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ALIENES

ALIENES ( Droit). Le Code, d’accord avec |’Académie, ne regarde comme aliénés que les personnes qui sont dans un état habituel de démence, de fureur ou d’imbécillité. Les

aliénés ne perdent leurs droits civils et politiques que par

Vinterdiction; c’est-d-dire qu’un jugement est néces-

-Saire toutes les fois qu’on veut empécher quelqu’un frappé

@aliénation mentale d’exercer ses droits. Il est vrai, surtout lorsqu’il s’agit de donations entre vifs et par testaments, que les tribunaux peuvent toujours annuler ces actes s'il est prouvé que le contractant n’avait pas sa raison quand ils ont été faits.

Il semble aussi que, tant que l’interdiction n’a pas été prononcée, l’aliéné ne devrait pas pouvoir étre séquestré dans une maison de santé; mais il n’en est rien, et parmi les malheureux qui se trouvent dans les maisons de santé, il en est fort peu dont |’état soit légalement constaté. Cela tient 4 ce que tant que l’on conserve un espoir de guérison on craint de Je faire évanouir par un proces dont Valiéné pourrait entendre parler ; mais , d’un autre cété, cela peut deyenir une source d’abus. Avant la loi du 6 juillet 1838, les aliénés étaient presque hors la loi commune. On prenait des précautions pour protéger les individus et ordre public contre leur fureur; mais, comme aucune régle fixe n’avait été établie en cette matiére par le législateur, il arrivait que la stireté publique n’était point suffisamment garantie, que la liberté individuelle pouvait étre compromise, et que les soins donnés aux malades n’étaient point toujours convenables. Depuis longtemps on réclamait contre cet état de choses, lorsque le gouvernement présenta un projet de loi qui ne passa dans les deux chambres qu’aprés une foule de modifications graves , tellement c’était chose peu facile que de trouver un reméde assez puissant pour détruire un mal si ancien et si affligeant! Depuis la loi de 1838 le sort des malheureux frappés d’aliénation mentale est confié a une sage surveillance de la part de l’autorité publique. Cette loi est éminemment protectrice de la liberté individuelle , et elle veille constamment 4 ce que nul individu ne puisse , sous prétexte d’aliénation mentale, étre privé de la libre disposition de sa personne. Elle pouvait étre, ainsi que l’a justement fait remarquer M. J.-B. Duverger, plus en harmonie ayec les dispositions du Code Civil ; mais il n’en est pas moins vrai qu’elle a parfaitement rempli les voeux qui la demandaient. Aujourd’hui les établissements destinés a receyoir ef & soigner les aliénés sont surveillés avec une grande sévérité, et il n’est plus permis d’y recevoir des personnes réputées atteintes d’aliénation mentale sans les garanties nécessaires. Disons aussi que toutes les régles préyues par la loi précitée ont trouvé un excellent commentaire dans l’ordonnance du 17 avril 1840, qui, entre autres choses, établit d’une maniére efficace la responsabilité des chefs ou directeurs des hospices d’aliénés.

ALIENES (Maisons et hospices d’). Autrefois les malheureux qui avaient perdu la raison étaient séquestrés dans des prisons ou des hépitaux, et traités comme des criminels. « Ils étaient réduits a une condition pire que celle des animaux, a dit Esquirol. Partout les insensés, nus ou couverts de haillons, n’avaient que de la paille pour se'garantir de la froide humidité du pavé sur lequel ils étaient étendus. On les a vus grossiérement nourris, privés @air pour respirer, d’eau pour étancher leur soif, et croupissant dans Vordure, livrés a de véritables gedliers: Enfin on les a vus dans des réduits étroits, sales , infects, sans lumiére, enchainés dans des antres ou Yon craindrait de renfermer les bétes féroces que le luxe

des gouvernements entretient 4 grands frais. Et l’on est

Obligé de dire que ce tableau désolant est encore vrai dans

beaucoup de localités. Cependant d’heureux essais ont été

tentés, soit par les gouvernements, soit par des particuliers,

et chez nous les établissements publics de la Salpétriére, de

Charenton, de Bicétre, ceux de Rouen, de Nantes, du

Mans, etc., offrent des exemples qui seront utilement imités. » DICT. DE LA CONVERS, — 7. I.

