‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 186 sur 197 · ALIBERT · texte numérisé non relu

ALIBERT

son heureuse physionomie beaucoup plus qu’a ses ouvrages, si nombreux et si célébres qu’ils aient été. I] naquit a Villefranche, dans Aveyron, le 12 mai 1766. Son pére, magistrat distingué, prit un grand soin de son éducation, a laquelle concoururent ses bons exemples. Il fit ses études sous la direction des péres de la Doctrine chrétienne, On lui donna pour camarade, a lui d’abord si léger de caractére et si disposé 4 trop sacrifier & imagination, un jeune homme calme, réfléchi, sensé, le philosophe La Romiguiére. Apres leurs humanités, les deux amis entrérent dans je ne sais quelle congrégation chrétienne, dont la révolution, 4 quelque temps de 1a, devait interrompre les travaux et clore la studieuse carriére. Ils vinrent 4 Paris vers Pépoque ow la révolution’allait commencer. Alibert, qui avait vingt-trois ans et ambition de se produire, aurait pu prendre un role dans ce bouleversement général qui devancait une rénovation; mais, soit antipathie pour les mours de ce temps, soit attachement pour Vancien ordre établi, ou espoir de le voir renaitre, il ne voulut point figurer dans le drame révolutionnaire. Cette neutralité politique et ce désceuvrement forcé firent de lui un littérateur précoce, a qui toutefois il manquait une vocation expresse et un but précis. Aprés avoir passé quelques mois avec La Romiguiére 4 l’école Normale, il entra enfin & l’Ecole de Santé, premiére et informe ébauche de la Faculté de Médecine daujourd’hui. — Réveur et sentimental, mais causeur élégant et ingénieux, homme séduisant par les charmes de l’esprit, mais lui-méme trés-accessible & toutes les séductions, il contracta des intimités fort disparates. C’est ainsi qu’on le vit a la fois Pami du docteur Roussel, disciple naif de Bordeu; I’éléve de Cabanis, dont la doctrine, remplie de dangers, semblait concilier Locke et Condillac, tout en exagérant lun et autre jusqu’au scepticisme ; ’ami de Richerand, qui, 4 son insu méme, outrait encore Cabanis; l’intime de Bichat, qui récusait ces auteurs encore plus que leurs systémes, et enfin de La Romiguitre, qui combattait les uns et les autres de sa dialectique si persuasive et si convaincue. Alibert fut tel toute sa vie : lui qui devint le serviteur zélé de deux rois et qui resta l’ami constant de la royanté, ilse plut sans cesse & commercer avec toutes les opinions, pouryu qu’elles n’abordassent point la politique.

Recu médecin en 1799 (an VIII), aprés avoir couronné de brillantes épreuves par une thése fort remarquée, sz les fievres pernicicuses , Alibert fonda alors, de concert avec Bichat et Ribes, la Société Médicale d’Emulation, dont il fut longtemps le secrétaire dirigeant et le principal orateur. Ce fut dans cette compagnie qu'il prononga plusieurs éloges, peut-étre trop vantés dans Vorigine et certainement trop oubliés aujourd’hui. Montrant dés lors une grande prédilection pour les périodes harmonieuses, les grands mouvements oratoires, les tropes a froid, les artifices d’émotion, les antithéses et les paralléles, sa pensée paraissait comme appauvrie et presque invisible sous le luxe effréné des ajustements; et Bernardin de Saint-Pierre lui-méme, tout en battant des mains aux spirituels essais de son jeune imitateur, les trouva déréglés quant aux images et trop sobres en fait d’idées.

Jusqu’a la restauration, Alibert resta simplement médecin de Vhdpital de Saint-Louis; mais, lors de son retour en France, Louis XVIII le nomma son médecin ordinaire , sans doute en considération du genre de maladies dont il faisait sa principale étude plutot qu’a la recommandation du baron Portal, son premier médecin. Le roi, en effet, dés cette époque, souffrait de cette maladie de jambes qui persévéra jusqu’a sa mort. A ce titre essenticl , qui fit infiniment pour sa fortune, Alibert réunit plus tard celui de professeur de matidre médicale & Ecole de Médecine, celui de médecin du collége Henri IV et plusieurs autres. Il professait sans gravité, mais sa parole avait du charme, et le son de sa voix était enchanteur. Ses legons étaient remar-

