts Bou-Taleb n’avait pas été sans influence sur cette nouvelle entreprise. Le premier acte d’Abd-el-Kader dans sa nouvelle incursion fut de ruiner les Rhaman, tribu soumise de la lisi¢re du désert, qui joignait habituellement son goum a nos expéditions dans le sud. Lintention de l’émir était de menacer le centre de nos possessions, de pénétrer en arriére de Miliana ou de Médéah jusque dans la province d’Alger, et d’y exécuter une invasion soudaine et rapide, non pas sans doute dans l’espoir de sy maintenir, mais en vue de frapper un coup qui ébranlerait la streté de notre domination et ranimerait pour longtemps encore les espérances des Arabes.

Mais il se vit bient6t arréfé dans sa marche vers lest par Varrivée du maréchal Bugeaud sur le territoire de la puissante tribu des Ouled-Nails, chez lesquels il avait trouvé un refuge. Sur un autre point, le chérif Bou-Maza, s’étant avaneé jusqu’a Tadjena, pour paralyser l’effet de nos succés, était contraint de disparaitre devant le lieutenant-colonel de Canrobert.

Tout 4 coup Abd-el-Kader renonga a son plan d’invasion de Vest dans la direction du cercle de Sétif. Il remonta rapidement vers le nord-ouest; puis, tournant le Djébel-Dira, il traversa la plaine d’Hamaza, et prit position sur le versant occidental du Jurjura, chez les Flittas, tribu kabyle du cercle de Dellys, & trente lieues seulement d’Alger. De 1a il menaeait de franchir l’Isser et d’exécuter une subite incursion dans la Métidja. Son khalifat Ben-Salem V’avait précédé sur l’Isser avec des contingents nombreux des Kabyles du Jurjura. Mais le général Gentil, établi sur ?Oued-Corso, n’eut pas plus t6t appris la marche en avant du lieutenant d’Abd-el-Kader, qu’il Je surprit le 7 février dans son camp et lui tua beaucoup de monde. Le maréchal envahit les montagnes des Flittas insoumis, et balaya les Kabyles ; mais

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il ne put atteindre la colonne de l’émir, qui, suivant sa tactique ordinaire, avait abandonné ses alliés , et profitait de l'insurrection qu’il avait excitée pour couvrir sa retraite.

De ce jour la lutte changeait de face, et les réles étaient changés. A son tour, le maréchal Bugeaud prit Voffensive ; ses colonnes mobiles pénétrérent profondément dans le sud, et le sillonnérent de tous cétés. Les tribus rebelles passérent de nouveau sous notre drapeau, et celles qui avaienit émigré du Tell demandérent 4 revenir sur leur territoire. Dans les premiers jours d’avril, |’émir, ne trouvant plus aucun appui, suivi seulement d’une poignée de cavaliers montés sur des chevaux exténués, se jeta vers l’ouest du désert. Dans le méme temps les derniers foyers de l’insurrection du Tell étaient vivementattaqués dans le Dahra et dans l’Ouarensénis.

Cependant la déira d’Abd-el-Kader était toujours campée sur la frontiére marocaine prés de la Malouia. Le général Cavaignac fit une démonstration qui eut pour résultat d’éloigner Bou-Hamedi. L’empereur du Maroc lui-méme ayait aidé a ce succes par des manifestations armées. Une affreuse nouvelle'vint tout 4 coup troubler la joie causée par les événements. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1846, 187 prisonniers francais sur 200 avaient été massacrés a la déira, par ordre du beau-frére d’Abd-el-Kader, Moustapha-ben- Thamy, qui comptait par 1a arréter l’émigration des Beni- Amers. La déira était d’ailleurs réduite @ la derniére misere.