Tout ce qui a été fait pour améliorer la condition des aliénés et le régime des établissements destinés a les recevoir est moderne, et l’on peut presque dire francais. En des temps de civilisation barbare, encore peu ¢loignés de nous, la charité chrétienne inspira des sentiments favorables au sort des malheureux atteints d’aliénation mentale ; diverses maisons religieuses s’ouvrirent pour recevoir plusieurs de ces infortunés. Des pauvres furent admis gratuitement dans ces maisons, et, par une compensation équitable, les riches durent y payer une pension quelconque pour y étre renfermés jusqu’au rétablissement de leurs facultés intellectuelles. La maison des fréres de la Charité, dite de Saint-Maurice, a Charenton, devint ainsi un pensionnat de fous dés année 1660. Plus tard, et surtout aprés la destruction des ordres monastiques en France, diverses spéculations particuliéres firent ouvrir des établissements pour Je traitement et la séquestration des fous , et pour suppléer les hépitaux,

L’utilité des maisons destinées a la réclusion et au traitement des aliénés est incontestable. Que faire @un fou dans une famille, surtout s’il est furieux ? Comment le contemir pour le garantir, lui et ceux qui l’entourent, de ses déterminations insensées? Les soins que demande un tel ¢tre sont pénibles, et exigent souvent une sévérité 4 laquelle des parents ou des amis ne peuvent se résoudre; d’ailleurs, il convient communément pour cet état de changer ses habitudes; en un mot, il faut un local approprié a cette destination.

Les issues de ces maisons ne devant pas étre franchies sans permission , elles ont plus ou moins Vaspect d’une prison ; dans quelques-unes, cette apparence est déguisée au dedans, et les reclus y jouissent d’une liberté proportionnée a leur état mental. Ceux qui sont frappés de démence et de fureur sont isolés, renfermés et contenus de maniére a étre maitrisés sans douleur. Ceux, au contraire, chez lesquels la perversion de Vintelligence n’est que partielle ou sans danger, jouissent d’une liberté suffisante, et trouvent des distractions dans divers jeux, dans la lecture, la musique, ete. Tout enfin est coordonné dans un but médical et philanthropique. L’expérience a démontré l’efficacité du régime de ces maisons. Un certain nombre dindividus y ont recouvré la raison, et ceux qui n’ont pu guérir y ont au moins trouvé Vasile le plus convenable a leur situation. Dans les cas de récidive, il n’est pas rare de voir les personnes qui pressentent le retour de l’aberration de leurs facultés intellectuelles s’acheminer d’elles-mémes vers un lieu dont elles ont pu apprécier les avantages.

« Ces établissements, dit Esquirol, sont des instruments de guérison, et entre les mains d’un médecin habile c’est Yagent thérapeutique le plus puissant contre les maladies mentales. Tout y est @ considérer : situation, construction , distribution intérieure , mobilier, comme aussi les employés et serviteurs qui y sont attachés et les chefs qui les dirigent.

« Un asile destiné aux aliénés, ajoute ce savant praticien, doit étre situé hors des villes, tant par des considérations économiques de premier établissement et d’entretien que par les conditions avantageuses de salubrité, d’étendue et Wisolement qu’il peut alors réunir. Les constructions présenteront un batiment central pour les services généraux et le logement des fonctionnaires, puis, sur les cétés, des masses isolées pour loger les malades, en séparant les sexes et les diverses variétés de folie. Chacun de ces batiments renfermera une cour entourée de galeries; le trojsiéme cété sera disposé pour les salles de réunion, réfectoires, etc.; le quatrieme, fermé par une grille, donnera sur la campagne ; la cour sera plantée avec une fontaine au milieu. Des caloriféres seront établis pour maintenir partout une bonne température et servir en méme temps au renouw vellement de lair. Au centre de ces batiments séparés s’en éléveront d’autres, isolés aussi entre eux, pour les ateliery