quées pour ces mots imprévus et pittoresques dont iff finissait ]ui-méme par sourire avec esprit, 4 Vinstigation de ses auditeurs. Mais ses improvisations les p!us remarquables et les plus applaudies étaient pour l’hOpital Saint-Louis, od il professait en plein air, sous des tilleuls, a lombre desque!s il faisait parader pendant le printemps des malheureux couverts de dartres. C’est & ce cours célébre que les médecins de toute l'Europe ont appris pendant vingt ans 4 connaitre les maladies dela peau, qu’Alibert a mieux décrites et mieux représentées qu’aucun de ses devanciers. — Bien que méditatif et distrait jusqu’a exces, Alibert fut constamment un des plus fervents apdtres dela mode. S’il apprenait qu’a la cour on edt accueilli un jeune poéte, vanté ses vers, lu ses ouvrages, dés le lendemain ’heureux auteur recevait ses invitations ou sa visite. A ses déjedners on était certain de rencontrer les plus jeunes muses, les voyageurs récemment débarqués , les poétes lauréats, les avocats et les jeunes orateurs dont les premiers débuts étaient applaudis, et méme les actrices et acteurs en vogue : c’était la la brillante contre-partie de ses cours de l’hépital Saint- Louis : 1a Vesprit, les arts et le luxe; ici les miséres et les souffrances. Aprés le déjetner venaient des lectures, puis la comédie. Son petit thédtre de la rue de Varennes avait ordinairement pour principaux ordonnateurs Vactrice mademoiselle Fleury, et le célébre Marchangy, avocat général. Puis, quand vint 4 régner Charles X, des sermons remplacérent le spectacle; cependant le déjeiner du dimanche persévéra. — Ses cabinets de consultations , qui ne s’ouyraient que deux fois la semaine, semblaient une succursale du Jardin des Plantes. On voyait 14 des voliéres qui mettaient 4 contribution toutes les régions du globe, des collections magnifiques de papillons et d’insectes, les peintures célébres de Redouté, représentant les plus belles fleurs, et A cété de cela Jes planches de son grand ouvrage, retracant des ichthyoses, des psoriasis, des prurigos , etc. Alibert a toujours aimé les antithéses et les contrastes ; mais il sanctifiait ce luxe et cette frivolité par de bonnes actions. Il parait certain qu’il fut un des hommes les plus bienfaisants de sen époque. Sa bienyeillance était devenue proyerbiale ; et tels étaient l’aménité de son accueil, le charme de son entretien, qu'il suffisait de Vavoir entendu et abordé une ou deux fois pour rester a jamais sympathique a sa personne. Son style de tous Jes jours, son style sans apprét, avait aussi beaucoup de naturel, bien qu'un peu verbeux et trop orné.

Médecin trés-occupé, Alibert a néanmoins heaucoup étudié, beaucoup écrit, et composé de nombreux ouvrages, dont voici les principaux : —1° Traitédes Fievres intermittentes pernicieuses, 1801. C’est un commentaire de sa these, pour lequel il mit naturellement a contribution Pouvrage antérieur de Torti. Dans ce traité, qui a eu quatre éditions, dont la derniére est de 1819, Alibert décrit ces fievres dangereuses, et quelquefois travesties, dans lesquelles on ne saurait trop tot administrer le quinquina. Ce fit cet ouvrage et les maux dont il traite qui rendirent le quinquina si cher en 1808, et qui firent la grande fortune du vin de Séguin. — 2° Description des Maladies de la Peau observées a Vhépitat Saint-Louis, etc., ouvrage in-f, enrichi de 500 planches gravées et coloriées. C’est un ouvrage de toute beauté et @une valeur inestimable : il suffirait seul & la gloire de son auteur. On le critiqua beaucoup, on le !oua jusqu’a Pexeas, et cela méme en constate le grand mérite. Quand Alibert se mettait tristement 4 craindre l’oubli des hommes, il songeait a son grand ouvrage des Dermatoses, et ce souvenir le tranquillisait. Un auteur lui disait an jour ; « Je fais un petit livre qui, j’espére, contiendra tout ce que la science offre Wessentiel. » — « Hélas! reprit Alibert, nous croyons tous étre auteurs de ce livre-la. Tenez, le mien a de jolies images, mais il est trop gros. » Commencé en 1806, cet ouvrage ne fut achevé qu’en 1826. — 3° Précis théorique et pratique