Enfin, ’année 1847 était destinée 4 voir s’accomplir notre ceuyre de conquéte et de pacification. Quelques combats furent encore nécessaires pour assurer ce résultat, depuis si longtemps attendu. Un engagement meurtrier eut lieu le 10 janvier, entre le général Herbillon et les Ouled-Djellal, que Bou-Maza venait de visiter; un village fortifié fut enlevé par nos soldats. D’un autre cété, le général Marey-Monge, qui commandait 4 Médéah, tombait sur les Ouled-Nails, qui , eux aussi, avaient regu Bou-Maza et lui avaient fourni des secours en hommes ef en denrées. Quelques jours aprés, Bou-Maza lui-méme était poursuivi entre Teniet-el-Haad et Tiaret ; son escorte était dispersée et son trésor enlevé. Cet échec fut sans doute pour Bou-Maza la cause d’une résolution extréme. Ce chérif fameux, qui avait allumé la révolte de 1845, cet imposteur habile, que l’émir lui-méme redoutait comme un rival, se rendit le 13 avril au colonel de Saint- Arnaud. Bou-Maza fut amené a Paris, ot le gouvernement

le traita avec plus de distinction que sa vie et ses antécédents ne paraissaient le mériter.

Mais le plus dangereux ennemi de la France restait encore 4 dompter. Rejeté par nos armes dans le Maroc, Abdel-Kader avait moins songé dans sa fuite a s’y préparer un refuge qu’un empire. Pendant ce temps, le maréchal gouverneur songeait 4 obtenir la soumission compléte de Ja Kabylie. La grande insurrection de 1845-46 avait révélé le péril d’une enclave indépendante a quinze lieues de la capitale. Le 6 mai une forte colonne, sous le commandement du général Bedeau, quitta Alger, prit la nouvelle route d’Aumale, que plusieurs bataillons venaient de créer. Aprés avoir rallié la garnison mobile d’Aumale, ce qui portait son effectif & huit mille hommes, la colonne campait le 15 a Sidi-Moussa, au hord de la Soummam ; sur la rive opposée s’élevait en amphitféatre le pays riche, mais difficile , des Beni-Abbés. Leurs villages nombreux et rapprochés, se commandant et se flanquant l’un l’autre, garnissent une série de pitons ardus ; le plus inaccessible , et en méme temps le plus considérable, est Azrou, que couronne un plateau dénudé sur le faite du chainon. Le 16, 4 la pointe du jour, Vattaque commenca. La position d’Azrou , réputée inexpugnable, fut emportée, les maisons furent brilées, et les tours qui dominaient le pays tombérent sous les coups de notre artillerie. Le lendemain' tous les chefs des Béni-Abbés étaient réunis dans la tente du gouverneur, et les conditions de Yaman leur étaient dictées,

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Ainsi fut accornplie en quelques jours la soumission de tout ce territoire montagneux que comprend le grand triangle formé par Hamza, Sétif et Bougie. Cette contrée était habitée par cinquante-cing tribus, ayant trente-trois mille deux cent soixante fusils. La grande vallée de Sebaou et tout le revers nord du Jurjura jusqu’a la mer posstdent une population encore plus considérable. On évalue a plus de quarante mille le nombre des guerriers de ce pays. Toute cette partie ayant reconnu l’autorité de la France, il en résultait qu’au total on avait établi notre domination plus ou moins directe sur des montagnes qui contiennent plus de soixantedix mille hommes armés. En méme temps les sept colonnes du sud avaient aussi rempli la mission de discipliner le Petit Désert. Le maréchal Bugeaud, arrivé au terme de son quyre, donna sa démission, qui fut acceptée. 1] fut remplacé par M. le duc d’Aumale.