les salles de bains, douches, fumigations, infirmeries , etc. Les habitations des malades bruyants ou malpropres seront disposées de maniére a ce qu’ils ne puissent causer aucune incommodité aux autres malades, et surtout aux convalescents , qui ont besoin d’un calme parfait. Chacune des cellules doit étre également adaptée a de certaines exigences. ll faudra daller en pierres et incliner celles des aliénés qui salissent, planchéier les autres. Celles des malades atteints de monomanie suicide seront dépourvues de tout ce qui peut les aider dans l’accomplissement de leur dessein, et garnies de coussins propres 4 amortir les chocs. Les rez-de-chaussée sont préférables sous le triple rapport du service, de la surveillance et de la promenade. Quant au batiment des conyalescents , il doit se rapprocher, autant que possible, @une maison ordinaire, que l’on s’efforcera de rendve agréable et commode.

« Le matériel consiste en lits, qu'il faut adapter aux besoins des diverses classes de malades ; solides et garnis de fournitures faciles & renouveler pour ceux qui sont furieux ou qui salissent, ils peuvent étre semblables 4 ceux dont on se sert d’ordinaire pour les malades paisibles ; le linge de corps et de lit doit étre solide et fréquemment renouvelé. Que les moyens de chauffage soient organisés de maniére a étre efficaces et a prévenir les abus et les dangers ; que des ateliers soient ouverts. Le travail, qui est Vordre, est un puissant moyen de distraction, et partant de guérison; mais aucun n’est préférable au travail des champs, qui réunit l’exercice corporel 4 Ja diversion intellectuelle. On en a tiré un grand parti, de méme que de l’équitation et des exercices gymnastiques.

« Le régime doit étre abondant et salubre; la propreté dans le service est nécessaire, de méme que la régularité dans la distribution des aliments. 11 convient de faire manger en communauté tous les aliénés chez Jesquels rien ne s’oppose a cette mesure.

« Le personnel se divise naturellement en administratif et en curatif, s'il est permis de s’exprimer ainsi : c’est le second qui doit prédominer, représenté par le médecin. Ce- Jui-ci doit non-seulement diriger tout ce qui concerne le traitement, mais encore il doit s’entendre avec les autres chefs de V’établissement, afin que toutes les parties du service concourent au méme but. Les surveillants et surveillantes, qu’ils appartiennent ou non a des communautés religieuses, doivent seconder le médecin et entrer dans ses vues par l’activité, la bienveillance et la fermeté. Les infirmiers, dont le nombre doit étre beaucoup plus grand pour les aliénés que pour les autres malades , devraient avoir les mémes qualités que les surveillants , mais il est bien difficile d’en trouver de semblables : aussila surveillance qu’on exerce sur eux doitelle étre de tous les instants, puisqu’ils sont constamment en contact avec les malades.

« Qui oserait proposer aujourd’hui lV’usage des chaines et des moyens de contrainte violents qui ont produit de si funestes effets? La camisole de force, et surtout la présence de personnes intelligentes et robustes qui maintiennent le malade dans les moments de fureur, sont toujours suffisantes ; et encore ces moyens de résistance doivent étre ordonnés et surveillés par Je médecin. La multitude d’appareils inventés pour maintenir ou réduire les aliénés fait voir qu’en général on s’est trompé sur la nature de la maladie et sur le traitement qui lui convient. »

Parmi les établissements d’aliénés célébres , nous citerons Charenton, Bicétre, la Salpétriére, en France; Bedlam, en Angleterre; la Charité, 4 Berlin; Vhospice d’Aversa, prés de Naples; la maison d’Avanches, prés de Lausanne; la colonie d’aliénés A Gheel, pres d’Anvers, Cette colonie, invention de la philanthropie moderne, offre cela de remarquable, que ses aliénés, au nombre de quatre cents 4 cing cents, sont distribués chez les habilants, qui en prennent soin eux-mémes. On dit que, grace a ces soins et

ALIENES — ALIGNY

a Papparence de liberté dont jouissent les malades, beaucoup recouvrent la raison.

La population des asiles n’a pas cessé de s’accroitre en France depdis 1835 : de 10,539 a cette date, le nombre des malades s’est élevé a 30,269 en 1861, et a 35,972 en 1866. Le recensement de cette derniére année a donné pour Jes aliénés ou idiots, traités chez eux ou dans les asiles, un total de 90,670 individus.