sur les Maladies de la Peau, 2 vol. in-8°. C’est le texte abrégé du grand ouvrage. Ce précis a eu deux éditions ; la derniére est de 1822. — 4° Eloges de Spallanzani, de Galeani e¢ de Roussel, in-8°, Paris, 1806. Ce volume est terminé par : Discours sur les rapports de la médecine avec les sciences physiques et morales. Ces deux travaux de sa jeunesse avaient déja paru isolément. — 5° Lléments de Thérapeutique et de Matiere médicale. La premiére édition ne se compose que d’un volume in-8° ( 1814 ) ; mais la derniére, qui est de 1826, a trois volumes. Le plus lu de ses ouvrages, ce traité a déja le sort des ouvrages élémentaires et systématiques : il est presque oublié. Et cependant que de travail, que de faits, que de ressources d’esprit, quels frais de style! Oublié , précisément parce qu'il retracait trop bien, a l’époque ou il parut, état présent de la science! La science a changé, un autre livre a pris sa place, et pour combien d’années? — 6° Physiologie des Passions, 0% Nouvelle Doctrine des Sentiments moraux, 4 vol. in-8°, 1825; une deuxiéme édition parut en 1837. Voila ce qui ne changera jamais, ce sont les passions. Aussi Alibert, plus mdr et toujours amoureux d’une gloire durable, a fini par 1a ses publications essentielles. L’ Académie Frangaise décerna une récompense a cet ouvrage intéressant et moral. Mais Pauteur en fit dow a un auteur que les infirmités de la vieillesse ayaient jeté dans le besoin : noble action couronnant un bel ouyrage. Aliberf, ala maniére de M. Bouilly, mais avec plus @éléyation et plus de méthode, consacre une Nouvelle a chaque passion. — 7° Précis sur, les Eaux Minérales , in-8°, 1826; ouvrage utile 4 son apparition, mais trop com- . plaisant, et dans lequel auteur se montre trop crédule envers les témoins intéressés. — 8° Nosologie naturelle, ou Maladies du corps humain classées par fanvilles , in-4°, ouvrage splendide, avec planches coloriées ; ce n’est qu’une premiére partie, dont la deuxiéme n’a point paru. La seule chose qu’on puisse dire de cet ouvrage, c’est qu’il est impossible de classer les maladies comme des animaux ou des plantes. — 9° Monographie des Dermatoses. C’est a peu pres le Précis de 1810-1822, mais rajeuni et modifié. — Alibert prenait en pitié tout médecin qui en présence d’une dartre vive ou d’une ichthyose ne sentirait pas aussitét son cceur palpiter ; il le déclarait dés lors dépourvu dune yocation véritable. — Alibert, profondément attristé depuis 1830, mourut tout 4 coup le 6 novembre 1837. Quelque temps auparavant il avait été victime dune violente surprise, dont il resta frappé. Cette aventure, qui fit beaucoup de bruit, bien qu’on ne se la racontat qu’a Voreille, restera vraisemblablement toujours entourée de mystére. D* Isid. Bourpon. ALI-BEY, dominateur del’Egypte dans la derniére moitié du dix-huitiéme siécle , était né en 1728, dans le pays des Abases. Amené au Caire a l’dge de treize 4 quatorze ans, ii fut vendu comme esclave 4 un hiahia ( colonel) des janissaires, appelé Ibrahim, qui jouissait d’une assez grande influence en Egypte et qui lui fit apprendre le métier des armes. Affranchi 4 Age de vingt ans par ce kiahia, qui avait fini par se rendre indépendant dans son commandement , Ali-Bey obtint peu de temps aprés le titre de kachef ou gouverneur de district. S’élevant ensuite de grade en gy’ade par son courage, il parvint a se faire admettre au nombre des vingt-quatre beys qui, sous la suprématie nominale dun pacha ture, s’étaient partagé V’administration de Egypte. Ali-Bey renversa en 1766 le pacha qui administrait au nom du grand seigneur, et prit lui-méme Je titre de sultan, en s’arrogeant le droit de battre monnaie. Il réva le rétablissement de l’Egypte comme puissance indépendante, et concut les plus vastes projets pour lui rendre son antique importance. A cet effet il conclut des alliances ; et déja, aprés s’étre rendu maitre d’une partie de la Palestine, il était sur le point d’opérer le démembrement de empire ture, lorsque la trahison de son fils adoptif, Mohammed-Bey, vint l’arréter au milieu de ses succés. Ali-Bey dut chercher dans la fuite