Mais tout n’était pas fini pour l’Algérie tant qu’Abd-el- Kader campait sur la frontiére de Maroc. Si ce n’était plus yers nos possessions qu’il tournait ses regards, le gouvernement frangais ne pouvait pourtant sans inquiétude le voir s’essayer a fonder un empire rival sur les ruines de Pempire de Muley-Abd-er-Rhaman. Le suceés d’une telle entreprise ett été pour nous le signal d’une lutte nouvelle et terrible, et nous ett imposé la nécessité d’une sanglante et onéreuse conquéie. La position de Vémir avait surtout augmenté W@importance depuis que le prince Abd-er-Rhaman, fils de Muley Soliman, prédécesseur de Muley-Abd-er-Rhaman, dont Celui-ci était le neven, s’était réfugié auprés de lui. Les craintes de lempereur de Maroc au moment d’entrer en lutte avec l’émir étaient faciles 4 comprendre. Abd-el-Kader avait de nombreux partisans dans toutes les villes du Maroc ef jusque dans les rangs de l’armée impériale.

Cependant Muley-Hachem, neveu de l’empereur, et son kaid El-Hamar se rendirent parmi les tribus encore indécises pour les engager dans un mouvement qu’ils préparaient contre ’émir. Mais celui-ci, instruit de ces tentatives , se résolut a porter un coup qui frappat de terreur ses nombreux ennemis. Deux cents cavaliers marocains étaient assemblés 4 quelque distance de son camp; il courut 4 leur rencontre, et les culbuta. La lutte était ouverte, Abd-el- Kader comprit qu’il fallait la poursuivre avec vivacité. Un de ses aghas, Ben-Jahia, surprit un camp marocain; le caid El-Hamar fut pris, et eut la téte tranchée.

L’empereur sentit alors qu'un grand déploiement de forces était indispensable. On se rappelle que quelques tribus algériennes avaient été l'année précédente entrainées par Abdel-Kader sur le territoire marocain. L’émir voulait en faire le noyau d'une domination nouvelle. Aprés avoir flotté pendant plusieurs mois sur la frontiére orientale de l’empire, ces tribus s’étaient avancées jusque sous les murs de Fez, ot elles avaient déployé leurs tentes. L’approche (WAbd-el-Kader les rendit suspectes a ’empereur; il résolut de les éloigner, et il les poussa vers le sud. Elles devaient, @aprés ses ordres, aller s’établir aux environs de Maroc, ott Vinfluence de l’émir ne pourrait plus les atteindre. Le désir de revoir un sol qu’elles regrettaient les ramena vers TAlgérie. Elles changerent brusquement de route, et l’empereur, trompé sur le sens de ce mouvement, les fit pour-

-suivre et massacrer impitoyablement.

Cette énergie inattendue imposa aux montagnards du Riff et aux autres tribus kabyles, dont la foi était douteuse. Abd-el- Kader jugea alors qu’un coup de vigueur et de désespoir pouvait seul le sauver. Méprisant la cohue de combattants qui se trouvaient devant lui, avec ses 2,000 hommes d’élite, il tomba 4 Pimproviste pendant la nuit sur un des camps marocains, et s’en empara. Mais le lendemain toute la masse de ses adversaires se rua contre lui, il fut obligé de se retirer vers la Malouia; toutes les hauteurs | étaient couronnées d’ennemis. Dans la matinée du 12 les divers camps marocains se réunirent, et renfermérent Ja déira

dans une sorte d’enceinte vivante. Cependant ’émir, au prix de la moitié de ses troupes, réussit & forcer le passage, et essaya avec ses fidéles de tenter encore une fois la route du désert. Mais le général Lamoriciére avait deviné ses projets, et s’était porté4sa rencontre. Abd-el-Kader, désespérant de sa fortune , comprit alors qu’une seule ressource lui restait encore, la générosité de Ja France. 1] se rendit au général Lamoriciére, sous la condition d’étre conduit 4 Alexandrie ou a Saint-Jean d’Acre. Cette promesse fut ratifiée par M. le duc d’Aumale, mais ne recut pas la sanction du gouvernement de Louis-Philippe ni de celui qui lui succéda.

La nouvelle de la soumission d’ Abd-el-Kader, propagée rapidement jusque dans le désert, impressionna particuliérement la grande tribu des Hamianes-Garabas , la seule qui eit persisté jusqu’A ce jour a se tenir en dehors de notre ohéissance. Les trois principales fractions de cette tribu envoyérent une députation au commandant de la subdivision de Mascara pour demander !’aman. Ainsi se trouvait complétée la pacification de la province d’Oran.