ALIGHIERI. Voyez Dante.

ALIGNAN (Benoit), savant moine du treiziéme siécle, fut d’abord moine bénédictin. Nommé évéque de Marseille en 1229, par la mére de saint Louis, alors régente, des dégotts qu’il éprouva dans Vadministration de son diocese Yengagérent, en 1239, 8 accompagner en Palestine Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre. Dans cette croisade, il eut occasion de rendre de grands services a la cause des chrétiens. Revenu en Europe en 1242, il assista successivement, en 1245 au concile de Lyon, et en 1248 a celui de Valence; il alla ensuite rejoindre saint Louis en Terre Sainte, d’ot il revint encore en Europe en 1264, précher une nouvelle croisade par ordre du pape Alexandre IV. [1 mourut en 1268. On a de lui quelques écrits théologiques que d’Achery a insérés dans son célébre Spicilegium.

ALIGNEMENT, disposition de plusieurs objets sur une méme ligne droite. Presque partout les voies publiques se sont formées au hasard; puis, avec Vaccroissement de la population, qui a amené une augmentation dans la circulaticn, sont survenues des nécessités nouvelles dans un intérét de sécurité et de salubrité; et la législation a dd alors prescrire partout un systéme d’élargissement et d’alignement de la voie publique. — En France, tout ce qui regarde l’alignement est confié 4 des agents spéciaux, appelés voyers, qui seuls peuvent avforiser l’élévation de construetions nouvelles, et qui ont soin de tenir la main 4 ce que les entrepreneurs se conforment aux alignements préalablement arrétés par les autorités, 4 l’effet de redresser Jes rues existantes, rues dont les constructions anciennes décrivaient des lignes irréguliéres, et ou Valignement se rétablit au fur et A mesure que les maisons, en vVieillissant, deviennent sujettes a démolition et a reconstruction. Les propriétaires dont l’on abat ou l’on recule les maisons faisant saillie sur Ja yoie publique, par suite du plan d’alignement discuté et adopté en conseil municipal, ont droit 4 une indemnité dont les proportions sont fixées par la loi. — Le mot alignement appartient aussi au langage de la tactique militaire : un officier aligne des troupes. La manceuvre par laquelle on arrive 4 disposer et mettre un certain nombre d’hommes sur une méme ligne droite passait autrefois pour une des plus difficiles. Aujourd’hui le dernier sous-officier la dirige tout aussi bien que pourrait faire Vofficier le plus expérimenté. — En astronomie, la méthode des alignements facilite singuligrement Vusage du globe céleste, et consiste 4 déterminer la position des étoiles au moyen de lignes que l’on imagine ~ passer par d’autres étoiles connues. Ainsi, par exemple, I’étoile polaire, qui occupe a peu prés le péle nord de V’axe autour duquel la terre opére son mouvement diurne, est sensiblement dans le prolongement d’une ligne droite que l'on imagine projetée sur la votite céleste, en passant par les deux gardes de la Grande-Ourse ou du Chariot de David.

ALIGNEMENTS. Voyez Drurpiques ( Monuments ).

ALIGNY (Féutx-Totopore CARUELLE), peintre de paysage, né le 24 janvier 1798, & Chaumes ( Niévre ), eut pour maitres Regnault et Watelet ; mais, dans la maniére originale qu’il a su se faire, il reste peu de traces des lecons qu’il a pu prendre chez ces doyens de l’école académique. Il débuta jeune dans les arts; et dés 182 il exposa Daphnis et Chloé, paysage historique, oi les figures ne servaient que de prétexte aux magnificences de Ja nature grecque. Depuis l'année 1827, ol M. Aligny envoya au salon Satil et la Pythonisse d@’ Endor, il est peu dexpositions ou il n’ait