ALIBERT — ALIDADE

son salut contre Ja réyolte de sa propre armée, et dans ce grand et soudain désastre fut généreusement recueilli par le pacha d’Acre. Croyant que sa seule présence en Egypte suf-

firait pour y rétablir son autorfté, dont s’était emparé Mohammed-Bey, il ne tarda pas 4 s’y rendre; mais a peine arrivé a Salehyé avec quelques fidéles, il y fut pris pac un chef de mamlouks, nommé Mourad-Bey, le méme qui plus tard fit preuve d’une si chevaleresque bravoure dans la défense de Egypte contre les troupes francaises. Quelques jours aprés, Ali-Bey avait cessé de vivre (1773).

ALI-BEY, pseudonyme sous lequel un Espagnol, appelé Dommnco Bapia y Lesxicn, né en 1766, publia, en 1814, la relation d@’un voyage fait pendant les années 1804 et 1807, en Asie et en Afrique. Avant de l’entreprendre, Badia avait étudié la langue arabe ; et quand il se fut bien familiarisé avec cet idiome, il conent le bizarre projet de prendre un nom musulman et méme de se faire passer pour l'un des descendants des khalifes abbassides. I] eut, au reste, l’adresse de rattacher certaines vues politiques 4 Yexécution de ce projet, dans lequel il fut secondé par son gouvernement. Débarqué a Tanger en 1803, il visita donc successivement Fez, Maroc, Tripoli, Vile de Chypre, ’Egypte, la Mecque, Jérusalem, Damas et Constantinople; tournée dans laquelle il put recueillir les documents les plus curieux, et (grace a son travestissement,-pour la plus complete exactitude duquel il avait poussé le dévodment ala science jusqu’a se faire circoncire ) connaitre des détails auxquels aucun chrétien n’avait pu jusque alors se faire initier. La relation du yoyage de Badia paruta Paris, en 1814. Quelque temps aprés, il repartit encore pour Ja Syrie, mais cette fois sous le nom d’Ali- Othman, et chargé, dif-on, par le gouvernement francais dune mission secréte ayant pour but de donner plus d’extension et d’activité 4 nos relations commerciales avec l’Orient. Il mourut 4 Damas en 1818; ef comme tous ses papiers furent alors saisis par ordre du pacha de Damas, on supposa que cette mort n’avyait pas été naturelle.

ALIBI, mot latin qui signifie ailleurs. Il s’*emploie, en droit criminel, pour justifier que le préyenu n’était point sur le lieu du crime au moment ou il a été commis. C'est un moyen de défense péremptoire. Si en effet le prévenu parvient 4 prouver son alibi par des témoignages irrécusables , l’accusation tombe d’elle-méme.

ALIBOUFIER ou STYRAX, genre de plantes de la famille des ébénacées de Linné. Nous n’en possédons en Europe qu’une seule espéce , l'aliboujier officinal. C’est un petit arbre, qui a les feuilles alternes, pétiolées, ovales, molles, velues en dessous; les fleurs blanches , trés-odorantes et disposées en grappes axillaires , plus courtes que les feuilles; son fruit est un drupe cotonneux en dehors , renfermant un noyau monosperme. Cet arbre croit dans le Levant, I’Jtalie, la Provence. Il découle des incisions faites a son écorce une résine connue sous le nom de siyrax solide. On le cultive dans les jardins d’agrément. — Une

autre espéce, V'aliboufier benjoin, originaire de Sumatra, —

donne la résine connue sous ce nom de benjoin.

ALICANTE, port sur la Méditerranée, dans le royaume

de Valence, avec 25,000 habitants, qu’un chemin de fer relie depuis 1858 & Madrid. La méme année ona da démolir ses fortifications pour donner une plus grande extension a cette cité. On exporte de cette ville un vin fort doux, connu sous le nom de vin d’Alicante, ou bien vino é¢into, a cause de sa couleur foncée : ce vin s’expédie en grande partie pour l’Angleterre. Alicante est l’entrepot des productions de Va-’ lence et le centre du commerce de |’Espagne avec I’Stalie. Cette ville posséde quelques établissements scientifiques pour la marine.