La déira, composée denviron cing a six mille individus , fut licenciée. Les familles dont elle se composait furent immédiatement remises aux chefs des tribus auxquelles elles appartenaient et dirigées sur leurs territoires.

La révolution de février n’eut qu’un faible contre-coup en Afrique. Le duc d’Aumale, en apprenant la chute du tréne de son pére, remit sans hésiter ses pouvoirs au général Changarnier, en attendant que le général Cavaignac, qui en élait investi, fat arrivé. Le prince de Joinville se trouvait aussi alors en Afrique. Les deux fréres quittérent noblement ces rivages, ou ils avaient combattu avec nos armées, et protestérent encore une fois de leur dévouement a !a France. Ainsi s’évanouit cette vice-royauté que le vieux roi avait peut-étre révée pour un de ses fils.

Sous le gouvernement républicain , les gouverneurs généraux se succédérent avec rapidité en Algérie ; mais nos froupes ayant pu rester en Afrique, les indigenes ne songérent pas a organiser une insurrection que nos embarras intérieurs semblaient présager. Bientdt on s’occupa activement de transporter en Afrique un grand nombre de colons, et des centres de population furent créés. Mais la mort a décimé ces nouveaux arrivants.

Quelques expéditions de peu dimportance occupérent les premiers mois de l’année 1849. Ainsi, dansle Sahara du sud-ouest, le général Pélissier, le général Mac-Mahon et le colonel Mellinet opérérent contre les douars de dissidents excités 4 la révolte, sur les frontitres du Maroc, par Si- Chigr-Ben-Taieb. Queique temps aprés, le colonel Maissiat ordonna aux Hamianes-Garabas, travaillés par Vinfluence des marabouts, de repasser le Chot-el-Chergui et de venir camper sur la rive gauche ; mais ils refusérent d’obéir ; les Rezain allérent méme s’installer 4 Bou-Guem, A l’extrémité occidentale du Chot-el-Chergui. Une simple démonstration fit tout rentrer dans V’ordre. Dans la province d’Alger, une fraction des Béni-Séliman, les Béni-Silem, et les Ouled-Solfan, avaient méconnu lautorité du khalifat Maheddin, chassé leur caid et refusé le payement du zekkat. Les Béni-Silem , qui s’étaient le plus compromis, virent leurs villages attaqués et brilés, et durent payer une amende considérable en argent et en bestiaux.

Ces expéditions avaient coité peu @hommes et peu d’efforts; il n’en fut pas de méme pour notre domination sur les bords du désert. Une révolte éclata 4 Zaatcha, qui fait partie dune région d’oasis appelée le Ziban, et dont le chef-lieu est Biskara. Un marabout trés-vénéré, Bou- Zian, commeng¢a, au mois de juin, a précher la guerre sainte. De scurds mécontentements existaient déja dans Pesprit des populations des oasis. Les marabouts, exempts dimpots , venaient d’y ¢tre assujettis, et la redevance percue sur les dattiers avait été élevée de quelques centimes. Le colonel Carbuceia expédia a Zaatcha un officier avec quelques