ALIGNY — ALIMENTS

montré des preuves ann talent quelquefois sans charme, mais toujours distingué. On remarqua surtout le Massacre des Druides (1831), les Carriéres de Fontainebleau (1833), Prométhée (1837) , la Campagne de Rome (1839), la Vue de Capri (1841), le Bon Samaritain (1844), Bacchus enfant (1848) et la Solitude (1851). L’exécution pénible et un peu froide de M. Aligny ne se préte point 4 la peinture de décor : aussi a-t-on regardé comme des tentatives malheureuses les deux grands panneaux qu’il a peints pour un appartement , la Chasse et les Frwits (1848). M. Aligny, dont la précision est souvent voisine de la sécheresse , deyait réussir davantage dans la gravure; et il exposa, en 1846, huit remarquables eaux-fortes, feuilles détachées dun recueil qu’il a publié a la suite d’un voyage en Gréce. Il semble que M. Aligny n’ait jamais regardé la nature, tant il s*étudie A remplacer son charme pittoresque par la froide combinaison des lignes et des plans, tant il préfere le style A la vérité, a Ja couleur, ala lumiére. M. Aligny est @ailleurs un artiste dune volonté intelligente et forte. 11 s’isole dans sa personnalité.

Il a encore exposé dans ces dernitres années la Tarentelle et le Val Wenfer (1859), le Tombeau de Cécilia Métella (1861), et une Chasse (1865). Une ceuvre importante de cet artiste, cest la chapelle baptismale qu’il a peinte en 1851 a Saint-Elienne du Mont. Directeur, depuis 1861, de l’école des Beaux-Arts de Lyon et correspondant de l'Institut, il est mort le 25 février 1871, a Lyon.

ALIGRE (Famille p’). Ztienne p’Auicre, garde des sceaux et chancelier de France sous Louis XIII, était issu @une famille de la bourgeoisie de la ville de Chartres. I fut d@’abord conseiller au grand-conseil et intendant de Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui le nomma tuteur honoraire de son fils. La réputation quw’il s’était acqnise par ses lumiéres et son intégrité le firent appeler au conseil @Etat par le roi Louis XII. Le marquis de la Vieuville , étant parvenu a nuire dans l’esprit de ce prince au vieux chancelier de Sillery , fit donner les sceaux a Etienne d’Aligre , sa créature, et lui assura quelque temps aprés Phéritage de Sillery, qui venait de mourir. Le nouveau chancelier s’attira la haine de Gaston d’Orléans, par larrestation et la captivité du maréchal d’Ornano, ancien gouverneur du prince. Des intrigues de cour lui firent dter les sceaux en 1626, avec ordre de se retirer 4 sa terre de la Riviére, au Perche. Il y mourut en 1635.

Etienne v’Auicre , fils du précédent, né en 1592, fut intendant en Languedoc et en Normandie, ambassadeur a Venise, directeur des finances, doyen des conseillers d’Etat, garde des sceaux en 1672, et, deux ans aprés, chancelier de France; dignité dont il jouit jusqu’a sa mort, en 1677.

Etienne-Francois p’AticreE, quatritéme descendant du chancelier qui précéde , était président 4 mortier en 1768, lorsque Louis XV, a V’instigation de Laverdy, lui conféra la place éminente de premier président du parlement de Paris. Dans le cours des deux années qui précédérent la révolution, il adressa, a la téte de son corps, plusieurs remontrances énergiques contre les impots et contre les opérations hasardeuses du ininistre Necker. I! se fit surtout remarquer alors par son énergique opposition 4 la convocation des états généraux. Le réle qu’il joua dans ces circonstances décisives était trop évident pour ne point le compromettre avec l’opinion publique. Dénoncé pour ce fait a la municipalité, puis arrété, il faillit périr dans les premiéres commotions populaires dont furent victimes MM. de Berthier, Foulon, etc. Echappé comme par miracle A ce danger, il ne s’occupa plus que des moyens de quitter la France, réalfsa la plus grande partie de ses propriétés, et gagna d’abord les Pays- Bas, ou il passa quelque temps a Bruxelles ; puis il se retira en Angleterre, ou il n’avait pas moins de quatre millions et demi placés sur la banque de Londres. Une fois qu’il eut quitté la France, le premier président d’Aligre ne se fit plus