ALIDADE. Ce mot, emprunté a la langue arabe, désigne la traverse ourégle mobile qu’on applique sur les astrolabes , graphometres , et sur tous les autres instruments de géométrie et d’astronomie qui servent & prendre la ne

ALIDADE — ALIENATION

sure des angles ; il ne vient pas, comme le supposait Montucla, du verbe hadda (numeravit), Al-Hhidad (Nvmenus ), d’ou l’on aurait fait dériver ALA’ idade, en conservant larticle al pour exprimer le nwmdérateur, mais de H’adhada ( juvit, comprehendit), Al-H’adhid (brachium ), d’ou est venu Al-H’idhadah (mediclinium , regula, sive valvella). Validade est garnie de deux pinnules ou plaques percées d’un petit trou, sur la ligne de direction. Au centre de l’astrolabe on laisse subsister un trou (Valmehan ), qui traverse l’'araignée et toutes les tablettes ; ce trou est de forme ronde et entouré d’un cercle (l’alphelath); on y place un axe percé & son extrémité, ou un essieu (Valchitot ), et on y ajoute un écrou ou clavette en forme de téte de cheval (Valphérath, le chevalet), qui sert en méme temps a retenir l’alidade. — Nos alidades sont de diverses especes ; quelques-unes sont surmontées de petites lames plates et mobiles qui s’allongent ou se rapprochent, selon la nature des opérations. — En termes d’horlogerie, lalidade est une régle mobile sur une plate-forme destinée a diviser les cadrans. L.-Am. SEDILLOT. ALIDES ou ALEWIS, descendants d@’ Ali. Cekhalife laissa une nombreuse postérité; mais c’est par deux de ses fils, Hassan et particulitrement Housséin , qu’elle s’est perpétuée. Nés de Fatime, sa premitre femme, ils ont seuls transmis a leurs descendants , ou soi-disant tels, leurs prétentions au khalifat, ou du moins au titre ef aux fonctions @imam., ou pontife supréme. Hassan succéda a son pére; mais il ne fut reconnu que dans l’[rak et en Arabie, et ne put lutter longtemps contre la fortune et les talents de Moawiah. Au bout de quelques mois il abdiqua, et se retira & Médine, ou il mourut en 669 , empoisonné, dit-on, par sa femme, que Yézid, fils de son heureux rival, avait séduite. — Houssé1v youlut disputer l’empire a Yézid. Appelé par les habitants de Koufah, qui l’avaient proclamé khalife, il se rendait dans leur ville avec sa famille et ses amis, lorsque attaqué par des forces infiniment supérieures, il périt prés de Kerbelah, en 680, ainsi que presque tous les siens, avec un courage et une résignation dignes dun meilleur sort, et dont les détails sont extrémement dramafiques. Sa sépulture, située a Mesched-Housséin, petite villedelIrak, a été pilléeet profanée, au dix-neuviéme siécle, par les Wahabites. Le nom et le tombeau de Housséin ne sont pas en moins grande vénération que ceux de son pére parmi les chyifes. Une féte instituée en commémoration de sa mort entretient depuis le dixiéme siécle le fanatisme des chyites et leur haine contre les sunnites. Les chyites traifent d’usurpateurs les trois premiers khalifes , ainsi que ceux des maisons d’Ommiah et d’Abbas , ef ne reconnaissent que douze imams légitimes pour successeurs de Mahomet , savoir : Ali, Hassan, Housséin, et neuf de leurs descendants , dont le dernier, Mahdy, enlevé, disent-ils, miraculeusement, est aftendu par eux comme le Messie. Outre ces douze imams, plusieurs princes de la maison d’Ali ont disputé , les armes a la main, le khalifat & ceux qui n’en étaient a leurs yeux que les usurpateurs. Presque tous ont péri dans les combats ou dans les supplices. Mais, malgré les persécutions et les anathémes dirigés contre eux, il en est qui sont parvenus 4 fonder des monarchies temporaires plus ou moins puissantes. Sans parler des dynasties obscures qu'ils ont établies 4 Koufah et dans les provinces qui bordent la mer Caspienne, nous citerons les schérifs édrisides , fondateurs de la ville et du royaume de Fez en Mauritanie; les Hamoudides, qui régnérent en Espagne aprés les Ommiades; les Obéidides ou Fatimides, conquérants de l'Afrique et de l’Egypte, et rivaux des khalifes abbassides , quoique leur généalogie ait toujours été contestée; les schérifs de la Mecque, qui, malgré leur illustre origine, se sont rendus vassaux des Turcs-Osmaniis ; enfin, les schérifs qui régnent depuis trois cents ans A la Mecque, etc., etc. Outre ces branches souveraines de la famille