ecavaliers du chéik El-Arab pour arréter Bou-Zian. Le marabout fut enlevé, et on ’emmenait déja, lorsque son fils souleva le peuple et le délivra. Le colonel Carbuccia vint attaquer Voasis de Zaatcha avec une colonne de 1,200 hommes; mais il fut repoussé avec perte. Cet échec pouvait compromettre la renommée des armes frangaises. L’audace des Kabyles de PAurés s’en accrut, et une petite armée descendit des montagnes, marchant sur Biskara, sous la conduite du marabout Si-Afid. Il fut vigoureusement repoussé par le commandant Saint-Germain. Cependant l’agitation angmentait toujours, propagée par l’association religieuse de Sidi- Abd-er-Rhaman, cette vaste société secréte qui embrasse presque toutes les populations kabyles ; elle donnait la main a une révolte quiavait éclaté au nord, dans le Zouaga, et enveloppait toute la frontiére méridionale de la province de Constantine. Depuis trois mois Zaatcha bravait Vautorité francaise et Bou-Zian fomentait au loin la révolte. Une expédition, commandée par le général Herbillon et le colonel Canrobert, s’empara de cette place aprés un siége meurtrier de cinquante et un jours. Les oasis voisines se rendirent alors sans conditions. Le reste del’insurrection s’éteignjt dans le Hodna, dans l’Aurés , et sous les décombres de Narah, dont les habitants furent passés par les armes. Le Ziban était pacifié pour longtemps.

Cette année fut encore signalée par un différend avec le Maroc. Les autorifés frangaises avaient été insultées; une démonstration sérieuse amena une réparation éclatante.

Depuis longtemps attention du gouvernement se porfait sur les montagnes qui bordent le littoral entre Dellys et Philippeviile, et qu’on nomme la Petite-Kabylie. Cette partie du pays était restée en dehors de notre autorité, et pouvait d’un jour 4 l'autre nous menacer; en méme temps plusieurs villes du littoral étaient comme bloquées par une population ennemie. Au commencement de 1851, le gouvernement résolut de mettre un terme a cet état de choses. Une expédition fuf résolue. Dans les premiers jours du mois de mai, !e général de Sainf-Arnaud parcourutkes environs de Djidjelli. Une insurrection conduite par Bou-Baghla amena le général Camou aux environs de Bougie, qu’il délivra; et enfin ’expédition se termina par des opérations dans le cercle de Collo. Dans cette expédition , nos troupes, avec leur valeur et leur courage ordinaires, supportérent des fatigues de tous genres. Des points inaccessibles furent emportés, et les Kabyles durentse soumettre. La route qui relie Philippeville & Constantine devint sire. Djidjelli fut débloquée; des richesses minérales furent reconnues dans les montagnes traversées par nos colonnes; enfin, les tribus kabyles acquittérent des contributions de guerre.

D’un autre cété, une loi rendue par l’Assemblée nationale, le 11 janvier 1851, régla sur un nouveau pied les rapports commerciaux de l’Algérie avec la France , en appelant cette colonie a une plus grande part dans nos échanges et en favorisant ses produits. Le i6 juin 1851, la méme Assemblée adoptait une loi sur la propriété en Algérie, et depuis elle jetales bases d’une banque.a Alger. W.-A. Duckett.

Au moment du coup d’Etat du 2 décembre 1851, le général Pélissier commandait par intérim a Alger. I] mit aussitdt la colonie en état de siége. Bientét le général Randon arriva comme gouverneur général. L’Algérie regut un grand nombre de transportés politiques, réunis surtout 4 Lambessa. En 1852 le général Randon parcourut la contrée soumise par Je général Saint-Arnaud. Le 4 décembre de la méme année, Je général Pélissier soumit Lag houata la domination frangaise. En 1853 le général Randon dirigea une expédition contre les monts Babor, qui dominaient la plaine de Sétif, et qu’on avait df laisser de coté en 1851. Le 18 mai les troupes partirent de Sétif en deux colonnes , rune sous les ordres du général Bosquet, autre sous les ordres du général Mac-Mahon: le gouverneur général était avec la premidre. Une trentaine de tribus se mirent