remarquer que par son extréme avarice , jointe & une cupidité sans bornes, qui le porta a se jeter dans les plus basses spéculations. Si son caractére y perdit, en revanche sa fortune, grossie par l’accumulation des intéréts et par de honteux bénéfices, se tripla. On cite de son avarice ce trait assez piquant. Quelqu’un parmi les émigrés venait-il faire appel a sa bourse en invoquant de vieux souvenirs d’amitie, le premier président ne manquait jamais de lui faire le plus souriant accueil, et prenait note devant lui de son nom et de la quotité de sa demande; puis il le remettait au lendemain. Quand ’emprunteur , exact au rendez-vous, se représentait devant lui, M. d’Aligre lui montrait un registre contenant, disait-il, la note de toutes les demandes semblables qu il avait recues : « Le total actuel de ces demandes, ajou- « tait-il, s’éléve & plusieurs millions; jugez ou j’en serais « si je les avais accueillies! » Puis il le saluait et le congédiait. Ce mauvais riche mourut 4 Brunswick, en 1798, laissant des sommes immenses prudemment disséminées dans les différentes banques de l’Europe.

Etienne, marquis p’Auicre, fils unique du précédent , et dernier rejeton male de sa famille, naquit a Paris, le 20 février 1770. Il fut créé pair de France le 17 aofit 1815. Rentré en France en 1799, il employa en achats d’immeubles ° les capifaux énormes que lui avait laissés son pére, et il accepta les fonctions de chambellan a Ja cour de Pauline Bonaparte. S’il n’était pas le plus riche propriétaire foncier de la France, il passait tout au moins pour en étre le plus prudent et le plus économe. Comme il n’eut de mademoiselle Aglaé de Pontcarré, sa femme, morte en 1843, qu’une fille, mariée au marquis de Pommereu, il obtint, par une ordonnance du 21 décembre 1825, que ses rang, titre et qualité seraient transmis au fils né de cette union et & ses descendants en ligne directe et masculine. Le comte de Pommereu joignit dés lors a son nom celui d’Aligre, qu'il est appelé a relever. Le marquis d’Aligre est mort en mai 1847, laissant une fortune évaluée a soixante et quelques millions ; son téstament 6tait a sa fille bien-aimée tout ce que la Soi lui permettait de lui éter, c’est-a-dire la moitié de ses biens. I] a institué pour légataires du reste trois parents éloignés, qu’il ne yoyait pas. Il a légué cing millions pour les diverses communes sur le territoire desquelles se trouvaient situées ses propriétés. Les femmes de l’Opéra n’étaient pas oubliées sur le testament du marquis, quiavait la singuliére manie de cacher dans quelques-uns de ses chateaux des lingots d’or d’une valeur considérable ; quatre de ces lingots, qu’on a retrouyés, ont été portés a Vinventaire pour une valeur d’un million.

ALIMENTS ( Hygiene et Physiologie ), de alere, nourrir. On donne ce nom aux différents corps de la nature dont homme tire sa subsistance, et qui lui procurent les matériaux propres a son développement et a sa nutrition. Des trois régnes de la nature, il n’en est que deux qui fournissent des aliments @ homme; ce sont les yégétaux et les animaux : quant aux minéraux, ils ne lui présentent que des condiments et des médicaments. — Les aliments peuvent ¢tre définis : des substances susceptibles d’étre digérées et servant 4 nourrir. Ils différent des médicaments en ce que ceux-ci affectent Pestomac et les intestins , sans en étre eux-mémes attaqués, sans ¢tre digérés. — Plusieurs classifications ont été proposées pour létude des aliments ; la plus simple et la plus pratique est celle qui distingue les substances alimentaires en végétales et animales, et qui, dans chacune de ces deux grandes divisions, forme des groupes fondés sur les principes immédiats qui y prédominent ainsi dans les aliments végétaux se trouvent les groupes suivants : 1° aliments sucrés, 2° aliments amylacés : 3° aliments mucilagineux, 4° aliments huileux ; tandis que dans Jes substances alimentaires animales se rangent, 1° les aliments fibrineux, 2°les aliments gélatineux, 3° les aliments albumineux, 4° les aliments gras, 5° les aliments butyrocaséeux et caséeux. Dans la classification adoptéc “par