d’Ali, il en existe encore, dans tous les pays soumis au joug du Coran, une foule de rejetons jusque dans les plus basses classes de la société, et dont les scules prérogatives sont d’étre qualifiés des: titres @’émir, de séid et de schérif (prince, seignenr, noble), et de porter a leur turban une mousseline verte, couleur qu’Ali avait adoptée, et pour Jaquelle Mahomet avait beaucoup de prédilection. H. AuDIFFRET.

ALIEN BILL. Ces mots anglais désignent une Joi rei»tive aux étrangers arrivés et résidant en Angleterre. Elle fut rendue a l’époque de notre premiére révolution, lorsque dans nos clubs et nos assemblées. populaires on procdamait hautement le projet de propager par tous les moyens possibles, dans les pays étrangers , les doctrmes politiques qui triomphaient parmi nous, et qui effrayaient & bon droit les puissances voisines , lesquelles durent songer aux moyens de se garantir de la contagion des princtpes révolutionnaires. Pitt proposa vers la fin de l'année 1792, dans la Chambre des Communes , un bill spécial contenant les régles de surveillance auxquelles seraient désormais soumis tous les étrangers qui entreraient sur le territoire de la Grande-Bretagne ; bill qui, en raison de sa destination, fut appelé alien bill, et que Charles Fox et ses amis politiques combattirent avec la plus violente énergie, comme contraire de tout point aux principes de liberté qui sont le fond de la constitution anglaise. L’éloquence de Pitt, appuyée de celle de Burke, qui s’était déclaré Padversaire systématique de notre révolution, Yemporta sur Popposition, et le bill passa. L’année suivante lord Granville le fit adopter par la Chambre haute. Les principales dispositions de cette loi ordonnaient qu’a Vavenir tout étranger, en mettant le pied sur le territoire anglais, se fit enregistrer a Veffet @obtenir un permis de séjour, permis qui ne s’accordait qu’aprés une enquéte sévére, et qui sur le moindre soupcon pouvait étre retiré. J] fut en outre défendu aux étrangers, sous les peines les plus graves, de débarquer en Angleterre avant que le capitaine du navire a bord duquel ils se trouveraient edt fait sa déclaration, et il leur fut interdit de sortir du royaume sans s’étre préalablement munis d’un passeport. Ces mesures exceptionnelles étaient encore aggravées par un luxe de précautions injurieusement défiantes, dont les enfants et les évéques francais émigrés furent seuls exemptés. — Depuis l’époque de sa promulgation, Valien bill, dont les effets étaient du reste toujours limités A une période précise de temps, fut a diverses reprises remis en vigueur par le gouvernement anglais , qui y trouva un utile moyen de défense dans des moments de crise, soit intérieure, soit extérieure. C’est ainsi que des votes du parlement le remirent successivement en vigueur en 1802, 1803, 1816 et 181s. Quand, a la mort de Castlereagh , le cabinet de Saint-James entra enfin dans les yoies d’une politique plus libérale et plus progressive, et lorsque Canning fut appelé a diriger les affaires de son pays, il crut pouvoir renoncer a ces mesures d’exception, et remplacer P’alien bill de Pitt et de Granville par une loi qui protége davantage l’étranger contre l’arbitraire d’une police soupconneuse et tracassiére ; loi qui, au reste, différe peu de celle qui en France régit Ja méme matiére. Voyes ETRANGERS.