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en état de défense. Le gouverneur attaqua le grand Babor par la gauche, c’est-i-dire par le sud-ouest, tandis que le général Mac-Mahon Vattaquait par l’est. La division Bosquet se distingua dans le combat des Djermouna, au col de Tizi- Sikka et 4 l’assaut du mont Tararist ; la division Mac-Mahon, dans des engagements contre les Menalla, les Dracen et les Krerrata. Le 6 juin les deux petits corps d’armée se réunirent sur les bords de la mer, 4 Ziana, aprés avoir traversé le pays des Kabvles. Les tribus se soumirent, et le gouverneur général donna l’investiture 4 des chefs indigenes en déterminant les circonscriptions de leurs commandements respectifs, ainsi que les conditions d’un faible tribut exigé comme signe d’obéissance. Le 10 juin on se remit en campagne. On entra dans le cercle de Djidjelli et ’on aborda une contrée dont le général Saint-Arnaud avait seulement parcouru Ja région maritime en 1851. Les tribus des montagnes s’empressérent d’apporter leur part de contributions arriérées, et Vexpédition militaire n’eut pas lieu. Plusieurs chefs nous avaient aidé. Le gouverneur général ordonna de construire des routes de Djidjelli a Sétif par Djimila, et 4 Constantine par Milah;le 1° juillet il rentrait 4 Alger. En 1854 de nouvelles opérations furent encore entreprises contre les Kabyles. Pendant la guerre d’Orient!’ Algérie resta avec peu de troupes. En 1855 elle figura avec honneur 4 |’exposition universelle de Paris. La méme année quatre colonnes parcoururent les oasis du désert; Tuggurt fut visité. Le général Maissiat fit encore une expédition contre les Kabyles des Babors et commenca de nouvelles routes. Les Kabyles se firent battre encore par le général Joussouf. Des expéditions eurent lieu sur les frontiéres du Maroc et sur celles de Tunis pour assurer la tranquillité. Enfin, en 1857,le moment parut venu de soumettre la grande Kabylie, qui prétendait rester en dehors de notre action. Au mois de mai des colonnes placées sous les ordres des généraux Renault, Mac-Mahon et Joussouf, et dirigées par le général Randon lui-méme, attaquerent les Kabyles du Jurjura. L’enlévement de Souk-el-Arba amena la soumission des Beni-Raten. La prise d’Jcheriden par la division Mac-Mahon, et de Taouret-el-Hadjadj par la division Joussouf décida la défaite des Beni-Jenni et d’une foule d’autres tribus. Le fort Napoléon s’éleva au centre de la Kabylie, des routes. furent tracées , le pays organisé, des otages envoyés en France, ef depuis lors la Kabylie est restée soumise 4 notre autorité. Pendant que ceci s’opérait, trois colonnes mobiles parcouraient le reste de l’Algérie pour empécher toute tentative de soulévement.

En 1858 la paix fut a peine troublée dans la province de Constantine par un mouvement de quelques contingents des tribus des Babors, qui avaient tenté de s’emparer du bordj de Takitout, bravement défendu par quelques Frangais. Le général Desmarest accourut de Sétif, fit quelques arrestations et tout rentra dans l’ordre. A la fin de année une nouvelle agitation se manifesta dans l’Aurés, a Vinstigation du marabout Sidi-Sadok. Le 10 décembre un de ses envoyés lut sur le marché de Sidi-Okba un appel a la guerre sainte, et les tribus coururent aux armes. Le général Desvaux, commandant la subdivision de Batna, arriva avec des forces devant Sidi-Okba : les Arabes battirent le contingent de notre kaid de Biskara & Habbel; le général fit avancer ses troupes dans les gorges de Tonnegaline et mit les insurgés en déroute, Sidi-Sadok se sauva, mais poursuivi par les goums des tribus fidéles, il fut arrété et conduit 4 Constantine, traduit devant un conseil de guerre et condamné a la peine de mort avec ses trois fils et onze de ses complices. Les débuts de 1859 virent s’accomplir l’occupation définitive du petit port de Collo entre Philippeville et Djidjelli. Un décret, du 24 juin 1858, avait remplacé le gouvernement général de lAlgérie par un ministére de l’Algérie et des colonies, qui fut confié d’abord au prince Napoléon, et passa le 7 mars 1859 aux mains du comte de Chasseloup-Laubat. Ce ministere ne subsista que jusqu’au 24 novembre 1860; le maré-

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