M. Milne-Edwards, les aliments sont considérés sous le rapport : 1° des éléments qui les constituent, 2° des combinaisons les plus simples qui les composent, et qu’il appelle principes alimentaires ; 3° de la combinaison des principes entre eux pour former les aliments que la nature nous présente et qu'il désigne par le nom d’aliments composés. Les éléments qui entrent dans la composition des substances alimentaires sont l’oxygéne, Phydrogéne , le carbone, l’azote, le phosphore, le chlore, le soufre, le potassium, le sodium, le calcium, le magnesium, le silicium, le fer, le manganése, etc.; les quatre premiers s’y trouvent en grande proportion, les autres n’y sont qu’en petites quantités : tous ces éléments peuvent former des combinaisons binaires, ternaires , quaternaires. Les corps ternaires sont formés d’oxygene, @hydrogéne et de carbone; les quaternaires contiennent ces mémes éléments unis 4 l’azote. Parmi les corps triples qui peuvent servir d’aliments ou qui entrent dans leur composition, se trouvent les acides organiques , les amers, l’alcool, les huiles essentielles, les résines et les corps gras. Sous le nom de principes neutres , M. Milne- Edwards désigne les corps triples suivants : le sucre, la gomme, le ligneux, la fécule, la lichnine et l’énuline. Quant aux principes quaternaires, ils se trouvent en abondance dans Je régne animal, ef en moins grande quantité dans le régne végétal; ce sont; la fibrine, Palbumine, la matiére colorante du sang, la gélatine et le caséum. Les aliments composés sont tirés du régne animal ou du régne végétal; les premiers sont la chair des animaux, leur sang et leur lait; les seconds sont les tiges, les feuilles, les fleurs, les fruits et les racines.

Lintroduction des aliments dans les cavités digestives ayant pour but la formation d’un fluide assimilable , on congoit que les substances animales qui se rapprochent le plus de la nature de nos propres tissus devront jouir de cette propriété 4 un plus haut degré que les substances végétales, qui s’en éloignent davantage : c’est ce quia lieu en effet; car, a poids égaux , les matiéres animales nourrissent mieux que les végétales; seulement on peut dire que ces derniéres sont moins stimulantes que les premiéres. Aussi, lorsqu’un malade se trouve dans les conditions de pouvoir prendre des aliments solides, son estomac est moins fatigué de Pusage d’une petite quantité de viande maigre, comme celle du mouton, par exemple, que d’une quantité de Iégumes qui renferme la méme proportion de matiére alimentaire. On doit remarquer quwil ne suffit pas que les matériaux alimentaires soient assimilables; il faut encore que le peu de cohésion de leur tissu, leur mollesse, les rendent faci- Tement accessibles aux puissances digestives et aux fluides qui doivent les pénétrer pour les transformer en chyme et en chyle. Aussi plus l’aliment sera tendre et facile 4 diviser, plus les sucs gastriques auront de prise sur lui, et plus facilement il sera digéré. On sait maintenant, d’aprés des observations directes et positives, que les aliments les plus digestibles pour homme sont : la chair de veau, d’agneau et de volaille , les ceufs frais 4 moitié cuits, le lait de vache, la plupart des poissons cuits 4 l’eau, sans autre assaison-

nement que le sel et le persil, quelques poissons a I’huile ou frits; et parmi les végétaux, les jeunes asperges, les artichauts, la pulpe cuite des fruits 4 noyau ou a pépins ; le pain, le lendemain de sa cuisson, mais surtout le pain salé, et principalement encore le pain blanc; le riz, la gomme pure, les salsifis, les navets, les pommes de terre nouvelles, etc. Il faut, au contraire, ranger parmi les aliments les plus indigestes: la chair de pore et de sanglier, les wufs durs, les salades, les carottes, les assaisonnements au vinaigre, le pain tendre, la patisserie , les choux, les parties tendineuses des viandes, la graisse, le blanc d'ceuf quand il est concret, les morilles , les champignons , Jes truffes, les pois, les haricots , les lentilles, les noix, les amandes , les olives, le cacao, les raisins secs, etc.

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