ALIENATION. On appelle ainsi, en jurisprudence , Vacte par lequel une personne, capable de disposer, transfére a une autre, soit a titre onéreux , soit a titre gratuit , la propriété d’une chose mobiliére ou immobiliére. Tl y a aliénation @ titre gratuit dans les donations, les legs, ete. La vente , l’échange, l’engagement, Vhypothéque, constituent Valiénation & tifre onéreux, c’est-a-dire ayant lieu moyennant un équivalent. Bien que le droit d’aliéner soit , de sa nature, inhérent au droit méme de propriété , la loi francaise a spécifié des cas ot Paliénation reste soumise a des régles particuliéres , dépendant ou de Vineapacité des propriétaires , ou de la nature du droit, ou de la nature des choses mémes. — C’est ainsi que les mineurs et les inter-

dits ne peuvent aliéner que par l’intermédiaire de leurs tuteurs , lesquels doivent préalablement requérir et obtenir a cet effet Yautorisation de la justice, et que la femme en puissance de mari doit, avant de pouvoir aliéner sa propriété, obtenir l’autorisation de son mari ou requérir celle de la justice. Dans ces différentes especes il y a restriction apportée & Pusage du droit daliénation en raison de Vincapacité des personnes.

La nature du droit méme de propriété limite encore quelquefois le droit daliéner. C’est ainsi que la faculté d’aliéner est interdite & tout propriétaire dont les biens sont frappés de substitution; aux gens de main-morte, c’est-a-dire aux corps et communautés ayant une existence légale, comme les colléges , les hdpitaux , les chapitres, etc.; enfin elle estinterdite aux souverains de France, lesquels ne peuvent aliéner les domaines dela couronne, dont ils ne sont qu’usufruitiers, et qwils doivent transmettre intacts a leurs successeurs.

Enfin, en raison méme de la nature de leur destination , les routes, les rues, les places, les monuments, etc., sont regardés comme inaliénables ; mais cette inaliénabilité cesse du moment ou leur destination vient 4 changer.

ALIENATION MENTALE. Ce mot est générique, et doit comprendre dans sa signification toute espéce de dérangement ou d’imperfection des facultés de l’esprit, tout état anomal de intelligence , ou, pour parler plus exactement, toute espéce de désordre dans les fonctions du cerveau.

Les progrés que la physiologie du cerveau a faits de nos jours nous ont procuré la connaissance des véritables facultés de Vhomme, ainsi que la différence qui existe entre les divers penchants, les sentiments, les talents et les facultés intellectuelles proprement dites. C’est d’aprés ces connaissances, définitivement acquises a la science, que l'étude des différentes sortes @aliénations mentales nous a mis 4 méme de rectifier le langage scientifique employé jusque ici, et de préciser chaque espéce Waliénation hien mieux que ne l’ont fait nos deyanciers. Nous pouyons, par la méme raison, suivre les phases que les malheureux atteints dune sorte @aliénation mentale passent successivement a d’autres espéces de la méme maladie jusqu’a la fin. Il est démontré que chaque phénoméne morbide de V’jntelligence est le résultat dune altération quelconque dans le cerveau : cela ne peut pas étre autrement.

Beaucoup de médecins, les légistes, les littérateurs, ef, en général, tous ceux qui n’ont pas fait des études spéciales sur cette matiére , emploient indistinctement, dans leurs écrits ou dans leurs discours, le mot aliénation mentale comme synonyme de folie : c’est confondre le genre avec l’espéce ; cest comme si lon disait fiévre, sans qu’on put savoir s'il est question d’une fievre pernicieuse, d’une fiévre scarlatine ou dune fiévre typhoide, Nous pensons donc, avec les sayants les plus instruits sur cette matiére , qu’il faut y attacher un sens plus large: ainsi, il faut placer parmi les aliénations mentales le délire, la démence, l’extase, la folie, les hallucinations, l’hypocondrie, lidiotie, la manie, lamonomanie, etc., etc. Nousdonnerons A chacun de ces mots, et 4 d’autres du méme genre, un article spécial; nous y exposerons , selon l’opportunité, la doctrine physiologique qui explique leur mode d’étre et les différences qui les caractérisent, le traitement dont chaque espéce est susceptible, et les observations qui se rapportent a ’hygiéne publique, a la législation, et aux mesures sanitaires ou de police médicale requises pour chaque espéce de maladie.

Il y a des aliénations trés-difficiles a étre saisies et bien caractérisées, méme par les médecins ; car elles commencent d’une maniére imperceptible, et elles augmentent par degrés, sans qu’on s’en doute, au point que depuis Pexcentricité de certains caractires, que l’on remarque a peine , ou Yextravagance de certains individus, dont la raison commenee a

ALIENATION — ALIENATION MENTALE

s’altérer , jusqu’é la manie furibonde, i] n’y a eu que des nuances de la méme maladie. Le commencement du dérangement des facultés passe presque toujours inapercu dans les familles : on trouve bien que le caractére d’un individu est changé, quwil est plus morose, qu’il est plus irritable, qu’il n’a plus les mémes affections, qu'il a du chagrin, etc. ; mais on ne pense pas que c’est le principe dune aliénation. Et en attendant la maladie du cerveaun fait des progrés; et lorsqu’a la fin aliénation éclate dans toutes ses formes, le médecin est presque toujours dans Vimpossibilité de la guérir. Qu’on réfléchisse maintenant 4 l’importance de reconnaitre les premiers symptémes de cette affreuse maladie et 4 la nécessité d’avyoir recours immmédiatement 4 un médecin intelligent.

Les diverses aliénations mentales peuvent reconnattre des causes différentes. Plus généralement, elles dépendent d’une mauyaise organisation du ceryeau, d’une sorte de prédisposition que !’on apporte en naissant, soit héréditairement, soit accidentellement. Quant aux cerveaux bien organisés,

Jes causes qui en troublent les fonctions sont les travaux de —

Vesprit prolongés ou poussés au dela de la puissance cérébrale que chacun a, ou encore quand quelqu’un se livre 4 des occupations d’esprit pour lesquelles il n’est pas né. Pour les tétes médiocres, qui forment partout la trés-grande majorité des humains, Ja cause ordinaire du dérangement de leur esprit est excitation constante de leurs penchants et de leurs sentiments par des impressions souvent répétées qui leur viennent du monde extérieur. Nous entendons parler ici généralement des grands centres de civilisation, c’est-a-dire des capitales et des grandes villes, oi la population est

entassée , et ol toutes les bonnes comme les mauvaises

passions ont leur grand cours. C’est donc Vexcitation a toutes les passions qui est la cause commune de leur aliénation ; c’est ’éducation mal dirigée, la cupidité d’acquérir, la vanité des distinctions, la superstition aveugle et l’atroce fanatisme religieux ou politique; c’est l’épuisement des facultés par l’abus de toutes les fonctions de la vie matérielle; finalement, il faut ajouter les lésions de l’encéphale, les maladies et les malheurs imprévus qui arrivent a des personnes douées d’une trop grande sensibilité. Les affections de certains organes de la vie végétative peuvent propager leur irritation au cerveau, et donner lieu a une aliénation sympathique.

Nous traiterons dans un autre article des dispositions nécessaires pour établir une. bonne maison ou un hospice poar les aliénés, ainsi que des moyens les plus propres pour les guérir. Nous avons visité ef nous connaissons un trés-grand nombre @établissements publics destinés 4 recevoir des aliénés. Nous y avons trouvé généralement, il faut en convenir, des améliorations notables dans leur disposition matérielle , comparativement a ce qui existait autrefois; mais nous n’ayons pas eu 4 nous réjouir ‘sur le traitement médical généralement suivi : presque partout les fausses doctrines qui ont dominé fatalement dans les écoles de médecine ont laissé des traces ineffagables ; ailleurs, un grand nombre de médecins suivent la routine traditionnelle, et d’autres, découragés par leurs efforts inutiles, croient que ne rien faire, c’est le meilleur parti 4 prendre. Nous regardons donc comme indispensable que le médecin destiné ila cure des aliénations mentales soit non-seulement bon

praticien pour le traitement des maladies communes , mais

qwil connaisse & fond Ja physiologie du cerveau, qui est la seule bonne philosophie propre a le conduire dans ce labyrinthe inextricable @idées métaphysiques et d’abstractions que les mauyaises écoles de philosophie nous ont eréées et qui se maintiennent toujours.

Une derniére observation nous reste A faire. Lorsqu’on croit qu'un aliéné, surtout s'il a été atteint d’une monomanie , est guéri, il faut s’en méfier et le surveiller toujours, parce qu’il est sujet & des rechutes fatales. D° Fossatt

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